Festivals d'été, faut pas rêver

Situation (sanitaire) : c'est compliqué / Si la ministre de la Culture se montre optimiste dans ses récents propos concernant les festivals d'été, c'est surtout parce qu'elle occulte tout ce qui concerne la jeunesse et les musiques qui se dansent, du rock à la techno en passant par le rap. Une vision "OK boomer" et bourgeoise de la culture qui laisse sur le carreau un pan entier de la création, et les emplois qui vont avec. Et des publics désemparés, à qui l'on fait croire à tort qu'ils pourront vivre normalement cet été. Explications et tour d'horizon des festivals lyonnais.

C’est la pagaille. Euphémisme ! Solidays, Hellfest, Glastonbury, Garorock — ou Foreztival dans notre région : plusieurs des plus gros festivals européens prennent les devants et ont d’ores et déjà annoncé l'annulation de leur édition 2021. D'autres dévoilent comme si de rien n’était leur programmation et mettent en branle leur billetterie. Et Roselyne Bachelot continue de patauger dans une communication illisible, récupérant au passage l'idée des concerts test à Paris et Marseille dont elle n'est pas à l'origine (un écran de fumée pour les festivals : on ne voit pas à quoi les résultats, obligatoirement tardifs, leur serviront, a contrario des scientifiques — car il sera impossible pour la majorité d'entre eux d'appliquer les mêmes process sanitaires que lors de ces concerts soigneusement encadrés et gourmands en personnels ; à quoi bon essayer d'en organiser un troisième à la Halle Tony Garnier en juin comme le veut la municipalité lyonnaise, si ce n'est pour faire de la communication politique et montrer au public qu'on ne reste pas les bras croisés ?).

Roselyne Bachelot a donc reçu jeudi 18 février plusieurs organisateurs de festivals. Et a continué son jeu d'actrice de moins en moins crédible : oui, les festivals d’été auront lieu, mais… De passage à Lyon quelques jours plus tard pour les Victoires de la Musique Classique, elle n'a vu aucun organisateur de festival de musique. Ni eu le moindre mot pour eux. La ministre, comme son prédécesseur Franck Riester, ne sait visiblement pas à quoi ressemble et comment se monte la grande majorité des festivals d’été, quand elle dit qu’ils pourront se tenir avec une jauge de 5000 personnes assises. Et pour l'instant, de surcroît, sans bar ni restauration, cruciaux pour équilibrer les budgets de nombre d’événements — on ne parle même pas de la convivialité. Et quid des campings ? C’est, encore une fois, un oxymore qui nous est asséné par le ministère de la Culture, un refus de prendre ses responsabilités : on dit sur les plateaux TV et dans les matinales des radios : « allez-y, c’est possible avec ces règles », alors que dans la réalité, ces mêmes règles imposent de fait l’annulation de la grande majorité des festivals. Nathalie Perrin-Gilbert, adjointe à la Culture à Lyon, s'est aussi bien imprudemment avancée en déclarant le 19 février sur BFM Lyon : « c'est une bonne nouvelle pour les Nuits de Fourvière. Et sur la ville de Lyon, non, il n'y aura pas d'annulations de festivals. » Intérieur Queer, festival 100% lyonnais porté par Plusbellelanuit et Arty Farty, est d'ores et déjà annulé. L'adjointe nous a ensuite précisé : « oui, tout un aspect des festivals est passé sous silence par la ministre. Certains ne rentrent pas dans ces mesures, exclure le debout c'est exclure les musiques actuelles, comme chez nous Nuits sonores. Il faut que l'on regarde : comment la Ville peut les accompagner ? Tout un pan de l'activité culturelle est ignoré par le gouvernement. Et plus largement la jeunesse. Est-ce un modèle de culture qui ne correspond pas à ce que veut ce gouvernement ou bien est-ce un véritable impératif sanitaire ? » La Ville de Lyon se tient prête à aider dit-elle : « le reliquat du fonds d'urgence peut aller sur les festivals. C'est la volonté du maire, Grégory Doucet, de les accompagner. »

Rappelons-le : non, un concert ou un festival en live-stream n'est pas un festival. C'est juste une émission de télévision. Souvent très peu regardée. Plus l’horloge tourne — aucune date de début ou de fin de ces mesures n'a été communiquée —, plus il sera impossible pour les festivals d'été de se retourner même si la situation sanitaire évolue positivement : une programmation d’ampleur ne se façonne pas en quelques jours. Alors, oui, Avignon en théâtre, les festivals de musique classique pourront se tenir ainsi — « il va nous rester les festivals municipaux ou classiques » nous dit Claire Henocque, patronne de Tour Makers qui gère les tournées de Obi ou Java. Mais pour les autres...

