Kosme, sans fard

Entretien | Fer de lance de la jeune scène techno et house, auteur de DJ sets époustouflants qui ont fait le bonheur des aficionados du Sucre où il était résident, Kosme s'est exilé à... Chamonix pour trouver un nouveau souffle. À savourer ce week-end, du côté de la We Are Reality.

Sébastien Broquet | Mardi 20 septembre 2016

Photo : © Aldo Paredes


Est-ce que le fait de quitter Lyon et l'urbanité pour Chamonix et un endroit plus proche de la nature a changé ta manière de composer, ton son, tes DJ sets ?
Kosme : Ça a changé entièrement ma vie ! J'arrivais personnellement à la fin d'un cycle à Lyon, pas seulement dans la musique, mais aussi dans ma vie. J'avais besoin d'un nouvel envol, d'un nouvel air, de repousser mes limites et de sortir de ma zone de confort pour évoluer.

Depuis deux ans, on a lié des liens étroits avec Chamonix grâce au festival Unlimited alliant musique et montagne, organisé par José Lagarellos : c'est assez naturellement que je me suis installé ici. Chamonix répond actuellement entièrement aux besoins liés à ma vie de DJ. Je trouve ici l'inspiration, mais aussi le mode de vie sportif, la nature et le "bien être" qui m'aident a recharger mes batteries et a être plus performant pour mes dates le week-end.

Je pense avoir trouvé le bon équilibre, ça m'a énormément apporté humainement et artistiquement... et ça tente déjà d'autres collègues DJ qui m'envient un peu ! J'aime beaucoup les Chamoniards, le ski free-ride, ma nouvelle passion qu'est le trail, et la fondue aux cêpes !

Quelle est ta vision de la scène française actuelle, en pleine explosion musicalement, que ressens-tu, toi qui a fait des études de sociologie, face à l'hédonisme festif qui s'est emparé de la jeunesse techno remplissant actuellement clubs, raves et festivals ?
Les vannes sont "enfin" ouvertes en France ! Je suis tellement heureux de voir la France décomplexée, libre, créative, prendre en main sa culture club, écrire encore une fois un morceau de l'histoire house et techno. La nouvelle génération d'activistes est magique, dans les grandes villes ou ailleurs. Cela participe au climat social actuel : se sentir libre, faire partie d'une grande famille à laquelle on est fier d'appartenir et de partager ses valeurs.

Le Sucre : quel est ta vision de ce club où tu étais résident ? Peut-il laisser une trace dans le mythe du clubbing ?
Malheureusement, à mon goût, Le Sucre ne se revendique pas comme un club, ce n'est pas le projet d'Arty Farty (qui gère le club et Nuits Sonores). C'est un endroit multi-culturel o` vous pouvez bien sûr danser, mais aussi assister à des conférences, venir regarder des matchs de foot, jouer au ping-pong ou faire du roller. C'est aussi un espace à louer pour les entreprises en semaine. C'est un beau projet, qui s'inscrit parfaitement dans la politique de développement de la ville de Lyon.

Mais ça ne pourra jamais être un vrai club européen, à mon grand regret, avec une vraie vocation à défendre une culture clubbing singulière pouvant faire éclore des artistes lyonnais. D'autant plus qu'aujourd'hui, la politique du club est d'offrir des résidences aux artistes de l'agence parisienne A.K.A (l'agence artistique affilié à Arty Farty / Nuits Sonores) comme la londonienne Moxie ou le grenoblois The Hacker.

Je ne cherche à discréditer personne, chacun ses rêves, ses envies, ses projets, je trouve un peu triste au vu des moyens dont dispose une ville comme Lyon qu'aujourd'hui ses jeunes artistes peinent à trouver de réelles structures tremplin offrant un encadrement (management, label, studio, promotion) comme peuvent le faire Concrete à Paris, Dekmantel à Amsterdam, Ostgut Ton à Berlin. La scène lyonnaise regorge de nouveaux talents qui sont aujourd'hui soutenus et développés par de plus petites structures comme Chez Émile ou Groovedge, qui se professionnalisent d'année en année et offrent cet encadrement et des débouchés concrets pour réaliser des disques par exemple, pour évoluer artistiquement.

