Faire (le) corps

| Mercredi 24 janvier 2007

Danse / Le lumière découvre un dos étroit. L'épaule se dessine, puis son prolongement infini : un bras féminin musclé devient torsades ou reliefs. La lumière découpe, focalise sur une partie de l'anatomie. L'omoplate se déboîte. Ses muscles dansent lentement comme indépendants du reste du corps ; mais sont pourtant habités de l'intérieur. Ainsi, Two, solo écrit par le novateur chorégraphe anglais Russell Maliphant - et déjà présenté en 2005 à La Rampe -, étourdit, hypnotise dès ses premières images. Par la précision du geste. L'énergie. Le flot continu de mouvements modifiant la présence du corps dans l'espace restreint. D'abord corps lentement démembré par l'éclairage ; puis, dans un accelerando, le corps (presque effacé) est ciselé en faisceaux lumineux ; enfin, l'enchaînement de mouvements rapides (tendusarrondis, lignes droitescourbes) transforme la corps en incarnation de la beauté sur podium. Écrit dans un langage chorégraphique hétéroclite - mêlant multiples influences venues des quatre coins du monde - Two repose sur l'ambivalence des expériences sensorielles et émotionnelles. En effet, l'alchimie exceptionnelle entre lumière, musique et gestuelle, permet la multiplicité des regards posés sur le mouvement. Ainsi, alors que la danseuse du Ballet de Lorraine évolue dans un carré de lumière, son immobilité ouvre pourtant l'espace : son corps littéralement sculpté par la lumière, sculpte l'espace en ricochet. Two (14 minutes d'ensorcellement), est précédé par White Feeling du jeune chorégraphe portugais Paolo Ribeiro, créé en 2006 pour 10 danseurs. Des hommes vêtus de noir proposent des figures de groupe qui se veulent amusantes : araignées, formes reconnaissables ou non, scènes décalées s'enchaînent sans magie. Enfin, La Divine Comédie de Joëlle Bouvier, viendra clore ce programme ambitieux dansé par le Ballet de Lorraine. Si les tableaux vivants et foisonnants (25 danseurs) retiennent l'attention par la beauté des assemblages fixes (les danseurs sublimés par des lumières magnifiques), on regrettera que la proposition soit un peu trop illustrative, en raison d'une absence de vision sur le récit de Dante. Séverine Delrieu Le Ballet de Lorraine le 19 janvier à 20h, à La Rampe

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Brigid Dawson & The Mothers Network, la Californie sous la pluie

Folk | On dit souvent que les artistes sont en grande partie le produit de leur environnement. Une analyse sans doute un peu cliché, mais qui s’applique à la (...)

Damien Grimbert | Mardi 16 novembre 2021

Brigid Dawson & The Mothers Network, la Californie sous la pluie

On dit souvent que les artistes sont en grande partie le produit de leur environnement. Une analyse sans doute un peu cliché, mais qui s’applique à la perfection à la musique de Brigid Dawson, chanteuse et claviériste pendant pas loin de dix ans au sein de la fameuse formation de garage rock psychédélique californienne Thee Oh Sees. Et la Californie, berceau ensoleillé de la contre-culture des 60’s et terre d’accueil de l’utopie hippie, est bel et bien présente en esprit au sein de Ballet of Apes, son premier album solo sous le nom Brigid Dawson & The Mothers Network : voix apaisée, ambiances planantes, ballades folk langoureuses au doux parfum psychédélique… Mais elle n’est pas la seule. Elevée en Angleterre dans une famille de musiciens (son père était un pianiste de jazz), Brigid Dawson a passé une bonne partie de sa jeunesse à vivre consécutivement entre ces deux pays, et sa musique s’en ressent. Une sorte de spleen pluvieux et mélancolique infuse en permanence en arrière-plan, et la rencontre de ces deux univers opposés donne, dans ses meilleurs moments, une singularité peu commune à ce Ballet of Apes, qu’on est assez impatients de découvrir

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"Parvana" : le conte est bon

ECRANS | Déguisée en garçon, une jeune fille défie les Talibans dans une œuvre à l’univers graphique singulièrement élégant prouvant que les grandes thématiques politiques d’aujourd’hui peuvent constituer la trame d’histoires à la portée du jeune public. Attention, objet précieux.

Vincent Raymond | Lundi 25 juin 2018

Afghanistan. Alors que les Talibans tiennent le pays et ont emprisonné son père (un professeur invalide), la jeune Parvana prend la décision de se travestir en garçon pour trouver de quoi nourrir sa famille. Et tenter de soustraire son papa à ses geôliers. Mais la guerre civile menace… Pour son premier opus en solo, la réalisatrice irlandaise Nora Twomey s’écarte fort logiquement des rails du classicisme et de l’uniformité du cinéma d’animation ; on n’en attendait pas moins d’elle qui fut coréalisatrice avec Tomm Moore de Brendan et le secret de Kells (2009). À sa palette privilégiant avec une judicieuse harmonie des couleurs sables ou éteintes, elle combine un graphisme stylisé, pur, jouant sur les lignes et les aplats, changeant même de technique (elle opte alors pour le papier découpé) lorsque Parvana scande le fil du récit avec les épisodes du conte qu’elle invente pour son entourage. Sans tour de magie ni baguette Cette richesse visuelle ajoute aux qualités de fond d’un film d’animation tout public au propos inattendu puisqu’il aborde frontalement des problématiques politiques contemporain

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"Impitoyable" et "L'Inspecteur Harry" : Eastwood, double détente

ECRANS | Jeudi 18 janvier, le Pathé Chavant consacre une soirée au géant du cinéma qu'est Clint Eastwood.

