En équilibre

ECRANS | Un médiocre téléfilm cousu de fil blanc surfant sur la tendance à mélodramatiser le handicap.

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

Cascadeur équestre, Marc est victime d'un accident qui le laisse dans un fauteuil roulant. C'est alors qu'il rencontre Florence, agent d'assurance chargée de l'indemniser, envers qui il éprouve d'abord méfiance et hostilité, avant de découvrir qu'elle possède une sensibilité et un cœur derrière sa carapace de bourgeoise froide.

En équilibre prouve que, dans la carrière de Denis Dercourt, La Tourneuse de pages faisait office d'accident heureux. Et encore, c'est bien par son scénario et par ses acteurs que le film s'avérait un tant soit peu marquant, la mise en scène étant déjà très standard. Ici, tout est proche de l'encéphalogramme plat : l'évolution des personnages et de leur relation se fait selon un schéma incroyablement prévisible, et les deux comédiens empoignent cette partition sans conviction, comme s'ils avaient conscience de la banalité de ce qu'on leur demandait de jouer.

On a même le sentiment que le handicap, depuis Intouchables, est une garantie d'émotions faciles, un sujet bankable qui autoriserait la mise en chantier du moindre téléfilm. En équilibre en est un, de toute évidence, tant on n'y trouve aucune trace d'audace narrative ou formelle. D'ailleurs, le trajet de Marc, des caméras de cinéma à celles du direct télé, prend presque acte de la destinée réservée au film, idéal pour les dimanches soirs somnolents du service public.

Christophe Chabert

Sortie le 15 avril


En équilibre

De Denis Dercourt (Fr, 1h30) avec Cécile De France, Albert Dupontel… Marc est cascadeur équestre. Un grave accident sur un tournage lui faire perdre tout espoir de remonter un jour à cheval. Florence est chargée par la compagnie d'assurances de s'occuper du dossier de cet homme brisé. Cette brève rencontre va bouleverser leurs équilibres...
UGC Astoria 31 cours Vitton Lyon 6e
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Seuls contre tous : "Adieu Les Cons" d'Albert Dupontel

Comédie | La Mano et Virginie Efira enchantent cette dramédie de Dupontel.

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Seuls contre tous :

Il est suicidaire, elle est condamnée. Elle cherche son enfant abandonné, il veut bien lui donner un coup de main (un peu forcé par les circonstances), avec l’appoint d’un non-voyant traumatisé par la police et leurs violences… aveugles. L’expérience (réussie) d’adaptation au format superproduction, Au revoir là-haut, ne signifiait donc pas rupture avec le cinéma d’avant d’Albert Dupontel — cet artisanat esthétique peuplé de rebelles aux instances autoritaires de la société, à son arbitraire stupide, à ses absurdités. Et comme pour Guédiguian à l’occasion du Promeneur du Champ de Mars, le fait de s’octroyer cette parenthèse aura été salutaire : l’auteur-interprète se “retrouve” en renouant avec son univers tant burlesque que satirique, où s’invitent les témoins habituels de sa causticité (le prodigieux Nicolas Marié, Terry Gilliam…), de savoureuses apparitions et une nouvelle venue touchante, Virginie Efira. Entre burlesque kafkaïen et nostalgie jeunettienne, cette dramédie bercée par la Mano Negra palpite co

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Esprit, es-tu là ? : "Un monde plus grand"

Drame | Après la mort de son compagnon, Corine part au fin fond de la Mongolie pour se changer les idées. Alors qu’elle enregistre le son d’une cérémonie chamanique, elle entre dans une transe violente, révélant des dons de chamans insoupçonnés. Une lente initiation va alors commencer…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Esprit, es-tu là ? :

Il faut attendre le générique de fin pour apprendre qu’il s’agit d’un biopic. En soi, le détail n’a pas ou peu d’importance et ne change rien dans le parcours de Corine. Indirectement, il résonne avec le sous-thème du film : la sérendipité (ou fortuité). En l’occurrence, le spectateur constate la véracité de l’histoire en étant entré dans une fiction comme Corine a découvert son “don“ alors qu’exilée dans le travail à mille lieues du lieu de sa douleur, elle entamait son deuil. S’il laisse une grande part au mystère et à l’inconnu, Un monde plus grand ne verse pas pour autant dans l’ésotérisme : il inscrit a contrario le processus chamanique dans le cartésianisme occidental, Corine étant le trait d’union lui permettant d’être scientifiquement étudié. Dommage cependant que Fabienne Berthaud ait été un peu timorée dans sa tentative “d’illustration“ de la transe, c’est-à-dire dans la restitution de ce que perçoit la chamane lorsqu’elle accède à son niveau de vision supérieur — ou, pour reprendre l’image très parlante du film, lorsq

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Le crime conserve : "Rebelles"

Comédie | De Allan Mauduit (Fr, avec avertissement, 1h27) avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Le crime conserve :

