La cuisine ouverte de Cannibale au Sonic

Stéphane Duchêne | Mardi 19 mars 2019

Photo : © Alban Van Wassenhov


Parce que le temps file, qu'on a dépassé les 40 ans et qu'il vaut mieux boulotter la barbaque tant qu'elle fume encore, les hurluberlus Born Badiens de Cannibale n'ont guère lanterné avant de donner un successeur à leur inaugural et trois étoiles No Mercy For Love. Et de livrer un nouveau modèle d'artisanat rock et d'idiosyncrasie esthétique qui inclut dans ses nombreux ingrédients son propre exotisme, en plus de tous ceux qu'il convoque aux quatre coins des genres, et une sauce résolument psychédélique dont seuls ces Bas-normands ont le secret.

Si bien que l'on en vient à se dire que le titre dudit album, Not Easy to Cook, est bien mensonger, tant la décontraction et l'aisance semblent parcourir l'échine de ces onze titres électrisants oscillant entre la messe pas toujours noire et la danse de sabbat (comme sur The Ugliest Rabbit of the 70's). Comme une version, pas révolutionnaire, non, mais sans doute plus raffinée de leur précédent exercice. « It is a delicate and sweet dish » chante le quintette. Du genre qui fait tourner les têtes quand on en abuse, ce qui est pourtant conseillé. Menu intégral à déguster en live au Sonic ce samedi 23 mars.


Cannibale + Pili Coït


Sonic En face du 4 quai des Étroits Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Bryan's Magic Tears : l'esprit slacker

Rock | Parmi les dernières pépites de Born Bad Records, Bryan's Magic Tears, invité du Ninkasi Festival, sonne comme une réminiscence de l'esthétique "slacker" des 90's. À moins qu'il ne soit un symptôme involontaire de son époque.

Stéphane Duchêne | Mardi 10 septembre 2019

Bryan's Magic Tears : l'esprit slacker

Il y a dans le désenchantement de cette fin de décennie – où l'on nous promet rien moins que la fin de l'Humain ; où les idéologies gisent écrasées entre le marteau du libéralisme et l'enclume du fascisme – quelque chose des années 90 telles que le romancier canadien Douglas Coupland nous les décrivait dans son Génération X. Avec cette fois la transformation en absolue certitude d'une phrase clé du roman : « Dans le nouvel ordre mondial tu compteras peut-être pour rien ». Mais tu seras quand même balayé. « Je m’allongeais sur le sol (...) et je retins mon souffle, en proie à un sentiment dont je n’ai jamais pu me débarrasser complètement – mélange de noirceur, de fatalité et de fascination – un sentiment éprouvé (...) depuis le début des temps par la plupart des jeunes gens qui ont un jour levé la tête, scruté les cieux et vu leur univers disparaître. » décrit Andy, le narrateur. C'est précisément cette impression que fait renaître

Continuer à lire

Maud Lefebvre, une partie du tout

Portrait | Membre du Collectif X, Maud Lefebvre a la rigueur des grands enfants appliqués et la folie de ceux qui tentent de bousculer le quotidien. C’est comme metteure en scène de Cannibale que cette comédienne de formation nous avait épatés. Avec Maja, à la Renaissance cette semaine, elle convie l’étrange et nos peurs sur un plateau. Rare.

Nadja Pobel | Mardi 12 mars 2019

Maud Lefebvre, une partie du tout

Printemps 2016. Théâtre de l’Élysée. Semaine de vacances de Pâques, donc absence quasi abyssale de programmation dans les théâtres, un temps creux pour les "professionnels de la profession". Voir Cannibale presque par hasard. Et y trouver un phare de la création contemporaine : Maud Lefebvre met en scène un texte d’Agnès D’Halluin écrit d’après son idée originale : comment un jeune couple vit alors que la maladie incurable s’empare du corps de l’un d’eux ? Tout est là : leur cadre (les différentes pièces de l’appartement, le dehors), leurs émotions (la colère forte, l’amour fou), leur quotidien (cuisiner, se laver, s’éteindre). Avec un récit qui s’élève largement au-dessus du banal, une homosexualité jamais commentée, Maud Lefebvre signe une œuvre pleine, où aucun élément du théâtre n’est négligé au prétexte (réel) d’une économie étriquée. Alors, le travail dans l’urgence compense : « j’ai deux semaines de travail au plateau, trois au maximum » dit-elle. Et toujours, à l'observer, ce souci de rendre partageable ce qui se trame en amont. Maja, cette semaine à la Renaissance en est une nouvelle preuve. À 33 ans, Maud Lefebvre

