Laborieux : "Le Brio"

ECRANS | de Yvan Attal (Fr, 1h35) avec Daniel Auteuil, Camélia Jordana, Yasin Houicha…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Photo : © David Koskas


Inégal, parfois maladroit, le film à sketches précédent d'Yvan Attal (Ils sont partout) ne méritait pourtant pas de se faire agonir : il riait de l'antisémitisme et des antisémites sans se perdre dans les lourdeurs du film à thèse — et suivait l'exemple des Monty Python, Mel Brooks ou Woody Allen avec, il est vrai, moins de métier. Dommage, donc, que le réalisateur n'ait pas poursuivi dans cette veine et que son nouveau sujet (de société) soit traité sur un mode aussi conventionnel. Dans ce Pygmalion à la fac, l'équivalent de Higgins est un prof provocateur un brin réac et le pendant d'Eliza une étudiante en droit issue de banlieue, qu'un concours d'éloquence va rapprocher. Mais entre les deux, que de cabotinages et de démonstrations ! Que de professions de foi naïves sur la méritocratie ou l'éthique !

Dans cet emploi de beauf supérieur, Auteuil se dieupardeuïse, mais n'arrive pas être totalement crédible en odieux salaud. Sans doute parce qu'on le voit trop réciter ses répliques goujates. Quant à Camélia Jordana, abonnée aux rôle d'étudiantes, elle sauve sa mise dans ses scènes avec sa mère et sa grand-mère. Bien mince.


Le Brio

D'Yvan Attal (Fr, 1h35) avec Daniel Auteuil, Camélia Jordana, Yasin Houicha...

D'Yvan Attal (Fr, 1h35) avec Daniel Auteuil, Camélia Jordana, Yasin Houicha...

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Neïla Salah a grandi à Créteil. Jeune femme brillante, elle rêve de devenir avocate. Inscrite à l'Université d'Assas, dans les beaux quartiers parisiens, elle suit les cours de Pierre Mazard, professeur reconnu mais provocateur. Pour se racheter une conduite, ce dernier accepte de préparer Neïla au prestigieux concours d'éloquence. Portée par ce mentor à la fois tyrannique et bienveillant, Neïla plonge dans l'univers des joutes verbales, de la rhétorique et de l'excellence.


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Pas sages à l’acte : "Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait" d'Emmanuel Mouret

Drame | ★★★★☆ Un film de Emmanuel Mouret (Fr, 2h02) avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Pas sages à l’acte :

C’est l’histoire de plusieurs histoires d’amour. Celles que Maxime raconte à Daphné, la compagne de son cousin François ; celles que Daphné raconte à Maxime. Et qu’advient-il lorsqu’on ouvre son cœur sur ses peines et ses joies sentimentales ? On finit par se rapprocher… Emboîtant et mélangeant les récits-souvenirs de ses protagonistes (à l’image de son délicat Un baiser s’il vous plaît), abritant un sacrifice amoureux absolu (comme le très beau Une autre vie) ; accordant aux jeux de langues et à la morale un pouvoir suprême (dans la droite ligne de Mademoiselle de Joncquières), ce nouveau badinage mélancolique d’Emmanuel Mouret semble une synthèse ou la quintessence de son cinéma. Jadis vu comme un héritier de Rohmer, le cinéaste trouve ici en sus dans la gravité sentimentale des échos truffaldiens ; son heureux usage de l’accompagnement musical (ah, Les Gymnopédies !) lui conférant une tonalité allenienne. Malgré le poids de ces référenc

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Tout est affaire de décors : "La Belle époque"

Romance | La soixantaine dépressive, méprisé par sa femme, Victor se voit proposer par un ami de son fils de vivre une expérience immersive dans des décors reconstituant l’époque de son choix. Victor choisit de replonger dans sa jeunesse, pile la semaine où il rencontra sa future épouse…

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Tout est affaire de décors :

