"Elle" : petit Verhoeven pour petite Huppert

ECRANS | Curieuse cette propension des cinéastes étrangers à venir filmer des histoires pleines de névroses en France. Et à faire d’Isabelle Huppert l’interprète de cauchemars hantés par une sexualité aussi déviante que violente. Dommage que parfois, ça tourne un peu à vide.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

Près d'un quart de siècle après avoir répandu une odeur de soufre à Cannes grâce à Basic Instinct, Paul Verhoeven est donc revenu sur la Croisette dégourdir des jambes un peu ankylosées par dix années d'inactivité, escortant un film doté de tous les arguments pour séduire le jury ou, à défaut, le public français : un thriller sexuel adapté de Philippe Djian et porté par Isabelle Huppert.

Titré comme une comédie de Blake Edwards (1979) avec Bo Derek et Dudley Moore, le Elle de Verhoeven ne prête pas à sourire : l'héroïne Michèle (qui assume déjà depuis l'enfance d'être la fille d'un meurtrier en série) se trouve violée chez elle à plusieurs reprises par un inconnu masqué. Mais comme c'est Huppert qui endosse ses dentelles lacérées, on se doute bien qu'elle ne subira pas le contrecoup normal d'une telle agression (effondrement, rejet de soi, prostration etc.), et se bornera à afficher une froideur indifférente à tout et à tous – sa fameuse technique de jeu "plumes de canard", les événements petits ou gros glissant en pluie égale sur ses frêles épaules, lui arrachant au mieux un “oh…” surpris.

Basique éteint

Son personnage est-il plus détraqué que celui du maniaque qui l'agresse ? Il ne faut guère plus de deux minutes pour se convaincre que Michèle est insane. Pourtant, jamais le film n'arrive à instiller de réel sentiment de trouble, ni à ne rendre inquiétant son comportement ou à laisser la place à l'incertitude. Tout est clinique, uniforme et unichrome (le décor semble d'ailleurs assorti à sa carnation) ; mêmes les rares séquences fantasmées n'arrivent pas à s'échapper du carcan du réel. Et pourtant, Verhoeven ne renâcle pas à user d'effets : la bande originale, par ailleurs réussie, ne lésine pas sur les cordes pour rappeler que l'on se situe bien dans un thriller.

On se prend à rêver du même sujet malaxé par Haneke : l'insignifiant aurait été rendu suspect, la culpabilité aurait rejailli par les moindres interstices ; et peut-être qu'Huppert aurait donné davantage de folie, de menace, de détresse, de vice ou de sensualité. Loin de provoquer une rixe entre ses partisans et ses défenseurs, l'absence d'Elle au palmarès a suscité un silence pudique. On comprend pourquoi...

Elle
de Paul Verhoeven (Fr./All., int.-12 ans, 2h10) avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Virginie Efira…


Elle

De Paul Verhoeven (Fr-All, 2h10) avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte...

De Paul Verhoeven (Fr-All, 2h10) avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte...

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Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d'une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d'une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu.


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Le Monde au coin de la rue, histoires d’ici et d’ailleurs

Festival | Dédié aux multiples facettes du documentaire de création, le festival "Le Monde au coin de la rue", initié par l’association A Bientôt J’espère, revient cette année encore investir le quartier Alma-Très-Cloîtres. Décryptage d’une initiative passionnante.

Damien Grimbert | Mardi 5 octobre 2021

Le Monde au coin de la rue, histoires d’ici et d’ailleurs

C’est une mission pour le moins ambitieuse, dont "Le Monde au coin de la rue" s’acquitte néanmoins avec un succès renouvelé année après année : faire découvrir à une multiplicité de spectateurs venus d’horizons différents la frange la plus défricheuse du cinéma documentaire, en projetant des films « dont on n'a la plupart du temps jamais entendu parler ». Un objectif qui, pour être mené à bien, implique pour l’équipe d’A Bientôt J’espère une incursion prolongée dans la vie du quartier et de ses habitants. Comme l’explique Cyril Hugonnet, « chaque année, on passe beaucoup de temps à arpenter les rues, à boire des cafés, à manger des kebabs pour rencontrer les gens, les structures qui font du travail social ou qui ont leurs activités dans le quartier. Et à partir de ces rencontres, qui petit à petit s’additionnent et nous permettent de créer des liens, on va penser à des films, et à des manières de les montrer, qui vont résonner avec ce qu’on a ressenti comme enjeux dans le quartier. Derrière chacun de ces films, il y a souvent une rencontre, et même si on ne va pas l’expliciter, on sait pourquoi ces films sont là ». Cinéma éphémère

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Tanguy Viel : « Je trouve les gens très tolérants à la domination »

Littérature | Lorsque Laura, jeune femme de retour dans sa ville natale, demande une faveur au maire sur les conseils de son boxeur de père, également chauffeur de l'édile, débute une tristement banale affaire d'emprise qui conduira à la vengeance la plus triviale. À la suite d'Article 353 du Code pénal, Tanguy Viel, à la Librairie Le Square le 13 octobre, livre avec La Fille qu'on appelle le deuxième acte d'un diptyque judiciaire, qui ausculte la question du consentement. Où les phrases s'enroulent jusqu'au vertige autour d'une colère qui sourd jusqu'à l'explosion.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 octobre 2021

Tanguy Viel : « Je trouve les gens très tolérants à la domination »

Au départ de votre livre, il y avait le désir d'écrire sur la boxe, de faire votre Raging Bull, avez-vous dit. Comment est né La Fille qu'on appelle, comment son sujet – la question de l'emprise et du consentement – a-t-il fini par dépasser votre désir initial ? Tanguy Viel : Cela s'est fait en deux temps très distincts. J'ai en effet d'abord rêvé un roman de boxe qui s'est un peu écroulé sur lui-même. Et puis quelques mois plus tard est née cette figure de jeune fille. C'est au moment où les deux se sont rencontrés, le boxeur et la jeune fille, que j'ai senti que je tenais le roman, comme si l'un était nécessaire à l'autre. Je crois que la boxe donne une dimension romanesque, mythologique à une histoire qui sans cela serait trop triviale à mon goût. Il y a dans le livre comme l'écho des innombrables affaires ayant éclaboussé le monde, disons, politico-culturel. Jusqu'à présent vos livres se voulaient très romanesques, hors du réel. Quand on s'approche, comme vous le faites ici, de l'actualité, comment maintenir le cap d'

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Cours Berriat, réveille-toi !

Festival | Troisième édition pour Ouverture Exceptionnelle, le festival qui rouvre, le temps de quelques jours, des commerces à l’abandon sur le cours Berriat. À l’intérieur de ces espaces réinvestis, du théâtre, de la danse, des expos, des concerts, afin de réanimer un quartier quelque peu somnolent.

Hugo Verit | Mardi 5 octobre 2021

Cours Berriat, réveille-toi !

Cette année, et pour la première fois, Ouverture Exceptionnelle est présenté comme un festival, un vrai. « Au départ, on osait parler que d’un "événement". Et finalement, aujourd’hui, c’est un temps de rendez-vous récurrent, avec des partenariats plus fiables, et même le soutien du ministère de la Culture. Après une première édition en 2019 où il s’agissait de convaincre, puis une deuxième sous Covid, on a l’impression d’entrer enfin dans le cœur du sujet », résume Youtci Erdos, organisatrice et porteuse de projet à la compagnie Scalène. Le cœur du sujet ? Un festival (donc) qui se propose d’investir des espaces vides, des locaux commerciaux laissés à l’abandon, le long d’un cours Berriat où pullulent les rideaux fermés depuis plusieurs années, notamment dans sa seconde partie entre Saint-Bruno et le pont du Drac. Grâce à un travail d’enquête auprès des propriétaires et des agences immobilières, l’équipe du festival "rouvre" ainsi dix boutiques pour cette troisième édition, dont cette vieille boucherie vétuste (voire glauque) qui jouxte le restaurant La Frise a

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Cycle et ateliers ciné : à l’école du regard

Ateliers | En cette période fleurant bon le cartable neuf et le protège-cahier frais, il est une rentrée que l’on attend avec plus de hâte que les autres : celles du (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 septembre 2021

Cycle et ateliers ciné : à l’école du regard

En cette période fleurant bon le cartable neuf et le protège-cahier frais, il est une rentrée que l’on attend avec plus de hâte que les autres : celles du cinéma le matin et des cours de cinéma prodigués au Méliès respectivement par Laurent Huyart (un mercredi par mois à 9h) et Jean Serroy (un jeudi par mois à 20h). Dès le mercredi 29 septembre à 9h, on reprend donc les saines habitudes : un cycle de 5 films fonctionnant par paires — le premier étant la comédie fantastique et sentimentale de Mankiewicz, L’aventure de Mme Muir (1949), avec certes Rex Harrison, mais surtout Gene Tierney. Suivront notamment dans l’année Les Amants du Capricorne (1949) d’Hitchcock ou Les Gens de la pluie (1969) de Coppola, assez rares sur grand écran. Côté séances vespérales, on attaque un voyage rétrospectif en dix étapes sur les années 2000 — comprenez, sur le début du XXIe siècle. Première escale le jeudi 30 septembre dans l’univers de Pedro Almodóvar avec Parle avec elle (2002), pur mélo et cert

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Venice VR Expanded : entrez dans le film grâce à la réalité virtuelle

Expérience | Jusqu'au 19 septembre, la MC2 invite les spectateurs, dès 14 ans, à découvrir la réalité virtuelle.

