Dalton Trumbo : plaisir gourmand pour cinéphiles

ECRANS | de Jay Roach (E-U, 2h04) avec Bryan Cranston, Diane Lane, Helen Mirren…

Vincent Raymond | Mardi 26 avril 2016

Photo : © DR


Vissé à sa machine à écrire, Dalton Trumbo a signé parmi les plus grandes pages du cinéma hollywoodien (Vacances romaines, Spartacus, Exodus…). Mais il a aussi mené une vie personnelle et citoyenne romanesque. Le biopic que lui consacre Jay Roach, avec Bryan Cranston, relate le parcours de ce blacklisté haut en couleurs, qui défia la chasse aux sorcières en industrialisant l'écriture sous prête-noms et glanant des Oscars à la barbe de McCarthy et de ses séides.

S'il est enlevé et jouissif, à l'image du personnage, le film n'est qu'un instantané de son existence. Il se penche uniquement sur la période aussi conflictuelle qu'héroïque de l'après-guerre (Trumbo auteur reconnu et installé, a déjà publié Johnny Got His Gun), et fait l'impasse sur la fin de sa carrière (son passage à la réalisation avec… Johnny Got His Gun).

Un plaisir gourmand pour les cinéphiles, ravis de naviguer dans les coulisses hollywoodiennes parmi les légendes (sont ici convoqués Otto Preminger, John Wayne…) et un joli tour de force pour l'auteur de la série Austin Powers qui mêle ses comédiens à d'authentiques séquences d'archives. Grâce à la prescription, Roach détaille la lâcheté des grands studios — défendant leurs intérêts par de courageuses reculades face aux chantages exercés par les tenants d'une Amérique telle que Trump la rêverait —, aux antipodes de l'attitude digne d'un Kirk Douglas. Et se fait plaisir en révélant la folie intégrale du producteur Frank King, merveilleusement campé par John Goodman.

Ces séquences de farce n'occultent pas l'essentiel : Trumbo a payé cher, sa famille également, pour ses idées. Mais au finale, son œuvre illumine le cinéma et le bénéfice de son combat rejaillit sur son pays. Les États-Unis peuvent donc le remercier : on a toujours besoin d'un communiste chez soi.


Dalton Trumbo

De Jay Roach (ÉU, 2h04) avec Bryan Cranston, Diane Lane...

De Jay Roach (ÉU, 2h04) avec Bryan Cranston, Diane Lane...

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Hollywood, la Guerre Froide bat son plein. Alors qu’il est au sommet de son art, le scénariste Dalton Trumbo est accusé d’être communiste. Avec d’autres artistes, il devient très vite infréquentable, puis est emprisonné et placé sur la Liste Noire : il lui est désormais impossible de travailler.


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Télégénie du mâle : "Scandale"

Biopic | Patron de la très conservatrice chaîne d’infos Fox News, Roger Ailes impose à ses collaboratrices ses exigences et privautés, ainsi qu’une impitoyable loi du silence. Jusqu’à 2016, où la journaliste Gretchen Carlson, mise sur la touche, révèle ses pratiques. Peu à peu, les langues vont se délier…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Télégénie du mâle :

L’an passé, un familier du registre comique avait signé avec Vice un portrait aussi documenté que vitriolé de l’ancien vice-président républicain Dick Cheney. Rebelote aujourd'hui avec Jay Roach, dont on se souvient qu’il fut révélé par ses séries potacho-burlesques (Austin Powers, Mon beau-père et moi…) avant de se reconvertir dans le biopic politique. Dans Scandale, le cinéaste — qui ne peut cacher ses sympathies démocrates — monte au front pour épingler les travers de la frange la plus conservatrice de la société américaine à travers la bouche d’égout qui lui sert d’organe quasi-officiel. Au moment où le scandale éclate, nous sommes à la fois à la veille de #MeToo mais aussi (et surtout) en plein dans la campagne présidentielle qui vit Trump gagner les primaires, puis la Maison Blanche grâce au soutien du réseau médiatique de Rupert Murdoch piloté par Ailes. Soyons honnête : alignant des tonnes de stars oscarisables (grimées en vedettes US du petit écran inconnues en France), l’affiche n’était pas très ras

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Vieux routards que jamais : "L'Echappée belle"

ECRANS | de Paolo Virzì (It-Fr, 1h52) avec Helen Mirren, Donald Sutherland, Christian McKay… (sortie le 3 janvier)

Vincent Raymond | Mardi 19 décembre 2017

Vieux routards que jamais :

