Livre-échange

Givebox | Les boîtes à lire se multiplient. Le principe est simple : on y prend ce qui nous intéresse et on y dépose ce dont on ne se sert plus. Sans contrepartie. Solidaire, altruiste, génial.

Julie Hainaut | Mardi 10 mai 2016

Photo : La boîte à lire de la place Guichard © Supernova


« Deux semaines que je suis enfermé. Que personne ne m'a regardé, touché, senti. Il arrive qu'on me tâte, qu'on me retourne, mais souvent, on me laisse de côté. Deux semaines que je vois ces multiples mains attraper mes copains de voyage. Machiavel a déjà découché quatre fois alors qu'il n'est là que depuis une semaine. Il est toujours intact, pas écorné, pas abîmé. Son Prince séduit, apparemment. Pareil pour Kundera et son Insoutenable légèreté de l'être, pas une once de tâche de café malgré ses allers-retours. Les miennes, je ne les compte plus. En page 16, quand Vladimir explique à Estragon qu'ils doivent attendre devant l'arbre, ou en page 25 quand ils sucent une carotte un peu sucrée. J'ai eu mon heure de gloire. Mais aujourd'hui, je suis comme Vladimir et Estragon : j'attends Godot. J'attends un lecteur. »
(Samuel Beckett)

Démocratiser la lecture

Créé en 2011, le Fonds Decitre propose l'installation de boîtes à lire dans les quartiers les plus défavorisés. « Nous les implantons en priorité dans les villes dépourvues de librairie et/ou dans les cités où vivent des gens en précarité. Nous n'en placerons jamais dans le second arrondissement de Lyon, par exemple » explique Agathe Gros, chef de projet. En métal avec une vitre en plexiglas coulissante et résistantes aux intempéries, ces boîtes contribuent à (re)donner l'envie de lire.

Il en existe neuf en Rhône-Alpes dont trois à Vénissieux (Place de la Paix, Centre social Moulin à vent, Maison de quartier Darnaise), une à Saint-Fons (Square Matringe), trois à Tassin (place Hyppolyte Péragut, parc de l'Etoile, gare d'Ecully), une à Brignais (gare) et une à Lyon (100, route de Vienne). D'ici l'été, une dixième sera inaugurée à Saint-Priest. Chaque boîte a son « veilleur », généralement un habitant du quartier, qui s'attache à vérifier qu'elle ne soit pas vandalisée et que le contenu n'incite pas à la haine. Fédérateur — il n'est pas rare de voir les riverains discuter autour de la boîte —, ce nouveau mobilier urbain redonne « un nouvel élan à la culture et permet de retisser le lien social » note Agathe Gros. Et de sortir d'une logique marchande.

Dans les quartiers plus privilégiés, il en existe pour l'instant une seule dessinée par l'Atelier Supernova et fabriquée par l'association Cobois. Cette boîte à lire en bois ultra-design trône depuis le 2 décembre dernier sur la place Guichard : les participants de Nuit Debout l'ont apprivoisé.

https://fonds.decitre.org

Les boîtes à dons

Ces boîtes d'échanges (également appelées Givebox et boîtes à partage) contiennent des tas d'objets (déco, vêtements…) et sont distillées dans toute la ville : place Jules Guesde (la première, fondée en 2014 par Lisa Lejeune et Magali Seghetto), au sein de la Maison des Associations, place de Trion, rue des Macchabées, Jardin Jean Choux, rue Pauline-Marie Jaricot, place Bénédicte Tessier, Saint-Irénée, Maison pour tous, campus de Sciences-po, MJC de Monplaisir et Saint-Rambert. D'autres projets devraient voir prochainement le jour : deux box dans le 8ème arrondissement, une en forme de frigo square Roquette, une place Saint-Louis, une nichée au sein de la Taverne Gutenberg et un nouveau site Internet (d'ici cet été) permettant de les géolocaliser. Si l'envie vous prend d'en créer une dans votre quartier, n'hésitez pas à solliciter les conseils avisés de Stéphanie Genelot qui vient de monter une association dédiée aux « boîtes d'échange entre voisins. »

www.facebook.com/boitesdechangeentrevoisinslyon/

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Nuits de la Lecture : une battle BD, en ligne et en live

Bande Dessinée | La cinquième édition des Nuits de la Lecture, coordonnées par le Ministère de la Culture, se déroule malgré tout jusqu'au 24 janvier. Zoom à Lyon sur le riche volet bande dessinée...

