La Source des femmes

ECRANS | De Radu Mihaileanu (Fr, 2h04) avec Leila Bekhti, Hafsia Herzi, Hiam Habass…

Christophe Chabert | Mardi 25 octobre 2011

Avec Le Concert, Radu Mihaileanu avait prouvé qu'il aimait bien les clichés ethniques et pittoresques pour construire de la comédie à vocation internationale. Au moins faisait-il preuve d'un petit talent de storyteller… Avec La Source des femmes, il n'y a plus que la maladresse et les clichés, le scénario se délayant dans une longue et confuse fiction chorale illustrée façon téléfilm de luxe. Chez Mihaileanu, au nom du conte, on peut prendre des actrices françaises et résumer grossièrement leurs origines (pas marocaines, algériennes ou tunisiennes ; juste arabes) ; oui, mais c'est un film féministe ! On peut aussi diviser l'orient en deux catégories : les musulmans gentils (poètes, tolérants, respectueux de leurs femmes) et les musulmans méchants (le Coran à la main pour flanquer des roustes à leurs épouses) ; oui, mais c'est un film humaniste ! On peut enfin, en guise de conclusion rassurante façon feel good movie, terminer son film par de la danse et des chansons, des beaux costumes, des youyous et tout le monde est content ; oui, mais c'est un film d'auteur ! Au secours…
Christophe Chabert

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Requiem pour un film : "Chanson Douce"

Drame | Un couple de trentenaires parisiens épanouis recherche la perle rare pour s’occuper de leurs deux enfants afin que la mère puisse reprendre son activité professionnelle. Leur choix s’arrête sur Louise, une quinquagénaire en tout point parfaite. Plus que parfaite, même. En apparence…

Vincent Raymond | Mardi 26 novembre 2019

Requiem pour un film :

De l’éternel gouffre séparant un livre de son adaptation cinématographique… Sous la plume de Leïla Slimani, Chanson douce fut un roman d’une épouvantable précision, menant avec une limpidité rigoureuse et clinique vers le dénouement macabre annoncé dès ses premières pages. Ni “objet“ littéraire surstylisé (bien que couronné par le Prix Goncourt), ni polar des familles, cette œuvre profonde et captivante rendait compte d’un faisceau de vérités sociologiques contemporaines — notamment que la précarité peut conduire de la déréliction à la névrose, l’inconsciente arrogance des privilégiés servant alors de catalyseur à une effroyable tragédie. Sur le papier, il y avait tout pour construire un thriller et faire vibrer l’écran. La distribution elle-même était prometteuse — mais ne l’était-elle pas trop ? Le rendez-vous s’avère manqué. Parce que Karin Viard est trop prévisible dans le rôle d’une nounou désaxée, que Leïla Bekhti et Antoine Reinartz se révèlent

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Conte à pâte de velours : "La Fameuse invasion des ours en Sicile"

Animation - dès 6 ans | En ce temps où les ours et les humains vivaient en paix, le jeune Tonio, fils du roi des ours, se fit capturer par des chasseurs en Sicile. Aidé par un magicien, son père envahit la plaine des Hommes et remporta la victoire. Commença alors une cohabitation entre les deux espèces…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Conte à pâte de velours :

Depuis le temps que l’univers de Mattotti taquinait le cinéma, il fallait bien qu’il franchisse pleinement le pas ; cela aura été par l’entremise d’un roman du génial Dino Buzatti. De par sa structure de conte, cette histoire se prêtait à ses somptueuses fantaisies graphiques (aplats texturés, couleurs chaudes, formes stylisées…) comme aux extensions lui étant ici offertes. En somme, le film accomplit un double travail “d’enluminure“ du texte original en proposant d’une part l’adaptation visuelle par Mattotti et en développant de l’autre le propos philosophique par un enchâssement de récits — lequel fait également écho à la tradition orale du conte. Au scénario, si l’on n’est guère étonné de trouver la présence de Fromental, grand habitué de la transposition de la BD à l’écran — l’homme appartient aux deux mondes —, on se réjouit de découvrir que Thomas Bidegain, brillant auteur et habile cinéaste, a non seulement contribué à l’écriture, mais aussi prêté sa voix à l’un des personnages. Ce faisant, il côtoie au générique son aîné Jean-Claude Carrière, dessinan

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"Sex Doll" : London Darling

ECRANS | de Sylvie Verheyde (Fr, 1h42) avec Hafsia Herzi, Ash Stymest, Karole Rocher…

