À l'école de Molière

Théâtre | La promo du Conservatoire de Lyon s'empare cette semaine de quatre Molière en tirant leurs rôles au sort. Qu'est-ce que ce théâtre fleuve ?

Nadja Pobel | Mardi 25 avril 2017

Photo : © Pierre Grosbois


Molière, oui, mais « de Vitez ». Entendez par-là les versions du metteur en scène, acteur et pédagogue Antoine Vitez, montées en 1978 et 79 avec les élèves du Conservatoire national de Paris. Gwenael Morin a repris ce modèle : des comédiens, juste des comédiens ; ceux du Conservatoire régional de Lyon. Cette aventure-là débute en 2013. Et voici qu'après trois ans de jeu, et notamment parce que leur passage unanimement salué aux Amandiers-Nanterre en janvier 2016, a entraîné des sollicitations pour poursuivre l'aventure, ce groupe cède sa place aux nouveaux diplômés sortis il y a moins d'un an de cette formation.

C'est avant tout une histoire de passation, dont Gwenael Morin est resté éloigné, laissant à Philippe Mangenot le soin de piloter la suite. En juin dernier, alors qu'ils valident leur diplôme d'études théâtrales, les douze étudiants reçoivent cette proposition de continuer à travailler ensemble et les rôles de Tartuffe, Dom Juan, Le Misanthrope et L'École des femmes leur sont attribués par tirage au sort. Les genres s'effacent derrière la puissance du texte. Voilà pour le postulat de départ.

Deux et deux sont quatre

Marine Behar, qui figure au générique, se souvient de ce moment comme étant « stressant » mais, rapidement, elle dit s'être rendu compte que « les gros rôles (ndlr: elle est Arnolphe dans L'École des femmes) sont aussi importants que les petits (ndlr: elle joue également Don Carlos dans Dom Juan ou Arsinoé dans Le Misanthrope). Arnolphe c'est une traversée, il est tout le temps sur le plateau mais lorsque je joue deux scènes, tout doit être très précis, car ces personnages sont indispensables à l'équilibre du texte. Et c'est compliqué d'attendre deux actes en coulisses, jouer et repartir. » Les comédiens jouant ses rôles lui ont transmis leur travail au cours de plusieurs sessions organisées tout au long de leur tournée, où Marine les a regardé répéter et jouer ; parfois elle les a suivi à la trace comme une doublure pour mieux s'imprégner de leur jeu.

« C'est assez formateur : il faut essayer de refaire comme l'autre et, en même temps, se l'approprier. » Et reconstituer toutes les pièces du puzzle que chacun porte en fonction de sa tâche. Reste à voir comment cette jeune troupe trouve une hétérogénéité dans ce mille feuille théâtral, dont les fondements ont maintenant 40 ans, quand cette jeune et douée génération était bien loin de voir le jour.

Les Molière de Vitez
Au théâtre du Point du Jour jusqu'au 29 avril
(mercredi 26 : Tartuffe - jeudi 27 : Dom Juan - vendredi 28 : Le Misanthrope - samedi 29 : intégrale)


Les Molière de Vitez

Par la troupe du Théâtre permanent de Gwenael Morin • mar à 20h : "L’École des femmes" • mer à 20h : "Tartuffe" • jeu à 20h : "Dom Juan" • ven à 20h : "Le Misanthrope" • sam à 14h : Intégrale des quatre pièces
Théâtre du Point du Jour 7 rue des Aqueducs Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Les mutations de Gwendoline Soublin

Théâtre | Deux spectacles jumeaux et un compagnonnage solide s’annoncent à l’ENSATT où les Clochards Célestes programment les textes de Gwendoline Soublin mis en scène par Philippe Mangenot. Où il est question de la rudesse de la ruralité et d’abandon.