Car il faudra aussi jongler avec les tournées annulées : un headliner ne prend pas la route avec un planning en forme de gruyère. Ceux qui devaient jouer à Glastonbury ou Hellfest risquent fort de se dire qu’il est plus raisonnable d’attendre l’année suivante. Et donc de planter d'autres festivals qui comptaient sur eux. C'est déjà en cours : Thom Yorke, qui devait passer par Fourvière, a annulé toute sa tournée. Céline Dion a fait de même. Damon Albarn aussi. Des gros tourneurs confient n'avoir plus aucun artiste anglo-saxon à leur catalogue pour l'été.

De plus, aux États-Unis comme en Angleterre, locomotives du marché de la musique, nombre de petits producteurs, tourneurs et artistes sont aujourd’hui exsangues, ne bénéficiant pas du régime d’intermittent du spectacle ou d’aide de l’État telle que le chômage partiel, comme en France. Combien ne sont plus en état d’organiser une tournée aujourd’hui pour cause de difficulté financière ? Si les petits sont à terre et que les gros du style Live Nation prennent le temps d’attendre un an, qui restera-t-il sur les affiches des festivals français en 2021 ? Des artistes locaux, au mieux. D'autant plus qu'un énième problème peut bloquer : la quarantaine dans certains pays (difficile d'imaginer Gorillaz patienter sept jours dans un hôtel avant de pouvoir passer dans un pays voisin — cette tournée serait d'ailleurs déjà annulée nous dit-on), voire même certaines frontières fermées provisoirement en cas de flambée d'épidémie dans un point du globe. Encore ? Les restrictions d'entrées sur le territoire Shengen : des tourneurs nous confient leurs grandes difficultés pour obtenir l'autorisation pour des artistes étrangers, le ministère de l'Intérieur retoquant nombre de dossiers. « Sans compter pour les tourneurs le risque pris, en cas d'annulations de festivals au dernier moment... Et Bachelot ne donne aucune date de reprise des festivals. La dernière deadline pour les festivals de juillet, c'est fin mars : sans mesures très claires sur le sanitaire et le financier, ce sera trop tard » précise Claire Henocque.

S’ajoute à cela — oui, encore — le problème du Brexit : entre les visas et les coûts des artistes (frais de douane, de dossiers, etc.) en augmentation, les festivals déjà en difficulté (plombés par les annulations de 2020 et précédemment par les frais de sécurité de la circulaire de Gérard Collomb) risquent fort d’avoir des soucis pour boucler leurs budgets. Car pour les téméraires qui se lanceront malgré tout dans l'aventure d'une édition 2021 s’ajouteront les frais pour faire respecter les protocoles sanitaires : barrières, plexigas ou encore agents de sécurité et d'accueil. Et au vu de l’ambiance actuelle, on attend avec impatience le premier débarquement de forces de police (la loi sécurité globale qui passe en mars au Sénat le permettrait) sur un site de festival pour contrôler que la jeunesse porte bien son masque, reste sagement assise et ne consomme surtout pas d’alcool en cachette si les bars sont encore fermés. Qui veut d’un festival sous cette forme ? Personne. Vincent Carry enfonce le clou du cercueil : « quel est le dispositif répressif par rapport à tout ça ? Sur les règles sanitaires, qui est responsable de quoi ? Si tout le monde descend dans la fosse d'un festival en amphithéâtre à 22h12, ça va se passer comment ? Si un cluster est identifié sur un festival assis, qui est responsable ? »

C'est Éric Fillion, de chez Médiatone, qui résume le mieux l'ambiance générale : « sur les neuf premiers mois de la crise, j'étais résilient, j'étais optimiste. Là, très près du premier anniversaire, on a pris un gros coup au moral. C'est très dur en ce moment : le moral est vraiment au plus bas. »

Tour d'horizon des festivals​ lyonnais

Chants de Mars : annulé, mais présent sur le Net

La communication du festival insiste sur le fait qu'il n'est pas annulé : « les Chants de Mars 2021 aura bien lieu du 17 au 27 mars, sous des formes inédites et adaptées au contexte. » Bon, dans les faits, c'est annulé et remplacé par plusieurs opérations sur Internet : un clip avec Ma Pauvre Lucette diffusé le 24 mars, ou encore "Les 24h du mot" — « un challenge créatif avec À Thou Bout d'Chant qui fera l'objet d'une captation et d'une retransmission en ligne le vendredi 26 mars. » D'autres alternatives seront annoncées dans les jours qui viennent.

