Les Saisons

ECRANS | De Jacques Perrin & Jacques Cluzaud (Fr, 1h37) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Photo : © Galatée


À l'instar des studios Pixar, le Jacques Perrin documentariste aura exploré tous les milieux (l'eau, l'air, la terre), produit et réalisé des œuvres plébiscitées par les scolaires et signé les livres s'y rapportant. Seule différence notable, il n'a pas (encore) de parc d'attractions à sa gloire, ni de jouets à l'effigie des personnages de ses films !

Animé par une sincère volonté de sensibiliser les spectateurs à la beauté fragile du monde, aux menaces pesant sur sa faune et par conséquent sur le futur de l'Homme, l'artiste s'est engagé depuis vingt ans pour la nature comme il le fit autrefois contre les totalitarismes. Moins planant (forcément) que Le Peuple migrateur (2001), moins naïf que le glougloutant Ωcéans (2009), Les Saisons est de ces films contemplatifs parcourant les campagnes que l'on regarde de préférence un dimanche de fainéantise claquemuré chez soi. L'œil mi-clos, dans un état modifié de conscience provoqué par la voix veloutée de Jacques Perrin, avec des chaussettes Meg Ryan aux pieds et une tasse de thé fumante à proximité.

Chaque documentaire de Cluzaud & Perrin se posant comme un défi technique à résoudre, on en sortira bluffé par la qualité des images, comme d'habitude ; comme à l'accoutumée, on se morigénera de notre incurie chronique pour notre planète. Et, comme toujours, les saisons passeront… VR


Les Saisons

De Jacques Perrin, Jacques Cluzaud (Fr, 1h35)

De Jacques Perrin, Jacques Cluzaud (Fr, 1h35)

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près avoir parcouru le globe à tire d’ailes avec les oiseaux migrateurs et surfé dans tous les océans en compagnie des baleines et des raies mantas, Jacques Perrin et Jacques Cluzaud reviennent pour ce nouvel opus sur des terres plus familières. Ils nous convient à un formidable voyage à travers le temps pour redécouvrir ces territoires européens que nous partageons avec les animaux sauvages depuis la dernière ère glaciaire jusqu’à nos jours.


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Neuf spots où fêter le beaujolais nouveau à Lyon ce jeudi

Vin Nature | Voici venu le troisième jeudi de novembre — aka "le Beaujolais nouveau". Cette année, la procession est annulée. On ne percera pas à minuit les tonneaux, pour cause de Covid. Mais quand le soleil se lèvera, on pourra voir ce que les vins primeurs (ceux tout juste fermentés, pas très élevés !) ont dans le ventre. Le beaujo nouveau est synonyme d’excès. Par exemple, ceux d’un vignoble ivre de chimie et de tripatouillages — les fameuses levures qui donnent la banane ! Mais il pourrait aussi bien signifier autre chose. Après tout, le beaujolais est l'une des patries du vin dit "naturel", lequel a souvent mis à son service la macération carbonique — technique de vinification beaujolaise qui sied aux primeurs, on vous laisse wikipédier. Alors pourquoi pas cette année miser sur un beaujo nouveau non épris de chimie ? Suivez le guide.

Adrien Simon | Mercredi 17 novembre 2021

Neuf spots où fêter le beaujolais nouveau à Lyon ce jeudi

Jaja Cave C’est l’une des fonctions de cette cave/galerie fraîchement ouverte dans le Vieux-Lyon par Antoine Kochen et Chloé Courbière que d’accueillir des événements. Sans surprise, Jaja se saisit de l’occasion pour étendre ses horaires (jusque 22h) et faire goûter une demi-douzaine de primeurs, ceux de Romain Zordan, vers Fleurie, ou des frères Soulier, dans.. le Gard. 5 quai Fulchiron, Lyon 5e Vercoquin Le pionnier du vin nat’ lyonnais n’allait tout de même pas faire l’impasse sur un 17e beaujo' nouveau. Frédéric Lignon fera goûter jeudi en journée quelques primeurs, par exemple ceux de Fabien Forest ou des Dufaitre — à glouglouter avec une tranche de saucisson. À emporter, il y a de quoi s’amuser, et si ce n’est pas en beaujolais ce sera dans une autre région proposée par cette cave sans fond. 33 rue de la Thibaudière, Lyon 7

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Jacques Perrin-Fayolle, le constructeur

Architecture | II fut l’architecte du campus de la Doua, de l’hôpital cardio, de la bibliothèque de la Part-Dieu et pourtant Jacques Perrin-Fayolle (1920-1990) est aussi méconnu du grand public que ses œuvres sont fréquentées. Le professeur d’histoire de l’architecture Philippe Dufieux livre un solide et fort intéressant inventaire de son travail, racontant ainsi comment Lyon s’est transformée dans les années 60 et 70. L’auteur sera présent à la librairie Descours le jeudi 21 janvier.

Nadja Pobel | Mercredi 20 janvier 2021

Jacques Perrin-Fayolle, le constructeur

On ne va pas se mentir, en lisant ce livre, on s’est d’abord rendu compte que les bâtiments qui entachaient cette belle Presqu’île étaient dues à… Jacques Perrin-Fayolle, tel l’hôtel Sofitel sur le quai Gailleton (à la place de l’ancien hôpital militaire Desgenettes) ou les immeubles qui donnent sur la Saône, côté 2e arrondissement, sur le quai Saint-Antoine vers la place d’Albon et la rue Mercière. Il n’aura là, d’une certaine manière, que remplit ces espaces que le maire et roi du béton Louis Pradel avaient libéré, peu enclin à rénover l’existant déclinant, devenu insalubre au fil du temps. Mais bien sûr, ceci est presque une anecdote dans cet ouvrage de près de 300 pages extrêmement fouillé et imagé (photos d’hier et d’aujourd’hui, plans, dessins et même aquarelles), car ce que dresse Philippe Dufieux, c'est le portrait d’un homme de son temps, participant activement aux politiques étatiques de construction massives de campus et d’hôpitaux publics, plus qu’aux logements (le quartier villeurbannais du Tonkin est de son fait, l’immeuble Les Eaux-vives dans le 6e à la lisière du

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La Floraison des Saisons Hanabi au Comœdia

Festival | L’été des Saisons Hanabi, premier festival au fil des saisons, fleurit avec une sélection de films japonais autour du thème du Takai : "l’autre (...)

Élise Lemelle | Mardi 11 juin 2019

La Floraison des Saisons Hanabi au Comœdia

L’été des Saisons Hanabi, premier festival au fil des saisons, fleurit avec une sélection de films japonais autour du thème du Takai : "l’autre monde" interrogeant le lien entre concret et spirituel, notamment dans des anime, et en particulier dans les œuvres du virtuose Keiichi Hara dont la dernière création Wonderland, le royaume sans pluie sera dévoilée en parallèle de sa projection au Festival d’Annecy. Également au programme de cette sélection dépaysante : L’homme qui venait de la mer, un film de Kôji Fukada ou encore Anticipation Japon où cinq réalisateurs prophétisent le Japon de demain sous la direction d’Hirokazu Kore-eda, réalisateur palmé à Cannes pour Une affaire de famille. Les Saisons Hanabi Au Comœdia ​du 12 au 18 juin

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La fabrique des petits soldats : "Le Fils"

Documentaire | Documentaire de Alexander Abaturov (Ru-Fr, 1h11)…

Vincent Raymond | Mardi 28 mai 2019

La fabrique des petits soldats :

Deux trajectoires parallèles : celle du cousin du réalisateur, Dima, soldat d’excellence russe mort au combat, et celle des nouvelles recrues aspirant à rejoindre le corps d’élite des Spetsnaz dont Dima était issu. D’un côté, le deuil sobre ; de l’autre l’exaltation d’une jeunesse ultra patriote… On aimerait que cela fût une fiction et non point un documentaire. Mais Alexandre Abaturov dépeint une réalité crue et froide : celle de super-soldats contemporains interchangeables et soudés au sein d’une unité impatiente de servir la mère Russie. N’étaient leurs marinières rouges, ils pourraient êtres les bidasses de Full Metal Jacket (1987) effectuant leurs classes sous les ordres d’instructeurs les conditionnant psychologiquement et physiquement, sélectionnant les plus solides (environ un quart du contingent), seuls aptes à porter le distinctif béret rouge des Spetsnaz. Entre les parcours dans la boue, les pugilats “pour de rire“ — avec pommettes en charpie et nez explosé —, les cérémonies d’hommage aux aînés tombés pour la patrie, Abaturov

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Un chat la nuit, la maison d’édition qui ronronne

Littérature Jeunesse | Une maison d’édition locale et éco-friendly invite les kids à explorer le monde à la recherche d’animaux fantastiques.