Vincent Raymond | Vendredi 22 janvier 2021

Nuits de la Lecture : une battle BD, en ligne et en live

« Relire le monde »… Tel est le thème de la 5e édition des Nuits de la Lecture. Un œil distrait et rapide pourrait déchiffrer « relier le monde » sans pour autant se fourvoyer, puisque cette manifestation culturelle nationale se trouve relayée par les médiathèques de la Métropole de Lyon dans leurs murs d’une part, via leurs réseaux numériques de l’autre. L’année 2020-2021 étant de surcroît dévolue à la bande dessinée, celle-ci bénéficie d’une légitime exposition à travers notamment une découverte de l’œuvre de Nicolas Wild à la MLIS de Villeurbanne où il réalisera une fresque ce samedi 23 à 14h, tandis qu’à Meyzieu Benjamin Reiss effectuera le même jour à 10h30 une performance dessinée sur les vitres de la bibliothèque ; Théo Grosjean

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Cheyne, 40 années exposées à la Bibliothèque de la Part-Dieu

Exposition | Une exposition à la bibliothèque de la Part-Dieu se penche sur l'éditeur de poésie Cheyne.

Nadja Pobel | Mercredi 14 octobre 2020

Cheyne, 40 années exposées à la Bibliothèque de la Part-Dieu

De l’espace : la bibliothèque de la Part-Dieu en accorde à Cheyne, la maison d’édition installée au grand air (voir ci-dessus) en développant son exposition anniversaire. Il n’est pas question que d’un catalogue, mais avant tout d’un métier complet que Martine Mellinette et Jean-François Manier ont embrassé en 1978 quand ils créent les éditions dont les trois premiers ouvrages sortent en 1980. « À cette époque, rappelle le co-fondateur dans une vidéo, de petites maisons d'éditions se lançaient hors de Paris : Actes Sud, Verdier… » avec chacune un credo. Pour Cheyne, ce sera la poésie – la Ville de Lyon, en créant son Prix Kowalski en 1984, lui confiera l’édition annuelle du lauréat jusqu’en 2001. Tout cela est rappelé au fil d’une chronologie, de textes inscrits sur des planches en bois. La part belle est faite aux auteurs (Mariette Navarro, Franck Pavloff...) mais aussi à la matière du papier, aux lettres typographiques, au façonnage et à la diffusion. Se tisse-là un « éloge de la lenteur », à mille lieues de « la littérature fast food » et « des pouvoirs grandissants des gestio

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L'ARALL passe en revue

CONNAITRE | Voilà plusieurs années que la lettre d'Auvergne-Rhône-Alpes Livres et Lecture (à l'époque ARALD) avait disparu. La voici de retour sous une forme nouvelle, celle (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 1 octobre 2019

L'ARALL passe en revue

Voilà plusieurs années que la lettre d'Auvergne-Rhône-Alpes Livres et Lecture (à l'époque ARALD) avait disparu. La voici de retour sous une forme nouvelle, celle d'une revue graphiquement très élégante. Nantie d'une thématique (Sauvage pour ce numéro de septembre), la publication balaie les productions des différents auteurs et maisons d'édition de la (grande) région, sous la forme de nombreuses critiques (douze pages de nouveautés), d'entretiens (ici, Laurence Loutre-Barbier de Fage Éditions pour une collection sur le... funéraire) et de focus (ce mois-ci sur l'immense auteur américain Gilbert Sorrentino dont le précieux éditeur grenoblois Cent pages détient une partie des traductions françaises (son chef d'œuvre méta-fictionnel Salmigondis, Red le Démon, Steelwork). Disponible en version papier à l'adresse contact@auvergnerhonealpes-livre-lecture.org ou

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Emmanuelle Pireyre : « fière d'être la première présidente inclusive »

Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture | Première autrice et première femme à présider Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture (ex-Arald), Emmanuelle Pireyre, élue en mai, vit sa première rentrée sur fond de fusion Auvergne-Rhône-Alpes et de convention nouvellement signée avec la Région et la Drac. Elle nous détaille son action.

