"Le Goût du tapis rouge" : raides carpettes

Documentaire | de Olivier Servais (Fr, 1h13) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Photo : © Destiny Films


Dix jours en mai, leur vie s'interrompt, cependant qu'elle s'illumine. Guetteurs ou arpenteurs, ils forment une foule compacte s'agglutinant autour des marches du Palais des Festivals et roulant le long de la Croisette. Deux éditions durant, Olivier Servais a braqué ses regards vers ce peuple de l'ombre, les uns mendiant des paillettes aux étoiles, les autres œuvrant à leur service.

Cannes vu par les vraies gens, hors apparat et coupe-file… L'idée était séduisante de partager un point de vue “plébéien”, extérieur, éventuellement dissonant — plutôt que les sempiternels clichés sur l'angoisse de la star au moment de gravir les escaliers ou l'art du concierge de palace à satisfaire ses caprices. Hélas, Servais semble parti tourner à caméra-que-veux-tu, et avoir ensuite effectué un collage à la diable de ses séquences, histoire de leur donner un cachet expérimento-impressionniste. Le résultat est fade, factice et soporifique.

Cependant, s'il fallait retenir une chose de ce vrac, c'est que la faune statique des fanatiques du Festival est aussi diverse dans ses motivations que bariolée. On ne comprend toujours pas ce qui pousse des aficionados à attendre des heures pour espérer la photo floue ou le sourire d'une vague idole, mais Servais les montre plus touchants que pathétiques dans leur liturgie sacerdotale.


Le Goût du tapis rouge

De Olivier Servais (Fr, 1h13) documentaire

De Olivier Servais (Fr, 1h13) documentaire

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En mai à Cannes, a lieu le plus grand festival de cinéma au monde. Se déroule, sous nos yeux, un dialogue imaginaire avec ce lieu fantasmé… Qu'ils soient professionnels du cinéma, travailleurs, mannequins, cinéphiles, groupies, artistes de rue, badauds, vendeurs à la sauvette ou sans-abri… chacun, tente de se frayer un chemin dans le dédale cannois, saturé d'écrans, de rêves et de symboles.


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La fabrique des petits soldats : "Le Fils"

Documentaire | Documentaire de Alexander Abaturov (Ru-Fr, 1h11)…

Vincent Raymond | Mardi 28 mai 2019

La fabrique des petits soldats :

Deux trajectoires parallèles : celle du cousin du réalisateur, Dima, soldat d’excellence russe mort au combat, et celle des nouvelles recrues aspirant à rejoindre le corps d’élite des Spetsnaz dont Dima était issu. D’un côté, le deuil sobre ; de l’autre l’exaltation d’une jeunesse ultra patriote… On aimerait que cela fût une fiction et non point un documentaire. Mais Alexandre Abaturov dépeint une réalité crue et froide : celle de super-soldats contemporains interchangeables et soudés au sein d’une unité impatiente de servir la mère Russie. N’étaient leurs marinières rouges, ils pourraient êtres les bidasses de Full Metal Jacket (1987) effectuant leurs classes sous les ordres d’instructeurs les conditionnant psychologiquement et physiquement, sélectionnant les plus solides (environ un quart du contingent), seuls aptes à porter le distinctif béret rouge des Spetsnaz. Entre les parcours dans la boue, les pugilats “pour de rire“ — avec pommettes en charpie et nez explosé —, les cérémonies d’hommage aux aînés tombés pour la patrie, Abaturov

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Pour découvrir les films en compétition à Cannes

Lumière Terreaux | Contrairement à Vanessa Paradis qui est repartie du Festival de Cannes sans aucun prix pour Un couteau dans le cœur, d’autres sont rentrés heureux, (...)

Margaux Rinaldi | Mardi 5 juin 2018

Pour découvrir les films en compétition à Cannes

Contrairement à Vanessa Paradis qui est repartie du Festival de Cannes sans aucun prix pour Un couteau dans le cœur, d’autres sont rentrés heureux, comme Hirokazy Kore-eda avec Une Affaire de famille, lauréat de la Palme d’or. Tous les deux sont de retour pour une avant-première au Lumière Terreaux, et seront suivis par sept autres films également présentés en compétition à Cannes. On pourra évoquer la vengeance avec Dogman (de Matteo Garrone), pour lequel Marcello Fonte a reçu le prix de l’interprétation masculine. Dans Cold War (de Pawel Pawlikowski), la Française Zula et le Polonais Wiktor continuent à vivre et à s’aimer fougueusement pendant la guerre froide... Cette année, le Festival de Cannes aura mis l’accent sur l’amour, qu’il soit alimenté par des secrets bien enfouis, comme dans Asako (Ryusuke Hamaguchi), ou par des doutes et des péripéties, comme c’est ad vitam æternam le cas dans Les Éternels (Jia Zhang-ke). Si seulement tout le monde pouvait simplement être Heureu

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La saison des festivals est ouverte

Grand Lyon | Bientôt quadragénaire, le doyen des festivals de l’agglomération lyonnaise n’a rien d’un autarcique : depuis des années, il propose des séances délocalisées dans des (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

La saison des festivals est ouverte

Bientôt quadragénaire, le doyen des festivals de l’agglomération lyonnaise n’a rien d’un autarcique : depuis des années, il propose des séances délocalisées dans des salles amies : au Théâtre Astrée, à la MLIS et l’ENM de Villeurbanne, mais aussi au Comœdia, au Ciné-Meyzieu et au Ciné Mourguet de Sainte-Foy-lès-Lyon. La période coïncide également avec le lancement d’autres événements locaux d’importance, qui bénéficient donc d’une dynamique croisée : pas de rivalité entre les salles indépendantes ! Le Mois du Film Documentaire fait ainsi escale jusqu’au 30 novembre au Toboggan de Décines avec quatre projections agrémentées de débats. Grégory Gomes accompagnera Frères Ennemis qu’il a tourné dans la proximité d’un derby Lyon-Saint-É ; quant à Charlotte Pouch, elle racontera la genèse de Des bobines et des hommes, une (més)aventure humaine et industrielle. Plus au nord de la Métropole, le Ciné-Caluire programme son Festival du cinéma italien. Une semaine placée sous le signe de l’amour,

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Entre deux : "L'École de la vie"

Documentaire | de Maite Alberdi (Fr-Chi-P-B, 1h32) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

Entre deux :

La vie quotidienne dans une école chilienne spécialisée accueillant des adultes atteints du syndrome de Down (la Trisomie 21) : le travail à l’atelier gastronomie, l’amitié et les histoires de cœur minées par les décisions des tuteurs légaux… Maite Alberdi cadre les élèves serrés, dans une très grande proximité, à l’extrême limite parfois de l’intimité gênante (sans franchir la ligne jaune de l’obscénité), gardant parents et éducateurs dans un flou visuel volontaire. Ce dispositif tranché facilitant la focalisation sur ses héros — Rita, au régime, qui tente de soustraire du chocolat en cachette, Anita et Andrés désireux de se marier malgré l’opposition parentale —, et permettant d’adopter plus aisément leur point de vue, est sans doute la meilleure idée de ce documentaire. L’École de la vie laisse en effet une impression mitigée, découlant pour partie des méthodes en apparence paradoxales de l’école. Certes, les élèves semblent disposer d’une liberté d’action complète et s’épanouir lorsqu’ils préparent de la pâtisserie, mais ils sont étr

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Prison de filles : "Des rêves sans étoiles" de Mehrdad Oskouei

Documentaire | de Mehrdad Oskouei (Irn, 1h16) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

Prison de filles :

Iran. Des jeunes femmes à la lisière de la majorité sont filmées dans leur quotidien de détenues d’un centre de “réhabilitation” pour mineures. Souvent en rupture de famille, certaines sont délinquantes, d’autres enceintes, voire mères ; toutes dans l’angoisse de leur sortie… Voilà un projet intéressant sur le papier, qui peine pourtant à aller au-delà de ses évidentes bonnes intentions. Notamment parce que le réalisateur parasite son propre film, en intégrant des interviews qu’il réalise, voix off, avec les détenues. De témoin, il devient acteur des événements ; il interagit avec eux. À ces “tête-à-tête“ trop polis pour être honnêtes (ont-ils été répétés ? Ont-ils été surveillés durant le tournage ?), on préfère les rares séquences d’imprévus, plus crues, montrant la détresse d’une gamine tétanisée par l’irruption de ses parents, ou une autre effondrée parce que sa grand-mère refuse de l’accueillir. Le cours d’instruction religieuse, abordant la question de l’égalité homme-femme, est aussi un grand moment.

