Actuel, c'est pas fini

Contre-Culture | Une biographie de Jean-François Bizot et un récit de Patrice Van Eersel réveillent l'esprit Actuel, toujours plus mythique.

Sébastien Broquet | Mardi 26 septembre 2017

Photo : L'équipe d'Actuel © Dany Gander Glosse


À l'heure où Radio Nova s'apprête à émettre à Lyon, revenons aux sources : le magazine Actuel et surtout, le grand ordonnateur de toute cette agitation contrôlée, l'héritier de la famille Gillet, le rejeton infatigable ordonnant selon sa seule inspiration, aussi foutraque que géniale, tout ce joyeux bordel pour en faire un journal (puis un autre : Novamag) et une radio (puis une autre : TSF) qui ont explosé tous les codes pour imposer leurs propres non-règles et réussir là où Jean-François Bizot, c'est de lui dont on parle, voulait impacter : « en diffusant des idées qui infusent dans la société ». De l'underground des 70's aux coups de fric des années 80 (le premier article sur Tapie, c'est dans Actuel), en passant par le Grand Mix des DJs de Nova, sans oublier l'écologie (René Dumont, premier candidat écologiste à une Présidentielle en 1974, a été largement soutenu par cette bande, bien seule à l'époque) : ça a infusé.

Dix ans après sa mort des suites d'un cancer (le 8 septembre 2007), après toute une vie passée sans dormir dans les effluves permanentes de Dunhill Menthol, "le Grand" est le centre de gravité de deux nouveaux ouvrages. Une biographie signée Marina Bellot et Baptiste Etchegaray, sur laquelle on ne s'étendra pas tant elle est molle du clavier, piochant bien trop dans ce qui était déjà paru (le récit de Bernard Zekri désormais directeur de Radio Nova, Le plein emploi de soi-même (2013) et l'excellente enquête de Perrine Kervran et Anaïs Kien, Les Années Actuel : contestations rigolardes et aventures modernes, en 2010). Beaucoup n'ont pas répondu aux deux jeunes journalistes et ça se sent, trop. L'après Actuel, là où il n'y a encore aucune source disponible, apparaît baclé. Zap.

Préferons plutôt le récit de Patrice Van Eersel, qui lui respire du souffle des anciens : c'est du vécu, l'auteur ayant rejoint rapidement la bande d'allumés ayant décidé de révolutionner le journalisme depuis leur quartier général de St-Maur, fief acheté par Bizot où beaucoup ont vécu et créé, entre deux fêtes, une prise de LSD ou des nuits d'amour (et d'exploration des souterrains). Du making-of d'articles mythiques (un concert avec des orques ! Tapie ! Les Near Death Experience ! Et Fela Kuti, devenu l'ami de l'auteur...) aux anecdotes savoureuses, c'est toute l'époque récente de nos sociétés, pas seulement occidentales, qui est auscultée avec érudition, humour (ah, la découverte du karaté par Léon Mercadet... et les premiers trips acides !) et justesse par celui qui est féru de sciences et sans doute le plus new age de la bande, finissant par prendre la rédaction en chef du magazine Nouvelles Clés. Un régal.

Patrice Van Eersel, L'Aventure Actuel telle que je l'ai vécue (Albin Michel)
Marina Bellot et Baptiste Etchegaray, L'Inclassable (Fayard)

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Des biennales... encore !

Art Brut | Lyon. Année paire : Biennale de la Danse. Années impaires ? Biennale d'Art Contemporain... mais pas seulement ! La 11e Biennale (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 12 septembre 2017

Des biennales... encore !

