10 concerts à ne pas rater

MUSIQUES | Ils sont inclassables, inattendus et/ou trop beaux pour être vrais. Dans tous les cas, nonobstant toute comparaison avec ceux mentionnés par ailleurs dans ce dossier, ces dix concerts compteront à coup sûr parmi les plus mémorables de la saison. Stéphane Duchêne et Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 23 septembre 2014

Frànçois & the Atlas Mountains

La Vérité, il était temps. Depuis la sortie du splendide Piano Ombre, leur sixième album (eh oui !) à classer tout en haut de la pile des réussites discographiques de l'année, toutes catégories, nationalités, poids, sexes et habitudes alimentaires confondus, Frànçois et ses Montagnes de l'Atlas n'avaient pas encore trouvé l'occasion de venir. Fort dommageable quand on sait à quel point on a aussi affaire là à un démentiel groupe de scène. Voilà la chose doublement réparée. D'abord à Just Rock?, qu'on ne remerciera jamais assez d'avoir dégainé le premier sur ce coup-là. Ensuite, un peu plus tard, à Nouvelles Voix. La Vérité, ça fait plaisir.
Le 9 octobre au Transbordeur
Le 22 novembre au Théâtre de Villefranche

Morrissey

Hein ? Quoi ? Alors qu'on était paisiblement en train de lire sa cossue autobio dénichée à quatre pattes au rayon VO de Decitre, on en serait presque tombé de notre chaise : Stephen Patrick Morrissey, le Moz, lui-même, l'irremplaçable Castafiore des Smiths, l'auteur de certains des plus beaux textes de l'histoire de la pop anglophone, l'Homme-mystère à Caluire ? Au Radiant ? Ben oui. Un genre d'exclu provinciale – même si depuis il a rajouté une date à Nice, sans doute à la demande de Christian Estrosi, l'aminche à Bono – sur laquelle on s'empresse de sauter. Faut-il rappeler qu'on dit de Morrissey qu'il faut généralement être mort pour parvenir au statut d'icône qu'il a atteint de son vivant ? Alors bon.
Le 31 octobre au Radiant-Bellevue

 


Stand High Patrol

Rendons à Don Cavalli ce qui lui appartient. C'est en devisant avec ce bluesman qui ne voulait pas être un bluesma en préparation de notre Une de l'automne dernier qu'il nous a glissé le nom de Stand High Patrol, from Brest. S'attendant à quelque trésor inconnu de rockabilly underground – puisque c'est essentiellement la religion de Cavalli – on s'est jeté sur le machin. Surprise, il s'agissait de dub. On aurait pu s'arrêter là parce qu'en dub, on l'avoue, on n'est même pas ceinture jaune. Ce qui explique qu'on n'avait jamais entendu parler d'eux malgré treize ans d'existence. Sauf qu'on n'est jamais parvenu à se décoller leur Midnight Walkers, qu'on le porte comme un singe sur l'épaule et qu'il va nous conduire tout droit au Télérama Dub Festival. La vie, quoi...
Le 1er novembre au Transbordeur

Venetian Snares

L'attente suscitée par le nouvel album d'Aphex Twin, Syro, qui met fin à un silence discographique de treize ans, va-t-elle se dégonfler comme le dirigeable qui l'a promu ? A l'heure où sont tapées ces lignes, il est encore un peu trop tôt pour se prononcer. On sait en revanche que le dernier effort de son prolifique alter ego canadien, le seigneur incontesté du breakcore (musique accidentée et ultra-technique puisant sa libre inspiration dans le jazz) et arrangeur de cordes contrarié Venetian Snares, est un petit chef-d'œuvre de romantisme disloqué. Un de plus. Son titre : My Love is a Bulldozer. Déjà que l'avenir du Marché Gare était incertain...
Le 5 novembre au Marché Gare

ALB

Proche de Yuksek et des Shoes, avec lesquels ils forment une sorte de substitut musical à la grandeur passée du mythique Stade de Reims, Clément Daquin alias ALB a commencé par tâter de l'électro lo-fi et, surtout, par être trois avant de se mettre à son compte après le remarqué Mange-disques. Ensuite, seul le Champenois s'est pour ainsi dire découvert, sur le pléthorique Come Out! It's Beautiful, un sens mélodique aussi fin qu'une bulle de Cordon-Rouge. Si fin que via telle pub, tel film ou tel clip (Golden Chains), l'un de ses morceaux vous est forcément passé entre les oreilles sans même que vous vous en soyez aperçus. Vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas.
Le 6 novembre au Transbordeur

 

La Coka Nostra

A Brand You Can Trust. Tel était le titre, en 2009, du premier album de La Coka Nostra, supergroupe de gangsta rap new-yorkais (i.e. grassouillet et rouleur de mécaniques) né des ruines de House of Pain – qui dix-sept ans plus tôt actualisait le mythe de la sirène avec l'inoxydable Jump Around. DJ Lethal et ses homies n'ont fait que l'honorer depuis, alignant les morceaux de bravoure explicites avec un sens de la pose à faire passer Cypress Hill (dont ils sont proches) pour des vendeurs de churros, et survivant même à la défection au micro d'Everlast – qui avait déjà précipité l'effondrement House of Pain, le sagouin. Cette année, l'armistice va sentir la poudre.
Le 11 novembre au Warmaudio


Deltron 3030

«Tout seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin» clame la compagnie de cirque XY à la fin de ses représentations. «Pas faux» pourraient lui rétorquer le productor for hire Dan the Automator (le premier Gorillaz, c'est lui), le virtuose des platines Kid Koala et le rappeur Del the Funky Homosapien, eux qui sous le nom de Deltron 3030 sont allés jusque dans un lointain futur pas très beau à voir. Ils en ont ramené, en 2000 et treize ans plus tard, deux concept-albums en forme de paraboles SF à plusieurs voix (Damon Albarn, Mike Patton, Zack De La Rocha...) et autant de plaidoyers pour un hip-hop à la fois ambitieux et indocile. Concerts orchestraux à l'appui.
Le 21 novembre au Transbordeur

Peter Gabriel

Il y a deux ans, Peter Gabriel a fêté le 25e anniversaire de son plus grand succès discographique : So, réédité avec notamment en bonus son fameux Live in Athens, choc de jeunesse positivement non cicatrisé de votre serviteur. Puis Gabriel de repartir sur le route avec son groupe originel (David Rhodes, David Sancious, Manu Katché, Tony Levin) pour rejouer l'intégralité du disque (Sledgehammer, Don't Give Up, In Your Eyes...) plus, bien évidemment, de grands classiques. Deux ans plus tard, le So Live Back to Front est toujours sur la route et fait étape à Lyon. Comme tout bon concert de l'ancien leader totalement timbré de Genesis (avant que Phil Collins ne salope tout) et grand promoteur de la world music, c'est inratable.
A la Halle Tony Garnier, mercredi 26 novembre

Breton

Et de cinq concerts lyonnais pour Breton. Après l'Épicerie moderne en 2012, Nuits sonores et le Kao l'année suivante puis les Nuits de Fourvière en 2014, c'est cette fois au Marché Gare que se produira le collectif londonien. Quasiment à domicile donc. On ne peut que s'en réjouir : sept mois après lui avoir consacré la Une de notre numéro 743, on reste sidéré par l'adéquation entre sa digital pop pour soirée cocktail Molotov (audible à ce jour sur deux albums aussi formidablement tendus et casse-cous l'un que l'autre, Other People's Problems et War Room Stories) et les remous technologiques et sociaux de l'époque. Pré-apocalyptique, l'époque.
Le 27 novembre au Marché Gare

 


Ez3kiel

Depuis le temps qu'on se dit qu'Ez3kiel aurait toute sa place à la Fête des Lumières (cet été au château de Candé, le groupe a tout simplement fait voler en éclats violacés les limites poétiques et techniques du mapping), voilà qu'il s'apprête à éclipser sa prochaine édition. Trois jours après l'extinction des feux virginaux, le plus électrique des groupes de dub présentera en effet son sixième album (sans compter les captations de ses diverses tournées symphonico-steampunk), Lux, présenté comme un retour à ses sources électroniques. Et il a suffi d'un teaser scénique de deux minutes pour qu'on s'attende à être aussi ébloui que par Pantha du Prince et le Bell Laboratory.
Le 11 décembre au Transbordeur


Breton + DYD


Marché Gare 34 rue Casimir Périer Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


François & The Atlas Mountain + Isaac delusion + Joseph & the Merricks


Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Xavier Beauvois, les Larrieu et Xavier Giannoli viennent présenter leurs films à Lyon

Avant-Premières | À quoi bon courir les festival quand ceux-ci viennent au public lyonnais ? Trois films issus des sélections officielles de Berlin, Cannes et Venise (...)

Vincent Raymond | Jeudi 23 septembre 2021

Xavier Beauvois, les Larrieu et Xavier Giannoli viennent présenter leurs films à Lyon

À quoi bon courir les festival quand ceux-ci viennent au public lyonnais ? Trois films issus des sélections officielles de Berlin, Cannes et Venise s'invitent la même semaine en avant-première à Lyon ! D’abord, le drame policier Albatros de Xavier Beauvois en sa présence et celle de son interprète principal Jérémie Rénier le mardi 28 septembre au Pathé Bellecour à 19h30 ; ensuite Tralala, la comédie musicale écrite par Jeanne Cherhal que les frères Larrieu accompagneront le jeudi 30 à 21h au Cinéma Lumière ; enfin, Illusions perdues, adaptation de Balzac signée par Xavier Giannoli que celui-ci escortera le vendredi 1er octobre à 19h au Comœdia ainsi qu’à 19h45 au Pathé Bellecour. Voilà, votre programme est (quasiment) bouclé.