Nadja Pobel | Mardi 10 décembre 2019

Les mutations de Gwendoline Soublin

La folie rôde toujours au détour des phrases de Gwendoline Soublin. Née en 1987, formée notamment à l’ENSATT (département écrivain), la trentenaire creuse la façon dont se débattent ses contemporains avec les contraintes d’une société marchande et déshumanisée. Ses personnages extrapolent, s’inventent des fictions, délirent parfois dans le sens le plus salutaire qui soit. On dit que Josepha, présenté au festival En acte(s) en 2018 dans son plus simple appareil (des tréteaux, et une semaine de travail) mène sur un parking du très bien nommé Babylone-sur-Isette qui dit l’ancrage territorial et les rêves d’ailleurs. Une jeunesse désœuvrée s’amuse à jouer aux durs pour passer le temps sur le thème « on dit que… » jusqu’à évoquer une vieille dame, Josepha, et ses intentions étranges. Trouble. D’autant que des coccinelles ont envahi les lieux. Dans Pig Boy, l’autrice se remémore son grand-père agriculteur breton, les suicides quotidiens de cette profession et la crise du cochon. Elle invente la suite avec brio, façon

Continuer à lire

Le retour d'En acte(s)

Théâtre | Revenir à l'essence du texte sans non plus céder à la lecture. Fixer des règles : un écrit original pour cinq acteurs maximum, une heure de jeu, huit (...)

Nadja Pobel | Mercredi 19 septembre 2018

Le retour d'En acte(s)

Revenir à l'essence du texte sans non plus céder à la lecture. Fixer des règles : un écrit original pour cinq acteurs maximum, une heure de jeu, huit jours de répétition, pas d'effets techniques ou à peine. Voilà En acte(s), né au Lavoir en octobre 2014, à l'initiative du comédien Maxime Mansion, et qui depuis s'est développé sur des périodes plus au moins longues aux Clochards Célestes, au TNP. Deux propositions reviennent au Théâtre de l'Élysée du 20 au 22 septembre : d'une part Irrépressible de Kevin Keiss mise en scène par Baptiste Guiton. De l'autre, On dit que Josepha de Gwendoline Soublin, issue de l'ENSATT, porté à la scène sur des tréteaux reconstitués à L'Élysée par Philippe Mangenot (à l'origine d'une belle variation sur Tchekhov, Regardez la neige qui tombe). Ici, il s'empare de l'ennui d'adolescents qui traînent sur des parkings et imaginent la vie de leurs voisins, dont une certaine Josepha, se jouant ainsi du réel. Doux, tendre et amer.

Continuer à lire

Villefranche, 5C, Point du Jour : leurs têtes tournent

Changements | Des directrices arrivent, le Point du Jour est prêt pour sa transition. Détails.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

Villefranche, 5C, Point du Jour : leurs têtes tournent

Point du Jour en suspension Gwenaël Morin a rendu les clés le 15 août du Théâtre du Point du Jour, cinq ans et demi après son arrivée. Son théâtre permanent aura été une expérience en décalage complet avec la profusion et le zapping pratiqués ailleurs mais a touché ses limites. En dépit des invitations faites au Collectif X, Philippe Quesne, Nathalie Béasse et Yves-Noël Genod, ce lieu a perdu une partie de son public et n'accueillait pas d'autres artistes que ceux cités. Cette saison, les Célestins y programment huit des neuf spectacles initialement destinés à la Célestine, inondée lors des crues de décembre dernier (une navette par car est mise à disposition des spectateurs chaque jour de représentation). Début janvier, une équipe artistique sera en place pour qu'une nouvelle saison émerge à la rentrée 2019. Parmi les candidats, figure Julien Poncet (Comédie Odéon) associé à Emmanuel Meirieu.

Continuer à lire

Philippe Mangenot : « tout le monde est à Avignon ! »

Festival d'Avignon | 1538 spectacles, 133 lieux, 440 pages de programme. Le Off d'Avignon (du 6 au 29 juillet) bat tous les records. Faut-il se jeter dans la jungle ? Pour quelles retombées ? Dialogue avec le Lyonnais Philippe Mangenot, qui dirige la compagnie Théâtres de l’Entre-Deux.

Nadja Pobel | Mercredi 11 juillet 2018

Philippe Mangenot : « tout le monde est à Avignon ! »

Vous étiez déjà venu avec Hamlet 60 en 2013 et c'est la seconde année consécutive que vous présentez Regardez la neige qui tombe. Qu'est-ce qui vous pousse à revenir ? Philippe Mangenot : J'étais venu pour la première fois avec un spectacle de Camille Germser - déjà au Petit Louvre - que j’administrais et produisais. C'est riche de ces aventures que je reviens : c'est très chouette en terme de public, de diffusion, de presse. Peut-être parce que je suis tout le temps dans le même théâtre et que l’accueil, la relation avec le public, sont bien. Bien sûr, ça coûte de l'argent mais il y a une dimension humaine et c'est pour ça que je ne change pas de lieu. Une fidélité avec le public se crée. Quand vous venez pour la première fois avec Hamlet 60, vous vous dites que pour que le spectacle vi

Continuer à lire

Gwenael Morin, point final

SCENES | Le metteur en scène Gwenael Morin quittera la direction du Théâtre du Point du Jour le 15 août 2018. Le Landerneau théâtral ne bruisse que de cela et les (...)