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Leçons de son : "Buena Vista Social Club : Adios" de Lucy Walker

Documentaire | de Lucy Walker (É-U-Cu, 1h50) documentaire avec Ibrahim Ferrer, Omara Portuondo, Manuel Mirabal…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Leçons de son :

Vingt ans ou presque après le documentaire de Wenders, y avait-il encore des choses à apprendre sur le groupe d’octo-et-nonagénaires cubains ? Étonnamment, oui. Réalisé à l’occasion de la tournée d’adieux du Buena Vista Social Club, ce film est davantage qu’une séquelle du précédent opus : il creuse aussi ses racines grâce à un luxe d’archives inédites. Si Lucy Walker opte pour une structure plus classique et une réalisation moins “virtuose” que son prédécesseur allemand, elle compense par un supplément de valeur informative et d’émotion : les maîtres du son dont elle établit le parcours médiatique (Ibrahim Ferrer, Compay Secundo, Rubén González…) avant leur entrée dans l’illustre orquesta sont désormais tous mort, exception faite de la vaillante Omara Portuondo. La cinéaste exhume par ailleurs des images (parfois tendues) de la conception de l’album de 1996, rendant au producteur Nick Gold des lauriers souvent indument tress

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États généraux du documentaire

ECRANS | S’il est encore trop tôt pour connaître le programme détaillé de la 29e édition des États généraux du film documentaire de Lussas (Ardèche) on peut d’ores et déjà en (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

États généraux du documentaire

S’il est encore trop tôt pour connaître le programme détaillé de la 29e édition des États généraux du film documentaire de Lussas (Ardèche) on peut d’ores et déjà en indiquer ses dates (du 20 au 29 août) et rappeler le principe de cette semaine. Conjuguant séquences réflexives (séminaires théoriques) approche pratique (ateliers) et projections (plusieurs sections interrogeant le patrimoine comme la production contemporaine), ce laboratoire vivant est surtout le rendez-vous cardinal et convivial des amateurs de cette forme exigeante, mais polyvalente. Un must pour qui croit en la capacité du cinéma d’émettre une voix dissonante. www.lussasdoc.org

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"Noma au Japon" : comment réinventer le meilleur restaurant du monde

ECRANS | de Maurice Dekkers (P-B, 1h33) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Couronné plusieurs années consécutives meilleure table du globe, le Noma de Copenhague se voit confier une carte blanche durant six semaines par le Mandarin Oriental de Tokyo. Pour l’équipe menée par le chef René Redzepi, le défi est de taille : il s’agit en effet de composer une carte nouvelle respectant l’esprit Noma tout en se nourrissant des particularités du terroir japonais. Une course contre la montre et pour les papilles s’engage… On ne saurait mieux expliquer le processus créatif de la haute cuisine, naissant d’une fusion de talents individuels et d’une symbiose d’inspirations sous la houlette d’un chef d’orchestre aux intuitions audacieuses. Capable de tirer le meilleur de chacun, de fuir les évidences gastronomiques et de se remettre en question sans concession, Redzepi apparaît comme un catalyseur et un liant. Sa curiosité et son perfectionnisme contagieux, respectueux de la nouveauté, des cultures, des saveurs ou de l’esthétique, rappellent la démarche de Benjamin Millepied dans l’excellent documentaire

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"Retour à Forbach" : mauvaises mines

ECRANS | de Régis Sauder (Fr, 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Venu pour solder la maison de famille, Régis Sauder arpente Forbach — autrefois cité minière, désormais dévorée par le chômage et gagnée par les votes extrêmes. Sur les traces de son enfance mosellane, il confronte ses souvenirs de prolo complexé à la réalité contemporaine, retrouve des camarades d’antan. En leur compagnie, mais aussi avec quelques grands témoins (telle une tenancière de café, parfait coryphée moderne) il enregistre la réalité du quotidien forbachois, dans son effrayante apparence de cité fantôme : plans fixes sur des pas-de-portes désertés, des échoppes à l’abandon, des commerces fermés, auxquels succède l’empilement des bulletins en faveur de l’extrême-droite lors des élections régionales. Dans cette région autrefois occupée, les mémoires sont courtes, et Sauder profite de son amer pèlerinage pour rappeler la cause du malheur actuel : l’exploitation minière, qui fit les “beaux jours” et la richesse du pays — c’est-à-dire des quelques familles possédant les mines, pompant le sol comme l’énergie vitale des ouvriers. Dépourvu d’illusion et de rêve, Forbach apparaît ici écrasé entre

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"L’Opéra" : un an de prises à Bastille

Le Film de la Semaine | Des coulisses aux cintres, des tensions sociales aux minutes de silence, des répétitions aux applaudissements, une suite d’instantanés façons puzzle glanés durant une saison de l’Opéra de Paris visant à désacraliser cette institution culturelle française majeure. Avec bienveillance.

Vincent Raymond | Mardi 4 avril 2017

Philippe Martin, producteur habituel de Jean-Stéphane Bron, ne s’en cache pas : grand amateur d’art lyrique et familier de Stéphane Lissner (le directeur de l’Opéra de Paris), c’est lui qui a soufflé l’idée, pour ne pas dire commandé ce film au cinéaste helvétique, pur néophyte dans cet univers. Mais est-ce en cela un problème ? L’œil du candide capte souvent des mouvements insolites que l’habitué, blasé malgré lui, ne perçoit plus. Bron s’est donc immergé pendant 130 jours dans les murs de l’Opéra, le découvrant lui-même pour le faire découvrir au spectateur. Avec la chance du débutant, du point de vue dramaturgique : couvrant la saison 2015-2016, il suit donc des grèves à répétition, les conséquences des attentats parisiens, l’arrivée et le départ de Benjamin Millepied… davantage du côté directorial, offrant ainsi un contrepoint (ou un contrechamp) à l’excellent Relève : histoire d’une création de Thierry Demaizière & Alban Teurlai, tourné c

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Histoires Vraies (.doc) : regards partagés sur le doc'

ECRANS | Des gens, des causes et des films. Munies d’exclusivités de tous horizons, les 18e rencontres autour du film documentaire se placent du côté de l’Homme, (...)

Julien Homère | Mardi 28 mars 2017

Histoires Vraies (.doc) : regards partagés sur le doc'

Des gens, des causes et des films. Munies d’exclusivités de tous horizons, les 18e rencontres autour du film documentaire se placent du côté de l’Homme, tournées vers sa laideur extérieure comme sa beauté intérieure. Accompagnant un pot d’ouverture, Food Coop de Tom Boothe montrera que même Wall Street n’arrive pas à stopper le geste fraternel au sein d’une coopérative alimentaire new-yorkaise. Manger mieux pour vivre mieux, credo commun entre Rosa Maria, exilée de son village en 1931 et les migrants kurdes à Riace, dans le sud de l’Italie actuelle : Un paese di Calabria de Shu Aiello et Catherine Catella rappelle les heures sombres de l’actualité, en miroir avec son Histoire, démarche jumelle de Ils ne savaient pas que c’était une guerre. Avec l’association Coup de Soleil, favorisant les échanges culturels entre la France et le Maghreb, son réalisateur Jean-Paul

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"Le Concours" : il ne peut en rester que soixante

ECRANS | de Claire Simon (Fr, 1h59) documentaire avec Laetitia Masson, Sylvie Verheyde, Patricia Mazuy, Vincent Dedienne…

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Héritière de l’Idhec, la Femis représente l’aristocratie des écoles de cinéma et peut se targuer d’avoir formé Emmanuel Mouret, François Ozon, Céline Sciamma, Alice Winocour ou encore Emmanuelle Bercot. Son drastique écrémage à l’entrée est si réputé — 1200 postulant(e)s pour 60 élu(e)s — qu’il a inspiré la cinéaste Claire Simon. Rien d’étonnant, connaissant son appétence pour les portraits de microcosmes, en fiction ou documentaire — que ce soit les cours d’écoles dans Récréations (1992), le planning familial dans Les Bureaux de Dieu (2008) ou le bois de Vincennes pour Le Bois dont les rêves sont faits (2016). Dans Le Concours, elle suit le processus de sélection, des épreuves de pré-admissibilité à la rentrée des élèves, en témoin muette des examens et des oraux, captant le réel sans jamais intervenir. Au-delà de son léger suspense (qui sera retenu et pourquoi ?), le projet est intéressant de par sa grande transparence, puisque l’on pénètre les coulisses d’une grande institution et l’on ass

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"Ouvrir la voix" au Périscope

CONNAITRE | Être femme et noire en France, aujourd'hui : une double peine. Le documentaire de la réalisatrice et militante afro-féministe Amandine Gay est un (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 24 janvier 2017

Être femme et noire en France, aujourd'hui : une double peine. Le documentaire de la réalisatrice et militante afro-féministe Amandine Gay est un instantané du quotidien des femmes afro-descendantes noires, en France et en Belgique, qui se livrent sur la beauté, le travail, l'accent, la religion, le machisme... Et se retrouvent toutes à l'intersection du racisme et du sexisme. Un documentaire pas sorti en salles, mais toutes les projections sont rapidement complètes. La prochaine : au Périscope, ce lundi 30 janvier à 20h30.