Valentine Autruffe | Jeudi 9 septembre 2021

Venice VR Expanded : entrez dans le film grâce à la réalité virtuelle

Un rugissement rauque retentit au loin. Bom ! Bom ! Bom ! Soudain à gauche, surgit entre les hautes herbes un tyrannosaure pressé. Il passe juste sous notre nez, sans un regard (ouf). On regarde sa longue queue se balancer au rythme de son trot lourd, quand surgit la raison de sa fuite : un dinosaure encore plus gros et plus impressionnant. Petit bond de surprise dans la poitrine, mains crispées sur les rebords de la chaise. Comment s’appelle ce dinosaure, déjà ? Genesis, une vidéo de 13 minutes qui retrace la naissance de notre planète, jusqu’à nos jours. C'est l’une des nombreuses propositions de Venice VR Expanded, rendez-vous de la rentrée à la MC2, mis en place en lien avec la Biennale de Venise qui a créé l’événement. Plus que de simples films, c’est une véritable palette d'expériences mise à disposition du public, grâce à la réalité virtuelle. Le spectateur est invité à passer le masque/casque pour vivre toute une sélection de films et jouer à des jeux, manettes en main. De la visite de l’ISS à In The Mist, film réservé aux plus de 18 ans, chacun trouvera s

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Cuvée grenobloise : l'appel est ouvert !

Scène locale | Comme à chaque rentrée, on vous signale l’appel à participation de la Cuvée grenobloise, ce dispositif de soutien à la scène locale qu’on ne présente plus. (...)

Hugo Verit | Mardi 7 septembre 2021

Cuvée grenobloise : l'appel est ouvert !

Comme à chaque rentrée, on vous signale l’appel à participation de la Cuvée grenobloise, ce dispositif de soutien à la scène locale qu’on ne présente plus. Si ? Vraiment, vous ne connaissez pas ? Bon d’accord… Toujours portée par l’association Retour de Scène, la Cuvée a pour objectif de valoriser des artistes locaux « à travers la diffusion, la formation, la programmation et la mise en réseau ». En résumé, les lauréats ont l’occasion de rencontrer du beau monde et, surtout, de jouer sur de jolies scènes du territoire (Magic Bus, Cabaret Frappé…). Attention, ne postulez pas si : votre expérience scénique se limite à un tour de chant devant papa, maman et tonton ; votre truc, c’est les reprises ; vous êtes déjà pas loin de la gloire ; vous n’êtes pas isérois. Rien de tout cela ? Alors la Cuvée vous tend les bras… tout du moins jusqu’au 19 septembre, date limite d’envoi des candidatures.

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Apparat, épopée pop

Electro | Auteur d’une pop ciselée et élégante teintée de subtiles textures électroniques, le prodige allemand Apparat sera de passage mercredi 22 septembre à la Belle Electrique le temps d’un live qui s’annonce prometteur.

Damien Grimbert | Mardi 7 septembre 2021

Apparat, épopée pop

Figure emblématique de la scène électronique allemande depuis maintenant plus de deux décennies, Sascha Ring alias Apparat aura consacré une bonne partie de sa carrière à apprivoiser et faire sien un format auquel il était à l’origine totalement étranger : celui de la pop music. Après quelques années à écumer les clubs en tant que DJ techno, il sort ainsi en 2001 sur le label Shitkatapult qu’il dirige avec Marco Haas son premier album Multifunktionsebene, qui propose une IDM minimaliste peuplée de rythmiques brutes et de mélodies mélancoliques. Puis, au fil des années et des sorties d’albums, ses compositions vont s’étoffer progressivement d’instruments acoustiques, de chants et de collaborations avec d’autres musiciens comme Ellen Allien, au côté de laquelle il signe en 2006 un remarqué Orchestra of Bubbles sur Bpitch Control, le label de cette dernière. Un cap est passé, qui va encore s’affiner dans les années qui suivent au point qu’à la sortie de son album The Devil’s Walk sur Mute en 2011, les orchestrations pop, l’ambient et les inspirations shoegaze jouent déjà amplement à part égal

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Estelle Charlier : "C'est dans les défauts que la marionnette prend vie"

ECRANS | Parmi la foule des collaborateurs de Leos Carax pour inventer "Annette", on peut notamment compter une compagnie de théâtre iséroise : La Pendue. Avec la complicité de son ami Romuald Collinet, Estelle Charlier est celle qui a donné un corps et un visage à la supposée petite fille prodige d'Ann (Marion Cotillard) et Henry (Adam Driver). Une marionnette qui n'est encore visible qu'au cinéma, mais qu'on peut aussi apprendre à connaître par les mots, grâce à sa créatrice...

Martin de Kerimel | Mercredi 21 juillet 2021

Estelle Charlier :

Comment avez-vous rencontré Leos Carax pour la première fois ? Estelle Charlier : Lui travaillait depuis un moment sur l'idée du personnage. Annette ne pouvait pas être une vraie petite fille et il ne souhaitait pas utiliser une image de synthèse ou un robot. Il tenait à utiliser un objet que les acteurs pourraient toucher et prendre dans leurs bras. Il s'est donc décidé pour une marionnette. En novembre 2016, j'ai été contactée : il cherchait plutôt des manipulateurs que des constructeurs, à cette époque, mais sans avoir encore choisi ce que serait le visage d’Annette. Il avait simplement les photos d’une enfant, qui m’ont beaucoup touchée. Je lui ai donc proposé de faire un essai de sculpture. C’est ainsi que nous avons commencé à travailler ensemble. Et ç’a été un travail au long cours… Un projet énorme : il y a plusieurs expressions du visage, plusieurs marionnettes, plusieurs âges et plusieurs types de manipulation. Mon complice, Romuald Collinet, a intégré l’équipe en janvier 2017. Le film aurait dû être tourné cette année-là, mais on a été interrompu après quatre mois. Finalement, le projet a

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"Titane" de Julia Ducournau : au lit, motors !

Palme d'Or 2021 | ★★★☆☆ / Une carrosserie parfaitement lustrée et polie, un moteur qui rugit mais atteint trop vite sa vitesse de croisière pépère… En apparence du même métal que Grave, son premier et précédent long métrage, le nouveau film de Julia Ducournau semble effrayé d’affronter la rationalité et convoque le fantastique en vain. Dommage.

Vincent Raymond | Jeudi 15 juillet 2021

Victime enfant d’un accident de la route dont elle a été la cause, Alexia vit depuis avec une plaque de titane dans le crâne. Devenue danseuse, elle se livre en parallèle à des meurtres affolant le sud de la France et "s’accouple" avec une voiture. Pour se faire oublier après une soirée très sanglante, Alexia endosse l’identité d’Adrien, un adolescent disparu depuis dix ans. Son père, un commandant de pompiers détruit, va cependant reconnaître ce "fils" prodigue et l’accueillir… Programmé par la Semaine de Critique en 2016, le sympathique Grave avait instantanément transformé Julia Ducournau, dès son premier long métrage, en nouvelle figure de la hype cinématographique française. Sans doute les festivaliers, déjà peu coutumiers des œuvres se revendiquant d’un "autre cinéma" louchant vers le fantastico-gore, la série B et les séances de minuit, avaient-il été titillés par le fait que ce film soit signé non pas par l’un des olibrius vaguement inquiétants fréquentant les marches du Palais (Gaspar Noé, Lars von Trier, NWR, Bertrand Mandico…) mais par une jeune réalisatrice présentant bien. Le peuple de la Croisette, et sans doute celui de

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“Benedetta” de Paul Verhoeven : La chair et le sang

Cannes 2021 | Exaltée par sa foi et la découverte de la chair, une nonne exerce une emprise perverse sur ses contemporains grâce à la séduction et au verbe. Verhoeven signe nouveau portrait de femme forte, dans la lignée de Basic Instinct et Showgirls, en des temps encore moins favorables à l’émancipation féminine. Quand Viridiana rencontre Le Nom de la Rose…

Vincent Raymond | Mardi 13 juillet 2021

“Benedetta” de Paul Verhoeven : La chair et le sang

Italie, début du XVIIe siècle. Encore enfant, Benedetta Carlini entre au monastère des Théatines de Pescia où elle grandit dans la dévotion de la Vierge. Devenue abbesse, des visions mystiques de Jésus l’assaillent et elle découvre le plaisir avec une troublante novice, sœur Bartolomea. Son statut change lorsqu’elle présente à la suite d’une nuit de délires les stigmates du Christ et prétend que le Messie parle par sa voix. Trucages blasphématoires ou miracle ? Alors que la peste menace le pays, la présence d’une potentielle sainte fait les affaires des uns, autant qu’elle en défrise d’autres… Les anges du péché Entretenue depuis son enfance dans un culte dévot de la Vierge, conditionnée à adorer des divinités immatérielles omnipotentes, coupée du monde réel, interdite et culpabilisée lorsqu’il s’agit d’envisager les sensations terrestres, Benedetta vit de surcroît dans un monde de fantasmes et de pensées magiques, où chaque événement peut être interprété comme un signe du ciel (ce que la superstition ambiante ne vient surtout pas démentir). Prisonnière d’une commu

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La Guinguette Electrique fait son retour

MUSIQUES | Après deux premières éditions en forme de parenthèses enchantées en juillet et septembre dernier, la Guinguette de la Belle Électrique fait son grand retour du (...)

