Édouard Baer : “Je rêvais de constituer une troupe de cinéma”

Rencontre | On se l’imagine souriant, légèrement décoiffé, la main fouillant la poche droite de sa veste à la recherche d’un hypothétique briquet ou d’un trousseau de clefs fantôme. Et c’est ainsi qu’il apparaît, affable, érudit et charmeur. Tel qu’en lui-même, et en Luigi, son lui-autre…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Photo : © Pascal Chantier


Quelle est la distance entre votre personnage, Luigi, et vous-même ?
Édouard Baer : Elle est totale parce que j'ai vraiment écrit un personnage de fiction à partir de choses que je connais ou que j'ai vécues ; à partir de gens que j'ai croisés, comme Jean-François Bizot [NDLR le créateur d'Actuel et de Nova] que j'admirais ou certains producteurs de cinéma. J'ai mélangé des sentiments, des peurs et des envies… Luigi, c'est moi, très exagéré, en bien et en mal : il est beaucoup plus enthousiasmant, plus courageux et, j'espère, plus sombre, plus menteur et manipulateur. Si on se croit suffisant pour être un personnage de cinéma, il faut aller voir un psy ! Même les grands maîtres de l'ego-cinéma comme Woody Allen — qui, dans la vraie vie, fait de la boxe — s'inventent un personnage de fiction.

Que vous a apporté Benoît Graffin, votre co-scénariste, dans l'écriture d'un film en apparence aussi personnel ?
Il a été une sorte d'accoucheur pour ce road movie que je ne voulais pas linéaire, ni plat. J'avais lu ses scénarios pour Pierre Salvadori (Hors de Prix, De vrais mensonges…) ou Anne Fontaine (La Fille de Monaco), et je l'avais trouvé très doué pour détendre et retendre une histoire, créer des tiroirs en conservant un souffle général. Quand on construit une histoire à deux, on se raconte, on se surprend, on prend un personnage, on essaye d'imaginer où il peut s'arrêter, où il peut aller… Je lui ai raconté la vie amoureuse, amicale de mon personnage, son rapport à l'argent… On en a fait une vraie histoire de cinéma avant d'en faire un film.

N'y avait-il pas déjà une ébauche de ce film dans La Bostella (2000) ?
Peut-être de ce personnage, de ce type de rapport : c'est à nouveau quelqu'un qui travaille avec des gens qu'il aime et qui aime les gens avec qui il travaille. Mais cela me semble être un thème assez universel et inépuisable, vu le temps que l'on passe au travail. À l'époque, je l'avais situé à la télévision, ici au théâtre parce que ça permet d'être plus juste, plus spécifique sur la partie professionnelle — la partie humaine étant universelle. Mais en prenant du temps, en regardant comment fonctionne un journal ou un restaurant, j'aurais pu traiter de ces milieux : ce sont des endroits où les gens sont tellement impliqués et passionnés…

Avec, à nouveau cette idée de préserver un esprit de troupe…
Oui, peut-être. Je m'aperçois que je fais toujours la même chose… (rires) En tout cas, j'aime bien les troupes de cinéma. Comme spectateur, j'aimais retrouver chez Pagnol ou Guitry les mêmes acteurs dans des rôles différents. Après, je ne le fais pas exprès : ce sont des gens que j'admire ; certains sont connus, d'autres pas. Alors, ça s'agglomère, ça s'additionne et c'est amusant pour moi de les retrouver à l'image, de faire partager mon goût pour eux.

Avez-vous cherché à vous constituer votre troupe au cinéma, à l'instar du théâtre ?
Je rêvais de cela. Ce qui fait la troupe, c'est de se retrouver régulièrement. On l'a fait pendant cinq ans sur scène, en étant très nombreux pour nos spectacles — c'est un style de vie très joyeux ! Quand on arrivait dans les théâtres, les gens n'y croyaient pas parce que, économiquement, c'était un peu délirant de ne pas être deux ou quatre. On avait créé La Folle histoire de Luigi Prizotti à la Bourse du Travail et ensuite, je ne sais pas pourquoi, on n'a jamais retrouvé de théâtre à Lyon. Alors qu'on restait deux semaines à Marseille, Lille… Merci les Lyonnais (rires !)