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Au Boui Boui, un Réda Cheraitia bien trempé

Humour | Pour son troisième one man show, Réda Chéraitia livre un vrai-faux portrait de lui-même, ne s’épargnant pas et avec quelques piques bienvenues sur l’époque.

Nadja Pobel | Dimanche 22 août 2021

Au Boui Boui, un Réda Cheraitia bien trempé

Voilà donc qu’il est vieux. Quadra (pas plus), le comédien entame son seul en scène par une entrée physique et tonitruante qui le met à genoux. Et de décliner ce qui se déglingue dans le corps tout en assumant le vocabulaire que les natifs du XXIe siècle ne peuvent pas comprendre, du temps où l’on faisait ses courses chez Mammouth, où l’on circulait en Renault 12 et où les Roms étaient des Romanichels. De sa vie « simple », il va pourtant tordre la réalité pour tenter le gore d’une adoption de lépreux et voir jusqu’où le public peut suivre. Et ça va loin. À l’image de ce que peut jouer Blanche Gardin, que le comédien cite volontiers comme référence à l’issue de la représentation. « L’âge n’a aucune importance » lui a dit un prof de théâtre. Il s’en souvient dans ce spectacle comme de ces trois années passées au Conservatoire régional de Normandie — cette ligne de son CV revient-là comme un gimmick. Et c’est aussi une façon de montrer qu’il ne s’enferme pas dans une case, puisqu’il ne cesse d’alterner les one-man (son précédent, Stand by, créé il y a dix ans tourne encore) avec du théâtre musical comme Ceci n'est pas un

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Statue personnelle : c’est compliqué : "Michel-Ange" de Andrey Konchalovsky

Biopic | Crasseux, revêche, ambigu, jaloux de ses confrères, impulsif, vénal, exlté et… génial. Dans l’Italie du Cinquecento, Michel-Ange étant le plus grand des artistes, tous les puissants se le disputent. Le Vatican ne fait pas exception, où un Médicis vient de succéder à Jules II…

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Statue personnelle : c’est compliqué :

Fresque historique, “moment“ dans la vie du personnage-tire plus que biopic stricto sensu, ce Michel-Ange dessine un portrait sans complaisance de l’artiste en sale bonhomme autant qu’un hommage à la prodigieuse universalité de ses talents et à la splendeur de ses réalisations — oui oui, il est bien possible d’opérer ce subtil distinguo. Fasciné par Dante, obstiné par l’accomplissement de son œuvre pour laquelle il veut le meilleur, sachant se muer en ingénieur en génie civil comme en combinazione privées, résister au pouvoir tout en faisant tout pour être le grand artiste officiel de son temps… Konchalovsky ne pensait-il pas un peu à son frère, le si poutinolâtre Nikita Mikhalkov à travers Michel-Ange ? Reste une magnifique évocation des affres de la création et de la place de l’artiste dans la société traitée comme un thriller politique. Michel-Ange ★★★★☆ Un film de Andrey Konchalovsky (Ru-It, 2h16) avec Alberto Testone, Jakob Diehl, Francesco Gaudiello…

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Seuls contre tous : "Adieu Les Cons" d'Albert Dupontel

Comédie | La Mano et Virginie Efira enchantent cette dramédie de Dupontel.

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Seuls contre tous :

Il est suicidaire, elle est condamnée. Elle cherche son enfant abandonné, il veut bien lui donner un coup de main (un peu forcé par les circonstances), avec l’appoint d’un non-voyant traumatisé par la police et leurs violences… aveugles. L’expérience (réussie) d’adaptation au format superproduction, Au revoir là-haut, ne signifiait donc pas rupture avec le cinéma d’avant d’Albert Dupontel — cet artisanat esthétique peuplé de rebelles aux instances autoritaires de la société, à son arbitraire stupide, à ses absurdités. Et comme pour Guédiguian à l’occasion du Promeneur du Champ de Mars, le fait de s’octroyer cette parenthèse aura été salutaire : l’auteur-interprète se “retrouve” en renouant avec son univers tant burlesque que satirique, où s’invitent les témoins habituels de sa causticité (le prodigieux Nicolas Marié, Terry Gilliam…), de savoureuses apparitions et une nouvelle venue touchante, Virginie Efira. Entre burlesque kafkaïen et nostalgie jeunettienne, cette dramédie bercée par la Mano Negra palpite co

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Aux racines de la folie : "La Forêt de mon père" de Vero Cratzborn

Drame | Élagueur, Jimmy vient de se faire licencier parce qu’il agissait bizarrement. À la maison, son comportement lunatique devient difficile à supporter pour sa femme et ses trois enfants. Jusqu’à une crise qui lui vaut d’être interné. Mais Gina, son aînée de 15 ans, ne parvient pas à l’accepter…

Vincent Raymond | Mercredi 8 juillet 2020

Aux racines de la folie :

Sensée être vécue à travers les yeux de la grande ado — comme en atteste le possessif au singulier du titre — l’histoire se diffracte un peu pour être vue également à travers les yeux de ses cadets et de sa mère. On perd en pure subjectivité, mais on gagne quelques contrepoints utiles pour composer, avec du recul, un tableau familial plus précis et assembler les pièces du tableau clinique de la maladie psychique de Jimmy. Bien sûr, l’élément végétal est abondant, fondateur, aussi enveloppant qu’inquiétant dans La Forêt de mon père, puisque c’est le territoire dans lequel cet “homme des bois“ évolue, au premier degré. Cette forêt est également mentale, un dédale à l’intérieur duquel il s’égare sans trouver de sortie, où il tente même d’aspirer les siens. Il faut mettre au crédit de Vero Cratzborn sa volonté de traiter d’un trouble psychique et de l'internement sur un strict plan dramatique, sans verser dans le thriller — parti-pris suffisamment rare pour être souligné. En revanche, la romance cousue de fil blanc avec le voisin à moto bien serviable épuise par sa banalité. D

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L’enfance de larmes : "Benni"

Drame | Benni, 9 ans et quelque, a un passé traumatique et une mère défaillante qui la font sombrer dans des crises d’une incoercible violence à la moindre contrariété. Ayant déjà usé toutes les patiences et solutions des services sociaux elle trouve en Micha, son AVS, un possible espoir…

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

L’enfance de larmes :

Des hurlements à déchirer cœur et tympans, une rage indicible ancrée au plus profond des tripes ; des poings, des pieds prêts à voltiger en tout sens si par malheur quelqu’un d’autre que sa mère lui touche le visage et de trop brèves accalmies… L’existence de Benni, criarde jusque dans ses vêtements, ressemble à un sismogramme bondissant sans cesse de crête en crête, où chaque crise est suivie d’un black out cotonneux hanté de flashes roses — souvenirs-refuges, limbes de la vie d’avant de cette gamine affamée d’une mère dépassée. Souvent éprouvant parce qu’il montre une succession d’impasses éducatives et affectives, parce qu’il présente des faux-espoirs ou des situations de danger pour Benni ou pour son entourage, parce qu’il rend visible l’absence de solutions de prise en charge pour ces mineurs en souffrance, à un âge où une réparation psychique serait possible, Benni n’a rien d’une “belle” histoire. Nora Fingscheidt « porte la caméra dans la plaie », pour transposer l’expressi

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Damon Albarn et Thom Yorke reprogrammés en 2021

Pop | Ils devaient jouer à l'Auditorium et aux Nuits de Fourvière : Damon Albarn et Thom Yorke ont tous deux reportés leurs dates respectives en avril et juillet 2021.

Sébastien Broquet | Vendredi 22 mai 2020

Damon Albarn et Thom Yorke reprogrammés en 2021

Les fondus de pop anglaise des 90's seront soulagés : le leader de Blur et celui de Radiohead feront bien halte à Lyon. Pas cette année, on l'a bien compris, qui restera comme une sorte de vide intersidéral en terme de spectacle vivant, mais en 2021, puisque tous deux reportent leurs dates respectivement prévues à l'Auditorium et aux Nuits de Fourvière à l'année prochaine. Ce qui relève du tour de force de la part des organisateurs pour des artistes de ce calibre ayant des agendas surchargés longtemps à l'avance. Alors bien sûr, on dit brit pop, mais tous deux viennent en solo et leurs parcours ont largement explosé les frontières d'un seul genre, Damon Albarn travaillant entre autre beaucoup autour des musiques africaines et de l'opéra, Thom Yorke ne s'étant lui jamais vraiment remis de l'écoute des disques de Warp Records. Commençons par ce dernier, vu récemment au Transbordeur : il revient aux Nuits de Fourvière le mercredi 7 juillet 2021, au grand théâtre bien

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Sorties de leur réserve : "Une belle équipe"

Comédie | Un seul point. C’est ce qu’il manque à l’équipe de foot de Clourrières pour assurer son maintien. Sauf que les joueurs ont tous été suspendus après une bagarre. Alors, l’entraîneur monte une équipe féminine pour les trois ultimes rencontres. Et se heurte à l’hostilité machiste du village…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Sorties de leur réserve :

Alors qu’il s’apprêtait à en débuter le tournage en 2018, Kad Merad prévenait que ce film n’aurait rien à voir avec Comme des garçons, cette comédie-fiction bâtie sur l’histoire de la première équipe de France de football féminine. On le confirme : Mohamed Hamidi ne s’intéresse ni à la romance ni à la reconstitution historique, mais au — difficile — basculement des mentalités vers une société paritaire, le football étant le symptôme (ou le déclencheur) d'une prise de conscience : troquer le ballon contre la charge domestique ordinairement dévolue à leurs épouses équivaut à une castration pour ces messieurs. Le réalisateur (qui, au passage, remercie ses six sœurs au générique) s’amuse à montrer à quel point la sensibilité masculine est asymétrique : chatouilleux sur leurs “privilèges“ envolés, les hommes sont aveugles au fait que les affiches publicitaires utilisent des corps de femmes afin de vendre n’importe quoi à n’importe qui. Bien