Une ex-reine de beauté passée du pole-danse à Pôle Emploi, tout juste embauchée dans une conserverie, tue par accident le contremaître qui tentait de l’agresser. Avec l’aide de deux collègues, elle fait disparaître le corps et découvre que le vilain cachait un sacré magot… Cette comédie sociale aux allures de de western made in Hauts-de-France possède de bons atouts dans son jeu, à commencer par son trio d’actrices, rompues à tous les registres, et souvent engagées dans des rôles où l’humanisme affleure sous l’humour. Leur alliance tient de surcroît de la synergie de caractères, rappelant ces buddy movies tels que Comment se débarrasser de son patron (1980) de Colin Higgins, usant de la blague parfois lourdingue pour promouvoir la libération féminine d’une masculinité aussi dominatrice que débile — il y a d’ailleurs ici quelques furieux spécimens d’abrutis. Allan Mauduit aurait toutefois gagné à creuser davantage vers Petits meurtres entre amis (1994), son humour noir restant encore un peu pâle, surtou

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Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

Mademoiselle de Joncquières | La rencontre entre Emmanuel Mouret et Diderot provoque celle de Cécile de France avec Édouard Baer. Conversation avec trois d’entre eux — Diderot étant naturellement excusé…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

On savoure dans le dialogue de Mademoiselle de Joncquières chaque détail de sentiment, chaque atome de langue. C’est habituel chez vous, mais n’y avait-t-il pas ici pour vous une gourmandise supplémentaire ? Emmanuel Mouret : Dans un film en costumes qui se rapporte à une époque assez éloignée dans le temps, et d’autant plus un film XVIIIe, on est d’emblée porté sur ce plaisir des mots choisis et des personnages qui peuvent faire l’examen de soi en maniant avec dextérité la langue. C’est mon producteur qui avait très envie que je fasse un film d’époque : il pensait que, justement, on entendrait mieux mes dialogues avec cette distance du temps qui permet finalement de connecter plus directement. C’est comme les films de science-fiction ou les dessins animés, on n’a pas d’idée arrêtée sur ce que ça doit être. C’est donc un film où j’ai pu faire parler les personnages beaucoup plus librement que dans un film contemporain. Cette époque porte à incandescence la langue et les sentiments… Emmanuel Mouret : Toutes les ép

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Mensonges et trahisons (et plus si affinités) : "Mademoiselle de Joncquières"

Romance | de Emmanuel Mouret (Fr, 1h33) avec Cécile de France, Édouard Baer, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Mensonges et trahisons (et plus si affinités) :

Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré sa funeste réputation de libertin, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination amoureuse contre ce lui en embauchant deux aristocrates déclassées, Mlle de Joncquières et sa mère. Mais peut-elle impunément user de l’amour comme d’un poison ? Deux pensées se télescopent à la vision de ce film. L’une, que le XVIIIe siècle, avec son amour des mots et ses mots d’amour, était taillé pour la plume stylisée prompte à (d)écrire les tourments chantournés qu’affectionne Emmanuel Mouret. L’autre, concomitante : que ne l’a-t-il exploré plus tôt ! Or rien n’est moins évident qu’une évidence ; Mouret a donc attendu d’être invité à se pencher sur cette époque pour en découvrir les délices. Et se rendre compte qu’il y avait adéquation avec son ton. S’inspirant comme Bresson d’un extrait de Jacques le Fataliste, Mouret l’étoffe et ajoute une épaisseur tragique et douloureuse. Là où Les Dames du Bois de Boulogne se contentait d’une cynique mécanique de vengeance, M

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Blub blub et bla bla : "Blue"

Documentaire | de Keith Scholey & Alastair Fothergill (É-U, 1h18) avec la voix de Cécile de France

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Blub blub et bla bla :

Dans le sillage des grands dauphins, à travers les mers et les océans… Un environnement liquide d’une valeur incommensurable, peuplé d’une faune extraordinaire de diversité et de menaces ; où la beauté le dispute à la fragilité. Jadis lancé par Cousteau (et repris depuis, notamment par Jacques Perrin), le message de Blue est clair comme de l’eau de roche : la faune marine mérite d’être protégée, c’est une question de survie pour l’écosystème planétaire. Et cette nouvelle production Disneynature — la division documentaire et environnement du studio californien — se dote pour le faire passer des “armes” conventionnelles : trouver d’attachants protagonistes pour susciter l’empathie et offrir les plus spectaculaires prises de vues possibles. Si grâce aux progrès de la technique, les images sont en effet d’un piqué et d’une richesse chromatique saisissants, les personnages choisis comme fil rouge, les dauphins, restent prisonniers d’un anthropomorphisme un peu dépassé, appuyé par une narration un peu invasive — désolé Cécile de France. L’image nue se suffit

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Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Entretien avec la réalisatrice de Ôtez-moi d'un doute | Avant d’aller à Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs, Carine Tardieu était passée aux Rencontres du Sud pour présenter son film tourné en Bretagne. Rencontre avec une voyageuse.

