Toute première fois

Théâtre / Laurent Brethome propose son premier grand classique au Théâtre de Villefranche-sur-Saône, Bérénice. «Une leçon d’humilité», pour le jeune metteur en scène. Dorotée Aznar

Au sortir du premier «bout-à-bout» du «Bérénice» signé Laurent Brethome, une question se pose : où sont donc passées les «brethomeries» auxquelles nous avaient habituées le jeune metteur en scène ? Peu de «matières» déversées sur scène, des corps pudiques, des acteurs tout en retenue… «Avec l’équipe, nous avons fait de multiples tentatives, mais en multipliant les effets, je me suis aperçu que l’on perdait l’essentiel : le texte de Racine. Bérénice est une leçon d’humilité». Un texte exigeant, difficile à apprivoiser et qui rend les artifices vains dans le meilleur des cas, ridicules dans les pires. Car dans Bérénice, il n’y a que la parole : celle contenue pendant de longues années de l’amant ignoré, celle que Titus refuse de prononcer, celle que Bérénice ne veut pas entendre. On menace souvent de partir dans cette pièce, pourtant les acteurs de cette tragédie ne bougent pas, comme condamnés à dire indéfiniment leur malheur dont la mort ne viendra jamais les soulager. Alors Brethome a souhaité se concentrer sur cette parole, jusqu’à l’épuisement, jusqu’à demander aux acteurs de «déposer» le texte comme un fardeau dont ils ne supporteraient plus le poids.«Llorando por tu amor»
S’il se concentre sur la parole, Brethome a également voulu inviter le spectateur à basculer dans l’onirisme. Le brouillard gagne peu à peu, les acteurs se devinent derrière des voiles, l’ombre du peuple qui aimerait que l’on s’intéressât à des sujets moins futiles que l’amour ne quitte jamais le plateau… Entouré d’une équipe de comédiens fidèles (Philippe Sire dans le rôle d’Antiochus, Fabien Albanese (Paulin), Thomas Blanchard (Titus), François Jaulin (Rutile) et de comédiens qui font leurs premiers pas à ses côtés : Julie Recoing (Bérénice) et Thierry Jolivet (Arsace), Laurent Brethome envisage Bérénice comme un moyen de montrer d’autres aspects de son talent «dans un registre moins attendu» et dans lequel on aurait pu le classer trop rapidement. Résultat des expérimentations au Théâtre de Villefranche-sur-Saône, dès le 18 janvier.Bérénice
Au Théâtre de Villefranche-sur-Saône du mardi 18 au jeudi 20 janvier
Au Centre culturel Théo Argence vendredi 4 février.

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