Tes influences initiales sont américaines, Detroit, Chicago… Comment perçois-tu l'explosion de ces musiques dans le monde ? Es-tu aussi sensible aux autres musiques black issues de ces villes ?
Comme le chantait Bernard Lavillers : « La musique est un cri qui vient de l'intérieur » ! Ha ha ha ! Ce que j'aime avant tout dans la musique black américaine, c'est sa sincérité : ça me touche au plus profond de mon âme. C'est incroyable comme la musique peut changer une vie, elle a changé la mienne et guide mes choix jour après jour. Elle a été un exutoire et un moyen d'expression de beaucoup de communautés et de minorités aux États-Unis, c'est peut-être pour cela que ces genres sont aussi créatifs, sincères et touchants. Quant à Marvin Gaye, je suis ultra fan ! Il a souvent été la bande son de mes rendez vous galants...

Est-ce que la musique électronique n'a pas perdu au fil des ans, avec le succès, sa dynamique politique et sociale ? Blacks et gays en avaient fait des porte-voix. Aujourd'hui, on sent une scène qui se veut plutôt apolitique. Plus généralement, la scène house et techno ne manque-t-elle pas d'engagement aujourd'hui ?
C'est surement vrai, mais je pense que c'est comme ça à tous les niveaux dans nos sociétés, il est très difficile de se faire entendre actuellement, même par des moyens ou des cultures plus underground qui ont tendance à se polisser, car elles sont souvent récupérées par la culture capitaliste de masse. Après, j'ai bon espoir pour la culture club house & techno qui se structure de la bonne manière partout dans le monde et véhicule des valeurs de tolérance et de partage. Elle est pour moi, enfant de la campagne Nivernaise, petit-fils de mineur, et fils de menuisier, une aventure et un tremplin dans la vie formidable.

We Are Reality
Kosme + Carl Craig + Marcel Dettman
Au Transbordeur le vendredi 23 septembre


We are reality

Carl Craig + Kosme + Marcel Dettmann
Transbordeur 3 boulevard Stalingrad Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Ce qu'ils pensent de Jarre

Héritage | Encore pertinent, Jean Michel Jarre ? A-t-il été un passeur, une influence ? On a questionné trois générations de DJs : P.Moore dans le rôle de l'ancien, Kosme dans celui du gars dans le vent, et enfin P.errine pour la jeune garde se faisant ces derniers mois une place de choix dans les clubs de la ville.

La rédaction | Mardi 15 novembre 2016

Ce qu'ils pensent de Jarre

Kosme « Jean Michel, c'est mon inspiration "électronique" à la française ! L'un de mes premiers vinyls ! C'est un avant-gardiste, qui a su impulser de la créativité à une époque où tout était à construire. C'est quelqu'un qui a su perdurer dans le temps et se dépasser année après année, ses shows sont toujours incroyables ! » P.Moore « L'album Oxygène en 1976 : je n'ai pas encore dix ans et c'est LE premier véritable choc musical ! Je n'y connais pas encore grand chose, mais je sens bien qu'il se passe "un truc"... Mis à part quelques singles, ce doit être là le premier album d'une longue collection ! Sa musique donne une image assez datée, très 70's à vrai dire. Mais comme il s'agit d'une période très prolifique artistiquement parlant, son apport ne peut être que réel. Je pense que les précurseurs de la scène électro lyonnaise de l'époque (dont je fais partie) ont tous l'âge pour avoir grandi en écoutant JMJ, donc — même inconsciemment — cela a dû jouer un petit peu dans l'essor actuel. Mais ce n'est pas la principale raison ! Son concert à Lyon a certainement dû influencer nos futurs goûts en matière de fêtes aux scénographies (son, l