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Escort girl travaillant à Londres pour le compte de Raphaëlle et menant grand train, Virginie est approchée par Rupert, un mystérieux jeune homme fréquentant souvent les prostituées de son genre. Dans un but très précis… On ne changera pas Sylvie Verheyde, qui n’aime rien tant que décrire les faunes populo-marginales et les filmer entre chien et loup. Sauf qu’elle en tire des histoires arty confuses se regardant la misère (du Claire Denis, mais en plus sinistre), bien cachées derrière un alibi social — ce qui ne manque pas d’arriver, ici encore. Oh, on voudrait bien y croire, ne serait-ce que pour lui faire plaisir ; seulement, il y a un hic : l’interprète du rôle principal, Hafsia Herzi. Ses qualités de jeu ne sont pas en cause, entendons-nous bien ; elle n’a juste pas le physique bimboesque requis pour rendre crédible sa situation de demi-mondaine. Lorsqu’on y songe, c’est plutôt rassurant pour la comédienne…

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"L’Histoire de l’Amour" : love, etc.

ECRANS | de Radu Mihaileanu (Fr, Can, E-U, Rou, 2h14) avec Derek Jacobi, Sophie Nélisse, Gemma Arterton, Elliott Gould…

Vincent Raymond | Mercredi 9 novembre 2016

Soixante ans après l’interruption de son histoire passionnée avec Alma, Léo, un rescapé de la Shoah croise une adolescente en proie aux tourments de son âge. La donzelle se prénomme également Alma, à cause d’un mystérieux livre narrant l’amour absolu de Léo pour sa dulcinée… Histoires cycliques imbriquées les unes dans les autres, amours transatlantiques, amis imaginaires, toile de fond tragique, brouilles familiales, convoitises, trahisons, décor new-yorkais, imposture littéraire, distribution de prestige et BO appuyant là où ça pique les yeux… En vérité, on avait tout pour composer une fresque comme Radu Mihaileanu se plaisait jadis à les brosser à l’époque de Va, vis et deviens (2005) ; ne manquait qu’un vrai souffle épique pour unifier tout ça. Las ! L’on passe en effet ici d’un chapitre ou d’une époque à l’autre, dans un saute-mouton dépourvu de fluidité. Résultat : ce que récit y gagne en — involontaire — destructuration conceptuelle, il le perd en romantisme ; et l’histoire, en définitive, ne s’élance jamais.

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L’Astragale

ECRANS | De Brigitte Sy (FR, 1h37) avec Leïla Bekhti, Reda Kateb…

Aurélien Martinez | Mardi 7 avril 2015

L’Astragale

Leïla Bekhti est une actrice fascinante qui, film après film (des comédies populaires, du cinéma d’auteur, des pubs pour du colorant à cheveux…), impose une présence magnétique. Dans L’Astragale, elle forme un duo efficace avec Reda Kateb, autre nouvelle figure remarquée du cinéma français. Le charme du deuxième long métrage de Brigitte Sy, ancienne compagne de Philippe Garrel, découle aussi bien de la rencontre entre les deux comédiens que de l’amour fou qui réunira les deux personnages. Elle vient de s’évader de prison à tout juste 19 ans (et, dans sa fuite, s’est cassé l’astragale, os du pied qui donne son titre au film) ; lui, repris de justice, la recueille mais ne peut rester à ses côtés. Leur romance sera donc en pointillé, alors qu’elle ne rêve que de le retrouver. Basé sur le roman autobiographie d’Albertine Sarrazin, L’Astragale se place délibérément du côté des sentiments avec en point d’ancrage ce personnage de femme libre que la société de la fin des années 1950 veut faire taire. Pourquoi pas. Mais malgré un joli noir et blanc, des décors d’époque et un maximum de clopes fumées en 1h30, Brigitte Sy peine à in

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Maintenant ou jamais

ECRANS | De Serge Frydman (Fr, 1h35) avec Leïla Bekhti, Nicolas Duvauchelle, Arthur Dupont…

