Charlotte Gainsbourg : « ce qui m'intéressait, c'était voir sa peau, avoir un contact physique »

Jane par Charlotte | La fille de qui l’on sait et sa mère se livrent (et se délivrent) l’une l’autre dans un double portrait au miroir tenant autant de la catharsis que de l’apprivoisement mutuel, à la lisière timide du public et de l'intime. Rencontre avec Charlotte Gainsbourg.

Vincent Raymond | Mercredi 12 janvier 2022

Photo : © Nolita Cinéma / Deadly Valentine


Comment en êtes-vous arrivée à ce dialogue ouvrant le film, au Japon autour d'une tasse de thé avec votre mère ?
Charlotte Gainsbourg
: Il ne m'a pas fallu beaucoup de temps pour démarrer. Je me suis d'abord adressée au producteur de mes clips. Du coup, c'était facile de mettre sur pied une équipe avec le chef-op' que je connaissais. Entre le temps où j'ai demandé à ma mère si l'idée pouvait la séduire et le fait d'aller au Japon pour que ça se concrétise, ce n'a pas été si long. Mais elle n'a pas aimé ce premier échange. Elle ne savait pas ce que je voulais faire ; moi-même je ne savais pas. J'avais mis au point une interview avec plein de questions en me disant qu'il fallait que je sois la plus sincère possible, que ce soit direct, intime et pas professionnel.

Mais justement, c'était choquant pour elle d'avoir à répondre à des questions personnelles devant une équipe qu'elle ne connaissait pas, en pensant peut-être que j'allais faire un documentaire comme elle en avait déjà fait plein. Elle a accusé le coup et m'a dit « on arrête, je ne veux pas recommencer ». Deux ans ont passé, j'ai tout remballé, je n'ai même pas osé voir les rushes — et pourtant on avait pas mal tourné au Japon. J'ai vu quelques très belles images — c'était exactement ce que j'espérais — mais j'ai eu tellement peur d'avoir été maladroite que j'ai attendu qu'elle vienne à New York me voir pour lui proposer de les regarder ensemble. Et on a vu qu'il y avait un malaise : elle est hyper émue tout de suite, comme si elle était sur la défensive — et je comprends son point de vue : elle a eu l'impression que je l'attaquais, que je lui demandais des comptes, alors que mon intention était très bienveillante. Du coup elle elle a vraiment compris qu'il n'y avait pas de mal. La vision du documentaire sur Joan Didion réalisé par son neveu Griffin Dunne a pu participer à lui donner envie d'y retourner et on a tout remis en marche.

Là, le producteur Maxime Delauney m'a abordée en me demandant si je n'avais pas envie de faire un documentaire sur moi, et je lui ai répondu que j'en avais commencé sur ma mère et que je voulais le finir… Au bout de deux ans, le film s'est terminé.

Le rapport d'intimité qui n'était pas évident entre vous au départ est devenu plus évident à partir du moment où il y a une interface entre vous deux : votre appareil photo…
Tout était pour moi très intimidant : prendre une caméra vidéo ou un appareil photo, et les braquer sur elle. Je voulais réussir à le faire, mais avec toute l'angoisse de mal faire quand on est timide, ne pas oser regarder dans les yeux — j'ai ça avec ma mère depuis toujours. En plus, je me mettais dans les pompes de ma sœur Kate qui était photographe, j'imaginais bien que ma mère allait le voir aussi et y penser. C'était un gros challenge pour moi.

Les photos, c'est arrivé en bout de course, après le Japon ; après New York où l'on s'est réapprivoisées — New York était un tournage un peu plus ennuyeux dont on n'a pas gardé grand-chose, mais où l'on avait besoin de cette douceur pour reprendre contact avec la caméra. On était alors à Paris, pendant le Covid, j'avais paniqué et voulu rentrer. Du coup j'avais pris mes bagages et mon retour en France avait été un peu brutal. C'est pas comme si on avait inversé les rôles, mais elle m'a vue très mal en point et a eu l'envie de me soutenir ; elle répondait à toutes mes questions, elle se mettait totalement disponible — elle sait aider, en fait. Elle a toujours eu ce mode de fonctionnement.