Lisa Dumoulin | Mardi 18 décembre 2018

Un chat la nuit, la maison d’édition qui ronronne

La nuit, tous les chats sont gris. Mais celui d’Un Chat la nuit est gris, roux et blanc, il est tigre, chien, lion et ours aussi. Des albums jeunesse remplis d’animaux, pour mieux évoquer des différences et les relations aux autres. Nichée dans le Beaujolais vert, à Grandris, la maison d’édition raconte des histoires qui ouvrent sur le monde avec malice. Le partage et l’échange, la transmission et l’entraide, la tolérance, l’imaginaire sont quelques unes des valeurs qui tiennent à cœur de ce chat noctambule. Les récits et les graphismes varient selon les auteurs, autrices et les illustrateurs aux styles différents mais s’unissent pour stimuler la curiosité, l’envie de découverte et le rêve. Tout en faisant sa part pour la préservation de l’environnement, à commencer par la fabrication des livres : Un chat la nuit imprime en France sur des papiers issus de forêts gérées durablement. Mes Animaux du monde Publié en septembre 2018, Mes Animaux du monde est un album au grain épais, agréable au toucher. L’autrice et illustratrice Emma Boissot (également designer textile, elle crée des motifs pour la pap

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Bien cuites, les baguettes : "Les Animaux fantastiques : Les Crimes de Grindelwald"

Fantastique | de David Yates (G-B-É-U, 2h14) avec Eddie Redmayne, Katherine Waterston, Dan Fogler…

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Bien cuites, les baguettes :

1927. Le sournois Grindelwald s’évade durant son transfert, affolant toutes les polices magiques du globe. Dumbledore expédie en secret Norbert Dragonneau sur ses traces, à Paris. Mais le collectionneur d’animaux fantastiques étant assigné à résidence sur le territoire britannique, il lui faut donc ruser… Désormais recyclée scénariste et productrice de ce cycle spin-off de Harry Potter, J. K. Rowling ne risque-t-elle pas, à force de tirer sur sa corde, de griller son aura auprès de ses plus fidèles fanatiques ? Oh, l’autrice dispose d’un confortable capital sympathie, et beaucoup de dragées surprises de Bertie Crochue seront avalées avant que ses émules ne commencent à douter de son infaillibilité, à renoncer à leur vénération pour ce gourou au sourire si doux. Prendre un tant soit peu de recul permet pourtant de constater la platitude paresseuse de cet épisode, qui pourrait tenir en deux formules de première année à Poudlard : Dillutio salsa (on rallonge la sauce) et Revelatio caudalix (on balance un vieux cliffhanger

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La preuve par 9

PNR en régions | Jusqu'à l'arrivée de celui de l'Aubrac, les parcs naturels régionaux étaient neuf répartis dans cette nouvelle région. Voici leur portrait esquissé et leur date de naissance.

Nadja Pobel | Mardi 3 juillet 2018

La preuve par 9

Baronnies provençales (2015) Aux portes de Vaison-la-Romaine, Dieulefit ou Veynes, ce parc tout récent mord largement sur les Hautes-Alpes. Temple des plantes aromatiques (thym, lavande...), il soufre d'une érosion démographique mais ses arbres fruitiers et notamment ses oliviers en font une étape incontournable dans la région. Et la voie lactée, en raison du peu de lumière artificielle, est visible partout. Chartreuse (1995) Entourée de deux parcs naturels régionaux (Vercors, Chartreuse) et peut-être bientôt trois (Belledonne), Grenoble est une des "villes-portes" de ce PNR où culmine le sommet de Chamechaude (2082 m). Terre de randonnée (1300 km balisés !), la Chartreuse est aussi le terrain de jeu des chevreuils, sangliers, cerfs ou chamois. Haut-Jura (1986) Aux confins de la Suisse, implanté partiellement en région Bourgogne-Franche-Comté, ce parc est formé de plateaux arrondis avec pâturages et forets d’épicéas. Havre des skieurs de fond qui auraient évité les bouchons isérois, cette terre méconnue, peu à la mode, est l'autre pays du fromage avec les morbiers, comté et bleu de Gex issus du lait

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« Des territoires d'exception qui méritent l'attention »

Parcs Naturels Régionaux | À l'heure de la biodiversité bafouée, d'un État irresponsable, les parcs naturels régionaux constituent une terre de résistance et d'expérimentation, sans pour autant être soumise à des interdits. Comment préserver sans bannir l'humain, comment inventer des liens entre ruralité et urbanité ? Michaël Weber, président de la fédération des Parcs naturels régionaux de France, fait le point.

Nadja Pobel | Mardi 3 juillet 2018

« Des territoires d'exception qui méritent l'attention »

Pour quelles raisons, en 1967, le Général de Gaulle initie la création de ce label de Parcs naturels régionaux ? Michaël Weber : À l'époque, il y avait une fragilité des territoires ruraux. Nous étions dans une France bien après guerre qui connaissait un mouvement de désertification rurale et d'urbanisation. Il y avait deux constats : d'une part les territoires ruraux étaient en plein décrochement et, d'autre part, les urbains considéraient bien souvent les espaces ruraux comme récréatifs. C'est la combinaison des deux, à l'issue d'une mission conduite par la DATAR (délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale) qui en discutant avec les habitants, les élus, les acteurs locaux, a abouti à la création de ce statut de parcs naturels régionaux. Le général de Gaulle était tellement intéressé qu'il a souhaité signer personnellement ce décret. Comme s'inscrivent ces PNR dans la cartographie des labels qui contient aussi des Parcs nationaux des sites inscrits, classés ? À l'époque, les sites inscrits, classés, les réserves naturelles en étaient à leurs balbutiements. L

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Printemps en orbite aux Subsistances

Week-end sur mars | C'est un week-end sur Mars qui ressemble tant aux Subsistances : des spectacles expérimentaux mais qui promettent d'être accessibles, des ateliers gratuits, et des tarifs défiants toute concurrence (pas plus de 10€). Et si le printemps commençait sur les bords de Saône ?

Nadja Pobel | Mardi 20 mars 2018

Printemps en orbite aux Subsistances

À la croisée des arts, le week-end sur Mars des Subs est un condensé de curiosité. Parce qu'il réunit l'autrice Pauline Peyrade, la circassienne spécialiste du main-à-main Justine Berthillot vue dans Noos notamment au festival UtoPistes et l'acteur (sorti du Cons' supérieur de Paris s’il vous plaît), auteur et musicien Antoine Herniotte. Dirigé plusieurs fois par Laurent Brethome pour qui il avait aussi ré-écrit le très juste Riquet, cet artiste complet aime emprunter des chemins de traverse et présente ici la première de Poings, ce texte dont Pauline Peyrade parle comme d'un « espace mental », sombre (le sujet du viol est là) mais avec des objets du quotidien et un solo de roller... Quand on vous dit que de nouvelles formes s'inventent en permanence. Les Divins animaux, qui depuis dix ans ont été initié par ce jeune comédien sorti du cours Florent, Florian Pautasso, explorent ce qu'avoir un objectif veut dire et questionne cette société qui intime à chacun d'en avoir un. Sa troupe, dans une maison (le spectacle s'intitule Notre foyer

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Les Halles de la Martinière deviennent un food court

Food | Les halles municipales ont rouvert, après une intense (éco)rénovation. On y trouve une épicerie, un dealer de jus, un poissonnier, une crêperie et un bar à vins et tapas, ayant pour mantra commun l'alimentation durable.

