M@cbeth

MUSIQUES | L’opéra ouvre sa saison sur l’un des titres verdiens les plus difficiles à mettre en scène, à chanter et à diriger. Le pari était osé mais tout était réuni pour que spectacle soit total. La Première a cependant laissé un goût amer. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Dimanche 14 octobre 2012

Côté fosse, le compte est bon ; Kazushi Ono à la baguette obtient de l'orchestre un jeu d'une souplesse et d'une élégance incomparables. Avec sa lecture toute enflammée, Ono appose le cachet de l'authentique grandeur verdienne : la musique est mise en valeur jusque dans les moindres recoins, dans les nuances les plus fines comme dans les explosions les plus folles.

Les chœurs, un peu ridiculisés par des costumes à l'avenant, gris bleu, sévères et serrés (n'est pas Pina Bausch qui veut), ont été quant à eux d'une belle homogénéité et d'une précision toute remarquable. La distribution, qui fait appel à des artistes plutôt confidentiels pour les rôles titres, est assez hasardeuse : Evez Abdulla incarne un Macbeth honnête sans plus et Iano Zanellato campe une Lady Macbeth crédible sur le plan scénique, moins sur le plan vocal. Tous deux ont mis plus d'un quart d'heure à trouver leur voix et se sont régalés tour à tour dans ces vocalises dont seul Verdi a le secret. 

Des écrans très plats

Ivo van Hove voudrait nous faire croire qu'il adopte une véritable audace – qui n'en est vraiment plus une : celle de transposer l'intrigue de Macbeth dans une agence de notation en plein cœur de New-York. Des écrans plats, un personnel qui s'agite IPad à la main où téléphone portable greffé à l'oreille… Rien n'en sort pourtant. Quant au travail du vidéaste Tal Yarden, il souligne, surligne, stabilote à l'excès ce qui se passe sur le plateau. Nous ne sommes plus à l'époque du Saint François d'Assise de Messiaen, à l'Opéra Bastille, en 1992, lorsque Peter Sellars remplissait l'espace de plus d'une centaine de téléviseurs...

L'usage de la vidéo en 2012 se doit d'être encore novateur où ne pas exister. Ivo van Hove n'est pas allé au bout de sa démarche, on s'ennuie par le regard, même si on reste émerveillés par la musique de Verdi, par tout ce qui jaillit de la fosse. Macbeth veut le pouvoir, Lady Macbeth veut être reine et cela suffit à Ivo van Hove pour se dire que « dans le monde actuel, c'est le règne de l'argent, des affaires qui régit tout, les politiques comme les peuples. Alors il faut situer l'action de nos jours. Je suis convaincu que si Verdi avait écrit Macbeth aujourd'hui, il l'aurait fait dans le monde des affaires.»  Au cours de cette soirée, l'élégance du discours était pourtant du côté de Kazushi Ono, chef d'orchestre au service d'une partition sublime.

Macbeth
À l'Opéra de Lyon, jusqu'au 27 octobre

 

 

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6 pièces de théâtre à réserver sans tergiverser

Sélection | Les cadors on les retrouve aux belles places, nickel comme disait le chanteur. La preuve par six.

Nadja Pobel | Mardi 5 septembre 2017

6 pièces de théâtre à réserver sans tergiverser

Vincent Dedienne Bien sûr, ce spectacle n’est pas neuf. Il date même de 2013. Mais voilà, c’est la fin d’une tournée triomphale méritée et largement médiatisée par l’aura de ce chroniqueur passé par Inter et Canal +, avant de livrer des revues de presse redoutables chez Yann Barthès. Au commencement, Vincent Dedienne est un comédien brillant qui, contrairement à la plupart des ses confrères solistes et humoristes, sait occuper un plateau. Et qui, à la place de blagues politico-foireuses se met à nu avec une délicatesse tout simplement bouleversante. Il signe là l’un des grands spectacles de théâtre de ces dernières années. Au Radiant les 19, 20, 25 et 26 septembre, les 20 et 21 octobre, et au Toboggan le 27 septembre Bovary par Tiago Rodrigues Il l'avait créé dans le Théâtre National de Lisbonne qu'il dirige. Devenu coqueluche de l'Hexagone (malgré l'ennuyeux Sopro présenté à Avignon cet été), le très doué Tiago Rodrigues présente sa version du roman de Flaubert, avec notamment Jacques Bonnaffé et Grégoire Monsaingeon (vu chez Gw