Transfer : reporté à septembre (ou plutôt à 2022)

Ce merveilleux petit festival consacré au rock indie est dans le dur : évidemment, il ne peut se dérouler mi-mars comme prévu. Pour l'instant, il est reporté du 23 au 25 septembre 2021, avec la même programmation, incluant Shame. Mais des dates avec les artistes en question sont d'ores et déjà optionnées pour mars 2022, au cas où il soit nécessaire là encore d'annuler 2021. Ce qui semble le plus probable : « on est déjà en train de se dire qu'il n'y aura pas de Transfer en 2021. Mais nous n'avons pas de certitudes sur la programmation en 2022 : un manager peut vouloir changer la stratégie pour son groupe, surtout sur cette esthétique — c'est dans un an » nous explique Éric Fillion, co-producteur avec sa structure Médiatone de l'événement, en partenariat avec Loud Booking de Malick Fadika.

Reperkusound : en live-stream sur une seule soirée

C'était le premier à annuler l'an dernier. Le domino initial, qui allait enclencher une prise de conscience collective débouchant sur l'Appel des Indépendants. Et là encore, c'est l'incertitude. Éric Fillion de Médiatone, qui porte ce festival prisé de la jeunesse lyonnaise : « très tôt, on a compris qu'il fallait proposer une version light, assise, masquée. En passant du Double Mixte au Transbordeur, mais en gardant les mêmes dates : on voulait éviter l'embouteillage d'events en se déplaçant sur le calendrier. On a annoncé que peu de choses au public, volontairement, pour ne pas trop s'avancer. On a longtemps espéré pouvoir accueillir 470 personnes au Transbo avec neuf artistes comme Suzane, Salut c'est Cool ou Worakls... Avec un live-streaming un peu novateur, interactif, avec un présentateur. Et là, nous sommes en pleine incertitude : ça va être très compliqué d''espérer accuellir du public en avril, pour le live-stream nous n'avons pas les aides nécessaires — le fonds de diffusion alternative ne permet de financer que 50% du projet (la réponse du CNM nous sera donnée le 11 mars), mais il nous faudrait les 100%. Nous discutons avec des chaînes de télévision ou CultureBox pour avoir le complément. Et trois têtes d'affiche nous ont déjà dit qu'elles voulaient bien s'adapter au public assis, mais qu'elles ne se déplaceraient pas si c'était uniquement du live-stream. » Il est quasi acté à l'heure actuelle que Reperkusound sera réduit à une seule soirée en live-stream. Sans public.

European Lab : maintenu en juin

Selon nos informations, Arty Farty devrait bientôt annoncer le maintien de l'European Lab sur la première semaine de juin, décorrelé de Nuits sonores. Avec un contenu hybride mêlant visioconférence, présentiel et contenus média. Programmation à venir.

Nuits sonores : l'automne dans le viseur

Le festival de musiques électroniques n'aura pas lieu à ses dates habituelles, c'est la seule certitude pour l'instant. Plusieurs scénarii sont à l'étude et la décision sera prise le 31 mars. Nuits sonores pourrait se dérouler durant l'été ou bien à l'automne. Vincent Carry, le directeur d'Arty Farty, nous explique « qu'il n'a pas assez d'éléments concrets sur le dispositif Bachelot pour prendre une décision et lancer un geste Nuits sonores sur l'été. Il nous manque des informations sur les bars, sur la période. Et une autre info capitale : le mécanisme du fonds de compensation des jauges par le CNM. On discute avec le cabinet de la ministre, avec la Ville et avec le CNM pour en savoir plus. » Si l'équipe décide de faire l'impasse sur l'été à cause du flou des annonces du ministère, alors ce sera décalé au début de l'automne. « On se laisse un mois pour prendre la décision. Il y a trois enjeux : l'impact économique, bien sûr, ne pas faire d'édition nous mettrait en grand danger. L'impact social, pour les équipes, pour qui c'est très dur en ce moment. Et le troisième enjeu est le public : si on passe encore notre tour, ça fera trois ans sans festival : c'est de la folie ! Ce sont les trois difficultés que l'on veut éviter, c'est pour ça que l'on veut faire une édition cette année. » L'atout Nuits sonores réside dans son format très adaptable et par sa non-dépendance aux têtes d'affiches internationales et aux grosses tournées : ce festival peut se métamorphoser plus vite que d'autres et peut se permettre de prendre encore un peu de temps avant de décider. « Les équipes artistiques viennent de se remobiliser pour prendre la température du côté des artistes » nous précise le directeur.