Ella et John ont décidé de rouler vers le Sud à bord de leur vieux camping-car, comme autrefois, mais à l’insu de leurs enfants — ce qui n’est pas pour les rassurer, car John est atteint d’Alzheimer et Ella d’une autre saloperie. Il s’agit sans doute de leur dernière balade en amoureux… L’affiche et la thématique visent les spectateur·trice·s susceptibles de s’identifier à des comédiens avec qui ils partagent, outre les tracas de l’âge, le privilège d’appartenir à une génération “à part” : celle, notamment de la libération sexuelle ou des luttes contre la guerre au Vietnam. Voir ces témoins du Flower Power sillonner, éberlués, leur Amérique en train de se recroqueviller sur Trump ou se pencher sur les cause de la rupture générationnelle existant entre ces géniteurs décomplexés et leurs enfants bien plus coincés, aurait pu s’avérer captivant. Malheureusement, les considérations socio-politiques passent au second plan, s’effaçant au profit de séquences plus “faciles” en émotions. Et si l’empathie que l’on éprouve pour le duo Mirren-Sutherland atténue l’agacement, elle ne

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10 Cloverfield Lane

ECRANS | de Dan Trachtenberg (É-U, 1h50) avec Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr.…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

10 Cloverfield Lane

En 2008, Matt Reeves électrochoquait le principe du film catastrophe apocalyptique en hybridant faux found footage et monstres exterminateurs dans Cloverfield, une expérience de cinéma aussi accomplie du point de vue théorique que spectaculaire. Ni suite, ni spin-off classique, 10 Cloverfield Lane s’inscrit dans sa lignée en combinant atmosphère de fin du monde, huis clos sartrien avec potentiel(s) psychopathe(s)… et monstres exterminateurs. Producteur des deux volets, J.J. Abrams pourrait lancer une franchise en s’attaquant ensuite au mélo, à la comédie musicale, au polar : tout peut convenir, du moment que l’on ajoute “Cloverfield” dans le titre et intègre des monstres en codicille ! Si Cloverfield montrait une fiesta virant au massacre, puis au survival, 10 Cloverfield Lane démarre privé de toute insouciance par une rupture pour se précipiter, très vite, dans le confinement subi d’un bunker et sa promiscuité. C’est que les temps ont changé : l’inquiétude et la paranoïa règnent. Plus pressante, la menace n’est plus le seul fait d’entités étrangères ; elle émane aussi de bon gros rednecks se révélant immédiatement

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Pomme Star : Danny Boyle fait le Jobs

ECRANS | Après s’être égaré en racontant les tribulations gore d’un randonneur se sciant le bras pour survivre (127 heures), Danny Boyle avait besoin de se rattraper. Le natif de Manchester fait le job avec une évocation stylisée du patron d’Apple, première super-pop-star économique du XXIe siècle.

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

Pomme Star : Danny Boyle fait le Jobs

« Penser différent »… Érigé en précepte par Steve Jobs lui-même, le slogan exhortant à la rupture créative et intellectuelle semble avoir guidé le scénariste Aaron Sorkin et le réalisateur Danny Boyle dans ce travail autour de la biographie (autorisée) du charismatique fondateur d’Apple, pavé signé Walter Isaacson détaillant par le menu l’existence de Jobs, listant les innovations à mettre à son actif - un livre paru en France en 2011 chez JC Lattès. L’un et l’autre ont emprunté un chemin de traverse, ne se lançant pas dans une illustration chronologique standard visant l’exhaustivité en suivant le sempiternel et prévisible "sa vie, son œuvre". Jobs ayant été, au-delà de toutes les controverses, une manière de stratège imposant sa vision d’une réalité distordue, modelant finalement la réalité à ses désirs, Sorkin et Boyle lui ont taillé un écrin biographique hors-norme. Pour le cinéaste, cela passait par l’abandon de marques de fabrique virant au tic, comme les effets de montage épileptoïdes ou le recours à une bande originale utilitaire, marqueur temporel ou folklorique. Pour l’auteur du script, par la conception d’une sorte

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Johnny Got His Gun : tranchées vif

ECRANS | C’est un classique et un OVNI, comme peuvent l’être La Nuit du chasseur ou Les Tueurs de la lune de miel, le chef-d’œuvre unique d’un cinéaste dont ce (...)