Adrien Simon | Mardi 5 décembre 2017

Les Halles de la Martinière deviennent un food court

La halle millésimée 1838 était devenue le serpent de mer de la Martinière. Voilà près de quinze ans qu'il était question à son propos de changement. La mairie projeta d'abord de privatiser le bâtiment - on murmura le nom de Casino, voire de Bahadourian. Pour diverses raisons, notamment la mobilisation d'habitants du quartier, le projet fut ajourné puis abandonné, ce qui n'empêcha pas la halle de se vider de ses commerçants et de finir par fermer. Furent alors évoqués plusieurs projets de reprise, dont l'un, en 2013, mené par des producteurs de la région - qui échoua, encore. Finalement, il fallut l'intervention d'Etic, un créateur et financeur de projets immobiliers "responsables", pour que la perspective d'une réouverture devienne crédible. Avec un bon million d'euros d'investissements et un an de travaux, les murs en béton et l'amiante posés dans les années 60 ont disparu, les colonnettes en fonte et leurs paniers de fruits ont réapparus, et le bâtiment a regagné des couleurs, ou plutôt de la lumière. Il est aujourd'hui cerclé de grandes baies

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Une semaine signée Comœdia

Avant-Premières | Sacrée semaine pour le Comœdia. Jeudi 30 débute Signature, l’exposition du photographe attitré de la maison, Nicolas Spiess. Celui-ci a immortalisé les (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 novembre 2017

Une semaine signée Comœdia

Sacrée semaine pour le Comœdia. Jeudi 30 débute Signature, l’exposition du photographe attitré de la maison, Nicolas Spiess. Celui-ci a immortalisé les illustres visiteurs ayant transité par le complexe du 7e — enfin, ceux qui acceptent l’exercice de bonne grâce, car il existe quelques têtes de pioche rétives — et accepté d’orner leur portrait d’un paraphe. La galerie est impressionnante et surtout radieuse. Vous aurez l’occasion de l’admirer grâce à un tombereau d’avant-premières. Dimanche 3 décembre à 10h45, ce sera pour Drôles de petites bêtes, lundi 4 à 19h15 pour le documentaire L'Usine de rien en présence du réalisateur Pedro Pinho et le même soir à 20h pour The Last Family dans le cadre du Festival Arte Kino. Sans oublier en starter Leonardo Di Costanzo pour L’Intrusa le mercredi 29 novembre. Ouf !

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38e Festival du film court de Villeurbanne : une édition fantastique

Court-Métrage | Vigie d’une production européenne très orientée genre cette année, le Festival du Film Court de Villeurbanne participe de surcroît au rayonnement de la création locale. Clap clap !

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

38e Festival du film court de Villeurbanne : une édition fantastique

Nul besoin de tortiller en tout sens la compétition européenne pour dégager la dominante thématique de ce 38e millésime villeurbannais : le fantastique infuse et irrigue près de la moitié des 48 films en lice. Et il ne s’agit pas d’une lubie hexagonale : tous les pays représentés connaissent la même résurgence pour ce cinéma de genre que les jeunes cinéastes maîtrisaient parfois mal autrefois. Ce n’est plus cas. Pour Laurent Hugues, directeur des festivals du Zola, « si le goût pour le fantastique a toujours été là, il avait du mal à passer le stade des commissions d’aide à la production, qui donnaient leur préférence aux films à caractère social. Aujourd’hui, on trouve davantage de personnes aspirant à élargir le spectre des œuvres financées. » Quant au volume… Le fantastique ne naît pas dans une société apaisée : « L’air du temps inspire une inquiétude grandissante chez les auteurs, un malaise qui s’accroit depuis deux ou trois ans. » Et le comité de sélection du festival a peut-être, lui aussi, gagné en audace. Mise en bouche

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La saison des festivals est ouverte

Grand Lyon | Bientôt quadragénaire, le doyen des festivals de l’agglomération lyonnaise n’a rien d’un autarcique : depuis des années, il propose des séances délocalisées dans des (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

La saison des festivals est ouverte

Bientôt quadragénaire, le doyen des festivals de l’agglomération lyonnaise n’a rien d’un autarcique : depuis des années, il propose des séances délocalisées dans des salles amies : au Théâtre Astrée, à la MLIS et l’ENM de Villeurbanne, mais aussi au Comœdia, au Ciné-Meyzieu et au Ciné Mourguet de Sainte-Foy-lès-Lyon. La période coïncide également avec le lancement d’autres événements locaux d’importance, qui bénéficient donc d’une dynamique croisée : pas de rivalité entre les salles indépendantes ! Le Mois du Film Documentaire fait ainsi escale jusqu’au 30 novembre au Toboggan de Décines avec quatre projections agrémentées de débats. Grégory Gomes accompagnera Frères Ennemis qu’il a tourné dans la proximité d’un derby Lyon-Saint-É ; quant à Charlotte Pouch, elle racontera la genèse de Des bobines et des hommes, une (més)aventure humaine et industrielle. Plus au nord de la Métropole, le Ciné-Caluire programme son Festival du cinéma italien. Une semaine placée sous le signe de l’amour,

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Entre deux : "L'École de la vie"

Documentaire | de Maite Alberdi (Fr-Chi-P-B, 1h32) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

Entre deux :

La vie quotidienne dans une école chilienne spécialisée accueillant des adultes atteints du syndrome de Down (la Trisomie 21) : le travail à l’atelier gastronomie, l’amitié et les histoires de cœur minées par les décisions des tuteurs légaux… Maite Alberdi cadre les élèves serrés, dans une très grande proximité, à l’extrême limite parfois de l’intimité gênante (sans franchir la ligne jaune de l’obscénité), gardant parents et éducateurs dans un flou visuel volontaire. Ce dispositif tranché facilitant la focalisation sur ses héros — Rita, au régime, qui tente de soustraire du chocolat en cachette, Anita et Andrés désireux de se marier malgré l’opposition parentale —, et permettant d’adopter plus aisément leur point de vue, est sans doute la meilleure idée de ce documentaire. L’École de la vie laisse en effet une impression mitigée, découlant pour partie des méthodes en apparence paradoxales de l’école. Certes, les élèves semblent disposer d’une liberté d’action complète et s’épanouir lorsqu’ils préparent de la pâtisserie, mais ils sont étr

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Prison de filles : "Des rêves sans étoiles" de Mehrdad Oskouei

Documentaire | de Mehrdad Oskouei (Irn, 1h16) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

Prison de filles :

Iran. Des jeunes femmes à la lisière de la majorité sont filmées dans leur quotidien de détenues d’un centre de “réhabilitation” pour mineures. Souvent en rupture de famille, certaines sont délinquantes, d’autres enceintes, voire mères ; toutes dans l’angoisse de leur sortie… Voilà un projet intéressant sur le papier, qui peine pourtant à aller au-delà de ses évidentes bonnes intentions. Notamment parce que le réalisateur parasite son propre film, en intégrant des interviews qu’il réalise, voix off, avec les détenues. De témoin, il devient acteur des événements ; il interagit avec eux. À ces “tête-à-tête“ trop polis pour être honnêtes (ont-ils été répétés ? Ont-ils été surveillés durant le tournage ?), on préfère les rares séquences d’imprévus, plus crues, montrant la détresse d’une gamine tétanisée par l’irruption de ses parents, ou une autre effondrée parce que sa grand-mère refuse de l’accueillir. Le cours d’instruction religieuse, abordant la question de l’égalité homme-femme, est aussi un grand moment.

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Leçons de son : "Buena Vista Social Club : Adios" de Lucy Walker

Documentaire | de Lucy Walker (É-U-Cu, 1h50) documentaire avec Ibrahim Ferrer, Omara Portuondo, Manuel Mirabal…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Leçons de son :

Vingt ans ou presque après le documentaire de Wenders, y avait-il encore des choses à apprendre sur le groupe d’octo-et-nonagénaires cubains ? Étonnamment, oui. Réalisé à l’occasion de la tournée d’adieux du Buena Vista Social Club, ce film est davantage qu’une séquelle du précédent opus : il creuse aussi ses racines grâce à un luxe d’archives inédites. Si Lucy Walker opte pour une structure plus classique et une réalisation moins “virtuose” que son prédécesseur allemand, elle compense par un supplément de valeur informative et d’émotion : les maîtres du son dont elle établit le parcours médiatique (Ibrahim Ferrer, Compay Secundo, Rubén González…) avant leur entrée dans l’illustre orquesta sont désormais tous mort, exception faite de la vaillante Omara Portuondo. La cinéaste exhume par ailleurs des images (parfois tendues) de la conception de l’album de 1996, rendant au producteur Nick Gold des lauriers souvent indument tress

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États généraux du documentaire

ECRANS | S’il est encore trop tôt pour connaître le programme détaillé de la 29e édition des États généraux du film documentaire de Lussas (Ardèche) on peut d’ores et déjà en (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

États généraux du documentaire

S’il est encore trop tôt pour connaître le programme détaillé de la 29e édition des États généraux du film documentaire de Lussas (Ardèche) on peut d’ores et déjà en indiquer ses dates (du 20 au 29 août) et rappeler le principe de cette semaine. Conjuguant séquences réflexives (séminaires théoriques) approche pratique (ateliers) et projections (plusieurs sections interrogeant le patrimoine comme la production contemporaine), ce laboratoire vivant est surtout le rendez-vous cardinal et convivial des amateurs de cette forme exigeante, mais polyvalente. Un must pour qui croit en la capacité du cinéma d’émettre une voix dissonante. www.lussasdoc.org

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"Le Goût du tapis rouge" : raides carpettes