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Cinq expos à voir cet été

Bons Plans | Notre sélection subjective de cinq belles expositions à découvrir tout l'été, dans les musées de Lyon et de la région...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 9 juillet 2019

Cinq expos à voir cet été

Des coiffes qui décoiffent A la suite d'une donation du collectionneur Antoine de Galbert, le Musée des Confluences présente quelque 350 coiffes du monde entier, datant essentiellement des XIXe et XXe siècles. Cérémonielles, ornementales, hiérarchiques, guerrières ou autres, ces coiffes fascinent par leur inventivité esthétique, leur prolixité symbolique, leur aspect parfois un peu délirant. Au Musée des Confluences jusqu'au 15 mars 2020 Pierre Buraglio, Bas voltage Depuis presque soixante ans, Pierre Buraglio traverse courants et mouvements artistiques en toute singularité, renversant les codes de la peinture et de la représentation. Il utilise aussi bien des châssis dénudés que des fenêtres glanées dans des chantiers, et peint volontiers sur des portes de 2CV, des cartes postales, des pages de journaux... Parallèlement, l'artiste musarde dans les musées et dessine d'après Seurat, Courbet, Munch, Monet, Rodin... Son œuvre inclassable fait l'objet d'une grande rétrospective

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Peau d’âme : "Le Daim"

Le Film de la Semaine | Revenant de quelques infortunes artistiques, Jean Dujardin se prend une belle veste (au sens propre) taillée sur mesure par Quentin Dupieux en campant un monomaniaque du cuir suédé. Un conte étrange et intriguant totalement à sa place à la Quinzaine des Réalisateurs.

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Peau d’âme :

Ça a tout l’air d’une tocade, et pourtant… Georges, 44 ans, a tout quitté pour acheter une fortune la veste en daim de ses rêves, au fin fond d’une région montagneuse. Ainsi vêtu, il se sent habité par une force nouvelle et se lance dans un projet fou, aidé par Denise, la barmaid du coin… Propice aux films de zombies (plus nombreux que des doigts sur un moignon de mort-vivant), l’année serait-elle aussi favorable aux récits de fringues maudites ? Après In Fabric de Peter Strickland (la déclinaison sur-diabolique de La Robe de Van Warmerdam vue notamment au festival Hallucinations Collectives), Le Daim renoue avec cette vieille tradition héritée de la mythologie où l’habit influe sur l’humeur ou la santé de celui qui le porte. À l’instar de la tunique de Nessus fatale à Hercule, ou de la tiare d’Oribal pour les lecteurs d’Alix, le blouson ocre va conditionner Georges, le menant à supprimer ses semblables — comprenez ceux du porteur de daim ainsi que tous les autres blousons du monde. Vaste programme, aurait pu dire de Gaulle.

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Mirifique cirque

Festival d'Alba-la-Romaine | Un festival est affaire de qualité de programmation. C'est essentiel mais cela ne suffit pas à en faire un passage incontournable. À Alba-la-Romaine, s'invente depuis onze ans un lieu délicieux où la qualité de l’accueil est égale à l'exigence des choix artistiques. Revue de détails.

Nadja Pobel | Mardi 11 juin 2019

Mirifique cirque

De la place centrale au pied du château médiéval, emprunter le chemin piéton, descendre jusqu'à la petite rivière de l'Escoutay, la traverser et s'installer sous les arbres. Prendre le temps de lire, manger à l'un ou l'autre des foodtrucks, se payer une glace artisanale qui ne coûte pas la moitié d'un smic comme partout ailleurs en France... Ceci n'est pas un détail. Cela participe à aller voir ce qui se trame, gratuitement aux alentours, comme cette année sur l'esplanade du Carbunica la venue de Obstinées (cirque aérien par trois femmes) ou les 78 tours de la compagnie La Meute sur une énorme et impressionnante roue articulée. Ce coin de verdure... Piloté par Alain Reynaud (clown qui a récemment présenté Triiio à Lyon et qui, à quelques encablures de là à Bourg-Saint-Andéol, avec sa compagnie des Nouveaux Nez, pilote un des quatorze Pôles Nationaux de cirque), ce festival accueille aussi des spectacles de plus grande ampleur (payants) sous chapiteau ou dans cet espace antique de l'amphithéâtre gallo-romain qui sied à merveille aux artistes de l'aérien. Cette année, le collectif

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Une saison 2019/2020 allant de Bach à Damon Albarn

Auditorium | L'Auditorium poursuit sa mue vers les musiques contemporaines, multipliant ses ouvertures vers les domaines des musiques du monde, de la pop, ou encore de la musique classique contemporaine en s'associant, par exemple, au compositeur australien Brett Dean.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 mai 2019

Une saison 2019/2020 allant de Bach à Damon Albarn

Quelques changements en douceur à l'Auditorium et pour l'Orchestre National de Lyon... En 2019, le chef danois Nikolaj Szeps-Znaider a succédé à Leonard Slatkin à la direction de l'ONL, et donnera cette saison quatre concerts à Lyon (dont un concert d'ouverture qui comprend les Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss, sommet d'émotion lyrique). L'Auditorium s'entoure aussi de plusieurs artistes associés : le chef Ben Glassberg (qui dirigera l'ONL pour le plus beau et le plus épuré des Requiem, celui de Gabriel Fauré), le pianiste lyonnais Jean-Yves Thibaudet (pour, notamment, une œuvre d'Olivier Messiaen, la Turangalîla-Symphonie, compositeur trop rarement interprété à notre goût), et le compositeur australien Brett Dean qui présentera six de ses pièces : des compositions souvent inspirées par l'actualité (politique, écologique...) aux paysages sonores très dynamiques, voire explosifs ! Quelques points d'orgue

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Ivan Calbérac : « d’un traumatisme, j’ai essayé de faire une histoire drôle »

Venise n’est pas en Italie | Comme un prolongement logique de son roman et de son spectacle, Ivan Calbérac a réalisé le film semi-autobiographique "Venise n’est pas en Italie". Une démarche cathartique qui prend la forme d’une comédie, dont il s’est ouvert lors des Rencontres d’Avignon, mais aussi de Gérardmer…

Vincent Raymond | Mardi 28 mai 2019

Ivan Calbérac : « d’un traumatisme, j’ai essayé de faire une histoire drôle »

L’aventure de Venise n’est pas en Italie a commencé il y a longtemps pour vous… Ivan Calbérac : Oui, elle est en partie autobiographique parce que mes parents me teignaient les cheveux en blond de sept à treize ans — ouais, c’est moche (rires). À l’époque, ils m’avaient convaincu que j’étais plus beau comme ça. Je pensais que c’était dans mon intérêt, donc j’étais complètement consentant et même limite coopératif : je demandais ma teinture — j’étais vrillé de l’intérieur. Mais en même temps, j’en avais super honte : j’avais toujours peur qu’on dise : « aïe aïe, il a les cheveux teints, la honte ! », et à 14-15 ans, j’ai voulu arrêter, ils m’ont dit OK. La plupart de mes amis qui me connaissaient à cet âge-là n’étaient pas au courant. Et puis j’ai grandi et à l’âge de 38-40 ans, cette histoire est redevenue présente. De cette sorte de traumatisme, j’ai essayé de faire une histoire drôle en la racontant d’abord comme un roman. Mais j’avais tout de suite en tête l’envie d’en faire un film, parce que je voyais un road-movie, plein d’images.

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Lacunes sur la lagune : "Venise n'est pas en Italie"

Comédie | De Ivan Calbérac (Fr, 1h35) avec Benoît Poelvoorde, Valérie Bonneton, Helie Thonnat…

Vincent Raymond | Mardi 28 mai 2019

Lacunes sur la lagune :

Tout sépare Émile de Pauline, la collégienne dont il est épris : lui vit avec sa famille bohème (les Chamodot) dans une caravane ; elle réside dans la villa cossue de ses parents bourgeois. Quand elle l’invite à Venise pour l’été, Émile se réjouit… brièvement. Car ses parents veulent l’accompagner. En adaptant ici son propre roman lointainement autobiographique (succès en librairie), déjà porté (avec autant de bonheur) par lui-même sur les planches, le sympathique Ivan Calbérac avait en théorie son film tourné d’avance — le fait d’avoir en sus la paire Poelvoorde/Bonneton parmi sa distribution constituant la cerise sur le Lido. Las ! Le réalisateur a jeté dans un grand fait-tout façon pot spaghetti les ingrédients d’une comédie familiale un peu Tuche et d’une romance d’ados un peu Boum, quelques tranches de road movie, un peu d’oignon pour faire pleurer à la fin, nappé le tout d’une sauce Roméo & Juliette. Et puis il a oublié sa gamelle sous le feu des projecteurs. Résultat ? Un bloc hybride et peu digeste, où l’on di

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Thierry Demaizière : « pour faire un films sur Lourdes, il faut être athée »

Lourdes | Avec son alter ego Alban Teurlai, Thierry Demaizière s’est intéressé à une petite communes des Hautes-Pyrénées au prestige planétaire pour les chrétiens, depuis qu’une certaine Bernadette y a vu la Vierge. Regard d’un athée sur Lourdes, et propos rapportés des Rencontres du Sud d’Avignon…

Vincent Raymond | Lundi 6 mai 2019

Thierry Demaizière : « pour faire un films sur Lourdes, il faut être athée »