Continuer à lire

Le Villejuif Underground : les mouches du Roche

Rock | Exilé de son Val-de-Marne natal, le Villejuif Underground de Nathan Roche revient (enfin) présenter son deuxième album à venir : "When will the flies in Deauville drop ?". Le retour en grande pompe d'un groupe toujours délicieusement à côté de ses pompes.

Stéphane Duchêne | Lundi 14 janvier 2019

Le Villejuif Underground : les mouches du Roche

« Quand les mouches tomberont-elles à Deauville ? ». Il y aurait presque dans le titre du deuxième album du Villejuif Underground, ici traduit en français, un côté Les oiseaux se cachent pour mourir. Une sorte d'inquiétude existentielle. Sauf qu'ici les aventures du père Ralph de Bricassart, prêtre expatrié en Australie tiraillé entre sa foi et l'amour terrestre, seraient incarnées par un expatrié dans l'autre sens : un Australien échoué dans le Vieux monde – et même carrément dans le Val-de-Marne, cet eldorado qui s'ignore mais que l'intéressé et sa bande de pieds nickelés ont désormais quitté. Une sorte de double inversé qui ne se poserait pas tant de questions, évacuant les dilemmes d'un revers de main mou. Entre la foi (ici une forme d'authenticité trop involontaire pour tenir de la pose) et les tentations plus triviales (le succès, la réussite, la promotion, ce genre de conneries), il ne fait aucun doute que le dénommé Nathan Roche a choisi la foi depuis longtemps. Et s'a

Continuer à lire

Maud Lefebvre nous parle de Maja

3 questions à... | Elle nous avait ébloui par sa mise en scène de Cannibale en 2016. La voici en résidence pour trois ans à la Renaissance d'Oullins. Rencontre.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

Maud Lefebvre nous parle de Maja

Comment va se dérouler cette résidence ? Maud Lefebvre : Le théâtre va co-produire les deux prochains spectacles, que je fais avec le Collectif X. Pour cette année, ils ont acheté Maja, ma deuxième création qui naîtra à Andrézieu-Bouthéon en novembre. Ensuite, je vais travailler sur une adaptation cinématographique de John Cassavetes, Une Femme sous influence, que je mettrai en scène. C'est un challenge car c'est un texte déjà écrit alors que jusque là, j'étais dans des créations pures. L'année suivante, le projet, en collaboration avec quatre auteurs, se passera dans le futur avec deux cosmonautes. Et il y aura des ateliers avec les enfants, des personnes âgées, atteintes d'Alzheimer. D'où vient le projet de Maja, premier texte en tant qu'auteur et qui s'adresse aux enfants ? Ce n'est pas vraiment pour enfants. C'est même un spectacle pour adultes, adultes-parents mais pas forcément car ça peut rappeler des choses de sa propre en

Continuer à lire

Savoureuse dévoration

Théâtre | Depuis sa création il y a tout juste deux ans, Cannibale a fait du chemin passant notamment par le remarquable festival Théâtre en Mai de Dijon l'an (...)

