Les trois mousquetaires

L'Histoire du soldat d'Igor Stravinsky - El Amor brujo de Manuel de Falla

MC2

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Casting de luxe pour le diptyque "L’Histoire du soldat" / "L’Amour sorcier". Aux commandes de ce double spectacle, qui sera dévoilé cette semaine, rien de moins que les trois artistes résidents de la MC2 : Marc Minkowski des Musiciens du Louvre Grenoble, Jacques Osinski du Centre dramatique national des Alpes, et Jean-Claude Gallotta du Centre chorégraphique national de Grenoble. Du coup, on a rencontré les trois. Propos recueillis par Aurélien Martinez

La collaboration

Marc Minkowski : Réunir les directeurs des trois centres de création de la maison, c’est en discussion depuis que je suis arrivé ici, il y a 17 ans. Le projet était déjà évoqué du temps de Laurent Pelly, le prédécesseur de Jacques, mais n’a jamais abouti...
Jacques Osinski : Quand je suis arrivé en 2008, l’idée est revenue, mais elle a mis du temps à se matérialiser compte tenu des agendas de chacun. Et surtout du fait que l’on devait apprendre à se connaître...
Jean-Claude Gallotta : Une fois le projet lancé, j’étais sur l’idée de l’amitié, de faire quelque chose ensemble. On est partis sur ces deux pièces, mais à la limite – et c’est un peu con ce que je vais dire ! –, ils auraient proposé n’importe quoi, j’aurais quand même accepté !

L’Histoire du soldat

MM : Avec Jean-Claude, on a souvent parlé de Stravinsky, et notamment du Sacre du printemps, qu’on avait imaginé faire ensemble – mais ça ne s’est pas fait. Puis Jacques est arrivé dans la boucle : j’ai alors essayé d’imaginer une œuvre qui mélange nos trois disciplines. L’Histoire du soldat de Stravinsky s’est imposée : ce n’est pas une œuvre d’orchestre, mais une œuvre écrite pour un ensemble de chambre, un peu ragtime, jazz...
JCG : Il y a plus de théâtre que dans un opéra, comme ce sont des acteurs qui jouent les rôles. Il y a un récitant, de la musique... C’est presque pédagogique en fait.

L’Amour sorcier avec Olivia Ruiz

MM : L’Histoire du soldat toute seule, c’était un peu court pour une soirée... C’est là que j’ai pensé à L’Amour sorcier de Manuel de Falla, composée à deux ans d’intervalle : une œuvre beaucoup plus mélodique, sensuelle... Une carte postale espagnole de la plus belle façon qui existe.
JCG : Quand j’ai écouté, j’ai trouvé ça un peu classique, espagnol...
JO :... pompier même !
JCG : Mais comme c’était le jeu, je me suis demandé quoi faire avec ça. C’est là où Marc nous a surpris en sortant de son chapeau Olivia Ruiz ! On était persuadés, vu sa carrière et ses projets, que ce ne serait pas possible. Mais elle a absolument tenu à le faire, c’est incroyable.
MM : Dans L’Amour sorcier, il y a quelques passages chantés dans le style flamenco classique. On ne sait pas très bien quelles interprètes étaient à la création, mais il y avait sans doute des chanteuses d’inspiration folklorique. Progressivement, des chanteuses d’opéra se sont glissées dans ce répertoire avec plus ou moins de bonheur, parce que leurs voix un peu trop élégantes ou travaillées détonaient avec le côté rustique de l’écriture. Depuis quelques années, des enregistrements ont été faits par des vraies chanteuses de flamenco, avec des voix très rappeuses, complètement cassées... Ça ouvre de nouveaux horizons. C’est là que je me suis souvenu d’avoir entendu Olivia chanter à la télé : son timbre et sa diction m’avaient complètement envouté. Quand ce projet est arrivé, j’ai directement pensé à elle...
JCG : Sur L’Amour sorcier, il y a très peu de chansons par rapport à l’action. L’idée était donc qu’elle danse tout le long de la pièce. Apprendre des pas, c’est un travail, qu’elle a fait à fond, en s’intégrant parfaitement à la compagnie.

La collaboration metteur en scène-chorégraphe

JCG : C’était moi le dernier de la course, car il n’y avait rien d’écrit ! Du coup il fallait que je trouve une écriture qui corresponde aux deux œuvres. C’est pour ça que j’ai pris du temps avant, pour être à la hauteur des deux forces que sont le texte et la musique.
JO : Sur L’Histoire du soldat, c’est plus Jean-Claude qui s’est mis au service de la mise en scène. Pour L’Amour sorcier, c’est plutôt Jean-Claude qui déploie sa chorégraphie et moi qui collabore avec lui.
JCG : Je proposais des modules, puis on discutait ensemble... C’est intéressant pour moi les derniers retranchements du pouvoir... Comment finalement on invente avec les contraintes, comment on s’écoute. C’était intéressant de se dire : là, je ne sais pas s’il a raison, mais je vais essayer. Et en essayant, je trouvais une autre idée. Il n’y a pas eu de tensions car on trouvait toujours une solution !

Le thème

JO : Il y a le diable dans L’Histoire du soldat, et dans L’Amour sorcier, elle s’incarne en sorcière : ça c’est une thématique littéraire. Après, on a essayé de trouver un lien entre les deux œuvres, qui sont d’esthétiques totalement différentes – du théâtre musical proche de la musique de chambre dans L’Histoire du soldat, et de la flamboyance presque hollywoodienne dans L’Amour sorcier. Le lien esthétique est donc la scénographie, et surtout le narrateur. Le narrateur est un comédien musicien qui est au centre de l’œuvre. C’est lui qui unit tout.

Le genre du spectacle

MM : C’est du théâtre musical dansé, ou de la danse musicale théâtrée !
JCG : Les exégètes ne savent déjà pas comment nommer les œuvres. Du coup, on attend beaucoup des journalistes ! C’est eux qui inventent parfois des formes : le fauvisme, le modernisme, la Nouvelle vague... Sinon, Bob Wilson, quand il ne savait plus quoi dire, disait qu’il faisait des opéras contemporains...
JO : J’espère qu’on fait tout sauf un opéra !
JCG : On pourra faire un concours de celui qui trouve la meilleure définition de cette affaire !

L’Histoire du soldat / L’Amour sorcier, du mercredi 16 au samedi 19 octobre, à la MC2

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