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Vous abordez ici le thème du secret de famille, très fécond au cinéma… Carine Tardieu : Au fur et à mesure de l’écriture de cette histoire, je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de familles dans lesquelles il y avait des secrets — beaucoup autour de la paternité, car on sait qui est la mère d’un enfant. On en entend davantage parler depuis que les tests ADN existent. Des gens m’ont raconté leur histoire : certains ont eu envie de chercher leur père biologique, d’autres n’ont jamais voulu savoir… Paradoxalement, découvrir que son père n’est pas son père biologique permet à votre héros de mieux le connaître le premier… Absolument. J’ai eu moi-même la sensation de rencontrer mon père assez tard, alors que mon père je le connais depuis toujours. Parfois, la rencontre se fait à un moment précis de la vie : quand on devient soi-même père ou mère, on se demande quel homme et quelle femme nos parents ont été. On projette des choses sur eux, qui sont juste une petite partie de leur réalité : ils sont bien davantage que nos parents.

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Paire de pères et pères aperts : "Ôtez-moi d’un doute" de Carine Tardieu

Le Film de la Semaine | Un démineur breton se trouve confronté à de multiples “bombes” intimes, susceptibles de dynamiter (ou ressouder) sa famille déjà bien fragmentée. Autour de François Damiens, Carine Tardieu convoque une parentèle soufflante. Quinzaine des Réalisateurs 2017.

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

Paire de pères et pères aperts :

Démineur de métier, Erwan a fort à faire dans sa vie privée : il vient d’apprendre que son père l’a adopté et que sa fille (qu’il a élevée seul) est enceinte. Alors qu’il enquête en cachette sur Joseph, son père biologique, Erwan rencontre Anna dont il s’éprend. Las ! C’est la fille de Joseph. Carine Tardieu a de la suite familiale dans les idées. Depuis ses débuts avec La Tête de Maman (2007) et Du vent dans mes mollets (2012), elle s’intéresse à cette sacro-sainte famille. Un microcosme à part, connu de chacun et cependant toujours singulier, ayant surtout la particularité d’être facilement chamboulé. Tant mieux pour qui veut raconter des histoires. Plateau de fruits de père(s) Pour Ôtez-moi d’un doute, la cinéaste conserve son approche favorite consistant à observer une petite tribu de l’inté

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"Django" : Étienne Comar donne corps au grand guitariste manouche

ECRANS | Pour sa première réalisation, le producteur et scénariste Étienne Comar s’offre rien moins qu’un portrait du plus fameux des guitaristes jazz manouche, Django Reinhardt. De belles intentions lourdes comme un pavé…

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Producteur inspiré de Timbuktu ou Des Hommes et des dieux, Étienne Comar passe ici à la réalisation pour un bien étrange biopic inspiré par sa fascination pour l’œuvre, la musique et la personnalité de Django Reinhardt — campé par un Reda Kateb appliqué, impeccable aux six-cordes durant le premier quart d’heure (le meilleur du film). Ce portrait au classicisme suranné se focalise en effet sur la période de l’Occupation et donne l’impression de chercher à exonérer le guitariste jazz de son insouciance d’alors en le transformant en proto-résistant, voire en héros de survival. C’est se livrer à de sérieuses extrapolations au nom de la fiction et/ou de l’admiration. Étienne Comar a beau jeu de justifier sa démarche par les béances de l’histoire officielle, une question éternelle se pose : jusqu’où un cinéaste peut-il laisser voguer son imagination sans travestir la vérité, fût-ce en invoquant une licence artistique ? Sur l’écran d’argent, une légende dor

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Les Premiers, les Derniers

ECRANS | De et avec Bouli Lanners (Fr/Bel, 1h33) avec Albert Dupontel, Suzanne Clément, Michael Lonsdale, Max von Sydow…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Premiers, les Derniers

Si la relecture du western est tendance, pour Bouli Lanners, ce n’est pas non plus une nouveauté : il lorgnait déjà sur les grands espaces et le road movie dans ses œuvres précédentes — voir Les Géants (2011). Situé dans un no man’s land contemporain — un Loiret aussi sinistre que la banlieue de Charleroi un novembre de chômage technique — Les Premiers, les Derniers fait se croiser et se toiser dans un format ultra large des chasseurs de prime usés, de vieux Indiens frayant avec la terre, une squaw en détresse ainsi que l’inévitable horde de bandits aux mines patibulaires. Cousin belge de Kervern et Delépine qui aurait fréquenté le petit séminaire, Lanners diffuse en sus dans cette re-composition décalée un étonnant souffle de spiritualité continu, faisant de ses personnages des messagers et de leur trajectoire une sorte de parabole, interprétation du fameux verset de l’Évangile selon Matthieu : « Heureux les pauvres en esprit… ». Ajoutons que Jésus se balade de-ci de-là, que les comédiens Michael Lonsdale et Max von Sydow chantent des cantiques : le propos mystiqu