Nadja Pobel | Mardi 17 avril 2018

Savoureuse dévoration

Depuis sa création il y a tout juste deux ans, Cannibale a fait du chemin passant notamment par le remarquable festival Théâtre en Mai de Dijon l'an dernier. Ce n'est que justice que ce spectacle fasse encore escale par ici (au Théâtre de la Renaissance, Oullins, du 25 avril au 4 mai). Un couple amoureux (deux garçons) dissertent autour du repas du soir confectionné sous nos yeux de ce qu'il adviendra d'eux, de celui qui reste quand la maladie dont est atteint l'autre l'aura irrémédiablement fait passer par dessus bord. Physique, brutal, à vif mais toujours tendre, ce texte d'Agnès D'halluin mis en scène par Maud Lefevre est ambitieux. Les deux jeunes femmes ont su le déployer pleinement (décor représentant toutes les pièces d'un appartement, extérieur, vidéo...) et s'appuyer sur deux comédiens impeccables rencontrés à l’école de la Comédie de Saint-Étienne dont ils sont issus, Martin Sève et Arthur Fourcade. Certains membres de ce Collectif X seront, dans un tout autre genre, présents aux Ateliers Frappaz, le 29 juin, à l'issue d'un long travail mené sur le territoire de Villeurbanne avec la

Continuer à lire

Cannibale : la compagnie créole

Psyché garage | Tardive révélation et nouvelle trouvaille du label Born Bad, les quarantenaires de Cannibale bouffent à tous les râteliers musicaux créolisant le rock avec un appétit pan-exotique hautement contagieux.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 octobre 2017

Cannibale : la compagnie créole

Qui a vu le culte Cannibal Holocaust n'en a sûrement jamais effacé les images de sa rétine. Dans ce vrai-faux docu, un groupe de journalistes fort antipathiques part à la recherche d'une tribu cannibale au cœur de la forêt amazonienne et se fait recevoir avec les honneurs dus à son manque de savoir-vivre : les voilà transformés en brochettes sauce état de nature. On ne sait guère à quelle sauce JB Guillot, boss du label Born Bad, s'attendait à être mangé lorsqu'il enfourcha sa moto à destination d'un coin reculé de Normandie à la rencontre d'une tribu elle aussi Cannibale, dont la réputation commençait à bruire à travers les feuilles – il était temps, ses membres, la quarantaine bien tapée, avaient officié deux décennies durant dans une kyrielle de groupes dont le dernier Bow Low avait connu un début de petit succès classé sans suite. Selon la légende, les Cannibale lui servirent un plat plus commun que sa propre tête – une simple purée, qui n'en contenait pas moins une haute portée s

Continuer à lire

La rentrée musique : 13 concerts à ne pas manquer

Les concerts de l'automne | Beth Ditto Affranchie de The Gossip, c'est assez naturellement que Beth Ditto s'est retournée, avec son premier album solo, Fake Sugar, vers ses (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 20 septembre 2017

La rentrée musique : 13 concerts à ne pas manquer

Beth Ditto Affranchie de The Gossip, c'est assez naturellement que Beth Ditto s'est retournée, avec son premier album solo, Fake Sugar, vers ses racines, du fin fond de l'Arkansas. Un mal (la douleur de la séparation d'un groupe vieux de 17 ans) pour un bien puisque la chanteuse y gagne en nuances et en diversité. Moins punk, plus pop, n'hésitant pas à fricoter avec la musique de son enfance : la country et toutes ces sortes de choses, rappelant parfois, dans une proximité de timbre sudiste une Dolly Parton sévèrement azimutée – si tant est que ce ne soit pas un pléonasme – électrifiée et parfois dansante. Pas sûr qu'une partie des fans hardcore habitués au désordre punk-glam-discoïdes des concerts de The Gossip, apprécient. Les inconditionnels un peu plus ouverts y verront une belle, et parfois émouvante, surprise. Au Transbordeur le mercredi 4 octobre Cannibale Difficile de qualifier la musique de Cannibale, découverte cette année grâce à l'indispensable label Born Bad Records

Continuer à lire

Le Villejuif Underground : Velvet style

MUSIQUES | Velvet Underground made in Val-de-Marne mené par un australien imitant Lou Reed comme personne, Le Villejuif Underground (ça ne s'invente pas) s'avance comme l'un des grands espoirs de l'indie-rock français. Et sans aucun doute comme le plus cool.