Damien Grimbert | Mardi 29 juin 2021

La Guinguette Electrique fait son retour

Après deux premières éditions en forme de parenthèses enchantées en juillet et septembre dernier, la Guinguette de la Belle Électrique fait son grand retour du jeudi 1er au mercredi 14 juillet sur l’esplanade Andry-Farcy. Au programme, bar et restauration, ateliers jeune public, et bien sûr concerts et DJ-sets avec un programme qui s’annonce aussi vaste que chargé. Niveau concerts, il faudra ainsi compter entre-autre avec l’afro-rap véhément du Nigérian Obi, la pop soyeuse du Suédois Peter Von Poehl, le synth-punk 80’s de Venin Carmin, les mélodies créoles de Dowdelin (en photo), la soul engagée de The Buttshakers, l’indie pop de Fantômes et Gwizdek, le néo-R’n’B en anglais de Thaïs Lona ou encore la "techno DIY" de Cheap House. Niveau musiques électroniques enfin, les samedi 3 et 10 juillet fourniront d’excellentes occasions de se dégourdir les jambes avec les DJs sets éclectiques de la Belge AliaA, de la Chilienne Paula Tape et du Lyonnais Pablo Valentino et les sonorités riches en groove de LB aka Labat, Mogan et Mangabey. La Guinguette Électrique. Du 1er au 14 juillet. www.la-belle-electrique.com

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Un été en famille

Théma | Bénéfice collatéral de sept mois de disette : il n’y aura pas de pénurie estivale dans les salles. Tout particulièrement pour les films parlant des familles ou à leur destination, et du désir de se libérer de son emprise sur un mode tragique, comique… voire les deux.

Vincent Raymond | Mardi 6 juillet 2021

Un été en famille

Variation multiple et ludique de Freaky Friday, Le Sens de la famille de Jean-Patrick Benes (30 juin) crée ainsi un chamboule-tout géant, où les esprits des parents, grands-parents et enfants naviguent dans les corps des uns et des autres sans fin pour une raison inconnue. S’ensuivent d’inévitables quiproquos glissant doucement vers un registre trash, changeant agréablement de l’injonction à faire de la comédie aseptisée. La fin qui ne résout rien permet (presque) de supporter le jeu de Dubosc — le seul à en faire des tonnes. Plus archaïque est la famille des Croods, une nouvelle ère, second opus signé Joel Crawford (7 juillet), revisitant dans une pseudo-préhistoire d’heroic fantasy aux couleurs criardes la querelle entre anciens et modernes, mâtinée d’un remix du Père de la Mariée et de Mon beau-père et moi. Là encore, le final délirant offre un relief inattendu à ce qui semblait s’engager sur les rails d’une animation ordinaire. Animat

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Marchand d’âme

Concept store | En portugais ou en espagnol, Alma signifie âme. C’est le nom qu’ont retenu Estelle Glénat et Estelle de Carvalho pour leur boutique fraîchement ouverte rue (...)

Jérémy Tronc | Mardi 6 juillet 2021

Marchand d’âme

En portugais ou en espagnol, Alma signifie âme. C’est le nom qu’ont retenu Estelle Glénat et Estelle de Carvalho pour leur boutique fraîchement ouverte rue Abbé de la Salle, à 10 mètres… de la rue de l’Alma. « C’est un hasard si Alma slow concept est si proche de cette rue. Le nom du magasin fait bien référence à notre âme et aux valeurs que nous défendons. Le client qui entre chez nous sait qu’il achètera éthique et éco-responsable », assure Estelle Glénat. La boutique est divisée en trois espaces correspondant chacun à une activité. Dans une pièce à gauche de l’entrée se situe le coin friperie, avec des vêtements chinés pièce par pièce par les deux Estelle, et des vêtements ou accessoires de mode surcyclés, c’est-à-dire récupérés et retravaillés par des créateurs. Le plus grand espace est réservé à la vente de produits artisanaux et éco-responsables pour lesquelles les deux filles se sont assurées des bonnes conditions de production : poteries, bijoux, objets de décoration, savons, bougies, cosmétiques, etc. Enfin, une pièce est dédiée aux ateliers programmés en partenariat avec des artisans locaux : fabrication de savon, couture pour enfants, linogravure, c

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"The Father" : ça tourne pas daron

ECRANS | L'écrivain français Florian Zeller adapte l’adaptation britannique de sa pièce à succès en embarquant une distribution et une équipe technique expérimentées. Le résultat s’avère conforme aux craintes : un aimant à Oscar lisse et propret ayant plus à voir avec le théâtre que le cinéma.

Vincent Raymond | Jeudi 20 mai 2021

Octogénaire vivant dans un vaste appartement londonien, Anthony (Anthony Hopkins) sombre dans la démence. Pour lui, le temps se diffracte : il confond présent et passé, sa fille Anne (Olivia Colman) avec l’assistante de vie, oublie jusqu’à la mort de sa cadette… Sa perception relative de cette altération affecte son humeur, le rendant agressif et paranoïaque. D’ultimes protections avant le lâcher-prise final… Tant de dithyrambes ont déjà été dites et écrites sur Le Père (pièce et film) que porter un avis contraire semble tenir d’une posture stérilement provocatrice façon Serge Kaganski époque Amélie Poulain ; tentons toutefois d’avancer quelques arguments… S’il n’est pas rare qu’un triomphe de la scène trouve une prolongation "naturelle" sur les écrans, métamorphoser un matériau théâtral en projet cinématographique n’en demeure pas une affaire aisée. S’affranchir de la contrainte du huis clos que la scène impose généralement constitue la principale préoccupation des réalisateurs : certains s’en accommodent en créant d’artificielles "aérations" visuelles, d’autres laissent le flux et la tension verbale sculpter les séq

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Tauceti, une jeune étoile aux platines

Événement | Déjà programmée deux fois à la Belle Électrique, la DJ y revient pour une "capsule" : une page lui est désormais dédiée sur le site Internet de la salle de concerts, qui permet de la (re)découvrir et de l’entendre dès ce vendredi 16 avril, à partir de 18h. Interview.

Martin de Kerimel | Vendredi 16 avril 2021

Tauceti, une jeune étoile aux platines

On te retrouve vendredi dans la Capsule de la Belle Électrique. Peux-tu d'abord nous dire d’où vient ton nom de scène ? Tauceti : D’une blague avec mon ex-colloc. J’ai commencé au Chalet, un petit bar grenoblois, et le gérant m’a dit qu’il fallait me présenter. C’est là que mon ami a proposé Tauceti, le nom de la seule étoile jaune visible dans la galaxie. J’ai trouvé ça mignon et c’est resté. Tu fais de la musique depuis longtemps ? Oui, j’ai toujours été dedans, y compris au lycée, avec des horaires aménagés. J'ai notamment fait de la batterie. Mes parents m’ont encouragée. J’ai d’abord eu une éducation classique, avant d'arriver à Grenoble pour mes études supérieures. Ici, c’est le berceau de la musique électronique ! J’ai rencontré des gens qui m’ont appris à mixer. C’est vraiment ce que je voulais faire ! Tu faisais des études de philo avant, c’est ça ? Tout est arrivé en même temps. En fait, la musique a commencé à me "prendre" quand j’étais en première année d’études.

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"Je m’appelle humain" : apaisée Joséphine

ECRANS | Grande plume de la poésie innue, Joséphine Bacon fait l’objet d’un portrait documentaire encapsulant une part de l’âme de sa culture. À découvrir en exclusivité en VOD, pour le moment.

Vincent Raymond | Mercredi 14 avril 2021

Québec, de nos jours. Poétesse reconnue et célébrée pour son écriture bilingue (en français et en innu-aimun, la langue des Premiers peuples du Canada), Joséphine Bacon évoque devant la caméra de Kim O’Bomsawin son parcours, de son passage au pensionnat à sa jeunesse semi beatnik à Montréal. Et comment, en maintenant vivace le souvenir de sa culture ancestrale faite d’oralité et de coutumes, elle a su en perpétuer l’essence à travers ses écrits… Paysages inspirants, lumière magique, palette harmonieuse… L’image de ce premier film est souvent flatteuse. Kim O’Bomsawin, pour son premier long-métrage, soigne son double sujet : le peuple Innu, survivant malgré l’entreprise d’acculturation destructrice menée par le gouvernement canadien depuis des décennies, et surtout Joséphine Bacon. D’ailleurs, si la réalisatrice ne convoque que si peu d’archives pour illustrer les souvenirs de sa charismatique interlocutrice, c’est sans doute par manque de matériau d’époque, témoignant du peu de cas accordé aux "Américains natifs". Parqués dans des réserves ou arrachés à leur famille, ils sont spoliés de leur identité quand ce n’est

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La Source s'écoule toujours

Spectacles en ligne | Depuis quelque mois, malgré la situation sanitaire, la Source continue de proposer résidences et événements (pour la plupart en livestream), pour combler un tant soit peu notre irréductible besoin de consolation. Et voici que la dernière salve en date s'avance pour les prochaines semaines !