Nicolas Bedos est-il un jeune vieux ? Si Monsieur & Madame Adelman avait dans son projet l’ambition encyclopédique d’embrasser une (double) vie, La Belle Époque — et bientôt OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, semble-t-il — accréditent la thèse d’une nostalgie un peu paradoxale pour des années 1970 qu’il n’a pas connues. Se livrerait-on à la psychanalyse de comptoir (avec le personnage de Fanny Ardant, psy reconvertie dans le numérique, on se sent presque autorisé), qu’on y verrait comme un fantasme de résurrection de cette époque où son père, dont il est le clone, régnait au music-hall. Mais laissons cette hypothèse. À peine un « grand film malade » (pour reprendre le mot de Truffaut), plutôt un Leo McCarey mort-né, La Belle Époque agace parce qu’il tape à côté en gâchant une jolie idée. L’argument central, la “guérison amoureuse“ de Victor, se trouve en effet pollué par une sous-intrigue sentimentale déplaçant le centre de gravité vers l’égotique organisateur des reconstitutions — en clair, le metteur en

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Chienne de vie ! : "Mon chien Stupide"

Comédie | Jadis écrivain prometteur, Henri n’a rien produit de potable depuis des années. La faute en incombe, selon lui, à sa femme et ses enfants qu’il accuse de tous ses maux. Lorsqu’un énorme molosse puant et priapique débarque ex nihilo dans sa vie, il y voit un signe bénéfique du destin.

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Chienne de vie ! :

Les personnages perdant toute inhibition pour cracher une misanthropie sans filtre au monde entier emportent facilement la sympathie du public, qui aimerait bien souvent se comporter comme eux. Incorrect au plus haut degré, l’égotique Henri est de cette race d’anars domestiques en ayant soupé des convenances et du masque social ; peu lui chaut de dire ses quatre vérités à son épouse ou à sa progéniture. En cela, il évoque beaucoup le narrateur de American Beauty (1999) — dont on se demande par ricochet s’il n’a pas été inspiré par le roman posthume de John Fante que Yvan Attal adapte ici. Mais aussi cet autre écrivain obsessionnel et râleur, héros de Kennedy et moi (1999), campé par Jean-Pierre Bacri. D’ailleurs, cela peut-être l’enseignement principal de Mon chien stupide, Yvan Attal se révèle parfait pour tenir les emplois échéant habituellement à Bacri. Cruelle et jubilatoire variation sur la crise de la cinquantaine, cet authentique film de famille joue la connivence avec le spectateur en mettant une nouvelle fois en scène le vr

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Daniel Auteuil et "La Belle Époque" pour l’ouverture du Festival Lumière

Festival Lumière | C'est le film de Nicolas Bedos qui va ouvrir cette édition du Festival Lumière.

Vincent Raymond | Jeudi 10 octobre 2019

Daniel Auteuil et

Après son passage hors compétition sur la Croisette, et avant sa sortie le 6 novembre prochain sur tous les écrans hexagonaux — il avait bénéficié d’une sortie partielle en septembre lorsqu’il était en lice pour représenter la France à l’Oscar du Meilleur film étranger, après avoir fait partie de la sélection Cannes à Lyon en mai —, le deuxième film réalisé par Nicolas Bedos, La Belle Époque fera donc l’ouverture du 11e Festival Lumière ce samedi 12 octobre. Ce choix n’est qu’une demi-surprise : non seulement le film avait été annoncé dès le mois de juin parmi la programmation officielle du Festival dans le cadre de l’invitation à Daniel Auteuil, mais il était étrangement le seul sur la page de la manifestation à ne pas être doté d’informations précises quant au lieu ou à la date de sa projection. Enfin, et c’est un argument de poids, La Belle Époque se déroule dan

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Éloge du sur-place en marche arrière : "Qui m'aime me suive !"

