Berlinale 2014, jours 7 et 8. Regarde les enfants grandir.

ECRANS | Boyhood de Richard Linklater. La Belle et la Bête de Christophe Gans. Macondo de Sudabeh Mortezai. La Deuxième partie de Corneliu Porumboiu.

Christophe Chabert | Samedi 15 février 2014

Photo : "Boyhood" de Richard Linklater


La Berlinale touche à sa fin, et c'est peu de dire que le marathon fut intense — 32 films vus en huit jours ! Intense et paradoxal, car on y a vu des choses tout à fait extraordinaires, dans des conditions souvent exceptionnelles — les équipements cinématographiques berlinois sont impressionnants, et cette édition fut marquée par la réouverture du mythique Zoo Palast, entièrement rénové et d'un luxe à tomber par terre, avec ses sièges inclinables et sa moquette de dix centimètres d'épaisseur ! Le truc, c'est que ces films-là sont sans doute ceux qui auront le plus de mal à se frayer un chemin dans les salles françaises, tant ils sont par nature des objets radicaux et, disons-le, invendables. On en donnera un exemple à la fin de ce billet, mais c'est surtout au Forum, il est vrai dédié aux formes nouvelles et expérimentales, que l'on a trouvé ces objets passionnants.

La compétition, elle, était médiocre. Le meilleur film, c'était d'évidence le Grand Budapest hotel de Wes Anderson, et on verra samedi soir si le jury emmené par le producteur, scénariste et bras droit de Ang Lee James Schamus nie ladite évidence et préfère, comme c'est hélas souvent le cas, se démarquer en primant une œuvre plus difficile et un cinéaste moins consacré. Sinon, à part Resnais, le formidable '71, l'étonnant Black coal, thin ice et, si on est très très large, In order of disappearance, le reste n'était pas inoubliable — quelques derniers exemples à suivre ici.

La Vie de Mason, chapitres 1 à 10

C'est du moins ce qu'on se disait jusqu'à la projection de Boyhood de Richard Linklater qui, s'il n'a pas fait l'unanimité, a soulevé chez ses supporters un enthousiasme qu'on n'a pas souvent senti au cours de la compétition. Le projet est en soi exceptionnel : Linklater l'a tourné pendant dix ans, comme une suite de courts-métrages, le temps de voir réellement grandir son personnage principal, Mason, que l'on découvre à l'âge de 8 ans, gamin ordinaire d'Austin vivant avec sa mère (Patricia Arquette) et sa sœur (Lorelei Linklater, la propre fille du réalisateur). On l'accompagnera jusqu'à son entrée à l'université, et on vivra ses premières amours, l'affirmation de sa personnalité, les complexes relations avec les nouveaux maris de sa mère et avec son père, rocker englué dans une post-adolescence qui choisit tardivement la voie de la norme et de l'embourgeoisement.

Le geste est très beau, le film l'est aussi, mais de manière assez complexe. Linklater ne choisit pas la carte de l'œuvre-somme avec ce que cela impliquerait d'ampleur ou de démesure. Au contraire, il reste fidèle à ce qui fait le charme de son cinéma, une certaine discrétion stylistique et un goût de l'observation sur la durée déjà à la base de la trilogie des «Before». Pourtant, Boyhood arrive à saisir quelque chose de tout à fait unique par sa construction romanesque, qui n'est pas sans rappeler celle de La Vie d'Adèle — ironiquement, comme pour le Kechiche à Cannes, la copie présentée à Berlin n'avait pas de générique de fin. Le film bondit de périodes en périodes par des ellipses jamais soulignées par un quelconque effet — carton ou fondu au noir — et oblige le spectateur à faire seul le point sur le passage du temps, l'avancée du personnage et ses métamorphoses physiques : une coupe de cheveux, un profil qui s'affine, des traits qui s'affirment, et voilà que Mason devient sous nos yeux un adolescent, d'abord taciturne puis lumineux. Le pari de Boyhood résidait ici : de l'enfant, choisi pour son naturel et sa spontanéité, doit surgir un comédien mûr et capable de porter le récit. Pari gagné : Ellar Coltrane est une révélation, absolument formidable à tous les âges et vraiment magnifié lors de la conclusion, bouleversante et suspendue, comme si le film appelait une suite…