Lourdes est-il un film de commande ? Thierry Demaizière : Non seulement ce n’est pas un film de commande, mais on n’était jamais allés à Lourdes ni Alban, ni moi. En plus, l’un est athée et l’autre agnostique ; moi j’avais bu de l’eau bénite pour mon bac parce que mes grands-parents allaient là-bas, pour vous dire notre rapport à Lourdes… L’histoire a commencé avec une amie, Sixtine Léon-Dufour, qui est créditée au générique. Il s’est trouvé pendant une semaine que l’on n’arrivait pas à la joindre, et elle ne voulait pas nous dire où elle était, en croyant qu’on allait se moquer. Quand elle a dit qu’elle était hospitalière à Lourdes, on lui a demandé de raconter. Et on s’est dit qu’il y avait un truc génial à faire sur les pèlerins. Sur Internet, on voit qu’il y a des sujets de télévision sur le commerce de Lourdes, mais pas de documentaire sur les pèlerins au cinéma, je n’en revenais pas. Alors on est partis à Lourdes. Comment avez-vous sélectionné vos personnages ? De manière assez classique pour un documentaire : on a pris des enquêtrices pour bosser parce

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Et le miracle ne fut pas : "Lourdes"

Documentaire | De Thierry Demaizière & Alban Teurlai (Fr, 1h35)…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Et le miracle ne fut pas :

Une semaine au cœur de Lourdes, en compagnie de différents groupes de pèlerins, d’hospitaliers bénévoles assurant leur accueil, devant et derrière les autels, dans les processions. Des paroles, des espoirs, des regards, de la compassion, de la foi… On avait beaucoup apprécié le regard (et le travail) de la paire Demaizière/Teurlai sur l’édification d’un spectacle chorégraphique par Benjamin Millepied dans Relève : histoire d’une création. En prenant le temps de se focaliser sur cette question, les deux documentaristes révélaient par incidence toutes les coulisses de l’Opéra de Paris en maintenant un suspense au couteau — de la très belle ouvrage. Quelle déception, alors, de les voir s’égarer dans la contemplation vaine et désorientée de leur nouveau sujet selon l’adage tristement connu “qui trop embrasse mal étreint“. Lourdes tiendrait plutôt de la galerie d’illuminés ou de malheureux aux existenc

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Homos au bain : "Les Crevettes pailletées"

Comédie | De Cédric Le Gallo & Maxime Govare (Fr, 1h40) avec Nicolas Gob, Alban Lenoir, Michaël Abiteboul…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Homos au bain :

Parce qu’il a lâché une insulte homophobe à un journaliste, la Fédération de Natation oblige Mathias à redorer son image en l’envoyant entraîner une équipe de water-polo gay. L’objectif ? La qualifier pour les Gay Games. Le problème ? Ils sont très mauvais et Mathias peu motivé… Un merveilleux hasard fait succéder ce film au Grand Bain dont le succès, à la façon d’un Moïse des bassins chlorés, est susceptible de faciliter l’existence dans les salles de ces Crevettes pailletées. Tant mieux pour elles, même s’il n’y a pas de quoi plonger du tremplin des dix mètres : cette gentille fable célébrant la tolérance à coup de déhanchés suggestifs, de moues mutines et d’exubérance glitter à la Liberace (vous avez dit “cliché“ ?) semble bien terne comparée à Priscilla folle du désert, douche australienne maniant le show et froid de la dérision… sans pour autant donner l’impression d’illustrer une version aquatique de Comme ils disent. Le

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Les ombres errantes : "Los Silencios"

Drame | De Beatriz Seigner (Col-Br-Fr, 1h29) avec Doña Albina, Yerson Castellanos, Enrique Díaz…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Les ombres errantes :

En compagnie de sa mère Amparo et de son frère, la petite Nuria arrive sur une île amazonienne à la frontière du Brésil, de la Colombie et du Pérou, bien loin de la guérilla qui a eu raison du père de cette famille. Pourtant, celui-ci va refaire surface dans ce village habitué au surnaturel… Pour son premier long-métrage, Beatriz Seigner convoque le réalisme fantastique avec cette histoire de fantômes sans repos traitée de manière elliptique et poétique. Peu d’explications, encore moins de dialogue : on s’imprègne autant du récit que les réfugiés s’acclimatent à leur nouvel environnement, avec prudence et méfiance. D’autant que l’île, zone frontière au statut indistinct, se trouve elle aussi dans l’attente d’une décision radicale : des entrepreneurs la convoitent pour la métamorphoser selon leurs désirs. Une atmosphère d’entre-deux nimbe l’ensemble de ce film traversé d’esprits impalpables, qui cependant “prend corps“ à sa toute fin avec une mise en images fascinante du dialogue entre fantômes et vivants. Du pur songe dissout dans l’éveil.

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Shellac est (bientôt) là

Plus Loin | Il y a presque neuf ans, les programmateurs de l'Épicerie Moderne réalisaient un vieux rêve longtemps inassouvi, celui d'accueillir en ses murs la Statue (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 5 mars 2019

Shellac est (bientôt) là

Il y a presque neuf ans, les programmateurs de l'Épicerie Moderne réalisaient un vieux rêve longtemps inassouvi, celui d'accueillir en ses murs la Statue du Commandeur du rock indépendant et même de l'indépendance tout court : le dénommé Steve Albini, genre de Saint-François d'Assise en salopette, apôtre de la frugalité faite rock, que ce soit derrière la console qui le vit produire quelques monuments du rock saignant, du Rid of Me de PJ Harvey au In Utero de Nirvana en passant par le Surfer Rosa des Pixies (ceci pour l'infime partie émergée de l'immense iceberg albinien), ou aux commandes de Shellac. Et c'est avec son groupe, non moins mythique que lui, à la production rare et erratique, mêlant noise et math rock dans une quête quasi obsessionnelle de l'épure, qu'Albini se repointe une fois encore sur la scène de Feyzin pour le plus grand bonheur de ses disciples en ascèse musicale et en attaque sonore. Apparition annoncée pour le 29 mai.

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Démons d'or sort de sa boîte : la programmation dévoilée

Festival | Annoncé pour les 28 et 29 juin en son antre de Poleymieux-au-Mont-d'or, Démon d'or vient de dévoiler la programmation de ce qui sera sa quinzième édition. (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 25 janvier 2019

Démons d'or sort de sa boîte : la programmation dévoilée

Annoncé pour les 28 et 29 juin en son antre de Poleymieux-au-Mont-d'or, Démon d'or vient de dévoiler la programmation de ce qui sera sa quinzième édition. Fidèle aux canons esthétiques du festival, on y retrouvera les maîtres du dub Stand High Patrol en compagnie de Marina P pour leur album commun Summer on Mars, sorti en novembre dernier, et dans la même veine : Jahneration. Sur le front électro, on retrouve le très hype producteur Thylacine pour une version live de son album Roads. Contrefaçon (acid techno) et Columbine (rap) viennent compléter le tableau en compagnie des inclassables zinzins de Bagarre. À noter également deux cartes blanches à Hadra Records et EZ ! Sur la scène 2 dont la programmation tournée vers la trance et la bass music restent à définir, tout comme celle de la désormais traditionnel Dub Arena du Démon.

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Les cercles délicats de Léon Tutundjian

Art Contemporain | Au sein de ses très beaux nouveaux espaces d'exposition, la Fondation Bullukian nous propose de redécouvrir l’œuvre méconnue de Léon Tutundjian. Œuvre d'une rare délicatesse.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 29 janvier 2019

Les cercles délicats de Léon Tutundjian

Après d'importants travaux, la Fondation Bullukian a plus que doublé ses surfaces d'expositions, disposant maintenant de deux espaces, séparés par un grand jardin intérieur, de 130 m² chacun. Et devient du coup l'un des centres d'art en libre accès parmi les plus grands et les plus agréables de Lyon ! On peut y découvrir actuellement deux expositions : l'une consacrée à Alberto Di Fabio (né en 1966 en Italie) et ses peintures bio-morphes, l'autre à son aîné Léon Tutundjian (1905-1968) et à son œuvre polymorphe (collages, sculptures, dessins, peintures). C'est ce dernier qui a le plus attiré notre attention, par la précision poétique et poignante de son univers. La vie, la géométrie Né en Arménie, émigré en France en 1923, Léon Tutundjian a traversé toutes les avant-gardes de son époque avec son talent propre : abstraction, cubisme, tachisme, surréalisme... Mais son caractère bien trempé, dit-on, lui a joué des tours dans ses relations professionnelles et ce n'est que très tardivement q

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Un café glaçant : "The Place"

Comédie Dramatique | De Paolo Genovese (It, 1h45) avec Valerio Mastandrea, Marco Giallini, Alba Rohrwacher…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Un café glaçant :

Perpétuellement vissé à la banquette du café The Place, un homme accueille celles et ceux qui recherchent conseils ou services particuliers. Consultant son grand agenda, il leur assigne alors d’étranges missions qui, miraculeusement règlent tous leurs soucis. Mais quid des siens ? Décor unique, personnage énigmatique dont on ne sait s’il est un mafieux, l’incarnation du fatum, ou un bienfaiteur pervers ; mises à l’épreuve générale, cas de consciences et réconciliations… The Place tient de la pièce métaphysique. Le problème, c’est que le concept itératif tourne hélas rapidement à vide, Genovese ne parvenant pas à transcender ni son argument théâtral, ni son huis clos en tournant le tout comme une suite d’épilogues de série télé. Dommage, car il avait de la matière et une fort jolie distribution. Dommage également pour lui de manquer son rendez-vous avec le public français, qui connaît indirectement le travail de cette star transalpine sans avoir vu sur les écrans jusqu’à présent la moindre de ses réalisations — c’était son Perfetti s

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L’esprit simple : "Heureux comme Lazzaro"

Le Film de la Semaine | Exploité par des paysans eux-mêmes asservis, le brave et candide Lazzaro fait tout pour aider son prochain, bloc de grâce dans un monde de disgrâce. Un conte philosophico-métaphysique à l’ancienne qui a valu à Alice Rohrwacher le Prix du scénario Cannes 2018.