Stéphane Duchêne | Mercredi 17 février 2021

La Source s'écoule toujours

ÀÀ vos agendas : le programme débute très vite, dès ce jeudi 18 février, à 18h30, avec la sortie de résidence des P'tits Maux des Mômes, un spectacle jeune public de la Cie Poêle à Gratter. Une résidence durant laquelle la compagnie a proposé des ateliers musicaux à destination des enfants du Centre de loisirs de Fontaine. Sur scène, et donc à travers le filtre du livestream, on retrouve trois musiciens pour un spectacle participatif né de leurs expériences dans le milieu scolaire et de la petite enfance. Les mardi 23 et mercredi 14 février, à 19h, sonnera l'heure des auditions régionales des iNOUïS du printemps de Bourges, un événement réservé aux professionnels de la profession (il s'agit comme indiqué d'auditions) mais retransmis sur Sol FM, qui proposera également des interviews des artistes. Les huit artistes régionaux présélectionnés par l'antenne régionale des iNOUïS seront comme d'usage répartis en deux groupes sur les deux soirs : le rappeur Richi, la protée lyonnaise Thaïs Lona, le Brésilien d'origine Joao Selva et la magnifique gouaille gone de

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Art à emporter

CONNAITRE | Si, depuis novembre, les lieux de cultures sont fermés au public, on oublie parfois que les bibliothèques sont encore ouvertes. Or le réseau municipal a la particularité de proposer une artothèque riche de plus de 2 000 pièces. Alors, s’il n’est plus possible d’aller voir des œuvres dans les musées, pourquoi ne pas les faire venir chez vous ?

Benjamin Bardinet | Jeudi 4 février 2021

Art à emporter

Installée depuis 2017 à la bibliothèque d’Étude et du Patrimoine, l’artothèque bénéficie depuis décembre dernier de l’agréable réaménagement qui a été fait du hall d’accueil de ce bâtiment, dont les allures de navire nous rappellent qu’il est la figure de proue du réseau des bibliothèques municipales. « Cette réouverture a permis à l’artothèque de retrouver son public mais aussi de voir venir beaucoup de curieux : ils découvrent le principe de prêt d’œuvres d’art et s'étonnent souvent que ce service soit gratuit », confie Isabelle Westeel, directrice de la bibliothèque municipale. En effet, il suffit d’être inscrit dans le réseau pour bénéficier de cette offre. Les particuliers sont nombreux à emprunter des œuvre et les collectivités ne sont pas en reste. « Associations, entreprises, EHPAD, centre médico-psy... nous avons une grande variété de structures qui nous sollicitent, ce qui aboutit à des demandes singulières, explique Anne Langlais Devanne, responsable de l’artothèque. Parfois, les usagers viennent avec l’idée d’une thématique: nous pouvons alors les orienter. D’autres préfèrent au contraire choisir seuls. » Prière de touc

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Belle Électrique : MixLab et la Ville avancent

ACTUS | Les deux entités le confirment : en fin d’année dernière et ce mois-ci, de nouvelles réunions de travail ont eu lieu entre la Ville de Grenoble et l’association MixLab pour dessiner l’avenir de la Belle Électrique.

Martin de Kerimel | Mercredi 27 janvier 2021

Belle Électrique : MixLab et la Ville avancent

Toujours pas de concerts, mais ça travaille en coulisses à la Belle Électrique. MixLab, qui craignait fort d’être mise à l’écart sans explication, témoigne désormais de son sentiment d’être revenue « sur un terrain où il est possible de discuter » avec la Ville. Clairement, après les vives tensions autour du conseil municipal de décembre, le climat paraît désormais apaisé entre les deux partenaires. Il leur reste toutefois du pain sur la planche. Leur premier objectif commun : avancer vers la création d’une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). « La délégation de service public que nous avons attribuée à MixLab court jusqu’à la fin de l’année, explique Lucille Lheureux, adjointe aux cultures de la Ville de Grenoble. Il nous faudra donc avoir défini un nouveau mode de gestion avant le 1er janvier prochain. On travaille en ce sens avec l’association, qui est légitimement placée au centre de nos débats, puisque le bâtiment avait été conçu selon son projet et qu’elle en a été le gestionnaire depuis le début ». Du pain sur la planche Deux options sont dans les tuyaux : que MixLab se transforme en SCIC, ce qui est l

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Belle Électrique : et maintenant ?

ACTUS | Pas de surprise au conseil municipal de Grenoble : malgré une opposition unanime pour la dénoncer, la délibération qui déclare infructueuse la procédure de renouvellement de la concession de service public de la Belle Électrique a été votée mardi 14 décembre. MixLab, l’association gestionnaire, ne serait toutefois pas hors-jeu. À suivre…

Martin de Kerimel | Mardi 15 décembre 2020

Belle Électrique : et maintenant ?

La vie publique a parfois des allures de marathon. C’est ainsi qu’au total, 113 délibérations étaient inscrites à l’ordre du jour du conseil municipal de Grenoble mardi 14 décembre. Organisés en visioconférence, les débats ont démarré à 15h tapantes et se sont prolongés jusque tard dans la nuit. Il était déjà 22h30 quand le maire Éric Piolle a ouvert la discussion sur la délibération numéro 67, consacrée à l’avenir de la Belle Électrique. Il est apparu que, contrairement à ce que nous avions envisagé au début de cette semaine, la municipalité n’a pas souhaité faire entériner immédiatement le principe de la constitution d’une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), chargée d’assurer la gestion quotidienne de l’établissement. Ce choix devrait être débattu lors d’un futur conseil, début février prochain. Il s’est d’abord agi de confirmer que la procédure de renouvellement de la concession de service public était infructueuse. Et ce malgré l’assurance donnée à MixLab, l’association gestionnaire, que ce mode de fonctionnement serait encore de mise jusqu’à fin 2021 (

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Belle Électrique : MixLab respire mieux

ACTUS | Vendredi 11 décembre, l’association gestionnaire de la salle a pu obtenir des éclaircissements de la Ville de Grenoble quant à l’avenir de son activité à court terme. C’est un peu apaisée qu’elle va suivre la réunion du conseil municipal lundi 14, qui devrait entériner le changement de statut de la structure.

Martin de Kerimel | Vendredi 11 décembre 2020

Belle Électrique : MixLab respire mieux

Tout n’est pas réglé, bien sûr, mais les membres du conseil d’administration de MixLab devraient mieux dormir ce week-end. Au terme de leur rencontre de vendredi matin avec des représentants de la Ville, il apparaît que la municipalité ne prévoit pas de les écarter de la Belle Électrique pour décider seule du devenir de l'établissement. La discussion de cette fin de semaine a permis de rétablir le dialogue pour la toute première fois depuis le 27 octobre, date à laquelle la Ville avait décidé de mettre fin à la délégation de service public. Sauf très improbable revirement de situation, lundi prochain, 14 décembre, le conseil municipal de Grenoble devrait entériner la délibération qui fera de la Belle Électrique une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). Et après ? « Beaucoup de choses restent en suspens, nous a indiqué un membre du conseil d’administration de MixLab. Nous avons le sentiment que la Ville nous a entendus et compris. Il semble qu’à l’avenir, nous serons davantage associés aux décisions que nous l’avions imaginé, mais nous restons dans l’attente de précisions. Même s’il y aura bien sûr des choses à revoir, notre projet n’a pas été rej

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Quel avenir pour MixLab à la Belle Électrique ?

ACTUS | Un rendez-vous crucial doit avoir lieu vendredi pour l’association MixLab : l’actuel gestionnaire de la Belle Électrique attend des explications sur l’intention de la Ville de confier les commandes de l’établissement à une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). Un projet qui pourrait être porté devant le conseil municipal dès lundi prochain, 14 décembre.

Martin de Kerimel | Jeudi 10 décembre 2020

Quel avenir pour MixLab à la Belle Électrique ?

Elle avait commencé à parler de ses futurs concerts avec prudence, en confirmant les dates de report de certains artistes initialement programmés cette année. Il faut bien reconnaître qu’au fil de ces annonces rassurantes, on ne s’inquiétait plus trop du sort de la Belle Électrique. On nous avait assuré qu’il n’y avait pas forcément de quoi, puisque la délégation de service public confiée à l’association MixLab avait même été prolongée jusqu’à fin 2021. Autant dire que le communiqué parvenu à notre rédaction en début de semaine a eu l’effet d’une douche froide. Son titre : « Le projet de la Belle Électrique doit-il disparaître ? ». Suivent deux pages d’explication pour aboutir à ce triste constat : « Dans un contexte sanitaire incertain, la Ville de Grenoble semble vouloir changer de modèle d’exploitation. » MixLab estime pourtant que, le 14 février dernier, au cours d’une réunion, elle avait « entièrement répondu aux demandes et attentes de la Ville exprimées dans le cahier des charges (…) et remis une offre ajustée. » Ses activités devaient donc se poursuivre sur cette base. Pourtant, le 27 octobre, l’association a été informée

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Fameux florilège

MUSIQUES | Punk rap. Artiste polyvalent, Bleu Russe signe un best of remarquable, éclectique et enrichi de morceaux inédits. On l'a écoute et trouvé très bon, jusque dans ses collaborations avec d'autres musiciens.