La vie de Mason pourrait se résumer, idée formidable du scénario, à une suite de déménagements et d'emménagements. Chacun est un arrachement — à des amis et à des lieux familiers — et un nouveau départ. Que ces changements d'adresse soient liés à l'envie des adultes de se frayer un chemin dans des existences cabossées est l'autre clé de la poussée romanesque discrète de Boyhood. Ainsi, la mère de Mason tente-t-elle à la fois de s'accomplir professionnellement — en reprenant des études, puis en devenant professeur — et de se trouver intimement. L'échec de ses mariages — un mari alcoolique et abusif, l'autre hautain et dur avec ses enfants, entraîne la faillite de ses projets personnels, et c'est par la solitude et un grand coup de reset qu'elle parviendra à une forme d'émancipation.

Le père de Mason, lui, fait une trajectoire inverse. Au départ, c'est le paternel cool et sympa, une sorte de super grand frère rock'n'roll — un rôle parfait pour Ethan Hawke, dont l'acmé est la scène sublime de simplicité du camping en bord de lac — qu'il finit par abandonner pour se maquer avec une Texane pure souche, dont la famille redneck offre à Mason pour son anniversaire une bible et un fusil. Linklater s'offre un portrait en creux de ce morceau d'Amérique, le Texas, qu'il connaît par cœur, avec de l'ironie envers ses mœurs mais aussi une certaine tendresse pour ses habitants — cette bienveillance-là, qu'on pourra critiquer comme de la complaisance, est pourtant ce qui fait de Boyhood un film à l'humanisme jamais forcé.

Mason est aussi, par son retrait relatif face au monde, son côté page blanche qui s'écrit presque imperceptiblement au fil du récit, un autoportrait de Linklater-cinéaste. Malgré ses nombreux faits d'armes — de la création du festival South by southwest à son rôle de producteur ayant permis l'éclosion de la riche école d'Austin, en passant par les prémisses du cinéma mumblecore avec Slackers et Dazed and confused — il n'a jamais cherché à se mettre en avant, laissant ses honneurs à ceux qu'il a parrainés, préférant se poser en artisan curieux, capable de s'aventurer dans des genres très différents, tournant vite et beaucoup. Son héros lui ressemble, en tant qu'il porte une aventure cinématographique unique en son genre, tout en la traversant avec humilité et candeur.

L'ordinaire de l'ordinaire

Dans la compétition, on trouvait aussi un film minuscule, Macondo, tourné en Autriche par un cinéaste d'origine tchétchène, Sudabeh Mortezai. Encore une histoire d'enfance, mais plus proche de Jack, montré à Berlin le premier jour, que de Linklater. Le gamin du film, tchétchène comme le réalisateur, devient par la force des choses le chef de sa famille, le père ayant été, du moins c'est ce que la mère dit, tué en luttant contre les Russes. Enfant de son âge dans une Autriche à la tolérance limitée — un plan sur une vieille dans le métro suffit pour comprendre le racisme et les préjugés qui y règnent — il fait quelques conneries avec ses potes, mais assure quand même pour que la famille obtienne son titre de séjour. Il se lie d'amitié avec un voisin, immigré lui aussi, qui pourrait bien devenir son nouveau beau-père ; ce qui provoque un déchirement chez lui, entre jalousie intime et pragmatisme face aux desiderata de la loi autrichienne, plus prompte à accorder ses grâces à des familles «complètes» qu'à une mère veuve avec trois enfants.

Un sujet dardennien, encore, avec un scénario bien construit, mais qui finit par prendre le pas sur le geste de la mise en scène, très calibrée. Caméra à l'épaule et partis pris naturalistes : cette tautologie — filmage réaliste = réalisme du film — devient vraiment un signe d'académisme et, même si Macondo a des vertus, il ne surprend jamais, ni sur la forme, ni sur le fond.