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La Belle Saison

ECRANS | De Catherine Corsini (Fr, 1h45) avec Cécile De France, Izïa Higelin, Noémie Lvovsky…

Christophe Chabert | Samedi 18 juillet 2015

La Belle Saison

En 1971, les échos de mai 68 se font sentir dans les revendications des femmes au sein d’un MLF en pleine dynamique contestataire. C’est là que se rencontrent Delphine (Izïa Higelin), fille de paysans, et Carole (Cécile De France), parisienne et prof d’espagnol. C’est le coup de foudre, franc et direct — on n’est pas chez Diane Kurys ; Carole abandonne son mec, puis la capitale pour suivre Delphine dans sa ferme familiale, dont elle s’occupe après l’AVC de son père. Alors que l’introduction parisienne avait une certaine vigueur, que ce soit pour filmer les réunions politiques furieuses ou la naissance du désir chez les deux femmes, cette très longue partie campagnarde relève du scénario platement illustré. Corsini enchaîne les conflits dramatiques — se cacher ou ne pas se cacher ? Partir ou rester ? Les champs ou la ville ? — et les situations crypto-boulevardières — le pauvre personnage de Kevin Azaïs en amoureux transi en fait méchamment les frais — sans parvenir à élever le débat. Une jolie photo aux teintes chaudes, une représentation très frontale de l’homosexualité féminine et une musique ouvertement mélodramatique ne suffisent pas à sortir le film de s

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Casse-tête chinois

ECRANS | De Cédric Klapisch (Fr, 1h54) avec Romain Duris, Audrey Tautou, Cécile de France…

Christophe Chabert | Vendredi 29 novembre 2013

Casse-tête chinois

Après L’Auberge espagnole et surtout l’affreux Les Poupées russes, il y avait de quoi redouter les retrouvailles entre Cédric Klapisch et son alter ego romanesque Xavier-Romain Duris. Or, Casse-tête chinois se situe plutôt dans la meilleure veine du cinéaste, celle de Peut-être et de Paris, lorsqu’il baisse les armes de la sociologie caustique — que Kyan Khojandi, qui fait un petit coucou dans le film, a customisé dans sa série Bref — pour se concentrer sur la singularité de ses personnages et laisser parler une certaine mélancolie. Il faut dire que ce troisième volet raconte surtout des séparations, des renoncements et des désenchantements, sans pour autant que cela vaille constat générationnel ou métaphore de l’état d’un monde. New York n’est jamais regardé béatement pour son exotisme — ce n’est pas Nous York, donc — mais comme une ville à appréhender dans son multiculturalisme, sa géographie, son prix et ses tracas.  S

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9 mois ferme

ECRANS | Annoncé comme le retour de Dupontel à la comédie mordante après le mal nommé "Le Vilain", "9 mois ferme" s’avère une relative déception, confirmant au contraire que son auteur ne sait plus trop où il veut amener son cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 8 octobre 2013

9 mois ferme

Avec Enfermés dehors, grand huit en forme de comédie sociale où il s’amusait devant la caméra en Charlot trash semant le désordre derrière un uniforme d’emprunt, mais aussi derrière en lui faisant faire des loopings délirants, le cinéma d’Albert Dupontel semblait avoir atteint son acmé. Le Vilain, tout sympathique qu’il était, paraissait rejouer en sourdine les envolées du film précédent, avec moins de fougue et de rage. 9 mois ferme, de son pitch — une avocate aspirée par son métier se retrouve enceinte, après une nuit de biture, d’un tueur «globophage» amateur de prostituées — à son contexte — la justice comme déversoir d’une certaine misère sociale — semblait tailler sur mesure pour que Dupontel y puise la quintessence à la fois joyeuse et inquiète de son projet de cinéaste. Certes, on y trouve beaucoup d’excès en tout genre, une caméra déchaînée et quelques passages ouvertement gore, mais aussi des choses beaucoup plus prévisibles, sinon rassurantes. Il y a surtout un mélange de re

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La Chair de ma chair

ECRANS | De Denis Dercourt (Fr, 1h16) avec Anna Juliana Jaener, Matthieu Charrière…

Christophe Chabert | Mercredi 10 juillet 2013

La Chair de ma chair

À l’heure des débats corporatistes autour des conventions collectives et des sources de financement, on devrait louer les initiatives sauvages de ces films fièrement tournés en dehors de toute économie "classique". Denis Dercourt, probablement impatient de racheter l’échec de son il est vrai raté Demain dès l’aube, a donc réalisé presque seul (image, son, scénario, mise en scène) La Chair de ma chair, qui revient à son sujet de prédilection : les rapports obsessionnels des parents et des enfants, ici réduits à la névrose d’une mère qui tue des hommes pour récupérer leur sang et nourrir sa fille, atteinte d’un mal mystérieux. La violence du propos et de certaines séquences rendaient sans doute l’affaire impossible à produire par les canaux habituels, vue la frilosité ambiante. Mais cette pauvreté de moyens est traître : les comédiens sont très mauvais, l’image est affreuse — une sorte de cache flou rajouté sur tous les plans en post-production — et la plupart des scènes sont dépourvues de conflits, si bien qu’on est en droit de se demander si le format court n’eût pas été préférable. La glauquerie