Documentaire | de Olivier Servais (Fr, 1h13) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Dix jours en mai, leur vie s’interrompt, cependant qu’elle s’illumine. Guetteurs ou arpenteurs, ils forment une foule compacte s’agglutinant autour des marches du Palais des Festivals et roulant le long de la Croisette. Deux éditions durant, Olivier Servais a braqué ses regards vers ce peuple de l’ombre, les uns mendiant des paillettes aux étoiles, les autres œuvrant à leur service. Cannes vu par les vraies gens, hors apparat et coupe-file… L’idée était séduisante de partager un point de vue “plébéien”, extérieur, éventuellement dissonant — plutôt que les sempiternels clichés sur l’angoisse de la star au moment de gravir les escaliers ou l’art du concierge de palace à satisfaire ses caprices. Hélas, Servais semble parti tourner à caméra-que-veux-tu, et avoir ensuite effectué un collage à la diable de ses séquences, histoire de leur donner un cachet expérimento-impressionniste. Le résultat est fade, factice et soporifique. Cependant, s’il fallait retenir une chose de ce vrac, c’est que la faune statique des fanatiques du Festival est aussi diverse dans ses motiva

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"Noma au Japon" : comment réinventer le meilleur restaurant du monde

ECRANS | de Maurice Dekkers (P-B, 1h33) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Couronné plusieurs années consécutives meilleure table du globe, le Noma de Copenhague se voit confier une carte blanche durant six semaines par le Mandarin Oriental de Tokyo. Pour l’équipe menée par le chef René Redzepi, le défi est de taille : il s’agit en effet de composer une carte nouvelle respectant l’esprit Noma tout en se nourrissant des particularités du terroir japonais. Une course contre la montre et pour les papilles s’engage… On ne saurait mieux expliquer le processus créatif de la haute cuisine, naissant d’une fusion de talents individuels et d’une symbiose d’inspirations sous la houlette d’un chef d’orchestre aux intuitions audacieuses. Capable de tirer le meilleur de chacun, de fuir les évidences gastronomiques et de se remettre en question sans concession, Redzepi apparaît comme un catalyseur et un liant. Sa curiosité et son perfectionnisme contagieux, respectueux de la nouveauté, des cultures, des saveurs ou de l’esthétique, rappellent la démarche de Benjamin Millepied dans l’excellent documentaire

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"Retour à Forbach" : mauvaises mines

ECRANS | de Régis Sauder (Fr, 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Venu pour solder la maison de famille, Régis Sauder arpente Forbach — autrefois cité minière, désormais dévorée par le chômage et gagnée par les votes extrêmes. Sur les traces de son enfance mosellane, il confronte ses souvenirs de prolo complexé à la réalité contemporaine, retrouve des camarades d’antan. En leur compagnie, mais aussi avec quelques grands témoins (telle une tenancière de café, parfait coryphée moderne) il enregistre la réalité du quotidien forbachois, dans son effrayante apparence de cité fantôme : plans fixes sur des pas-de-portes désertés, des échoppes à l’abandon, des commerces fermés, auxquels succède l’empilement des bulletins en faveur de l’extrême-droite lors des élections régionales. Dans cette région autrefois occupée, les mémoires sont courtes, et Sauder profite de son amer pèlerinage pour rappeler la cause du malheur actuel : l’exploitation minière, qui fit les “beaux jours” et la richesse du pays — c’est-à-dire des quelques familles possédant les mines, pompant le sol comme l’énergie vitale des ouvriers. Dépourvu d’illusion et de rêve, Forbach apparaît ici écrasé entre

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"L’Opéra" : un an de prises à Bastille

Le Film de la Semaine | Des coulisses aux cintres, des tensions sociales aux minutes de silence, des répétitions aux applaudissements, une suite d’instantanés façons puzzle glanés durant une saison de l’Opéra de Paris visant à désacraliser cette institution culturelle française majeure. Avec bienveillance.

Vincent Raymond | Mardi 4 avril 2017

Philippe Martin, producteur habituel de Jean-Stéphane Bron, ne s’en cache pas : grand amateur d’art lyrique et familier de Stéphane Lissner (le directeur de l’Opéra de Paris), c’est lui qui a soufflé l’idée, pour ne pas dire commandé ce film au cinéaste helvétique, pur néophyte dans cet univers. Mais est-ce en cela un problème ? L’œil du candide capte souvent des mouvements insolites que l’habitué, blasé malgré lui, ne perçoit plus. Bron s’est donc immergé pendant 130 jours dans les murs de l’Opéra, le découvrant lui-même pour le faire découvrir au spectateur. Avec la chance du débutant, du point de vue dramaturgique : couvrant la saison 2015-2016, il suit donc des grèves à répétition, les conséquences des attentats parisiens, l’arrivée et le départ de Benjamin Millepied… davantage du côté directorial, offrant ainsi un contrepoint (ou un contrechamp) à l’excellent Relève : histoire d’une création de Thierry Demaizière & Alban Teurlai, tourné c

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Arac, 25 ans d’âge

Cinéma | Depuis 1991, Rhône-Alpes cinéma se pose en productrice des films produits sur son territoire. Naviguant entre échecs et beaux succès critiques ou publics, cette activité joue sur la santé économique de la région et son prestige extérieur. 25 ans après, alors que la fusion avec l'Auvergne vient de s’opérer, quels bilans retenir de cette entreprise soutenant l’audiovisuel local ?

Julien Homère | Mercredi 22 mars 2017

Arac, 25 ans d’âge

Pas étonnant que Roger Planchon, apôtre de la décentralisation théâtrale et cinéphile dans ses jeunes années, ait été à la manœuvre pour créer l’entité. 254 films plus tard, cette philosophie créatrice reste la même, revendiquant une pluralité encore omniprésente et une indépendance de l’Ile-de-France affirmée. « Notre ligne éditoriale se trouve dans la diversité des projets. On ne s’enferme pas dans une ligne exclusive : c’est le choix de la Région. » explique Grégory Faes, directeur général d’Auvergne-Rhône-Alpes cinéma. En théorie, le refus des querelles de clochers explique la bonne santé de l’entreprise privée, devenue Auvergne-Rhône-Alpes cinéma depuis la fusion des régions de tutelles début 2016. Pourtant, la réalité demeure beaucoup plus complexe.

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Histoires Vraies (.doc) : regards partagés sur le doc'

ECRANS | Des gens, des causes et des films. Munies d’exclusivités de tous horizons, les 18e rencontres autour du film documentaire se placent du côté de l’Homme, (...)

Julien Homère | Mardi 28 mars 2017

Histoires Vraies (.doc) : regards partagés sur le doc'

Des gens, des causes et des films. Munies d’exclusivités de tous horizons, les 18e rencontres autour du film documentaire se placent du côté de l’Homme, tournées vers sa laideur extérieure comme sa beauté intérieure. Accompagnant un pot d’ouverture, Food Coop de Tom Boothe montrera que même Wall Street n’arrive pas à stopper le geste fraternel au sein d’une coopérative alimentaire new-yorkaise. Manger mieux pour vivre mieux, credo commun entre Rosa Maria, exilée de son village en 1931 et les migrants kurdes à Riace, dans le sud de l’Italie actuelle : Un paese di Calabria de Shu Aiello et Catherine Catella rappelle les heures sombres de l’actualité, en miroir avec son Histoire, démarche jumelle de Ils ne savaient pas que c’était une guerre. Avec l’association Coup de Soleil, favorisant les échanges culturels entre la France et le Maghreb, son réalisateur Jean-Paul

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Le Carnaval avant l'heure des crêpes

Spectacle | Prenez l'imprévu et décomplexé chef d'œuvre post-romantique de Camille Saint-Saëns. Incorporez-y une grosse dose de jazz façon big band et vous obtenez un Carnaval Jazz des Animaux racontée par un grand méchant loup affamé. Un spectacle à dévorer en famille.