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Johnny Got His Gun : tranchées vif

C’est un classique et un OVNI, comme peuvent l’être La Nuit du chasseur ou Les Tueurs de la lune de miel, le chef-d’œuvre unique d’un cinéaste dont ce n’était pas le métier. Dalton Trumbo était scénariste et écrivain, et il adaptait avec Johnny Got His Gun en 1971 son propre roman, racontant comment un soldat pendant la Première Guerre mondiale revient des tranchées dans un état physique extrême, le visage arraché par un obus, sourd et aveugle, les jambes et les bras mutilés. Que reste-t-il de ce pauvre Johnny sur son lit d’hôpital ? Une conscience, que l’on entend en voix-off, et des souvenirs, que Trumbo reconstitue en couleurs, tranchant avec le noir et blanc plus noir que blanc des scènes au présent. Bien entendu, il s’agit de dénoncer de façon viscérale l’absurdité et les horreurs de la guerre ; mais Johnny Got His Gun n’est pas un pamphlet pacifiste, plutôt un poème humaniste célébrant la puissance de l’esprit, capable de s’élever au-delà de la matérialité corporelle. Parfois insoutenable — les cris intérieurs de Johnny, protestant pour qu’on lui laisse ses jambes — parfois miraculeux — quand le même, sentant un rayon de

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Les Recettes du bonheur

ECRANS | De Lasse Hallström (ÉU, 2h03) avec Helen Mirren, Om Puri, Charlotte Le Bon…

Christophe Chabert | Mardi 9 septembre 2014

Les Recettes du bonheur

Aux États-Unis, la mode est aux book clubs, clubs de lecture pour ménagères qui s’ennuient et qui ne veulent rien tant que lire les bouquins conseillés par Oprah Winfrey puis en discuter entre elles autour d’une tasse de thé. Winfrey est d’ailleurs coproductrice de cette adaptation parfaite pour un hypothétique movie club. Au croisement de toutes les modes — la cuisine, l’exotisme, les bons sentiments… Les Recettes du bonheur raconte comment une gentille famille d’Indiens en exil décide d’ouvrir un restaurant dans le Sud de la France, en face d’un établissement étoilé au Michelin. Le fils est évidemment un chef né, capable d’apporter sa science des épices indiennes aux recettes du terroir et d’emballer au passage la jolie française (la Canadienne Charlotte Le Bon) qui bosse chez la concurrence. Lasse Hallström avait déjà fait le coup avec le terrible Le Chocolat : clichés touristiques et saveurs rances, comédie et mélo, casting international jusqu’à l’absurde — rien ne vient justifier dans le scénario que le personnage d’Helen Mirren parle anglais, par exemple… Le plus embarrassant reste qu’après une heure quarante de cette tam

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Godzilla

ECRANS | Gareth Edwards ose un remake gonflé avec cette version plutôt fidèle à la tradition et à ses déclinaisons, mais qui refuse la surenchère dans le spectacle, préférant les hommes aux monstres, la sidération visuelle à l’action pure. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 mai 2014

Godzilla

Étrange blockbuster que ce Godzilla, où la frustration le dispute avec le sentiment d’assister à l’éclosion d’un auteur doué et intransigeant, suivant une ligne casse-cou dont il ne s’écarte jamais. C'est donc l’œuvre d’un cinéphile qui a réussi à digérer une tradition pour la synthétiser dans un geste assez gonflé de mise en scène. Car Edwards choisit son camp : celui des humains plutôt que des monstres, réduits la plupart du temps à un hors champ menaçant. Brassant une demi-douzaine de personnages que le film prend soin de présenter dans leur intimité familiale et leur environnement professionnel, le cinéaste semble adopter la voie Abrams pour faire renaître la mythologie Godzilla : on voit donc un père rongé par la culpabilité d’avoir sacrifier son épouse, délaissant un fils qui lui-même privilégie sa carrière militaire à sa présence auprès de sa femme et de son enfant. Cette première demi-heure est un exercice de storytelling d’une évidente élégance formelle — superbe photo de Seamus McGarvey, musique inspirée d’Alexandre Desplat — mais très éloigné du film de monstres promis. Quand ils finissent par débarquer dans les plans, ils sont presque immédi

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Flight

ECRANS | L’héroïsme d’un pilote d’avion est remis en cause lorsqu’on découvre ses penchants pour la boisson et les stupéfiants. Délaissant ses expérimentations technologiques, Robert Zemeckis signe un grand film qui célèbre l’humain contre les dérives religieuses, judiciaires et techniques. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Flight

