Le rythme dans le moi-peau

Le Moi de la Danse | Les Subsistances présentent la deuxième édition du passionnant rendez-vous Le Moi de la Danse : un festival de soli, où le moi se fait dansant, vibrant, changeant.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 janvier 2017

Et si, plutôt que de nous figer dans nos peurs et nous réfugier dans l'immobilité, nous inventions un "moi" dansant, plus souple dans son rapport à lui-même et aux autres ? Le chorégraphe Boris Charmatz nous y invite comme, plus largement, ce festival des Subsistances où il est invité : Le Moi de la Danse.

Ce festival rassemble des artistes émergents (comme Fouad Nafili) et d'autres plus renommés (Carolyn Carlson) autour de ces questions de l'identité, singulière et plurielle à la fois. Depuis, au moins, l'écrit de l'anthropologue Marcel Mauss, Les techniques du corps, l'on sait les constructions historiques et relatives de nos postures corporelles et de nos façons de nous mouvoir. L'on sait aussi la possibilité d'en changer, peu ou prou.

De plus, après des siècles d'oubli, le corps refait surface et ne semble plus quantité négligeable quant à la construction et à la définition de "soi". Même Freud en avait eu l'intuition, écrivant en 1923 : « Le moi est avant tout un moi corporel, il n'est pas seulement un être de surface mais il est lui-même la projection d'une surface. »

Auto-moto

Vive donc le "psycho-somatique" avec Boris Charmatz, Fouad Nafili, Carolyn Carlson. Et aussi avec le suisse Thomas Hauert et la française Maud Le Pladec. Thomas Hauert se donne même directement pour tâche dans son dernier solo de mettre à nu sa propre ambivalence sentimentale, partagée entre douceur et aigreur, énergie et mélancolie, le tout sur des madrigaux de Monteverdi.

Maud Le Pladec se lance aussi dans un projet autobiographique, mais via un processus de création singulier : sa biographie a été très librement réécrite par l'auteur Vincent Thomasset. D'où une danse-fiction pour un solo, où Maud Le Pladec danse et dialogue avec... elle-même, son passé, de nombreux styles de danse urbaine, ou encore avec des figures de la pensée comme le philosophe Miguel Abensour ou la psychanalyste contemporaine de Freud, Sabina Spielrein... Sans oublier, l'importance dans son enfance du... moto-cross, qui est le titre de la pièce !

Le Moi de la Danse
Aux Subsistances du 26 janvier au 12 février


La danse contemporaine en questions


Les Subs 8 bis quai Saint-Vincent Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Moto-cross

Chor Maud Le Pladec
Les Subs 8 bis quai Saint-Vincent Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Thomas Hauert : une traversée du chaos

Moi de la Danse | Chorégraphe suisse établi en Belgique, Thomas Hauert travaille depuis vingt ans au bord du chaos et de l'informe. Pièce fragile et libre, pour huit interprètes, How to proceed se veut l'écho d'un état du monde contemporain, comme l'explique Thomas Hauert dans cet entretien. La pièce est présentée cette semaine aux Subsistances dans le cadre du festival Moi de la Danse.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 29 janvier 2019

Thomas Hauert : une traversée du chaos

Votre nouvelle création How to proceed marque les vingt ans de votre compagnie ZOO, et l'idée de collectif y semble importante ? Thomas Hauert : Oui, quatre danseurs travaillent avec moi depuis vingt ans, les autres depuis une dizaine d'années, et la compagnie a fonctionné pour cette pièce de manière particulièrement forte en collectif de création. Chacun a apporté son regard, sa matière, ses idées... Ici - d'autant plus qu'au moment de cette création je traversais personnellement une phase dépressive et de crise d'inspiration - la cohésion du collectif, la confiance, une forme d'amour ont permis d'aboutir à cette pièce. Quel est son point de départ ? C'est une forte inquiétude face à notre époque. Journaux et reportages nous bombardent chaque jour de mauvaises nouvelles sur le climat, les injustices sociales, les guerres... Cela provoque un grand nombre d'émotions concrètes de l'ordre du sentiment d'impuissance, de la frustration, de la colère... Ces émotions hétérogènes constituent la base de la pièce et elles sont aussi le moteur de so

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Qui suis-je quand je danse ?