Nadja Pobel | Mardi 3 avril 2018

Gwenael Morin, point final

Le metteur en scène Gwenael Morin quittera la direction du Théâtre du Point du Jour le 15 août 2018. Le Landerneau théâtral ne bruisse que de cela et les candidatures vont bon train pour cette salle à la taille intermédiaire rare (200 à 350 places selon configurations). D’ici là, Philippe Quesne revient du 17 au 21 avril avec La Mélancolie des dragons, étrange spectacle punk sous la neige et Morin et son théâtre permanent joueront Œdipe à Colonne du 26 juin au 7 juillet à la suite d'une Nuit des Tragédies de Juillet le 21 juin.

Continuer à lire

Pas de bataille pour Hernani

Théâtre | On croit connaître la recette du théâtre permanent jusqu’à plus soif. Avec Hernani, on en redécouvre le (bon) goût. Gwenaël Morin pousse toujours plus loin l’ascèse mais y trouve une âme.

Nadja Pobel | Mardi 5 décembre 2017

Pas de bataille pour Hernani

C’est au départ une contrainte et c’est in fine une grande liberté. De quoi s’agit-il ? De ces codes du théâtre et des rituels qui pavent la démarche même de s’y rendre. Sans réservation et sans paiement, il est tentant d’y renoncer même au tout dernier moment. Dénudée de ses fauteuils (!), la salle se présente simplement avec ses marches moquettées sur lesquelles le public est invité à se poser avec quelques gros coussins mis à disposition. Aride, déconcertant : la mise en condition est perturbante, limite agaçante. Comme d’habitude, la lumière plein feu embarque spectateurs et acteurs dans un même espace. Rien n’empêche donc de consulter éventuellement son portable ou de lire le déroulé de la pièce – à disposition à l’entrée - comme la plupart des vingt personnes présentes ce soir-là. Cette absence d’impératifs est peut-être bien la meilleure façon de se laisser happer et d’être concerné. « Je me nomme Hernani (…) c’est un nom de banni » En face, la troupe est de haut niveau et les rôles distribués, sans que le critère du genre n’entre en compte, sont magnifiquement portés par notamment un quatuor de fidèles, dont Barba

Continuer à lire

Andromaque à la racine

Point du Jour | Gratuite, indéfinie dans le temps, Andromaque est au Point du Jour sans fard et renverse les codes ; à commencer par la façon d'effectuer une sortie théâtrale.

Nadja Pobel | Mardi 24 janvier 2017

Andromaque à la racine

C'est une antienne bien connue que Gwenaël Morin développe depuis des années (et depuis 2013 au Point du Jour) : faire un théâtre permanent et considérer l’œuvre théâtrale comme un bien public qu'il faudrait offrir aux spectateurs, encore et encore, puisque personne n'aura jamais assez d'une vie pour explorer la richesse des écrits de nos anciens. Cette humilité assortie d'un sens de l'économie radicale tranche avec ses congénères : pas de droit d'auteurs pour ces œuvres tombées dans le domaine public et pas de billetterie payante par retour d’ascenseur. Sophocle, Molière, Shakespeare... le metteur en scène a su explorer ses classiques dans son théâtre que, volontairement, il ne transforme pas en bar (à peine une salle d'attente blanche avant d'accéder à la salle) et souvent dans des lieux insolites : reconnaissons-lui le mérite d'avoir emmené le théâtre où il n'est pas, comme des quartiers excentrés du 5e arrondissement cet été dans le cadre des

Continuer à lire

Anna Petrovna, Macha, Anton et les autres

Théâtre des Clochards Célestes | Il est des surprises qui dans l'atonie théâtrale automnale ravissent. Regardez la neige qui tombe... est de celles-là. Le comédien et metteur en scène (...)