Christophe Chabert | Mardi 2 septembre 2014

Maintenant ou jamais

Charles et Juliette rêvent de s’installer avec leurs enfants dans une maison à la campagne, loin des appartements parisiens étriqués. Alors que le chantier démarre, Charles est licencié par la banque qui l’employait ; et, un soir, Juliette se fait voler son sac par un inconnu. Plutôt que de le dénoncer à la police, elle finit par proposer à ce petit voleur sans envergure un deal : organiser le braquage de la banque sus-citée. Maintenant ou jamais commence donc comme Une vie meilleure (déjà avec Leïla Bekhti) et se poursuit à la façon de Sur mes lèvres, avec une femme qui révèle une nature héroïque au contact du crime. L’addition mécanique de deux bons films n’accouche pas forcément d’une merveille, et Serge Frydman a bien du mal à camoufler les invraisemblances de son scénario. Le coup de force initial — le basculement de Juliette et son plan parfaitement orchestré qui surgit tel le lapin du chapeau —pèse lourd sur les péripéties à venir — dont une obscure visite à des malfrats belges trafiquants sur les champs de course ; quant aux at

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Avant l’hiver

ECRANS | À défaut de convaincre, le troisième film de l’écrivain Philippe Claudel intrigue. Ce drame où un chirurgien du cerveau, marié à une femme qui passe ses (...)

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

Avant l’hiver

À défaut de convaincre, le troisième film de l’écrivain Philippe Claudel intrigue. Ce drame où un chirurgien du cerveau, marié à une femme qui passe ses journées à jardiner dans une grande demeure qu’elle appelle judicieusement une «cage de verre», s’obsède peu à peu pour une jeune et belle inconnue aux multiples visages ­— serveuse, étudiante, putain — dont il ne sait trop si elle complote contre lui ou si elle est simplement folle amoureuse, prend parfois des allures de thriller hitchcockien. Du point de vue de sa mise en scène, le film, justement, a de l’allure. Claudel a un vrai sens du plan qui fait sens, méticuleusement composé et éclairé, et il parvient à faire entrer de l’inquiétude et de la mélancolie dans son récit par la seule force de l’image. En revanche, son passé littéraire refait surface dans les dialogues, incroyablement démonstratifs et sentencieux, où l’on sent plus le discours de l’auteur que la parole des personnages. Tout cela manque cruellement de santé, et même le mystère qui sous-tend toute l’intrigue finit par être trop clairement élucidé dans le dernier acte. Ce manque de quotidienneté, rien ne le souligne plus que le choix mal

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Nous York

ECRANS | De Géraldine Nakache et Hervé Mimran (Fr, 1h45) avec Géraldine Nakache, Leïla Bekhti, Manu Payet, Baptiste Lecaplain…

Christophe Chabert | Mardi 30 octobre 2012

Nous York

Après l’excellente surprise que constituait Tout ce qui brille, le tandem Nakache/Mimran a visiblement cherché à reproduire ce qui en avait fait le succès : Nous York interroge à nouveau l’amitié à l’épreuve de la maturité et tente de faire le portrait générationnel d’une jeunesse grandie dans les quartiers, le tout délocalisé du centre de Paris à New York. Mais cette fois-ci, rien ne marche. La personnalité des trois compères (Payet, Boussandel et Lecaplain, tous trois très biens, surtout le dernier) n’est pas assez affirmée, les gimmicks de dialogue («To the…») ont l’air forcés, et certains enjeux sont carrément flous : rien n’explique pourquoi Bekhti et Nakache se tirent la gueule au début ; du coup, on ne pige jamais vraiment pourquoi elles se réconcilient ensuite. Le film oscille ainsi entre un sous-régime scénaristique où tout semble flotter à la surface du récit et un sur-régime déjà observé dans le dernier acte de Tout ce qui brille. Un exemple, frappant : quand Mimran et Nakache veulent illustrer un thème, il faut

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Mains armées

ECRANS | De Pierre Jolivet (Fr, 1h45) avec Roschdy Zem, Leïla Bekhti…

Christophe Chabert | Vendredi 6 juillet 2012

Mains armées

Que le polar ne soit qu’un prétexte pour raconter quelque chose de plus intime et existentiel, c’est un fait vieux comme Hérode. Encore faut-il que le texte (le polar) soit palpitant et que le sous-texte (le drame) soit pertinent. Ce n’est le cas ni de l’un ni de l’autre dans Mains armées, qui montre un Pierre Jolivet plus consciencieux que d’ordinaire, mais toujours aussi à la ramasse du cinéma de l’époque. Suivant un flic d’une brigade d’intervention spéciale marseillaise (Zem) qui doit collaborer avec les stups parisiens dans laquelle officie sa propre fille (Bekhti), qu’il n’a jamais vraiment connue, Jolivet tente d’imbriquer son récit, assez confus, avec une étude psychologique plutôt grossière (la fille qui tente de plaire à son père en allant le défier sur son propre terrain), échouant à être à la fois efficace et profond. Seul intérêt : le duo de comédiens. Toujours à la limite du surjeu lorsqu’ils sont séparés, leur rencontre est à l’inverse passionnante, cherchant un territoire commun de virilité et de fragilité pour exprimer ce qui peut les rapprocher. Grâce à eux, le film évite de justesse la vacuité. Christophe Chabert