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"Swagger" : à l’école de la classe

ECRANS | Portrait d’une banlieue par des jeunes qui la vivent au présent et ont foi en l’avenir, dans un documentaire de création bariolé, sans complaisance mortifère ni idéalisation naïve. Stimulant.

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Ils se prénomment Aïssatou, Astan, Aaron, Elvis ou Mariyama… Vivant dans des cités de périphérie, ces adolescents dépassent la facile caricature à laquelle ceux qui ne les ont jamais approchés les réduisent. Pour un peu qu’on consente à les rencontrer ! Olivier Babinet, lui, les a écoutés durant des semaines, et construit en leur compagnie ce singulier documentaire débordant de fantaisie, de liberté et surtout d’espoir. Film stylé, Swagger est ainsi autant une collection de témoignages qu’une œuvre de création chamarrée ; un puzzle assumé et dynamique se pliant autant à l’imaginaire immédiat de ses protagonistes qu’à leurs projections. S’ils décrivent le quotidien pas forcément folichon avec lequel ils doivent composer au prix d’une sacrée créativité, les onze ados du film sont aussi les acteurs d’un changement en cours. Que la caméra, complice magique, transpose parfois dans une imagerie hollywoodienne ou clippée — voir les défilés vestimentaires de Paul et Régis, deux jeunes mecs ayant su affirmer leur identité à travers leurs fringues. Ou qu’elle an

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"Trashed" : le plastique, c’est satanique

Le Film de la Semaine | Jeremy Irons nous guide à travers le monde des déchets gouverné par de belles saloperies : dioxines et plastiques — des polluants ubiquistes impossibles à recycler, résidus de la révolution industrielle et des Trente Glorieuses. Un documentaire aussi édifiant qu’effrayant.

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Fin octobre, le WWF publiait une étude révélant l’extinction de 50% des espèces de vertébrés durant les quarante dernières années. À qui la faute ? Trashed délivre davantage qu’une ébauche de réponse à ce cataclysme supérieur à tous les accidents géologiques passés, en accumulant des strates d’informations. Pour certaines collectées au grand jour ; pour d’autres ramassées dans la fange putride de nos poubelles. Lesquelles, sous nos yeux obstinément aveugles, ont gagné notre espace vital. Elles gagneront tout court, si l’on n’y prend garde. Ordures ! Sur le front environnemental, d’aucun(e)s pensent qu’il est plus productif pour la cause d’encenser en sautillant benoîtement un chapelet de micro-initiatives positives, en prenant grand soin d’éviter de s’attarder sur la situation actuelle, décidément trop anxiogène. Une étrange forme de méthode Coué consistant à consentir un traitement, sans accepter de reconnaître la maladie — tout à fait en phase avec notre époque de l’aseptisé triomphant. Ici, Jeremy Irons ne fait pas de cœurs avec les doigts, ni n’étreint ses interlocuteurs sur fond chill-out. Pas plus qu

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"Dernières nouvelles du cosmos" : mes mots ont la parole

ECRANS | de Julie Bertuccelli (Fr, 1h25) documentaire avec Hélène “Babouillec” Nicolas…

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Présentant les préparatifs d’un spectacle façon MJC, avec un comédien un brin halluciné déclamant des vers post-mallarméens, les premières images inquiètent légitimement. Où donc nous a entraînés la réalisatrice de La Cour de Babel ? Elle livrera peu à peu les clefs : l’interprète des poésies est en fait le père d’Hélène, leur auteur. Signant Babouillec, cette trentenaire souffrant d’un trouble autistique ne parle ni n’écrit : elle communique depuis dix ans en désignant une à une les lettres composant les mots reflétant ses pensées. C’est grâce à ce procédé de bénédictin qu’elle a brisé le mur l’isolant du monde et “dicté“ ses créations. Julie Bertuccelli fait témoigner ses parents (formidables de présence et de soutien), filme l’auteure à l’œuvre — œuvre de patience —, et en discussion avec un mathématicien, sans doute brillant, mais énonçant ici des platitudes. La cinéaste ne pose pas un regard admiratif ou protecteur sur une “curiosité”, mais nous fait partager son appréhension d’une démarche artistique singulière. Et prouve également que captée à l’état natif, la poésie d’Hélène se suffit à elle-même, n’en déplaise à son

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"Voyage à travers le cinéma français" : c’était sa première séance

ECRANS | Bertrand Tavernier raconte son rapport affectif aux films qui l’ont construit, dévoile son Panthéon intime. Édifiant, enthousiaste, touchant : trois quarts de siècle d’un compagnonnage actif avec le cinéma, à tous les points de vue et d’écoute.

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Bertrand Tavernier ne pouvait choisir meilleur public que celui du Festival Lumière — manifestation organisée par l’institut homonyme, qu’il préside, dans la ville où il est né — pour présenter les premières séances du documentaire-somme retraçant son parcours. Car davantage qu’une audience acquise, celle-ci se révèlerait surtout réceptive au projet de ce ciné-fils/cinéphile, l’accompagnant bien volontiers dans l’exploration de sa mémoire d’ogre. Promis depuis des années, ce Voyage dans le cinéma français offre un retour très personnel aux sources primitives de sa passion pour l’écran d’argent ; aux origines de sa curiosité fervente et contagieuse, devenue avec les années prosélytisme chaleureux en faveur de tous les types de cinémas, peu importent les chapelles, du moment qu’ils lui apportent du plaisir — son emploi immodéré du superlatif absolu et de l’épithète “formidable” est d’ailleurs légendaire. Oncle Tatave, celui qui se souvient de tous les films Tout aussi prodigieuse se révèle sa mémoire cinématographique, presque indissociable du contexte folklorique des séances qu'il ressuscite : le voisin fa

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"La Philo vagabonde" : festin de cerveau

ECRANS | de Yohan Laffort (Fr, 1h49) documentaire avec Alain Guyard

Vincent Raymond | Mardi 4 octobre 2016

Avec ses rouflaquettes, ses tatouages, son costard de chanteur nouvelle scène française et sa tchatche exaltée, Alain Guyard renverrait presque Michel Onfray au rayon des ancêtres pontifiants. Célébré comme une rockstar, le volubile philosophe intervient partout où on le sollicite (dans les campagnes reculées, en prison, sous un chapiteau, en Belgique, dans une grotte) pour diffuser de façon ludique et accessible la parole des penseurs — et surtout inciter ses auditeurs à phosphorer par eux-mêmes. Davantage qu’un émetteur de “produit culturel”, Guyard se veut une sorte de coach intellectuel, exerçant à la gymnastique de la réflexion. Comment ne pas être séduit par cette démarche noble de propagation de la connaissance, engendrant un tel enthousiasme ? Ce que montre ce documentaire va bien au-delà du cas de Guyard, en révélant l’abyssal manque de repères ainsi que le désir de sens largement répandus et partagés parmi toutes les composantes de notre société, qui rendent chacun(e) vulnérable au discours du premier bon parleur venu — certes, lui porte et apporte des valeurs

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À Lussas, vive les doc’ !

ECRANS | Havre de bonheur et de réflexion pour les adeptes du cinéma du réel, les États généraux du film documentaire de Lussas ont su se construire une enviable (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

À Lussas, vive les doc’ !