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À Fourvière exactement

SCENES | Emmanuel Daumas donne une seconde vie à "Anna", téléfilm culte de Pierre Koralnik diffusé en 1967. Exit Jean-Claude Brialy et Anna Karina (mais pas Serge Gainsbourg, auteur de la mythique bande son de cette histoire d'amour évitée) et place à d’anciens élèves de l’ENSATT, dont Cécile de France. En attendant de l'entendre interpréter "Sous le soleil exactement", entretien avec le metteur en scène et coup d'oeil sur les répétitions. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 20 juin 2013

À Fourvière exactement

, D’où vient cette idée d’adapter le téléfilm Anna à la scène ? C’est une commande des Nuits de Fourvière ?Emmanuel Daumas : Au départ c’est Jean-Marc Ghanassia [agent et producteur, NdlR] qui a eu l’idée. Quand il me l’a soumise, je ne connaissais pas le téléfilm, mais j’avais beaucoup écouté l'album de Gainsbourg, que j’aimais et connaissais même par cœur. Ce projet m’a donc tout de suite vraiment excité et je me le suis approprié facilement. Dans le téléfilm, les deux protagonistes ne s’adressent pas la parole, ce qui est très peu théâtral. Comment peuvent-ils tenir tous les deux sur une même scène ?C’est vrai que quand on voit le film, l’idée d'en faire un spectacle musical, une espèce de concert amélioré par ces petites histoires, peut paraître étrange. Le film est déstabilisant. En revanche, quand on lit le scénario, on se rend compte qu'il est très bien construit, que ce petit conte de personnages qui s’aiment et ne se rencontrent pas est efficace. J’ai pensé qu’on aurait beaucoup d’éléments à transformer ou de choses à ajouter mais

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Möbius

ECRANS | D’Éric Rochant (Fr, 1h43) avec Jean Dujardin, Cécile De France, Tim Roth…

Christophe Chabert | Lundi 18 février 2013

Möbius

La carrière d’Éric Rochant restera comme un énorme crash ; ce Möbius, qui devait sonner son grand retour après un exil télévisuel du côté de Canal +, ressemble au contraire à un terrible chant du cygne. Revenant au film d’espionnage (qui lui avait permis d’être à son meilleur au moment des Patriotes), Rochant se contente d’en offrir une lecture approximative et purement illustrative. Qu’a-t-il à dire sur la mondialisation des échanges financiers et sur son corollaire, la nécessaire coopération des services secrets pour en endiguer les fraudes ? Rien. Se concentre-t-il alors sur un divertissement ludique où les frontières de la manipulation resteront floues jusqu’à la conclusion ? Même pas, Möbius étant plus confus que virtuose dans son écriture et se contentant souvent d’aligner mollement les plans plutôt que de mettre en scène les séquences. Que reste-t-il ? Une histoire d’amour entre Cécile De France (très moyenne) et Jean Dujardin (qui s’en tire déjà mieux) aux dialogues impossibles (ah ! les «bras concrets»…), à l’érotisme grotesque et à la crédibilité très limite (la fin, notamment, est dure à avaler). Le gâchis est total et l’espoir de v

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Superstar

ECRANS | Où Xavier Giannoli veut-il en venir avec cette fable où un Monsieur Tout-le-Monde (Kad Merad, choix presque trop évident, même si l’acteur s’en sort avec (...)

Christophe Chabert | Vendredi 13 juillet 2012

Superstar

Où Xavier Giannoli veut-il en venir avec cette fable où un Monsieur Tout-le-Monde (Kad Merad, choix presque trop évident, même si l’acteur s’en sort avec un certain talent) est soudain considéré comme une célébrité, sans qu’il sache pourquoi ? L’argument, exactement le même que celui du segment avec Benigni dans To Rome with love, est prétexte à une confuse démonstration de la part du cinéaste d’À l’origine. Portant d’abord la faute sur des media avides d’audience et de clics (savoureuse prestation de Louis-Do De Lenquesaing en producteur sans scrupule), Giannoli reprend ensuite en mode mineur l’idée de son film précédent : comment une foule projette sur un homme qui passait par là ses désirs et ses frustrations. Mais, à la faveur d’un nouveau coup de force scénaristique, c’est le peuple qui est à son tour dénoncé, brûlant avec la même ferveur celui qu’il adulait hier. Comme un film à thèse qui défendrait tout et son contraire, Superstar s’emmêle les pinceaux dans une rumination façon Tavernier contre l’époque et la société que, par ailleurs, il s’avère incapable de filmer sans sombrer dans le cliché. Les pénibles séquences au supermar

