Papaioannou, dresseur d'émotions au festival Sens Dessus Dessous

Danse | Dédié à la jeune création et aux rencontres entre la danse et d'autres disciplines, le 7e festival Sens Dessus Dessous débute cette semaine avec un spectacle prometteur : The Great Tamer de Dimitris Papaioannou !

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 26 février 2019

Photo : © Julian Mommert


Ancien étudiant aux Beaux-Arts né en 1964, metteur en scène des cérémonies des JO d'Athènes de 2004, auteur de 25 spectacles, le chorégraphe Dimitris Papaioannou est loin d'être un inconnu. Mieux : sa pièce pour onze interprètes, The Great Tamer (mot à mot : le grand dresseur), a fait un tabac au Festival d'Avignon en 2017. Une scène incurvée et instable, recouverte de plusieurs strates de grandes plaques grises, y fait office tout à la fois de champ de fouille archéologique, de cimetière et de sol anthropologique. « The Great Tamer explore une thématique archéologique : il s'agit de creuser et d'enterrer, puis de révéler des actions métaphoriques pour parler de l'identité, du passé, de l'héritage et de l'intériorité subconsciente. » indique Dimitris Papaioannou dans le dossier de presse. Enfouir et déterrer, perdre et retrouver, disparaître et ressurgir sont les couples rythmiques et thématiques de cette pièce tout à la fois légère et tragique.

Distortions

Nourri d'histoire de l'art, de tragédie grecque, d'histoire de la danse et du cirque, The Great Tamer revisite ainsi la crucifixion du Christ, traverse quelques toiles célèbres (de Rembrandt, Botticelli, Le Greco, Magritte...), emprunte à l'univers de Beckett, et surtout déchire les frontières entre le rêve et la réalité, le passé et le présent, la culture et les instincts ou les éléments naturels... « Au fil de ma carrière, j'ai mis en place une esthétique et des principes de création qui se retrouvent d'une pièce à l'autre, tels que le silence ou le son naturel des mouvements des danseurs distordus par les microphones, une cohérence visuelle et émotionnelle, des mouvements dansés proches du geste simple... Pour cette nouvelle pièce, j'ai voulu ajouter à ces principes préexistants de nouvelles façons d'aborder la matière chorégraphique qui explorent plus l'humour et l'exubérance des émotions et des corps. Ce travail a une forte conscience de la présence du public, car il véhicule la mémoire du cirque et du vaudeville.»

Festival Sens Dessus Dessous
Du lundi 4 mars au mardi 9 avril

Dimitris Papaioannou, The Great Tamer
À la Maison de la Danse les lundi 4 et mardi 5 mars

Eugénie Rebetez, Bienvenue
À l'Espace Albert Camus à Bron les lundi 4 et mardi 5 mars


Dimitris Papaioannou

The Great Tamer, chor Dimitris Papaioannou, 1h40
Maison de la Danse 8 avenue Jean Mermoz Lyon 8e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Bienvenue

De et avec Eugénie Rebetez, 1h
Espace Albert Camus 1 rue Maryse Bastié Bron
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Si vous êtes un lecteur du philosophe Michel Foucault, de l'anthropologue Marcel Mauss, du géographe Michel Lussault, ou tout simplement du Petit Bulletin (notre récent entretien avec Boris Charmatz), les liens entre danse, corps et politique n'ont pour vous plus rien d'étonnant ni de paradoxal. Rappelons les mots très simples que le chorégraphe Boris Charmatz employait dans nos colonnes pour en donner un exemple à la fois emblématique et actuel : « La danse peut rassembler beaucoup de gens dans le but de se questionner, de se remettre en mouvement, d'essayer des choses et de changer des postures. À l'heure où notre société est figée par le terrorisme, le chômage, la sécurité, la privatisation, la danse donne des possibilités d'assouplissement. »

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Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 mars 2016

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L'époque, vous l'aurez noté, est au "trans" : transculturalité, transnationalité, transdisciplinarité, transgenre, transidentité... L'étymologie latine indique qu'il s'agit d'une attirance pour «l'autre côté», anciennement celui des dieux et du surnaturel avec le chamanisme et les rites de possession, aujourd'hui celui de l'autre culture (métissage), de l'autre sexe, de l'autre à l'intérieur de soi (le «Je est un autre» de Rimbaud), de l'autre du réel (le virtuel, le simulacre numérique cher à Jean Baudrillard). Quand, dans son livre fracassant Les Renards pâles (Gallimard, 2013), Yannick Haenel imagine une insurrection politique, celle-ci prend la figure d'une grande marche tribale et masquée, proche de la transe, dont l'un des buts est d'échapper à la réduction à l'identique, au "même côté" : « Nous nous mêlions ainsi les uns aux autres, dans une confusion tranquille, sans chercher aucune unité. La communauté, si elle existe, déjoue la clôture ; et c'est ce qui avait lieu : l'absence d'identité absorbait l'espace ».   Le philosophe Michel Fouc

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