Hugo Verit | Mardi 8 décembre 2020

Fameux florilège

/ Punk rap Chaque sortie de Bleu Russe est un mélange de surprise et d’évidence. Comme s’il était toujours là où l’on s’attendait à ne pas l’attendre… Et c’est peut-être bien cet équilibre – instable donc subtil – entre cohérence absolue et liberté totale qui donne à son œuvre autant de puissance. Ça n’a jamais été aussi limpide qu’à l’écoute de Poubelle Marron, un best-of soigneusement désordonné augmenté de quelques morceaux inédits, un autoportrait foutraque, malicieux, profond, dur et tendre : très ressemblant. Voilà cinq ans que David Litavicki (son nom sur ses papiers d’identité) a lancé ce projet solo de rap/rock/punk/pop/etc. Quatre albums et un EP dont ce nouveau disque retrace brièvement l’histoire, de son point de départ avec Javel, un premier tube sans batterie, au plus récent La beauté du geste, doux manifeste irrévocable. Une plongée dans tout ce qui fait le style de Bleu Russe : son écriture en cut-up ciselé, sa colère toujours justifiée contre les administrations, une certaine sublimation de la banalité des existences, des instrus précises et efficaces. Et surtout, un sérieux penchant pour le collectif. On compte beaucoup

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Nos idées de balades déconfinées

ESCAPADES | Promenades. Le gouvernement ayant allongé notre laisse de 19 km, le Petit Bulletin a imaginé le concept de l’escapade 20 km / trois heures : une sortie dans un rayon de 20 km autour de Grenoble et de trois heures au maximum. Le terrain de jeu s’est beaucoup agrandi, mais le temps est limité. Voici trois sorties à moins de 20 minutes de voiture pour profiter au maximum de cette petite liberté retrouvée.

Jérémy Tronc | Mardi 8 décembre 2020

Nos idées de balades déconfinées

Circuit des écoliers (Pinet d'Uriage) Au départ du Pinet d’Uriage (Alt. 808 m, nord-est de Saint-Martin d’Uriage), cet itinéraire emprunte des chemins ruraux et relie plusieurs petits hameaux où s’accumulent de nombreux témoins de l’activité pastorale et agricole passée. Une des ruines que vous croiserez (sans doute une grange) en fait partie. Au départ de l’école du Pinet et en suivant le balisage bleu de cette randonnée, vous traverserez, dans l’ordre, les hameaux du Rossin-de-Corps, de la Chênevarie, de Rocharey, de la Croix-de-Pinet et d'Isards avant de rejoindre votre point de départ. Chaque nom a son histoire. Le Rossin-de-Corps tient son nom de l’installation à cet endroit de "barbares" roux ou russus (milieu du Ve siècle). La Chênevarie serait le lieu où l’on cultivait le chanvre. Isards viendrait du mot "essarts" ou terres défrichées. À part lors de la traversée des hameaux, l’itinéraire emprunte des petits chemins qui ne sont pas tous indiqués sur une carte IGN. Fiez-vous au balisage. Une partie de ce circuit a été adopté par les écoliers pour se rendre à leur école de Pinet après la loi de 1882 rendant l’école obligatoire. Les forêts traversé

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"Miss" : pas celle que vous croyez

ECRANS | ★★☆☆☆ De Ruben Alves (Fr., 1h47) avec Alexandre Wetter, Pascale Arbillot, Isabelle Nanty…

Vincent Raymond | Mercredi 28 octobre 2020

Passer de l’exception à l’acceptation : telle est la situation d’Alex dans Miss, où un jeune homme à demi-marginalisé recherche un épanouissement libérateur en mentant sur son identité et en participant au concours Miss France… Signée Ruben Alves, cette comédie grand public aux accents de feel good movie devrait contribuer à déghettoïser la situation des personnes transgenres. C'est d’autant plus vrai qu’elle est tournée avec la transparente complicité du Comité Miss France (qui s’achète ici une image de modernité, alors même que ses statuts poussiéreux prouvent régulièrement leur inadéquation avec la société contemporaine) et de comédiens hyper-populaires, comme Isabelle Nanty ou Thibaut de Montalembert en trav’…ailleuse du sexe au Bois. Mais ce film, qui tient beaucoup du conte d’Andersen, ne tiendrait pas sans la personne ni la personnalité d’Alexandre Wetter, qui fait exister le personna

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"Adieu les cons" : seuls contre tous

ECRANS | ★★★★☆ De et avec Albert Dupontel (Fr., 1h28) avec également Virginie Efira, Nicolas Marié…

Vincent Raymond | Mardi 20 octobre 2020

Il est suicidaire, elle est condamnée. Elle cherche son enfant abandonné, il veut bien lui donner un coup de main (un peu forcé par les circonstances), avec l’appoint d’un non-voyant traumatisé par la police et leurs violences… aveugles. L’expérience (réussie) d’adaptation au format superproduction, Au revoir là-haut (2017), ne signifiait donc pas rupture avec le cinéma d’avant d’Albert Dupontel – cet artisanat esthétique peuplé de rebelles aux instances autoritaires de la société, à son arbitraire stupide, à ses absurdités. Et comme pour Robert Guédguian à l’occasion du Promeneur du Champ de Mars, le fait de s’octroyer cette parenthèse aura été salutaire : l’auteur-interprète se retrouve en renouant avec son univers tant burlesque que satirique, où s’invitent les témoins habituels de sa causticité (le prodigieux Nicolas Marié, Terry Gilliam…), de savoureuses apparitions et une nouvelle venue touchante,

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Jours d’Ouverture sur le cours Berriat

Actu dans la ville | Art dans la ville / Depuis plusieurs années, les commerces ont du mal à survivre sur une petite moitié ouest du cours Berriat, devenue un simple lieu de passage. Devant ce constat, la compagnie Scalène organise "Ouverture Exceptionnelle", un festival artistique pluridisciplinaire qui investit certaines boutiques inoccupées et anime le quartier durant neuf jours.

Hugo Verit | Mardi 6 octobre 2020

Jours d’Ouverture sur le cours Berriat

Arpenter le cours Berriat dans son intégralité – depuis le boulevard Gambetta, amorce du centre-ville, jusqu’au pont bleu qui enjambe l’autoroute et le Drac à l’entrée de Fontaine – n’est pas une expérience anodine. Puisqu’il s’en passe des choses le long de ce kilomètre et demi où différentes ambiances se succèdent. La première partie est certainement la moins agitée depuis qu’une bien-nommée autoroute à vélo y est installée. Les voitures se font plus rares mais les commerces nombreux et relativement bien portants, bénéficiant sans doute de la proximité avec le centre. On y trouve une pizzeria d’influence romaine plutôt goûtue, un fameux resto vietnamien qui ne paye pas de mine, des agences immobilières, des banques étrangères et bien sûr le centre commercial K’store. Au-delà du cours Jean-Jaurès, c’est déjà une autre atmosphère : nous voilà au cœur de Berriat, dans les quartiers Estacade et Saint-Bruno qui palpitent bien, surtout aux heures de marché. À chaque coin de rue, un kebab, un primeur ou un boucher. Ça papote, ça s’interpelle, se salue… et se dispute, aussi, parfois. Ça vie, en somme… Et puis, une fois la rue Abbé Grégoire dépassée, démarre l’ultime tronçon. Celui qui

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"Madone(s)" : monstrueux doudous

ARTS | Intitulée Madone(s), la dernière exposition du centre d'art l’Espace Vallès met en dialogue deux artistes familières du lieu : Isabelle Levenez et Anne Ferrer.

Benjamin Bardinet | Mardi 6 octobre 2020

Direction d'abord le rez-de-chaussée de l'Espace Vallès. Si, dans ses photographies, Isabelle Levenez propose des réinterprétations pas franchement palpitantes des figures de martyres de la religion catholique, Anne Ferrer expose quant à elle deux grandes sculptures gonflables évoquant, par leur richesse chromatique et leurs formes généreuses, les Nanas de Niki de Saint Phalle. Légères, ces sculptures flottent, semblent respirer et apparaissent comme des doudous gentiment monstrueux dans les bras desquels on aurait envie d’être réconforté… Mais c’est une fois à l’étage que l’exposition suscite réellement notre enthousiasme. Dans une section consacrée aux oeuvres dessinées de ces deux artistes, on découvre de nerveuses esquisses d’Anne Ferrer dans lesquelles ses délires graphiques donnent naissance à des formes hybrides, à mi-chemin entre plantes carnivores et gâteaux à la crème. De son côté, Isabelle Levenez propose une vaporeuse série de visages de profil de la bouche desquels l’encre diluée semble s’échapper et se disperser à la manière d’ectoplasmes colorés. Madone(s), à l’Espace Vallès

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Concerts debout : on en est où ?

ACTUS | Enquête / C’est la question qui taraude presque tout le monde : les concerts debout en intérieur, toujours interdits à l’heure de notre bouclage, vont-ils bientôt pouvoir reprendre ? Et quelles stratégies les salles les accueillant mettent-elles en place dans ce contexte d’incertitude ? Tour d’horizon.

Damien Grimbert | Mardi 8 septembre 2020

Concerts debout : on en est où ?

Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ? Sans prise de position officielle claire depuis la fin du confinement, il n’était pas interdit d’espérer secrètement un déblocage tardif de la situation pour les salles ayant l’habitude d’accueillir des concerts debout. Un espoir aujourd’hui de plus en plus ténu – pour ne pas dire inexistant. C’est du moins le constat sans appel que l’on dresse après s’être entretenu avec des acteurs culturels comme la Bobine, l’Ampérage, la Source ou encore la Belle Électrique : plus personne ne croit encore vraiment en une possible évolution de la situation avant 2021, tout juste les plus optimistes s’autorisent-ils encore à garder un très mince espoir de changement pour le mois de décembre. À défaut, il faut donc pour les salles apprendre à composer avec l’incertitude. Les uns après les autres, et au compte-goutte la plupart du temps, les évènements debout un temps annoncés pour l’automne se voient de nouveau annulés ou reportés (le plus souvent à des échéances prudemment lointaines). Au mieux, ils sont transposés dans des configurations assises, avec toutes les contraintes que cela impose. Assis ou dehors Dans ces conditions, que fai

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La Belle continue en extérieur

MUSIQUES | Concerts / Après une première édition en juillet dernier qui avait rencontré un joli succès, la Guinguette de la Belle Électrique fait son retour du 10 au 20 septembre sur l’esplanade Andry Farcy sous une forme un peu plus ambitieuse. Revue de détail.