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

L’esprit simple :

La vie d’un groupe de paysans italiens contemporains maintenus en servage, hors du monde, par une marquise avaricieuse, et la singulière destinée de l’un d’entre eux, Lazzaro. Valet de ferme innocent et bienheureux, sa bonté naïve rivalise avec l’étrangeté de ses dons… Heureux comme Lazzaro s’inscrit dans la tradition d’un certain cinéma italien brut et rêche des années 1960-1970. En dépeignant de manière documentarisante l’âpreté d’un quotidien rural du début du XXe siècle (dont on découvrira, avec effarement, qu’il se situe en fait à la fin du même siècle), Rohrwacher ressuscite l’indigence austère des ambiances paysannes façon L’Arbre aux sabots d’Ermanno Olmi ou Padre Padrone des Taviani. Elle s’en démarque en teintant son réalisme de magie : Lazzaro, tel une créature surnaturelle issue de Théorème ou d’un autre fantasme pasolinien, provoque des miracles. Sa seule existence s’avère d’ailleurs prodigieuse : il semble imperméable au temps qui passe ainsi qu’à la mort — son prénom l’y prédestinait.

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La Cascade et le Festival d'Alba, exceptions circassiennes en Auvergne Rhône-Alpes

Cirque | Début juillet, à Alba-la-Romaine se tenait la 10e édition du festival de cirque piloté par le pôle national implanté dans les environs : la Cascade à Bourg-Saint-Andéol. Alors qu'à Lyon, le manque d'infrastructures est criant, là-bas, au sud de l'Ardèche, s'invente un lieu de création permanent dont nous parle sa secrétaire générale, Marie-O Roux.

Nadja Pobel | Mercredi 1 août 2018

La Cascade et le Festival d'Alba, exceptions circassiennes en Auvergne Rhône-Alpes

Comment et pourquoi la plus importante infrastructure de Auvergne-Rhône-Alpe en matière de nouveau cirque est ici, dans le sud rural de l'Ardèche ?Marie-O Roux : Elle émane de la compagnie des Nouveaux Nez qui sont venus s'installer quand ils sont sortis du CNAC (Centre National des Arts du Cirque installé à Châlons-en-Champagne), en 1992. Les producteurs étaient à Paris, mais Alain Reynaud avait des parents menuisiers à Bourg Saint-Andéol : il est revenu. C'était totalement improbable d'imaginer des clowns ici... Petit à petit, on a installé les bureaux, les salles de répétitions dans l'ancienne menuiserie et on a monté un projet beaucoup plus grand. On voulait une maison dans laquelle accueillir le maximum d'artistes, et s'est libéré Saint-Joseph. C'est un ancien cloître – on est sur un lieu de patrimoine – auquel on a rajouté une salle de spectacle, un immense terrain de jeu, tous les bureaux, une salle de danse, des chambres, un espace caravane. On est devenu un lieu dédié à recevoir de la résidence de cirque à l'année, où

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Mater dolorosa : "Ma fille"

Drame | de Laura Bispuri (All-It-Sui, 1h37) avec Valeria Golino, Alba Rohrwacher, Udo Kier…

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Mater dolorosa :

Fillette sarde de 10 ans, Vittoria découvre Angelica et sa vie dépenaillée, à mille lieues de l’existence modeste mais rangée dans laquelle Tina, sa mère, veut l’élever. Sauf que la délurée Angelica est sa génitrice biologique. Vittoria va se rapprocher d’elle, au grand dam de Tina… Valeria Golino semble s’être fait une spécialité des emplois de mère courage, usant sa plénitude quadragénaire et son regard triste dans des histoires de familles à problèmes majuscules avec une grâce jamais entamée ; Ma fille le prouve à nouveau, même si la comédienne occupe ici, à égalité avec Alba Rohrwacher (dans le rôle de la serpillère, mère du sang mais pas de cœur) un rôle secondaire. Car la réalisatrice Laura Bispuri place réellement l’enfant au centre du récit, adoptant le plus souvent son point de vue afin que l’on perçoive son dilemme, ses (dés)espoirs, ses chagrins. Cela, sans un mot de sa part ou presque. Pour rendre compte de cet écartèlement permanent, qui se retrouve dans la rousseur de Vittoria, entre la bru

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Le cirque : double tours et double lieux

Festival d'Alba | Dix ans pour le Pôle cirque de l'Ardèche. Autant pour le Festival d'Alba. Et voilà que les deux entités pilotées par Alain Reynaud se réunissent pour co-accueillir la crème de cette discipline toujours plus alléchante.

Nadja Pobel | Mardi 19 juin 2018

Le cirque : double tours et double lieux

Voici au moins un ruissellement qui fonctionne, qui plus est, au bénéfice de tous. La Cascade, pôle national de cirque comme la France en compte quatorze sur le territoire, mais un seul dans cette immense région Rhône-Alpes Auvergne, a fêté ce printemps ses dix ans d'existence. À l'époque, le label national ne lui était pas encore accolé, et pour cause, le Ministère ne les inventa qu'en 2010. Mais déjà Alain Reynaud et Claire Peysson (compagnies Les Nouveaux Nez & Cie et Les Colporteurs) pallient le manque de lieux de travail. Un outil, à Bourg-Saint-Andéol, est alors ouvert aux professionnels pour la création, la diffusion (étape de création) ou la formation (stages, mais pas d'école) qui aujourd'hui encore – faute de structures suffisantes dans les environs - a des délais d'attente pour l'occupation des salles de douze à dix-huit mois ! En parallèle de la Cascade se crée le Festival d'Alba, 30 km au nord, et à l'ouest de Montélimar. Étape reconnue en France pour les circassiens, ce rendez-vous de six jours mérite bien un décroché de la voisine Avignon. Et pour la première fois de son histoire, i

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Seule et soûle : "Gueule d’ange"

Drame | Quelque part, dans le sud. Mère célibataire d’Elli, qu’elle appelle Gueule d’ange, Marlène tient pour prioritaires sa vie de jeune femme et ses sorties. Un (...)

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

Seule et soûle :

Quelque part, dans le sud. Mère célibataire d’Elli, qu’elle appelle Gueule d’ange, Marlène tient pour prioritaires sa vie de jeune femme et ses sorties. Un soir, elle prolonge la fête avec un type et laisse sa gamine de 8 ans seule, pour une durée indéterminée. Elli dissimule son absence. Et boit. Gueule d’ange est l’exemple parfait du film avec lequel on peut jouer au bingo : sur la foi de l’affiche et du synopsis, le public peut préparer un carton et cocher les clichés dès qu’ils traversent le champ. Rôle social “de composition“ avec mèches blondes et tenue de cagole, taillé pour un festival/une nomination au César : bingo, Cotillard. Référent masculin revêche au premier abord, cachant sa tendresse sous une (et même plusieurs) blessures intimes et vivant dans une caravane : gagné, Alban Lenoir ! Gamine-à-z’yeux-bleus-pleine-de-bravitude-grave-dévastée-à-l’intérieur-alors-elle-picole : meilleur espoir pour Ayline Aksoy-Etaix. Décor de station balnéaire avec fête foraine intégrée (pour le côté “ces adultes qui n’ont jamais grandi“) : carton plein ! En su

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Femme de lettres au bord de la crise de nerfs : "Los Adioses"

Biopic | de Natalia Beristain Egurrola (Mex, 1h26) avec Karina Gidi, Daniel Giménez Cacho, Ari Albarrán…

Vincent Raymond | Dimanche 13 mai 2018

Femme de lettres au bord de la crise de nerfs :

Quelques fragments du parcours de Rosario Castellanos (1925-1974) : ses premiers pas d’étudiante, sa reconnaissance comme poétesse, autrice, intellectuelle féministe et universitaire ; les tumultes de son couple avec Ricardo Guerra, partenaire frustré par le talent de sa compagne… C’est à une figure majeure des lettres mexicaine et de l’affirmation de droits des femmes que Natalia Beristain rend ici hommage à travers ce film-patchwork, brassant les époques, au risque de chahuter la stricte chronologie. Icône célébrée pour ses prises de parole et ses écrits, Castellanos eut à lutter au quotidien contre la jalousie dévorante de celui qui eût dû être son principal allié — c’est un peu comme si Sartre, furieux de voir Simone de Beauvoir taper plus vite que lui à la machine et rafler le Goncourt avait tenté de la boucler dans la cuisine, exigeant qu’elle se consacre exclusivement à la confiture de mandarines. Désir d’indépendance, machisme sournois… Ce match tristement connu et peu équilibré est ici arbitré par de nombreuses étrein

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Mathieu le Breton en chute libre

Sculpture | L'Œil Vintage invite de nouveau Mathieu le Breton entre ses murs pour une exposition qui déjoue les lois de la gravité. En explorant les possibilités (...)