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Serge Dorny : « Il faut avoir la nostalgie de l'avenir »

Opéra de Lyon | Rencontre avec le directeur de l'Opéra de Lyon, Serge Dorny, pour évoquer cette saison de transition voyant son chef permanent, Kazushi Ono, s'envoler vers d'autres cieux, remplacé à la rentrée par le jeune espoir italien qu'est Daniele Rustioni.

Sébastien Broquet | Mardi 17 janvier 2017

Serge Dorny : « Il faut avoir la nostalgie de l'avenir »

C'est la dernière saison de votre chef permanent, qui s'en va en juin. Serge Dorny : Kazushi Ono est un chef extrêmement moderne. Normalement, un chef s'intéresse à la musique, à la partition. Mais le monde a changé : tout ce qui est action citoyenne, vis à vis des territoires en difficulté, des publics scolaires, des réseaux associatifs, l'Opéra de Lyon, étant un acteur citoyen, s'y investit énormément. Il n'est pas automatique qu'un directeur musical le fasse. Kazushi Ono y a participé de façon active, il était très enthousiaste, au point qu'il a importé cette démarche dans les projets qu'il porte au Japon. C'est vraiment quelqu'un avec qui j'ai pu construire ce projet et l'enraciner dans la maison. Il est moderne, car il a compris que ça se passe sur scène et dans la fosse, mais aussi hors les murs ; dans la cité, dans les banlieues éloignées. Cet accès au plus large public possible doit se gagner au quotidien. J'ai eu un partenaire, là-dessus. Un chef moderne, c'est aussi avoir une attention particulière envers les partitions d'aujourd'hui. Pas seulement célèbrer le passé en jouant le grand réperto

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Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

ECRANS | "Valley of Love" de Guillaume Nicloux. "Chronic" de Michel Franco. "Macbeth" de Justin Kurzel. "Notre petite sœur" d’Hirokazu Kore-eda. "Marguerite et Julien" de Valérie Donzelli. Le Palmarès du festival.

Christophe Chabert | Mardi 26 mai 2015

Cannes 2015, jours 10 et 11. La dernière ligne droite…

Encore une poignée de films arrachés à l’épuisement de fin de festival. Une journée pour souffler après le Palmarès. Et nous voilà de retour derrière notre clavier pour commenter tout ça, depuis nos calmes pénates et sous un ciel grisâtre, loin des coups de soleil et du stress cannois. Nicloux : Depardieu et Huppert, perdus dans l’espace La fin de la compétition — et les deux films rattrapés in extremis avant de rentrer — auront achevé de faire pencher la balance longtemps indécise du jugement global porté sur sa qualité : c’était quand même très moyen. On y reviendra à la fin de ce billet, mais il faut remonter à loin pour trouver autant de déceptions, sinon de films franchement mauvais, dans ce qui est censé être le top du festival. Et s’il y eût aussi quelques grands moments, c’est bien l’écart entre les deux extrêmes qui pose question. Mais bon, ne spoilons pas, on développera plus tard. Ainsi du Valley of Love de Guillaume Nicloux qui, sans être le «navet» proclamé par certains, nous a quand même sérieusement laissé sur notre faim. Il faut dire que Nicloux est un drôle de cinéaste, que l’on a d’abor

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Ça bouge chez les classiques

MUSIQUES | Signe d’une grande et belle vitalité artistique, cette saison encore les plus grands interprètes seront à Lyon. De Grame à l’Auditorium en passant par l’Opéra, Piano à Lyon et tant d’autres, tous s’y mettent pour proposer à public exigeant toujours plus, encore mieux. Petit tour d’horizon… Pascale Clavel