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2018

Emmanuelle Pireyre : « fière d'être la première présidente inclusive »

Vous êtes à la fois la première autrice et la première femme à présider Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture. C'est un signal fort... Emmanuelle Pireyre : Je suis fière d'être la première présidente inclusive de l'agence (rires). Après, il n'y a pas eu tant de présidents que cela mais le fait que ce soit une autrice, c'est important. Les auteurs sont la matière première de la chaîne du livre. Dans un moment où je me pose pas mal la question de la littérature, du livre, il y a tout un tas de choses qui m'interrogent et qui font aussi que je vais commencer une thèse de réflexion sur la littérature. Je trouvais intéressant d'y réfléchir dans le concret. En quoi consiste ce rôle de présidente ? À être en relation avec les institutions, les partenaires financiers, la Drac et la Région, participer à toutes les réflexions sur le livre en région et de manière générale ; ce que va devenir la littérature, le lien avec le numérique, etc. Il s'agit de réfléchir, d'orienter, on est une grosse

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Brigitte Giraud à la Nuit de la lecture

CONNAITRE | C'est dans le cadre de cette très belle initiative nationale qu'est la Nuit de la Lecture proposant toute une série de rencontres dans les bibliothèques, (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 17 janvier 2018

Brigitte Giraud à la Nuit de la lecture

C'est dans le cadre de cette très belle initiative nationale qu'est la Nuit de la Lecture proposant toute une série de rencontres dans les bibliothèques, sise entre le 19 et le 20 janvier, que la BU de Lyon 2 a invité Brigitte Giraud, pour une lecture musicale de son dernier roman, Un loup pour l'homme, le 19 janvier à 19h30, au 10 rue Chevreul, en marge de rencontres avec les étudiants. L'autrice lyonnaise y sera accompagnée aux claviers par le compositeur Sébastien Souchois, auteur de la musique du film adaptée d'un autre de ses romans, Pas d'inquiétude.

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Au TNG, une Belle Saison de découvertes

SCENES | Du 8 au 10 avril dernier, se tenait au TNG une des manifestations de l’initiative nationale La Belle Saison. Retour sur ces journées de découverte.

Nadja Pobel | Jeudi 23 avril 2015

Au TNG, une Belle Saison de découvertes

Il y a eu des débats, des tables rondes et surtout des lectures : onze mises en voix guidées par autant de metteurs en scène parmi lesquels de directeurs ou anciens directeurs de salles tels Anne Courel (ex-Théâtre Théo Argence), Marc Lesage (Les Célestins), Arnaud Meunier (Comédie de Saint-Etienne), Nino D’Introna (ex-TNG), Richard Brunel (Comédie de Valence) ou encore Jean-Pierre Jourdain (TNP). Car au cœur du théâtre, fut-il de plus en plus axé sur les arts numériques comme le sera à l’avenir ledit TNG avec Joris Mathieu, reste le texte, seul capable de faire parvenir les maux du monde aux oreilles des jeunes auditeurs (900 élèves ont fréquenté ces 3 jours en plus des 2000 spectateurs). La violence (La Bande de Xavier Carrar), la solitude (Du temps que les arbres parlaient de Yves Lebeau) ou la différence et la question du genre (Pierre est un panda de Christophe Pellet) ont ainsi été dites avec tact et talent, au point que les écoliers n’ont pas manqué d’assaillir les artistes de questions au terme des représentations : pour connaitre leurs secrets d’écritures, les techniques du plateau ou mieux cerner la complexité du propos.

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Le TNG fait place au texte

CONNAITRE | Le théâtre, ce n’est pas qu’une représentation. Du mercredi 8 au vendredi 10 avril, le Théâtre Nouvelle Génération se propose ainsi d'en remonter le (...)