Comédie | De José Alcala (Fr, 1h30) avec Daniel Auteuil, Catherine Frot, Bernard Le Coq…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Éloge du sur-place en marche arrière :

Parce que son grincheux de mari Gilbert s’obstine à conserver son garage, qu’il est fâché avec leur fille depuis qu’elle a convolé, qu’ils sont fauchés, que son voisin et amant a déménagé, Simone quitte le foyer. Pile le jour où le petit-fils débarque. Gilbert, affolé, part à ses trousses. Courses-poursuites poussives, septuagénaires s’escrimant à paraître dix ans de moins, surjeu outré généralisé, accumulation d’enjeux dramatiques éventés évoquant un tout-à-l’égout de pitchs scénaristiques… Est-il bien raisonnable, à l’heure où les plateformes de vidéo en ligne prennent d’assaut le secteur cinématographique, que les salles soient les récipiendaires de médiocrités aussi ineptes ? Même le petit écran, qui jadis leur permettait de trouver une incarnation dans le format téléfilm, semble avoir jeté l’éponge. À raison : un tel objet aurait raison de la meilleure indulgence — pardon, audience. ll y a quelque chose de pathétique à observer des acteurs estimables se livrer à un concours de cabotinage pour tenter de donner quelque intérêt à une comédie. Surtout lorsque leur carrière peut

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Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Amoureux de ma femme | C’est sur les terres de sa jeunesse avignonnaise, lors des Rencontres du Sud, que le réalisateur et cinéaste Daniel Auteuil est venu évoquer son nouvel opus, Amoureux de ma femme. Le temps d’une rêve-party…

Vincent Raymond | Vendredi 1 juin 2018

 Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Le scénario est adapté d’une pièce de Florent Zeller que vous avez jouée. Y a-t-il beaucoup de différences ? Daniel Auteuil : Ah oui, il est très très librement adapté ! On a beaucoup parlé : je lui ai raconté à partir de la pièce de quel genre d’histoire j’avais envie. Je voulais parler des pauvres, pauvres, pauvres hommes (rires), et de leurs rêves, qui sont à la hauteur de ce qu’ils sont. Certains ont de grands rêves, d’autres en ont des plus petits. Et puis il y avait l’expérience de cette pièce, qui était très drôle et qui touchait beaucoup les gens. Mon personnage est un homme qui rêve, plus qu’il n’a de fantasmes. Un homme qui, au fond, n’a pas tout à fait la vie qu’il voudrait avoir, peut-être ; qui s’identifie dans la vie des autres. Le cinéma vous permettait-il davantage de fantaisie ? La pièce était en un lieu unique et était très axée sur le verbe, sur le texte. Une grande partie était sur les pensés, les apartés. Ici, c’est construit comme un film : le point de départ était cette idée de rêve et tout ce qu’on pouvait montrer. Que les rêves, ressemblent à

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Sale rêveur : "Amoureux de ma femme"

De quoi Zeller ? | de et avec Daniel Auteuil (Fr, 1h24) avec également Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Sale rêveur :

Daniel a invité à dîner son meilleur ami Gérard afin qu’il lui présente, ainsi qu’à sa femme, sa nouvelle compagne. Lorsqu’il découvre sa jeunesse et sa beauté, Daniel se prend à imaginer des choses, sous l’œil de son épouse. Qui n’est pas dupe. Daniel Auteuil signe un film comme on n'en fait plus. Un truc un peu inconscient et naïf, de l’époque où les sexagénaires exhibaient sans complexes leur nouvelle voiture, leur nouvelle montre, leur nouvelle minette, comme autant de gages de succès. Aujourd’hui, on dissimule tout ces “attributs” sous le vocable commun de “bonheurs” — cela fait moins égoïste et moins démon de seize heures. On assume moins que le personnage de Sydney Pollack qui vantait dans Maris et Femmes de Woody Allen (1992) les vertus de sa récente et jeune compagne : « sa bouche ? c’est du velours… » Amoureux de ma femme, raconte peu ou prou la même histoire que Woody Allen, mais corsetée par l’ère du politiquement correct, dans un (vaste) appartement parisien et se sert de l’imaginaire d’un

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Rōnins canins : "L’Île aux Chiens"

Le Film de la Semaine | Wes Anderson renoue avec le stop motion pour une fable extrême-orientale contemporaine de son cru, où il se diversifie en intégrant de nouveaux référentiels, sans renoncer à son originalité stylistique ni à sa singularité visuelle. Ces Chiens eussent mérité plus qu’un Ours argenté à Berlin.