Sarah Fouassier | Mardi 17 avril 2018

Mathieu le Breton en chute libre

L'Œil Vintage invite de nouveau Mathieu le Breton entre ses murs pour une exposition qui déjoue les lois de la gravité. En explorant les possibilités de la matière, l'artiste donne à voir une exposition hautement graphique, dense en courbes et en variations. À partir de chutes de bois contreplaquées coupées à la scie sauteuse, Mathieu le Breton a créé différents types d'œuvres : sculptures, peintures et cordons. Des sculptures conçues intelligemment comme des générateurs de peinture se trouvent être des pochoirs dont les formes arrondies sont reproduites sur du papier à l'aide d'aérosols. Une pratique d'art urbain qui donne des motifs assez pop aux formats encadrés de l'exposition. Ces sculptures sont ainsi accrochées ou posées sur les meubles scandinaves de la boutique, avec les marques soufflées de la peinture. Lacet et lasso font s'étrangler des courbes tels des serpents géants venant s'enrouler autour de leurs proies. D'autres sculptures reprennent la même intention de rondeur des courbes. Amovibles et modulables, elles initient une façon ludique de faire varier les formes et intentions de l'œuvre. À voir jusqu'au 22 mai

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Prémices de Smith : "England Is Mine"

Biopic new wave | de Mark Gill (G-B, 1h34) avec Jack Lowden, Jessica Brown Findlay, Jodie Comer…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Prémices de Smith :

Binoclard passant le plus clair de son temps dans sa chambre à écrire tout le mal qu’il pense de la scène rock locale ou à mimer ses artistes vénérés, Steven Patrick Morrissey attend l’heure propice. Celle où il lâchera son boulot d’employé de bureau pour montrer ce qu’il a dans les tripes… Des tripes de végétarien, cela va sans dire pour qui connaît le prosélytisme du leader des Smiths en la matière. Mais, et c’est le moindre des mérites de ce film, il n’a rien de ces biopics ordinaires rivés sur la légende dorée de la célébrité dont ils retracent le parcours, et qui insistent sur ses particularismes ou ses épiphanies avec une discrétion de marteau-piqueur. Ici, c’est à peine si un plan sur une assiette de légumes atteste du régime non carniste du futur chanteur. Autrement dit, si son “identité végane” est prise en compte, elle n’est pas considérée comme déterminante dans sa construction artistique. Corollaire : les exégètes de Morrissey n’apprendront rien qu’ils ne sachent déjà sur leur idole ; quant à ceux qui ne le connaissent pas, ils suivront l’itinéraire d’une jeunesse britan

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Albin parmi nous

Chanson | Si l'on souhaite circonscrire l'univers complexe d'Albin de la Simone, alors il suffit de jeter un œil à son dernier clip, celui de la chanson Dans la (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 28 novembre 2017

Albin parmi nous

Si l'on souhaite circonscrire l'univers complexe d'Albin de la Simone, alors il suffit de jeter un œil à son dernier clip, celui de la chanson Dans la tête, extraite de son dernier album L'un de nous. Rien que le fait qu'il mette en scène la comédienne Emmanuelle Devos et l'humoriste Régis Laspallès (dans le rôle d'Albin vieilli (si l'on comprend bien)) dessine le mélange de mélancolie, de fantaisie et de poésie qui font le sel d'un chanteur ne sachant jamais si l'humour est la politesse du désespoir ou le désespoir le prolongement de la dérision. C'est pourtant bien la deuxième option que l'on trouve sur L'un de nous où, plus encore que sur Un Homme, son précédent disque, Albin de la Simone remise le boute-en-train sous un voile de gravité. Un album écrit après que son auteur ait failli se rendre ad patres à la suite d'un problème cardiaque, épisode évoqué dans un sens, et dans un frôlement, sur La Fleur de l'âge et dans l'autre sur À quoi. Qu'on se le dise, Albin de la Simone est en pleine forme (y compris discographique) et foulera la scène de sa fétiche salle Molière le

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Entre deux : "L'École de la vie"

Documentaire | de Maite Alberdi (Fr-Chi-P-B, 1h32) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

Entre deux :

La vie quotidienne dans une école chilienne spécialisée accueillant des adultes atteints du syndrome de Down (la Trisomie 21) : le travail à l’atelier gastronomie, l’amitié et les histoires de cœur minées par les décisions des tuteurs légaux… Maite Alberdi cadre les élèves serrés, dans une très grande proximité, à l’extrême limite parfois de l’intimité gênante (sans franchir la ligne jaune de l’obscénité), gardant parents et éducateurs dans un flou visuel volontaire. Ce dispositif tranché facilitant la focalisation sur ses héros — Rita, au régime, qui tente de soustraire du chocolat en cachette, Anita et Andrés désireux de se marier malgré l’opposition parentale —, et permettant d’adopter plus aisément leur point de vue, est sans doute la meilleure idée de ce documentaire. L’École de la vie laisse en effet une impression mitigée, découlant pour partie des méthodes en apparence paradoxales de l’école. Certes, les élèves semblent disposer d’une liberté d’action complète et s’épanouir lorsqu’ils préparent de la pâtisserie, mais ils sont étr

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Sous la piste aux étoiles

Théâtre | Heureux hasard, chaque année, dans le somptueux cadre gallo-romain d'Alba-la-Romaine, il est possible de voir un des spectacles appréciés aux Nuits de (...)

Nadja Pobel | Mardi 20 juin 2017

Sous la piste aux étoiles

Heureux hasard, chaque année, dans le somptueux cadre gallo-romain d'Alba-la-Romaine, il est possible de voir un des spectacles appréciés aux Nuits de Fourvière l'année précédente. C'était le cas de Bestias l'an dernier de Baro d'Evel. Cette fois, voici que s'installe en Ardèche la compagnie Bêtes de Foire. Le couple Elsa de Witte et Laurent Cabrol ont le talent de raconter leur vie de nomade, qui les a mené à déjà jouer près de 400 fois cette création. Lui est passé par l'école Fratellini et a cofondé Convoi Exceptionnel et le merveilleusement grinçant cirque Trottola. Elle, costumière au départ, vient du théâtre de rue, de compagnies comme Babylone et Alama’s givrés. Ensemble ils ont construit ce spectacle de poche qui montre les coulisses et les secrets de fabrication d'un show à taille humaine. Ils se penchent sur l'art du ratage dans une discipline qui ne tient que par l'excellence. Ainsi, leur chien peu obéissant remplace la majesté d'un félin à crinière. Et il est question de ralentir la cadence comme avec ce jongleur qui commence son numéro a

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"Comment j'ai rencontré mon père" de Maxime Motte : “Je” est un autre

ECRANS | de Maxime Motte (Fr, 1h25) avec François-Xavier Demaison, Isabelle Carré, Albert Delpy…

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Enguerrand a six ans et des parents adoptifs qui moulinent un peu avec ce concept. Alors, lorsqu’il découvre un soir sur la plage un sans papier d’origine africaine comme lui, il est persuadé d’avoir rencontré son père biologique. Sauf que non : Kwabéna veut juste passer en Angleterre… La promesse du titre est à moitié tenue : le “je” laisse entendre que le film va être vu à hauteur d’enfant. En réalité, ce sont les parents (et surtout le grand-père délinquant-débauché joué par Albert Delpy) qui occupent le premier plan, l’enfant — doté de la maturité d’un grand pré-ado — se contentant de vignettes. Privé de cette ambition, le film équivaut à un Welcome traité façon comédie, émaillé de séquences de “Papy sème sa zone à l’hospice avec ses potes les vieux” et d’engueulades sitcom entre les parents (elle, juge rigide ; lui, libraire nonchalant). Un (gros) peu d’écriture en plus n’aurait pas nui.

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"L'Homme aux mille visages" : espion, venge-toi !

Thriller - Le Film de la Semaine | Transformant une escroquerie d’État des années 1980 en thriller rythmé et sarcastique, le réalisateur de "La Isla minima" poursuit à sa manière son exploration critique de la société espagnole post-franquiste, quelque part entre "Les Monstres", "L’Arnaque" et "Les Affranchis".

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Remercié par les services secrets espagnols et ruiné, le rusé Paco Paesa a dû se reconvertir du trafic d’armes vers l’évasion fiscale. Quand Luis Roldán, patron de la Garde Civile soupçonné de détournement de fonds, réclame son aide, il flaire le bon coup pour se refaire. Du billard à mille bandes… Contrairement à Fantômas, Paco Paesa n’a nul besoin de revêtir de masque ni d’user de violence pour effectuer ses coups tordus. C’est par la parole et l’apparence, en douceur, qu’il arrive à ses fins, laissant croire à son interlocuteur ce qu’il a envie de croire. En cela, L'Homme aux mille visages rappelle la grande époque de la comédie italienne, dans sa manière notamment de ridiculiser, voire d’infantiliser les puissants, ravalés au rang de marionnettes dans les mains d’un manipulateur habile. Et de prendre les ambitieux, surtout les corrompus, au piège de leur avidité — c’est "l’arrosé” arrosé, en somme. Faux et usage de vrai Alberto Rodríguez est de ces cinéastes qui, à l’instar de Sorrentino pour Il Divo (2008), s’emparent de faits avérés et de personnalités authentiques pour le

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Et une fantastique nouvelle année !

ECRANS | CinéCollection, le cycle patrimonial du GRAC, poursuit son cheminement à travers les grands espaces cinématographiques nord-américains et marque une étape sur (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

Et une fantastique nouvelle année !

CinéCollection, le cycle patrimonial du GRAC, poursuit son cheminement à travers les grands espaces cinématographiques nord-américains et marque une étape sur les terres du fantastique, avec une double programmation qui ne l'est pas moins : deux perles aussi noires que le jais, aussi précieuses que le diamant. D'abord une œuvre se situant à la lisière du conte, du polar, du drame social et de la parabole philosophique : Freaks (1932), de Tod Browning — initialement distribué en France sous le titre La Monstrueuse Parade. Cet ancêtre du Elephant Man (1980) de Lynch s’intéresse à la condition des monstres de foire, exploités jusqu’au début du XXe siècle pour leurs singularités morphologiques : les nains, géants, microcéphales, femmes à barbe, colosses, hermaphrodites, siamois… bref tous ceux que la médecine antique désignait comme tératoïdes. Browning, alors au sommet après le succès de son Dracula (1931), dépasse les attentes du studio Universal et de sa série de Monsters imaginaires

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Saint-Jean ou la prophétie d'Ez3kiel

ARTS | Avec son Lux tour il y a tout juste deux ans, Ez3kiel livrait au Transbordeur un de ces concerts qui vous laissent dans un état de béatitude, yeux et (...)