Nadja Pobel | Mardi 7 avril 2015

Le TNG fait place au texte

Le théâtre, ce n’est pas qu’une représentation. Du mercredi 8 au vendredi 10 avril, le Théâtre Nouvelle Génération se propose ainsi d'en remonter le fil jusqu’à l’écriture avec l’opération "Lectures sur un plateau". Comme il se doit en ce lieu, c’est l’enfance et la jeunesse qui sont au cœur de cette manifestation où onze écrivains verront leurs pièces mises en voix. La Petite fille dans le noir de la précieuse et incisive Québécoise Suzanne Lebeau sera par exemple porté par Corinne Méric, comédienne souvent vue dans les pièces de Nino d’Introna. L’ancien directeur lira pour sa part La Foule elle rit de Jean-Pierre Cannet, jadis primé par le comité de lecture du TNG, tandis son successeur Joris Mathieu s’emparera d’un texte pour adolescents, Quartier 3 destruction totale de Jennifer Haley. Chacune de ces rencontres sera prolongée par une discussion avec des éditeurs, des traducteurs... Par ailleurs, des tables rondes en fin de matinée et des débats à l’audacieux créneau de 21h30 tenteront d'éclairer les enjeux de ces écrits, en traitant notamment de la question de la transposition de la violence ou encore du gen

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Gloria in Carlos

MUSIQUES | L’Ensemble Relecture et Création et son chef Carlos Molina n’ont qu’une obsession : faire sonner des œuvres anciennes, baroques ou classiques comme si (...)

Pascale Clavel | Vendredi 16 novembre 2012

Gloria in Carlos

L’Ensemble Relecture et Création et son chef Carlos Molina n’ont qu’une obsession : faire sonner des œuvres anciennes, baroques ou classiques comme si elles avaient été écrites hier matin. Il ne s’agit pas là d’une de ces transpositions insipides et mièvres qui n’apportent rien à l’œuvre originale. Il est question d’un travail de dépoussiérage, de réappropriation, de mise en lumière, de mise à l’écoute qui révèlent l’œuvre initiale comme si elle nous était contemporaine. L’instrumentarium choisi étonne au début, déconcerte parce que la pâte sonore a l’air de sortir de nulle part : l'accordéon mêlé au vibraphone donne des accents très contemporains tandis que le dialogue du quatuor à cordes et du clavecin fait un clin d’œil appuyé à l’époque baroque, les cuivres et les bois surprennent à leur tour par une écriture rythmique que seul Carlos Molina est capable d’imaginer... Tout ce petit monde en marche pour faire redécouvrir des œuvres puissamment inscrites dans l’inconscient collectif, comme ici, rien moins que le très célèbre Gloria de Vivaldi. Une œuvre brillante, r

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Une autre idée de la musique

MUSIQUES | L’Ensemble Relecture et Création, imaginé et dirigé par Carlos Molina, se dévoile de saison en saison, avec l’appréhension de ceux qui savent innover sans (...)

Pascale Clavel | Jeudi 24 novembre 2011

Une autre idée de la musique

L’Ensemble Relecture et Création, imaginé et dirigé par Carlos Molina, se dévoile de saison en saison, avec l’appréhension de ceux qui savent innover sans choquer. Depuis l’origine, Carlos Molina a une obsession : prendre à bras le corps des œuvres du répertoire et leur donner une vie nouvelle. Pour cela, il réorchestre, harmonise et extirpe de son obsession des œuvres tout à la fois anciennes et nouvelles. Les mondes se croisent, le résultat est réjouissant, le public de plus en plus fidèle. Pour sa 7e saison, l’ERC propose un premier concert régalant. La Misa Criolla (les 3 ert 4 décembre à l'Abbaye d'Ainay), œuvre religieuse populaire, va sonner tout particulièrement. Cette messe écrite par le compositeur argentin Ariel Ramirez a fait un pur tabac dans les années 1960. L’église avait accepté – Vatican 2 oblige – que les messes soient chantées en langues vernaculaires. Ramirez écrit donc en espagnol et compose une musique colorée, tendre, où l’être humain se trouve au cœur du sujet. L’utilisation de rythmes, de formes musicales et d’instruments de tradition argentine en ont fait une œuvre pour le peuple. Carlos Molina recrée La Misa Criolla (accordéon chromat

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