Le Moi de la Danse | Troisième édition pour Moi de la Danse qui a pris ses quartiers d’hiver, côté Saône, depuis la semaine dernière. Le festival des Subsistances continue de (...)

Anne Huguet | Mercredi 17 janvier 2018

Qui suis-je quand je danse ?

Troisième édition pour Moi de la Danse qui a pris ses quartiers d’hiver, côté Saône, depuis la semaine dernière. Le festival des Subsistances continue de mettre en valeur les belles singularités de la danse contemporaine d’aujourd’hui, s’intéressant plutôt aux trajectoires personnelles et explorant la singularité des gestes chorégraphiques. Qui suis-je quand je danse ? Quelle partie de moi nourrit mon geste ? Qu’est-ce qui me fait danser ? Comment mon langage et ma gestuelle évoluent ? Fidèle à ses bonnes habitudes, le festival donne à voir de la danse mais aussi fait danser les spectateurs (danse-minute pour s’initier au lindy-hop ou popping, Bal dansant avec Thomas Lebrun) et alterne conférences ("Grand témoin" avec Christian Rizzo), ateliers, workshops et projections. À ne pas rater cette année : Flatland, œuvre vidéo multiprimée des deux artistes iraniens Alireza Keymanesh et Amir Pousti qui donnent vie, de manière poétique, par le biais de la danse, à des formes géométriques.

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Ces corps politiques

Festival Sens Dessus Dessous | En dépit des apparences et des idées reçues, le corps et la danse ont des liens assez directs et forts avec le politique et la vie de la cité. Le 6e Festival Sens Dessus Dessous réunit plusieurs chorégraphes sensibles à ces questions.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 février 2017

Ces corps politiques

Si vous êtes un lecteur du philosophe Michel Foucault, de l'anthropologue Marcel Mauss, du géographe Michel Lussault, ou tout simplement du Petit Bulletin (notre récent entretien avec Boris Charmatz), les liens entre danse, corps et politique n'ont pour vous plus rien d'étonnant ni de paradoxal. Rappelons les mots très simples que le chorégraphe Boris Charmatz employait dans nos colonnes pour en donner un exemple à la fois emblématique et actuel : « La danse peut rassembler beaucoup de gens dans le but de se questionner, de se remettre en mouvement, d'essayer des choses et de changer des postures. À l'heure où notre société est figée par le terrorisme, le chômage, la sécurité, la privatisation, la danse donne des possibilités d'assouplissement. »

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Se remettre en mouvement avec Boris Charmatz

Le Moi de la Danse | Boris Charmatz est de retour aux Subsistances, pour un grand entretien et la reprise d'un solo de Tino Sehgal. Le chorégraphe revient sur son parcours, sa perception de la danse et son univers, trop rapidement qualifié de danse conceptuelle.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 janvier 2017

Se remettre en mouvement avec Boris Charmatz

On vous attribue souvent l'étiquette "danse conceptuelle". Est-ce qu'elle vous correspond vraiment ? Boris Charmatz : Au-delà de toutes les étiquettes (danse conceptuelle, non-danse...) je suis, et je me ressens avant tout, comme un danseur. J'ai commencé à douze ans, j'ai quitté ma famille pour aller danser, j'ai été formé au Ballet de l'Opéra de Paris et au Conservatoire de Lyon, je suis devenu professionnel à dix-sept ans... Aujourd'hui encore, je danse pour d'autres chorégraphes comme Anne Teresa De Keersmaeker ou Tino Sehgal. C'est à partir de la danse que j'ai pu écrire, lire, penser, faire des choses variées. Celle-ci est pour moi un endroit de pensée et pas seulement de pratique physique. J'adore transpirer dans un studio de répétition, j'aime aussi parallèlement interroger la place du corps et du danseur. Et vous aimez aussi bousculer les règles du spectacle, briser les frontières artistiques ? J'aime l'art tout terrain.