Vincent Raymond | Lundi 15 janvier 2018

À trois semaines de la sortie de son nouveau film en tant que réalisateur (Le 15:17 pour Paris, inspiré de la tentative d’attentat à bord du Thalys), et alors qu’il semble avoir renoncé à passer devant la caméra, n’est-il pas tentant de se souvenir du comédien Clint Eastwood ; en particulier dans ces deux rôles indissociables de son imposante stature que sont Harry Callahan et Bill Munny ? Pour L’Inspecteur Harry (1971) de Don Siegel, il inaugure pour la première fois la plaque et le révolver Smith & Wesson de son plus fameux alter ego. Flic marmoréen aux mâchoires serrées et aux méthodes jugées expéditives par sa hiérarchie, Harry (qui a hérité du délicieux sobriquet de "Dirty" ainsi que d’une réputation exécrables auprès de ses équipiers – et pour cause : ils se font régulièrement dessouder) est ici sur les traces de Scorpion, un tueur en série terrifiant San Francisco. Inspiré par la traque du tueur du Zodiaque, ce thriller a déchaîné contre lui toutes les consciences progressistes, ulcérées par les saillies systématiques anti de l’ombrageux inspecteur. Taxé de fasciste, Harry est plutôt un anar de droite détes

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Grenoble Alpes Métropole Jazz Festival : jazz d’octobre

Festival | Zoom sur la treizième édition du festival concocté par le Jazz Club de Grenoble. Avec cette année, quelques belles têtes d'affiche dont une au patronyme bien connu.

Aurélien Martinez | Mardi 10 octobre 2017

Grenoble Alpes Métropole Jazz Festival : jazz d’octobre

L’agglomération grenobloise n’est pas la plus jazzophile de France. Alors quand, chaque automne, revient sur le devant de la scène le bien nommé Grenoble Alpes Métropole Jazz Festival (il s’étend chaque année géographiquement un peu plus), on ne peut que se réjouir – si tant est que l’on aime le jazz ; mais tout le monde aime le jazz (ou devrait l’aimer), non ? Au programme de cette treizième édition concoctée par le Jazz Club de Grenoble (là encore un nom bien explicite, et une structure composée uniquement de bénévoles), deux semaines de jazz au sens large (le directeur assure ne pas défendre une esthétique pure) dans six villes de l’agglomération. Avec des concerts d’artistes du coin bien sûr (le festival a été en partie créé pour défendre la scène locale), et des têtes d’affiche capables de rameuter les foules comme le batteur vu à la Nouvelle Star Manu Katché, la chanteuse guadeloupéenne basée à Paris Véronique Hermann-Sambin, le vibraphoniste Vincent Maillard invité par le Quatuor Caliente… Mais le plus grand nom de cette année est sans nul doute le contrebassiste

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Cinq spectacles de cirque (mais pas que) à voir cette saison

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Une sélection à base d'acrobaties mais aussi de western, de clown ou encore d'humour.

La rédaction | Jeudi 14 septembre 2017

Cinq spectacles de cirque (mais pas que) à voir cette saison

Le syndrome de Cassandre Champion du monde de magie avec Baltass, un numéro de balles vu près d'un million de fois sur Youtube, Yann Frisch a poussé plus loin son talent et a même déconstruit son savoir-faire dans cette pièce qui tourne partout et émeut. Il est un clown qui tombe le masque ; plutôt que de faire rire de ses maladresses, il voudrait faire croire ce qu'il raconte. Alors il se fait sombre, sort sa mère en tissu d'un cercueil, escamote des tours et touche au cœur. À l’Hexagone du 17 au 19 octobre Halka Le Groupe Acrobatique de Tanger est une compagnie de cirque impressionnante, qui maîtrise l’art du spectaculaire (ils seront quatorze acrobates sur scène) et de la pyramide humaine. Si nous n’avons pas encore vu leur nouvelle création, on en attend beaucoup. À la Rampe (Échirolles) les 12 et 13 décembre Minuit

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Et voici Batwoman, super-héroïne mexicaine !

Cinéma & co | Rendez-vous sur le campus mardi 10 janvier pour une soirée cinéma (gratuite) d'un autre genre, concoctée par l’association Fa Sol Latino et le Festival des Maudits Films.

Damien Grimbert | Mardi 3 janvier 2017

Et voici Batwoman, super-héroïne mexicaine !

Précédée d’une exposition de planches de Batman par l’association La Trace Jaune et d’une intervention de Clément Pélissier autour du thème des comic-books et des super-héros, la prochaine soirée Cinémardi, organisée conjointement par l’association Fa Sol Latino et le Festival des Maudits Films, sera surtout l’occasion de replonger dans les riches heures du cinéma populaire mexicain des années 1960. À l’époque, le Mexique produit des films commerciaux à une échelle industrielle, distribués aux quatre coins de l’Amérique latine voire au-delà. Un terrain de jeu idéal pour les frasques d’un réalisateur comme René Cardona, auteur d’une filmographie pulp démesurée regroupant plus de cent cinquante métrages oscillant entre comédies, mélo, films d’horreur, film d’action super-héroïques et parfois les quatre en même temps. Reprenant, comme dans la fameuse série des Santo, quelques figures archétypales de l’époque (lutteurs masqués, savant fous…), son Batwoman (La Mujer Murciélago en VO) confronte ainsi une catcheuse / agent secret en bikini portant un masque de chauve-souris à un scientifique dément qui enlève des l

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"Sully" : Clint Eastwood reprend les commandes

ECRANS | de Clint Eastwood (E.-U., 1h36) avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Clint Eastwood a-t-il résolu de se momifier en aède de la geste étasunienne contemporaine ? Alors, autant qu’il s’intéresse à cette belle figure du pilote Chesley "Sully" Sullenberger, plutôt qu’à Chris Kyle, sujet de son précédent opus American Sniper (2014). Pour la simple raison que le premier a sauvé les 155 vies de son avion sur le point de s’abîmer en le posant sur la rivière Hudson ; le second ayant gagné sa notoriété en flinguant des ennemis. Mais si ces deux personnages sont considérés par leurs concitoyens comme des héros équivalents malgré leurs mérites opposés, Sully a fait l’objet d’un traitement particulièrement inique : on l’a accusé d’avoir agi de manière irréfléchie et périlleuse. Voilà ce qui a dû titiller Clint, prompt à défendre façon Capra l’honnête homme contre une machine juridico-financière en quête de responsable. Eastwood/Hanks, c’est l’alliance de deux Amériques idéologiquement contradictoires, partageant pourtant des valeurs humaines fondamentales ainsi qu’une foi

