Bravo l'À Vaulx

MUSIQUES | C'est avec un programme de choix qu'À Vaulx Jazz fête un quart de siècle d'activité. Plus que le jazz d'ailleurs, c'est un art consommé du métissage et de l'ouverture musicale que le festival vaudois peut se targuer d'avoir célébré depuis 25 ans en un lieu particulièrement symbolique de notre territoire. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 8 mars 2012

Il y a 25 ans, Vaulx-en-Velin était encore surtout connu pour avoir été le théâtre des premières émeutes urbaines en France. Une image qui lui a longtemps collé à la peau, si bien qu'encore aujourd'hui, le nom de cette commune résonne bizarrement et injustement dans l'inconscient collectif.

Et puis il y a eu À Vaulx Jazz, et c'est le jazz qui s'est mis à résonner depuis Vaulx-en-Velin, jusqu'à faire du festival, non seulement l'un des plus reconnus de l'Hexagone mais aussi un véritable outil de maillage social du territoire et de ses habitants, tout entier impliqués dans un événement qui dépasse le simple cadre de la musique.

Quand les télévisions américaines, qui aiment tant jouer la «Géo pour les nuls» en cas d'échauffourées banlieusards français (remember 2005), placeraient probablement Vaulx-en-Velin sur une carte entre Cannes (Côtes-d'Armor) et Monaco (Loir-et-Cher), les passionnés d'À Vaulx-Jazz ont toujours su, eux, localiser les yeux fermés les racines de cette musique qui les anime. Et par là, toutes les musiques d'Amérique et même du monde entier. Car au fil des années, si le jazz reste le ciment et l'identité de ce festival qui fête son quart de siècle, il y a longtemps que les frontières en ont été dynamitées à coups d'embardées passionnantes et d'empiétements assumés.


Really The Blues

On ne s'étonnera guère, cette année, d'une programmation anniversaire particulièrement riche et à l'avenant de cette idée tenace d'ouverture. S'il était un artiste censé l'incarner, on choisirait en toute subjectivité Marc Ribot. Ce fameux guitariste new-yorkais a ainsi, à travers sa guitare, tâté de tous les genres, se taillant une réputation de caméléon et de virtuose au sein de toutes les chapelles musicales (musique expérimentale, blues, rock, jazz, punk). Au point que tous les musiciens avec lesquels il a joué (John Lurie, Chuck Berry, Bashung, Tricky, Norah Jones, Murat, pour donner une idée de l'étendue de sa palette et de ses contempteurs) ne rentreraient pas dans une cathédrale. Pas plus d'ailleurs que sa discographie personnelle, moins connue. Ici, il officiera aux commandes d'un magnifique hommage à Milton Mezz Mezzrow et à son antique livre Really The Bluesl'histoire de la découverte de la musique afro-américaine par un jeune blanc d'origine juivedevenue œuvre archéologique d'un genre dont Ribot explorera les entrailles profondes.


Klezmer-funk-hip-hop

On pourrait sans problème également citer Abraham Inc. Derrière ce nom de multinationale de l'Ancien Testament se cache un très improbable trio musical constitué autour David Krakauer, pilier du célèbre Kronos Quartet, qui s'attache depuis belle lurette à faire revivre la musique klezmer, ce trésor musical hérité des juifs d'Europe Centrale, aux croisements d'autres genres musicaux. Ce qui est le projet justement d'Abraham Inc. En font partie également le rappeur canadien SoCalled, dépositaire du concept de klezmer hip-hop et... Fred Wesley ancien tromboniste de James Brown et ex-membre de Parliament et Funkadelic. Entre expérimentations à six mains et swing irrésistible – et comme une résonnance involontaire avec Mezzrow et ses origines – il s'agit ici de montrer quelle incroyable forme de vie naît du mélange klezmer-funk-hip-hop.