Damien Grimbert | Mardi 8 septembre 2020

La Belle continue en extérieur

Ç'avait été l’une des surprises bienvenues de juillet dernier : loin de céder au marasme ambiant post-confinement, l’équipe de la Belle Électrique avait retroussé ses manches et organisé, avec les moyens du bord, trois soirs par semaine et pendant trois semaines, une programmation gratuite en plein air réunissant concerts, DJ-sets, bar et food truck sur l’esplanade juste à côté du lieu. Une proposition qui avait su fédérer un large public dans une ambiance très conviviale, sans contrevenir pour autant aux réglementations sanitaires en vigueur. À défaut de pouvoir maintenir l’édition 2020 de leur festival Jour et Nuit, les organisateurs ont donc décidé de remettre le couvert deux semaines durant en septembre, tout en s’offrant le luxe de "booster" un peu l’ampleur de leur programmation par la même occasion. Si la première semaine ne démérite pas, avec notamment un plateau rock/garage le vendredi, une soirée pop/électro le samedi et une jolie proposition afro-caraïbes le dimanche, c’est surtout la deuxième semaine qui retient notre attention en termes d’affinités musicales. On attend en effet beaucoup du retour des talentueux Hollandais du Mauskovic Dance Band, dont le curieux sy

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Isabelle Huppert : « Au cinéma, on ment par définition »

ECRANS | Rencontre / Elle sourit quand on lui suggère que "La Daronne" (en salles le 9 septembre) pourrait changer son image. Isabelle Huppert en a vu d'autres et, une nouvelle fois, s'amuse à renverser les clichés.

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

Isabelle Huppert : « Au cinéma, on ment par définition »

Comment choisissez-vous vos rôles ? En fonction de ce que vous auriez envie de voir ou en rupture par rapport à ce vous avez fait auparavant ? Isabelle Huppert : C’est peut-être plus une question que se pose le metteur en scène que l’acteur. Parce qu’au fond, un acteur a peu de pouvoir sur la possibilité d'un film. Sinon, un peu tout dans la genèse m’attire : entrer dans un personnage, travailler avec un metteur en scène, le dialogue, une phrase qui vous reste dans la tête et pour laquelle on a envie de faire le film… C’est quand même à chaque fois une aventure un peu existentielle de faire un film : il y a tout un chemin qui vous y mène et qui n’est jamais le même… Quel a été le point de départ de La Daronne ? Le livre, que j’ai lu avant de savoir que Jean-Paul Salomé voulait faire le film. J’ai entendu Anne-Laure Cayre [l’autrice et coscénariste, NDLR] à la radio et, tout de suite, j’ai été très intéressée par ce qu’elle racontait. Je suis descendue en courant acheter le livre, que j’ai trouvé formidable et très bien écrit. Peu de temps après, il se trouve que Jean-Pierre, avec qui je voy

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"La Daronne" : shit et chut !

ECRANS | ★★★☆☆ De Jean-Paul Salomé (Fr., 1h30) avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani…

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

Interprète cachetonnant à la traduction d'écoutes policières, Patience Portefeux trouve un moyen de régler ses ardoises : écouler une cargaison de shit subtilisée à ses propriétaires et devenir fournisseuse en gros. La police va s’escrimer à identifier cette mystérieuse nouvelle "daronne"… Bardée de slogans qui claquent et d’un logo du festival de l’Alpe-d’Huez, l’affiche mettant en valeur une Isabelle Huppert voilée comme une riche Émiratie tend à faire passer La Daronne pour une comédie. En réalité, il s’agit là, comme pour le personnage de Patience, d’un déguisement dissimulant sa vraie nature de film noir à la croisée des mafias marocaines et chinoises et reposant sur des impératifs sociaux (payer l’Ehpad de sa mère, rembourser les dettes de son défunt mari, aider ses filles) : c’est la nécessité qui fait la hors-la-loi. Et sous cet épiderme de polar affleure un autre film encore, à la tonalité étonnamment mélancolique, nostalgique, où Patience (prénom décidément bien trouvé) peut enfin renouer avec son passé. Celle qui propose dans un langage fleuri mi argotique, mi arabe, à de petites

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"Never Rarely Sometimes Always" : sois femme et tais-toi

ECRANS | De Eliza Hittman (É.-U.-G.-B., 1h42) avec Sidney Flanigan, Talia Ryder, Théodore Pellerin…

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Autumn, 17 ans, se découvre enceinte. Comme il lui semble difficile d’interrompre sa grossesse dans son patelin de Pennsylvanie, elle part pour New York accompagnée par sa cousine Skylar. Là-bas, d’autres galères l’attendent. Être femme est encore, souvent, toujours, difficile… Chronique d’une adolescence féminine dans un pays où les droits des femmes sont insidieusement entravés. Tout l’arsenal légal et médical existe de la contraception à l’interruption volontaire de grossesse ; hélas, et Autumn en fait la triste expérience, il est sciemment saboté, avec une rare perversité, par le contexte social, familial et/ou moral. Ainsi découvre-t-on qu’une mineure forcée d’avoir des relations sexuelles non consenties et se retrouvant enceinte essuie les quolibets publics du violeur, l’ignorance de sa famille, les mensonges d’une employée du planning familial outrageusement pro-life ; qu’elle doit voler son employeur pour se rendre dans un autre État afin de se faire avorter et quasiment se prostituer afin de payer l’intervention (car, évidemment, il n’y a pas de couverture sociale pour l

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François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, Été 85 séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

La réalisation de ce film a-t-elle été pour vous une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers ? François Ozon : Quand j’ai lu le livre, je n’étais pas encore cinéaste, c’est vrai, j’étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j’adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j’avais presque plus envie d’en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n’aurais pas été capable de raconter l’histoire. J’étais quasiment sûr d’ailleurs qu’un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s’en emparer et faire un teen movie à l’américaine. Mais ça c’est jamais fait. Quand j’en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd’hui, il m’a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l’adapter pendant toute cette période, sans succès. Après Grâce à Dieu — qui avait été un film un peu compliqué, vous vous doutez pourquoi — j’avais env

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Isabelle Stragliati : « Une approche plus libre de la radio »

Documentaire radiophonique | Peut-être plus connue du public grenoblois sous le nom de Rescue, son alias de DJ, Isabelle Stragliati est également l’autrice de créations radiophoniques ambitieuses. La dernière d’entre elles, le documentaire "Virginie, Virginia, Simone et moi", explore et interroge l’engagement féministe d’hier et d’aujourd’hui. Rencontre.

Damien Grimbert | Mardi 7 juillet 2020

Isabelle Stragliati : « Une approche plus libre de la radio »

En quoi consiste la création radiophonique ? Isabelle Stragliati : Le terme permet d’englober un certain nombre de pratiques radiophoniques qui ne rentrent pas forcément dans les cases "traditionnelles" de la radio (reportage, émission musicale, débat, table ronde, information…). C’est une approche plus libre de la radio, affranchie des contraintes habituelles de format, de durée et de structure, qui permet de donner naissance à des formes un peu hybrides empruntant à différents genres, courants et influences : interview, documentaire, fiction, musique, field recording… Comment y es-tu venue ? C’est venu assez tard. J’ai commencé la radio de manière assez conventionnelle, avec une émission hebdomadaire sur Radio Campus Grenoble dans laquelle je partageais mes trouvailles musicales. Par la suite, j’ai commencé à y travailler et ça m’a permis de découvrir tous les aspects de la pratique : technique, communication, programmation, coordination… Ce qui m’a progressivement amenée vers la création radiophonique, que je ne connaissais pas vraiment : j’ai participé à un atelier à Marseille avec Radio Ca

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"Les Parfums" : Et néanmoins patronne…

Cinéma | De Grégory Magne (Fr., 1h40) avec Emmanuelle Devos, Grégory Montel, Gustave Kervern…

Vincent Raymond | Mardi 23 juin 2020

En galère de boulot, Guillaume devient le chauffeur d’Anna Walberg, "nez" indépendante dans l’univers de la parfumerie et femme si exigeante qu’elle a épuisé tous ses prédécesseurs. Mais Guillaume va s’accrocher en lui tenant tête. Une manière de leur rendre service à tous les deux… Devenu un visage familier grâce à la série 10%, Grégory Montel avait éclos en 2012 aux côtés du regretté Michel Delpech dans le très beau L’Air de rien, première réalisation de Stéphane Viard et… Grégory Magne. Après l’ouïe, celui-ci s’intéresse donc à l’odorat mais conserve peu ou prou un schéma narratif similaire puisque son héros ordinaire-mais-sincère parvient à nouveau à redonner du lustre à une vieille gloire recluse prisonnière de son passé et/ou ses névroses, tout en s’affirmant lui-même ; la différence majeure réside dans le fait qu’une relation fatalement plus sentimentale que filiale se noue ici entre les protagonistes. Loin d’être une bluette à l’anglaise où les deux tourtereaux roucoulent après avoir fait chien et chat pendant l’essentie

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"Canción sin nombre" / "Nuestras Madres" : l’une sort en salle, l’autre pas

Cinéma | Inscrits dans un contexte historique similaire, deux films d'Amérique latine sont à découvrir prochainement, mais pas sur les mêmes écrans. Nous vous les présentons toutefois en parallèle l'un de l'autre.