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Chappie

ECRANS | Déroute intégrale pour Neill Blomkamp avec ce blockbuster bas du front, au scénario incohérent et à la direction artistique indigente, où il semble parodier son style cyberpunk avec l’inconséquence d’une production Luc Besson. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 5 mars 2015

Chappie

S’il fallait une preuve que la politique des auteurs a des limites, Chappie jouerait à merveille ce rôle : on y voit un cinéaste, le Sud-Africain Neill Blomkamp, dont on a pu apprécier la cohérence de ses deux premiers films (District 9 et Elysium), commuer sa rage punk en une grotesque parodie sur un scénario écrit à la va-vite, incapable d’élaborer le moindre discours et même pas foutu d’assurer le minimum syndical en matière de blockbuster futuriste. Pourtant, tout est là : l’alliance entre l’humain et la machine (ici, un robot policier doté d’une intelligence artificielle est récupéré par des gangsters très méchants pour lui faire commettre un braquage permettant d’honorer leurs dettes), un futur proche qui ressemble à une extrapolation de nos ghettos sociaux contemporains, un goût de la destruction et des ruines urbaines… Cet effet de signature n’est qu’un trompe-l’œil : Blomkamp ne retrouve jamais la substance politique, même maniché

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American Sniper

ECRANS | En retraçant l’histoire de Chris Kyle, le sniper le plus redoutable de toute l’histoire américaine, Clint Eastwood signe un film de guerre implacable où la mise en scène, aussi spectaculaire qu’aride, crée la dialectique si chère au cinéaste pour rendre la complexité de ce héros ambigu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

American Sniper

« Tu es un redneck » dit sa future femme à Chris Kyle (massif et impressionnant Bradley Cooper) lors de leur première rencontre. « Non, je suis Texan » lui répond-il. Et il précise : « Les Texans montent sur des chevaux, les rednecks se montent entre eux. » Avec cette (rare) respiration au milieu de la tension qui règne dans American Sniper, Clint Eastwood met déjà les choses au clair sur son personnage : Chris Kyle est un pur produit de l’Americana sudiste, élevé dans le culte de la Bible (qu’il transporte avec lui mais qu’il n’ouvre jamais), des armes (son père lui apprend tout jeune à chasser) et de la Patrie. Il semble n’avoir aucune vie intérieure, suivant un autre précepte édité par son paternel : il ne sera ni une brebis, ni un loup, mais un chien de berger, veillant presque par instinct sur les siens. Or, une fois engagé sur le terrain irakien en tant que sniper d’élite au sein des Navy SEALs, Kyle va faire l’expérience du trouble, même si sa carapace de machine de guerre texane ne se fissure pas si facilement. Sniper pas sans reproche En définitive, c’est bien le regard de Eastwood qui, progressivement, fait apparaît

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The Two faces of January

ECRANS | D’Hossein Amini (EU-Ang-Fr, 1h37) avec Viggo Mortensen, Kirsten Dunst, Oscar Isaac…

Christophe Chabert | Mardi 17 juin 2014

The Two faces of January

Dans les années 60 en Grèce, un petit arnaqueur américain officie comme guide touristique et se rapproche d’un couple bien sous tous rapports, lui très riche, elle très belle. Sauf que le mari est en fait un escroc recherché, cachant à sa femme la réalité de ses activités et embringuant le guide dans un jeu dangereux. Tiré d’un roman de Patricia Highsmith, The Two faces of January prolonge le travail entrepris par feu-Anthony Minghella sur Le Talentueux Monsieur Ripley, à qui Hossein Amini, scénariste de Drive (ce qui est à la fois un bon et un mauvais présage, la valeur du film tenant surtout à la mise en scène de Winding Refn) reprend une évidente volonté de classicisme. De fait, The Two faces of January tente de retrouver l’atmosphère des polars exotiques à l’ancienne, mais ne dépasse pas dans sa mise en scène le niveau d’un joli catalogue d’images glacées et racées, lissant tout le trouble de l’intrigue et réduisant les personnages à des stéréotypes sans épaisseur. Cette aseptisation touche particulièrement le jeu d’ordinaire fiévreux de Mort

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Success story

MUSIQUES | À l’occasion de son passage par le festival Jour & Nuit, on a rencontré le Grenoblois The Hacker, histoire de faire avec lui un retour sur vingt ans de musiques électroniques. Propos recueillis par Régis Le Ruyet

Aurélien Martinez | Lundi 16 septembre 2013

Success story

Do it yourself « 1993, c’est l’année où après la new wave, je flashe sur la techno. Avec mes potes, je découvre les raves party, et c’est la vraie révélation. ». Nîmes, Montpellier... : le groupe organise ses week-ends en fonction des rassemblements. Et comme rien ne bouge à Grenoble, il va prendre les choses en main dans un climat plutôt répressif. « La techno avait mauvaise image, faisait peur. Nous n’avons pas eu à attendre les free party et les technival pour que nos soirées soient interdites. C’était complètement disproportionné, nous ne demandions rien à personne, et nous avions les CRS, les flics pour une fête dans un bar. » Good Life et Miss Kittin Arrivé de Valence, Kiko ouvre en 1995 sur les quais Ozone Record, un shop exclusivement techno. Après le label Ozone monté par Kiko et Oxia, The Hacker va créer avec Oxia en 1998 Good Life. En parallèle, il travaille avec Caroline, alias Miss Kittin, sur un style complètement différent mélangeant la musique de son passé new wave à l’expérience de la techno. Dj Hell, le boss du label Gigolo, va craquer tout de suite dessus alors qu’en France, personne n’en veut. « Tout se passe