Grnd Zero et piano à pouces

Parmi les figures incontournables du jazz français, on citera en priorité le Lyonnais Louis Sclavis (et son trio Atlas) qui a le bon goût de réserver ses apparitions locales à À Vaulx-Jazz. Ou une autre revenante la contre-bassiste Joëlle Léandre que l'on ne fera pas l'affront de présenter aux spécialistes de la musique contemporaine (pour les autres, direction Vaulx). Enfin, on ne peut guère évoquer À
Vaulx Jazz et ses élans philantropiques en laissant de côté la carte blanche «musiques actuelles» offerte à l'association Grnd Zero – manière de manifester un soutien sans faille à ce collectif en panne de solution d'hébergement depuis la menace d'expulsion qui pend au-dessus de sa tête. Reconnaissant, Grnd Zero a tapé dans l'émergent, le militant et l'éclectique avec les Lyonnais de Direction Survet, l'inquiétante étrangeté du guitariste japonais Keiji Haino et surtout les Congolais de Konono N°1 (ex-Orchestre Folklorique Tout Puissant Konono N°1). Incroyable orchestre de musique traditionnelle (enrôlé par Björk sur l'album Volta), Konono et son leader septuagénaire s'inspirent de la musique rituelle zombo et de la pratique du piano à pouce (le likembé) pour mieux la muer en une transe électrifiée à la va-comme-je-te-pousse avec du matériel de récupération. C'est dire si en 25 ans, À Vaulx Jazz a fait du chemin et n'a pas fini d'en parcourir.


 

À Vaulx Jazz
Du jeudi 15 au samedi 24 mars

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En formule trio

Jazz | Ce n'est pas si courant dans nos contrées : trois pointures du jazz se succèdent en quelques jours dans les salles lyonnaises, avec Ibrahim Maalouf, Louis Sclavis et Herbie Hancock.

Sébastien Broquet | Mardi 15 octobre 2019

En formule trio

Ibrahim Maalouf Du jazz à la Halle Tony Garnier ? Rare sensation, mais il faut bien avouer que le parcours d'Ibrahim Maalouf est peu commun. Le trompettiste depuis longtemps ferraille dans les chemins de traverse, puisant dans les musiques latines et la pop mainstream d'autres pistes pour nourrir ses inspirations, pour aller plus loin que la figure déjà respectée qu'il aurait pu incarner, celle d'un descendant de Miles, de Jon Hassell et d'Erik Truffaz. Le Libanais, modèle d'ouverture et de subtilité, que l'on a pu voir au petit matin dans un studio de télévision après onze heures d'avion improviser avec Sami Pageaux-Waro une mélopée tirant des larmes à la maquilleuse en plateau, est capable d'initier des moments d'émotion intenses dans quasi toutes les configurations, et l'on ne doute pas que le gigantisme de cette salle ne soit même pas un obstacle pour celui qui fût récompensé en 2017 d'un César pour sa musique du film Dans les forêts de Sibérie. Depuis son premier album en 2007, le neveu d'

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Archie Shepp, Louis Sclavis : libres !

Jazz | Double shot de pointures jazz cette semaine : Archie Shepp pose son saxo à l'Auditorium, Louis Sclavis squatte l'Opéra Underground. Enfin le réveil de la note bleue à Lyon ?

Sébastien Broquet | Lundi 8 octobre 2018

Archie Shepp, Louis Sclavis : libres !

Ce n'est pas toutes les semaines que les aficionados de jazz se régalent ainsi de deux concerts concomitants conviant une paire de figures cultes. Du côté de l'Opéra revisité underground, le bienvenu régional de l'étape qu'est Louis Sclavis ouvre les festivités. Le clarinettiste phare de la scène européenne s'avance en formule quartet (Benjamin Moussay au piano, Sarah Murcia à la contrebasse et Christophe Lavergne à la batterie), avec sous le bras un nouvel opus enregistré lui en compagnie d'un autre allumé notoire, Bernard Lubat, merveille de tandem explorant en finesse l'improvisation, telle qu'énoncée par une certaine scène free française qui a su s'émanciper des canons étasuniens pour créer un idiome underground qui lui est propre (relire à ce sujet l'excellent ouvrage de Serge Loupien, La France Underground). Pour ce concert, Sclavis explorera sa création Characters on a Wall, où huit pièces sont mises en perspective d'œuvres picturales l'entraînant par exemple sur les pas de Darwich à Ramallah. Things have got t

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Trente glorieuses pour À Vaulx Jazz

Jazz | Avant de probablement passer en biennale, l'incontournable festival À Vaulx Jazz fête ses 30 ans. Et si le programme comme sa durée sont resserrés, l'amateur de jazz et les fidèles auront de quoi retrouver ce qui fait son sel.