Antoine Allègre | Mardi 14 février 2017

Le Carnaval avant l'heure des crêpes

Jamais le Carnaval des Animaux n'aura aussi bien porté son sous-titre de "grande fantaisie zoologique". Composé durant l'année 1886 à l'occasion de mardi gras et son hystérie crêpière, le conte – qui n'était à l'origine qu'une farce écrite par son pourtant sérieux compositeur et auteur Camille Saint-Saëns - a eu droit à un relooking façon wap-doo-wap. En effet, The Amazing Keystone Big Band épaulé par les qualités d'écriture de Taï-Marc Le Thanh en propose depuis deux saisons une lecture jazz et jubilatoire. Sur scène, les dix-sept musiciens de l'ensemble autoproclamé « turbulent et bouillonnant » se partagent la distribution : le lion rugit à grands coups de trombone, les oiseaux chantonnent grâce aux flûtes, l'éléphant barrit à travers le tuba... Les poules déploient un étonnant arsenal funky tandis que, grâce à la section rythmique, les lapins deviennent de vraies machines à groover. Seul le Grand Méchant Loup, narrateur privilégié du conte, a droit à une voix humaine et forcément gourmande de voir tout ce potentiel festin se la donner gaiement. Ce Carnaval Jazz des A

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"Le Concours" : il ne peut en rester que soixante

ECRANS | de Claire Simon (Fr, 1h59) documentaire avec Laetitia Masson, Sylvie Verheyde, Patricia Mazuy, Vincent Dedienne…

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Héritière de l’Idhec, la Femis représente l’aristocratie des écoles de cinéma et peut se targuer d’avoir formé Emmanuel Mouret, François Ozon, Céline Sciamma, Alice Winocour ou encore Emmanuelle Bercot. Son drastique écrémage à l’entrée est si réputé — 1200 postulant(e)s pour 60 élu(e)s — qu’il a inspiré la cinéaste Claire Simon. Rien d’étonnant, connaissant son appétence pour les portraits de microcosmes, en fiction ou documentaire — que ce soit les cours d’écoles dans Récréations (1992), le planning familial dans Les Bureaux de Dieu (2008) ou le bois de Vincennes pour Le Bois dont les rêves sont faits (2016). Dans Le Concours, elle suit le processus de sélection, des épreuves de pré-admissibilité à la rentrée des élèves, en témoin muette des examens et des oraux, captant le réel sans jamais intervenir. Au-delà de son léger suspense (qui sera retenu et pourquoi ?), le projet est intéressant de par sa grande transparence, puisque l’on pénètre les coulisses d’une grande institution et l’on ass

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"Ouvrir la voix" au Périscope

CONNAITRE | Être femme et noire en France, aujourd'hui : une double peine. Le documentaire de la réalisatrice et militante afro-féministe Amandine Gay est un (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 24 janvier 2017

Être femme et noire en France, aujourd'hui : une double peine. Le documentaire de la réalisatrice et militante afro-féministe Amandine Gay est un instantané du quotidien des femmes afro-descendantes noires, en France et en Belgique, qui se livrent sur la beauté, le travail, l'accent, la religion, le machisme... Et se retrouvent toutes à l'intersection du racisme et du sexisme. Un documentaire pas sorti en salles, mais toutes les projections sont rapidement complètes. La prochaine : au Périscope, ce lundi 30 janvier à 20h30.

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"Swagger" : à l’école de la classe

ECRANS | Portrait d’une banlieue par des jeunes qui la vivent au présent et ont foi en l’avenir, dans un documentaire de création bariolé, sans complaisance mortifère ni idéalisation naïve. Stimulant.

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Ils se prénomment Aïssatou, Astan, Aaron, Elvis ou Mariyama… Vivant dans des cités de périphérie, ces adolescents dépassent la facile caricature à laquelle ceux qui ne les ont jamais approchés les réduisent. Pour un peu qu’on consente à les rencontrer ! Olivier Babinet, lui, les a écoutés durant des semaines, et construit en leur compagnie ce singulier documentaire débordant de fantaisie, de liberté et surtout d’espoir. Film stylé, Swagger est ainsi autant une collection de témoignages qu’une œuvre de création chamarrée ; un puzzle assumé et dynamique se pliant autant à l’imaginaire immédiat de ses protagonistes qu’à leurs projections. S’ils décrivent le quotidien pas forcément folichon avec lequel ils doivent composer au prix d’une sacrée créativité, les onze ados du film sont aussi les acteurs d’un changement en cours. Que la caméra, complice magique, transpose parfois dans une imagerie hollywoodienne ou clippée — voir les défilés vestimentaires de Paul et Régis, deux jeunes mecs ayant su affirmer leur identité à travers leurs fringues. Ou qu’elle an

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"Trashed" : le plastique, c’est satanique

Le Film de la Semaine | Jeremy Irons nous guide à travers le monde des déchets gouverné par de belles saloperies : dioxines et plastiques — des polluants ubiquistes impossibles à recycler, résidus de la révolution industrielle et des Trente Glorieuses. Un documentaire aussi édifiant qu’effrayant.

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Fin octobre, le WWF publiait une étude révélant l’extinction de 50% des espèces de vertébrés durant les quarante dernières années. À qui la faute ? Trashed délivre davantage qu’une ébauche de réponse à ce cataclysme supérieur à tous les accidents géologiques passés, en accumulant des strates d’informations. Pour certaines collectées au grand jour ; pour d’autres ramassées dans la fange putride de nos poubelles. Lesquelles, sous nos yeux obstinément aveugles, ont gagné notre espace vital. Elles gagneront tout court, si l’on n’y prend garde. Ordures ! Sur le front environnemental, d’aucun(e)s pensent qu’il est plus productif pour la cause d’encenser en sautillant benoîtement un chapelet de micro-initiatives positives, en prenant grand soin d’éviter de s’attarder sur la situation actuelle, décidément trop anxiogène. Une étrange forme de méthode Coué consistant à consentir un traitement, sans accepter de reconnaître la maladie — tout à fait en phase avec notre époque de l’aseptisé triomphant. Ici, Jeremy Irons ne fait pas de cœurs avec les doigts, ni n’étreint ses interlocuteurs sur fond chill-out. Pas plus qu

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Collectif Anonyme : « nous voulons créer un réseau de vin antifasciste »

Salon Rue89Lyon des Vins Naturels | Présent ce week-end du côté du palais de la Bourse pour le salon Sous les pavés, la vigne, le Collectif Anonyme prône la permaculture, l'engagement politique et le refus de la hiérarchie au cœur des vignes, tout en soignant la qualité de ces vins réalisés sans dogme.

Adrien Simon | Dimanche 6 novembre 2016

Collectif Anonyme : « nous voulons créer un réseau de vin antifasciste »

Parlez nous de vos vignes… Collectif Anonyme : En ce moment, nous sommes trois à travailler 10, 5 hectares de vignes. Celles-ci sont principalement situées à Banyuls, mais nous avons aussi un hectare situé à côté de Laroque-des-Albères. Nos vignobles suivent les contours des montagnes, sur des parcelles assez raides, les parois rocheuses forment des terrasses qui surplombent la Méditerranée. Nous avons récupéré des vignobles abandonnés, ou mal gérés, et nous avons travaillé dur pendant quelques années pour les réhabiliter. Par la suite, nous avons acquis de très beaux vignobles, plus productifs. Certaines parcelles étaient exploitées en agriculture conventionnelle et le sol était dur comme du béton, mais au fil du temps, les graminées et les mauvaises herbes sont revenues, le sol a changé, a commencé à revivre ; sa couleur est passée du rouge au brun foncé ou noir. Nos vignes sont enherbées. Avec les végétaux, le sol semble vert en hiver, et vire au jaune quand l’été arrive. Au printemps, il est couvert de fleurs - c’est beaucoup mieux que le rouge-béton ! Vous pratiquez la permaculture… Et la bio

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"Dernières nouvelles du cosmos" : mes mots ont la parole

ECRANS | de Julie Bertuccelli (Fr, 1h25) documentaire avec Hélène “Babouillec” Nicolas…

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Présentant les préparatifs d’un spectacle façon MJC, avec un comédien un brin halluciné déclamant des vers post-mallarméens, les premières images inquiètent légitimement. Où donc nous a entraînés la réalisatrice de La Cour de Babel ? Elle livrera peu à peu les clefs : l’interprète des poésies est en fait le père d’Hélène, leur auteur. Signant Babouillec, cette trentenaire souffrant d’un trouble autistique ne parle ni n’écrit : elle communique depuis dix ans en désignant une à une les lettres composant les mots reflétant ses pensées. C’est grâce à ce procédé de bénédictin qu’elle a brisé le mur l’isolant du monde et “dicté“ ses créations. Julie Bertuccelli fait témoigner ses parents (formidables de présence et de soutien), filme l’auteure à l’œuvre — œuvre de patience —, et en discussion avec un mathématicien, sans doute brillant, mais énonçant ici des platitudes. La cinéaste ne pose pas un regard admiratif ou protecteur sur une “curiosité”, mais nous fait partager son appréhension d’une démarche artistique singulière. Et prouve également que captée à l’état natif, la poésie d’Hélène se suffit à elle-même, n’en déplaise à son

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Chateauneuf du Peuple : mieux vaut boire du rouge que broyer du noir

Caviste nature | Dans le quartier de Saint-Jean, se niche un esthète libanais nommé Mahdi qui saura trouver le bon canon d'artisan à écouter en buvant un Charles Mingus millésimé. Ou l'inverse, c'est selon.