Nuits de Fourvière : ok, mais avec quelle prog' ?

Après les annonces de la ministre, on a lu et entendu un peu partout : « c'est bon pour Fourvière ». En réalité, c'est bien plus complexe que ça. Dominique Delorme, le directeur des Nuits de Fourvière, détaille : « on garde le festival sur les mêmes dates, du 27 mai au 31 juillet. Nous sommes associés sur cette édition avec la Biennale de la Danse. On va presque tout recentrer sur le grand amphithéâtre, où nous avons une jauge normale de 3200 personnes assises (plus de 4000 en debout). En respectant la distanciation, nous serons à 2000 places assises. Soit 50% de moins que pour une jauge pleine debout. Or, le budget de Nuits de Fourvière repose à 70% sur les recettes. Il faut donc que l'on recombine une économie, tout en mettant en place les mesures sanitaires pour gérer les files d'attente, les agents de sécurité supplémentaires... Ce qui va engager un surcoût. » Voilà pour l'aspect économique. Avec au moins une bonne nouvelle : « les mécènes et les sponsors sont les amis du festival, il faut les saluer. Ils sont tous au rendez-vous, ils nous soutiennent tous dans cette période difficile. LDLC, qui œuvre dans l'électronique et a bien vécu cette période, a même augmenté son soutien. »

Côté artistique, il va falloir faire avec les annulations de nombreuses tournées, en particulier des stars anglo-saxonnes. « C'est un grand mercato, l'artistique, entre ceux qui annulent, ceux qui reportent, ceux qui changent de modèle... Les tournées qui s'annulent en conséquence. D'habitude, les tournées des artistes se montent pour qu'il y ait le moins de jours off possibles. Et en cas d'annulation d'une date, les assurances prennent en charge le déficit du tourneur. Là, les assureurs ne veulent plus le faire... On réorganise. On travaille dans le cadre donné par la ministre. Et on communiquera la programmation bientôt, quand tout sera bien réorganisé. » Thom Yorke a déjà annulé.

Reste à savoir combien de places seront en vente pour le grand public et à quel tarif : sur une si petite jauge, elle vont s'arracher encore plus que d'habitude. Nathalie Perrin-Gilbert, adjointe à la Culture de la Ville de Lyon, nous a précisé : « sur Nuits de Fourvière, il faut que l'on regarde : nous allons accompagner. Et il faut que la Métropole soit au rendez-vous. »

Felyn Festival : probablement annulé

Normalement, le Felyn Festival est programmé les 18 et 19 juin au Parc OL. Normalement. Ce devrait être la première édition d'un festival qui devait être créé l'an dernier, fruit de l'association entre l'OL et Olympia Production (émanation de Vivendi). Et si personne ne communique officiellement pour l'instant, on se dirige tout droit vers l'annulation : conçu économiquement pour le gigantisme et les milliers de personnes, le Felyn ne peut se contenter d'une jauge à 5000 personnes assises pour accueillir les Red Hot Chili Peppers et The Hives, qui vont probablement annuler leurs tournées. Black Eyed Peas devait ainsi jouer la même semaine à Solidays et à Garorock, tous deux annulés : ils ne viendront probablement pas en Europe et au Felyn cet été. Donc, ce n'est pas officiel, mais on voit mal comment ce festival pourrait avoir lieu cette année.