Stéphane Duchêne | Mardi 28 février 2017

Trente glorieuses pour À Vaulx Jazz

À Vaulx Jazz, 30e. Les mauvaises langues argueront que pour entrer dans sa quatrième décennie, le festival vaudais aurait pu frapper plus fort. D'autres se demanderont où sont passées les compositions artisanales en forme de masques tribaux ou de totems surréalistes de Bruno Théry, marque visuelle depuis des lustres, remplacées par le travail de jeunes graphistes lyonnais. En retournant la lorgnette on peut aussi, tout en saluant l'initiative de rendre les choses plus lisibles en recalant son hors-les-murs au mois de mars, voir là la volonté d'un festival qui a envie de se donner un coup de jeune, un coup de frais, histoire de ne pas basculer dans la routine. Bref d'aborder ses 30 ans du bon pied. Et de fêter ça dignement, quand on annonce que le festival pourrait passer en biennale (et donc fêterait ses 31 ans dans deux ans). Car il y aura quand même du grand nom jazz à se mettre sous l'esgourde. Le plus fidèle d'entre eux (qui fit ses débuts français en ce même festival il y a tout juste dix ans) étant

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Direction O.S.L.Ø. pour le label Ouch! Records

Saint Fons Jazz | Ouch! Records, c'est un label, axé vinyles et dépourvu d'œillères, œuvrant sur les crêtes du jazz, là où le punk s'effiloche. Mené par le saxophoniste très stoogien Lionel Martin, rééditant des raretés de Louis Sclavis ou de Ukandanz (qui vient de s'arrêter), mettant en lumière l'illustre Louis Moreau Gottschalk, Ouch! s'offre un concert spécial sous patronyme O.S.L.Ø., réunissant pour le Saint-Fons Jazz la crème des musiciens du label, dont Louis Sclavis. Conversation.

Sébastien Broquet | Mardi 24 janvier 2017

Direction O.S.L.Ø. pour le label Ouch! Records

Lionel Martin : Je le trouvais trop long, le premier Ukandanz, en CD. Tu décroches. Trop d'intensité ! En vinyle, Yetchalal, tu l'as sur quatre faces, tu respires, tu retournes, et c'est reparti. Tu arrives à la fin, tu as le temps d'avoir encore faim. C'est aussi le sens du vinyle : la contrainte de temps. Expliquons : Ouch! Records, c'est donc un label, dédié au vinyle principalement, pour des éditions limitées à 500 exemplaires. Lionel Martin : L'histoire commence vraiment avec Ukandanz. Ce premier album méritait d'être remis en lumière, d'être découpé différemment. C'est mon préféré ! J'ai décidé de monter un label pour le ressortir, sous forme d'un bel objet, un peu de collection. Qui dit collection, dit jouer sur la rareté. Je suis collectionneur de vinyles, aussi : j'ai passé pas mal de samedis matin à me lever de bonne heure pour aller faire les brocantes. Je ne le fais plus depuis quatre ans, trop de monde, trop de professionnels : c'est stressant. Et les prix ont explosé. Ce qui me désespère, surtout quand des gens font de la spéculation sur des di

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Yom, countries for the Old Man

MUSIQUES | La terre étant ronde, du moins aux dernières nouvelles, plus l'on se dirige vers l'Ouest plus on a de chances d'arriver à l'Est. En définitive, du Far West au (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 8 mars 2016

