Futur, plus que parfait

Christophe Chabert | Mercredi 13 février 2013

Revoir la trilogie Retour vers le futur — au Ciné Toboggan grâce au festival Oufs d'Astro — c'est croquer dans une madeleine cinéphile des années 80 ; c'est aussi voir en quoi son réalisateur Robert Zemeckis y préparait avec son scénariste Bob Gale ce qui allait devenir un champ d'expérimentation dans les décennies suivantes. Marty MacFly est un ado normal, beau gosse qui fait du skate et de la guitare, et qui tente d'échapper à la lose familiale — un père sans charisme et une mère alcoolique — en se réfugiant auprès d'un savant un peu fou. Celui-ci a construit une De Lorean à remonter le temps et, lors d'un test qui tourne mal, Marty se retrouve vingt ans en arrière, au moment où son futur père doit rencontrer sa future mère. Dès le premier épisode, Zemeckis utilise le paradoxe temporel comme une porte ouverte à la duplication des corps, à leur remodelage et à leur télescopage. Au cœur de Retour vers le futur, on trouve ainsi une photo qui s'efface au fur et à mesure où Marty intervient dans le passé et modifie son présent — son visage puis son corps disparaissent. Plus encore, son passage dans l'Amérique 60's idéalisée par le cinéma corrige celle des années 80. De retour chez lui, il retrouve sa famille reaganisée et triomphante : pensant conserver la réalité telle qu'elle était, Marty a surtout ouvert la voie au conservatisme de son époque. Bien avant Tarantino, Zemeckis pensait déjà que les corps de cinéma, créatures de celluloïd manipulables et reproductibles à l'envie, pouvaient modifier l'histoire. Le reste de la trilogie — et de sa filmographie — ne cesseront dès lors de tester cette limite : jusqu'où les personnages peuvent-ils transformer leur environnement, le produire ou le recréer selon leurs désirs ?

Christophe Chabert

Trilogie Retour vers le futur
Au Ciné-Toboggan, samedi 23 février à 16h


Trilogie retour vers le futur

De Robert Zemeckis (ÉU, 185, 1989 et 1990)

De Robert Zemeckis (ÉU, 185, 1989 et 1990)

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Flight

ECRANS | L’héroïsme d’un pilote d’avion est remis en cause lorsqu’on découvre ses penchants pour la boisson et les stupéfiants. Délaissant ses expérimentations technologiques, Robert Zemeckis signe un grand film qui célèbre l’humain contre les dérives religieuses, judiciaires et techniques. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Flight

Au commencement était la chair : celle d’une femme nue qui déambule au petit matin dans une chambre d’hôtel pendant que son amant se réveille en s’enfilant une ligne de coke qui lui permet d’évacuer sa gueule de bois. Ce long plan d’ouverture sonne comme une déclaration d’intention de la part de Robert Zemeckis : après trois films à avoir essayé de recréer par le numérique, la 3D et la motion capture les émotions et le corps humain, le voilà revenu à des prises de vues garanties 100% réelles et incarnées. Son cinéma a depuis toujours été obsédé par les limites plastiques de la figuration : les corps troués, aplatis, étirés comme des chewing-gums de La Mort vous va si bien, les toons vivants de Roger Rabbit, Forrest Gump se promenant dans les images d’archives ou le Robinson supplicié de Seul au monde… Flight introduit une subtile variation autour de ce thème : ici, la chair est fragile, mais cette fragilité signe en définitive la grandeur humaine. Y a-t-il un pilote dans le pilote ? Whip Whitaker (fabuleux Denzel Washington) prend donc son service comme pilote de ligne et réussit un exploit : un atterrissag

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