Sébastien Broquet | Mercredi 2 novembre 2016

Chateauneuf du Peuple : mieux vaut boire du rouge que broyer du noir

Nous : « Alors je voudrais un rouge, genre… » Mahdi : « Goûte ce pétillant plutôt ! » Le fond du verre accueille le breuvage avant notre phrase finie. Nous goûtons, approuvons. Mahdi complète alors le verre. Mahdi Hachem n’est pas là pour nous servir l’apéro : il est en mission, pour faire découvrir tout un monde ; et raconter l’histoire des gens qu’il aime — les vignerons, les musiciens — par les breuvages qu’il sert, par le jazz se lovant dans sa petite échoppe. Sa propre histoire aussi, par ricochet. Et il aime commencer par le début, comme toute bonne histoire, qu'elle se conte, ou qu'elle se boive. Car même si nous passions la première fois boire un seul verre en solo, nous avons été capturés (comme bien d’autres) par l’atmosphère peu commune de ce spot à la déco iconoclaste (le maître de la demeure s'adonne aussi à la peinture), par l'amour qui s’en dégage, par l’histoire contée ce jour-là par un tenancier pas tout à fait comme les autres et ne respectant surtout aucune des conventions en usage habituellement dans un tr

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Le vin fait de la résistance

Le Mois du Vin Naturel | Trois salons dédiés, des dégustations, des fêtes, des dédicaces d'ouvrages : durant un mois, à Lyon, le vin naturel est à l'honneur... Le vin quoi ?

Adrien Simon | Mercredi 2 novembre 2016

Le vin fait de la résistance

On perdrait son temps à chercher la définition stricte (ou pire, le cadre légal) du vin naturel : il n'en existe pas. On parle aussi bien de vin nu, nature, vivant, rebelle, pour qualifier l'œuvre de vignerons dont on peut dire, minimalement, qu'ils sont en rupture avec le mode de production conventionnel. La culture de la vigne est aujourd'hui une grande consommatrice de pesticides (20% des stocks utilisés par l’agriculture française, pour à peine 4% des terres cultivées). Et la fabrication du vin autorise l'usage de 47 additifs différents. Les vignerons nature — et c’est ce qui a priori les rassemble — ont pris le parti de ne plus jouer aux apprentis-chimistes. Ils refusent l’usage de produits nocifs dans les vignes et l'interventionnisme durant la vinification. Et sont tentés de ne pas filtrer, ni sulfiter, leurs nectars lorsqu'ils les mettent en bouteille. Sébastien Milleret, caviste à la Croix-Rousse (Ô vins d’anges) rappelle le cercle vicieux de l'agro-industrie : « traiter chimiquement la vigne induit des effets de bord : le cycle de la plante est déréglé, on obtient des raisins carencés ; il faut ensuite rattraper les dégâts... avec des béq

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Antonin Iommi-Amunategui : « Boire du vin naturel, c'est changer la société un verre après l'autre »

Sous les pavés, la vigne | Instigateur des salons Rue89 des vins naturels à Paris et Lyon, blogueur engagé sur No Wine is Innocent, auteur du séminal Manifeste du Vin Naturel (aux éditions de l'Épure), co-fondateur du crew Nouriturfu visant à provoquer la jouissance des palais, organisateur des iconoclastes Nuits des Vins Nus, Antonin Iommi-Amunategui nous expose sa concrète utopie.

Sébastien Broquet | Mercredi 2 novembre 2016

Antonin Iommi-Amunategui : « Boire du vin naturel, c'est changer la société un verre après l'autre »

Un an après la parution de ton Manifeste pour le vin naturel, quelles évolutions vois-tu ? Antonin Iommi-Amunategui : Le vin naturel grignote chaque jour du terrain : on ne le trouve plus seulement dans les bars à vin urbains, mais jusque dans les supermarchés — à tout le moins des vins qui se prétendent naturels — et les guides ou revues tradi du vin. Il est là et on ne le délogera plus. Reste à savoir s'il va enfin acquérir une existence officielle, et le cas échéant, selon quels critères. On voit aussi arriver la récupération : pour la première fois, une grande surface proposait du vin naturel dans sa foire de septembre. Oui, en réalité, ce n'était pas tout à fait la première fois. Mais c'est la première fois que c'était présenté de manière aussi claire. Alors évidemment, attention, il ne s'agissait que de pseudo-vin naturel ; des vins qui jouent avec les codes de ce mouvement pour s'en approprier l'image et, éventuellement, la niche commerciale. Le vin naturel, c'est encore quelque chose de très flou pour la plupart des consommateurs. Du coup, c'est facile pour un industriel pinardier de se g

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"Voyage à travers le cinéma français" : c’était sa première séance

ECRANS | Bertrand Tavernier raconte son rapport affectif aux films qui l’ont construit, dévoile son Panthéon intime. Édifiant, enthousiaste, touchant : trois quarts de siècle d’un compagnonnage actif avec le cinéma, à tous les points de vue et d’écoute.

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Bertrand Tavernier ne pouvait choisir meilleur public que celui du Festival Lumière — manifestation organisée par l’institut homonyme, qu’il préside, dans la ville où il est né — pour présenter les premières séances du documentaire-somme retraçant son parcours. Car davantage qu’une audience acquise, celle-ci se révèlerait surtout réceptive au projet de ce ciné-fils/cinéphile, l’accompagnant bien volontiers dans l’exploration de sa mémoire d’ogre. Promis depuis des années, ce Voyage dans le cinéma français offre un retour très personnel aux sources primitives de sa passion pour l’écran d’argent ; aux origines de sa curiosité fervente et contagieuse, devenue avec les années prosélytisme chaleureux en faveur de tous les types de cinémas, peu importent les chapelles, du moment qu’ils lui apportent du plaisir — son emploi immodéré du superlatif absolu et de l’épithète “formidable” est d’ailleurs légendaire. Oncle Tatave, celui qui se souvient de tous les films Tout aussi prodigieuse se révèle sa mémoire cinématographique, presque indissociable du contexte folklorique des séances qu'il ressuscite : le voisin fa

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"La Philo vagabonde" : festin de cerveau

ECRANS | de Yohan Laffort (Fr, 1h49) documentaire avec Alain Guyard

Vincent Raymond | Mardi 4 octobre 2016

Avec ses rouflaquettes, ses tatouages, son costard de chanteur nouvelle scène française et sa tchatche exaltée, Alain Guyard renverrait presque Michel Onfray au rayon des ancêtres pontifiants. Célébré comme une rockstar, le volubile philosophe intervient partout où on le sollicite (dans les campagnes reculées, en prison, sous un chapiteau, en Belgique, dans une grotte) pour diffuser de façon ludique et accessible la parole des penseurs — et surtout inciter ses auditeurs à phosphorer par eux-mêmes. Davantage qu’un émetteur de “produit culturel”, Guyard se veut une sorte de coach intellectuel, exerçant à la gymnastique de la réflexion. Comment ne pas être séduit par cette démarche noble de propagation de la connaissance, engendrant un tel enthousiasme ? Ce que montre ce documentaire va bien au-delà du cas de Guyard, en révélant l’abyssal manque de repères ainsi que le désir de sens largement répandus et partagés parmi toutes les composantes de notre société, qui rendent chacun(e) vulnérable au discours du premier bon parleur venu — certes, lui porte et apporte des valeurs

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Sorties cinema de la rentrée 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Un semestre en salles | Un Harry Potter, un Star Wars, un Marvel, un Loach Palme d’Or… Non non, nous ne sommes pas victimes d’un sortilège nous faisant revivre en boucle la dernière décennie. Regardez d’un peu plus près : c’est dans les détails que se nichent les nuances…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Sorties cinema de la rentrée 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Après un gros premier semestre dévolu aux blockbusters, la fin de l’année accueille traditionnellement le cinéma d’auteur — exception faite des incontournables marteaux-pilons de Thanksgiving et Noël, conçus pour vider une bonne fois pour toutes les goussets des familles. Les candidats 2016 sont, dans l’ordre, Les Animaux fantastiques de David Yates (16 novembre), spin off de la franchise Harry Potter et Rogue One : A Star Wars Story de Gareth Edwards (14 décembre). Qui de Warner ou Disney l’emportera ? Un peu avant (26 octobre), Benedict Cumberbatch tentera de déployer la bannière Marvel dans le film de Scott Derrickson, Doctor Strange — un second couteau parmi les superhéros. Cette impression d’avoir à faire des versions alternatives ou dégraissées de vieilles connaissances se retrouve aussi chez Tim Burton qui signe avec Miss Peregrine et les enfants particuliers (5 octobre) un nouveau conte fantastique sans Helena Bonham Carter, ni Johnny Depp, ni son compositeur fétiche Danny Elfman ! Au moins, on peut espére

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À Lussas, vive les doc’ !