Yom, countries for the Old Man

La terre étant ronde, du moins aux dernières nouvelles, plus l'on se dirige vers l'Ouest plus on a de chances d'arriver à l'Est. En définitive, du Far West au Far East, il n'y a pas loin. Bien entendu cela vaut pour la musique, cette grande voyageuse. Les Américains le savent plus que d'autres, eux qui ont importé de l'Est (Afrique pour le blues, Allemagne pour le bluegrass) la musique de l'Ouest. Yom va plus loin. Yom est un cowboy, un cowboy français et clarinettiste, un cowboy d'origine yiddish dont le père a grandi en Amérique. Ça vous imprègne un homme, surtout s'il est comme lui porté sur les expérimentations, les boutures musicales autant que le déterrage de racines. Avec ses Yiddish Cowboys et Songs for the Old Man, du côté d'À Vaulx Jazz le 9 mars, Yom fait le lien entre cette musique de la peine née en Europe de l'Est et sa cousine de déracinement, la country. Donnant l'impression que le Danube a creusé le Grand Canyon et que les Appalaches sont filles des Carpates. Surtout, la terre étant ronde, la mélancolie est à la fois départ, destination et chemin. SD

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Colin Stetson, jazzman éléphantesque

MUSIQUES | Les barrissements de ses saxophones XXL se font entendre sur quelques grands disques de rock de ces dernières années. Mais Colin Stetson est aussi un immense performer et musicien solo dont le son inimitable et tellurique abat les frontières entre pop, classicisme et avant-garde.

Stéphane Duchêne | Mardi 8 mars 2016

Colin Stetson, jazzman éléphantesque

Question à mille euros : l'homme en a deux, l'éléphant trois, la femme quatre, l'éléphante cinq, de quoi s'agit-il ? Tic tac, tic tac... Huuuuun. Il s'agit des trompes. Colin Stetson, lui, se situe quelque part entre l'homme et l'éléphant puisqu'il n'est pas rare qu'il possède trois trompes (le lecteur ayant envisagé l'amorce d'une pensée salace est prié de quitter cet article et de ne pas jeter son Petit Bulletin sur la voie publique). Car Colin Stetson joue de ce genre de saxophone basse ou baryton (et même de la clarinette, toujours basse) dont le son n'est pas sans évoquer le barrissement. Un instrument ardu à maîtriser (son poids, le souffle qu'il nécessite) et passablement ingrat (outre qu'il déchausse les dents, il vous relègue toujours à l'arrière-plan). Chemins Ceux à qui ce nom est familier l'ont sûrement vu associé aux travaux de la branchitude new-yorkaise (David Byrne, TV on the Radio, LCD Soundsystem, Yeasayer) ou de la nouvelle vague rock canadienne (Arcade Fire, Feist, Timber Timbre). Éléphant slalomant dans le magasin de porcelaine de la musique mondiale sans rien casser d'autre que la baraque, capable d'accompagner le dé

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À Vaulx Jazz comme des images

ECRANS | Chaque édition d’À Vaulx Jazz donne l’occasion de rappeler combien fécondes peuvent être les noces entre ce genre musical et le cinéma, combien intacte demeure leur complicité.

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

À Vaulx Jazz comme des images

L’un et l’autre nés à la fin du XIXe siècle, ces deux vecteurs d’expression populaire ont prospéré en marge dans les rues ou les foires, avant de se tailler leur place parmi les disciplines artistiques considérées comme ”nobles“. On en arrive même à un formidable paradoxe aujourd’hui, où tout film pourvu d’une bande originale jazzy se trouve d’emblée doté d’une aura de raffinement vintage, voire d’un brevet d’intellectualisme woodyallenien ! Parfaites girouettes, les mentalités ont une stabilité comparable aux gouvernements de la IVe République… Quatuor de choc Justement, parmi les quatre films retenus dans la programmation de cette année figure un classique de cette époque : Rendez-vous de juillet (1949). Signé par Jacques Becker, le Howard Hawks français, ce film aspire l’air ambiant autant qu’il s’en inspire — en particulier celui des caveaux jazz ayant fleuri après la Libération à Paris. Révélant les comédiens Maurice Ronet et Nicole Courcel, il a aussi le flair de capter les notes du jeune Claude Luter et de ses “Lorientais”. Revendiquant en musique des goûts éclectiques (« de Duke Ellington

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Un Festival Berlioz impérial

MUSIQUES | Pas facile d’imaginer été après été un festival dédié à un même compositeur sans risquer de tourner en rond. Le Festival Berlioz réussit pourtant à surprendre avec un (...)