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

Rōnins canins :

Sale temps pour les cabots de Megasaki ! Prétextant une épidémie de grippe canine, le maire décide de bannir tous les toutous et de les parquer sur une île dépotoir. Atari, 12 ans, refuse d'être séparé de son Spots adoré. Il vole un avion pour rallier l’Île aux Chiens. Ce qu’il y découvrira dépasse l’entendement… Peu de cinéastes peuvent se targuer d’être identifiables au premier coup d’œil, qu’ils aient signé un film d’animation ou en prises de vues réelles. Tel est pourtant le cas de Wes Anderson, dont le cosmos se trouve, à l’instar d’une figure fractale, tout entier contenu dans la moindre de ses images. Martelée par trois tambourineurs asiates dans une pénombre solennelle, l’ouverture de L’Île aux Chiens est ainsi, par sa “grandiloquente sobriété”, un minimaliste morceau de bravoure andersonien en même temps qu’une mise en condition du public. Au son mat des percussions, celui-ci entame sa plongée dans un Japon alternatif nuke-punk, synthèse probable entre le bidonville de Dodes'kaden ! et le sur-futurisme c

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"Cherchez la femme" de Sou Abadi : cachez ce film qu’on ne saurait voir

ECRANS | de Sou Abadi (Fr, 1h28) avec Félix Moati, Camélia Jordana, William Lebghil…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

Anne Alvaro est, décidément, une immense comédienne que son talent préserve de l’adversité — c’est-à-dire des pires des naufrages cinématographiques. Sa confondante interprétation d’une militante iranienne (accent inclus) réfugiée dans le XVIe arrondissement lui vaut de sortir sans dommage de cette épouvantable comédie sentimentale. Elle est bien la seule. La réalisatrice, par exemple, manque son coche dans ce mariage entre romance et critique sociale humoristique. Pas du fait d’une hybridation hasardeuse, ni du thème puisque l’on peut rire de tout, si c’est fait avec intelligence et talent. Car hélas, le choix d’un sujet brûlant n’exonère pas un auteur de maladresse ni de naïveté. Sou Abadi raconte ici le stratagème trouvé par un étudiant désirant continuer à voir sa copine enfermée chez elle par son grand frère revenu radicalisé d’un camp : il se couvre d’une burqa et se fait passer pour une femme. Quiproquos à l’ancienne, situations balourdes, personnage de fondamentalistes d’une bêtise profonde…

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Au nom de ma fille

ECRANS | de Vincent Garenq (Fr, 1h27) avec Daniel Auteuil, Sebastian Koch, Marie-Josée Croze…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

Au nom de ma fille

À l’époque de Présumé coupable (2011), Vincent Garenq confessait avec l’aplomb d’un Cahuzac moyen ne pas connaître le cinéma d’André Cayatte, auquel son deuxième film (consacré à l’affaire d’Outreau) renvoyait immanquablement. Depuis, soit il a rattrapé un manque et succombé au charme suranné du spécialiste français des films “accusé-seul-contre-tous-levez-vous” avec questions de société intégrées, soit il a enfin décidé d’assumer l’héritage de son devancier. Ce qui implique de se ruer sur tous les faits divers montrant un innocent malmené par la Justice : ils sont susceptibles de se transmuter en scénario à procès ! Après Denis Robert et Clearstream pour L’Enquête (2015), place au combat d’André Bamberski, l’opiniâtre père qui lutta contre les chancelleries pour que l’assassin présumé de sa fille soit poursuivi, extradé, jugé et condamné en France pendant près de trente ans, et dut pour cela commanditer l’enlèvement du scélérat. Si le doute bénéficie en théorie à l’accusé, ici son ombre est inexistante : le méchant est méchant, Daniel Auteuil (en Bronson hexagonal) est gentil, et la réalisation, illustrative, sert de

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Le Dernier diamant

ECRANS | D’Éric Barbier (Fr, 1h45) avec Yvan Attal, Bérénice Béjo…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Le Dernier diamant