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Bien frappé

MUSIQUES | Pour sa 13e édition, LE festival d'été de Grenoble fait plutôt dans la dentelle avec sa programmation aux petits oignons faite de découvertes, de futurs grands et de déjà immenses. Un cahier des charges qui se résume à lui tout seul dans la soirée du vendredi 27 juillet. Stéphane Duchêne

Aurélien Martinez | Lundi 16 juillet 2012

Bien frappé

Entamé au début du siècle avec des petits jeunes qui ont fait du chemin depuis (Dionysos, Julien Lourau, Philip Prohom), le Cabaret frappé a vu passer de la vedette (Dominique A, The Wailers, Herman Düne, Tahiti 80) mais peut-être pas autant qu'il n'a modestement contribué à en révéler. Et comme on ne change pas un programme qui gagne – sauf peut-être en politique, mais c'est une autre histoire – c'est sur cette ligne que le festival grenoblois poursuit sa route pour l’édition 2012. Avec des soirées thématiques qui, à notre humble avis, culmineront, si ce n'est le samedi avec un intouchable combo électro The Shoes-Nasser, avec la pénultième soirée, celle du vendredi, plutôt orientée pop-rock battant pavillon indé. La preuve en sera, au Kiosque, avec l'un des plus illustres – et pourtant bien trop méconnus – représentants de l'esprit indé, pour ne pas dire de l'esprit "va te faire foutre" : Theo Hakola. Une sorte de Nick Cave franco-américain qui n'aurait jamais su cacher que son cœur est à gauche, très à gauche. Ce qui lui valut de compose

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Piles électriques

MUSIQUES | Franz Ferdinand (photo) et Two Door Cinema Club sont deux groupes qui, chacun dans leur genre, arrivent transformer n’importe quelle foule un brin (...)

Aurélien Martinez | Mercredi 4 juillet 2012

Piles électriques

Franz Ferdinand (photo) et Two Door Cinema Club sont deux groupes qui, chacun dans leur genre, arrivent transformer n’importe quelle foule un brin éreintée en une armée de clubbers surexcités. Car Franz Ferdinand, c’est du rock écossais qui sonne comme du rock tout court, avec une certaine tendance à produire des tubes à la pelle. Et car Two Door Cinema Club, c’est du pop-rock nord-irlandais aux entournures électro, qui assume son côté terriblement jovial et bondissant. Deux machines de guerre en concert (avec une très nette avance pour les premiers, expérience oblige – ils ont trois albums au compteur, quand les jeunots en sont à leur premier), parfaites pour la configuration gigantesque de Musilac. Franz Ferdinand, le samedi à 22h   Two Door Cinema Club, le

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J. Edgar

ECRANS | Clint Eastwood revient à son meilleur avec cette bio de J. Edgar Hoover, dont la complexité et la subtilité sont à la hauteur de cette figure controversée de l’histoire américaine. Christophe Chabert

François Cau | Dimanche 8 janvier 2012

J. Edgar

Qui était J. Edgar Hoover, puissant patron du FBI pendant plus de quarante ans ? Un réactionnaire obsédé par un potentiel complot bolchevique ? Un homosexuel honteux incapable de s’affranchir d’une mère castratrice ? Un junkie cherchant à repousser le moment tragique où il n’aura plus la puissance physique de résister à ceux qui réclament son départ ? Un mythomane qui ne cesse de réécrire son histoire, s’inventant un destin héroïque et romanesque ? Il était tout cela, mais ce tout est aussi un grand vide, et l’énigme Hoover demeure entière. Clint Eastwood, fidèle à sa dialectique qui lui permet de critiquer les mythes fondateurs de l’Amérique sans pour autant en dénoncer les valeurs, fait du portrait de Hoover un labyrinthe temporel où chaque séquence viendrait brouiller la précédente, où le personnage ne serait jamais saisi dans une alternance de blanc et de noir, mais dans de constantes zones de gris. De fait, si le cinéaste déconstruit Hoover, il refuse toute explication psychologique. Et pour cause : le film ne cesse de dire qu’Hoover n’existe pas, qu’il est une invention, un être dont la vie n’a été qu’une affaire d’adaptation, d’opportunisme et de survie. La grand

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Happy New Year

ECRANS | de Garry Marshall (USA, 1h58) avec Hilary Swank, Michelle Pfeiffer, Robert De Niro, Zac Efron, Katherine Heigl…

François Cau | Vendredi 16 décembre 2011

Happy New Year

Echec permanent, le nouvel an avait peu de chance de trouver un salut au cinéma. Pas plus que la Saint-Valentin, déjà prétexte à un film people pour Garry Marshall. Regroupant une brochette de stars dans le creux de la vague ou à l'avenir incertain, Happy New Year tente pourtant l'impossible : le film choral sur la Saint-Sylvestre. Suivant le patron de Love Actually, Marshall assemble dix intrigues bidons pour n'en traiter aucune, veillant seulement au temps de présence du casting et justifier l'événement qui lui sert d'alibi. Jumeau en tout mais moins honteux que Valentine`s Day, Happy New Year tient du pudding de Noël, de la comédie romantique sucrée et eucharistique, entièrement prisonnière de son concept marketing sur la rédemption. Du néant, assez linéaire, s'échappe malgré tout Michelle Pfeiffer. En duo improbable avec Zac Efron, l'actrice erre ébahie, fragile, insaisissable, Catwoman malade fissurant d'un regard la formule insipide pour lui offrir un peu de sublime. Jérôme Dittmar

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Qui es-tu, le western ?

ECRANS | Genre / Donné pour mort après le passage de Sergio Leone et de Sam Peckinpah, le western reste un genre populaire, un film venant à intervalles réguliers le (...)