Havre de bonheur et de réflexion pour les adeptes du cinéma du réel, les États généraux du film documentaire de Lussas ont su se construire une enviable singularité en résistant, encore et toujours, à la tyrannie des palmarès. Ce village ardéchois présente ainsi depuis 1989 un tour d’horizon très libre de la production documentaire annuelle, avec des projections en plein air, chez l’habitant ; des échanges avec des professionnels ainsi qu’un module théorique de premier plan : des séminaires et ateliers très prisés se déroulent sur place. Le détail de la programmation sera connu début août sur le site www.lussasdoc.org. À Lussas (Ardèche) du 21 au 27 aout

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Un voyage en Iran

ECRANS | Quand un régime exerce un pouvoir excessif sur son peuple, abuse de son autorité et/ou confisque les libertés, alors s’élèvent des voix pour protester ou le (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

Un voyage en Iran

Quand un régime exerce un pouvoir excessif sur son peuple, abuse de son autorité et/ou confisque les libertés, alors s’élèvent des voix pour protester ou le dénoncer ; et celles des artistes sont souvent les premières à se faire entendre. Depuis l’instauration de la république islamique en Iran, les cinéastes ont multiplié les coups d’éclats : fictions et documentaires, tournés au grand jour ou sous le manteau, témoignent de la restriction démocratique, de la régression des droits des femmes et d’une certaine exaspération populaire. Dépassant le brûlot pour repenser la forme, le langage et les moyens de production cinématographiques, ces œuvres ont révélé plusieurs générations d’auteurs dont le talent est célébré partout dans le monde, sauf à Téhéran où certains sont emprisonnés (comme Jafar Panahi). Afin de savourer (ou découvrir) l’originalité de ce cinéma persan, l’association culturelle franco-iranienne de Lyon propose un double programme intégrant No Land’s Song d'Ayat Najafi, récent documentaire consacré à un projet-passerelle ô combi

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La Sociologue et l’Ourson

ECRANS | de Étienne Chaillou & Mathias Théry (Fr, 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

La Sociologue et l’Ourson

On avait à peu près tout vu et entendu au moment de la présentation du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes du même sexe (dite du “mariage pour tous”). Beaucoup de passion et d’écume, empêchant toute réflexion sereine ou toute parole structurée en faveur de la loi d’être relayée dans le calme. Chaillou et Théry font de cette chienlit table rase, en proposant de suivre le parcours de l’une des expertes sollicitées le temps de l’examen du projet, la sociologue Irène Théry (la mère de l’un des documentaristes). À la fois conviviale et didactique, l’approche ne manque pas d’originalité : les auteurs ont pris le parti de remplacer la plupart des intervenants dans les images d’archives par des jouets animés qui dédramatisant le sujet sans le ridiculiser. Et de rendre la sociologie vivante en illustrant de manière plaisante les exemples concrets choisis par la spécialiste dans son histoire familiale, à l’occasion des entretiens qu’elle accorde à son rejeton. Ce documentaire dispose enfin d’un autre grand mérite : il inscrit le texte dans le temps républicain, en abrasant (autant que faire se peut) la surmédiatisation délirante dont ont bénéficié

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No Land's Song

ECRANS | de Ayat Najafi (All/Fr, 1h31) avec Sara Najafi, Parvin Namazi, Sayeh Sodeyfi…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

No Land's Song

Monter un concert avec des solistes féminines au pays des mollahs, où les voix non masculines sont prohibées… Le défi que s’est lancé la compositrice Sara Najafi rappelle le pari des Chats persans (2009) de Bahman Ghobadi, en particulier son jeu de cache-cache (de caméra) permanent. Najafi use de bien des contorsions pour parvenir à ses fins, mettant les autorités face à leurs contradictions et leur suprême hypocrisie — le documentaire rappelle qu’avant 1979, les Iraniennes pouvaient librement chanter et n’étaient pas spécialement voilées. Malgré des déconvenues, grâce à de la ruse légitime, on assiste à un concert-passerelle entre l’Iran et la France, avec, entre autres, Jeanne Cherhal et Élise Caron. VR

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Little go girls

ECRANS | de Éliane de Latour (Fr, 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Little go girls

On ne pourra jamais reprocher à Éliane de Latour de manquer d’engagement ou d’honnêteté dans ses projets documentaires. Little go girls montre comment, parce qu’elle s’est intéressée au sort de ces prostituées ivoiriennes, les suivant et les accompagnant, elle leur a permis de sortir de la rue et du tapin. Une aventure exemplaire, dont le rendu manque hélas épouvantablement de vie. L’exposition photographique par laquelle tout a débuté devait en concentrer davantage que ce film asthénique. VR

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Merci Patron !

ECRANS | Jusqu’alors peu connu du grand public, le journal alternatif Fakir s’offre un splendide coup de pub en divulguant son opération de flibuste victorieuse contre la deuxième fortune française, Bernard Arnault. De l’extorsion de fonds ? Non point : de justes représailles…

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

Merci Patron !

Le patron de Fakir, François Ruffin, doit jubiler du bon tour qu’il joue à l’inflexible capitaine d’industrie, aussi jaloux de ses profits que de sa discrétion. Car avec son documentaire branquignolesque, tenant plus du carnet de notes potaches filmé que de l’investigation orthodoxe, non seulement il dresse un bilan de “l’action bienfaisante” du brillant milliardaire au sein des filatures de Nord-Picardie, mais surtout il donne des visages et des noms à ses victimes directes : les Klur, une famille d'ouvriers déclassés, promis à une misère noire. Puisqu'Arnault a fabriqué sa fortune en pratiquant de-ci de-là des entorses à la vérité — prétendant que sa marque Kenzo fabriquait en France alors que les usines étaient délocalisées en Pologne, par exemple — et de grosses fractures à l’éthique (si ce n’est pas amoral d’entasser autant de fric par pure avidité, en laissant crever toute une région…), Ruffin use de ruses pour lui faire restituer une partie de son butin. Ses armes principales étant la menace de bruit médiatique et son air de crétin inoffensif, parfait pour tourner en ridicule un hyper-patron. Comment se payer sur la bête Avec son

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Les Saisons

ECRANS | De Jacques Perrin & Jacques Cluzaud (Fr, 1h37) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Saisons

À l’instar des studios Pixar, le Jacques Perrin documentariste aura exploré tous les milieux (l’eau, l’air, la terre), produit et réalisé des œuvres plébiscitées par les scolaires et signé les livres s’y rapportant. Seule différence notable, il n’a pas (encore) de parc d’attractions à sa gloire, ni de jouets à l’effigie des personnages de ses films ! Animé par une sincère volonté de sensibiliser les spectateurs à la beauté fragile du monde, aux menaces pesant sur sa faune et par conséquent sur le futur de l’Homme, l’artiste s’est engagé depuis vingt ans pour la nature comme il le fit autrefois contre les totalitarismes. Moins planant (forcément) que Le Peuple migrateur (2001), moins naïf que le glougloutant Ωcéans (2009), Les Saisons est de ces films contemplatifs parcourant les campagnes que l’on regarde de préférence un dimanche de fainéantise claquemuré chez soi. L’œil mi-clos, dans un état modifié de conscience provoqué par la voix veloutée de Jacques Perrin, avec des chaussettes Meg Ryan aux pieds et une tasse de thé fumante à proximité. Chaque documentaire de Cluzaud & Perrin se posan

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Cannes : l’Amour dure 15 jours

ECRANS | Palmarès décevant pour festival décevant : Cannes 2012 a fermé ses portes le dimanche 27 mai, laissant une poignée de beaux films, une Palme logique et quelques figures récurrentes d’un film à l’autre. Dernier bilan. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 31 mai 2012

Cannes : l’Amour dure 15 jours

La semaine dernière, on promettait la Palme d’or à Leos Carax et à son Holy motors. On y croyait, persuadés que Nanni Moretti allait être sensible à cette ode enthousiaste à un cinéma finissant, dont les relents autobiographiques n’étaient pas sans rapport avec son Journal intime. Finalement, c’est l’incontestable Amour de Michael Haneke qui l’a emporté, le film le plus abouti de la compétition, un chef-d’œuvre certes mais qui paraissait presque trop attendu dans ce rôle. Après Oncle Boonmee et Tree of life, on rêvait à nouveau d’un film hors norme au sommet d’un festival 2012 beaucoup trop normé. Ce que le reste du palmarès, pas loin d’être indigne, n’a fait que souligner : surestimation d’œuvres imparfaites (Au-delà des collines, Reality), sacre de cinéastes dans une mauvaise passe (Reygadas, dont la sorcellerie a viré au charlatanisme, Loach et son téléfilm paresseux)… Seule la Caméra d’or au fabuleux Beasts of the southern wild n’a pas fait un pli. Le jury a même oublié un très beau film surgi au dernier jour du festival : le magnifique

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Cannes 2012, le palmarès : Et maintenant, on va où ?