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Aussi dissemblables par leur destinée que leur facture ou leur approche esthétique, Canción sin nombre et Nuestras Madres ont beaucoup en commun, à commencer par leur inscription spatiale (l’Amérique latine) et historique (les années 1980).Tous deux figuraient à Cannes l’an dernier : le premier à la Quinzaine des réalisateurs, le second à la Semaine de la Critique où il a ravi la Caméra d’Or. Dévolue au meilleur premier film de la compétition toutes sections confondues, cette prestigieuse distinction ne l’exonère pourtant pas d’une sortie directe en SVOD tandis que l’autre, resté à peine une semaine sur les écrans avant le confinement, renoue avec les salles. Car même si Nuestras Madres se situe de nos jours, il se déroule réellement dans le passé puisque le protagoniste y est un anthropologue de médecine légale identifiant les dépouilles de victimes de la guerre civile guatémaltèque, lui-même orphelin de père et d’une mère torturée par le pouvoir d’alors. Un régime dont on sait qu’il pratiquait l’enlèvement d’en

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"Jumbo" : l’amour à la machine

ECRANS | De Zoé Wittock (Fr.-Bel-Lux., 1h33) avec Noémie Merlant, Emmanuelle Bercot, Bastien Bouillon…

Vincent Raymond | Mardi 23 juin 2020

Jeune fille solitaire encombrée d’une mère exubérante et désinhibée, Jeanne travaille dans un parc d’attractions où son charme farouche ne laisse pas indifférent son jeune responsable. Jeanne va tomber amoureuse, mais d’un manège, Jumbo. Et la passion lui semble réciproque… Par petites touches discrètes, le cinéma fantastique se régénère en revenant à sa source : avec des histoires partant de la normalité crasse du quotidien, déviant ensuite vers l’anormalité. Cette variation sémantique infime change tout, car elle rend l’ordinaire extra. Après l’enthousiasmant La Dernière Vie de Simon, Jumbo confirme qu’il faut suivre suivre la jeune garde francophone. Voyez ce premier long métrage de Zoé Wittock, où l’héroïne, à la façon d’un personnage introverti de Stephen King, va trouver un épanouissement lumineux dans une dimension intérieure et contraire à la doxa. Bon choix d’ailleurs que la toujours aventureuse Noémie Merlant pour donner corps à cette nouvelle romance interdite — Portrait de la jeune fille en feu, Curiosa

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Filles de joie

"Filles de joie" : les mamans et les putains | De Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich (Fr.-Bel., int.-12 ans avec avert., 1h21) avec Sara Forestier, Noémie Lvovsky, Annabelle Lengronne…

Vincent Raymond | Mardi 9 juin 2020

Filles de joie

Axelle, Dominique et Conso, trois voisines du Nord de la France, franchissent la frontière belge chaque jour pour proposer leurs faveurs en maison close afin d’améliorer un ordinaire misérable. Leurs rêves sont en berne. L’usure morale le dispute à la déchéance physique et au mépris des proches… Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent /Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne

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"Une sirène à Paris" : amour en eaux douces

ECRANS | De Mathias Malzieu (Fr., 1h42) avec Nicolas Duvauchelle, Marilyn Lima, Rossy de Palma…

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Alors que son père va vendre la péniche familiale Flowerburger, historique siège d’un groupe d’embellisseurs de vie (les surprisiers) Gaspard, un musicien au cœur brisé, découvre Lula, jeune sirène échouée sur les rives de la Seine. Pour la sauver, il l’emmène chez lui… S’il n’y avait les rêveurs pour le porter et lui donner de l’oxygène, le monde s’écroulerait, asphyxié. Mathias Malzieu en fait partie, qui déploie son imaginaire de chansons en livres et de livres en films, explorant des univers connexes à ceux de ses devanciers Tim Burton ou Jean-Pierre Jeunet. Comme dans La Mécanique du cœur ou Métamorphose en bord de ciel, le meneur de Dionysos ose ici un conte façon alchimie entre merveilleux et mélancolie avec des héros cabossés depuis l’enfance et des créatures surnaturelles. Avec ses décors baroques, sa musique faite maison, ses interprètes attachants (le couple Duvauchelle/Lima s’avère osmotique), Une sirène à Paris cherche à ranimer un certain esprit magique, que l’on peut apprécier comme une forme de nostalgie d’un paradis cin

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"Elle pas princesse, lui pas héros" : uniques en leur genre

Théâtre | Avec "Elle pas princesse, lui pas héros", le metteur en scène Johanny Bert a conçu un spectacle tout public qui déconstruit habilement les questions de genre – en gros, qu’est-ce qu’être un garçon et qu’est-ce qu’être une fille ? On l’a interviewé avant son passage par une école de La Tronche.

Aurélien Martinez | Mardi 18 février 2020

« Sur l’impulsion du Centre dramatique national de Sartrouville, j’ai demandé à Magali Mougel, autrice que j’aime beaucoup, d’écrire deux monologues – un pour un comédien et un pour une comédienne – sur l’idée de l’identité garçon-fille vue sous l’angle de l’enfance. De là est né Elle pas princesse, lui pas héros. » Depuis 2016, ce spectacle tout public connaît un immense succès en France (déjà quelque 400 représentations) et même au-delà – il a été adapté à New York, où il tourne toujours. À sa tête, le metteur en scène Johanny Bert, que l’on a interviewé après avoir été plus qu’enthousiaste à la découverte de sa création. « Magali a écrit un texte fort qui pose les clichés que les enfants ont, mais aussi que les adultes peuvent, inconsciemment ou non, véhiculer – un garçon doit être comme ça, une fille doit se comporter comme ça… » Où l’on suit pendant une heure l’histoire de deux gamins qui, a priori, ne respectent pas les codes de leur genre – « Leili était petite, elle aimait les jeux d’aventure et rêvait d’aller chasser des oiseaux dans la forêt ; Nils, quant à lui, était un garçon plutôt fr

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Excitant occitan

Concert | Élargissant son projet Sourdure à l'aventure collective, Ernest Bergez donne naissance à Sourdurent pour mieux approfondir sa ligne de conduite : une hybridation audacieuse d'un folklore occitan ancestral et d'expérimentations musicales les plus modernes. Au Ciel samedi 15.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 février 2020

Excitant occitan

Je sourdure, tu sourdures, il/elle sourdure, nous sourdurons, vous sourdurez, ils/elles sourdurent. Passant du je au nous, et plus précisement du il aux ils, Ernest Bergez s'est mis en tête de conjuguer son projet Sourdure au pluriel. Pour comprendre, sans doute faut-il revenir à la genèse individuelle de la chose – "chose" n'étant pas ici un terme usurpé, bien au contraire. Au départ donc, Ernest a le projet de passer le répertoire du folklore du Massif Central et de la langue occitane – idiome avec lequel les Fabulous Trobadors avaient en leur temps infiltré le monde du rap – au tamis d'une modernité, pour ne pas dire d'un futurisme largement expérimental (hybridations entre matière ancienne et compositions, synthèse modulaire, musique concrète). De cette friction spatio-temporelle naissait L'Esprova, ovni musical confirmant que, quand elles s'en donnent la peine, nos régions ont quand même vachement de ta

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Hot 8 Brass Band : vivre et mourir à la Nouvelle-Orléans

Concert | La vie est plus forte que tout : c'est un peu le message de la musique du Hot 8 Brass Band, venu tout droit de la Nouvelle-Orléans et qui débarque à la Source samedi 8 février. Un moment à ne pas manquer.

Damien Grimbert | Mardi 4 février 2020

Hot 8 Brass Band : vivre et mourir à la Nouvelle-Orléans

Les fanfares, pour ou contre ? Quand il s’agit uniquement de se servir de leur fascinant potentiel d’attractivité pour flatter de manière consensuelle "les gens qui aiment quand ça bouge", forcément on serait plutôt contre. Quand il s’agit de rendre un hommage vibrant, authentique et passionné à la résilience et à la culture musicale de la ville qui les a vu naître et grandir, c’est évidemment une toute autre histoire. Et c’est sans équivoque dans la deuxième catégorie que s’inscrit le Hot 8 Brass Band, une fanfare née dans les rues de la Nouvelle-Orléans qui emprunte aussi bien au folklore jazz historique de la ville qu’à des styles plus contemporains comme le rap, le funk, la bounce, sans oublier quelques reprises de tubes incontournables signés par Marvin Gaye, Stevie Wonder ou Joy Division. Pleinement inscrits dans la culture de leur ville, les membres du Hot 8 Brass Band (qu’on avait pu découvrir en activité au sein de la fabuleuse série Treme de David Simon, le créateur de The Wire) en ont payé le prix fort : depuis leur création, pas moins de cinq membres du groupe ont perdu la vie, fauchés par la violence de rue ou la maladie. Mais comme toujours à la N

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DJ Marcelle, aux antipodes du consensuel

Soirée | DJ Marcelle : sous ce drôle de nom (le vrai !) se cache une DJ aux univers musicaux disparates, mais étonnamment complémentaires. Et qui passe très bientôt à Grenoble.