ECRANS | Havre de bonheur et de réflexion pour les adeptes du cinéma du réel, les États généraux du film documentaire de Lussas ont su se construire une enviable (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

À Lussas, vive les doc’ !

Havre de bonheur et de réflexion pour les adeptes du cinéma du réel, les États généraux du film documentaire de Lussas ont su se construire une enviable singularité en résistant, encore et toujours, à la tyrannie des palmarès. Ce village ardéchois présente ainsi depuis 1989 un tour d’horizon très libre de la production documentaire annuelle, avec des projections en plein air, chez l’habitant ; des échanges avec des professionnels ainsi qu’un module théorique de premier plan : des séminaires et ateliers très prisés se déroulent sur place. Le détail de la programmation sera connu début août sur le site www.lussasdoc.org. À Lussas (Ardèche) du 21 au 27 aout

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Un voyage en Iran

ECRANS | Quand un régime exerce un pouvoir excessif sur son peuple, abuse de son autorité et/ou confisque les libertés, alors s’élèvent des voix pour protester ou le (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

Un voyage en Iran

Quand un régime exerce un pouvoir excessif sur son peuple, abuse de son autorité et/ou confisque les libertés, alors s’élèvent des voix pour protester ou le dénoncer ; et celles des artistes sont souvent les premières à se faire entendre. Depuis l’instauration de la république islamique en Iran, les cinéastes ont multiplié les coups d’éclats : fictions et documentaires, tournés au grand jour ou sous le manteau, témoignent de la restriction démocratique, de la régression des droits des femmes et d’une certaine exaspération populaire. Dépassant le brûlot pour repenser la forme, le langage et les moyens de production cinématographiques, ces œuvres ont révélé plusieurs générations d’auteurs dont le talent est célébré partout dans le monde, sauf à Téhéran où certains sont emprisonnés (comme Jafar Panahi). Afin de savourer (ou découvrir) l’originalité de ce cinéma persan, l’association culturelle franco-iranienne de Lyon propose un double programme intégrant No Land’s Song d'Ayat Najafi, récent documentaire consacré à un projet-passerelle ô combi

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Aux Bons Sauvages, la carte des vins mérite l'exploration

Restaurant | Un café-concert (since 1670 !) à sept mètres de Lyon, en bord de Saône, avec terrasse, beau bar, source et vins naturels.

Adrien Simon | Mercredi 1 juin 2016

Aux Bons Sauvages, la carte des vins mérite l'exploration

Fuir Lyon : prendre l'autoroute du Soleil, et finalement renoncer, à l'entrée du tunnel. Après un audacieux virage à gauche et une ligne droite d'une double encablure, on entre de sept bons mètres dans la Mulatière. Et l'on découvre la terrasse d'Aux Bons Sauvages, avec vue étendue sur Lyon outre-Saône : de la gare de Perrache au néo-quartier Confluence. Le quai des Étroits a beau être passant, on se sent au calme. L'adresse est (facile) tri-centenaire. Elle fut sans doute entourée de nombreuses guinguettes, aujourd'hui disparues. Après une courte période de fermeture, une troupe de jeunes gens a repris l'affaire. À l'intérieur, la salle du fond, voutée, pierres apparentes (ex-écurie ou stockage à bateau ?) accueille deux-trois fois par semaine des concerts (tout y passe : jazz oriental, rock tzigane, indie folk, fanfare, slam, etc). Sur un mur coule une source... Dans la salle de bar : un zinc, de vieilles tables de bistrot et un poêle à bois fonctionnel. L'ardoise change toutes les semaines, parfois d'un soir sur l'autre : trois puissance trois choix d'entrée-plat-dessert. Ainsi, pour commencer, un soir de mai, l'on hésitait entre une omelette aux mousser

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La Sociologue et l’Ourson

ECRANS | de Étienne Chaillou & Mathias Théry (Fr, 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

La Sociologue et l’Ourson

On avait à peu près tout vu et entendu au moment de la présentation du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes du même sexe (dite du “mariage pour tous”). Beaucoup de passion et d’écume, empêchant toute réflexion sereine ou toute parole structurée en faveur de la loi d’être relayée dans le calme. Chaillou et Théry font de cette chienlit table rase, en proposant de suivre le parcours de l’une des expertes sollicitées le temps de l’examen du projet, la sociologue Irène Théry (la mère de l’un des documentaristes). À la fois conviviale et didactique, l’approche ne manque pas d’originalité : les auteurs ont pris le parti de remplacer la plupart des intervenants dans les images d’archives par des jouets animés qui dédramatisant le sujet sans le ridiculiser. Et de rendre la sociologie vivante en illustrant de manière plaisante les exemples concrets choisis par la spécialiste dans son histoire familiale, à l’occasion des entretiens qu’elle accorde à son rejeton. Ce documentaire dispose enfin d’un autre grand mérite : il inscrit le texte dans le temps républicain, en abrasant (autant que faire se peut) la surmédiatisation délirante dont ont bénéficié

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No Land's Song

ECRANS | de Ayat Najafi (All/Fr, 1h31) avec Sara Najafi, Parvin Namazi, Sayeh Sodeyfi…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

No Land's Song

Monter un concert avec des solistes féminines au pays des mollahs, où les voix non masculines sont prohibées… Le défi que s’est lancé la compositrice Sara Najafi rappelle le pari des Chats persans (2009) de Bahman Ghobadi, en particulier son jeu de cache-cache (de caméra) permanent. Najafi use de bien des contorsions pour parvenir à ses fins, mettant les autorités face à leurs contradictions et leur suprême hypocrisie — le documentaire rappelle qu’avant 1979, les Iraniennes pouvaient librement chanter et n’étaient pas spécialement voilées. Malgré des déconvenues, grâce à de la ruse légitime, on assiste à un concert-passerelle entre l’Iran et la France, avec, entre autres, Jeanne Cherhal et Élise Caron. VR

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Little go girls

ECRANS | de Éliane de Latour (Fr, 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Little go girls

On ne pourra jamais reprocher à Éliane de Latour de manquer d’engagement ou d’honnêteté dans ses projets documentaires. Little go girls montre comment, parce qu’elle s’est intéressée au sort de ces prostituées ivoiriennes, les suivant et les accompagnant, elle leur a permis de sortir de la rue et du tapin. Une aventure exemplaire, dont le rendu manque hélas épouvantablement de vie. L’exposition photographique par laquelle tout a débuté devait en concentrer davantage que ce film asthénique. VR

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Merci Patron !

ECRANS | Jusqu’alors peu connu du grand public, le journal alternatif Fakir s’offre un splendide coup de pub en divulguant son opération de flibuste victorieuse contre la deuxième fortune française, Bernard Arnault. De l’extorsion de fonds ? Non point : de justes représailles…

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

Merci Patron !

Le patron de Fakir, François Ruffin, doit jubiler du bon tour qu’il joue à l’inflexible capitaine d’industrie, aussi jaloux de ses profits que de sa discrétion. Car avec son documentaire branquignolesque, tenant plus du carnet de notes potaches filmé que de l’investigation orthodoxe, non seulement il dresse un bilan de “l’action bienfaisante” du brillant milliardaire au sein des filatures de Nord-Picardie, mais surtout il donne des visages et des noms à ses victimes directes : les Klur, une famille d'ouvriers déclassés, promis à une misère noire. Puisqu'Arnault a fabriqué sa fortune en pratiquant de-ci de-là des entorses à la vérité — prétendant que sa marque Kenzo fabriquait en France alors que les usines étaient délocalisées en Pologne, par exemple — et de grosses fractures à l’éthique (si ce n’est pas amoral d’entasser autant de fric par pure avidité, en laissant crever toute une région…), Ruffin use de ruses pour lui faire restituer une partie de son butin. Ses armes principales étant la menace de bruit médiatique et son air de crétin inoffensif, parfait pour tourner en ridicule un hyper-patron. Comment se payer sur la bête Avec son

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Nature Writing : La littérature des grands espaces

ECRANS | Aux racines du film d'Iñárritu se trouve un livre éponyme de Michael Punke, romançant l’épopée de Hugh Glass : l’histoire extraordinaire du trappeur de la (...)