Pascale Clavel | Vendredi 20 septembre 2013

Ça bouge chez les classiques

Quelle autre ville que Lyon peut s’enorgueillir d’abriter en son sein autant de propositions musicales généreuses et surprenantes ? Pour son 31e Festival de musique baroque, Eric Desnoues surprend encore et fait venir à Lyon les immenses Savall (le 12 octobre à la Chapelle de la Trinité), Jaroussky (le 12 décembre), Minkowski (le 15 avril) et Herrweghe (le 11 juin). Cerise sur le gâteau, il accueillera le 20 mars le chef d’orchestre japonais Masaaki Suzuki, qui dirigera des cantates de Bach. Suzuki à la baguette et le Kapellmeister renait de ses cendres. Piano à Lyon, qui se délocalise pour une saison salle Rameau, offre de son côté dix concerts de haute volée, Jérôme Chabanne ayant tissé un programme où anciens et nouveaux se croisent. Gautier Capuçon et son complice Frank Braley reviendront ainsi ébouriffer le public lyonnais le 7 février tandis que l’hypnotique Alexandre Tharaud se frottera à l’Adagietto de la 5e symphonie de Mahler - qu’il a lui même transcrit pour piano - le 24 avril. Les Percussions Claviers de Lyon, quant à

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L’opéra a du nez

MUSIQUES | L’Opéra de Lyon ouvre sa saison avec un Nez d’anthologie, étonnant et déconcertant, celui de Dimitri Chostakovitch, compositeur russe plus connu pour sa musique de chambre sombre et bouleversante, que le quatuor Debussy fera entendre en parallèle de l'événement. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Jeudi 29 septembre 2011

L’opéra a du nez

Le Nez, qui vient d’avoir un vif succès au Festival d’Aix cet été, arrive à Lyon et les mélomanes de tous poils vont être séduits, c’est certain. Le triomphe d’Aix n’est pas dû au hasard. Prenons un bon chef à la tête de l’orchestre de l’opéra — Kazushi Ono ; un plasticien-metteur en scène hors cadre, au regard décalé et amusé sur le monde de l’opéra — le Sud-africain William Kentridge ; et une œuvre peu connue d’un compositeur russe visible mais pas trop : vous obtiendrez un moment singulier, une expérience unique. Le Nez, c’est tout d’abord une nouvelle surréaliste de Nicolas Gogol, avant de devenir le premier opéra de Dimitri Chostakovitch, écrit lorsque le compositeur avait 24 ans. L’intrigue peut paraître simple : Platon Kovaliov découvre un matin que son nez a disparu. Passé un moment de stupeur, il part à sa recherche. Après de nombreuses et loufoques péripéties, le nez reviendra a sa place. Les audaces de cette œuvre ont vite été sanctionnées : le Nez fut interdit par le régime soviétique en 1930, juste après sa création. Sous la baguette de Kazushi Ono, l’orchestre se donne sans compter et offre avec générosité toute l’ironie et l’âpreté de la partition, montre toutes l

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Jouer avec la nourriture

SCENES | Théâtre / Ça cherche, ça vit, ça propose, ça joue et ça joue bien. La toute jeune Compagnie Xi, programmée au Théâtre de l’Élysée, ne manque pas d’audace. Le collectif (...)