La pas belle et le bébête

Un mot ensuite de La Belle et la Bête de Christophe Gans, sorti ce mercredi dans les salles et présenté hors compétition à Berlin. On devrait rédiger une vraie critique sur le film, en bonne et due forme mais : 1) sa nullité nous décourage ; 2) le film semble en passe de subir un gros revers commercial, ce qui n'étonnera que ceux qui pensent que le marketing peut transformer une daube en poule aux œufs d'or. Daubé, La Belle et la Bête l'est absolument, et il n'y a pas besoin de convoquer Cocteau, Disney ou même Juraj Herz — auteur d'une très belle version tchèque du conte — pour s'en rendre compte. Les dix premières minutes se suffisent à elles-mêmes : Gans ramène le récit à la dimension d'un conte pour faire dormir les petits, et son film à une fantaisie jeune public, dégageant toute forme d'ambiguïté — de la terreur à l'érotisme — pour ne garder qu'une trame de feuilleton populaire sur laquelle il déverse une mise en scène purement graphique et des personnages supposés rigolos — les deux sœurs insupportables, les bestioles qui rodent dans le château…

Question de goût, sans doute : tout cela nous a semblé d'une absolue laideur, la greffe entre les décors réels de Babelsberg et les effets spéciaux numériques se traduisant par un kouglof ni contemporain, ni vintage, juste pompier. Là où le goût, en revanche, ne rentre pas en ligne de compte, c'est sur la niaiserie hallucinante du dialogue, à mourir de rire du début à la fin, avec lequel les acteurs se débattent en pure perte — mention très spéciale au méchant balafré et à ses saillies involontairement drolatiques. Pourquoi Gans, élevé au cinéma de genre et aux auteurs du Nouvel Hollywood, a-t-il choisi d'infantiliser à ce point son matériau ? Visiblement, le cinéma jeune public ne le concerne pas du tout, et la version qu'il en livre relève du fantasme absolu — en gros, tout réduire à une indigente limonade de clichés lénifiants, un peu comme ces parents qui, lorsqu'ils parlent à leurs bambins, se sentent obligés de prendre leur voix la plus ridicule en faisant des grimaces. Embarrassant, c'est rien de le dire.

Embarrassante aussi, la manière dont, comme d'habitude, Gans étale ses références sur l'écran, sans jamais pouvoir les égaler. Dans La Belle et la Bête, il y a des bouts d'Avatar, des esprits et des créatures à la Miyazaki, des géants de pierre à la Guillermo Del Toro, des grands travellings aériens sur les décors majestueux comme dans Le Seigneur des anneaux… Sauf qu'il n'y a aucune grâce, aucune poésie, aucun souffle qui s'en dégage, juste une froide synthèse désincarnée et impersonnelle.

Pour couronner le tout, Gans laisse planer au-dessus du film un discours très rance qui trouve son aboutissement au dernier plan. La Belle et la Bête clame d'un bout à l'autre sa fierté d'être du cinéma populaire français et en Français, sous-entendant que cette tradition aurait été perdue quelque part dans les années 60. Au dernier plan, donc, un petit village avec clocher se distingue à l'arrière du chromo, comme dans une belle affiche de campagne de l'UMP période Sarkozy 2012 — «la France des clochers», qu'il disait… Primo : Christophe Gans n'est pas Raymond Bernard ou Louis Feuillade, les seuls réalisateurs français à avoir su créer un spectacle qui populaire, qui feuilletonesque, dont ils étaient à la fois les patrons consciencieux et les aventuriers fougueux ; c'est juste un cinéphage refaisant sa DVDthèque à coups de millions d'euro… Deuzio : de quoi je me mêle ? Depuis quand un metteur en scène doit-il devenir aussi une sorte de chevalier de l'industrie hexagonale, inscrivant à même son film son ambition économique et ses vertus national(ist)es ? Gans veut-il devenir le Zhang Yimou français ? Ou le Arnaud Montebourg du cinéma ? C'est on ne peut plus décevant de sa part, lui qui fut un de nos mentors critiques, mais dont la carrière de cinéaste n'a, avouons-le aujourd'hui, jamais provoqué autre chose chez nous qu'une complaisance gênée.