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

Nature Writing : La littérature des grands espaces

Aux racines du film d'Iñárritu se trouve un livre éponyme de Michael Punke, romançant l’épopée de Hugh Glass : l’histoire extraordinaire du trappeur de la Rocky Mountain Fur Company, abandonné vivant en 1823 par ses compagnons pensant qu’il ne survivrait pas à ses blessures infligées par une ourse, est authentique. Elle appartient même à ces légendes fondatrices du continent nord-américain, circulant de bouche (édentée) de pionnier à oreille (déchiquetée) de maréchal-ferrant, colportées de péripatéticienne en tenancier de saloon. L’auteur évoque dans son ouvrage d’autres figures emblématiques de la conquête de l’Ouest — tel George Drouillard — ayant payé de leur vie leur soif de grands espaces, de fortune et d’aventures. Disposant de sources lacunaires, Punke reconnaît avoir laissé son inspiration galoper : sa trame se révèle d’une tonalité plus noire, moins mystique et complexe que celle développée dans le film. Iñárritu a ajouté la concurrence de pilleurs de peaux, brodé sur le passé familial du trappeur pour lui donner des motifs de vengeance supplémentaires dépassant sa seule personne. Et justifié les attaques indiennes par de sombres antécédents, pour le

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Résistance naturelle

ECRANS | Libre et irréductible, Jonathan Nossiter poursuit son voyage cinématographique et viticole du côté de l’Italie à la rencontre de producteurs de vins naturels s’opposant joyeusement à des normes destructrices, et croise ainsi mémoire du terroir et mémoire du cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 juin 2014

Résistance naturelle

Impossible de parler aujourd’hui du cinéma de Jonathan Nossiter sans évoquer son auteur, cinéaste nomade passant des États-Unis à la Grèce, de la France au Brésil et aujourd’hui l'Italie où il s’est installé — provisoirement ? Nossiter est un utopiste et un révolté, ayant choisi de refuser la loi de l’industrie mais aussi, et c’est peut-être le plus courageux, celle de la signature auteuriste, pour laisser ses films pousser comme des mauvaises herbes intempestives au milieu de la production mondiale. Or, parmi les choses que l’on apprend dans Résistance naturelle, son dernier documentaire, il y a justement l’importance de ces mauvaises herbes pour préserver une terre vivante et laisser ainsi la vigne s’épanouir selon sa nature et non selon les règles fixées par les consortiums politico-industriels de l’agro-alimentaire. La résistance des vignerons avec lesquels Nossiter choisit de partager un bout de leur existence — le film est loin de toute investigation journalistique et privilégie les moments de vie et les discussions autour d’un verre au soleil — c’est celle qui consiste à sortir des appellations trompeuses et normatives — les AOC — pour réinscrire la produ

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La traversée du "Désert"

ECRANS | Le retour sur les écrans, dans une copie restaurée à pleurer de beauté, du Désert des tartares, film maudit qui marque à la fois le point d’orgue et le point (...)

Christophe Chabert | Vendredi 14 juin 2013

La traversée du

Le retour sur les écrans, dans une copie restaurée à pleurer de beauté, du Désert des tartares, film maudit qui marque à la fois le point d’orgue et le point final de la carrière de Valerio Zurlini, tient du miracle autant que du mirage. En 1976, le cinéaste tourne, avec un casting impressionnant (Trintignant, Gassman, Noiret, von Sydow, Terzieff et, dans le premier rôle, un Jacques Perrin éblouissant) cette adaptation hallucinée du roman de Dino Buzzati aux confins de l’Iran, dans une citadelle en ruine au milieu du désert. Mais le film ne cherche pas l’épique, au contraire : affecté à Bastiano, sur une "frontière morte", un jeune lieutenant y découvre un microcosme militaire figé dans ses cérémoniaux, attendant une guerre qui ne vient pas, se construisant ses légendes et ses chimères pour donner un sens à sa présence et ne pas sombrer dans la folie. L’espace-temps du film tire constamment vers l’abstraction : à quelle époque sommes-nous ? Dans quel pays ? De quelle armée s’agit-il ? La citadelle devient ainsi un théâtre inquiétant d’où personne ne cherche vraiment à partir ; et quand le héros réussit en

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Avenirs d'un pas grand-chose

MUSIQUES | Des rappeurs qui peuvent improviser deux-trois tacles rigolos et un ou deux clins d'œil pas trop appuyés, on en connait des tonnes. Des rappeurs qui (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 10 janvier 2013

Avenirs d'un pas grand-chose

Des rappeurs qui peuvent improviser deux-trois tacles rigolos et un ou deux clins d'œil pas trop appuyés, on en connait des tonnes. Des rappeurs qui peuvent bâtir un vrai morceau, sensé et percutant, à partir d'une cinquantaine de mots proposés par des internautes chafouins (pléonasme), on n'en connait qu'un seul : le Lyonnais Lucio Bukowski qui, l'automne passé, a trouvé le moyen de trousser trois killer tracks de poche avec des termes aussi disparates et piégeux que «jurassique», «Apollinaire», «hémophile», «palimpseste», «Fonzie» ou «démocratie» - et la complicité, notamment, du producteur stakhanoviste Oster Lapwass. Sans signature, son premier album, autoproduit et fraîchement sorti des presses de l'Animalerie, collectif aussi connecté que débrouillard sous la bannière féline duquel il foulera cette semaine la scène du Marché Gare, est à l'avenant : lettré et référencé sans jamais virer à la pignole (exemple : «Il est ton seul pays natal, en voici la comptine / Un texte à pH neutre, comme ton gel intime / Si j'étais Courbet, j'en aurais fait des fresques / Car ses mystères sont impénétrables ou pres

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Cannes jour 1 : Woody et les chevaux

ECRANS | Woody Allen : un documentaire. Après la bataille.

Christophe Chabert | Vendredi 18 mai 2012

Cannes jour 1 : Woody et les chevaux

Le film d'ouverture de Cannes est-il un bon présage de la sélection à venir ? Si oui, alors Cannes 2012 devrait être exceptionnel, tant le Moonrise kingdom de Wes Anderson nous a littéralement enchanté. On en parle ailleurs, donc pas la peine de s'appesantir sur le sujet. Mais pour revenir à la question de l'ouverture comme signe annonciateur de la qualité globale, il faut se souvenir qu'en 2010, qualifiée par les festivaliers qui l'ont vécue d'annus horribilis, avait débuté avec le lamentable Robin des bois de Ridley Scott, et le reste avait été à l'avenant.  En revanche, le bon cru de 2011 avait été lancé par l'excellent Minuit à Paris de Woody Allen, qui restera par ailleurs comme un des meilleurs souvenirs de l'ex-première dame de France - on s'égare. Or, avec une certaine malice, Thierry Frémaux a choisi de proposer aux festivaliers non pas le Woody Allen annuel (To Rome with love, privé de Cannes pour cause de sortie avancée en Italie), mais un documentaire consacré au cinéaste prolifique. E

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Océans

ECRANS | De Jacques Perrin et Jacques Cluzaud (Fr-Suisse-Esp-Monaco, 1h40) documentaire

Dorotée Aznar | Jeudi 21 janvier 2010

Océans

L’erreur de certains écologistes repose sur leur confusion entre nature et humanisme. Pour preuve Océans de Jacques Perrin, nouvel hyper documentaire emboitant le pas au Peuple migrateur. L’idée : sensibiliser nos chérubins à la biodiversité sous-marine. Le principe : forcer la sidération à chaque plan, autant par le déploiement technique que l’inhérente beauté visuelle du monde. Problème : entre la poésie à deux balles du commentaire, une maladroite tentative de narration et les sempiternelles scènes d’anthropomorphisme, Océans frise le délire new age. Pire, il se révèle à son générique, lorsque défilent ses sponsors regroupant nos poids lourds industriels… Ou comment s’acheter une bonne conscience tout en prenant les mômes en otage. Jérôme Dittmar

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Le monde à vue d'œil

CONNAITRE | Les États Généraux du Film Documentaire, festival ardéchois, se propose d’explorer un genre cinématographique à part, souvent considéré – à tort – comme mineur : (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 19 juin 2009

Le monde à vue d'œil

Les États Généraux du Film Documentaire, festival ardéchois, se propose d’explorer un genre cinématographique à part, souvent considéré – à tort – comme mineur : le documentaire (du 16 au 22 août, à Lussas). Il s'agit ici de se placer sans ambiguïté du côté du cinéma, avec le documentaire comme véritable objet artistique. Ces rencontres cinématographiques, non compétitives sont vues par les organisateurs comme une sorte d'université d'été. La programmation, outre la traditionnelle sélection Incertains regards, proposera de parcourir les routes de Roumanie, de Pologne ou encore celles, multiples, d'Afrique. D'autres chemins, plus politiques cette fois-ci, seront explorés avec un séminaire de trois jours sur les rapports entre cinéma et engagement et un autre sur les influences réciproques entre photographie et documentaire.

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