Dans une troupe de cinéma, c'est l'équipe technique le pilier, davantage que les comédiens ; quant au chef-opérateur, c'est un pays dans le pays : il a ses assistants, ses machinos, ses électros…. De son côté, le premier rôle, une fois qu'il a fini, il s'en va car il ne sert à rien sur le plateau — dans Ouvert la nuit, les acteurs restaient souvent, pour voir les autres. La préparation a été longue, mais le chef-opérateur Yves Angelo a réuni une équipe de gens pour leur talent et parce qu'ils allaient adhérer à ce film. J'ai eu plaisir à travailler et discuter avec eux ; j'ai très envie de les retrouver sur le prochain.

« Quand on travaille avec de grands acteurs, si ça ne marche pas, c'est la faute de l'auteur, pas de l'acteur. »

Vous avez offert ici son dernier rôle à Michel Galabru…
On se connaissait un petit peu, ça l'amusait cette atmosphère. Les techniciens et les comédiens étaient enchantés de tourner avec lui. Même ceux qui n'étaient pas prévus ce jour-là sont venus. Il n'était pas conscient de sa popularité : il se vivait comme un ringard, comme une paillasse grotesque et ridicule, alors que les gens avaient de l'admiration, de l'amour pour lui. Il s'excusait d'avoir tourné des nanars. Mais il n'avait pas d'autre métier à côté, il fallait qu'il tourne et il faisait de son mieux entre moteur et action. Ce n'est pas lui qui était au montage ! Certains disaient : « Il a fait tel film pour de l'argent… » Mais… les autres métiers, on les fait pour quoi ? Tout le monde n'est pas rentier !

Vos textes sont-ils faciles à apprendre pour les comédiens ?
Quand on travaille avec de grands acteurs, si ça ne marche pas, c'est la faute de l'auteur, pas de l'acteur. Si un mot ne sonne pas vrai ou qu'il choque dans sa bouche, il faut le changer. Donc c'est facile à partir du moment où l'on suit la pensée de la scène et du personnage. C'est précis, mais pas difficile.

Luigi est quelqu'un qui aime bien les accidents, ça l'intéresse d'aller provoquer trois mecs un peu chauds au bout de la rue pour voir ce qui peut se passer, comme un acte surréaliste…

Il y a unhumour Baer”. Quelles sont ses caractéristiques ?
C'est un humour pas drôle (rires). Moi, je ris à plein de choses. J'aime bien les dialogues, mais pas les punchlines. Je sais que si j'étais spectateur de ce film, il y a des phrases très écrites qui ne me feraient pas rire ou des impros de Luigi qui me laisseraient froid. Luigi croit qu'on peut faire une fumée de mots, qu'on peut mener son monde avec le verbe, jusqu'au moment où ça ne marche plus — face à un enfant ou à un bébé, par exemple…

En fait, j'aime bien les gens qui disent le contraire de ce qu'ils font. Ça vient du théâtre de boulevard, la phrase la plus folle, qui continue à marcher, est celle du mec surpris avec sa maîtresse : « c'est pas du tout ce que tu crois » ou sa variante « — Tu vas rire ! — Non, je ne crois pas… ». Luigi est quelqu'un qui aime bien les accidents, ça l'intéresse d'aller provoquer trois mecs un peu chauds au bout de la rue pour voir ce qui peut se passer, comme un acte surréaliste…

Je voulais qu'on imagine un orchestre de rue tout désaccordé qui passe de temps en temps, avec une trompette trouée, un truc un peu artisanal, hors du temps.

Chaque séquence se joue avec au moins trois personnages — le troisième étant Paris. Comment avez-vous écrit le dialogue de Paris ?
Cette question est déjà une réponse ! (rires) Il ne faut pas se laisser intimider par Paris : on peut être happé par cette capitale monumentale, parce qu'il y a toujours dans le champ un bout de tour Eiffel, un immeuble stupéfiant. Le plus joli, ce sont les visages qui se découpent et le temps qui a laissé son empreinte sur tous les murs. Et puis l'été, Paris devient une ville très végétale et ça fait des ombres magnifiques.

Mais je traite assez peu Paris : quasiment aucun plan général, à part celui que j'appelle “pour-que-le-film-sorte-au-Japon” avec le singe et la tour Eiffel. On voit la ville sans la montrer, je ne l'ai pas traitée en dehors des personnages. Même les décors de café sont des décors de visages. On a soigné extrêmement la figuration, avec l'idée que ce soit un Paris ni trop reconnaissable, ni trop chic, ni trop branché, ni trop misérabiliste. Un Paris comme dans un livre de Modiano, où tout a l'air un peu mystérieux.