Nadja Pobel | Mardi 13 décembre 2016

Anna Petrovna, Macha, Anton et les autres

Il est des surprises qui dans l'atonie théâtrale automnale ravissent. Regardez la neige qui tombe... est de celles-là. Le comédien et metteur en scène Philippe Mangenot nous avait déjà cueilli avec sa version de Chaise de Bond ou Hamlet. Courtes, percutantes et sans fioritures : ses créations se font au scalpel, sans être brutales pour autant. Elles sont justes. Il poursuit son compagnonnage avec André Markowicz, traducteur de Shakespeare et aussi de toute (ou presque) l’œuvre de Tchekhov avec Françoise Morvan. Mangenot, en une heure à peine, raconte la vie brève de Tchekhov (mort à 44 ans), ses amours, ses études de médecine, son engagement auprès des bagnards de Sakhaline, son prix Pouchkine tout juste obtenu. Et ses écrits, magistraux, résonnent avec Platonov, L'Ours, La Mouette ou Oncle Vania. L'immense force de ce travail est de détruire immédiatement le quatrième mur sans le brandir en étendard. Le spectacle ne prend pas le te

Continuer à lire

La langue de Sophocle portée par Gwenaël Morin

Nuits de Fourvière | « Pas de décor, pas de costume, c'était une putain d'idée » ironisait en 2002 Vincent Delerm à propos du festival d'Avignon. Gwenaël Morin applique ce principe à la lettre pour que les grands auteurs soient entendus. Sophocle sera dans les recoins du 5e arrondissement. Et c'est gratuit !

Nadja Pobel | Mardi 28 juin 2016

La langue de Sophocle portée par Gwenaël Morin

Des Shakespeare, des Molière, Musset, Racine, un jour peut-être les Tchekhov : Gwenaël Morin s'attelle à monter les auteurs majeurs depuis plus de dix ans. Non par mépris envers les vivants mais ces chefs d’œuvres sont si grands que c'est presque un devoir pour lui de les porter à connaissance. Encore et toujours. Comme un acte de service public qui justifierait que le théâtre du Point du Jour qu'il dirige depuis 2013 ne soit occupé que par sa compagnie, à l’exception des invitations faites à Yves-Noël Genod ou le collectif X, afin d'y poursuivre son théâtre permanent (jeu tous les soirs, répétitions tous les jours quand le rythme habituel est beaucoup plus séquencé). Pour ces Sophocle, il procède comme pour les Molière qui ont notamment connu un mois de plein succès tant critique que public aux Amandiers de Nanterre cet hiver : les rôles sont tirés au sort. Peu importe le genre des personnages

Continuer à lire

Magali Bonat se confronte à la brûlante actualité

Théâtre | « Ce matin ô mon noyé mort / ô mon échoué sur la plage / Un homme nu à l’exception / De ton unique chaussette rouge / Restée à ton pied droit quand l’autre / Reste (...)

Nadja Pobel | Mardi 26 avril 2016

Magali Bonat se confronte à la brûlante actualité

« Ce matin ô mon noyé mort / ô mon échoué sur la plage / Un homme nu à l’exception / De ton unique chaussette rouge / Restée à ton pied droit quand l’autre / Reste crispée dans ton poing gauche » écrit Lancelot Hamelin, retraçant le parcours d'un migrant. Parce qu'un jour nos enfants nous accuseront de ne pas avoir regardé ce qui se tramait sur notre territoire, parce que le théâtre mourra s'il se cantonne aux salles fermées et dorées, Magali Bonat, comédienne et professeur au Conservatoire d'art dramatique de Lyon a choisi de monter Vraiment un homme à Sangatte, écrit en 2010 et d'une actualité toujours aussi brûlante. À l'initiative du festival Sens Interdits cet automne, les élèves en dernière année de cycle professionnel en ont donné une version oratorio (récitée, mise en espace et en musique) qu'ils vont reprendre en cette fin avril au CHRD et à la Croix-Rousse. Entre temps, ils auront joué à Calais dans cette — si cruellement nommée — jungle et dans le camp qui ne cesse de croître depuis que celui de Calais a été démantelé pour moitié : Grande Synthe. Par l'entremise de la fondation Abbé Pierre et d'Emmaüs, Magali Bonat a pu

Continuer à lire

Yves-Noël Genod, de permanence au Point du Jour

SCENES | C’est un pari et un appel à la curiosité : «Venez nous voir !». Oui mais voir quoi ? Du théâtre permanent. Depuis le 1er janvier 2013 (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Yves-Noël Genod, de permanence au Point du Jour