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Le Grand Soir

ECRANS | Comme s’ils étaient arrivés au bout de leur logique cinématographique, Gustave Kervern et Benoît Delépine font du surplace dans cette comédie punk qui imagine la révolution menée par deux frères dans un centre commercial. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 1 juin 2012

Le Grand Soir

Dans Mammuth, le cinéma de Kervern et Delépine semblait toucher son acmé : leur colère froide, leur art de la mise en scène à l’humour très noir, leur goût pour le road movie, tout cela était transcendé par la rencontre avec Gérard Depardieu, à la fois grandiose et nu, dans l’abandon à son personnage et la réinvention de sa légende. Avec Le Grand Soir, c’est l’inverse qui se produit : le sujet était taillé pour eux (deux frères, l’un punk, l’autre représentant dans un magasin de literie, vivent les ravages de la mondialisation depuis un centre commercial) et l’idée de réunir Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel, acteurs géniaux qui n’avaient jamais tourné ensemble, ressemblait à un coup de génie. Le film débute d’ailleurs par une séquence qui aurait pu être d’anthologie : face à leur paternel incarné par un impassible Areski Belkacem, les deux se lancent dans une logorrhée croisée où aucun n’écoute l’autre. En fait, on touche

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Le Gamin au vélo

ECRANS | Lumineux, vif et porté par une foi conjointe dans l'homme et dans le cinéma, le nouvel opus des frères Dardenne s'impose comme un sommet dans une œuvre déjà riche en films majeures. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 16 mai 2011

Le Gamin au vélo

Le Gamin au vélo avance à la vitesse fulgurante de son jeune héros de 13 ans. Mais pour une fois, ce n'est pas la caméra sportive des frères Dardenne qui accompagne ce sprint, mais leur récit, dégraissé de tout temps mort, de toute flânerie inutile. Le film le dit dès la première bobine, quand Cyril essaie de s'échapper du centre pour enfants abandonnés avec l'espoir têtu de retrouver son père démissionnaire. Les frères tentent un moment de suivre le gosse parti au galop et tête baissée, puis stoppent brusquement leur beau travelling et le laissent s'évaporer au loin dans le cadre. Ce sont d’impressionnantes ellipses narratives qui ramènent Cyril au centre de l'écran et l'empêchent de prendre la tangente. Le Gamin au vélo parle justement de cela : comment un adolescent va apprendre à calmer sa fougue, cesser de vouloir l'impossible et accepter modestement l'amour simple qu'on lui prodigue. C'est un parcours moral mais c'est aussi un itinéraire cinématographique et romanesque bouleversant. Film noir solaire Cyril est accueilli par Samantha, une coiffeuse bienveillante (Cécile de France, pas du tout déplacée da

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La Proie

ECRANS | Un braqueur de banque s’évade de prison pour mettre hors d’état de nuire un pédophile : avec un humour noir, un esprit anar et une réelle efficacité, Eric Valette confirme qu’il sait faire en France du cinéma de genre crédible. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 avril 2011

La Proie

On dresse des lauriers prématurés à Fred Cavayé, Olivier Marchal est désormais intouchable, mais Éric Valette reste négligé par ceux qui rêvent d’une résurrection du cinéma de genre français. Maléfique et Une affaire d’état  montraient pourtant que Valette en avait dans l’estomac, et qu’il savait adapter les codes du film d’horreur et du polar d’espionnage à la réalité hexagonale contemporaine. La Proie sonnera-t-il l’heure de la reconnaissance ? Si le film n’est pas sans défaut (un passage à vide au cœur du récit), il confirme l’intelligence de son metteur en scène et sa montée en puissance. L’intrigue, astucieuse, commence quand Franck Adrien, un braqueur de banques emprisonné (Dupontel, dans un impressionnant registre physique) confie à son co-détenu Jean-Louis ses secrets. Condamné — à tort selon lui — pour viol sur mineure, Jean-Louis est libéré et s’empresse de récupérer le magot planqué par Adrien, avant de kidnapper sa fille. Une sanglante évasion plus tard, Franck se met en chasse du pédophile tandis que la police est à ses propres trousses. Les racines du mal De cette course contre la montre, Valette tire d’

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Au-delà

ECRANS | Du drame surnaturel en forme de destins croisés que le sujet autorisait, Clint Eastwood ne conserve que les drames individuels de ses personnages, dans un film d’une grande tristesse et d’une belle dignité. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 12 janvier 2011