Lyon. Année paire : Biennale de la Danse. Années impaires ? Biennale d'Art Contemporain... mais pas seulement ! La 11e Biennale d'Art Sacré Actuel débutera le 29 septembre prochain à l'Espace Saint-Polycarpe, réunissant une multitude d'artistes contemporains sur le thème d'un Profond retournement. À la même date (et jusqu'au 8 octobre) démarrera la 7e édition de la Biennale Hors Normes, consacrée à ce que Jean Dubuffet désignait autrefois comme l'art brut, et plus couramment appelé aujourd'hui art singulier... Cette année, la BHN rend hommage au Facteur Cheval, expose une partie des riches collections de Alain Bourbonnais et invite des artistes venus de Chine et d'Australie. Le tout est présenté dans des lieux aussi atypiques que les hôpitaux psychiatriques Le Vinatier et Saint-Jean-De-Dieu, l'Un

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La Biennale d'art sacré actuel a de l'avenir

ARTS | Depuis vingt ans, la Biennale d'art sacré actuel poursuit son discret cheminement, à la fois spirituel et artistique, sous la houlette de Danielle (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 novembre 2015

La Biennale d'art sacré actuel a de l'avenir

Depuis vingt ans, la Biennale d'art sacré actuel poursuit son discret cheminement, à la fois spirituel et artistique, sous la houlette de Danielle Stéphane (qui succède à Michel Durand). Venus d'un peu partout en France, une trentaine d'artistes présentent cette année des œuvres originales autour du thème très ouvert de "Demain". Certains ont choisi le fil du temps quotidien, d'autres les enjeux de l'environnement ou des nouvelles technologies, d'autres encore posent quelques questions plus directement métaphysiques... C'est le cas par exemple du parisien Jérôme Mitonneau qui expose une belle série de dessins consacrés à la figure de l'ange, «forme médiatrice évidente pour exprimer mon intranquillité» comme il le précise lui-même. Parmi des brumes épaisses percées de quelques halos lumineux, des silhouettes inquiétantes apparaissent à la surface du papier. Non loin de là, un enfant s'enfonce dans un sombre sentier, tracé à l'encre par François-Xavier de Boissoudy. Les œuvres des deux dessinateurs semblent se répondre, accrochées dans un premier espace peu évident qui se prolonge ensuite dans l'Église Saint-Polycarpe.

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Musiques actuelles et blocs sanitaires

ACTUS | Enjeux / En 2005, la Ville avait fait de la place accordée aux musiques actuelles l’un des enjeux majeurs de la délégation de service public. Le (...)

Dorotée Aznar | Lundi 5 octobre 2009

Musiques actuelles et blocs sanitaires

Enjeux / En 2005, la Ville avait fait de la place accordée aux musiques actuelles l’un des enjeux majeurs de la délégation de service public. Le Transbordeur devait même «occuper une place déterminante parmi les lieux accueillant les musiques actuelles». Victor Bosch, en décrochant la gestion du Transbordeur, s’était ainsi engagé à programmer au moins vingt artistes ou groupes locaux et régionaux du secteur des musiques actuelles chaque saison (en échange d’une compensation financière de la Ville comprise entre 50 000 et 75 000 euros par an, selon le nombre de concerts et le type de salle utilisée). En plus de ces concerts de groupes locaux ou régionaux, Victor Bosch devait également «s’efforcer d’intégrer dans sa programmation annuelle un artiste local ou régional en première partie» et accueillir, à raison de douze jours de résidences par an, des artistes locaux ou régionaux en voie de professionnalisation. Après plus de quatre ans d’activité, le résultat n’est pas reluisant et même si, comme en convient Jean-Pierre Pommier, candidat à la succession de Victor Bosch «faire de l’émergence n’est pas simple», le Transbordeur n’a pour l’instant pas été à l’écoute des réseaux locaux

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Les musiques actuelles donnent de la voix

MUSIQUES | Table ronde / Entre difficulté à se structurer et à se faire entendre des pouvoirs publics et disparition d'acteurs essentiels du secteur, la saison dernière a été difficile pour les musiques actuelles lyonnaises. Table ronde animée par Stéphane Duchêne