C’est un pari et un appel à la curiosité : «Venez nous voir !». Oui mais voir quoi ? Du théâtre permanent. Depuis le 1er janvier 2013 (et jusqu’à fin décembre 2016 a minima), Gwenaël Morin poursuit cette expérience largement développée à Aubervilliers qui, si elle est incompatible avec bons nombres de compagnies, a le mérite d'inventer un théâtre du quotidien, tout en proposant une autre forme d’accueil du public : sans réservation et à 5€ la place. Lui-même l'a pratiqué avec Molière, Tchekhov ou Shakespeare, avant de convier le Collectif X pour quatre journées du Soulier de satin sur quatre mois. Hardcore. Cet automne, c’est le comédien et metteur en scène Yves-Noël Genod qui, une semaine sur deux, va dérouler huit épisodes d’un même mouvement théâtral. Son contenu ? Lui-même ne le connait pas vraiment, si ce n’est que Baudelaire et des dramaturges passeront par là, souvent dits dans le noir par dix à trente comédiens qui travailleront dans l’urgence. Car ce qu’aime Yves-Noël Genod, c’est «ouvrir la perception du public», rappelant qu’étymologiquement, le théâtr

Continuer à lire

Le Conservatoire, tanière de la Meute

SCENES | Si La Meute existe, c'est grâce au Conservatoire régional de Lyon, où les membres du collectif se sont trouvés. Le responsable et initiateur de cette formation, Philippe Sire, revient pour nous sur ce projet pédagogique peu commun.

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

Le Conservatoire, tanière de la Meute

Auréolée de son prix du public au festival du théâtre émergent Impatience en 2014, voici donc La Meute lâchée sous les lambris dorés des Célestins (qui, nous murmure-t-on, n’en sont qu’au début de leur histoire avec elle). Avant cela elle a, à l'instar du collectif Bis – aujourd’hui intégré au théâtre permanent de Gwenael Morin – ou des comédiens Thomas Rortais, Antoine Besson et Charly Marty, fait ses armes au Conservatoire "à rayonnement régional" de Lyon selon un parcours bien particulier : le cycle d’orientation professionnelle. Situé à mi-chemin entre la pratique amateur et l’enseignement supérieur, ce COP a été initié il y a neuf ans par Philippe Sire après qu'il ait fait le constat que l’agglomération lyonnaise, et à plus forte raison la région Rhône-Alpes, recelait un fort potentiel de jeunes désireux de se former afin d’intégrer des écoles telles que l’ENSATT ou la Comédie de Saint-Étienne. Surtout, Philippe Sire a imaginé un projet pédagogique suffisamment complet pour que les élèves échouant à ces concours puissent devenir professionnels malgré tout, accordant une place importante à la dramaturgie et au fait de savoir «pourquoi on fait du théâtre, à que

Continuer à lire

Les élèves du Conservatoire font le printemps

SCENES | Pour connaitre le travail du collectif Bis, de La Meute (n'oubliez pas de réserver pour Belgrade du 9 au 13 juin aux Célestins !) ou de Laurent (...)

Nadja Pobel | Mardi 5 mai 2015

Les élèves du Conservatoire font le printemps

Pour connaitre le travail du collectif Bis, de La Meute (n'oubliez pas de réserver pour Belgrade du 9 au 13 juin aux Célestins !) ou de Laurent Brethome, il est certain que le Conservatoire régional de Lyon est une référence en matière théâtrale. Ses élèves produisent parfois, en quelques semaines, des pièces qui valent bien plus que leur estampillage "spectacle de fin d’année", comme ce fut le cas il y a un an avec un Massacre à Paris de haut vol par les élèves du cycle d’orientation professionnelle spécialisée. Du 11 au 22 mai, c’est sous la bannière d’Éclosion[s] que certains d'entre eux interprèteront neuf spectacles, certains d'un format court, au Théâtre des Marronniers, à l’Élysée et au TNG. Preuve s’il en fallait de la vitalité de cette formation, la plupart des auteurs montés sont encore vivants comme Philippe Minyana, Koffi Kwahulé, Marius Von Mayenburg, Lars Noren ou Mark Ravenhill. Pour l’heure, tout est encore en gestation, mais parions que de ces tentatives émergeront des gestes en prise avec le réel et qui