Fête de la Musique à Lyon : annulation du boulevard électro

« L'appel à projets à été lancé tout de même : je ne veux pas qu'il n'y ait rien ! » nous dit Nathalie Perrin-Gilbert, l'adjointe à la Culture. « On va abandonner pour cette année le boulevard électro, dans le 7e, qui a une jauge de 13 000 personnes. On sera sur des formes plus modestes. Avec une partie en streaming : on regarde pour des partenariats sur ce point, peut-être aussi avec des radios locales. L'idée, c'est que si c'est difficile de monter des scènes, on puisse quand-même diffuser de la musique dans toute la ville, avoir malgré tout une scène par arrondissement. »

Jazz à Vienne : maintenu, mais tout n'est pas si facile

Là encore, on pourrait penser que la jauge à 5700 personnes assises favoriserait le festival de jazz de Vienne qui se déroule dans un amphithéâtre romain. Ce n'est pas totalement faux : du jazz, ça s'écoute très bien assis et en plein air. Ce n'est pourtant pas si vrai. Benjamin Tanguy, programmateur : « la prise de parole de la ministre, la définition d'un cadre, tout le monde l'attendait. Mais... il reste beaucoup de flou. On ne connaît pas la mesure de la distanciation sociale : un mètre ou deux ? Le rang devant doit-il être vide ? On se retrouve encore une fois seuls face à nous-mêmes, comme ces derniers mois. »

À Vienne, la jauge est de 7500 personnes au total, 5700 si tout le monde est assis. « a priori, on pourrait donc accueillir 4000 personnes avec la distanciation, mais ce n'est pas encore acté. » Reste le problème des artistes : qui sera en tournée ? « Depuis le vendredi suivant la prise de parole de la ministre, tous les tourneurs m'appellent : le festival est-il maintenu ? Est-ce que vous maintenez le montant des cachets ? J'ai très peur pour les grosses tournées, qui risquent de toutes s'annuler. Plusieurs seront repoussées à 2022, d'autres vont remonter leur planning. Pour l'instant, on entend beaucoup les festivals, les agents. Mais les artistes sont assez silencieux. »

Avec le risque que dépourvu de headliners, les festivals soient contraints d'annuler même avec une jauge respectée. « On va être très déshabillés dans nos programmations, et si ça continue on ne pourra pas faire de festival. Les locaux, ok, ils sont prêts à jouer. Mais les têtes d'affiches ne se positionnent pas pour l'instant : on essaye de les persuader d'adapter leur formule, par exemple en piano / voix, de baisser leurs cachets, d'être solidaires. »

Concrètement, quels artistes à Jazz à Vienne ? « Avant la prise de parole de la ministre, 80% de la programmation était faite. Là, je suis moins serein. J'ai peur pour les Américains âgés, les tournées importantes. Je reprends tout le programme, différemment, avec des artistes dont je suis sûr. On voudrait pouvoir tout annoncer fin mars / début avril. » Pour l'instant, les noms annoncés en décembre dernier ne sont pas déprogrammés : Salif Keita, Jamie Cullum, Keziah Jones, Avishai Cohen, Julia Sarr...

Reste les scènes annexes : à Cybèle et les afters, « tout est remis en question. Et puis on essaye de rebâtir un budget — mais les responsables billetterie ne peuvent pas faire d'estimation pour l'instant. Et l'équilibre budgétaire se fait aussi chez nous avec les grosses tournées du type M. Pokora, qui passent à l'amphithéâtre après le festival, et tout ça j'ai très peur que ça s'annule. »

Les Invites : reporté à septembre

Repoussé, sagement, du 16 au 18 septembre, le festival d'arts de la rue de Villeurbanne se donne une chance d'exister presque normalement.

Plane'R Fest : pas encore annulé, mais...

« 5000 personnes assises, pas de buvette : c'est pas vraiment adapté à un métalleux » lâche désabusé Éric Fillion, de Médiatone qui organise le festival à Montcul pour le compte de la commune de Colombier Saugnieu. Deux groupes américains ont d'ores et déjà annulé leur tournée européenne et donc leur date au Plane'R Fest. « Mais de toute manière, maintenant c'est moi qui contacte les autres artistes pour voir la possibilité d'un report à 2022 : à 95%, on va vers une annulation. »

Authentiks : a priori, c'est ok

« Si Jazz à Vienne se maintient avec une jauge adaptée, on devrait pouvoir faire les Authentiks de la même manière » nous explique Éric Fillion, qui co-programme ce festival se déroulant à la fin du festival de jazz, dans l'amphithéâtre romain de Vienne, fin juillet pour le compte de Locomysic, dirigée par Régis-Olivier Garnon, association qui a créé l'événément et continue de le porter. C'est donc pour l'instant maintenu, avec l'idée de travailler sur une jauge de 4000 personnes assises au lieu des 7500 que peut accueillir le lieu habituellement. « C'est peut-être notre seul espoir pour cette saison... »