On refait le match

Pendant que Gans dépensait des dizaines de millions d'euro pour enfanter ce gros navet, Corneliu Porumboiu, dans son salon, confectionnait le film le plus cheap du monde. Celui-ci dit pourtant avec une absolue limpidité ce qu'est le cinéma, en le ramenant à son essence la plus pure : du spectacle (sur l'écran), de la pensée (dans la manière de le mettre en scène) et des spectateurs (pour le vivre). Ici, le lecteur nous taxe déjà de snobisme. On ne lui a pourtant pas encore dit ce qu'est La Deuxième partie… On y voit, plein cadre, les images tournées par la télévision roumaine d'un match de foot opposant en 1988 le Steaua au Dynamo de Bucarest. Match qui se déroule sous la neige et dont l'arbitre est le propre père de Porumboiu. Images datées, dégueulasses, inactuelles, pour un match dont l'enjeu est simple : le Steaua, équipe préférée de Ceaucescu, gagne tout, et le Dynamo est son éternel challenger, décidé à prendre sa revanche. Sur la bande-son, par contre, ce ne sont pas les commentaires de l'époque, mais ceux, aujourd'hui, de Corneliu Porumboiu et de son père, qui regardent à nouveau le match et tentent, sans se forcer, de démonter les rouages sportifs, politiques et historiques cachés derrière.

Sans se forcer : parfois, le téléphone sonne et le père répond. Parfois, il n'y a rien à dire, et cinq minutes durant, on ne fait que regarder le match lui-même en silence. Parfois, au contraire, les souvenirs remontent, et ces images se lestent alors d'un poids multiple : l'affrontement souterrain entre la police secrète roumaine et l'armée, chacune des équipes étant «soutenue» par l'un des deux camps, mais aussi les quelques joueurs qui ne sont plus de ce monde, ou encore une certaine nostalgie pour ce football offensif où, en effet, on ne lésinait pas sur l'engagement physique, malgré les conditions météo désastreuses… Surtout, Porumboiu père développe tout du long sa conception de l'arbitrage : il siffle peu les fautes et préfère laisser l'avantage, pour la fluidité du match. On ne peut s'empêcher de penser que le père et le fils partagent une idée commune : le cinéma, comme le football, c'est du spectacle et de la mise en scène, et il faut que le spectateur l'oublie pour qu'il puisse «entrer» dans le film comme dans le match.

En écho, d'ailleurs, Corneliu Poruboiu dit à un moment avec beaucoup d'autodérision : «Ce match ressemble à mes films. C'est long et il ne se passe rien…» Le père n'est pas tout à fait d'accord : «Le football, ce n'est pas de l'art, c'est un produit de consommation immédiate et périssable». Et de se demander d'ailleurs ce qu'il fait là, à regarder ce vieux machin mal filmé… Et nous, spectateurs ? Qu'est-ce que l'on fait devant ce film-là, qui repousse les limites du minimalisme ? Un ami croisé lors de la soirée du Forum quelques heures plus tard nous parlait d'ailleurs à son propos de «film de branleur»…

La réponse était dans la salle. Si certains partaient, si d'autres — dont mes deux voisins — roupillaient sans mauvaise conscience, une majorité semblait se prendre à ce drôle de jeu. Preuve, s'il en fallait une : à un moment, un joueur du Dynamo tente un retourné acrobatique — raté — face au but. On a senti un frisson parcourir l'assistance, entendu quelques ho ! et les applaudissements n'étaient pas très loin, comme si cette action se passait là, maintenant, dans le championnat roumain. Autrement dit : le spectacle fonctionnait encore, malgré le passage du temps et la distanciation induite par le dispositif. Et cela suffit à signer la réussite de Porumboiu : comme son père n'a jamais oublié cet instant unique qu'était le match, nous n'oublierons jamais l'instant unique de cette projection. «C'est un beau match» finissent par reconnaître, un peu étonnés eux-mêmes, le père et le fils. «C'est un beau film», reconnaissons-nous à notre tour, tout aussi étonnés.