Dans la grande poubelle à films foireux du mois d’avril, Le Dernier diamant est un exemple fascinant : ce film d’arnaque à la française où un escroc fraîchement libéré de prison tente de dérober un diamant inestimable à une riche héritière révèle, même au moins attentif des spectateurs, sa fabrication chaotique. Il démarre comme une comédie policière enlevée façon Ocean’s eleven et s’achève dans un bain de sang à la Johnnie To ; les dialogues — surtout ceux de Bérénice Béjo, qui grille en un rôle toute la crédibilité acquise chez Hazanavicius et Farhadi — sont grotesques de sérieux explicatif, comme le scénario qui récapitule sans cesse l’intrigue pour les mal-comprenants, jusqu’à une scène où des révélations top confidentielles se font au milieu d’un parc public — super discret, donc. Mais le plus incroyable reste le montage hystérique du film, aussi vain qu’épuisant, qui vient compenser la mollesse manifeste d’une mise en scène accumulant les gros plans jusqu’à la nausée. Éric Barbier a longtemps été considéré comme le cinéaste maudit de la génération IDHEC — celle de Desplechin, Rochant, Ferran… En fait, après cette daube hallucinante, on se

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Son épouse

ECRANS | De Michel Spinosa (Fr, 1h47) avec Yvan Attal, Janagi, Charlotte Gainsbourg…

Christophe Chabert | Mardi 11 mars 2014

Son épouse

Curieux film, aussi téméraire que raté, Son épouse tranche avec l’ordinaire du cinéma français. Cela tient autant à son sujet aux accents fantastiques qu’au dépaysement de l’action, démarrée dans la grisaille d’une campagne française avant de s’expatrier vers une Inde inédite, celle des asiles où sont enfermées des femmes "possédées". C’est Joseph (un Attal fantomatique) qui effectue le voyage, sur les traces de sa défunte épouse Catherine (une Gainsbourg fantôme), ex-junkie disparue dans des conditions troubles du côté de Madras. Une jeune Tamoule, Gracie, prétend être habitée par son esprit, ébranlant le cartésianisme de Joseph. Comme Corneau dans Nocturne indien il y a vingt-cinq ans, ce choc des cultures et des croyances se traduit dans la mise en scène de Michel Spinosa (auteur du très bon Anna M.) par une certaine langueur hébétée, le rythme du film se calquant sur celui de son protagoniste, errant dans un monde dont il ne comprend ni la langue, ni les traditions, ni les valeurs. Belle idée, que le film saborde par sa construction dramatique en flashbacks, ramenant à intervalles réguliers l’action vers un laborieux psychodrame conjugal do

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Avant l’hiver

ECRANS | À défaut de convaincre, le troisième film de l’écrivain Philippe Claudel intrigue. Ce drame où un chirurgien du cerveau, marié à une femme qui passe ses (...)

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

Avant l’hiver

À défaut de convaincre, le troisième film de l’écrivain Philippe Claudel intrigue. Ce drame où un chirurgien du cerveau, marié à une femme qui passe ses journées à jardiner dans une grande demeure qu’elle appelle judicieusement une «cage de verre», s’obsède peu à peu pour une jeune et belle inconnue aux multiples visages ­— serveuse, étudiante, putain — dont il ne sait trop si elle complote contre lui ou si elle est simplement folle amoureuse, prend parfois des allures de thriller hitchcockien. Du point de vue de sa mise en scène, le film, justement, a de l’allure. Claudel a un vrai sens du plan qui fait sens, méticuleusement composé et éclairé, et il parvient à faire entrer de l’inquiétude et de la mélancolie dans son récit par la seule force de l’image. En revanche, son passé littéraire refait surface dans les dialogues, incroyablement démonstratifs et sentencieux, où l’on sent plus le discours de l’auteur que la parole des personnages. Tout cela manque cruellement de santé, et même le mystère qui sous-tend toute l’intrigue finit par être trop clairement élucidé dans le dernier acte. Ce manque de quotidienneté, rien ne le souligne plus que le choix mal

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Jappeloup

ECRANS | De Christian Duguay (Fr, 2h10) avec Guillaume Canet, Marina Hands, Daniel Auteuil…