Philippe Yves | Mercredi 24 juin 2015

Un Festival Berlioz impérial

Pas facile d’imaginer été après été un festival dédié à un même compositeur sans risquer de tourner en rond. Le Festival Berlioz réussit pourtant à surprendre avec un programme à l’inspiration chaque fois renouvelée, grâce à une maline approche thématique. Sans oublier les tubes berlioziens tels la Symphonie fantastique, le festival nous emmène cette année sur la route Napoléon (qui relie les Alpes et la Côte d’Azur), en Corse et sous la figure impériale de… Napoléon. Bonaparte est au centre des choix musicaux des invités, dont le chef Daniel Kawka avec trois évocations napoléoniennes (Schönberg, Castérède, Honegger), ainsi que d’une création mêlant les polyphonies corses d’A Filetta et un orchestre signée Bruno Coulais. Et comme on ne saurait fêter Berlioz sans ses œuvres XXL pour masses orchestrales et chorales, le festival investira le Théâtre antique de Vienne pour une nuit autour du monumental Te Deum dirigé par François-Xavier Roth réunissant près de mille pros et amateurs. Une nuit symboliquement ouverte aux jeunes et clôturée par une relecture jazz avec Louis Sclavis,

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A Vaulx, du jazz à foison

MUSIQUES | Si cette édition d'Á Vaulx Jazz, qui va allègrement sur ses trente ans, se clôturera en apothéose supersonique avec un hommage appuyé à Sun Ra par Thomas (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mars 2015

A Vaulx, du jazz à foison

Si cette édition d'Á Vaulx Jazz, qui va allègrement sur ses trente ans, se clôturera en apothéose supersonique avec un hommage appuyé à Sun Ra par Thomas Pourquery puis le Sun Ra Arkestra, les festivités ne s'arrêteront pas là. Enfin si, mais du moins ne commenceront-elles pas là. Dans la même série d'hommages à des artistes ou à des albums mythiques, devenue un peu par hasard l'une des marques de fabrique du festival vaudais, l'un des moments forts de cette mouture 2015 sera Over The Hills, création de l'iMuzzic Grand(s) Ensemble revisitant l'invisitable, à savoir l'opéra-jazz de Carla Bley et Paul Haines (au livret) Escalator Over the Hill, monument musical du tournant 60-70. Stéphane Kerecki et son quartet s'attaqueront eux à la musique de la Nouvelle Vague – également représentée par la projection de ce film free qu'est Pierrot le Fou qui témoigne de l'empreinte cinématographique du festival. Pour le reste, la thématique déployée par Á Vaulx Jazz tourne autour des «soufflants, des voix et des cordes» – ce qui est toujours, il faut bien le dire, un peu le cas. Où l'on

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Au-dessous des volcans

MUSIQUES | Points culminants d'une édition d'A Vaulx Jazz centrée sur le piano et la voix, ce sont quatre volcans monumentaux de l'histoire musicale qui rendront A Vaulx Jazz visibles de très loin. Éruption imminente, dans un Centre Charlie Chaplin qui promet de bouillir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 18 mars 2014

Au-dessous des volcans

«Un volcan s’éteint, un être s’éveille» dit le célèbre adage publicitaire. Il est pourtant des volcans qui ne s’éteignent jamais, ou plutôt continuent à faire jaillir boules de feu, laves et fumerolles bien longtemps après leur ultime éruption. C’est en tout cas ce que s’est dit cette année A Vaulx Jazz, au moment de s’atteler à une programmation qui, tout en faisant la part (très) belle aux pianistes (Craig Taborn, Robert Glasper, Sophia Domancich, Giovanni Mirabassi…) et aux voix (Sandra Nkaké, LaVelle et même Yasiin Bey/Mos Def !...) tout en continuant d’explorer des genres cousins ou non – folk, blues, funk, flamenco, électro – à coups de grands noms (Bill Frisell, Zombie Zombie, C. J. Chenier…) a décidé de se lancer dans la volcanologie musicale. Métaphoriquement s’entend. Encore que… Car les volcans en question sont bien entendu sonores – et d’ailleurs la plupart d’entre eux n’ont probablement jamais vu et encore moins bu une goutte de Volvic, de Quézac ou d'eau ferrugineuse de leur vie. Et ce sont à la fois leurs fantômes, leur souvenir et leurs ravages qu’on célébrera ici. Ils sont au nombre de quatre : Miles Davis, Nina Simone, Iggy Pop et John Zorn.