Au-delà de l'image, vous avez donné à votre film une signature sonore très marquée, notamment grâce à la présence du duo Ibeyi et d'Alain Souchon…
Je voulais qu'on imagine un orchestre de rue tout désaccordé qui passe de temps en temps, avec une trompette trouée, un truc un peu artisanal, hors du temps. J'adore toutes les musiques tziganes, du flamenco à l'Europe de l'Est : la joie et les larmes sont incroyablement mêlées. Et puis, cela convient à Luigi : c'est un Gitan, un mec qui trimbale sa roulotte avec lui.

Les sœurs jumelles d'Ibeyi, je les avais écoutées chanter à un concert un titre qui n'est pas dans leur album, That's what happens, when I get lost in my mind. Ça m'a fait penser à Ultra Moderne solitude, à du Philip Glass ; ça collait à un truc un peu glaçant.

Quant à Souchon, je rêvais de travailler avec lui. Mais il n'avait pas le temps parce qu'il était en tournée avec Voulzy. Je lui ai dit : « tu ne fais que des musiques pour Truffaut, tu me méprises » (rires). Alors il est allé voir le film. Et après la projection, ce qui m'a touché, il a accepté d'écrire avec ses fils Pierre et Charles la chanson du générique de fin.

C'est un hommage au monde de la nuit, à l'image du film…
Ah oui, bien sûr ! Aux films de nuit, aux atmosphères un peu mélancoliques des ambiances de nuit ; à ce que j'appelle “la vie de hasard”, “la vie de café”. Sans faire de la sociologie — ce n'est pas mon métier —, quand on voit des documentaires sur les années 1950, tout le monde est tout le temps dehors : le cinéma est l'équivalent du film de 20h30, les gens n'ont pas de chaîne hi-fi, ni Internet sur eux, ni Spotify… Mon personnage vit comme à l'époque du Feu Follet (1963) ou de What's New Pussycat ? (1965) ; il est complètement inversé : sa journée n'est qu'une montée vers la nuit.

Aviez-vous d'autres influences ?
Cassavetes, comme pour beaucoup de gens de ma génération : il nous a autorisés à faire du cinéma. Chez lui, il y a une énergie et une liberté extraordinaires qui dépassent la technique. J'adore Meurtre d'un bookmaker chinois, avec un personnage d'une puissance totale et d'un désarroi au moins égal, qui tient sa barque… J'adore aussi les films de coulisses, comme Coups de feu sur Broadway de Woody Allen — c'est tellement bien que ç'en est intimidant. Mais j'essaie d'oublier ça quand je tourne parce que sinon, on essaie d'imiter des plans.


Ouvert la nuit

De Edouard Baer (Fr, 1h36) avec Edouard Baer, Sabrina Ouazani...

De Edouard Baer (Fr, 1h36) avec Edouard Baer, Sabrina Ouazani...

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Luigi a une nuit pour sauver son théâtre. Une nuit pour trouver un singe capable de monter sur les planches et récupérer l'estime de son metteur en scène japonais ; une nuit pour regagner la confiance de son équipe et le respect de sa meilleure amie - qui est aussi sa plus proche collaboratrice... et pour démontrer à la jeune stagiaire de Sciences Po, tellement pétrie de certitudes, qu'il existe aussi d'autres façons dans la vie d'appréhender les obstacles...


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Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Turf

Dire du mal de Turf revient à tirer sur une ambulance. Quoique, comme la plupart des comédies commerciales françaises, il affiche une insolente santé, trop bien nourri aux euros sonnants et trébuchants. Cela ne masque pas le recyclage poussif et transparent qui lui sert de pitch : Un éléphant ça trompe énormément dans le milieu du tiercé. Soit quatre potes dont un avec une mère juive (Marthe Villalonga, pour être original), l’autre qui trompe sa femme jusqu’à ce qu’elle en ait marre et le foute dehors, un troisième plus effacé mais solide dans les affaires comme en amitié, et un quatrième qui expose le tout en voix off et se met à l’équitation pour séduire une jeune et jolie demoiselle. Au milieu, Onteniente projette ses vannes pourries, sa mythologie beauf (on a du fric, on fait la fête sur la côte) et son absence totale de direction artistique, pour un résultat sinistre qui a l’air de durer trois plombes. C’est nul donc, et seul un Depardieu d’une sincérité totale s’échappe du marasme. Qui d’autre que lui pourrait faire sonner juste une réplique comme : «Tiens, voilà tes deux places pour Lady Gaga !» ? Christophe Chabert 