Christophe Chabert | Mercredi 6 mars 2013

Jappeloup

Plus scandaleux que l’affaire des lasagnes, l’acharnement du cinéma français à mettre du cheval à toutes les sauces sur les écrans. Après la comédie hippique qui pique comme un vin éventé (Turf), voici le biopic de la monture et de son destrier certifié 100% histoire vraie, avec la fine fleur des acteurs cavaliers dans les rôles principaux. Jappeloup cherche d’un bout à l’autre un angle pour raconter cette success story à la française, pendant que son réalisateur Christian Duguay, yes man canadien à qui on a curieusement accordé un titre de séjour, lui cherche vainement une forme. On sent l’armada de monteurs venus sortir le truc de la panade, tentant de dynamiser l’alternance mécanique de gros plans, plans à la grue et ralentis sur le canasson qui saute un obstacle, pendant qu’un groupe de script doctors prenait la décision, absurde, de changer toutes les trente minutes de sujet : d’abord le jockey indécis, puis le lien père/fils, puis la réflexion sur le cavalier qui doit aimer son cheval, puis le triomphe seul contre to

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Do not disturb

ECRANS | Yvan Attal s’empare d’une commande — faire le remake de «Humpday» — et la transforme en exercice de style fondé sur le plaisir du jeu et la sophistication de la mise en scène, prenant le risque d’intensifier la vacuité de son matériau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 1 octobre 2012

Do not disturb

Yvan Attal ne s’en est jamais caché : Do not disturb est avant tout une commande venue de son producteur, qui avait acheté les droits d’une comédie indé américaine de Lynn Sheldon, Humpday. Où il était question de deux vieux potes qui, par défi, décident de participer à un festival de porno amateur en tournant un film où ces deux hétéros convaincus se mettraient en scène en plein ébat homosexuel. Après Ma femme est une actrice et Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, tous deux marqués par les questions existentielles, sentimentales et professionnelles de leur auteur, voilà donc Attal face à un matériau impersonnel au sens strict. Sa stratégie, évidente, consiste alors à y instiller du plaisir pur. D’abord celui du jeu : son tandem avec François Cluzet est le vrai moteur de la comédie, lui en bourgeois bohème dont la vie affective est sur des rails trop huilés, Cluzet en aventurier de pacotille dissimulant derrière son chapeau de paille et sa barbe mal taillée sa nature profonde de glandeur velléitaire. Do not disturb aurait pu se contenter de mettre en scène de manière théâtrale cette joyeuse rencont

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38 témoins

ECRANS | De Lucas Belvaux (Fr, 1h44) avec Yvan Attal, Sophie Quinton…

Christophe Chabert | Mardi 6 mars 2012

38 témoins

Au Havre, une nuit, un crime est commis en pleine rue. Personne n’a rien vu, ni entendu. Mais le comportement de Pierre Morvan intrigue sa femme, absente ce soir-là ; il est comme rongé par un démon intérieur. Au départ, on pense logiquement qu’il a un rapport avec le meurtre. Très vite, Lucas Belvaux le pousse à une toute autre confession, qui va remettre en question l’équilibre social du quartier. C’est à ce moment-là que 38 témoins s’écroule. La mise en scène, austère et coupante, est redoublée par un discours particulièrement démonstratif sur la lâcheté collective et la démission des citoyens face à une menace envers leur propre confort. Les choses empirent avec l’apparition d’une peu crédible journaliste locale (Nicole Garcia, hors sujet) et un long psychodrame domestique aux dialogues dénués de quotidienneté et d’humour. Belvaux confond la gravité de son sujet et le sérieux du traitement, et se contente d’emmener le film à bon port, une scène finale moralisatrice qui enfonce le clou en accablant personnages et spectateurs. Christophe Chabert

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La Mer à boire

ECRANS | De Jacques Maillot (Fr, 1h38) avec Daniel Auteuil, Maud Wyler, Yann Tregouët...