Nadja Pobel | Mardi 6 décembre 2016

Saint-Jean ou la prophétie d'Ez3kiel

Avec son Lux tour il y a tout juste deux ans, Ez3kiel livrait au Transbordeur un de ces concerts qui vous laissent dans un état de béatitude, yeux et oreilles baignés de rock vaporeux et de lumières chiadées sans être maniérées. On n'avait alors pas imaginé les revoir à la Fête des Lumières, de surcroît sur l'un des sites les plus visités, le plus prestigieux et donc pas celui qui est le plus prétexte à innovations : la cathédrale Saint-Jean. C'est Yann Nguema, membre du groupe tourangeau, qui va déconstruire pierre par pierre, pixel par pixel, cet édifice récemment restauré et revenir aux fondements de son édification. À l'occasion de la dernière tournée du groupe, il avait inventé avec son complice Arnaud Doucet le "Magic-Screen" composé de 48 projecteurs Magicpanel disposés sur une grande matrice. Ici, l'histoire de la cathédrale va s'écrire avec des traits en noir et blanc, peu à peu coloriés et un laser pointera, comme un stylo, les pierres numérisées. Evolutions Place Saint-Jean, Lyon 5e Du 8 au 10 décembre de 20h à minuit Dans le cadre de la Fête

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"La Mort de Louis XIV" : jamboree pour jambe de roi

ECRANS | de Albert Serra (Fr-Esp-Por, 1h55) avec Jean-Pierre Léaud, Patrick d’Assumçao, Bernard Belin…

Vincent Raymond | Lundi 31 octobre 2016

1715. Usé, fatigué, vieilli, Louis XIV n’est plus que l’ombre du Soleil ; un blafard souverain emperruqué rejouant pour sa Cour les rites et les jours, qu’une douleur à la jambe vient subitement clouer au lit. Impuissants à le soulager, ses médecins (ou médicastres) assistent à la progression de la gangrène, à son agonie puis son trépas… Mâchoire qui clappe, voix de gorge nasillarde aux limites du compréhensible, œil éteint et teint cireux… C’est une idole sur le déclin, attaquée par les années ; un vestige vivant qui claudique à l’écran avant d’être contraint à l’immobilité quasi totale — ne demeure mobile que la main, exécutant ses caractéristiques moulinets — et se désagrège sous nos yeux. Des fins de vies ou de règnes, on en a déjà vues, mais Serra a eu l’idée tant prodigieuse que terrible de convaincre Jean-Pierre Léaud, l’ultime incarnation du cinéma de la Nouvelle Vague, d’endosser la défroque déliquescente du roi à l’article de la mort. Ajoutant à son évocation historique crépusculaire fascinante malgré (ou à cause de) sa langueur une résonance contemporaine d’une étrange symbolique. Car cette figure de la modernité d

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Dub à l'échelle télescopique

Dub Echo | Stand High Patrol, le trio breton le plus jamaïcain, a une capacité certaine à brouiller les cartes. Entre des lives enflammés et un dernier album très ouvert, le groupe possède ce petit plus qui accroche l'oreille.

Nicolas Bros | Mardi 20 septembre 2016

Dub à l'échelle télescopique

Si la révolution dub devait prendre une icône, Stand High Patrol ferait sans doute partie des potentielles figures de proue. Les trois dubadub musketeers ont surpris leur monde en 2015 lors de la sortie de leur deuxième album A Matter of Scale (Une Question d’échelle en français), où se mélangent allègrement sonorités dub, reggae, jazz et même blues. Il suffit de tendre le pavillon lors de l'intro du disque pour découvrir caresses de caisse claire, sourdines caractéristiques et saisir l'inspiration. Cet opus s'avère propice à une écoute "de salon" et ne correspond finalement que peu à une production calibrée pour la scène et son déchaînement de foule. Stand High Patrol a affirmé, s'il en était encore besoin, sa propension à transgresser les codes établis et à ouvrir son champ d'action dans un spectre aussi large qu'une autoroute à six voies : c'est la volonté de ce groupe ayant auto-baptisé son style dubadub. Si ces productions revêtent l'habit d'une révolution musicale parfois détonante, avant tout maîtrisée et très séduisante, leurs prestations live restent des invitations à titiller le pinacle : que les dub addicts se rassurent.

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Aux marges du ballet avec "Relève : histoire d'une création"

Le Film de la Semaine | Benjamin Millepied transmet à de jeunes danseurs du ballet de l’Opéra de Paris son inépuisable enthousiasme et livre, au terme d'un époustouflant contre-la-montre, sa première création en tant que directeur de la danse à Garnier. Édifiant et fascinant.

Vincent Raymond | Mercredi 7 septembre 2016

Aux marges du ballet avec

En 2013, la nomination de Benjamin Millepied à la tête du ballet de l’Opéra de Paris avait tout pour éveiller la suspicion des non initiés — eh quoi ! Trentenaire aux allures de gravure de mode, coqueluche des revues depuis son beau mariage avec une actrice à Oscar, il ressemblait moins au successeur attendu de la vétérane Brigitte Lefèvre, qu’à une concession à l’air du temps — un préjugé emballé dans un tutu rose, auquel sa démission expresse donnerait début 2016 la touche finale… N’en déplaise aux cancaniers, la présence du chorégraphe à ce poste n’avait rien d’usurpée ; et son passage, pour météorique qu’il fût, se révéla tout sauf anecdotique : Relève démontre en filigrane des coulisses de la création de Clear, Loud, Bright, Forward, à quel point Millepied semblait taillé pour y accomplir de nécessaires révolutions. Et Benjamin Millepied opéra… Relève porte ce regard original sur l’élaboration du ballet promis par le titre — de l’esquisse à la première — tout en intégrant des éléments périph

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Terry Riley prend un ticket pour l'Africa Express

Nuits de Fourvière | Terry Riley est une figure de la musique minimaliste dont l'œuvre emblématique reste sans aucun doute la transcendante pièce In C, composée en 1964 en (...)

Sébastien Broquet | Mardi 21 juin 2016

Terry Riley prend un ticket pour l'Africa Express

Terry Riley est une figure de la musique minimaliste dont l'œuvre emblématique reste sans aucun doute la transcendante pièce In C, composée en 1964 en Californie et régulièrement interprétée depuis. Écrite pour 35 musiciens, potentiellement plus ou moins, elle est particulière dans le sens où elle laisse une grande liberté d'improvisation : elle est composée de 53 motifs qui doivent être joués dans l'ordre et répétés par tous les interprètes, mais ces derniers choisissent le nombre de fois où ils répètent chacun des phrasés, et ils doivent parfois s'interrompre pour écouter l'ensemble avant de reprendre. De plus, tous les instruments sont les bienvenus. Comme une impression d'infini, d'état onirique après des heures dans un train lancé au mitan de paysages inconnus, qui influença grandement le krautrock (cf. le E2-E4 de Manuel Göttsching). À la lecture de cette introduction, l'on saisit aisément tout l'intérêt du voyage effectué sur le continent africain par cette pièce historique : comme un retour aux sources de la m

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Le magnétisme animal de Baro d'Evel

Le Festival d'Alba | Du cirque, encore ? Oui ! Cette discipline ne cesse de se réinventer et d'investir les théâtres pour la seule raison valable qui soit : la (...)

Nadja Pobel | Mardi 21 juin 2016

Le magnétisme animal de Baro d'Evel

Du cirque, encore ? Oui ! Cette discipline ne cesse de se réinventer et d'investir les théâtres pour la seule raison valable qui soit : la qualité des (certains) spectacles. Retour aux sources, à Alba la Romaine : cette séduisante petite ville antique et médiévale accueille à l'année La Cascade, le pôle national des arts du cirque emmené par Alain Reynaud, auteur l'an dernier d'une création sur le cycle, Roue libre. Cette année, dix-sept spectacles seront accueillis dont l'intriguant Ours et le roitelet de la marionnettiste de grand talent Émilie Valantin, le maîtrisé (techniquement) mais manquant de liant narratif et de fluidité No/more de la Tournoyante ; ou encore, Bestias. Délicate, menée par le couple Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias, et même épisodiquement leur fille, cette fable circassienne est aussi composée à partir des mouvements de chevaux, de poules et d'oiseaux (six perruches et un corbeau-pie) ! L'homme ne surplombe pas tout et ne domine pas son monde à coups de démonstrations acrobatiques. Pas d’esbroufe ici sinon celle d'une précision

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Les Premiers, les Derniers

ECRANS | De et avec Bouli Lanners (Fr/Bel, 1h33) avec Albert Dupontel, Suzanne Clément, Michael Lonsdale, Max von Sydow…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Les Premiers, les Derniers

Si la relecture du western est tendance, pour Bouli Lanners, ce n’est pas non plus une nouveauté : il lorgnait déjà sur les grands espaces et le road movie dans ses œuvres précédentes — voir Les Géants (2011). Situé dans un no man’s land contemporain — un Loiret aussi sinistre que la banlieue de Charleroi un novembre de chômage technique — Les Premiers, les Derniers fait se croiser et se toiser dans un format ultra large des chasseurs de prime usés, de vieux Indiens frayant avec la terre, une squaw en détresse ainsi que l’inévitable horde de bandits aux mines patibulaires. Cousin belge de Kervern et Delépine qui aurait fréquenté le petit séminaire, Lanners diffuse en sus dans cette re-composition décalée un étonnant souffle de spiritualité continu, faisant de ses personnages des messagers et de leur trajectoire une sorte de parabole, interprétation du fameux verset de l’Évangile selon Matthieu : « Heureux les pauvres en esprit… ». Ajoutons que Jésus se balade de-ci de-là, que les comédiens Michael Lonsdale et Max von Sydow chantent des cantiques : le propos mystiqu