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Danse, un nouvel élan

La Rentrée Danse | L'année chorégraphique 2017 commencera tambour battant avec la deuxième édition du Moi de la Danse (du 26 janvier au 12 février, aux Subsistances), festival (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 janvier 2017

Danse, un nouvel élan

L'année chorégraphique 2017 commencera tambour battant avec la deuxième édition du Moi de la Danse (du 26 janvier au 12 février, aux Subsistances), festival visant à déplier la diversité de nos identités à travers le mouvement. Carolyn Carlson y présentera, par exemple, trois soli inspirés par les éléments naturels (vent, vagues...), le suisse Thomas Hauert une mise à nu de l'ambivalence des sentiments humains sur un madrigal de Monteverdi, et Maud Le Pladec une création à forte teneur autobiographique... Au même moment (du 25 janvier au 3 février), la Maison de la Danse consacrera un "archipel" à l'une des figures les plus connues de la danse contemporaine française, Angelin Preljocaj. Avec trois pièces au programme de cette mini-rétrospective : la reprise du ballet Roméo et Juliette dans des décors d'Enki Bilal créé à Lyon en 1996, une "soirée de duos" traversant plusieurs pièces de Preljocaj, et une création inspirée d'un conte médiéval chinois où le réel et l'imaginaire viennent à se confondre.

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Moi de la Danse, deuxième

SCENES | Explorant la pluralité des identités à travers le mouvement, le festival Le Moi de la Danse, lancé par les Subsistances, invite (du 26 janvier au 12 février) (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 décembre 2016

Moi de la Danse, deuxième

Explorant la pluralité des identités à travers le mouvement, le festival Le Moi de la Danse, lancé par les Subsistances, invite (du 26 janvier au 12 février) plusieurs chorégraphes à présenter des pièces, des conférences, des workshops... Avec cette année, la grande dame de la danse Carolyn Carlson, le suisse Thomas Hauert, le trublion Boris Charmatz et une création de Maud Le Pladec. Les Subsistances organisent aussi un "lancer de festival" autour d'un apéritif et des cours de danse-minute le jeudi 12 janvier à 19h (entrée libre sur réservation).

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Nouvelle création pour Thomas Hauert

SCENES | Le chorégraphe suisse Thomas Hauert présentera au Centre Chorégraphique National de Rillieux-la-Pape (le 24 février à 19h30, entrée libre) une étape de travail de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 24 février 2016

Nouvelle création pour Thomas Hauert

Le chorégraphe suisse Thomas Hauert présentera au Centre Chorégraphique National de Rillieux-la-Pape (le 24 février à 19h30, entrée libre) une étape de travail de sa nouvelle création, Inaudible. Artiste polyvalent (danse, chant, etc), Thomas Hauert et sa compagnie ZOO développent, depuis 1997, une gestuelle à la fois ludique et savante, existentielle et abstraite, fouillant les tréfonds du chaos contemporain, la notion de gravité, les rapports entre l'individu et le collectif, les tensions entre la forme et l'informe.

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Moi de la danse : Émoi, émois et... moi ?

SCENES | Nouveau festival dédié à la danse contemporaine, le Moi de la danse aux Subsistances poursuit sa quête d'identité(s) et promet, après Manuel Roque, une seconde belle découverte avec le chorégraphe portugais Marco Da Silva Ferreira. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 19 janvier 2016

Moi de la danse : Émoi, émois et... moi ?

Le Moi de la danse se focalise sur la singularité : du geste chorégraphié, de l'interprète, du chorégraphe. Avec le canadien Manuel Roque, les trois étaient réunis dans son impressionnant solo Data. Sur le Requiem de Gabriel Fauré, l'ancien circassien au corps en caoutchouc, rappelait que nous sommes tous la somme d'une série de figures mythologiques, religieuses, animales, anthropologiques... Une somme d'états du corps enracinée dans un passé à la mémoire anatomique que Manuel Roque dépliait, peu à peu, à travers une danse hyper expressive et poignante. On y a perçu les cris d'un enfant comme celui d'un Munch, la violence du toréador ou celle du danseur de flamenco, les métamorphoses d'un Actéon ou la souffrance d'un crucifié... Le "Je" ou le "Moi" du chorégraphe s'avère être une singularité traversant le millefeuilles archéologique du corps, ravivant sur scène les gestes des morts (Requiem) et les liturgies hiératiques du sacré. En résidence actuellement aux Subsistances, Manuel Roque y présentera une étape de travail de sa nouvelle création le mercredi 27 janvier (entrée gratuite).