Au commencement était la chair : celle d’une femme nue qui déambule au petit matin dans une chambre d’hôtel pendant que son amant se réveille en s’enfilant une ligne de coke qui lui permet d’évacuer sa gueule de bois. Ce long plan d’ouverture sonne comme une déclaration d’intention de la part de Robert Zemeckis : après trois films à avoir essayé de recréer par le numérique, la 3D et la motion capture les émotions et le corps humain, le voilà revenu à des prises de vues garanties 100% réelles et incarnées. Son cinéma a depuis toujours été obsédé par les limites plastiques de la figuration : les corps troués, aplatis, étirés comme des chewing-gums de La Mort vous va si bien, les toons vivants de Roger Rabbit, Forrest Gump se promenant dans les images d’archives ou le Robinson supplicié de Seul au monde… Flight introduit une subtile variation autour de ce thème : ici, la chair est fragile, mais cette fragilité signe en définitive la grandeur humaine. Y a-t-il un pilote dans le pilote ? Whip Whitaker (fabuleux Denzel Washington) prend donc son service comme pilote de ligne et réussit un exploit : un atterrissag

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Hitchcock

ECRANS | Quand il entreprend de tourner Psychose, Alfred Hitchcock sort du triomphe de La Mort aux trousses, un projet qu’il a longuement mûri et qui marque (...)

Christophe Chabert | Mercredi 30 janvier 2013

Hitchcock

Quand il entreprend de tourner Psychose, Alfred Hitchcock sort du triomphe de La Mort aux trousses, un projet qu’il a longuement mûri et qui marque l’apogée de son style des années 50. Craignant de se répéter — et donc de lasser le public — il voit dans l’adaptation du roman de Robert Bloch, lui-même inspiré de l’histoire vraie du serial killer Ed Gein, un nouveau territoire à explorer, plus cru, plus choquant et plus viscéral. C’est ce cinéaste, finalement plus occupé par le désir des spectateurs que par sa propre postérité, que croque Sacha Gervasi au début de Hitchcock, et c’est sa grande qualité — en plus de la légèreté gracieuse de la mise en scène : refusant les habituelles tartes à la crème sur le génie et son inspiration, il montre un metteur en scène pragmatique, calculateur et prêt à défier studios et censeurs. Dans le film, Hitchcock a un double : son épouse Alma, véritable collaboratrice artistique qui, lassée de vivre dans l’ombre de son mari, entreprend de prêter son talent à un scénarist

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Argo

ECRANS | Pour son troisième film derrière la caméra, Ben Affleck s’empare d’une histoire vraie où un agent de la CIA a fait évader des otages en Iran en prétextant les repérages d’un film de SF. Efficace, certes, mais très patriotique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 31 octobre 2012

Argo

Acteur sujet à de nombreuses railleries, Ben Affleck est en train de gagner ses galons en tant que réalisateur. Il faut dire qu’il est du genre élève appliqué, et si ni Gone baby gone, ni The Town ne révolutionnaient le film noir, ils prouvaient une certaine intelligence de mise en scène et un goût prononcé pour les personnages mélancoliques, en équilibre instable sur les frontières morales. En cela, Affleck s’affichait comme un disciple de Michael Mann ; si The Town était un peu son Heat, Argo est de toute évidence son Révélations : un thriller politique où un preux chevalier en voie de décomposition personnelle regagne l’estime de soi en allant défier un pouvoir inflexible. Ici, c’est l’Iran en 1979, juste après la chute du Shah et l’accession au pouvoir de Khomeiny, en pleine crise diplomatique : une attaque de l’ambassade américaine entraîne une vaste prise d’otages, dont seuls six personnes réussissent à réchapper pour se réfugier chez l’ambassadeur canadien. La CIA fait donc appel à son meilleur agent, Tony Mendez (Affle

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Illumination collective

ECRANS | Les fans de Kevin Smith seront surpris en découvrant Red state… En effet, s’ils s’attendent à trouver les habituelles potacheries et l’esprit geek du (...)

Christophe Chabert | Vendredi 30 mars 2012

Illumination collective

Les fans de Kevin Smith seront surpris en découvrant Red state… En effet, s’ils s’attendent à trouver les habituelles potacheries et l’esprit geek du réalisateur de Clerks, ils déchanteront assez vite : Smith est en colère contre l’Amérique et entend le dire avec le même sérieux qui animait le brûlot de John Carpenter Invasion Los Angeles. On sait que le film a été tourné de manière complètement indépendante, le cinéaste n’ayant pas digéré les bidouillages effectués sur son précédent Top cops, œuvre de commande il est vrai assez indéfendable. Red state se déroule dans le midwest américain, où le christianisme a engendré une flopée de sectes à l’intégrisme extrême. Trois adolescents, qui ne voulaient au départ que tirer leur crampe, se font séquestrer par une de ces bandes de mabouls, dont le prédicateur entend bien laver les péchés de l’Amérique en sacrifiant tout ce qui, à ses yeux, relève du vice et de la corruption morale. Ledit pasteur est incarné par un phénoménal Michael Parks, qui s’offre un sidérant morceau de bravoure en tenant le crachoir plus de dix minutes durant pour vociférer des incantations illuminées avant de convier