François Cau | Mercredi 16 février 2011

Qui es-tu, le western ?

Genre / Donné pour mort après le passage de Sergio Leone et de Sam Peckinpah, le western reste un genre populaire, un film venant à intervalles réguliers le rappeler en faisant un carton au box office et en remportant une moisson d’oscars. Mais c’est aussi un genre atomisé, allant du néo-classique au maniérisme, du conservatisme au «révisionnisme». Quatre ans après l’échec cinglant du western marxiste de Cimino La Porte du paradis, Clint Eastwood tourne Pale Rider (1985), tentative crédible de réinscrire le genre dans son histoire — entre Ford et Leone. Le succès pousse d’autres cinéastes à s’engager dans cette voie, mais les conduit surtout à une distance ironique avec les codes : le troisième Retour vers le futur (1990) et les deux volets de Young guns (1988 et 1990) sont des westerns fétichistes et décalés. Seul Kevin Costner avec son triomphal Danse avec les loups (1990) retrouve le souffle spectaculaire des grandes épopées classiques, même si le sujet du film change complètement la perspective sur la légende de l’Ouest en montrant un Yankee adopté par les Indiens. Quand Eastwood, encore lui, réalise Impitoyable (1992), o

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Au-delà

ECRANS | Du drame surnaturel en forme de destins croisés que le sujet autorisait, Clint Eastwood ne conserve que les drames individuels de ses personnages, dans un film d’une grande tristesse et d’une belle dignité. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 13 janvier 2011

Au-delà

Journaliste star de France Télévisions, Marie Lelay (Cécile de France, convaincante malgré quelques maladresses concernant l’activité de son personnage) est emportée par le tsunami thaïlandais de 2004. Elle vit alors une expérience de mort imminente au cours de laquelle elle distingue des silhouettes sur un fond blanc aveuglant. De retour en France, elle reste hantée par cette vision. Dans le même temps, à Londres, le frère jumeau de Marcus, Jacob, meurt écrasé par une voiture. Et à San Francisco, George Lonegan (formidable Matt Damon, aussi massif que fragile), medium vivant son «don» de communication avec les morts comme une «malédiction», tente de se reconstruire en travaillant à l’usine et en suivant des cours de cuisine. On voit bien les écueils qui guettaient Au-delà : son rapport au paranormal, qui a déjà donné naissance à une flopée de nanars new-age, et son scénario en destins croisés et mondialisés façon Iñarritu. Mais Clint Eastwood, justifiant l’admiration qu’on peut avoir pour son cinéma, déjoue tout cela par la seule intelligence de son point de vue. Le surnaturel n’est pas son problème, mais celui de ses personnages ; ce qui l’intéresse, ce n’est pas de savoir s’i

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Fincher, 10 ans d’histoire

ECRANS | Analyse / Vilipendé à la sortie de "Fight club", David Fincher est dix ans plus tard acclamé pour les mêmes raisons : sa capacité à créer des héros ambivalents synchrones avec l’ère numérique. CC

François Cau | Vendredi 8 octobre 2010

Fincher, 10 ans d’histoire

Dans Fight club, Edward Norton se retrouvait piégé dans un environnement aseptisé, reflet d’une société de consommation standardisée, made in Ikea, qu’il pulvérisera en s’inventant un double anarchiste et punk ; dans The Social network, Mark Zuckerberg crée un site à travers lequel chacun peut se créer une identité virtuelle, dans laquelle on raconte sa vie, réelle ou fantasmée. Comme une parenthèse ouverte à l’aune des années 2000 et close quelques mois après leur fin, David Fincher a tourné deux films, l’un visionnaire, l’autre récapitulatif, sur le bouleversement majeur de la décennie : l’irruption du virtuel et du numérique comme un événement fondamental. Des rides et des pixels Cinématographiquement pourtant, tout a changé. La furia visuelle de Fight club, avec ses images subliminales, ses plans impossibles qui traversent les corps et les murs, ses décors qui s’animent comme un catalogue vivant, a laissé la place à un cinéma de la parole et des visages, où la direction artistique est toujours aussi remarquable mais nettement moins ostentatoire. Par ailleurs, les effets numériques de Fight club se greffaient sur un film qui non seulement ét

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Sorkin, politique d’un auteur

ECRANS | The Social network n’est pas que le dernier exemple en date des noces fécondes entre Hollywood et les créateurs de l’âge d’or des séries télé. Si Aaron Sorkin (...)

Christophe Chabert | Vendredi 8 octobre 2010

Sorkin, politique d’un auteur

The Social network n’est pas que le dernier exemple en date des noces fécondes entre Hollywood et les créateurs de l’âge d’or des séries télé. Si Aaron Sorkin s’est fait connaître du grand public en signant À la maison blanche pour NBC, il a fait ses armes en tant qu’auteur dramatique sur les planches de Broadway. Il n’a que 28 ans au moment de la création de sa première pièce, Des hommes d’honneurs, saluée unanimement par la critique et dont il signera l’adaptation cinématographique réalisée par Rob Reiner. Comme tous les grands auteurs anglo-saxons, Aaron Sorkin s’intéresse avant tout aux histoires qu’il raconte et aux enjeux que celles-ci véhiculent, autant qu’à la parole, pourtant vertigineuse, des personnages. À la maison blanche, sa deuxième série après l’inédite Sports night, lui donne toute latitude pour exercer son don de dialoguiste et son goût : en créant une fiction où un Président américain et son administration doivent traverser, grosso modo, les événements qui arrivent réellement à George W. Bush, ses conseillers et ses secrétaires d’état, Sorkin invente une uchronie au long cours, mettant en perspective l’His

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Le monde selon Facebook

ECRANS | Cinéma / David Fincher et Aaron Sorkin retracent l’ascension de Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, de ses années à Harvard jusqu’aux deux procès intentés contre lui, dans un film passionnant et d’une folle ambition sur la naissance d’une nouvelle forme de capitaliste. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 7 octobre 2010