Stéphane Duchêne | Mardi 23 mai 2017

Le Villejuif Underground : Velvet style

Que serait-il advenu si le Velvet Underground était né, non pas à New York, mais à Villejuif dans le Val-de-Marne ? Sans doute pas grand-chose, et l'histoire de la musique en eut probablement été changée. Pourtant, lorsque l'on écoute le titre éponyme d'une drôle de formation baptisée Le Villejuif Underground, on se dit que décidément dans le monde merveilleux de la musique alternative, tout est possible. Y compris qu'un Australien vienne s'installer au sud de Paris pour y commettre l'un des projets les plus fous de ces derniers mois avec une poignée d'autochtones. À savoir une musique garage lo-fi qui voudrait sonner comme le Velvet, sans se prendre une seconde au sérieux – ce que la bande à Lou Reed ne faisait que trop – mais sans jamais non plus verser dans la blague. L'homme à l'origine de l'affaire se nomme donc Nathan Roche et figure un parfait imitateur de Loulou en même temps qu'un type qui ne recule devant rien, y compris s'installer à Villejuif, donc. Une demi-douzaine de groupes et trois projets solo derrière lui, Roche semble bien avoir trouvé ici, dans le Val-de-Marne et avec ses trois compères du Villejuif Under

Continuer à lire

Group Doueh & Cheveu : mariage dérangé

Rock | En marge de Nuits Sonores, se poursuivent au Marché Gare les festivités des 10 ans de Born Bad Records. Au menu, la transposition en live de l'un des disques les plus fous de ces derniers mois, témoignant de la rencontre au sommet (et dans le désert) entre les rockeurs arty-punk de Cheveu et la légende sahraoui Group Doueh.

Stéphane Duchêne | Mardi 16 mai 2017

Group Doueh & Cheveu : mariage dérangé

Lorsque l'on parle d'improbables rencontres, on a coutume de parler de "mariage de la carpe et du lapin". Mais s'agissant du mariage dont il est question ici, non seulement l'expression ne suffit pas – les épousailles d'un poisson et d'un rongeur étant banales en comparaison – mais en plus il faudrait déjà pouvoir trouver carpe et lapin à l'image de Cheveu et Group Doueh. C'est dire le genre d'association à laquelle on a affaire ici. D'un côté, Cheveu, apôtre du garage-punk viré pop joueuse émargeant chez Born Bad Records, ravissant à parts égales partisans de l'underground et branchés en tout genre. De l'autre, un groupe du Sahara occidental, mené par le guitariste Baamar "Doueh" Selmou et sa famille, spécialisé dans l'animation de bals à coups de traditionnels hassani maltraités en une sorte de transe rock, tellement fascinant que le label Sublime Frequencies a pris sur lui de le faire découvrir jusqu'outre Atlantique, provoq

Continuer à lire

Who's (Born) Bad ?

MUSIQUES | Quand on lui parle de la tournée anniversaire qui vient couronner la belle décennie musicale du label Born Bad, JB Guillot avoue qu'il se serait bien passé (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 2 mai 2017

Who's (Born) Bad ?

Quand on lui parle de la tournée anniversaire qui vient couronner la belle décennie musicale du label Born Bad, JB Guillot avoue qu'il se serait bien passé d'un tel raout, que son emploi du temps est bien assez chargé et qu'il se serait plutôt fait un cadeau à lui-même. Pourtant cette tournée est bien là, elle existe - « il y avait beaucoup de demandes » avoue-t-il. Comme existe encore Born Bad, le label phare du renouveau rock et pop français, en réalité né en 2006. Parfois au grand étonnement de son fondateur, rocker alternatif qui souhaite à l'origine remettre à l'heure les pendules de l'indépendance déréglées par son expérience de directeur artistique en major (voir interview). Premier groupe signé, comme un symbole : Frustration – « meilleur groupe de post punk français », précise-t-il – dont le batteur est propriétaire de la boutique Born Bad à laquelle s'adosse le label sur les modèles de Rough Trade ou New Rose. D'entrée, Born Bad se veut « très cocardier », soucieux de défendre la contre culture française : de rééditions de pépites françaises 60's, 70's, 80's, oubliées (« une façon de revendiquer une f

Continuer à lire

Born Bad : la ligne Elzo Durt

Underground Art | Pour fêter ses dix ans, on pourrait attendre qu'un label se fende d'un disque anniversaire, qu'il s'agisse d'un best-of des meilleurs morceaux de son (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 2 mai 2017