Au-delà

Journaliste star de France Télévisions, Marie Lelay (Cécile de France, convaincante malgré quelques maladresses concernant l’activité de son personnage) est emportée par le tsunami thaïlandais de 2004. Elle vit alors une expérience de mort imminente au cours de laquelle elle distingue des silhouettes sur un fond blanc aveuglant. De retour en France, elle reste hantée par cette vision. Dans le même temps, à Londres, le frère jumeau de Marcus, Jacob, meurt écrasé par une voiture. Et à San Francisco, George Lonegan (formidable Matt Damon, aussi massif que fragile), medium vivant son «don» de communication avec les morts comme une «malédiction», tente de se reconstruire en travaillant à l’usine et en suivant des cours de cuisine. On voit bien les écueils qui guettaient "Au-delà" : son rapport au paranormal, qui a déjà donné naissance à une flopée de nanars new-age et son scénario en destins croisés et mondialisés façon Iñarritu. Mais Clint Eastwood, justifiant l’admiration qu’on peut avoir pour son cinéma, déjoue tout cela par la seule intelligence de son point de vue. Le surnaturel n’est pas son problème, mais celui de ses personnages ; ce qui l’intéresse, ce n’est pas de savoir s’

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Gardiens de l’ordre

ECRANS | Nicolas Boukhrief compose un néo film noir stylisé, bancal, mais au final pas inintéressant malgré ses faiblesses. Jérôme Dittmar

Dorotée Aznar | Vendredi 2 avril 2010

Gardiens de l’ordre

Après Cortex, thriller casse gueule sur fond d’Alzheimer, Nicolas Boukhrief continue son exploration du film de genre avec Gardiens de l’ordre. On pourrait disserter sur les limites du cinéaste, ex objecteur de conscience cinéphile pour Canal et membre de la génération Kassovitz, Gans, Noé etc., mais préférons voir le bon côté des choses. Il y a chez lui, comme chez la plupart de ses compagnons et avec des degrés divers de prétention poussant certains dans le mur, une forme d’honnêteté dans sa volonté de prendre à bras le corps la série B. D’où, Gardiens de l’ordre, récit d’un tandem de flics (Cécile de France / Fred Testot) embarqué malgré eux dans une fausse bavure les obligeant à régler leurs comptes pour sauver leur peau. Partant d’un pitch simple, quasi minimaliste, à la construction linéaire, le film s’enroule autour de ce scénario pour miser sur une lente descente vers des zones où les frontières vacillent. Ivry Vice On retrouve bien sûr ici quelques réminiscences du Convoyeur et des obsessions du cinéaste : des personnages a priori banals, dans un corps de métier où la violence est q

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Le bon jour d’Albert

ECRANS | Albert Dupontel, comédien éclectique et cinéaste résolu, signe son quatrième film derrière la caméra, une nouvelle farce grinçante à la fantaisie visuelle méticuleuse. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 19 novembre 2009

Le bon jour d’Albert

Depuis quelques jours, une vidéo circulait sur internet où on le voyait s’énerver contre un journaliste de France 3 qui déclarait ne pas avoir vu son film avant de l’interviewer. On craignait donc de rencontrer un Albert Dupontel crispé et sur ses gardes, en promo forcée pour Le Vilain, son quatrième film en tant que réalisateur. Mais ce n’est pas le cas. Dupontel est dans un bon jour, répondant sérieusement aux questions, avec un débit qui défie la prise de notes ! On va pouvoir faire le tour des énigmes qui l’entourent. Exemple : ses films sont drôles et méchants, mais finissent toujours sur une note humaniste, entre Capra et Chaplin. C’est le cas depuis l’épilogue édénique du brutal Bernie où il chevauchait nu dans les prés sur une chanson de Bertrand Cantat… Chez Dupontel, plus on détruit, plus on gagne son ticket pour le salut. Une sorte de rédemption par le chaos qui se traduit par un mélange furieux de naïveté et d’humour hara-kiri… «Je n’ai jamais quitté l’enfance», avoue Dupontel. «L’enfance, c’est l’eldorado de l’artiste. Je m’en rends compte quand je regarde Terry Gilliam ; c’est flagrant dans le sujet de ses films mais aussi dans sa manière de se compor

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Le Vilain

ECRANS | De et avec Albert Dupontel (Fr, 1h25) avec Catherine Frot, Nicolas Marié…

Christophe Chabert | Mardi 17 novembre 2009

Le Vilain

Au cinéma de Dupontel, on accole souvent l’étiquette de «cartoon live», ce quEnfermés dehors, son œuvre la plus ambitieuse, avait entériné. Le Vilain, projet plus modeste, s’inscrit plutôt dans une ligne claire franco-belge, où le dessin s’efface devant le récit. Soient les retrouvailles entre un truand cinglé et sa gentille et increvable maman, vingt-cinq ans après le départ du fiston. Découvrant que son rejeton est une crapule depuis sa pas tendre enfance, elle décide de lui faire regretter ses errements ; en retour, il s’entête à la faire passer de vie à trépas. L’argument fait très bip bip contre le coyote, mais le scénario met un point d’honneur à ne pas s’enfermer dans son pitch. Plein de bifurcations au risque d’être inégal, le film fonctionne comme une comédie noire et méchante où Dupontel en fait des tonnes et Catherine Frot ne boude pas son plaisir d’abîmer son image d’actrice pour lecteurs de 'Télérama'. D’ordinaire, on n’aime pas écrire ça, mais Le Vilain est vraiment un film sympa — parce qu’il ne l’est pas, justement. CC