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir ét

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Poulet aux prunes

ECRANS | Dans Poulet aux prunes, Marjane Satrapi fait mieux que transformer l’essai de Persépolis : avec son comparse Vincent Paronnaud, ils retranscrivent en prises de vue réelles l’imaginaire débordant de ses bandes dessinées, en gorgeant les images d’humour, d’émotion et de poésie visuelle. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 21 octobre 2011

Poulet aux prunes

C’est l’histoire d’un musicien iranien qui casse son violon et qui décide, désespéré de ne pouvoir retrouver la magie de sa musique avec un autre instrument, de casser sa pipe. Poulet aux prunes ne prend pas de gants pour nous annoncer la nouvelle : à peine l’introduction du film est-elle terminée que l’on connaît déjà le moment du trépas de Nasser-Ali. Ne reste plus qu’à compter les jours qui rapprochent de l’échéance, et les animer de toutes les façons possibles. Retours en arrière, projections hypothétiques sur les différentes manières de passer l’arme à gauche, et même grands bonds dans le temps accompagnant le destin des personnages secondaires… «C’est ce que j’aime au cinéma, commente Marjane Satrapi, co-réalisatrice avec Vincent Paronnaud. Que le personnage meurt au bout de dix minutes, et ensuite, on parle de sa vie pendant une heure vingt.» La narration de Poulet aux prunes est à l’image du débit élégant et élastique de son narrateur Édouard Baer : souple, fluide, libre, échappant à la pesanteur du réel pour se laisser conduire par la simple beauté de l’imaginaire, du rêve et de la poésie. Lignes brisées Quand Marjane

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Mon pote

ECRANS | De Marc Esposito (Fr, 1h45) avec Edouard Baer, Benoît Magimel…

Dorotée Aznar | Vendredi 26 novembre 2010

Mon pote

Il le dit lui-même en conférence de presse : Marc Esposito est un gentil. D’ailleurs, quand il évoque la base autobiographique de son nouveau film, voyant un directeur de publication engager un taulard repentant dans une rédaction pour le sortir du mitard, il précise même qu’à l’époque, à Studio Magazine, il ne pouvait bosser qu’avec des gentils. Vous l’aurez donc compris, le meilleur compliment et en même temps la pire insulte qu’on puisse faire à Mon pote, c’est de dire que c’est un film gentil. Au sens “bien brave“, inoffensif, totalement inconséquent. On ne va même pas pinailler sur l’absence totale de mise en scène (qu’Esposito assume, en toute gentillesse), sur la fin du film et sa maladresse toute pataude, ce serait inutile. Ça reviendrait à tirer non pas sur l’ambulance, mais sur un stand de barbe à papa qui écoule toute sa marchandise gratos. FC

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Un poison violent

ECRANS | De Katell Quillévéré (Fr, 1h32) avec Lio, Michel Galabru, Clara Augarde…

Christophe Chabert | Mercredi 7 juillet 2010

Un poison violent

À Cannes, un confrère nous disait qu’Un poison violent était un film typiquement «CNC». Comprenez : un premier film «sensible» sur l’éveil d’une jeune fille à son corps et à ses désirs, entretenant une relation compliquée avec ses parents et complice avec son grand-père malade. Un programme en effet balisé, auquel Katell Quillévéré n’adjoint que deux bonnes idées : l’intrusion de la religion dans l’histoire (la jeune fille prépare sa première communion) et un papy libidineux et décomplexé, ce qui donne l’occasion à Michel Galabru d’offrir une composition géniale. À part ça ? Le film est effectivement très attendu, ne ménageant guère d’audaces ni dans son scénario (le curé attiré par la mère, le père indifférent) ni, c’est plus problématique, dans sa mise en scène, effacée, comme paralysée à l’idée de sortir des clous d’un classicisme quasi-télévisuel. Ce n’est pas un mauvais film, juste l’ordinaire d’un jeune cinéma français standardisé. Christophe Chabert

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Passe-passe

ECRANS | Tonie Marshall réussit une hilarante et généreuse comédie fourre-tout au casting aussi improbable que réjouissant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 8 avril 2008