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Une vie meilleure

ECRANS | De Cédric Kahn (Fr-Can, 1h50) avec Guillaume Canet, Leila Bekhti…

Dorotée Aznar | Jeudi 22 décembre 2011

Une vie meilleure

Antidote absolu au pensum mélodramatique de Philippe Lioret Toutes nos envies, Une vie meilleure marque le retour au premier plan de son cinéaste, Cédric Kahn, qui signe ici son meilleur film. Yann (Canet, incroyablement bon, ce qui n’était pas gagné), cuistot dans une cantine scolaire, rencontre Nadia (Leïla Bekhti, définitivement une des actrices passionnantes du cinéma français), serveuse dans un restaurant chic. Coup de foudre. Elle a déjà un enfant, lui rêve d’avoir sa propre affaire. Ensemble, ils achètent une grande maison en forêt qu’ils retapent pour en faire un restau cosy, mais les normes draconiennes, le piège des crédits et les banques intraitables les plongent dans la précarité. Kahn raconte ce premier acte avec une sécheresse de trait implacable : collant aux objectifs de ses personnages et à leurs actions, laissant des ellipses béantes dans la narration pour éviter tout schéma explicatif, il crée une sensation d’urgence proche du cinéma des frères Dardenne. Lorsque le couple se sépare et que le récit se recentre sur Yann et l’enfant, le

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L’Apollonide, souvenirs de la maison close

ECRANS | De Bertrand Bonello (Fr, 2h05) avec Jasmine Trinca, Hafsia Herzi, Noémie Lvovsky…

Dorotée Aznar | Vendredi 16 septembre 2011

L’Apollonide, souvenirs de la maison close

Avec L’Apollonide, Bertrand Bonello nous enferme dans un bordel à la charnière du XIXe et du XXe siècles, avec ses filles (belles, dénudées, frivoles, solidaires), sa mère maquerelle (qui gère et protège sa maison) et ses clients (obsessionnels plus qu’obsédés). La structure du film est celle d’une spirale ou d’un disque rayé, la scène initiale et traumatique (une des filles a été défigurée et ses cicatrices la condamnent à un sourire perpétuel et inquiétant) revenant à intervalles réguliers pour souligner le crépuscule dans lequel s’enfonce cette maison close. Bonello a au moins réussi cela : créer par sa narration, son ambiance sonore et ses images la sensation opiacée d’un monde qui disparaît. Le problème, énorme, de L’Apollonide, c’est que son réalisateur ne résiste jamais à la tentation de se mettre en avant au détriment de ce qu’il raconte : accumulant les références à des cinéastes qui le dépassent de la tête et des épaules (Cronenberg, Kubrick, Argento, Hou Hsiao Hsien, et même Renoir !), sautant sur la première idée couillonne qui passe (une scène grotesque où les filles dansent sur Nights in white satin des Moody Blues, un client qui court après sa panthère en répétant

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Cannes jour 11 : À sec

ECRANS | Il était une fois en Anatolie de Nuri Bilge Ceylan. La Source des femmes de Radu Mihaileanu. Elena d’Andrei Zviagintsev.

Dorotée Aznar | Dimanche 22 mai 2011

Cannes jour 11 : À sec

Le mystère des sélections cannoises n’étant pas si impénétrable que ça, il faut dire ici que des fuites avaient eu lieu concernant la présence en compétition du dernier Nuri Bilge Ceylan, Il était une fois en Anatolie. Le metteur en scène turc, autrefois chéri du festival (double prix pour Uzak, sélection officielle pour Les Climats, Prix de la mise en scène pour Les Trois singes), allait en 2011 prendre la place du cinéaste qui vient à Cannes pour «se suicider», après Mikhalkov en 2010, Tsai Ming Liang en 2009 et Wenders en 2008. La projection officielle de ce film fleuve (2h37) le samedi à 22h30 en disait assez long sur l’envie de le planquer sous le tapis, sachant qu’à cet instant du festival, la plupart des accrédités ont déjà fait leurs valises pour rentrer à la maison. Plans tableaux sans fin, dialogues en boucle, personnages opaques : au bout d’une heure, non seulement il ne s’était toujours rien passé à l’écran, mais on n’avait aucune idée de là où Bilge Ceylan voulait en venir. Du coup, on est tout bonnement rentré se coucher pour être frais le lendemain. Mais si j’avais su qu’une autre épreuve m’attend