Le monde selon Facebook

Première séquence de The Social network : Mark Zuckerberg et sa petite amie Erica discutent autour d’une bière. Il lui explique avec arrogance l’intérêt d’entrer dans les clubs selects de Harvard, et qu’elle n’y parviendra pas sans lui ; en retour, elle le plaque sèchement, ce qui trouble à peine sa détermination. Prologue brillant où s’épanouit la verve inimitable d’Aaron Sorkin ; le créateur d’À la maison blanche retrouve ici son terrain de prédilection : les coulisses de l’Histoire racontées comme des marivaudages quotidiens, au plus près de la parole et des problèmes personnels de ses protagonistes. Restait à savoir comment le texte de ce virtuose allait être interprété par un cinéaste qu’on qualifie, par paresse, de «visuel» : David Fincher. Plus que jamais proche de l’intelligence cinématographique d’un Kubrick, Fincher a choisi d’adapter sa mise en scène à ce matériau scénaristique, ne cherchant ni à l’aérer, ni à l’agiter gratuitement, sans pour autant refuser d’y apposer une vision personnelle. C’est la première et immense qualité de The Social network : la rencontre de deux grands artistes pour un dialogue tantôt complémentaire, tantôt contra

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Phoenix au sommet de la hype

MUSIQUES | Les Français de Phoenix se produiront mardi soir à la MC2, à guichets fermés – qui a dit que le public hexagonal les boudait ? Ils seront accompagnés des prometteurs Two Door Cinema Club et leur électro-pop virale.

Aurélien Martinez | Vendredi 12 mars 2010

Phoenix au sommet de la hype

Pitchfork, le site internet américain de référence en matière de hype musicale, l’a affirmé péremptoirement : avec Wolfgang Amadeus Phoenix, les Français de Phoenix ont signé le huitième meilleur album de l’année 2009, et deux de leurs singles (Lisztomania et 1901) comptent parmi les dix titres que l’on se devait d’aimer l’année dernière (juste derrière les vénérés Animal Collective et les Américains de Dirty Projectors) sous peine de paraître ringard. Ça en jette pour des bouffeurs de grenouilles. Car c’est un fait : les gars de Phoenix sont adulés outre-Atlantique (ils ont été le premier groupe hexagonal à jouer en live sur le plateau du cultissime Saturday Night Live, et ont même gagné le Grammy du meilleur album alternatif de l'année, devant des monstres comme Depeche Mode ou Brian Eno), mais presque méprisés dans leur pays natal qu’est notre douce France (ils étaient absents des Victoires de la musique, les organisateurs leur ayant préféré dans la catégorie enregistrement de musiques électroniques ou dance de l’année Air, Birdy Nam Nam, Wax Tailor… et David Guetta !). Nul n’est prophète

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Invictus

ECRANS | De Clint Eastwood (ÉU, 2h13) avec Morgan Freeman, Matt Damon…

François Cau | Lundi 11 janvier 2010

Invictus

La réussite d’Invictus tient à un fil, comme souvent chez Clint Eastwood. Sa manière de s’extraire par le haut des conventions scénaristiques rappelle son précédent film Gran Torino. Son héros, Nelson Mandela, a d’ailleurs plus d’un point en commun avec Walt Kowalski : derrière l’image publique, on découvre un vieillard seul, fatigué, prêt à sacrifier sa personne pour réconcilier deux peuples qui se détestent. Eastwood ne cache pas son admiration envers le personnage, et il le filme avec une bouleversante délicatesse. La première partie montre comment il entre à pas feutrés dans ses habits de Président. L’humanisme et l’équité dont il fait preuve rejoint le regard du cinéaste : chaque personnage, blanc ou noir, principal ou secondaire, sera traité avec le même nuancier, les mêmes égards. Mais le cœur d’Invictus est ailleurs, quand Mandela prend conscience que c’est par le sport que son projet de réconciliation peut se concrétiser. La coupe du monde de rugby va avoir lieu en Afrique du Sud, et les Spring Boks sont en pleine déroute. Man

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Ensemble c’est two

MUSIQUES | Leur "First Album" avait durablement traumatisé son monde, assis leur réputation à l’international, et donné ses lettres de noblesse à la mouvance électroclash. Huit ans plus tard, "Two", le second album de Miss Kittin et The Hacker, surfe sans complexe sur d’autres esthétiques. Décryptage. François Cau

François Cau | Lundi 30 mars 2009

Ensemble c’est two

2001. La scène électro française vit tranquillement sur ses acquis, se repose nonchalamment sur les représentants proprets de ce qu'on a appelé, dans un élan d'inspiration à même de décoiffer le brushing de Bob Sinclar, la French Touch. Surgi de nulle part (enfin, de Grenoble, quoi), un duo frondeur, sexy en diable, baigné dans les sonorités électro pop des années 80 et armé d'une ironie létale impose un improbable mantra. To be famous is so nice, Suck my dick, Lick my ass. Le refrain de Frank Sinatra, redoutable single du First Album de Miss Kittin et The Hacker, hymne décalé à la fatuité jet-setteuse, entre dans les têtes des amateurs de techno pour ne plus en sortir. Là où tant d'autres auraient capitalisé sur cette soudaine reconnaissance jusqu'à ce que mort artistique s'ensuive, le tandem a alors d'autres aspirations, comme l'explique rétrospectivement Michel "The Hacker" Amato. « On avait signé en 1997 sur Gigolo Records en Allemagne, on jouait notre live depuis cinq ans, sans équipe, dans un état de stress permanent, à l'arrache complet. Quand la hype est arrivée en 2002, on était heureux mais passablement épuisés. Et les journalistes anglais

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Contre courant

MUSIQUES | Le voici donc, le tant attendu comeback de l'electro made in Grenoble, pour le plus grand bonheur de la plèbe. Après avoir écumé tous les clubs et festivals (...)