Jerôme Dittmar | Vendredi 17 février 2012

La Mer à boire

C'est la crise. Une fois n'est pas coutume, un film change de point de vue et la victime n'est plus l'ouvrier, héros de longue date, mais le patron. Une pirouette politiquement casse gueule, mais nécessaire, que tente La Mer à boire en suivant Daniel Auteuil, patron de PME luttant pour sauver sa boîte (de bateaux grand luxe) qu'il a passé une vie à bâtir. Le morceau de bravoure du capitaine tenant bon, avec héroïsme et courage, dans la tempête économique et sociale était inévitable. Jacques Maillot s'en sort sans honte, avec un humanisme auquel on reprochera d'opter plus pour le rationalisme ambiant que l'utopie. Mais c'est que l'auteur souhaite viser juste et observer dans le détail l'implacable mise en pièce de l'entreprise par les banques. Il veut le diagnostic, pas un remède. C'est sa limite, à laquelle Auteuil apporte une fêlure plus profonde qui, lentement, fait pencher le film dans une noirceur réaliste s'achevant sur une fin terrifiante. Jérôme Dittmar

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La Fille du puisatier

ECRANS | De et avec Daniel Auteuil (Fr, 2h) avec Astrid Bergès-Frisbey, Kad Merad...

Dorotée Aznar | Jeudi 14 avril 2011

La Fille du puisatier

Depuis le diptyque de Berri, Auteuil et Pagnol, c'est une grande histoire d'amour. Pour son premier film derrière la caméra, l'acteur ne pouvait donc que revenir à l'auteur fétiche qui a fait sa gloire. Sauf que les meilleurs sentiments n'ont jamais fait une grande œuvre. En adaptant La fille du puisatier, Auteuil réussit toutefois une chose : faire exister le langage de Pagnol. De manière un peu bateau, platement folklorique, mais en gardant le cœur d'une intrigue de classe où le verbe est roi. Le problème de cette adaptation de fan trop respectueux, c'est qu'il faut se coltiner un casting endimanché, une grossière mise en scène de téléfilm et Auteuil en transe, possédé par chaque dialogue. Ce qui n'est pas pire que Kad Merad avec du khôl. Jérôme Dittmar

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Rapt

ECRANS | En s’appropriant avec finesse toutes les ambiguïtés d’un fait divers aux finalités troubles, Lucas Belvaux élabore un étrange objet cinématographique se jouant des notions de réalisme. François Cau

Dorotée Aznar | Lundi 16 novembre 2009

Rapt

La caméra commence par accompagner la frénésie de son personnage principal. Stanislas Graff (Yvan Attal, enfin revenu parmi nous), PDG en flirt permanent avec les plus hauts sommets de l’État, père pressé, mari évanescent, joueur compulsif, insomniaque probable. Sa course quotidienne s’arrête avec son kidnapping en pleine rue. Un processus rapide, efficace, que Lucas Belvaux filme sèchement, avant de mettre un coup de frein au rythme trépidant de sa mise en scène. Les plans conservent leur ampleur visuelle, mais resserrent les cadres, jouent à les déconstruire en brouillant les perspectives. Les premières scènes de détention, dans leur noirceur, précipitent l’empathie pour la victime avant de la remettre en question quelques scènes plus loin. Le scénario nous présente les seconds rôles méthodiquement, place ses pions et enclenche le processus de divulgations des secrets de son héros, lui fait progressivement prendre le pas sur l’issue de l’enlèvement. Et l’enquête comme les négociations avec les ravisseurs de se muer en constants jeux de dupes, filmés en prise directe avec l’action et dialogués avec une évidente précision. Fragments chronologiquesCette schizophrénie dan

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Les regrets

ECRANS | De Cédric Kahn (Fr, 1h45) avec Yvan Attal, Valéria Bruni-Tedeschi…

Dorotée Aznar | Vendredi 28 août 2009

Les regrets

Attention : précision. On est plutôt friand des expérimentations narratives pas toujours évidentes de Cédric Kahn, de sa capacité à s’emparer de sujets casse-gueule pour y imprimer sa marque. Mais le making of de son très bon Feux rouges nous avait tristement mis la puce à l’oreille : la frilosité de la production nationale n’encourage pas vraiment les auteurs à sortir des sentiers battus, et fait même office de machine à broyer les âmes créatrices, obligées de mettre leurs ambitions en veilleuse. Les Regrets, mélodrame au thème éculé (deux anciens amants jouent à “je t’aime, moi non plus“) souligne donc, hélas, le renoncement du cinéaste. Cédric Kahn peine à donner de la substance cinématographique à son récit, ne se permet que de rares écarts formels laissant deviner en filigrane la puissance dont le film aurait pu se targuer. Il touche d’une certaine façon au but, en suscitant une frustration faisant écho au marasme affectif des personnages principaux, mais ce petit plus théorique ne relève en rien l’intérêt restreint d’une œuvre lorgnant plus du côté du téléfilm que de ses références revendiquées (Truffaut en tête). François Cau