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Jimmy Rivière

ECRANS | De Teddy Lussi-Modeste (Fr, 1h30) avec Guillaume Gouix, Hafsia Herzi…

Dorotée Aznar | Vendredi 4 mars 2011

Jimmy Rivière

Ça y est, à force de nous imposer ses crises de foi en série, le cinéma d’auteur français nous a soulevé le bide. Malgré ses maigres bonnes intentions, ce chemin de croix d’un jeune gitan tiraillé entre sa nouvelle confession pentecôtiste et ses passions pour la boxe et le corps de sa copine est aussi incertain que son héros et semble même pétrifié à l’idée de traiter véritablement son sujet. La mise en scène hésite en permanence entre naturalisme et esthétisation, pour un rendu tout sauf immersif. Le scénario, tout en boucles mal fermées et répétitions pénibles, s’enfonce dans le sol à force de piétiner, et la direction d’acteurs chaotique (même Hafsia Herzi en devient insupportable) achève malheureusement de rendre la vision de ce premier film assez douloureuse. FC

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Toi, moi, les autres

ECRANS | D’Audrey Estrougo (Fr, 1h30) avec Leila Bekhti, Benjamin Siksou…

Christophe Chabert | Mercredi 16 février 2011

Toi, moi, les autres

Un jeune de Neuilly tombe amoureux d’une beurette de Belleville qui prépare le concours d’avocate pour défendre ses amis sans-papiers. Comme en France, tout finit par des chansons, il va lui faire sa déclaration sur l’air de "Pour un flirt". Car "Toi, moi, les autres" est une comédie musicale tendance variétés du samedi sur TF1, avec en plus produit la présence d’un perdant de la Nouvelle Star, Benjamin Siksou. Soit un projet de producteurs qui a visiblement tourné vinaigre, dévoré par son horizon télévisuel : les dialogues sonnent comme du "Plus belle la vie", les chorégraphies font passer Kamel Ouali pour Pina Bausch, et les arrangements des chansons, pourtant signés Stremler et De la Simone, sentent le supermarché. Le film coupe tellement les cheveux en quatre que tout y paraît simple, y compris la manière de faire libérer une clandestine menacée d’expulsion (il suffit de chanter "Quand on a que l’amour"). Pour en finir avec ce genre de purge, une solution s’impose même au plus facho d’entre nous : la régularisation massive.CC

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Les Secrets

ECRANS | De Raja Amari (Fr-Tun-Alg, 1h31) avec Hafsia Herzi, Sondos Belhassen, Wassila Dari…

Dorotée Aznar | Vendredi 14 mai 2010

Les Secrets

Il faudrait réécrire l’article de Truffaut sur le cinéma français. On pourrait dire, notamment, que ce qui le distingue du cinéma américain, plutôt tourné vers l’action (au sens descriptif, historique et politique), tient au fait qu’ici nous préférons un cinéma des idées. Et on pourrait prendre pour illustrer, par exemple, Les Secrets de Raja Amari, puisqu’on l’a sous la main. Pour son second film, la réalisatrice, d’origine tunisienne mais ex-élève de la Fémis (donc un peu française), passe son temps à filmer une idée. Celle que le titre résume tel un paradigme. Les Secrets est donc un film sur les secrets, autant dire un pléonasme. Problème : Raja Amari pense que sa mise en scène sert et justifie la démonstration de cette idée. Qu’elle spatialise à travers une maison étrange et le corps de trois femmes, sur plusieurs générations, vivant dans l’anonymat, cachées, sous la coupe quasi carcérale de la plus âgée. Rien de sociologique, heureusement. Plutôt l’envie de tutoyer le film de genre, tout en élaborant un cinéma théorique, plastique, sensible, féminin. Sauf qu’au troisième plan, la cinéaste a tout dit. Le reste n’étant qu’une illustration des tensions et frustrations dont le