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10.06.16 > TRANSBORDEUR WE ARE REALITY Le come-back du fils prodigue : Agoria est de retour au Transbordeur pour une nuit où il fait non seulement office de headliner pétri de talent, dont les sets regorgent de ressources, naviguant sur toutes les vagues des musiques électroniques pour agiter le dancefloor, mais aussi d'hôte parfait ; car c'est lui qui convie ici une moitié d'Âme, celle se produisant live, à savoir Frank Wiedemann l'esthète d'une house hypnotique comme on peut la savourer sur son label Innervisions. Communion. 10.06.16 > DV1 KEEPSAKES Voilà, c'est fini. C'est la dernière pour ce petit club du bas des pentes, qui depuis de longues années ne se contentait pas de programmer du DJ techno à la chaîne mais savait donner sa chance à de jeunes talents, à des promoteurs débutants. La mort d'un club, c'est souvent un bout de l'âme d'une ville qui s'envole. Mais aussi, parfois, une

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01.04.16 > Les Valseuses BASS MUSIC PARTY Un before tout en basse ? Direction Les Valseuses où l'un des piliers de la scène dubstep française officie aux platines : Uzul, largement repéré ici pour sa maîtrise des machines au sein de Kaly Live Dub. Depuis 2004, Stéphane a lancé ce side project resté un peu dans l'ombre, mais fort respecté par la scène dubstep internationale depuis son album Travelling Whithout Moving, remixant même la référence en la matière, Skream. Pour ce DJ set, toute la palette sera revisitée, du trap à la UK bass. Wobble. 02.04.16 > Le Sucre GARÇON SAUVAGE La soirée la plus déjantée de la ville part à la recherche de la plus belle drag queen, en mode madame de Fontenay, avec élection de miss très Divine (il faut s'inscrire sur Facebook). Parmi les épreuves, un lancer de sac à main : « comment avoir la classe tout en étant une femme précise, moderne et élégante » nous dit-on... César & Jason, les deux DJ résidents du Terminal, assureront la part

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«Don't forget 2 go home !» N'oubliez pas de rentrer à la maison. Dans la file d'attente grillagée qui mène au Berghain, couloir de la (petite) mort à l'entrée duquel mieux vaut abandonner tout espoir – de passer le contrôle au faciès de Sven Marquardt, l'iconique et impénétrable physionomiste qui sépare le bon grain électromane de l'ivraie party animalière à l'autre extrémité –, voilà le seul conseil qui vaille. Tagué sur un bout de mur du temple berlinois de la culture électronique, il en est même devenu le slogan officieux. Et pour cause : réincarnation de l'Ostgut, haut lieu de la culture queer dont les agents actifs de la gentrification firent table rase début 2003, cette ancienne centrale de l'est convertie un an plus tard en club (techno au Berghain à proprement parler, house au Panorama Bar à l'étage, musique contemporaine à la Kantine, installée dans une aile) / spot de parachutisme (vous voyez très bien de quoi on parle) / boîte à cul (gay au Berghain, hétéro au Panorama) a fait de la désorientation sa marque de fabrique. Pénombre quasi-permanente, sets-marathons (du jeudi soir au l

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Benjamin Mialot | Mardi 8 juillet 2014

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10.07 Zebra One Parmi les médias invités par le Transbordeur à enivrer ses Summer Sessions, il en est un qui tirera la couverture à lui plus que les autres : le Zèbre Magazine, émanation du troquet associatif La Coopérative du Zèbre, qui fête son premier anniversaire. Pour l'occasion, il a mis les petits plats (éthiques) dans les grands en invitant, outre des selectors chevronnés, Zëro, monument noise bien de chez nous qui vient de publier un mini album tout ce qu'il y a de plus foudroyant. Pour un peu, c'est-à-dire si Shigeto n'avait pas tout déchiré le soir où nous étions de "corvée" de mix, on serait jaloux. 11.07 Tour de France – Cosmic AD Il y a les empêcheurs de tourner en rond, et il y a les autres, ceux dont le fil vital s'enroule sur lui-même avec l'homogénéité d'un ruban de Möbius. L'hirsute Kosme semble appartenir à la seconde catégorie, sa

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