François Cau | Vendredi 27 mars 2009

Contre courant

Le voici donc, le tant attendu comeback de l'electro made in Grenoble, pour le plus grand bonheur de la plèbe. Après avoir écumé tous les clubs et festivals de la planète et sorti un nombre conséquent de productions en solo, le duo The Hacker / Miss Kittin nous revient plus conquérant que jamais avec son second opus. Celui-ci, à l'opposé de la tendance “minimale” actuelle, met en avant les influences et courants musicaux chers à nos deux compatriotes, tels que l'Italo-Disco, la New Wave, la Techno ou encore le Rock. Aux commandes, The Hacker étale tout son savoir-faire et son sens inné de la mélodie pour perpétuellement créer l'émotion – sa maîtrise des synthétiseurs n'est désormais plus à prouver. Entre les nappes atmosphériques et les puissantes basses, la Miss parvient à imposer son timbre de voix si charismatique, son flow se déverse de manière lancinante et mélancolique sur les onze titres de l'album. Dès lors l'alchimie opère parfaitement, créant une débauche d'énergie considérable qui devrait engendrer de belles suées sur des dancefloors enflammés. On peut citer les “tubesques” 1000 Dreams, Party in my head, Ray Ban, Suspicious minds

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Eastwood est Gran !

ECRANS | Cinéma / Avec Gran Torino, Clint Eastwood, devant et derrière la caméra, réalise un de ses meilleurs films, drôle et provocateur, émouvant et mélancolique. Christophe Chabert

François Cau | Jeudi 19 février 2009

Eastwood est Gran !

Walt Kowalski vient d’enterrer sa femme et s’apprête à retourner à une fin de vie routinière. Ancien de la guerre de Corée, le voilà entouré de ses «ennemis» d’hier dans un ghetto dont il ne veut pas bouger, peinard avec ses bières, sa chienne et la Gran Torino 72 qu’il a contribuée à assembler lorsqu’il était ouvrier chez Ford. Kowalski est un bout d’Amérique échoué, qui marine dans son aigreur, ses préjugés raciaux et sa haine des générations suivantes en poussant des grognements de clebs à qui l’on tenterait de voler son os. Kowalski, c’est Clint Eastwood, de retour devant la caméra quatre ans après Million dollar baby, qu’il avait pourtant présenté comme son dernier rôle. Mais l’occasion était trop belle de remettre la défroque du comédien… Ce personnage est taillé sur mesure pour l’acteur devenu un mythe nourri de fulgurances et d’ambiguïtés. Kowalski synthétise sans tapage tout cela : les justiciers aux méthodes contestables, les éducateurs guerriers cherchant à transmettre leurs valeurs, les ratés vieillissants et torturés. Avec un seul objectif : être en paix avec lui-même au jugement dernier. John Wayne de proximité Depuis l’excellent

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Qui es-tu, le film d’auto-défense ?

ECRANS | Rétro / Avec L’Inspecteur Harry, Don Siegel et Clint Eastwood posaient les codes du film d’auto-défense (ou vigilante-flicks en parler cinéphage) telles que (...)

François Cau | Jeudi 19 février 2009

Qui es-tu, le film d’auto-défense ?

Rétro / Avec L’Inspecteur Harry, Don Siegel et Clint Eastwood posaient les codes du film d’auto-défense (ou vigilante-flicks en parler cinéphage) telles que brillamment détournées aujourd’hui par le même Eastwood dans Gran Torino. À savoir : un individu, seul et idéaliste, qui passe outre lois, justice et police pour redresser les torts avec ses propres méthodes. Charles Bronson a kiffé grave le concept, sans en saisir l’ironie narquoise, et s’est mis fissa sur le créneau avec Un justicier dans la ville (Death wish) et ses suites, graduellement bidons (notamment Le Justicier braque les dealers, dont le titre est déjà un appel aux soirées déviantes entre potes bourrés). Stallone, jaloux, l’imitera dans le grotesque Cobra, faisant allégeance à son maître de l’époque : Ronald Reagan. Deux grands cinéastes vont, eux, subvertir les règles et livrer des films autrement plus pertinents : John Carpenter avec Assaut, où une bande d’individus sans visage font le siège d’un commissariat en cours de déménagement. Flics, voyous et justicier amateur se donnent alors la main pour résister à la horde. En fait, le grand Carpenter uti

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«Je fais ce que j’ai envie de faire»

ECRANS | Livre / Dans un recueil d’entretiens avec Michael Henry Wilson, Eastwood acceptait comme jamais d’évoquer son travail de cinéaste. CC

François Cau | Jeudi 19 février 2009

«Je fais ce que j’ai envie de faire»

Peu loquace en interview, généralement réticent à parler du contenu de ses films, Clint Eastwood a fait de sa parole de cinéaste une denrée rare. C’est ce qui rend le recueil d’entretiens réalisés sur plus de vingt ans par Michael Henry Wilson, co-réalisateur des docus de Scorsese sur le cinéma américain, aussi précieux. Wilson aborde Eastwood en cours de carrière, peu de temps après la sortie de Sudden impact. Il le rencontrera ensuite régulièrement à chaque sortie de films (évitant judicieusement les rares faux-pas de sa filmographie) et même au début de son éphémère carrière politique. Au fil des discussions, le mystère Eastwood se dissipe. Ses thèmes d’abord, à commencer par le rejet des institutions bureaucratiques qui brident la liberté individuelle. Une idée qui effectivement relie les Inspecteur Harry à Mémoires de nos pères, les films «d’auteur» aux films de genre. La méthode ensuite : Eastwood ne signe pas ses scénarios, mais les prépare méticuleusement. Soit il fait réécrire avant de tourner, soit il réécrit pendant. Quand un scénario lui plaît, il le filme tel quel (comme celui de Million dollar baby) ; il peut même dans la foulée passer commande au scénariste pour u