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Tout ce qui brille

ECRANS | Excellente surprise : le premier film de Géraldine Nakache et Hervé Mimran fait oublier les récentes comédies françaises réactionnaires en imposant un ton doux-amer, un regard social pertinent et un vrai désir de cinéma populaire et ambitieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 17 mars 2010

Tout ce qui brille

Deux filles sur un banc à Puteaux, à dix minutes de Paris en métro. Ely (Géraldine Nakache) est de retour chez ses parents, dont un papa chauffeur de taxi aussi effacé que dévoué à sa famille ; Lila (Leila Bekhti) n’est jamais partie de chez sa mère, et fait lentement le deuil d’un père qui a refait sa vie ailleurs. Elles tchatchent avec un langage plein de codes qui scelle leur complicité ; et elles rêvent d’aller faire la fête dans les clubs branchés de la capitale, histoire d’oublier leur quotidien morose — Lila vend du popcorn dans un multiplexe Pathé, placement produit du producteur du film pour une fois assez savoureux ! Si le titre du film sent la fable morale, la première réalisation de Géraldine Nakache et Hervé Mimran est avant tout une comédie subtile qui illustre une réalité pas drôle : l’impossibilité de sortir de sa classe sociale et la honte qui accompagne cette impasse. Quiproquos sociaux Ely va rencontrer un couple de lesbiennes avec enfant (étonnant duo entre Virginie Ledoyen et Linh-Dan Pham), a priori «open», qui l’invite d’abord à leurs soirées avant de la cantonner dans un rôle humiliant de baby-sitter. L

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Le Concert

ECRANS | De Radu Mihaileanu (Fr, 2h) avec Aleksei Guskov, Mélanie Laurent…

Dorotée Aznar | Lundi 2 novembre 2009

Le Concert

Surnommé le maestro au summum de sa gloire, le chef d’orchestre Andrei Filipov a payé cher sa résistance à Brejnev, au point de se retrouver aujourd’hui homme de ménage du Bolchoï. Lorsque le fameux orchestre russe décroche un engagement au Théâtre parisien du Châtelet, Filipov court-circuite l’invitation et rameute ses anciens musiciens pour honorer l’engagement à sa façon… C’est peu dire que Radu Mihaileanu était attendu au tournant après le plébiscite du beau Va, Vis et deviens. Aussi, le voir s’attaquer à un pur feel good movie, demandant une colossale suspension d’incrédulité de la part du spectateur, peut inquiéter. Et de fait, Le Concert enchaîne les péripéties toutes plus incroyables les unes que les autres avec un enthousiasme dévastateur, fait évoluer des personnages délicieusement too much vers un dénouement tout aussi jouissif qu’attendu. Mais, et c’est là ce qui fait toute la différence, il le fait avec une générosité cinématographique trop rare pour être antipathique. Bien aidé par le casting de trognes brisées de ses musiciens russes (qui tranche violemment avec le côté lisse des acteurs français – la comparaison est sans appel…

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Le Roi de l’évasion

ECRANS | D’Alain Guiraudie (Fr, 1h45) avec Ludovic Berthillot, Hafsia Herzi… (sortie en salles le 15 juillet)

Dorotée Aznar | Jeudi 9 juillet 2009

Le Roi de l’évasion

Armand est gros, pédé et il vend des tracteurs dans le Tarn. C’est une donnée objective, naturelle du nouveau film d’Alain Guiraudie, la norme de son héros qui, comme tous les héros, va la bousculer pour sortir de ce monde devenu trop étroit. Après sa rencontre avec Curly, jeune fille de seize ans (Hafsia Herzi, superbe de sensualité naïve), il vire sa cuti, l’arrache à ses parents et part avec elle sur les chemins de traverse pour une cavale sexuelle où les deux amants se défoncent à la dourougne. La dourougne ? Un «champignon qui tire sur le kiwi avec un arrière-goût de vanille», en fait un super-aphrodisiaque qui provoque instantanément une accélération maousse de la libido. Guiraudie nous avait habitué à ce genre d’inventions poético-bizarres, et il ne s’est jamais privé pour inscrire ses récits contemporains dans des grands espaces de (sud-)western. Mais le mélange d’amateurisme et d’auteurisme qui plombait son œuvre est gommé dans Le Roi de l’évasion par une rigueur nouvelle qui est un pas de géant vers le spectateur : les comédiens sont (presque) tous bons, les méandres du scénario n’ont rien d’arbitraire, le discours n’est jamais surplombant.

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