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Drive

ECRANS | Déjà remarqué avec la trilogie Pusher et le brillant Bronson, Nicolas Winding Refn s’empare d’un polar de série B trouvé par son acteur Ryan Gosling et le transforme en magnifique geste de mise en scène, jouissif d’un bout à l’autre, remettant au goût du jour les élans pop du cinéma des années 80. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 28 septembre 2011

Drive

Dix minutes chrono. Il suffit de dix minutes pour que Nicolas Winding Refn fasse battre notre pouls au rythme de son nouveau film. Dix minutes chrono, c’est le temps (réel) que met un mystérieux chauffeur sans nom (Ryan Gosling) pour conduire une poignée de voyous masqués et les aidés à accomplir un casse parfait, sans accroc ni violence. La méticulosité du personnage, sa science de la route, des distances, du temps qu’il faut à une voiture de police pour arriver sur les lieux du crime, fusionne avec celle du cinéaste, expert en fluidité cinématographique qui se paye le luxe de souligner son art en laissant bourdonner un beat techno métronomique et hypnotique sur la bande-son, au diapason de son découpage et de son montage. Au terme de cette introduction étourdissante, on a redécouvert le sens du mot virtuosité, ce bonheur de se laisser absorber dans un spectacle jouissif. Sexy beast À vrai dire, on ne se hasardera pas à louer les qualités scénaristiques de Drive. On peut même dire que le script n’a rien de renversant, et qu’entre de mauvaises mains, il aurait pu donner une série B anodine qui aurait fini sa route directement dans les bacs DVD. Le

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Dans la brume électrique

ECRANS | Cinéma / Tiré d’un roman noir de James Lee Burke, ce film américain de notre Tavernier national ne manque ni d’ambition, ni de bons acteurs, mais d’un rythme suffisamment prenant pour faire tenir ensemble son complexe écheveau d’intrigues. CC

Christophe Chabert | Jeudi 9 avril 2009

Dans la brume électrique

Longtemps attendue, sortie directement en DVD aux Etats-Unis dans une version raccourcie d’une vingtaine de minutes, cette adaptation de James Lee Burke par un Bertrand Tavernier délocalisé pour l’occasion sur le sol américain intriguait. Mais assez vite, la déception pointe son nez. Ce que l’on peut reprocher d’ordinaire au cinéma de Tavernier (sa lourdeur démonstrative, l’épaisseur de ses dialogues) est pour une fois mis en sourdine : Dans la brume électrique possède une certaine fluidité d’exécution et une attention réelle aux personnages dont on ne cherche pas à expliquer toutes les motivations. En revanche, là où le cinéaste se casse les dents, c’est pour trouver un rythme à cet enchevêtrement ambitieux d’intrigues courant sur près de cent cinquante ans. Pas de pays pour un vieuxLes crimes d’aujourd’hui, crapuleux, ceux d’hier, raciaux, et ceux, fondateurs, de la guerre de sécession, se rejoignent donc dans la ballade désabusée d’un flic alcoolique et humaniste, Dave Robichaud, fort justement campé par le toujours parfait Tommy Lee Jones. Mais ce récit touffu paraît pourtant particulièrement délié, plein de temps morts, comme une accumulation indolente de séquence

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Speed Racer

ECRANS | De Larry et Andy Wachowski (ÉU, 2h07) avec Emile Hirsch, Christina Ricci, Matthew Fox, John Goodman…

Christophe Chabert | Dimanche 15 juin 2008

Speed Racer

Speed Racer sort en France après s’être ramassé avec fracas dans tous les territoires où le film a été distribué, à commencer par son Amérique d’origine. Rude atterrissage pour les Wachowski après la trilogie Matrix… Entre temps, les frangins s’étaient illustrés en produisant leur adaptation de V pour Vendetta, une fable stupéfiante d’audace politique, dont ils avaient laissé la sage réalisation à James MacTeigue. Speed Racer, c’est l’anti-V pour Vendetta : un film décérébré mais d’une extrême sophistication formelle, un blockbuster expérimental pour enfants de 5 ans. Transposant une série d’animation japonaise sur de futuristes courses automobiles et leurs pilotes iconisés, ils inventent un univers ripoliné, où le virtuel est omniprésent au point que les acteurs, tous talentueux, ne ressemblent plus qu’à des papiers découpés perdu au milieu des effets spéciaux. Le scénario accumule les clichés, les situations sirupeuses, les bons sentiments et les méchants caricaturaux (à noter cependant que le mal absolu est une incarnation du capitalisme broyant les petits artisans passionnés !). Débile, et même débilitant, le

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