Bienvenue chez lui

Benjamin Mialot | Mardi 22 avril 2014

Photo : Dati Bendo


Stromae a donc au moins le mérite d'avoir donné aux Guignols l'occasion de modeler le personnage le plus désopilant de leur roster actuel, grand échalas accroché à son synthé comme une moule(-frites) à son rocher et fondamentalement incapable d'écrire un morceau positif. Au-delà du gag, sa marionnette a ceci de troublant qu'elle est si vraisemblable qu'on pourrait la confondre avec l'original : même teint cireux, même gestuelle à la fois raide et désarticulée – comme si le sprinteur Michael Johnson avait pris des cours de danse hip hop – même timbre de marin pas bien droit dans ses bottes en caoutchouc. Ce physique si particulier et la façon dont Stromae en joue, tour à tour imitateur pour MJC de Jacques Brel (guéridon à l'appui), figurant d'un clip cadavérique de Michael Jackson (notamment sur Papaoutai) et bonimenteur en costume d'Arlequin, constitue la première attraction de ses prestations scéniques.

Le terme "attraction" n'est pas choisi par hasard : une soirée avec Stromae, c'est une virée dans une fête foraine sur les traces d'un pote extraverti et un peu éméché. Il y a d'énormes néons colorés en forme de racines carrées, un palais des glaces – sur Humain à l'eau, Stromae calque ses pas sur ceux, imaginés par la chorégraphe Marion Motin, d'une armée de clones tribaux projetée en fond de scène – un train fantôme – saisissante vision que cette silhouette hurlante qui, à la fin de C'est quand ?, émerge d'une scène plongée dans l'obscurité par de tentaculaires métastases – un grand-huit (émotionnel) qui ne s'arrête qu'une fois les ressources énergétiques à disposition épuisées, des représentations non-approuvées par les ayant droits de personnages populaires – le concert s'ouvre sur un dessin animé à laKirikou – et, tout le long, des tubes simplistes et néanmoins addictifs balancés à plein volume par des enceintes bon marché.

Et il faut avouer que c'est assez réjouissant et captivant pour qu'on en sorte avec l'idée que ce show millimétré et tapageur aurait tout à fait sa place dans un festival à la Nuits Sonores. En tout cas celui auquel nous avons assisté au Transbordeur en novembre dernier : il paraît que depuis, le tout a évolué pour se conformer aux salles de grande capacité. Mais «t'inquiètes pas, tu vas danser».

Benjamin Mialot


Stromae

Électro slam
Halle Tony Garnier Place des Docteurs Charles et Christophe Mérieux Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Stromae

1ère partie : Kadebostany
Théâtres romains de Fourvière 6 rue de l'Antiquaille Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Stromae

Électro slam
Halle Tony Garnier Place des Docteurs Charles et Christophe Mérieux Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Un Feu sur la langue

MUSIQUES | Rien que de très classique dans cette saison francophone. Du très bon, du bon, du moins bon, Kyo, et au milieu coule une rivière en Feu! Chatterton, inconcevable objet pop aux aspirations littéraires qui feront se gausser ou s'incliner. C'est à voir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 23 septembre 2014

Un Feu sur la langue

Oubliez les Sébastien Tellier (le 18 octobre au Transbo), Julien Doré (le 15 décembre au Radiant) et Stromae (le 1er novembre à la Halle) qui repassent une énième fois par ici ; zappez les vingt ans des Ogres de Barback et le retour de Kyo, tous deux au Radiant (les 6 et 27 novembre), repaire de morts-vivants. Omettez ces trois grands Bretons que sont Miossec, Daho, Tiersen (19 et 5 décembre au Transbo, 16 octobre à l'Epicerie) et Emilie Simon (7 novembre au Radiant, forcément). Bon si vous aimez tous ces artistes, ce qui pour la plupart d'entre-eux est bien légitime (cherchez néanmoins l'intrus), vous pouvez tout de même vous faire plaisir en allant les voir, on ne vit qu'une fois après tout, sauf Daho et Kyo. Mais rappelez vous une chose : la next big thing, celle dont tou

Continuer à lire

La vie en morose

MUSIQUES | Champion d'Europe poids lourds des ventes de disques et collectionneur de concerts sold out, Stromae a transformé quelques tubes eurodance en un succès phénoménal. Mieux, le jeune Belge à l'accent Brel réussit le prodige de faire valser l'Europe à mille temps sur ses envies de suicide collectif. Alors on danse ? Oui. Mais pourquoi au juste ? Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 22 avril 2014