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Définitivement incernable, la compétition berlinoise… Et pas terrible, soyons honnêtes. Deux films sont encore allés s’échouer dans le néant festivalier, comme si la série A de la Berlinale se plaisait à compiler, exemples à l’appui, tout ce que le cinéma actuel peut produire d’œuvres confites dans les académismes. La Tercera orilla, premier long argentin de Celina Murga, est ainsi un prototype de world cinema dont on cherche jusqu’au bout ce qui a pu motiver sa réalisatrice à entreprendre un tel projet, qu’on a déjà vu au minimum mille fois sur grand écran. Le passage de l’adolescence à l’âge adulte, les difficiles relations père / fils, une petite touche de critique sociale — petite, toute petite — et une mise en scène d’une sagesse absolue, où il s’agit avant tout de chercher la note juste, la bonne durée, la lumière belle mais pas trop, et de montrer que l’on sait raconter son histoire et diriger ses comédiens. Pas de souci à ce niveau-là, mais où est l’appétit ? Où est l’envie de bousculer la forme ? Où est le désir d’imposer un point de vue nouveau sur son sujet ? Nulle part, désespérément nulle part… Sundancerie Claudia

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Dernière ligne droite pour la Berlinale 2014, avec une journée de compétition particulièrement éprouvante. Les trois films présentés dans la course à l’Ours d’or représentaient chacun un écueil du "film pour festivals", et s’il reste quelques espoirs dans les jours à venir — avec le Linklater, le Claudia Llosa et les deux films chinois dont on ne sait à vrai dire pas grand chose — on voit mal comment Anderson, Resnais et la révélation ’71 pourrait manquer au palmarès final. La guerre, calme plat Commençons par Inbetween worlds, deuxième film de Feo Aladag après L’Étrangère, qui s’était frayé un chemin dans les salles françaises il y a quelques années. Ça va sans doute être plus dur pour celui-là, tant on y décèle ni personnalité forte derrière la caméra, ni traitement original de son sujet. On y voit un contingent de soldats allemands envoyé en Afghanistan pour sécuriser une zone que se disputent Talibans et villageois résistants. Le lieutenant chargé de l’opération, Jesper, fait appel à un traducteur, Tarik, lui-même pris "entre deux mondes", rêvant de quitter l’Afghanistan où on le prend pour un traître et où on men

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Berlinale 2014, jour 4. L’ombre de Terrence.

On est déjà au milieu de notre Berlinale et plusieurs constats s’imposent. D’abord, la compétition est éclectique, et les deux exemples qui vont suivre dans notre billet du jour vont le prouver. Ensuite, le festival est de bonne facture. Si on le compare au voisin cannois, il connaît moins de très hauts, mais aussi moins de bas — peut-être passe-t-on à travers les gouttes et faisons-nous des choix judicieux dans son gargantuesque programme. Enfin, il fait une météo superbe à Berlin, et c’est la meilleure surprise de la semaine. Si on avait le temps — mais à cinq films par jour, c’est mission impossible — on irait bien flâner dans la ville, profiter du séjour… Allez, boulot, boulot, menuise, menuise ; il faut parler des films qui s’accumulent dangereusement au fil des jours. Deux héritages malickiens À chaque festival international, la même question se pose : y verra-t-on un nouveau film de Terrence Malick ? Le maître en a trois sur le feu, et Berlin n’aura pas eu la primeur de son Knight of cups, dont on ne sait trop dans quelles ornières de montage il a pu tomber. Pas de Malick en compétition donc, mais le panorama du festival a fait planer so

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Berlinale 2014, jour 3. Vraies et fausses valeurs

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Christophe Chabert | Lundi 10 février 2014

Berlinale 2014, jour 3. Vraies et fausses valeurs

Dans un festival de cinéma, jes journées se suivent et ne se ressemblent pas. Après un samedi fracassant, ce dimanche fut des plus décevants, avec un retour en force de l’auteurisme frelaté qui, jusqu’ici, était resté gentiment à la porte. Le meilleur film du jour, et de très très loin, n’était pas une surprise du tout, puisqu’il s’agissait de la version longue de Nymphomaniac volume 1. Soit le montage voulu par Lars von Trier, avec la totalité des plans de sexe explicite et la durée imaginée par l’auteur. Niveau cul, disons-le, s’il y a là plus de bites en érection et de coïts en insert que dans la version courte, on reste loin du porno annoncé. En revanche, le rythme de cette version est très différent de celle sortie en salles, et cela ne fait désormais plus aucun doute : Nymphomaniac est une des œuvres cinématographiques les plus importantes de ces dernières années. La mise en scène gagne en ampleur, en beauté, en profondeur, gardant tout ce qui faisait déjà la force de la version courte — l’humour insolent, la logorrhée figurative, les morceaux de bravoure comme le chapitre sur Mrs H. / Uma Thurman — en y ajoutant une dimension imp

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Berlinale 2014, jour 2. Est-ce que le festivalier est content ?