ECRANS | Pendant tout le festival de Cannes, nous avions en tête l’édition 2010, «l’édition de la mort» comme on a pris la peine de l’appeler, celle où la compétition (...)

Christophe Chabert | Lundi 28 mai 2012

Cannes 2012, le palmarès : Et maintenant, on va où ?

Pendant tout le festival de Cannes, nous avions en tête l’édition 2010, «l’édition de la mort» comme on a pris la peine de l’appeler, celle où la compétition avait été particulièrement médiocre. Cette année-là, le Palmarès de Tim Burton et de son jury avait sauvé les meubles en récompensant Oncle Boonmee d’Apichatpong Weerasethakuhl. Ce n’était pas le meilleur film de la compétition — selon ses goûts, on pouvait préférer Poetry, Another year ou Des hommes et des Dieux ; mais c’était celui qui ouvrait le plus de perspectives sur le cinéma du futur. En 2012, la compétition, faiblarde, comportait tout de même à l’arrivée plus de grands films qu’en 2010. On en a compté cinq : Amour, Holy Motors, Mud, De rouille et d’os et Moonrise kingdom. Il y avait donc largement de quoi confectionner un palmarès qui allait laisser un bon souvenir de cette édition. Mais Nanni Moretti a réussi l’exploit jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’aux raisons avancées pour la remise d’une Palme pourtant logique, de souligner au contraire à quel point le festival avait failli cette année. Commençons donc par cette

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Cannes jours 10 et 11 : In the Mud for love

ECRANS | Mud de Jeff Nichols. L’Ivresse de l’argent de Im sang-Soo. Thérèse Desqueyroux de Claude Miller.

Christophe Chabert | Dimanche 27 mai 2012

Cannes jours 10 et 11 : In the Mud for love

Si c’était un scénario, ce serait un coup de théâtre ; si c’était un match de foot, on parlerait de but dans les arrêts de jeu ; mais nous sommes au festival de Cannes, et la présentation de Mud de Jeff Nichols le dernier jour de la compétition, à 8h30, a vraiment tout bouleversé. Ce film-là, c’est celui qu’on n’attendait plus, celui qui vient remplir un vide criant jusque-là : la grande œuvre américaine, romanesque et ample, n’ouvrant aucun horizon nouveau dans le cinéma mais prolongeant ce qui est peut-être sa ligne la plus essentielle, passant par Moonfleet, La Nuit du chasseur, Cyclone à la Jamaïque ou plus récemment True Grit… C’est une petite surprise de la part de Jeff Nichols. S’il n’en est qu’à son troisième film, on avait déjà quelques idées arrêtées sur son œuvre : Shotgun stories et Take shelter laissaient deviner un cinéaste ambitieux, cherchant à

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Cannes jour 9 : Grillés

ECRANS | The Paperboy de Lee Daniels. Dans la brume de Sergeï Loznitsa.

Christophe Chabert | Vendredi 25 mai 2012

Cannes jour 9 : Grillés

Il sera temps, d’ici le palmarès dimanche soir, de tirer un bilan définitif de ce Cannes 2012, mais on affûte déjà nos couteaux, tant les jours qui viennent de s’écouler ne plaident pas en sa faveur. Reste un (immense) espoir demain avec le Mud de Jeff Nichols — on vient de voir le Im Sang Soo, pas mal mais quand même très mineur, on en reparlera demain ; mais il faut le dire, arrivé à un tel stade de désillusion globale, on préfère ne plus s’attendre à rien. Au moins pourra-t-on être agréablement surpris. Car depuis jeudi soir, toutes les personnes croisées, journalistes, exploitants ou simples cinéphiles faisaient le même constat : «Vivement que ça se termine !». À la traditionnelle fatigue du marathon cannois s’ajoutait ainsi un certain agacement quant à la longue série de mauvais films vus en compétition, et ce n’est pas pour rien si le rythme des projections s’est spectaculairement ralenti pour nous : deux films et demi jeudi, deux ce vendredi, au lieu des quatre ou cinq quotidiens pendant le reste du festival. À un moment, plus rien ne suit : ni le corps, ni l’esprit, et cela conduit même à de fâcheuses situations, comme la projo de

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Cannes, entre la panne et le moteur

ECRANS | Curieuse édition du festival de Cannes, avec une compétition de bric et de broc pleine de films d’auteurs fatigués et dont le meilleur restera celui qui annonça paradoxalement la résurrection joyeuse d’un cinéma mort et enterré. Du coup, c’est le moment ou jamais de parler des nouveaux noms que le festival aura mis en orbite. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 25 mai 2012

Cannes, entre la panne et le moteur

Comme il y a deux ans, le jour férié nous oblige à boucler avant la fin du festival de Cannes et la remise de la Palme d’or. Mais comme il y a deux ans, on a déjà hâte que l’affaire se termine, tant la compétition aura été laborieuse, et même parfois pénible à suivre. Surtout, sa diversité n’a pas été payante. En quelques heures, on pouvait passer d’un navet faussement personnel et vraiment putassier (le redoutable Paperboy de Lee Daniels, qui mérite des tomates après son déjà horrible Precious) à un sommet d’académisme moderniste à base d’acteurs inexpressifs, de dialogues séparés par d’interminables et grossiers silences et de plans sous tranxène sur des gars qui marchent dans les bois (le soporifique Dans la brume de Sergeï Loznitsa, qui mérite des œufs pourris après son déjà pontifiant My joy). Et on n’oubliera pas dans la liste le très Vogue Homme Sur la route de Walter Salles, où la beat generation réduite à un clip publicitaire sur la mode des hipsters, ou encore le téléfilm de Ken Loach, La Part des anges, d’une fainéantise hallucinante que ce

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Cannes jour 8 : Suicide mexicain

ECRANS | Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas. Elefante blanco de Pablo Trapero.

Christophe Chabert | Jeudi 24 mai 2012

Cannes jour 8 : Suicide mexicain

Cette huitième journée cannoise restera comme la première journée post-Holy Motors. Il est vrai que le film de Carax a tellement retourné les festivaliers (à quelques exceptions près, comme les rédacteurs de Positif, étrangement agressifs à son encontre) que toute la journée, en plus d’y repenser — hier, par exemple, on a complètement omis de préciser qu’on y voit à l’intérieur une séquence appelée à devenir mythique, celle dite de l’entracte — on n’imaginait plus que le film puisse repartir sans la Palme d’or. Hier soir après la projection, le festival avait l’air de commencer enfin. Mais dès ce matin, il avait surtout l’air d’être fini. Bizarre. Ce n’est pas le pénible Sur la route qui allait dissiper cette impression. On en parle ailleurs, donc pas besoin de disserter ici sur ce monument de cinéma culturel, académique et scolaire. Mais le deuxième film de la compétition ce jour, signé Carlos Reygadas, nourrissait de sérieux espoirs de rajouter un bon film pour relever le niveau. Il ne faut pas longtemps pour comprendre que cette question (bon

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Cannes jour 7 : Leos Carax’ Holy Grail

ECRANS | Killing them softly d’Andrew Dominik. Le Grand soir de Gustave Kervern et Benoît Délépine. Holy Motors de Leos Carax.