Passe-passe

D’abord, dire le plaisir éprouvé à la vision de Passe-passe. La comédie française ne nous a plus habitués à autant de générosité, préférant en général une approche prudente faite de connivence complice et de calcul marketing. Tonie Marshall, elle, choisit de faire l’inverse, avançant en kamikaze sur tous les fronts, du burlesque à la comédie de caractère, du rire grinçant à la franche déconnade. Ce qui produit un film apparemment sans queue ni tête, à l’intrigue parfois incompréhensible mélangeant sans ménagement trafics internationaux et petites combines, coucheries politiques et coup de foudre romantique, altermondialisme et Alzheimer, Darry Cowl et Frank Sinatra. En fait, Passe-passe est plutôt un film à plusieurs têtes et plusieurs queues, tiré vers des extrêmes a priori inconciliables qui lui confèrent pourtant sa folie contagieuse. Bien vu, bien connuCe poisson-film a cependant un corps et des arêtes : le couple hilarant formé par Nathalie Baye et Edouard Baer. Elle, grande bourgeoise fuyant son amant de ministre avec un sac bourré de billets ; lui, prestidigitateur raté naviguant à vue entre une mère malade et un beau-frère magouilleur. Ce tandem-là est

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J’ai toujours rêvé d’être un gangster

ECRANS | de Samuel Benchetrit (Fr, 1h48) avec Édouard Baer, Anna Mouglalis, Jean Rochefort…

Dorotée Aznar | Mercredi 19 mars 2008

J’ai toujours rêvé d’être un gangster

Auteur et metteur au scène de théâtre puis, au cinéma, d’un plaisant Janis et John, Samuel Benchetrit tente de transformer l’essai avec J’ai toujours rêvé d’être un gangster. Mais, dans ce film à sketchs dont le point commun est une cafétéria sur une aire d’autoroute, ce qui gène vite, c’est la «cinéphilie» de son auteur. Les guillemets sont volontaires car on se demande vraiment si on regarde une suite de clins d’œil, un digest pas toujours bien digéré ou un quasi-plagiat. Que des apprentis gangsters y tchatchent comme chez Tarantino, ou qu’au contraire ils peinent à se traîner comme dans Le Pigeon, pourquoi pas ? Que la construction du film soit empruntée à celle de Mystery train de Jarmusch, soit. Mais que Benchétrit reproduise, lors de la séquence Arno-Bashung, un sketch entier de Coffee and cigarettes du même Jarmusch, sans même créditer son auteur au générique, là, il y a vraiment un problème. Qu’importe après tout, si le film dans son ensemble était à peu près plaisant à suivre ; mais il est au contraire laborieux, sans rythme, complaisant envers ses propres trouvailles. En définitive, seul le casting, belle réunion de pointures, vient sauver l’affaire de l’anecdotique et fa

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B(a)erner son monde

CONNAITRE | Music-hall / Edouard Baer et sa troupe débarquent à la Bourse du travail pour un spectacle de music-hall déjanté. Commentaires du principal intéressé. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mardi 3 janvier 2006

B(a)erner son monde

Petit Bulletin : Pour ce spectacle, le moins que l'on puisse dire est que vous avez vu grand ! Qu'est-ce qui vous a incité à monter un tel spectacle ?Edouard Baer : La Folle et Véritable Vie de Luigi Prizzoti est construit en une succession de tableaux mais c'est une «vraie» histoire. Pour la première fois j'ai construit un spectacle avec un fil narratif ! Créer un spectacle avec autant d'acteurs est évidemment un véritable casse-tête et c'est surtout une aberration économique. Mais c'est ce que j'ai envie de faire et c'est comme ça que j'ai envie de vivre. D'ailleurs, je crois que je vais bientôt partir errer sur les routes avec une roulotte... Sous des apparences bordéliques, votre spectacle ne laisse pas de place à l'improvisation...Il y a une marge de liberté, mais pour mon personnage uniquement. Quant aux autres, qu'ils n'essaient même pas !!! Plus sérieusement, mon personnage doit être l'éléphant dans un magasin de porcelaine, il y a plus de 20 comédiens, il faut que tout soit beau et réglé précisément. Certains ont vu dans votre spectacle une satire de la société du spectacle, c'est ce que vous avez souhaité ?Le spectacle raconte l'

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