Sylak Festival : annulé

Le festival de métal qui se déroule dans l'Ain a rendu les armes, comme le Hellfest son esprit même est totalement incompatible avec les normes en vigueur. Et l'annulation du Hellfest annule de fait les tournées de plusieurs groupes de métal. « On aurait aimé pouvoir dire qu'on va s'adapter (porter un masque, demander un test...) mais l'idée d'un Sylak assis (et sûrement sans buvette, stands, camping... ) nous paraît bien trop triste en plus d'être techniquement irréalisable sur le site actuel. Les très nombreuses incertitudes concernant l'ouverture des frontières (même européennes !), la situation sanitaire, et beaucoup d'autres paramètres nous confortent dans cette décision douloureuse » est-il ainsi communiqué sur la page Facebook du festival.

Tout l'monde dehors : budget augmenté

Tout l'monde dehors, pur produit de l'ère Collomb, est reconduit par la nouvelle municipalité, avec le même concept, le même nom. Du moins pour l'instant : ça va évoluer en cours de mandat. En 2020, ce (faux) festival fourre-tout, voulu pour dynamiser les mois d'été à Lyon où autrefois plus rien ne se passait en dehors des Nuits de Fourvière — c'est moins le cas maintenant — avait permis de faire revivre quelques formes de culture dans cette année sinistrée. Le budget a été augmenté, les appels à projets ont été lancés, en petite jauge et avec une multiplicité des formes, en plein air : tout est réuni pour être à nouveau une sorte de bouée de sauvetage de la culture pour l'été 2021. Nathalie Perrin-Gilbert : « il ne faut pas oublier la situation sanitaire. Mais il faut éviter à tout prix le stop & go en vigueur jusqu'ici pour les lieux culturels. Il faut trouver des formes compatibles avec le "vivre avec", avec le virus, avec les variants. »

Woodstower : maintenu, mais adapté

Pour l'instant, c'est maintenu. Avec l'avantage d'être plus loin dans la saison : fin août, donc d'avoir le temps de voir venir. Du moins un peu plus que les autres. Le festival qui clôture les vacances et lance la rentrée lyonnaise sera forcément différent des éditions passées. Maxime Noly, directeur et programmateur du festival Woodstower, nous explique : « on ne veut pas repasser une année sans rien, donc on adapte. On va essayer de proposer quelque chose en retravaillant le format ; les équipes bossent en ce moment pour imaginer une maquette quasi finale. On sait déjà que le format week-end habituel ne tiendra pas, à cause des frais engendrés pour louer des gradins et des chaises, qui coûtent très cher. Pour rentabiliser, il faudra plusieurs jours, probablement cinq ou six. Et on part sur une jauge à 5000. Il reste beaucoup de flou : les bars et la restauration, la distanciation à combien de mètres... Mais on doit avancer, sinon ce sera trop tard. » La programmation annonce pour l'instant Lorenzo, Stand High Patrol, PLK ou encore Bon Entendeur. « Lorenzo, ça ne va pas se faire, ce n'est pas adapté au format. Pour les autres, on discute. La programmation sera très remaniée. Les choix des artistes qui ne veulent pas jouer devant un public assis sont parfaitement compréhensibles. Nous sommes larges sur les esthétiques, donc on peut moduler. On travaille beaucoup sur du francophone : on avait déjà pris ce parti l'an dernier, de limiter les artistes étrangers — c'est le seul moyen de tenir. Par contre, on fera des soirées de cinq heures maximum, pas toute la nuit comme avant : c'est déjà long, cinq heures assis. » Pour l'instant, pas de danger de disparition du festival pour cause de finances dans le rouge : « 2020 s'est bien terminé grâce aux aides de l'État et au maintien des subventions locales. Mais nous avons beaucoup d'interrogations pour 2021 : ce format adapté sera forcément déficitaire. On travaille pour avoir un déficit acceptable, entre 50 000 et 100 000€. Donc on devra être accompagné financièrement par l'État, sinon ça ne fonctionnera pas. Et il reste la question du protocole d'accueil : tests ? vaccins ? On espère que l'on ne nous fera pas porter la responsabilité de réaliser des tests à l'entrée... On fera probablement uniquement des préventes, pas de billetterie sur place. L'expérience sera forcément écornée par rapport à d'habitude, mais on va jouer sur le cadre, sur le lac. »

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