On the Rock

Le chorégraphe Jean-Claude Gallotta s’approprie une certaine histoire du rock pour mieux se livrer. Et nous offre une part d’autobiographie douce-amère, où la nostalgie se met en scène avec grâce. François Cau

Avec My Rock, reprise d’un spectacle créé pour les trois jours d’inauguration de la nouvelle Maison de la Culture en 2004, Jean-Claude Gallotta entend réunir la danse contemporaine et le rock, deux mouvements artistiques nés au même moment et au même endroit (les États-Unis des années 50), mais dont les destinées parallèles ne se sont jamais croisées. Les trois premiers tableaux évoquent les pionniers de la discipline (Elvis, Beatles, Rolling Stones) avec une déférence quasi effacée : le chorégraphe nous introduit chaque morceau par une bio lapidaire, avant de laisser les corps s’exprimer. Une timide entrée en matière sur Heartbreak Hotel, un duo déjà plus déchaîné sur Helter Skelter, puis le rythme se fluidifie sur les Stones. De la note d’intention au procès d’intention, il n’y a qu’un pas : on enchaîne sur Bob Dylan, et l’on se dit qu’on est parti pour une anthologie simili encyclopédique du genre musical (photos rétroprojetées et textes à l’appui), où le moindre oubli (au hasard : Bowie, Hendrix, les Pink Floyd, les Doors, Sonic Youth, Noir Désir, Sly and the Gayz…) serait du même coup intolérable voire impardonnable. Mais ce serait oublier que ce bémol est désamorcé dans le titre même du spectacle. Gallotta donne ici sa propre relecture, et ce dès le cinquième tableau consacré à Nick Drake. La chronologie “officielle“ est chamboulée, la jubilation sonore et sa retranscription dansée, pleine d’énergie juvénile, se transforme en spleen adolescent.

Never Mind

C’est lorsque My Rock s’écarte des sentiers battus généralistes qu’il décolle vraiment. Caché sous son chapeau de crooner, Jean-Claude Gallotta joue la fragilité d’une confession pudique pour connecter les morceaux choisis à son propre vécu. À ce titre, ses interventions sur Drake, Lou Reed ou Kurt Cobain sont peut-être les plus révélatrices : les intros biographiques ne retiennent volontairement que le caractère écorché vif des interprètes, leur lourd passif fait écho à leur intégrité artistique, et les tableaux correspondants sont les plus chargés en émotions. L’alchimie des interprètes atteint son apogée, on en oublie de renâcler pour mieux se laisser porter par la vision proposée. Lorsque le son des Clash retentit, en hommage posthume à un ami du chorégraphe, peu importe que le contexte social ait été occulté. Tout ici est affaire de réappropriation, de réinterprétation, de renouvellement d’un enthousiasme jamais tari. Jean-Claude Gallotta affirme posément un principe fondamental : à chacun de se construire sa propre histoire, de se trouver ses figures tutélaires, de vivre ses émotions. Vu le plaisir ressenti, on attend impatiemment My Folk, My Rap, My Techno, ou même s’il le faut, My Bourrée Auvergnate.

My Rock
Jusqu’au 25 mai, à la Salle de Création de la MC2

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