Born Bad : la ligne Elzo Durt

Pour fêter ses dix ans, on pourrait attendre qu'un label se fende d'un disque anniversaire, qu'il s'agisse d'un best-of des meilleurs morceaux de son écurie – avec pourquoi pas, le secret espoir qu'il permette de faire découvrir le label aux distraits – ou, mieux, d'une compile d'inédits propre à faire saliver les fans et/ou les collectionneurs. Et pourquoi pas même un picture vinyle, tiens, puisque c'est la mode. C'est mal connaître JB Guillot aka JB Wizz, grand mamamouchi de Born Bad, et son art consommé du contre-pied assorti d'un grand pont. Pour les dix ans de son label, le boss a décidé... d'éditer un livre. Mais pas n'importe lequel : une monographie de l'artiste Elzo Durt, manière de faire remonter à la surface une évidence : soit la part prépondérante du graphiste belge dans l'identité du label, visuelle, mais à force, un peu plus que ça. Car Durt est l'auteur de nombreuses pochettes pour nombre des formations du label. Et ce, depuis le tout début puisque cela inclut le tout premier 45t édité par Born Bad. La Femme, Francis Bebey, Jean-Pierre Mirouze, Jack of Heart, Clothilde, pour n

Continuer à lire

JB Guillot : « L'indépendance, c'est mon petit combat à moi »

Entretien | Alors que le label Born Bad fête ses dix ans, avec notamment une tournée française ponctuée d'une triplette de concerts lyonnais, son fondateur, le truculent JB Guillot, revient sur une décennie d'activisme discographique durant laquelle les choix artistiques gagnants et la défense à tout crin de l'indépendance l'ont élevé au rang de modèle.

Stéphane Duchêne | Mercredi 3 mai 2017

JB Guillot : « L'indépendance, c'est mon petit combat à moi »

Quand tu as créé Born Bad il y a dix ans, y avait-il une forme de pari et de résistance par rapport à la crise du disque et à l'expérience, mauvaise, que tu avais pu avoir en travaillant comme directeur artistique d'une major ? J.B. Guillot : Oui, j'ai nourri une certaine frustration à travailler en major pendant une dizaine d'années. Quand j'ai été licencié, je voulais aller au bout de mon idée de ce que devait être un label et j'ai consacré une partie de mes indemnités à Born Bad. La crise était alors à son maximum. C'était l'époque du téléchargement ultra-violent, du peer-to-peer. Il n'y avait même pas vraiment d'offre légale, de Deezer, de Spotify, Itunes était balbutiant. Faire un label de rock en France, ce n'était pas forcément évident. On n'a jamais été un pays très à l'aise avec ce genre musical. L'empreinte de Noir Désir, de Téléphone, de Louise Attaque était tellement forte qu'on avait l'impression qu'il était impossible d'y faire exister autre chose. Comment survit-on pendant dix ans dans ce contexte ? Déjà, on vend des disques, c'est la base. Énormément de gens en sont incapables. Ça s'est mê

Continuer à lire

François Virot : « Les aberrations techniques ont leur rôle »

Indie Pop | François Virot (Clara Clara) fait son grand retour en solo avec Marginal Spots, paru en décembre sur Born Bad Records : à savourer live dans le cadre d'une sublime soirée du label au festival Plug & Play, le 23 janvier.

Gabriel Cnudde | Mardi 10 janvier 2017

François Virot : « Les aberrations techniques ont leur rôle »

Peux-tu nous présenter ce dernier album, Marginal Spots ? François Virot : Je pourrais le présenter par rapport à mon premier album, Yes or no (2008), mais ce ne serait pas forcément une bonne idée vu le temps qui sépare les deux. Entre-temps, il y a quand même eu deux albums de Clara Clara et deux albums de Réveille. J'ai assez peu de recul sur cet album pour le moment. C'était juste des morceaux que je jouais au local, à un moment où je n'avais pas trop d'actualité. J'étais assez libre de faire ce que je voulais. Quand j'ai vu que j'avais quatre ou cinq morceaux qui tournaient bien, j'ai commencé à penser à un album. Avec certains morceaux, j'ai volontairement tenté d'aller voir ailleurs pour donner un peu d'air au disque. J'ai du mal à en parler dans son ensemble, j'arrive plus à parler des morceaux. La critique avait été très bienveillante envers ton premier album solo. As-tu ressenti une pression particulière en écrivant le second ? Non, justement parce que c'était longtemps après. Je pense que certains se rappellent du premier, d'autres n