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Gaz de France

ECRANS | De et avec Benoît Forgeard (Fr, 1h26) avec Olivier Rabourdin, Philippe Katerine, Alka Balbir…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Gaz de France

À l’image de son auteur-interprète Benoît Forgeard ou de son comédien principal Philippe Katerine (qui vont jusqu’à l’incarner à la ville dans leur esthétique vestimentaire et leur art de vivre kitsch-vintage), Gaz de France cultive un ton décalé épris de nonsense. Une sorte de burlesque froid et languide, dont les effets comiques naissent d’une improbable combinaison entre l’absurde, le contemplatif et le bavard musical. Pas tout à fait ratée, ni vraiment réussie, cette farce auteuriste et bariolée empruntant à la politique-(science)-fiction use de diverses stratégies pour compenser un budget qu’on suppose étriqué. Les décors, d’abord, sans doute voulus comme arty, design et épurés ; hélas, ils trahissent plutôt le carton-pâte fauché. Reste la distribution, solide, rehaussée par la présence magnétique d’Alka Balbir. Voilà en l’occurrence un procédé aussi déloyal que pervers, puisqu’il vise à obtenir notre libidineuse et concupiscente indulgence. Nous ne sommes pas dupes… *soupir*

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Un programme comme neuf pour la Fête des Lumières

Fête des Lumières | Comme prévu l'année dernière, la Fête des Lumières 2016 (raccourcie d'un jour) reprend les projets avortés de 2015. Revue de détails.

Nadja Pobel | Jeudi 5 novembre 2015

Un programme comme neuf pour la Fête des Lumières

Balayée par les tragiques attentats de novembre 2015, la Fête des Lumières aura bien lieu, du jeudi 8 au samedi 10 décembre. Un jour de moins et une amplitude horaire réduite (de 20h – au lieu de 18h – à minuit) dans un périmètre très délimité et encadré (de Bellecour aux Terreaux et un morceau du 5e arrondissement). 40 œuvres sont au programme (contre 77 annoncées l'année dernière mais les installations majeures n'ont pas changées). Dont celles-ci : Cathédrale Saint-Jean - Évolution C'est là qu'officiera le groupe Ez3kiel, réputé pour ses scénographies éblouissantes, avec une écriture mariant traits en noir et blanc et surfaces coloriées. Un laser servira de stylet et indiquera certaines parties de ce monument emblématique de la Fête dont les 12 000 pierres ont été numérisées durant trois semaines pour que le rendu soit le plus fin possible. Théâtre

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La Isla Minima

ECRANS | Deux flics enquêtent sur des assassinats de femmes dans une région marécageuse et isolée, loin des soubresauts d’un pays en pleine transition démocratique. En mélangeant thriller prenant et réflexion historique, Alberto Rodríguez réalise avec maestria un "True Detective" espagnol. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 juillet 2015

La Isla Minima

Au tout début des années 1980, l’Espagne continue sa transition entre la dictature franquiste et la monarchie républicaine. Les échos de cette mutation ne parviennent que lentement vers une région reculée de l’Andalousie cernée par les marais, où les habitants ont définitivement renoncé à mettre leurs pendules à l’heure. Pourtant, l’assassinat de deux jeunes filles lors des fêtes annuelles va conduire deux flics venus de Madrid à débarquer dans cette communauté fermée et discrète pour faire surgir la vérité et lever les hypocrisies morales. Alberto Rodríguez, cinéaste jusqu’ici plutôt mineur au sein de la nouvelle génération espagnole, parvient très vite à lier ensemble son thriller et le contexte politique dans lequel il l’inscrit. Et ce grâce à la personnalité de ses deux enquêteurs : l’un, Juan, obsédé par la résolution de l’affaire, représente la nouvelle Espagne qui se met en place lentement et tente de remplacer les méthodes expéditives des milices franquistes ; l’autre, Pedro, a plus de mal à oublier ses vieux réflexes et y voit surtout une forme d’efficacité non entravée par les droits des suspects. Mais cette tension se retrouve aussi dans l’intrigue elle-même

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Que Viva Eisenstein!

ECRANS | De Peter Greenaway (Holl-Finl-Belg-Mex, 1h45) avec Elmer Bäck, Luis Alberti…

Christophe Chabert | Mardi 7 juillet 2015

Que Viva Eisenstein!

Continuant à honorer les génies artistiques, Greenaway s’attaque à Eisenstein après Rembrandt et Goltzius ; et, toujours dans une logique où sa forme à lui se calquerait sur leur forme à eux, il se lance ici dans un pastiche du style Eisenstein, avec effets de montage et même quelques plans (libres de droits) piqués directement au maître, incarné à l’écran par un Elmer Bäck complètement halluciné. Contre toute attente, l’introduction du film est ce que Greenaway a fait de plus plaisant depuis longtemps ; la visite d’Eisenstein au Mexique où il se pavane et pérore en grand maître cinématographique de la Révolution russe avant d’y tourner un de ses chefs-d’œuvre (Que viva Mexico!) se transforme en grande farce bouffonne et scato. Il faut voir Eisenstein parler à sa bite sous la douche ou, ivre, vomir et chier en même temps dans les égouts pour comprendre que Greenaway ne prend pas son héros du tout au sérieux. En revanche, quand le film dévoile son vrai sujet — le coming out d’Eisenstein au contact d’un diplomate mexicain qui le déflore longuement avant de lui enfoncer un drapeau rouge dans l’anus — Greenaway retombe dans ses vieux travers : b

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Festival d’Alba – Du 10 au 14 juillet à Alba-la-Romaine (07)

SCENES | Le Cirque Aïtal nous avait éblouis aux Nuits de Fourvière en 2013 ? Il était passé des années auparavant par Alba. Il faut dire que ce festival est mené par (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

Festival d’Alba – Du 10 au 14 juillet à Alba-la-Romaine (07)

Le Cirque Aïtal nous avait éblouis aux Nuits de Fourvière en 2013 ? Il était passé des années auparavant par Alba. Il faut dire que ce festival est mené par l’un des douze Centres Nationaux des Arts du Cirque : la Cascade, implantée à Bourg-Saint-Andéol. Dans l’amphithéâtre antique d'Alba-la-Romaine, plus d’une quinzaine de spectacles se déploieront cet été, dont certains gratuits, à l'instar des concerts qui closent chaque journée à 23h (en tête celui de Summer Rebellion, duo blues d'une jouissive sauvagerie). Le point d’orgue de cette édition 2015 sera toutefois la création Roue libre, "co-mise en piste" par Alain Reynaux, directeur de la Cascade et ancien clown de la compagnie des Nouveaux Nez. À l’occasion du passage du Tour de France le 19 juillet dans les alentours – pour faire la jonction, le spectacle jouera exceptionnellement jusqu'au 18 – ses circassiens se sont emparés de ce thème populaire et passionnant qu'est la "petite reine". La présence parmi eux de neuf cyclistes, trois motocyclistes et un guitariste promet des acrobaties inédites (à 9 mètres de haut ou sur trampoline !). Autres artistes à ne pas ma

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Un Français

ECRANS | De Diastème (Fr, 1h38) avec Alban Lenoir, Samuel Jouy, Patrick Pineau…

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Un Français

Un peu à la manière de La Loi du marché, Diastème s’est emparé d’un sujet hautement abrasif et d’actualité (la mouvance skinhead, des années 80 à aujourd’hui) qu’il approche avec une sècheresse narrative payante : l’itinéraire de Marco (Alban Lenoir, enfin dans un rôle à sa mesure au cinéma) est raconté caméra à l’épaule, sans musique, sans affèterie mais sans masquer non plus la violence de ses actes, puis découpé en blocs séparés par d’énormes ellipses. Le procédé permet au personnage de rester jusqu’au bout une énigme : qu’est-ce qui le fait peu à peu revenir dans le droit chemin ? Une étincelle de conscience ? Son dégoût vis-à-vis des méthodes de ses camarades ? Son envie de devenir un bon père et un bon mari ? Ou sa rencontre avec un pharmacien qui refuse de le juger ? Peut-être rien de tout cela en définitive, et si Marco traverse ainsi 28 années où l’extrême droite est passée de la violence clandestine à une façade de respectabilité, il le fait comme un fantôme en équilibre précaire, mal armé pour affronter les enjeux politiques de son temps, porté par un besoin d

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En équilibre

ECRANS | De Denis Dercourt (Fr, 1h30) avec Albert Dupontel, Cécile De France…

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

En équilibre

Cascadeur équestre, Marc est victime d’un accident qui le laisse dans un fauteuil roulant. C’est alors qu’il rencontre Florence, agent d’assurance chargée de l’indemniser, envers qui il éprouve d’abord méfiance et hostilité, avant de découvrir qu’elle possède une sensibilité et un cœur derrière sa carapace de bourgeoise froide. En équilibre prouve que, dans la carrière de Denis Dercourt, La Tourneuse de pages faisait office d’accident heureux. Et encore, c’est bien par son scénario et par ses acteurs que le film s’avérait un tant soit peu marquant, la mise en scène étant déjà très standard. Ici, tout est proche de l’encéphalogramme plat : l’évolution des personnages et de leur relation se fait selon un schéma incroyablement prévisible, et les deux comédiens empoignent cette partition sans conviction, comme s’ils avaient conscience de la banalité de ce qu’on leur demandait de jouer. On a même le sentiment que le handicap, depuis Intouchables, est une garantie d’émotions faciles, un sujet bankable qui autoriserait la mise en chantier du moi

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