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Postmoderne jazz

MUSIQUES | Rock star du jazz, en rupture avec les codes maison, Brad Mehldau a su s'offrir une place au soleil avec comme atout majeur sa singularité, entre sensibilité exacerbée et goût affiché pour la postmodernité au détriment de tout classicisme. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 25 février 2014

Postmoderne jazz

On taquinerait probablement le cliché en affirmant que le pianiste tatoué à gueule de rock star Brad Mehldau est l'enfant terrible du jazz. Combien le jazz a-t-il d'ailleurs compté d'enfants terribles ? A peu près tous les plus grands de la discipline. Et pourtant on n'est pas loin de la vérité pour un musicien qui a toujours pris soin d'éviter les écueils de la geste jazz, ne prêtant serment d'allégeance que selon ses propres termes et contribuant à populariser le genre bien au-delà de son public habituel. C'est avec Art of the Trio – avec Larry Grenadier déjà, contrebassiste, de Joshua Redman, autre prodige, du saxophone cette fois, révélé dans les 90's – que Mehldau se paie une place de choix dans le périmètre jazz. Mais en bordure de ce périmètre. Car l'enfant d'Hartford, Connecticut, n'entend pas se départir de son naturel romantique et mélancolique, hérité d'une enfance douloureuse et d'une formation classique très portée sur Brahms. Dialectique En trio ou en solo, comme sur le très beau Largo

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Nueva York

MUSIQUES | Du Spanish Harlem Orchestra à Marc Ribot en passant par le cintré Kid Creole, ce sont trois facettes de la très vivace tradition latino de New-York qu'entendent nous faire découvrir les Nuits de Fourvière. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 7 juin 2013

Nueva York

Incarnation moderne linguistique et sociologique autant que culturelle de la Babel antique, New York aura été bien plus qu'une des capitales mondiales de la contre-culture, des beats, du folk, du punk, du free jazz, du hip hop et de nombreux courants underground. La Grosse Pomme est aussi le creuset d'un métissage culturel et artistique, hérité de ses différentes vagues d'immigrations, et notamment le berceau de la salsa, musique au croisement des rythmes traditionnels cubains (mambo, guaracha et surtout son montuno...) et porto-ricains (bomba, plena...), emportés dans leurs valises par des hispaniques installés dans Spanish Harlem, ancien quartier...italien d'East Harlem. Devenu un terme générique aux multiples variantes, la salsa est le symbole de la vivacité des musiques latino. Mais elle compte aussi, parmi la jeune génération de "nuyoricains", ces New-yorkais d'origine porto-ricaines, quelques gardiens de la tradition. C'est le cas, comme l'indique le titre de l'album Viva la Tradicion !, du Spanish Harlem Orchestra, né dans le "barrio" d'East Harlem – même si partir en quête de tradition séminale da

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La Renaissance se confirme

SCENES | Le théâtre oullinois attend avec impatience l’arrivée du métro B à sa porte. Ce sera chose faite le 11 décembre. En attendant, Roland Auzet, son directeur-artiste, a conçu sa deuxième saison avec de très nombreuses collaborations pour proposer pas moins de 42 spectacles ! Décryptage des mois à venir dans ce qui s’impose comme LE lieu consacré aux liens entre entre musique et théâtre dans la petite couronne lyonnaise. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 15 avril 2013

La Renaissance se confirme

Une fois n’est pas coutume, voici une saison théâtrale qui commence… en juin ! Le Théâtre de la Renaissance se délocalisera sur la colline de Fourvière pendant les Nuits avec FoRest de Jérôme Thomas, accompagné d’un impromptu le 10 juin entre ce circassien et Roland Auzet, son acolyte dans Deux hommes jonglaient dans leur tête, une pièce qui ne cesse de tourner depuis sa création en 2008. Pour parfaire ce dialogue entre le festival et le théâtre, l’ensemble autrichien de musique baroque Franui mettra en notes une des Vies minuscules de Pierre Michon, lue par le génial André Wilms. Partenaires particuliers Tout au long de la saison, le Théâtre de la Renaissance va donc s’associer à d’autres manifestations culturelles du territoire comme la Biennale d’Art contemporain, en accueillant une installation musicale de Michel Aubry sur le site du Bac à Traille. Le festival international de théâtre des Célestins, Sens interdits, fera lui halte pour la première fois à Oullins avec le retour du Chœur de femmes de 48 polonaises pour une trilogie les 26