Continuer à lire

Le point sur Morin

SCENES | Gwenaël Morin, à la tête depuis le 1er janvier du Théâtre du Point du Jour, est un homme de théâtre atypique : il se propose de créer quotidiennement, avec ses acteurs et des anonymes, les grands classiques du répertoire dans un théâtre dit «permanent». Rencontre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 6 septembre 2013

Le point sur Morin

Vous avez déclaré il ya longtemps que le théâtre ne sert à rien, ne rend service à personne et n’est même pas à la mode. Pourquoi en avoir fait votre vie ?Gwenaël Morin : C’est vrai que ça ne sert rien, que ce ne soit pas à la mode est moins vrai. Il y a des espèces de phases où la branchitude s’épuise des biennales d’art contemporain et se ré-intéresse au spectacle vivant jusqu’à la prochaine décennie. Il y a des flux. Je voulais dire qu’un artiste est illégitime donc ne peut être à la mode, utile ou intéresser les gens a priori. Deleuze dit que l’artiste crée pour un peuple à venir, un peuple du futur, un peuple qui n’existe pas. C’est comme si l’artiste mettait au jour des évidences qui le deviendront a posteriori et si elles ne le deviennent pas, c’est que son œuvre aura d’une certaine manière échoué. C’est une espèce d’appel des contraires. En 2003, vous jouiez déjà au Point du Jour avec un spectacle – Mademoiselle Julie - à la scénographie dépouillée. Qu’est-ce qui vous pousse vers cette esthétique ?Le dépouillement n’e

Continuer à lire

Les Nuits de Thèbes

SCENES | Au commencement âpre et foutraque, l'"Antigone" de Gwenaël Morin se révèle au fil du jeu captivante et juste, dans un décor naturel à couper le souffle : les ruines romaines surplombant l’amphithéâtre de Fourvière. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 6 juin 2013

Les Nuits de Thèbes

On a beau connaître la recette de Gwenaël Morin, elle déroute encore. «Pas de décor, pas de costume, c’était une putain d’idée», comme le chantait ironiquement Vincent Delerm. Dans son Antigone (d'après Sophocle), les costumes sont des vêtements basiques (nuisette, jupe) ; les quelques accessoires sont comme d’habitude composés de carton et de gros scotch ; les hommes sont joués par des femmes et vice-versa. Bref, la "patte Morin" est immédiatement reconaissable, y compris dans le choix du texte, un gros morceau du répertoire - Gwenaël Morin a pris l’habitude, hormis quatre Fassbinder récemment, de monter des chefs d’œuvres (Philoctète, Tartuffe, Lorenzaccio…) en lesquels il a, dit-il, «une confiance aveugle». Pari payant : avec la traduction simple et néanmoins très contemporaine (2004) d’Irène Bonnaud et Malika Hammou, le metteur en scène va à l’essentiel, une histoire familiale qui dégénère et se mêle à celle de la Cité. Antigone, gone (de Lyon) Antigone veut enterrer son frère Polynice auquel Créon, chef de la Cité et

Continuer à lire

Gwenaël Morin au Point du jour

SCENES | Gwenael Morin deviendra le 1er janvier 2013 le nouveau directeur du Théâtre du Point du Jour (Lyon 5). Le metteur en scène assurait déjà une sorte d’intérim à (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 30 novembre 2012

Gwenaël Morin au Point du jour

Gwenael Morin deviendra le 1er janvier 2013 le nouveau directeur du Théâtre du Point du Jour (Lyon 5). Le metteur en scène assurait déjà une sorte d’intérim à ce poste depuis le départ volontaire de Michel Raskine et André Guittier, il y a un an. Son souhait : faire de ce lieu un «théâtre permanent», comme il l'a déjà fait à Aubervilliers, animé par une troupe d’acteurs engagés et un public participatif, soit un théâtre ouvert à tous et pas seulement aux heures de spectacle. Depuis septembre, Gwenael Morin revisite le répertoire de Fassbinder selon un mode de répétitions ouvertes (du 1er au 9 de chaque mois) suivi d’une représentation le 10. Ce lundi à 20h, Village en flamme clôturera cette série d’«antithéâtre», ainsi qu'il la nomme. Nadja Pobel

Continuer à lire

Gwenaël Morin nouveau directeur du théâtre du Point du jour

SCENES | Le metteur en scène Gwenael Morin a été sélectionné pour la direction du Théâtre du Point du Jour à Lyon. La prise de fonction de la nouvelle équipe prendra effet (...)