Christophe Chabert | Mercredi 23 mai 2012

Cannes jour 7 : Leos Carax’ Holy Grail

En cours d’après-midi, le soleil est enfin revenu sur la Croisette, et ça tombe bien car à la fatigue, logique après une semaine de festival, s’ajoutait une petite déprime liée à la pluie incessante et au ciel bouché. Sans parler de cette compétition maudite qui commençait insidieusement à nous taper sur le système — on a vraiment eu du mal à digérer le téléfilm de Ken Loach mais aussi les réactions complaisantes d’une partie de la presse et du public à sa présentation. L’éclaircie, d’ailleurs, est d’abord venue ce matin avec la présentation de Killing them softly, nouveau film d’Andrew Dominik qui reforme avec Brad Pitt la paire de L’Assassinat de Jesse James. Disons-le, on aime bien le film, qui pourtant ne fait rien pour être aimé et lance régulièrement de gros fucks aux spectateurs. Exemples : vous venez voir la star du film ? Patientez donc une bonne vingtaine de minutes avant de la voir se pointer à l’écran. Vous avez envie d’assister à un bon polar ? L’intrigue est alambiquée, et quand on la pose à plat, paraît bien banale. Vous voulez de l’action ? Il n’y en aura quasiment pas, et le seul meurtre spectaculaire du film est désamo

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Cannes jour 6 : Le Crépuscule des vieux

ECRANS | No de Pablo Larrain. Vous n’avez encore rien vu d’Alain Resnais. La Part des anges de Ken Loach

Christophe Chabert | Mardi 22 mai 2012

Cannes jour 6 : Le Crépuscule des vieux

Dans ce journal quotidien (ou presque) du festival, on n’a pas le temps de parler de tout ce que l’on voit au fil des projections (déjà 23 films au compteur, quand même). Parmi les oublis que l’on ne se pardonne pas, il y a le formidable No de Pablo Larrain, présenté à la Quinzaine des réalisateurs, et qui restera comme un des sommets de cette édition. Larrain aborde pour la troisième fois consécutive les années Pincochet après Tony Manero et Post mortem, films certes forts et pertinents, mais un brin auteurisants et fermés sur leur dispositif formel. Avec No, le cinéaste chilien passe une sacrée vitesse, puisque ledit dispositif se résume en une seule idée : No ressemble à une vieille VHS des années 80, avec ses couleurs baveuses et son écran 4/3. Coquetterie moche ? Pas du tout, mais alors pas du tout. Dans No, Larrain raconte la campagne autour du plébiscite pro-Pinochet de 1988, signe d’ouverture démocratique qui devait théoriquement conforter le pouvoir du dictateur vieillissant. En adoptant la forme télévisuelle de l’époque, il peut donc intégrer toutes les archives, véridiques quoique souvent a

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Cannes Jours 4 et 5 : Les yeux (et tout le reste) mouillés

ECRANS | Lawless de John Hillcoat. Jagten de Thomas Vinterberg. Like someone in love d’Abbas Kiarostami. Amour de Michael Haneke.

Christophe Chabert | Lundi 21 mai 2012

Cannes Jours 4 et 5 : Les yeux (et tout le reste) mouillés

Ce festival de Cannes restera sans doute dans les mémoires pour au moins une raison : la météo particulièrement capricieuse. La journée de dimanche aura été pour le moins agitée : traversée épique de la Croisette sous des bourrasques qui retournaient les parapluies et faisaient s’effondrer les barrières, queue interminable dans des files d’attente de gens frigorifiés et trempés jusqu’à l’os (et sans rouille), arrivée dans le Palais surpeuplé transformé en camps de réfugiés connectés (les réseaux sont saturés cette année, chacun étant venu minimum avec un ordi, un smartphone et une tablette !) et patinoires à l’entrée des salles lorsque tout le monde referme son pépin, créant une mare glissante pour les festivaliers. Le plan vigipirate draconien en a volé en éclats : plus personne ne fouillait rien du tout, tellement la situation devenait critique. Mieux vaut en rire, d’autant plus que la compétition continue clopin clopant. Ce fut d’abord le redoutable Lawless de John Hillcoat. Pour ceux qui se demandaient après le raté La Route

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Cannes jour 3 : Par-delà les limites

ECRANS | Au-delà des collines de Cristian Mungiu. Laurence Anyways de Xavier Dolan. Beasts of the southern wild de Benh Zeitlin

Christophe Chabert | Dimanche 20 mai 2012

Cannes jour 3 : Par-delà les limites

Les projections s'enchaînent à la vitesse de l'éclair, confirmant que si Cannes 2012 n'a pas encore prouvé qu'il était un bon cru, il s'avère particulièrement riche en propositions, au risque de ne plus savoir où donner de la tête. Commençons par la compétition qui, pour l'instant, ne décolle pas vraiment. On misait gros sur le nouveau film de Cristian Mungiu, récipendiaire de la Palme pour son excellent 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Mais Au-delà des collines est une déception, et si on ne participera pas au lynchage qui a commencé à la fin de la projection de presse, force est de reconnaître que le cinéaste a sans doute pêché par excès d'orgueil. Le pêché est au centre du film, qui raconte les retrouvailles entre deux filles, amantes lorsqu'elles vivaient ensemble dans le même pensionnat et qui se sont séparées temporairement. Alina est allée travailler comme serveuse en Allemagne ; Voichita a trouvé refuge dans un monastère orthodoxe isolé sur une colline au-dessus de la ville. Alina revient en Roumanie espérant emmener avec elle Voichita, mais celle-ci tergiverse, visiblement tiraillée entre sa foi nouvelle et son ancienne amoureuse.

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Beaucoup d’amour, peu d’érections

ECRANS | Le 65e festival de Cannes arrive déjà à mi-parcours de sa compétition, et celle-ci paraît encore bien faible, avec ce qui s’annonce comme un match retour de 2009 entre Audiard et Haneke et une forte tendance à la représentation du sentiment amoureux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 20 mai 2012

Beaucoup d’amour, peu d’érections

Serait-ce la nouvelle loi cannoise ? Pour une année de compétition passionnante, la suivante serait forcément décevante ou mineure. Le cru 2009 était exceptionnel, celui de 2010 fut cauchemardesque ; l’édition 2011 était brillante, celle de 2012 a démarré piano. Tout avait pourtant bien commencé avec un film d’ouverture extraordinaire, Moonrise kingdom de Wes Anderson, et la projection du Audiard, De rouille et d’os. Puis vint le temps des désillusions : par exemple Après la bataille de Yousri Nasrallah, qui se complait dans une forme de soap opéra ultra-dialogué alors qu’il avait manifestement l’envie de retrouver le lustre des grands mélodrames égyptiens. Évoquant la Révolution récente, le cinéaste tombe dans le piège du cinéma à sujet, didactisme balourd que l’intrigue sentimentale ne vient pas alléger, au contraire. Nasrallah veut aborder tous ses enjeux en même temps, mais oublie complètement de les mettre en scène. Catastrophe aussi avec Paradis : Amour d’Ulrich Seidl, où la misanthropie du réalisateur éclate à tous les plans. Fustigeant à la fois les vieilles Autrichiennes qui vont au Kenya pour se payer une tranche de tourisme sexuel e

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Cannes jour 2 : La réalité et ses doubles

ECRANS | Reality de Matteo Garrone. Paradis : Amour d'Ulrich Seidl.

Christophe Chabert | Samedi 19 mai 2012

Cannes jour 2 : La réalité et ses doubles

Alors que la pluie commence à s'abattre sur les festivaliers, la compétition dessine peu à peu ses enjeux. Les sentiments sont à vifs cette année, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c'est Moonrise kingdom et De rouille et d'os ; le pire, c'est Après la bataille et l'affreux Paradis : Amour d'Ulrich Seidl, qui a pris tranquillou la place du film à détester de la sélection. Comment pourrait-il en être autrement quand le cinéaste autrichien, creusant un sillon qui ne semble plus intéresser que lui, déballe d'entrée toute sa misanthropie, le temps d'une séquence insupportable où des handicapés mentaux se rentrent dedans avec des auto-tamponneuses, la caméra vissée au pare-brise pour insister sur leurs visages grimaçants. Ulrich Seidl déploie ensuite sa haine envers ses compatriotes avec quelques scènes en famille où la laideur le dispute à l'enfer du quoti

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Cannes jour 1 : Woody et les chevaux

ECRANS | Woody Allen : un documentaire. Après la bataille.

