Côté obscur

Né à la fin des années 90, en plein essor de la drum’n’bass en Angleterre, The Third Eye Foundation a marqué dès son premier album (Semtex, 1996) la réappropriation par Matt Elliott de cette esthétique pas forcément célébrée pour sa finesse. Montées languides, digressions mélodiques inattendues, climax abrasifs chargés en émotions, ses compositions et remixs tranchent du tout venant de la production de l’époque, et assurent à l’artiste sa prime reconnaissance. Jusqu’à ce qu’il décide de faire carrière sous son propre nom en 2003, en de multiples jeux folk autour de la formule guitare / voix. Au sortir d’un stand-by d’une dizaine d’années, Matt Elliott répond à la suggestion de son label Ici d’Ailleurs et se lance dans l’élaboration d’un nouvel album sous le nom The Third Eye Foundation. Il s’entoure de deux musiciens touche-à-tout, Louis Warynski et Chris Cole, mieux connus sous les noms de Chapelier Fou et Manyfingers, et compose dans des conditions… particulières. «Je souffrais d’une infection au poumon, j’étais sous cortisone et ça faisait bouillonner mon cerveau. Je suppose que ça a facilité les choses». Fiévreux, The Dark (sorti en novembre 2010) l’est assurément. Les cinq pistes forment un morceau épique de 42 minutes, passant par une multiplicité d’ambiances mélancoliques, rageuses, aériennes, avant de révéler une puissance sidérante dans son bouquet final, le très évocateur If you treat us all like terrorists we will become terrorists. Du fait des disparités géographiques de ses musiciens à travers toute l’Europe et donc des contraintes financières afférentes, l’album n’a que peu tourné, et n’a obtenu son retentissement mérité que chez les amateurs pointus de la chose électronique. Dommage, tant cet incroyable opus s’impose au fil de ses innombrables réécoutes en boucle comme une production majeure, une addition de talents convergeant vers la même acception de la musique comme arme d’évocation sensible.
François Cau

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