Christophe Chabert | Mercredi 28 novembre 2012

Gwenaël Morin nouveau directeur du théâtre du Point du jour

Le metteur en scène Gwenael Morin a été sélectionné pour la direction du Théâtre du Point du Jour à Lyon. La prise de fonction de la nouvelle équipe prendra effet au 1er janvier 2013. La commission chargée des auditions, représentant les différents partenaires (Ville de Lyon, Région Rhône-Alpes, Conseil général du Rhône et Ministère de la culture -DRAC Rhône Alpes), a reçu vingt candidatures. Neuf équipes ont été auditionnées début novembre. Gwenaël Morin souhaite faire du Théâtre du Point du Jour un «théâtre permanent», comme il l'a déjà fait à Aubervilliers, animé par une troupe d’acteurs engagés.  Des rendez-vous avec le public seront programmés au premier semestre 2013 avant le lancement de la saison du « Théâtre permanent » le 1er septembre 2013. Du 1er au 10 décembre à 20h, Gwenael Morin propose des répétitions ouvertes de "Village en flamme", quatrième volet d'Antiteatre (40 jours de traversée de quatre pièces majeures du répertoire de Rainer Werner Fassbinder).

Continuer à lire

Miroir, mon beau miroir !

SCENES | Avant que l’épilogue ne soit énoncé, la blanche Ophélie, inanimée, se reflète dans un miroir incliné et tremblant. L’eau semble la recouvrir doucement. Elle apparaît (...)

Nadja Pobel | Vendredi 9 mars 2012

Miroir, mon beau miroir !

Avant que l’épilogue ne soit énoncé, la blanche Ophélie, inanimée, se reflète dans un miroir incliné et tremblant. L’eau semble la recouvrir doucement. Elle apparaît enfin paisible. Cette scène est simple, sans fioriture et déchirante. Quand il travaillait dans un cabinet de notaire, William Shakespeare aurait participé à une enquête afin d’élucider comment une jeune fille était morte, par accident ou par suicide. Elle s’appelait Katherine Hamlet nous dit le narrateur. Belle anecdote qui boucle la boucle de ce spectacle à la fois construit et déconstruit comme un jeu de lego. Le metteur en scène et acteur Philippe Mangenot voulait, depuis sa rencontre en 2006 avec l’intournable traducteur André Markowicz, faire entendre la langue du dramaturge anglais en en donnant «une lecture linéaire et systémique». Pour la linéarité, tout le récit est balayé dans le premier quart d’heure : le roi du Danemark est mort, son frère a pris sa place sur le trône et épousé sa veuve mais Hamlet, fils du défunt, et amoureux de la belle Ophélie, cherche à se débarrasser de son oncle assassin. Mille fois ressassée, cette histoire est toujours une source inépuisable de mises en scène (à commenc

Continuer à lire

A capela

SCENES | Depuis 1998, les mises en scène de Gwenaël Morin (né en 1969) n'ont guère changé : absence de décors, d'effets spectaculaires et de costumes, pour un (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 20 janvier 2012

A capela

Depuis 1998, les mises en scène de Gwenaël Morin (né en 1969) n'ont guère changé : absence de décors, d'effets spectaculaires et de costumes, pour un investissement total de la présence et de la parole de l'acteur. Il adapte au Point du Jour un texte de jeunesse de Peter Handke, Introspection, écrit en 1966 et qui recèle bien des idées qui éclateront au grand jour en... mai 1968. Ce monologue pour deux personnages est ici interprété par un chœur (antique et contemporain) de sept acteurs, la plupart du temps simplement en ligne face au public. Il y est question de l’histoire d'un être humain, de sa naissance à aujourd'hui, en passant par toutes les étapes de sa vie, ses déboires, ses espoirs et ses transgressions. Le texte est acide, drôle, répétitif, vindicatif, poétique, musical : le chœur se fait d'ailleurs aussi souvent chorale (des moments chantés et surtout des moments rythmiques où le texte est scandé). Et l'on retient de cette stimulante mise en scène la mise en collectif du singulier, en multiplicité de l'individuel. Un «Je» parle ou chante en chœur : façon à la fois de s'aliéner aux autres (le règlement) ou de pouvoir lutter, se révolter, résister en s

Continuer à lire