Christophe Chabert | Vendredi 18 mai 2012

Cannes jour 1 : Woody et les chevaux

Le film d'ouverture de Cannes est-il un bon présage de la sélection à venir ? Si oui, alors Cannes 2012 devrait être exceptionnel, tant le Moonrise kingdom de Wes Anderson nous a littéralement enchanté. On en parle ailleurs, donc pas la peine de s'appesantir sur le sujet. Mais pour revenir à la question de l'ouverture comme signe annonciateur de la qualité globale, il faut se souvenir qu'en 2010, qualifiée par les festivaliers qui l'ont vécue d'annus horribilis, avait débuté avec le lamentable Robin des bois de Ridley Scott, et le reste avait été à l'avenant.  En revanche, le bon cru de 2011 avait été lancé par l'excellent Minuit à Paris de Woody Allen, qui restera par ailleurs comme un des meilleurs souvenirs de l'ex-première dame de France - on s'égare. Or, avec une certaine malice, Thierry Frémaux a choisi de proposer aux festivaliers non pas le Woody Allen annuel (To Rome with love, privé de Cannes pour cause de sortie avancée en Italie), mais un documentaire consacré au cinéaste prolifique. E

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Moonrise kingdom

ECRANS | Poussant son art si singulier de la mise en scène jusqu'à des sommets de raffinement stylistique, Wes Anderson ose aussi envoyer encore plus loin son ambition d'auteur, en peignant à hauteur d'enfant le sentiment tellurique de l'élan amoureux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 16 mai 2012

Moonrise kingdom

Revoici Wes Anderson, sa griffe de cinéaste intacte, dès les premiers plans de Moonrise kingdom. Sa caméra explore frontalement une grande demeure comme s'il visitait une maison de poupée dont il découperait l'espace en une multitude de petits tableaux peuplés de personnages formidablement dessinés. Au milieu, une jeune fille aux yeux noircis au charbon, cousine pas si lointaine de Marion Tenenbaum, braque une paire de jumelles vers nous, spectateurs. Ce n'est pas un détail : d'observateurs de ce petit théâtre, nous voilà observés par cette gamine énigmatique, dont on devine déjà qu'elle a un train d'avance sur les événements à venir. L’art de la fugue Par ailleurs, la bande-son se charge, via un opportun tourne-disque, de nous faire un petit cours autour d'une suite de Benjamin Britten. Où l'on apprend que le compositeur, après avoir posé la mélodie avec l'orchestre au complet, la rejoue façon fugue en groupant les instruments selon leur famille. Là encore, rien d'anecdotique de la part d'Anderson. Cet instant de pédagogie vaut règle du jeu du film à venir, où il est question d'enfance (qui n'est pas un jeu), de fugue (qui n'est pas musicale)

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Cannes 2012 : J-1…

ECRANS | Cette année, le festival de Cannes s’annonce musclé : pas seulement à cause de sa compétition, face à laquelle on nourrit quelques sérieux espoirs, mais aussi grâce à ses sections parallèles, particulièrement alléchantes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 15 mai 2012

Cannes 2012 : J-1…

Comme on dit dans les films : nous voilà arrivés sur site. Accréditation retirée, premières mains serrées, programme étudié à la loupe et c’est déjà les starting blocks pour découvrir demain matin, à peu près en même temps que vous lecteurs, Moonrise kingdom de Wes Anderson, film d’ouverture de ce 65e festival de Cannes. C’est la particularité de cette édition, et c’est loin d’être une mauvaise chose : les spectateurs pourront découvrir en synchrone avec les festivaliers, quatre œuvres parmi les plus attendues de la compétition… Moonrise kingdom donc, mais aussi De rouille et d’os, le nouveau Jacques Audiard, Sur la route que Walter Salles a adapté de Jack Kerouac, et Cosmopolis, que David Cronenberg a lui tiré de Don De Lillo. Les 17 autres films de la compét’ procurent quelques beaux frissons d’excitation, à commencer par le quatuor «américain» (même si deux cinéastes sur quatre sont d’origine australienne !) : Killing them softly d’Andrew Dominic avec Brad Pitt, Lawless de John Hillcoat avec un putain de c

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Cannes 2011 : L’arbre qui cache la forêt

ECRANS | Palme d’or magnifique d’un palmarès discutable, "The Tree of life" de Terrence Malick avait survolé une compétition de très bonne tenue, dont on a apprécié les audaces rock’n’roll finales. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 22 mai 2011

Cannes 2011 : L’arbre qui cache la forêt

On n’osait y croire, même si on en rêvait depuis sa présentation : The Tree of life de Terrence Malick est reparti avec la Palme d’or du 64e festival de Cannes. Joie immense, tant cette œuvre démesurée et intime, qui parle de Dieu mais surtout du rapport de l’homme à la transcendance (rapport essentiellement malheureux, placé sous le signe de la culpabilité), du mystère du cosmos et de la violence des échanges dans le monde moderne, restera comme le sommet de cette quinzaine pourtant riche en bons films. Utilisons la première personne du singulier pour un temps, car que ce soit à la rédaction ou ailleurs (le film, déjà sur les écrans, rencontre un réel rejet de la part d’une partie des spectateurs), tout le monde ne partage pas cet enthousiasme. Comment pourrait-il en être autrement ? The Tree of life, que ce soit dans sa forme — magnifique, Malick allant au bout de son cinéma du fragment, composant un poème visuel et musical saisissant — ou dans ses interrogations métaphysiques, est loin du divertissement mainstream ou même du cinéma d’auteur consensuel. Mais c’est justement cette exploration personnelle d’un extrême de l’art cinématographique qui ren

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Passages de témoins

ECRANS | Fin de la première semaine cannoise sous le signe de la transmission avec une compétition mi-figue mi-raisin où ce sont les cinéastes confirmés qui ont présenté les films les plus aboutis. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 16 mai 2011

Passages de témoins

Une chose s'impose déjà concernant cette première moitié de compétition cannoise : elle rectifie les errances du cru 2010. Les films sont portés par des propositions de cinéma très fortes, loin des téléfilms académiques de l’an dernier, creusant des formes ambitieuses, trop ambitieuses même, mais qui ne paraissent pas déplacées dans un festival comme Cannes. Parlons des déceptions, d'abord. Sélectionné dans un premier temps hors compétition, The Artist de Michel Hazanavicius s'est vu repêché au dernier moment dans la course à la Palme d'or. Cadeau empoisonné car le costume est un peu large pour cet hommage fétichiste et déférent au cinéma muet hollywoodien, plaisant mais un peu light. La première demi-heure contient les meilleures idées du film et permet à Jean Dujardin de sortir un numéro d’acteur savoureux. Mais la suite n’est qu’une visite assez froide dans un petit musée cinéphile, où Hazanavicius peine à faire naître l’émotion nécessaire pour dépasser le fake nostalgique. Déception relative aussi pour Joseph Cedar : après Beaufort, il s’est lancé dans une comédie métaphysico-philologique (juste ça, ça sent déjà l’impasse) à la mise en scè

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Cannes, jour 1 : Autour de Minuit

ECRANS | Minuit à Paris de Woody Allen

Christophe Chabert | Mercredi 11 mai 2011

Cannes, jour 1 : Autour de Minuit

C’est reparti pour un tour de Cannes. Les indicateurs sont en hausse (plus de stars, plus de business, plus de films intéressants — enfin, c’est ce qui se dit — et plus de journalistes, visiblement), après la morose édition 2010. Si tout le monde attend Terrence Malick, il paraît que du côté de Lars Von Trier, il va y avoir du lourd. Sans parler de notre maître Alain Cavalier, de retour en compétition, ou de Take Shelter, le deuxième film de Jeff Nichols présenté à la Semaine de la Critique et dont le Shotgun stories a marqué durablement nos mémoires. Si le film d’ouverture donne le ton de ce qui va se passer par la suite, alors Minuit à Paris annonce en effet un Cannes 2011 à la fois joyeux et de grande qualité. Eh oui, c’est ce bon vieux Woody qui aura réussi à nous surprendre d’entrée ! Encore ? Oui et non. Car à la vision de Minuit à Paris, on se dit que l’on n’a pas vraiment aimé ses films depuis Match Point (à l’exception, peut-être, de Whatever works, mais qui sonnait comme une réplique tardive de son cinéma des nineties), du moins qu’on y a pris un plaisir essentiellement théoriq

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Palmarès

ECRANS | Palme d’orOncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures d’Apichatpong Weerasethakul Grand PrixDes hommes et des Dieux de Xavier (...)