Dorotée Aznar | Lundi 13 septembre 2010

Jouer avec la nourriture

Théâtre / Ça cherche, ça vit, ça propose, ça joue et ça joue bien. La toute jeune Compagnie Xi, programmée au Théâtre de l’Élysée, ne manque pas d’audace. Le collectif propose une version culottée de Macbeth, invitant les spectateurs à prendre place autour d’une grande table pour participer à un banquet trash où l’on joue avec la nourriture et avec les codes du théâtre, dans un brouhaha réjouissant. L’idée du travail collectif, largement exploitée, permet aux acteurs de changer de rôle en enfilant simplement la veste d’un autre. L’énergie et l’envie sont au rendez-vous, notamment celle de proposer un rapport différent entre la scène et la salle, par les choix de scénographie, le jeu multipliant les adresses (subtiles) au public et la volonté de prolonger l’expérience à la fin du spectacle. On regrette simplement que cette volonté soit quelque peu sabotée par la forme même du spectacle ; en proposant une version très condensée de la pièce, le risque est aussi d’exclure ceux qui n’ont pas révisé leurs classiques avant de venir et de produire, finalement, du théâtre qui s’adresse exclusivement aux initiés… Mais laissons du temps à ce collectif prometteur ; si Presque Macbeth a les déf

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"L’opéra de Puccini le plus énergique"

MUSIQUES | Entretien / La tension monte sur le plateau, la ferveur grandit dans la fosse et, pendant ce temps, le chef d’orchestre Kazushi Ono reste imperturbablement zen. Rencontre.

Pascale Clavel | Jeudi 21 janvier 2010

Petit Bulletin : Au fil des répétitions, comment réussissez-vous à fédérer l’ensemble des artistes afin que la Première soit conforme à vos attentes ?Kazushi Ono : Je parle beaucoup de la pièce, du compositeur, de l’intrigue, de l’esprit de l’œuvre avec les chœurs, les solistes et l’ensemble de l’orchestre. Au début, personne ne sait ce que va être la construction intégrale de l’œuvre. Seul le chef d’orchestre peut imaginer et expliquer ce que Puccini a souhaité. Seul le chef peut transporter l’idée originelle de Puccini en le réinterprétant. Pendant les phases de répétitions, je suis rarement content mais là, pour "Manon Lescaut", j’ai beaucoup d’espoir parce que le casting est formidable, l’orchestre et le chœur se préparent très bien. Pour quelles raisons avez-vous choisi de faire entendre "Manon" au public lyonnais ?Lorsque je suis arrivé à l’opéra de Lyon la saison dernière, j’ai regardé le programme et j’ai vu que "Manon Lescaut" n’avait pas été joué depuis fort longtemps. Cet opéra est la source originelle de l’œuvre de Puccini. On peut voir dans cet opéra beaucoup d’éléments de "La Bohème", de "Tosca", des opéras qui viennent par la suite. "Ma

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Macbeth au pays des horreurs

SCENES | Théâtre / Attention, c’est du lourd. Le metteur en scène grenoblois Pascal Mengelle, à la tête de sa compagnie La Saillie, s’attaque au monumental Macbeth de (...)

Christophe Chabert | Mardi 20 janvier 2009

Macbeth au pays des horreurs

Théâtre / Attention, c’est du lourd. Le metteur en scène grenoblois Pascal Mengelle, à la tête de sa compagnie La Saillie, s’attaque au monumental Macbeth de Shakespeare avec un talent indéniable. Ici, le mythe est réinterprété sans jamais être dénaturé. Mengelle va farfouiller au fond du fond de cette œuvre monstre pour appréhender au mieux la nature de Macbeth, victorieux chef de l’armée écossaise qui se rêve en roi suite à la prophétie de sorcières, mais qui finira en tyran sanguinaire. En faisant preuve d’une économie de moyens pour un rendu saisissant, Mengelle ne tombe pas dans le piège de l’habillage moderniste flamboyant censé justifier une énième mise en scène du texte, ce qui fait plaisir ! Sur scène, un simple drap blanc comme seul décor, malmené tel l’esprit de Macbeth. Sur le côté, un percussionniste rythme la pièce avec des sons inquiétants. Et puis les acteurs. Cinq au total qui alternent les différents personnages. Au centre, Bertrand Barré campe un Macbeth impassible, mais qui va finir par s’ébranler. À ses côtés, Isabel Oed, toute en force, est Lady Macbeth, celle qui finira folle et se suicidera. Enfin, parti pris on ne peut plus intéressant, Mengelle a rassemblé

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