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Christophe Chabert | Dimanche 9 février 2014

Berlinale 2014, jour 2. Est-ce que le festivalier est content ?

Pour l’instant, la chance n’est pas avec nous à cette Berlinale. Enfin, elle n’est pas sur la Berlinale tout court, si on en croit l’incroyable incident qui a provoqué l’interruption de la projo presse officielle de The Monuments Men de George Clooney, présenté hors compétition. Après une demi-heure plaisante quoique très futile et old school de ce film de guerre où Clooney, plus Clooney que jamais, monte une équipe de spécialistes pour aller préserver les œuvres d’art du pillage nazi en cours, des cris sont partis du balcon, puis un brouhaha intense entrecoupé de « a doctor ! a doctor ! ». Ensuite, les spectateurs réclamèrent qu’on rallume la salle, puis qu’on arrête le film. Ça peut arriver. Et ce n’est pas drôle. Sans savoir quand le film allait reprendre, et sachant que derrière nous attendait une des rares projections du nouveau film d’Hubert Sauper — on y revient — on a préféré aller prendre le temps de rédiger ce billet-là… Quant au Clooney, si la bonne fortune des billets encore disponibles nous sourit, ce sera pour demain… Chomsky / Gondry : communication réussie Juste avant, très belle surprise avec le nouveau film de Michel Gondry,

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Berlinale 2014, jour 1. Dépaysement

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Berlinale 2014, jour 1. Dépaysement

Premier séjour à la Berlinale et arrivée un peu chaotique. Il faut dire que, pour le Français habitué à l’organisation cannoise, celle de Berlin est aux antipodes. Là où Cannes se déroule entre professionnels de tous bords, avec un système de «classes» pour les hiérarchiser, Berlin est un festival ouvert au public, qui achète en masse des places pour les quelques 150 films présentés, et regroupés en sections — la compétition, le panorama, le forum, mais aussi une sélections de classiques, de films pour enfants, de documentaires, et même des films dont le thème est la cuisine ! On trouve dans chacune d’entre elles quantité de séances spéciales, et pas forcément les moins intéressantes, donc il faut se frayer un chemin dans cette programmation tentaculaire et éclatée géographiquement à l’intérieur de la ville, tout en chassant le ticket d’entrée. Un sport qui nécessite un certain entraînement. Il aura donc fallu attendre ce vendredi pour découvrir le nouveau Wes Anderson, Grand Budapest hotel, prestigieux film d’ouverture, un rôle auquel les films d’Anderson semblent cantonnés —

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Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

2014 : autant en emporte le Vent…

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Du poil de la bête

Tandis que Christophe Gans met la dernière main à une nouvelle version en 3D avec Léa "Cover girl" Seydoux et Vincent Cassel, ressort en grandes pompes la copie restaurée de La Belle et la Bête de Jean Cocteau. Ce n’était pas la première adaptation de ce conte aux origines floues — quelque part aux alentours du IIe siècle, a priori — puisqu’une version muette en fut tirée dès 1899. Mais celle de Cocteau, tournée en 1949, a forgé un imaginaire qui tient beaucoup à l’inspiration du cinéaste-peintre-poète, et dont toutes les adaptations suivantes ont dû tenir compte. Clé de voûte de l’édifice visuel, la Bête elle-même, dont la crinière fauve, les incisives limées, le regard perçant et le port altier en font un croisement entre un aristocrate décadent et un lion trop bien nourri. C’est évidemment la fascination que Cocteau éprouvait pour Jean Marais qui transparaît dans ce monstre plus flamboyant qu’effrayant, mais c’est aussi cette fascination qui a permis au maquillage de résister à l’épreuve du temps — la beauté ne vieillit pas en art… Toute l’esthétique du film repose sur le m

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