Christophe Chabert | Mercredi 26 mai 2010

Palmarès

Palme d’orOncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures d’Apichatpong Weerasethakul Grand PrixDes hommes et des Dieux de Xavier Beauvois Prix de la mise en scèneMathieu Amalric pour Tournée Prix d’interprétation masculineJavier Bardem pour Biutiful et Elio Germano pour La Nostra Vita Prix d’interprétation féminineJuliette Binoche pour Copie Conforme Prix du juryUn homme qui crie de Mahamat-Saleh Haroun

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Un Oncle, des vieux et quelques clichés…

ECRANS | Festival de Cannes / En couronnant "Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures", le jury du festival de Cannes a conclu un festival terne par une note positive, provoquant quelques remous imbéciles. Dernier bilan en quatre points. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 26 mai 2010

Un Oncle, des vieux et quelques clichés…

On le disait la semaine dernière : "Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures" d’Apichatpong Weerasethakul était une des rares joies de la compétition cannoise. On ne pensait pas alors que Tim Burton et ses camarades du jury auraient le courage de lui attribuer la Palme d’or — on pensait plutôt à "Poetry" dans le meilleur des cas, à "Another year" dans le pire… Du coup, joie immodérée à l’annonce du palmarès. Non seulement ce choix est mille fois justifié, mais il couronne une œuvre appelée à durer et un cinéaste qui n’a cessé de s’ouvrir au spectateur de films en films. À peine rendue publique, cette Palme a déclenché des réactions qui en disent long sur le délabrement actuel de la presse cinéma. Accusation d’élitisme (venant du "Figaro" ou du "Parisien", c’est-à-dire l’aristocratie de la presse française, il y a de quoi se tordre de rire !), procès pour lenteur arrogante et contemplation vaine… Respect Des cinéastes qui se regardent filmer et des films qui prennent le spectateur de haut, cela ne manquait pas à Cannes cette année ; mais pas "Oncle Boonmee" qui ne demande aucun savoir particulier, aucune réf

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Blog : Cannes, Jour 11 : This is the end (photos)

ECRANS | "Soleil trompeur 2" de Nikita Mikhalkov. "Ha ha ha" de Hong Sang-Soo. "Film socialisme" de Jean-Luc Godard. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 mai 2010

Blog : Cannes, Jour 11 : This is the end (photos)

Samedi 22 mai, veille de palmarès, veillée d’armes, remise des prix dans les sections parallèles. C’est la fin, donc. Dimanche retour à Lyon, d’où l’on suivra la cérémonie de clôture sur notre petit écran, avec les commentaires des critiques du "Masque et la plume" en fond sonore. On est assez curieux de voir comment Michel Ciment, éminent rédacteur à "Positif" et grand ami de Thierry Frémaux, va se dépatouiller pour trouver de bons côtés à cette compétition foireuse jusqu’au bout (de nos nerfs), puisqu’elle s’est terminée avec la projection de "Soleil trompeur 2" de Mikhalkov — on y revient dans quelques lignes… Un indice : lors de la conférence de presse de Tender son, le pénible film hongrois de la veille, Ciment posa au réalisateur cette question qui nous a laissé pantois : «Qu’est-ce que vous avez voulu dire avec le chromatisme du film ?». Nous ne sommes donc pas les seuls à finir le festival sur les rotules, même le vaillant Ciment semble carbonisé. Carbonisés, c’est ainsi que finissent les décors de Soleil t

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Vaches maigres cannoises

ECRANS | Festival de Cannes / La deuxième partie du festival de Cannes n'a pas plus convaincu que la première avec une compétition faiblarde et des sections parallèles pauvres en découvertes. Du coup, deux cinéastes ont emporté l'adhésion : Lee Chang-dong et Apichatpong Weerasethakul. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 22 mai 2010

Vaches maigres cannoises

2009 était un cru exceptionnel ; 2010 restera une année faible pour le festival de Cannes. À quelques heures du Palmarès — pour cause de lundi férié et de bouclage avancé, nous ne pouvons le commenter ici — le bilan est sans appel : la compétition n'a pas réservé de chocs égalant Le Ruban blanc ou Un prophète l'an dernier, et on peine à trouver des équivalents aux Inglorious basterds ou Fish Tank de 2009. Pire : certains films présentés relevaient du navet pur et dur, comme le terrible La Nostra Vita de Daniele Luchetti, un téléfilm berlusconien nauséabond, ou l'impossible Hors la loi de Rachid Bouchareb, sans doute le blockbuster français le plus académique depuis Germinal de Claude Berri — à côté, Tavernier paraissait presque moderne, c'est dire ! Dans un registre à peine plus glorieux, l'effarant Biutiful d'Alejandro Gonzalez Iñarritu déballait un obscène bazar doloriste, sulpicien, démagogique et complaisant. Au rayon film d'auteur dont seul l'auteur a le mode d'emploi, Mon bonheur de l'Ukrainien Sergei Loznitza nous a envoyé dans le fossé à force de décrochages narratifs et de références crypté

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Blog : Cannes, jour 10 : Désordres

ECRANS | Hors la loi de Rachid Bouchareb. Tender son de Kornel Mundruczo.

Christophe Chabert | Samedi 22 mai 2010

Blog : Cannes, jour 10 : Désordres

À peine débarqué sur la Croisette aux aurores, on a senti que l’ambiance avait changé. Il faut dire que le nez dans le cinéma, on oublie assez vite que l’actualité continue, et qu’elle finit par rejoindre parfois les films présentés ici. On parle bien sûr de l’affaire Hors la loi qui a entraîné un pénible désordre avec hordes de gendarmes, de CRS et de militaires à chaque coin de rue, fouilles particulièrement musclées à chaque entrée dans le palais, provoquant des queues interminables et quelques retards dans le programme. Déjà crevé par dix jours intenses, ce cirque a eu tendance à mettre les nerfs à vif, et on n’était pas mécontent de rentrer à l’hôtel ce soir — pas de bol, un accident nous a fait mariner pendant une heure avant d’y arriver ! Ça s’appelle la poisse… D’autant plus que le film a fait figure de double peine. Car Hors la loi est (encore !) un navet, achevant de plonger dans le ridicule une compétition déjà lassante de médiocrité. Le scandale, car il y en a un, c’est l’académisme insuppor

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Blog : Cannes jour 9 : Mon oncle de Thaïlande

ECRANS | Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures d’Apichatpong Weerasethakul. Fair game de Doug Liman. Route Irish de Ken Loach.

Christophe Chabert | Vendredi 21 mai 2010

Blog : Cannes jour 9 : Mon oncle de Thaïlande

C'est donc dans la dernière ligne droite du festival que Thierry Frémaux avait caché les meilleurs films de la compétition. Une manière de tester l'endurance du cinéphile, lui faire d'abord traverser une rivière de boue avant de le récompenser par de beaux trésors justifiant enfin de passer dix à douze heures par jour dans les salles obscures. Après le choc Poetry hier, c'est donc l'étonnant Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul qui a offert un film magnifique, un enchantement de cinéma qui, malgré les ronchonnements qui ne manqueront pas sur son compte, devrait trouver sa juste place au palmarès dimanche soir. Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures est à la fois un conte pour enfants, un film trip et une comédie bizarre ; en tout cas, un geste de cinéma d'une grande force, d'autant plus surprenant qu'il vient d'un metteur en scène inscrivant son œuvre dans le réseau de l’art contemporain au sens large. Depuis Tropical malady, Weerasethakul a fait un pas vers le spectateur, faisant

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Blog : Cannes jour 8 : We love Lee

ECRANS | Poetry de Lee Chang-dong. La Nostra vita de Daniele Luchetti.

Christophe Chabert | Jeudi 20 mai 2010

Blog : Cannes jour 8 : We love Lee

Ouf ! Enfin, la voilà, la claque de la compétition, le film que l'on désespérait de voir durant ce festival, celui qui remet les pendules à l'heure et les points sur les i. Poetry de Lee Chang-dong a eu cet effet-là et on serait très fâché après Monsieur Burton et ses camarades du jury si le film n'obtenait pas au minimum la Palme d'or (le prix d'interprétation féminine et celui du scénario sont en option). Le cinéma de Lee, écrivain et éphémère ministre de la culture sud-coréen, a connu une montée en puissance depuis la découverte de Peppermint candy. Secret sunshine faisait déjà figure d'œuvre majeure, mais Poetry le surpasse encore. Madame Mija est une paisible grand-mère qui élève seule son petit-fils ; en sortant de la clinique après une consultation de routine, elle décide sans réelle raison de suivre des cours de poésie. Cette femme simple, souriante et dévouée traversera ensuite une série de drames qui vont entamer sa joie de vivre, mais lui offrir aussi un accomplissement intime dont le film tait pudiquement s'

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