Dorotée Aznar | Mardi 22 septembre 2009

Les musiques actuelles donnent de la voix

Les intervenants : Olivier Boccon-Gibod, directeur de Caravelle prod., président du collectif musiques actuelles de l'agglomération lyonnaise (C-Mal)Éric Fillon, programmateur de MediatoneFabien Hyvernaud, attaché de production de Kao KonnectionAntoine Levallois, musicien, guitariste de Fake Oddity, chef de projet du label Honey Pie Petit Bulletin : Après une année particulièrement compliquée pour les musiques actuelles lyonnaises, comment vivez-vous ce début de saison ?Fabien Hyvernaud : Pour nous à Kao Konnection, c'est évidemment un peu morose. Les licenciements ont un peu entaché la motivation. On espère que cette année se finira mieux que la précédente.Olivier Boccon-Gibod : On est vraiment dans la continuité de l'an dernier : le contexte est toujours aussi noir et les acteurs toujours aussi fragiles. Mais on a tous la volonté d'avancer.Éric Fillon : Cela engendre aussi plus de solidarité au sein du C-MAL (Collectif Musiques Actuelles de l'Agglomération Lyonnaise qui regroupe une trentaine d'acteurs des musiques actuelles, tourneurs, programmateurs, labels...

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À la barre

ACTUS | «Accusé levez-vous !». Le feuilleton du K-barré vient de vivre son épilogue judiciaire. Le lieu, inspiré de Berlin, qui se veut bar cosmopolite et (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 30 avril 2009

À la barre

«Accusé levez-vous !». Le feuilleton du K-barré vient de vivre son épilogue judiciaire. Le lieu, inspiré de Berlin, qui se veut bar cosmopolite et interculturel va terminer sa saison mi-juin. En février, la cour d'appel a confirmé et durci le jugement du tribunal de grande instance, rendu il y a un an et demi. Des plaintes de co-prorpriétaires qui n'habitent pas dans l'immeuble mais, soucieux de préserver la valeur marchande de leur bien, ont mené le K-barré à la casse. Pourtant équipé de tous les outils de mise aux normes exigés (dont un limitateur de son dont le coût avoisine les 6000€), les bonnes volontés n'ont pas suffit. Avec un statut associatif, le bar offrait la possibilité à ses nombreux membres d'être un peu ‘chez eux’ et d'avoir par exemple le droit de fumer lorsque seuls les bénévoles y travaillaient (évitant du même coup les nuisances sonores de ceux qui fument sur le trottoir). Au programme des soirées depuis octobre 2006 : des spectacles, des projections de films (des nanards qui cartonnent et aussi, par exemple, le premier Rambo le 15 mai), des intégrales de musiques, des bœufs, des concerts... Bref, un endroit vivant qui va devoir enfiler sa muselière à l'orée

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La geste du Citron

MUSIQUES | Le 1er mars 2008, Le Citron faisait le choix d’interrompre sa programmation musicale. Trop de problèmes avec le voisinage se plaignant des nuisances sonores engendrées par les concerts. À l’époque, on ne donnait pas cher de sa rondelle. Un an plus tard, Le Citron est pourtant toujours là, certes un peu différent mais toujours fidèle à lui-même… Romain Vallet

Dorotée Aznar | Mercredi 29 avril 2009

La geste du Citron

Dans cette modeste cave ténébreuse de la rue Saint-Georges, lieu de passage obligé pour toute la scène rock locale et régionale, les concerts sont revenus, mais la musique amplifiée a cédé la place à l’acoustique. L'ambiance en cette saison 2008-2009 s’est donc faite un peu moins garage rock et un peu plus intimiste, avec notamment ces derniers temps les prestations finement ciselées des Toulousains d’Appletop ou des biens-de-chez-nous Macadam et A*Song. Comme toujours, la clientèle est plutôt jeune (18-30 ans, voire en peu en deçà avant minuit), avec une part importante d’étudiants étrangers, notamment Anglais et Espagnols. Mais avec le retour des beaux jours, la saison des concerts s’achève pour le Citron : difficile de demander au public, même le plus motivé, de s’entasser trois quarts d’heure durant, toutes fenêtres closes pour ne pas gêner les voisins, dans la cave exiguë qui sert de salle de concert. Mix gratuitsToute animation ne devrait pas cesser au Citron pour autant : pour pallier l’absence de concerts amplifiés et la raréfaction des concerts acoustiques, Fred, l’âme du lieu, a décidé de miser largement sur les mix animés par des clients fidèles. Ici, pas de

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