Continuer à lire

Collectif X : un talent cru

Théâtre de l'Élysée | Sans grand moyen mais avec une ambition artistique immense, Cannibale est la preuve que le théâtre est une arme d'émotion massive avec cette fable moderne sur l'amour et la douleur.

Nadja Pobel | Mardi 20 septembre 2016

Collectif X : un talent cru

Deux hommes cuisinent en se racontant des banalités. Ils sont manifestement chez eux, les odeurs de viande et de légumes dorés à la poêle commencent à envahir l'espace. Ça n'a l'air de rien, c'est pourtant légèrement inquiétant : le couteau, même manié avec attention pour émincer des oignons, est presque un danger. Un faux mouvement et c'est la blessure assurée. Cannibale est à l'instar de ce geste : constamment sur le fil du rasoir. Le récit se nourrit de ces détails ; pour le reste, rien à signaler : que le couple soit formé de deux garçons n'est jamais un sujet. L'homosexualité n'est pas discutée. Elle est là, montrée et vécue, en même temps totalement absente. Ce qui intéresse l'auteur Agnès D'halluin est cette histoire d'amour solide et magnifique ébranlée par la maladie incurable de l'un deux, poussant le rescapé à envisager de dévorer le corps de l'autre, mort. Last exit to... death Ce cannibalisme est aussi théâtral : l'envie de livrer une pièce très écrite et très incarnée, comme si Truffaut avait croisé François Ozon, comme si Rohmer se baladait chez Gui

Continuer à lire

Théâtre de l'Elysée : Deux trésors de retour à l'affiche

Théâtre de l'Élysée | Le mal qui gangrène les théâtres avec la multiplication de pièces programmées pour seulement trois ou quatre soirs d'exploitation est contrecarré en cette rentrée (...)

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

Théâtre de l'Elysée : Deux trésors de retour à l'affiche

Le mal qui gangrène les théâtres avec la multiplication de pièces programmées pour seulement trois ou quatre soirs d'exploitation est contrecarré en cette rentrée par l'Élysée. Son directeur, Jacques Fayard, a décidé de faire revenir deux trésors de la saison dernière, dont Illusions, conte retors sur l'amour, sa durée et ses failles raconté par quatre vieilles personnes. Bien qu'incarnés par une jeune garde de comédiens, les mots du contemporain Ivan Viripaev gardent leur dangerosité dans cet espace, entouré des spectateurs imaginés par le metteur en scène Olivier Maurin qui a l'art de porter à la scène les balbutiements et les messes-basses. Dans la foulée, retour de ce qui a été un choc, calé en plein milieu de la période creuse des vacances de Pâques : Cannibale. Écrite, mise en scène, jouée par des anciens de la Comédie de Saint-Étienne (pour trois d'entre eux) réunis en collectif X, cette chronique

Continuer à lire

L'incandescence JC Satan

MUSIQUES | Frappant comme la naissance des Limiñanas dont nous vous parlons ci-dessus est proche de celle de JC Satan : un mec en home studio, ici Arthur Larregle, (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 24 février 2016