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Two lovers

ECRANS | Sublime drame romantique signé James Gray, "Two Lovers" impose en douceur une idée forte : la vie n’est faite que de choix illusoires dictés par les origines sociales et culturelles. Christophe Chabert

François Cau | Mercredi 12 novembre 2008

Two lovers

Un grand cinéaste fait toujours le même film, à ce qu’on dit… James Gray, jusqu’ici, faisait en effet toujours le même film ; mais ce qu’on appréciait dans The Yards et La Nuit nous appartient, c’était les variations qu’introduisait le cinéaste par rapport à Little Odessa, moins les ressemblances trop voyantes entre chacune de ces œuvres. Two Lovers vient redistribuer les cartes… Fini le polar, place à un drame romantique avec des pointes de comédie. Adieu les familles new-yorkaises héritières des tragédies grecques, voici l’histoire, en apparence archi-classique, du fils d’un modeste tailleur juif qui hésite entre deux femmes, sa voisine blonde, goy et en pleine confusion intime et une amie de la famille, brune, juive et les pieds sur terre. Ce qui est beau dans Two lovers, c’est que ce changement radical de genre ne fait que renforcer l’obsession fondatrice du cinéma de James Gray. Mieux : il l’exprime cette fois avec une bouleversante clarté. La blonde ou la brune Leonard, ado attardé et névrosé (Joaquin Phoenix, magnifique, et qui a pourtant annoncé la fin de sa carrière de comédien ; pourvu qu’il change d’avis !), vient à peine d’

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L’Échange

ECRANS | Le maître Eastwood aurait-il visé trop haut ? Complexe et bancal, L’Échange multiplie les lignes narratives et finit par brouiller son discours. Petite déception. Christophe Chabert

François Cau | Mardi 11 novembre 2008

L’Échange

On n’en voudra pas à Clint Eastwood, après avoir enchaîné des films aussi énormes que Mystic River, Million Dollar Baby et le diptyque Iwo Jima, de marquer le pas avec cet Échange bancal. Cela étant, le film ne se dégage pas d’un revers de coude et s’il rate sa cible, c’est plus par excès d’ambition que par manque d’inspiration. Car la mise en scène est là, classique, épurée, au service d’un scénario complexe à l’argument poignant : à Los Angeles dans les années 20, Christine Collins découvre que son fils a été enlevé. Après plusieurs semaines d’enquête, la Police lui apprend que son enfant est vivant. Mais lors des retrouvailles sur un quai de gare, c’est un autre gamin qui lui est restitué. Le shérif refuse d’entendre ses protestations, cherchant par cette action d’éclat à redorer un blason terni par les accusations de corruption portées par un pasteur influent. Toute cette introduction est remarquable : Eastwood montre un état qui fabrique un mensonge et met en œuvre une machine bureaucratique où des experts s’unissent pour plier la réalité à cette fiction. Impossible de ne pas penser, même si c’est une facilité, à la manière dont l’administration Bush à fabriquer des preuves

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Danse : on va voir quoi cette saison?

SCENES | Le point GGiselle est un ballet classique monumentale, symbole même du romantisme. Une hisoire d’amour, un mélange de tragédie et de surnaturel. Garry (...)

François Cau | Vendredi 12 septembre 2008

Danse : on va voir quoi cette saison?

Le point GGiselle est un ballet classique monumentale, symbole même du romantisme. Une hisoire d’amour, un mélange de tragédie et de surnaturel. Garry Stewart et sa compagnie l’Australian Dance Theatre, qui avaient séduit le monde de la danse en déconstruisant Le Lac des cygnes, ont décidé de s’attaquer à ce somment vertigineux, pour en livrer une interprétation toute personnelle baptisée G., Stewart, laissant ainsi de côté la linéarité de l’œuvre originale, s’empare de Giselle, l’avale et la recrache brute sur scène. Aux danseurs de la figurer, aidés par des panneaux lumineux narrant de façon très succincte les différents moments clés du ballet. Le design est léché (il faut aimer le vert électrique !), la musique minimaliste, et l’énergie omniprésente. À voir les 21 et 22 octobre à la Rampe. Danse martialeÀ vos calendriers. Le danseur et chorégraphe anglais Russell Maliphant sera mardi 25 novembre à l’affiche de la Rampe où il présentera un programme découpé en trois parties : Flux, Small Boats et Push. Un travail tout en retenue sur le corps, l’espace, la lumière ; en té

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Membres mêlés

SCENES | LES PIÈCES / Transmission et Push, œuvres totalement envoûtantes, ABORDENT LA QUESTION DU LIEN et de la relation AU SEIN DU GROUPE puis DU COUPLE. SD

| Mercredi 14 mars 2007

Membres mêlés

Les parties du corps sont isolées par la lumière. Une main, un bras se dessinent sur la largeur du plateau, celui-ci plongé dans l’obscurité. Il semble que des individus tentent de se mettre en lumière. De se découvrir, d’abord individuellement, avant d’en arriver au collectif. Enfin, les corps se meuvent, mais la lumière est toujours dirigée sur un endroit réduit. Le mouvement continu transforme les parties du corps en un dessin abstrait. Le corps devient faisceaux lumineux, flux. Toujours dans le noir, les corps se rapprochent : deux bras enroulés apparaissent, un coude sur lequel est posé la main de quelqu’un d’autre. On ne sait plus à qui appartient telle épaule, telle main qui glisse sur un bras. La confusion des corps monte, sensuelle et légère. Petit à petit la lumière se fait. En symétrie, se déploient alors des duos de femmes, des solos, des histoires individuelles au milieu d’un groupe. Comment se découvrir ? Comme faire un collectif, et transmettre, se donner ? Dans cette pièce, Transmission, créée pour 5 danseuses, la qualité du mouvement s’avère inouï de bout en bout. Two lovers Souples, ronds les mouvements disent l’intime, la rencontre avec autrui, puis le retour

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