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« Nous avons eu beaucoup de chance »

MUSIQUES | 32 ans après la séparation des Young Marble Giants, fragile pilier du post-punk britannique, leur chanteuse Alison Statton, revient sur le court destin d'un groupe qui ne voulait pas de la gloire, son succès, sa séparation et sa reformation surprise sur scène. Propos recueillis et traduits par Stéphane Duchêne.

Stéphane Duchêne | Mercredi 13 mars 2013

« Nous avons eu beaucoup de chance »

Comment les Young Marble Giants sont-ils nés ?Alison Statton : Au départ, nous avions un groupe de reprises avec Stuart (Moxham leader, auteur et compositeur du groupe, NDLR) et Phil (frère du premier, NDLR) dans lequel je faisais les choeurs avec une amie. Nous jouions dans des clubs et de pubs. Quand ce groupe s'est séparé, Stuart avait déjà en tête ce qui allait devenir les Young Marble Giants et nous l'avons suivi.Mais au départ Stuart ne voulait pas de vous comme chanteuse...C'est tout à fait vrai. Il écrivait les morceaux et voulait les chanter lui-même. Mais comme Phil (également petit ami d'Alison, NDLR) et moi avions déjà un agrément musical ensemble et que Stuart voulait son frère dans le groupe, il lui a dit « c'est nous deux ou rien ». Ce que j'ignorais complètement à l'époque, je ne l'ai appris que bien plus tard (rires).Vous êtes connus pour votre son : une basse ronde, des guitares étouffées et votre voix à l

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Colosses aux pieds d'argile

MUSIQUES | C'est l'histoire d'un groupe qui en réaction au tumulte "no future" pratiqua un post-punk tout en fragilité et minimalisme ; qui le temps d'un seul et unique album, Colossal "Youth", connut un succès météorique qu'il ne cherchait même pas, et engendra une nuée d'héritiers dépareillés. C'est l'histoire des Young Marble Giants, invités à A Vaulx Jazz, 32 ans après leur séparation, comme pour oblitérer cet éternel malentendu qui arborait tout à la fois le charme de l'évidence et celui de la surprise. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 7 mars 2013

Colosses aux pieds d'argile

À l'échelle de l'histoire de la musique, Young Marble Giants (1978-1981, un seul album, Colossal Youth) ne vécut que le temps d'un battement d'ailes de papillon, d'une palpitation cardiaque valant coup de foudre, d'une explosion nucléaire accidentelle. Mais comme c'est souvent le cas avec chacun de ces trois phénomènes, cet "instant" ne fut pas sans conséquences durables. Lorsqu'il se sépare en 1981, le trio formé par Stuart Moxham, son frère Phil et la chanteuse Alison Statton, est la formation la plus fascinante et singulière de l'ère post-punk. Sans doute parce que Stuart entend dès le départ proposer à sa manière une révolte contre le punk – et non une manière de le recycler comme ce fut le cas pour beaucoup de ses pairs. Pour autant, ladite révolte n'a rien d'une contre-révolution, le punk ayant déjà fait la sienne quand, lors du dernier concert des Sex Pistols à San Francisco en janvier 1978, un Johnny Rotten fulminant scelle le cercueil de ce fœtus hurlant à l'agon

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Oiseaux Jazz

MUSIQUES | Qui dit été dit festivals, qui dit festivals dit jazz, qui dit jazz dit Jazz à Vienne, point de rencontre annuel de la grande migration des jazzeux du monde entier. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 21 juin 2012