La vie en morose

Après des années de dévouement à montrer son zizi à la Terre entière, qu’il pleuve, qu’il vente ou, plus rarement, que le soleil brûle, à se laisser déguiser comme une vulgaire poupée, à exposer la pollakiurie incurable qui lui vaut sa célébrité et remet tant en cause ce concept, il doit l’avoir mauvaise, en 2014, le Manneken-Pis. Lui qui, jusque-là, avait payé ce lourd tribut à sa dignité pour être le fils préféré des Belges, un monument national, s’est fait définitivement détrôner – si l’on peut dire – dévisser de son piédestal comme un vulgaire bronze de Lénine un jour d’indépendance à Vilnius. La faute à un grand machin fringué comme un croisement de Tintin et de sapeur congolais à qui on n'aurait laissé que du XXS, comme un Spirou repeint par Magritte qui aurait poussé trop vite. Ce grand machin, c'est donc Stromae, devenu à ce point porte-drapeau de la Belgique qu’il lui en a presque fait oublier combien de fois elle a été au bord de se couper en deux au niveau du nombril bruxellois. Le voilà maintenant, le Plat pays, à courir comme un seul homme derrière ses Diables rouges qu’on n'a jamais connu aussi inspirés depuis la Coupe du monde 1986 et à danser comme un seu

Continuer à lire

Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

CONNAITRE | 65 spectacles, 170 levers de rideau, des rendez-vous au TNG, à Gadagne ou à la Maison de la danse : les Nuits de Fourvière s'annoncent plus foisonnantes que jamais. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 13 mars 2014

Nuits de Fourvière 2014 - La programmation

L'an passé, nous saluions le starpower de la soixante-huitième édition des Nuits de Fourvière. Maintenant que nous connaissons la teneur de la soixante-neuvième, nous voilà contraints de revoir notre jugement à la baisse : en termes d'éclat et de densité, la programmation de 2014 est à celle de 2013 ce que la Grande Nébuleuse d’Andromède est à la Voie Lactée. Le principal artisan de ce saut hyperspatial qualitatif n'est autre que Richard Robert, transfuge des Inrockuptibles qui semble avoir avoir définitivement trouvé ses marques de conseiller artistique. Impeccablement équilibré entre reconnaissance de phénomènes franco-belges (Phoenix,  Fauve et Stromae), concerts événementiels (un hommage à Robert Wyatt, Benjamin Biolay qui dirigera un orchestre pour sa nouvelle muse, Vanessa Paradis), rappels de la suprématie de la pop d'outre-Manche (le collectif multimédia Breton, Damon Albarn pour son premier album solo, Franz Ferdinand, Miles Kane), passages ob

Continuer à lire

Le freak, c’est chic

MUSIQUES | Du freak, du fou, de la créature cramée, de l’inclassable, de l’incassable, du fragile, du fracassé, du fracassant, du marginal, du réfractaire, du réfracté, du revenant, du rêveur, du malade, du rageux, cet automne musical va en faire pleuvoir de partout. Du chelou comme à Gravelotte, qu’il va tomber. De belles tronches de vainqueur et des paluches pleines de talent, des noms à coucher dehors, du génie à la pelle, attaqué à la pioche. Ah, inquiétante étrangeté quand tu nous tiens ! Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Le freak, c’est chic

Comme pour toute saison, tout événement, tout lancement, il nous faut un parrain, un type dont la stature et l'aura donnent immédiatement le ton. C'est Florent Pagny en total look peau de zobi à la Star Academy ou Alain Delon tenant des propos contre-intelligents sur l’homosexualité dans C à vous. Car oui, souvent, on a affaire à un type qui peut partir en vrille à tout moment, se mettre à dire n'importe quoi, comme n'importe quel parrain dans n'importe quel événement familial, ou comme un parrain de la mafia un peu sur les nerfs. C'est très bien, ça fait parler. Nous aurions pu assez logiquement choisir le parrain rock Don Cavalli, d’origine italienne et d’aspiration amerloque, comme tout parrain qui se respecte, et dont Les Inrocks qualifient avec raison la production de «rock tordu et primitif», quelque part entre la sève de Johnny Cash et les débordements d’un Beck. Bref, l’éternelle histoire du type né au mauvais endroit au mauvais moment et qui s’en accommode par le voyage intérieur (sur son dernier disque il va même jusqu’en Asie). En plus, dans le civil,

Continuer à lire