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Sœur sourire

ECRANS | De Stijn Coninx (Belg-Fr, 2h) avec Cécile de France, Sandrine Blancke…

Christophe Chabert | Mercredi 22 avril 2009

Sœur sourire

Encore une bio filmée ! Cette fois, ce sont les Belges qui s’attaquent à une gloire locale, à savoir Jeannine Deckers qui, suite à un coup de sang envers ses parents, entre au couvent, mais n’arrive jamais à se plier aux règles strictes des sœurs dominicaines. Elle aime Jésus, mais aussi Elvis Presley ; chez elle le crucifix n’est jamais loin de la guitare sèche. Repérant ses talents, un prêtre monte un coup de promo et lui fait enregistrer un 45 tours, Dominique (… nique, nique) qui devient un hit international. La suite est tragique, mais le film n’est pas loin de l’être aussi. Plus catéchisme que rock’n’roll, la mise en scène aligne les scènes à faire avec une application de premier communiant. Très embarrassant aussi, Sœur sourire essaye de nous faire gober que l’homosexualité de Deckers est un bidonnage médiatique. Comme par hasard, le couvent est aussi totalement asexué ! Faudrait pas se fâcher avec l’Église (ce que Deckers, elle, n’avait pas hésité à faire !)… Dans ce truc irritant à force de ne pas l’être, seule Cécile de France défend son bifteck avec conviction. CC

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Mesrine, l’instinct de mort

ECRANS | de Jean-François Richet (Fr-Canada, 1h53) avec Vincent Cassel, Cécile de France, Gérard Depardieu…

Christophe Chabert | Mercredi 15 octobre 2008

Mesrine, l’instinct de mort

Difficile d’évoquer ce premier volet du diptyque Mesrine sans signaler que non seulement sa seconde partie est meilleure, mais qu’elle se passe largement de cette longue introduction. C’est la grande faiblesse de L’Instinct de mort : au bout de deux heures remplies jusqu’à la gueule d’explosions, de péripéties et de suspense, on ne sait toujours rien de Jacques Mesrine, et surtout pas ce que Richet veut raconter du personnage. Ici, c’est plutôt Kill Mesrine : trimballé à coups d’ellipses béantes d’époque en époque, de pays en pays, de genre en genre, Mesrine n’est qu’un pantin, prétexte à un exercice de style assez vain et parfois ridicule. Mesrine fait la guerre d’Algérie, Mesrine en Espagne, Mesrine trouve un deuxième souffle et enfin, gratinés, Mesrine au Québec et Mesrine en Amérique avec vieil Indien et Grand Canyon fordien. N’importe quoi ? Oui, et ce serait ludique si Richet s’avérait aussi inspiré que dans ses précédents films. Mais quand il filme une scène d’évasion comme du Peter Berg avec caméra épileptique et montage illisible, ça sent plus le pop-corn que la mise en scène. Curieuse entrée en matière donc : L’Instinct de

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Deux jours à tuer

ECRANS | de Jean Becker (Fr, 1h25) avec Albert Dupontel, Marie-Josée Croze…

Christophe Chabert | Mardi 22 avril 2008

Deux jours à tuer

Deux jours à tuer est un document passionnant pour comprendre la psyché de son réalisateur, le controversé Jean Becker. Auteur de deux beaux films ces dernières années, Les Enfants du marais et Effroyables jardins, cet artisan modeste et parfois inspiré est aussi un auteur au pré carré exigu, qui quand il s’en écarte tombe carrément dans le ravin (rappelez-vous du très raté Un crime au paradis). Ainsi du début de Deux jours à tuer : le cadre travaillant dans la pub interprété par ce nouveau mercenaire du cinéma français qu’est Albert Dupontel, pète les plombs, quitte son job, dit ses quatre vérités à sa bourgeoise de femme (pauvre Marie-Josée Croze, on se demande ce qu’elle a fait pour mériter ça !) puis à ses hypocrites d’amis trop gauche caviar à son goût. Cette première partie, qui se voudrait féroce, sonne complètement faux — et pas seulement à cause d’un nombre impressionnant de faux raccords. La cruauté des dialogues et des situations est si forcée qu’on se demande quel chien enragé à mordu Jean Becker. La réponse vient ensuite : en fait, Becker est un vrai gentil (et donc, par extension, un faux méchant) ; son jeu de massacre cachait un secret inavouable (surtout par nous,

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