Oiseaux Jazz

Avec l'été et l'avènement des festivals, on assiste chaque année à une migration qui pourrait nous rappeler celle de certains volatiles sensibles au climat (oies, grues, etc...). Chaque été, à la même période, c'est la grande transhumance des jazzmen, irrésistiblement attirés par la qualité du climat français, et ici, rhonalpin, et la qualité de ses sites antico-historico-touristiques. Parmi ceux-ci, le théâtre antique de Vienne n'est pas le moins prisé. Or, la notoriété et le talent de ces drôles d'oiseaux aux cris étranges, trompettistes, saxophonistes, chanteurs, pianistes, guitaristes, n'est pas sans attirer de concert toute une foule d'amateurs qui, elle aussi opère une migration vers ce lieu de rassemblement, comme le fauve attiré par la pause réhydratation d'un troupeau de flamands roses. Cette année, à Vienne, les oiseaux sont encore une fois loin de se cacher pour mourir même si une partie d'entre-eux n'est pas de prime jeunesse. Mais ce sont eux qui ont construit la légende du jazz et par là d'un festival qui n'a de jazz que la raison sociale, car toutes les espèces de m

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Mutant à trois pattes

MUSIQUES | Festival / Doit-on y voir une référence à une quelconque Sainte-Trinité – jazz-blues-world peut-être ? Toujours est-il que, cette année, l’affiche du festival A (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 5 mars 2010

Mutant à trois pattes

Festival / Doit-on y voir une référence à une quelconque Sainte-Trinité – jazz-blues-world peut-être ? Toujours est-il que, cette année, l’affiche du festival A Vaulx Jazz représente un petit chien borgne à trois pattes. Voilà qui est on ne peut raccord avec l’hommage de rigueur rendu, à l’occasion du centenaire de sa naissance, à Django Reinhardt – connu pour n’avoir la maîtrise que de trois doigts de sa main gauche. Ce sera le point d’orgue du festival autour du guitariste Angelo Debarre et de quelques unes des figures du jazz manouche ou swing tzigane, dont l’incontournable Thomac Dutronc. Autre temps fort, inédit, l’événement Jazz & Cinéma, au Pathé Carré de soie : quatre soirées autour de quatre films sur le jazz, du (trop ?) classique Buena Vista Social Club à Bird, remarquable biopic de Charlie Parker par un dingue de jazz, Clint Eastwood. Auxquels il faut ajouter Swing de Tony Gatlif et Autour de la Nuit de Bertrand Tavernier. Toujours aussi bien implanté à Vaulx et de plus en plus dans ses alentours, les différents événements du festival ne viendront toutefois pas parasiter une programmation riche de découvertes et de têtes d’affiches bien senti

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SoCalled Party over here

MUSIQUES | Musique / S'il y a en un qui pratique à foison le télescopage musical, il s'agit bien du Canadien Joshua David Charles Dolgin. Sur les planches ou gravé sur (...)

Jerôme Dittmar | Jeudi 5 mars 2009

SoCalled Party over here

Musique / S'il y a en un qui pratique à foison le télescopage musical, il s'agit bien du Canadien Joshua David Charles Dolgin. Sur les planches ou gravé sur de l'acétate, le drôle de personnage se fait appeler SoCalled, rappeur usant de la MPC mais pour combiner rythmiques hip-hop et samples de musique klezmer antidatés. Depuis 2006 et la sortie de son album Ghetto Blaster (et entre temps remarqué aux côtés de Gonzales et Mocky), le SoCalled Orchestra mené par l'allumé mc yiddish écume les scènes internationales, charmant son monde avec son sens de l'expérimentation drolatique. Joshua s'est remis récemment au travail pour pondre une nouvelle production. "J'essaie de composer de façon accessible, de faire quelque chose de plus direct que Ghetto Blaster. D'être immédiat parce que sinon ça devient la folie incontrôlable" avoue SoCalled. Par le passé très ethno-centré autour de la tradition musicale de ses ancêtres, SoCalled est désormais "mieux dans sa peau". "Récemment j'ai découvert un sample de musique roumaine. J'ai donc demandé à un vieil ami de Chicago d'y ajouter une rythmique house". Lorsque le collègue en question se prénomme Derrick Carter, mythique fer de lance de la house

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