Damien Grimbert | Mardi 21 janvier 2020

DJ Marcelle, aux antipodes du consensuel

Il y a quelque chose de radicalement punk dans l’approche du deejaying de la Hollandaise Marcelle Van Hoof, alias DJ Marcelle. Son désintérêt total pour les conventions du genre et ce à quoi un DJ-set "du moment" est censé ressembler n’a d’égal que sa formidable capacité à créer, à l’aide de ses trois platines vinyles, des collages sonores absolument uniques en leur genre. Agglomérats virtuoses et curieusement dansants d’univers musicaux disparates mais néanmoins complémentaires, les mixes de DJ Marcelle ressemblent à un vaste chaudron dans lequel on plongerait techno, bass music, avant-garde, post-punk, gazouillis d’oiseaux, dub, free jazz, folk, jungle, musiques orientales et afro-caribéennes pour les voir en ressortir transformés. Si cette démarche peu commune l’a longtemps laissée confinée dans l’underground, il semblerait que ces dernières années, les dancefloors des clubs et festivals du monde entier soient enfin assez ouverts pour accueillir DJ Marcelle. De Barcelone à Amsterdam en passant par l’Ouganda (en photo), elle ne cesse ainsi d’enchaîner les dates, convertissant à chaque fois un public sans cesse croissant à son univers freaky et libéré de toute contrainte foncti

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"Une belle équipe" : sorties de leur réserve

ECRANS | De Mohamed Hamidi (Fr., 1h35) avec Kad Merad, Alban Ivanov, Céline Sallette…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Un seul point. C’est ce qu’il manque à l’équipe de foot de Clourrières pour assurer son maintien. Sauf que les joueurs ont tous été suspendus après une bagarre. Alors, l’entraîneur monte une équipe féminine pour les trois ultimes rencontres. Et se heurte à l’hostilité machiste du village… Alors qu’il s’apprêtait à en débuter le tournage en 2018, Kad Merad prévenait que ce film n’aurait rien à voir avec Comme des garçons, cette comédie-fiction bâtie sur l’histoire de la première équipe de France de football féminine. On le confirme : Mohamed Hamidi ne s’intéresse ni à la romance ni à la reconstitution historique, mais au difficile basculement des mentalités vers une société paritaire, le football étant le symptôme (ou le déclencheur) d'une prise de conscience : troquer le ballon contre la charge domestique ordinairement dévolue à leurs épouses équivaut à une castration pour ces messieurs. Le réalisateur (qui, au passage, remercie ses six sœurs au générique) s’amuse à montrer à quel point la sensibilité masculine est asymétrique : chatouilleux sur leurs "privilèges" envolés, les hommes sont aveugles au fait que les affiches publicitaires utilise

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Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Cinema | Pour son premier long métrage, "Un vrai bonhomme", Benjamin Parent s’aventure dans un registre peu coutumier en France : le "coming at age movie", une sorte de film d’apprentissage adolescent. Une jolie réussite dont il dévoile quelques secrets. Attention, un mini spoiler s’y dissimule…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un thème commun se dégage de votre film Un vrai bonhomme et de Mon inconnue que vous avez co-écrit avec Hugo Gélin : l’uchronie, ou l’idée de permettre à des personnage d’accomplir des destinées alternatives. Est-ce délibéré ? Benjamin Parent : Pas du tout. Dans Mon Inconnu, l’idée d’uchronie vient d’Hugo ; je l’ai développée et essayé de développer la dramaturgie sur l’uchronie "la plus intéressante". Je trouve que l’uchronie permet de raconter l’histoire d’une manière extrêmement drastique, avec ce truc d’inversion absolue des choses : et si on pouvait rencontrer ses parents et qu’on se rendait compte que son père était un blaireau et que sa mère voulait nous choper, qu’est-ce qu’on ferait ? L’uchronie, finalement, c’est un pitch radical, qui permet plein de possibilités et un déploiement de l’imaginaire. Un vrai bonhomme, où le personnage de Léo est une extension de celui de Tom, permet également le déploiement de l’imaginaire. Donc du vôtre à travers eux… Effectivement. Mais plus qu’une uchronie, cela joue sur le principe de ce que l’on montr

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"Un vrai bonhomme" : je mets les pas dans les pas de mon frère

Cinema | Un adolescent solitaire s’appuie sur le fantôme de son aîné pour s’affirmer aux yeux de ses camarades, de la fille qu’il convoite et de son père qui l’ignorait, perdu dans le deuil de son fils préféré. Une brillante première réalisation signée par le coscénariste de "Mon Inconnue".

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Ado introverti ayant toujours subi l’aura solaire de de son frère Léo, Tom fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Heureusement, Léo est là pour lui prodiguer encouragements et conseils. Sauf que depuis un accident de la route fatal à Léo, celui-ci n’existe plus que dans la tête de Tom… On ne divulgâche rien en dévoilant d’entrée le fait que Léo est ici un personnage imaginaire, puisque Benjamin Parent s’arrange pour lever toute ambiguïté à ce sujet dès la minute 18. Tout l’enjeu de son film n’est pas de fabriquer un mystère à la Shayamalan pour le public, mais d’inclure ce dernier dans la névrose de son héros ; de lui faire partager les affects d’un adolescent mal remis d'un traumatisme et croyant trouver par cet expédient le chemin de la résilience. Mon frère, ce halo Comédie, drame ? Disons dramédie bien tempérée, ce qui constitue un tour de force : rares sont en effet les films hexagonaux capables d’aborder la question adolescente sans s’abandonner à des récits d’amourettes (La Boum), à des pitretries pathétiques (

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"Merveilles à Montfermeil" : corbeille et somme

Cinema | De et avec Jeanne Balibar (Fr., 1h49) avec également Emmanuelle Béart, Ramzy Bedia…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Fraîchement séparés, Joëlle et Kamel se côtoient tous les jours au sein de l’équipe municipale de Montfermeil. La maire, une illuminée, rêve, entre autres excentricités années 1980, d’implanter une école de langues démesurée dans cette cité de banlieue. Cela n’arrangera pas leurs relations… Intrigante et prometteuse, la séquence d’ouverture montrant le couple Balibar/Bedia se disputant en arabe devant une juge des divorces abasourdie aurait pu – dû ? – constituer l’alpha et l’oméga de cette pseudo comédie politique, mais authentique catastrophe artisanale. Première réalisation solo de la comédienne-chanteuse intello (récemment enrubannée d’un hochet républicain, dans la même promotion que le patron de BlackRock), ce "machin" a faux sur toute la ligne. La forme, tout d’abord : écrit et joué en dépit du bon sens, il offre à une troupe de bobos hors sol vêtue arty sexy l’occasion de glapir du cri primal dans un simulacre pathétique de Rendez-vous en terre inconnue. Le fond, ensuit

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"Le Lac aux oies sauvages" : pêche à l’homme

ECRANS | De Diao Yinan (Chi., avec avert. 1h50) avec Hu Ge, Gwei Lun Mei, Liao Fan…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Une guerre des gangs de voleurs de motos laisse Zhou Zenong blessé et en cavale dans la région du Lac aux oies sauvages, traqué par les hommes du capitaine Liu. Alors qu’il s’attend à retrouver son épouse Yang Shujun, c’est une mystérieuse prostituée, Liu Aiai, qui est au rendez-vous… Aux dires des festivaliers, Diao Yinan était le plus sérieux compétiteur de Bong Joon-ho sur la Croisette cette année. Précédé de l’aura de sa précédente réalisation et Ours d’Or 2014, Black Coal, Le Lac aux oies sauvages pouvait bénéficier d’un a priori favorable. Mais, suivant l’adage vaticanesque appliqué à Cannes, un palmé putatif durant la Quinzaine se retrouve souvent fort dépourvu au palmarès ; Diao est donc reparti bredouille. La sortie de son film en salles devrait lui permettre de se rattraper. Car il s’agit d’un thriller haut en couleur. Pas uniquement du fait de sa somptueuse photographie magnifiant les séquences nocturnes illuminées aux néons, dans de subtils jeux d’alliances chromatiques. Mais également par sa construction à la linéarité non strictement euclidienne, où le présent subit d’entrée les contrecoups d’u

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Doublé Capra : du bonheur pour cinéphiles

Reprises | Le grand cinéaste américain est à l'honneur du Ciné-Club et de la Cinémathèque de Grenoble, qui projettent deux de ses films parmi les plus emblématiques les 18 et 20 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Doublé Capra : du bonheur pour cinéphiles

Heureux cinéphiles grenoblois qui, en moins d’une semaine, vont se régaler les yeux avec deux classiques de Frank Capra ! On pourrait parler de hasard de programmation entre le Ciné-Club et la Cinémathèque, mais y a-t-il vraiment un hasard à l’approche de Noël lorsque l’un des deux films projetés se trouve être La Vie est belle (photo, 1946) ? Depuis sa sortie, ce long métrage est aux États-Unis indissociable des fêtes de fin d’année, tant il incarne l’esprit (et le miracle) de Noël. On y suit George, un brave type (le prototype de l’altruiste capresque, incarné par Jimmy "homme-de-la-rue" Stewart) sur le point de se supprimer, sauvé grâce à l’intervention providentielle d’un apprenti ange lui révélant à quel point le monde serait un enfer pour les autres s’il n’existait pas. Malgré les années, l’histoire demeure très moderne, si l’on y réfléchit : l’ange a recours à une vérité alternative pour étayer ses propos, et fait œuvre de coach en développement personnel pour convaincre George de sa valeur intrinsèque. Soooo 2019 ! Autre monument, mais au rayon comédie dramatique, New York-Miami (1934) avec Claudette Colbert e

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