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Une nouvelle Aire

SCENES | Pour la quatrième année consécutive, Les Subsistances rattaquent la saison avec le petit festival Aire de jeu (du 27 au 31 janvier). Une formule originale (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 janvier 2015

Une nouvelle Aire

Pour la quatrième année consécutive, Les Subsistances rattaquent la saison avec le petit festival Aire de jeu (du 27 au 31 janvier). Une formule originale qui permet tout à la fois de découvrir un compositeur méconnu et des pièces chorégraphiques dansées sur la musique de ce dernier. Après l'avant-gardiste pop Nico Muhly en 2014, auquel nous avions alors consacré notre Une, c'est le Finlandais Kalevi Aho, musicien renouant avec la "belle musique" et l'harmonie, proche parfois des épopées de Dmitri Chostakovitch, qui sera à l'honneur. Il a inspiré à Maud Le Pladec, habituée de l'événement; Hunted, un rituel performatif sous forme de solo incantatoire ; au collectif lyonnais Loge 22 (à l'origine de l'événement performatif Spider) le trio Rumeur, déclinant l'idée de métamorphose chère à Ovide ; et à l'Australien Adam Linder le duo Vexed Vista, entremêlant voix, danse et décor lunaire et abstrait signé du plasticien Shahryar Nashat. Autant de créations qui seront précédées d'un court concert des étudiants du CNSMD, préambule à un programme dédié à l'Auditorium le 1er février.

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Les moments forts de la saison danse 2013/2014

SCENES | Un Toboggan dont on ne connaît pas encore la programmation, un Ballet de l'Opéra qui reprend un génial mais énième opus de William Forsythe, une Maison de la Danse qui ouvre sa saison avec Benjamin Millepied... Le début de l'année chorégraphique n'est pas des plus fous. Les choses devraient toutefois s'arranger par la suite. La preuve en dix rendez-vous. Jean-Emmanuel Denave et Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 10 septembre 2013

Les moments forts de la saison danse 2013/2014

Limb's Theorem Créé en 1990, transmis au Ballet de l'Opéra en 2005, «le théorème des limbes» (limb pouvant aussi désigner le bord ou le membre, polysémie dont joue le chorégraphe) est l'une des pièces phares du grand William Forsythe. Inspiré par l'architecte Daniel Libeskind et les écrits du philosophe Wittgenstein, il y plonge ses interprètes dans des jeux de pénombre et de clair-obscur parmi un dispositif spatial et "machinique" complexe et parfois infernal. Le tout baigné de la bande sonore de son complice Thom Willems, oscillant entre musique et drones assourdissants. Une pièce aussi folle que réglée au cordeau, qui se tisse d'oppositions entre l'humain et la technique, la forme et le chaos, la danse et l'enfer mécanique.A l'Opéra, du 13 au 19 septembre  

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Dissoudre les certitudes

SCENES | La formule d’Aire de jeu est aussi simple que sympathique : un compositeur invité et quatre chorégraphes créant sur l’une de ses pièces, avec une musique jouée (...)

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 27 janvier 2013

Dissoudre les certitudes

La formule d’Aire de jeu est aussi simple que sympathique : un compositeur invité et quatre chorégraphes créant sur l’une de ses pièces, avec une musique jouée sur le plateau. Après David Lang en 2012, c’est sa compatriote américaine Julia Wofe qui est conviée pour cette deuxième édition du festival. Deux compositeurs très proches puisqu’ils ont cofondé avec Michael Gordon le collectif new-yorkais de musique contemporaine Bang on the Can. S’inscrivant dans le courant de la musique minimaliste ou répétitive (Philip Glass au premier chef), Julia Wolfe donne corps et chaleur à ses compositions en puisant aussi dans l’énergie rock. Une énergie qui a inspiré Maud Le Pladec (déjà présente pour Aire de Jeu 2012) qui lancera six danseurs sur Dark Full Ride, morceau pour quatre percussionnistes, avec «l’envie de travailler sur la démocratie, pas la démocratie réduite à son cadre politique. La démocratie "insurgente" qui œuvre pour la dissolution des certitudes». Autre femme forte invitée : l’artiste portugaise touche-à-tout Tânia Carvalho qui s’emparera d’une pièce pour cornemuse de Julia Wolfe, avec trois danseurs et «des intensités du corps, des rythmes, des pause

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