L'incandescence JC Satan

Frappant comme la naissance des Limiñanas dont nous vous parlons ci-dessus est proche de celle de JC Satan : un mec en home studio, ici Arthur Larregle, multi-instrumentiste en place sur la scène bordelaise, qui convie une fille à le rejoindre. Ici, Paula la Turinoise qui vient poser sa voix sans autre but que celui de se défouler ; et quelques tracks qui atterrissent sur MySpace, comme une fin en soi. Pas de studio d’enregistrement, de plan de carrière, de label : nada. Sauf que… Là aussi, un label américain se penche sur le berceau, en l’occurrence Slovenly qui sort finalement les deux premiers albums. Un groupe se structure dans la foulée pour défendre ces disques en scène, à cinq. Et deux autres opus suivent, dont le dernier sur Born Bad Records, spécialiste des seconds couteaux à forte valeur ajoutée, des outsiders convaincants mais jamais vraiment reconnus, des trésors obscurs pris pour des losers. Chez JC Satan, en grandissant, on a affirmé une présence scénique ébouriffante au service d’un son brutal mêlant un poil de métal indie (The Greatest Man), une énergie très punk, une production héritée du meilleur du début des années 90, entre le

Continuer à lire

Dix concerts qui vont faire du bruit

MUSIQUES | Dans le landerneau des organisateurs de concerts, ce mois d'octobre 2015 est si dense en propositions qu'il est surnommé "Octobrute". Un nickname d'autant plus approprié qu'une bonne partie d'entre elles fait plus dans le jean élimé que dans la dentelle. Exemples contractuels.

Benjamin Mialot | Mardi 13 octobre 2015

Dix concerts qui vont faire du bruit

Valient Thorr / Broken Water On a découvert Valient Thorr par hasard, au détour d'un abattoir reconverti en squat de vikings. C'était à l'été 2014, on avait une bonne douzaine d'années de retard sur le reste de la population mondiale – du moins celle assez sensible au high energy rock'n'roll pour s'organiser en chapitres – mais qu'importe : rarement a-t-on vu musiciens faire montre d'autant d'engagement que ces Américains aux bonnes trognes... ben d'Américains. Au point de descendre, entre deux riffs taillés pour faire imploser les jukeboxes des restoroutes, faire du rameur dans la fosse. [+ Child + Black Bone] Au Warmaudio jeudi 15 octobre On a déploré la brouille de Frank Black et Kim Deal. On a chouiné à l'idée que Thurston Moore et Kim Gordon les imitent – et ils ont fini par le faire, les salauds. Puis est apparu Broken Water. C'était en 2010 avec Whet, un premier album qui voyait ce très revendicatif trio mixte d'Olympia (des droits des femmes à la surveillance généralisée, ce ne sont pas

Continuer à lire

La rentrée musique côté jazz et world

MUSIQUES | Du côté de l'AOC "world, soul, jazz, etc.", le fourre-tout est de rigueur, les talents pluriels et les esthétiques en quinconce. Si bien qu'on ne sait plus où donner de la tête. Eh bien c'est juste ici, un peu partout.

Stéphane Duchêne | Mardi 22 septembre 2015

La rentrée musique côté jazz et world

C'est comme souvent le Rhino jazz qui va donner le tempo de la rentrée jazz. Mais tel le rhinocéros, l'événement, une fois lancé, court dans tous les sens et c'est dans trois départements que le spectateur doit se mettre en mode safari. Tout le monde n'étant pas équipé d'une jeep, contentons-nous ici des haltes lyonnaises : outre Tigran (voir page 4), se présenteront l'étrangeté électro-jazz-blues Yom (à l'Opéra le 12 octobre), Vincent Perrier qui va «bopper avec Django» à la Clé de Voûte le 23 ou encore le duo Donkey Monkey, croisement de jazz et de rock japonais, oui madame, le 24 au Périscope. Un Périscope qui garde son cap de chaudron expérimental. Citons pêle-mêle : Emmanuel Scarpa et François Raulin (aucun lien) pour leur Tea Time le 1er octobre, le violoniste Régis Huby et son projet Equal Crossing dont on a lu, sans rire, qu'il promettait une «ambiance frottis» ; ou encore le 13 novembre le chelou Finlandais Mikko Innanen. Et pour la bonne bouche, Cannibales et vahinés, où l'on ret

Continuer à lire

Forever Pavot, un autre versant des sixties

MUSIQUES | Le groupe ressuscite les fantômes disparus d’une décennie qui n’a visiblement pas fini de nous fasciner.