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Je l’aimais

ECRANS | De Zabou Breitman (Fr, 1h52) avec Daniel Auteuil, Marie-Josée Croze…

Christophe Chabert | Jeudi 30 avril 2009

Je l’aimais

Qui l’eût cru ? Cette nouvelle adaptation d’Anna Gavalda fait passer la précédente (Ensemble c’est tout) pour un bon film… Ici, on sonde les abîmes, malgré les jolies volutes de la mise en scène qui ne distraient pas de l’insignifiance du propos. Il faut dire que Zabou Breitman aimerait transformer ce roman de gare (un homme entretient une longue liaison adultère sans jamais oser aller au bout de cet amour qui détruirait le confort de sa vie bourgeoise) en In the mood for love français. L’action se transporte d’ailleurs régulièrement à Hong-Kong, mais les dialogues lourdauds importés du bouquin font regretter les silences antonioniens de Wong Kar-Wai. En cours de route, on fantasme que tout ce petit monde soit anéanti par un serial killer en goguette, mais non : on couche ensemble, on se dit je t’aime, on se quitte, on se retrouve… Comme disait l’espion américain à OSS 117 : «You are so french !» Christophe Chabert

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La Personne aux deux personnes

ECRANS | De Nicolas et Bruno (Fr, 1h30) avec Daniel Auteuil, Alain Chabat, Marina Foïs…

Christophe Chabert | Mercredi 11 juin 2008

La Personne aux deux personnes

On gardait un chien de sa chienne envers Nicolas et Bruno pour avoir réussi l’exploit de foirer l’adaptation française plan par plan de The Office sur Canal +. Leur premier long-métrage entame un début de réconciliation ; pas que le film soit génial, loin de là, mais il démontre un (double) regard singulier dans le paysage français. Le pitch intrigant (une gloire has been de la variétoche 80’s se retrouve dans le corps d’un employé de bureau sans qualité) conduit à une œuvre elle-même schizo. Il y a la comédie, qui ne sait trop où elle va (voir le dernier tiers, du grand n’importe quoi scénaristique) ni quel ton adopter (mélancolique ? Grinçant ? Scato ? Complice ?). Et il y a le sous-texte, passionnant. La Personne aux deux personnes peut se voir comme une pertinente réflexion sur la persistance et le retour des années 80. Car entre le mauvais goût de la variété karaoké et la grisaille normative du monde de l’entreprise, Nicolas et Bruno pointent une correspondance troublante, une même négation du temps qui passe, un même jeu de codes factices et inhumains. Voir Auteuil, bourré après une bringue bling bling, soliloquer dans la rue en vomissant dans les p

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15 ans et demi

ECRANS | de François Desagnat et Thomas Sorriaux (Fr, 1h37) avec Daniel Auteuil, Juliette Lamboley…

Dorotée Aznar | Mardi 29 avril 2008

15 ans et demi

Un scientifique génial (Daniel Auteuil, complètement perdu), dont l’ami imaginaire n’est autre qu’Albert Einstein (François Berléand en mode “service minimum“), revient quelques mois en France histoire de mieux connaître sa fille. D’où gags, quiproquos, et autres décalages générationnels lourdingues à en pleurer, typiques de cet atroce sous-genre cinématographique français contemporain qu’on pourrait désigner sous le terme de “parentsploitation“. Soit des films ringards, produits n’importe comment pour racoler le plus grand nombre, où les ados sont regardés comme des bêtes curieuses avec une condescendance narquoise. Ils écrivent des textos dans un drôle de langage, sont parfois malpolis, ont les hormones qui les titillent, gloussent quand leurs parents essaient de conjuguer le verbe “kiffer“. Le public cible s’amusera cinq minutes d’y voir des candidats de télé crochets télévisuels dans des seconds rôles, puis retournera voir la série Skins. Grand bien lui en prendra. FC

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