Damien Grimbert | Lundi 11 mai 2015

Forever Pavot, un autre versant des sixties

Si, pour le commun des mortels, la musique des années 60 se résume avant tout aux groupes de pop, rock et folk anglo-saxons qui affolaient les charts de l’époque, une petite communauté disparate d’artistes a quant à elle focalisé son attention sur un versant musical nettement plus obscur de cette décennie : celui des illustrateurs sonores et compositeurs de musiques de films européens. Repliés dans leurs studios, loin des projecteurs, groupies et autres publics de fans transis, ces derniers ont donné naissance à un nombre assez sidérant de pépites musicales d’une richesse, d’une inventivité et d’une puissance d’évocation souvent sans commune mesure. Au-delà des crate-diggers et autres producteurs archivistes en quête de samples imparables, des artistes comme Ennio Morricone, Francis Lai, François de Roubaix ou Jean-Claude Vannier (pour ne citer que les plus connus) ont ainsi inspiré toute une nouvelle génération de musiciens séduits par leur mélange inspiré de psychédélisme, de prog-rock et de synthés vintage aux sonorités troublantes. À ce petit jeu là, difficile de trouver plus convaincant qu’Emile Sornin, leader du groupe Forever Pavot dont le to

Continuer à lire

Amours cannibales

ECRANS | De Manuel Martín Cuenca (Esp-Roum-Russie-Fr, 1h56) avec Antonio de la Torre, Olimpia Melinte…

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

Amours cannibales

Carlos, tailleur discret de Grenade, aime les femmes. Mais attention, il les aime bien préparées. Aussi habile avec un fil et des aiguilles qu’avec un couteau de boucher, il déguste ses victimes selon un rituel presque monotone, sans en tirer de plaisir apparent. On a présenté les choses avec un poil d’ironie, mais Amours cannibales en est résolument dépourvu. Au contraire, la froideur de la mise en scène renvoie plutôt à la "glaciation émotionnelle" tant vantée par Michael Haneke. Même lorsqu’une histoire d’amour, une vraie, se profile entre Carlos et la sœur d’une des femmes qu’il a tuées, Cuenca ne déroge pas à sa grammaire : plans tirés au cordeau, absence de musique, quête de distance et d’atonie dans l’approche des événements. Cette forme-là, respectable dans son principe mais devenue très académique à force d’être mise à toutes les sauces, est assez contre-productive dans le cas d’Amours cannibales. On n’est jamais loin du pléonasme tant la grisaille et l’absence de passion semblent envahir en permanence et l’action, et les personnages, et l’approche visuelle de Cuenca. Même les scènes gore ne créent pas vraiment de malaise, fondues dans

Continuer à lire

On s’fait une bouffe ?

SCENES | Cirque et Théâtre / Nouvelles coqueluches du théâtre contemporain, David Bobée et Renan Chéneau présentent aux Subsistances Cannibales, pièce pluridisciplinaire, existentielle et… prometteuse ! Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 12 juin 2008

On s’fait une bouffe ?

Nés dans les années 1970, adolescents dans les années 1980 quand «Dorothée passe d’Antenne 2 à TF1» et avec «l’apparition des cracottes chez Heudebert», adultes dans les années 2000, ils constatent «que rester vautré, recroquevillé chez soi, avec la dernière livraison de Jack Bauer, saison 4, n’est finalement pas ce qui peut nous arriver de plus mal…»… Voilà où nous en sommes, voilà où ils en sont, eux, couple trentenaire petit-bourgeois habitant un appartement immaculé et quasiment décalqué d’un catalogue d’Ikéa. C’est dans cet intérieur qu’on les découvre, «Elle» et «Lui», et dans l’intimité de leurs discussions décousues à propos de sexe, de bonheur, de science, de politique, de tout, de rien, de pas grand chose, de ce qui reste… Dernier volet d’une trilogie qui peut se découvrir séparément, Cannibales a été écrite par Ronan Chéneau directement sur le plateau avec la complicité du metteur en scène David Bobée et de ses comédiens : «Mon travail d’écriture se fait au cœur même de la machine théâtrale, avec le travail, de la lumière et du son, le jeu, la mise en scène, pour être contaminé par eux, toujours proche du vivant, du présent. En période de création, j’écris et réécris san

Continuer à lire