J'ai voulu la photographier, sans filtre, de très près. C'est ça qui m'intéressait, de voir sa peau, d'avoir un contact physique. J'ai une amie qui m'a dit pendant tout le film : « Mais prenez-vous dans les bras, c'est quand même pas si compliqué » (sourire). Et à la fin, on y arrive. Mais c'est vrai que l'appareil photo, qui est un exercice très facile pour elle, ça a toujours été un truc très compliqué pour moi. Je savais qu'on le faisait avec Kate en tête, mais je n'ai pas senti que je la malmenais du tout. Là où elle a été vraiment très, très généreuse, c'est qu'elle a accepté d'être photographiée sans me demander à voir ni un montage ni les rushes, ni de vérifier l'appareil photo, les négatifs… Elle est venue à un montage qui était pratiquement définitif. Bien sûr je voulais avoir son sentiment, mais elle m'a vraiment fait confiance.

Elle ne chantait pratiquement que les chansons de leur rapport amoureux

Faire ce film, était-ce une réponse à la publication des deux tomes de son journal dans lesquels elle parle de vous, et de l'évoquer dans un autre média ?
Non, j'ai pas du tout rapproché ça de ses journaux… En plus, je n'ai pas voulu lire le deuxième, alors que le premier, c'était justement la partie pour moi la plus magique qui concernait mon père, l'enfance, nous quatre… Tout le côté “sa vie d'après”, je n'en avais pas besoin. Ces journaux intimes, j'en suis consciente depuis que je suis adolescente parce que c'était un projet qu'elle avait avec Louis Hazan, un vieil ami de mon père. Le fait qu'elle ait remis ça au goût du jour il y a — combien de temps ? Trois ans, quatre ans ? — peut-être que ça coïncide avec mon démarrage. Le fait de lui avoir présenté le projet coïncide beaucoup avec les concerts symphoniques. D'abord, je suis partie à New York quand ma sœur est morte et elle a fait ces concerts un ou deux ans plus tard. À chaque fois, j'ai été touché par ses concerts mais cette fois, j'ai trouvé que c'était ce qu'elle avait fait de plus beau : il y avait à la fois une autre voix qu'elle utilisait, plus grave, pas celle que je connaissais. Et l'ampleur des orchestres symphoniques, c'était vraiment magique. Elle ne chantait pratiquement que les chansons de leur rapport amoureux, qu'il lui avait écrites et qu'il s'était écrite aussi en parlant d'elle. Ça avait beaucoup de sens pour moi ; c'était assez logique de lui demander à ce moment-là.

Il y a deux maisons importantes dans votre film : celle, légendaire, de Serge Gainsbourg rue de Verneuil, dont vous nous faites une visite ; et puis l'autre maison, celle de Jane en Bretagne. Ces maisons, ce sont des lieux éminemment intimes…
Oui, surtout pour ma mère. Rue de Verneuil, elle avait pas le droit de faire quoi que ce soit, parce que c'était vraiment l'univers visuel de mon père. Il lui avait dédié une petite chambre, mais c'est lui qui l'avait décorée ; elle avait juste le droit à son bordel. Elle avait pu s'acheter un petit presbytère en Normandie qu'elle avait décoré très à l'anglaise avec des tissus aux murs et après, quand ils se sont séparés, elle s'est acheté une maison rue de la Tour où elle a imposé un décor, beaucoup plus prononcé qu'en Normandie. Et de maison en maison, elle a remis son décor partout. Du coup, c'était vraiment sa signature. C'est drôle d'avoir chacun de mes parents qui a imposé un décor. Mon père avait repris le sien dans Je vous aime de Claude Berri ; dans Charlotte Forever il a remis son décor. Chez Lulu — comme Bambou n'habitait pas rue de Verneuil —, il a décoré comme la rue de Verneuil. À chaque fois ils ont imposé leur patte…

C'est vrai que c'est très intime et je voulais faire un documentaire ainsi, sans me poser la question de m'expliquer. J'ai fait ce que je fais toujours — et je réalise que je suis plutôt quelqu'un de très égoïste (en tout cas dans ma démarche artistique, sans m'y croire trop) —, qui est de répondre à un désir personnel. Je vivais à New York et depuis deux ans, j'étais loin d'elle, elle m'en voulait quand même beaucoup d'être partie à un moment tellement douloureux pour elle, mais c'était ma survie à moi et mes enfants. Et au bout de deux ans, j'avais besoin d'elle et aussi peut-être de lui montrer à quel point elle comptait.


Jane par Charlotte

De Charlotte Gainsbourg (Fr, 1h30), Documentaire

De Charlotte Gainsbourg (Fr, 1h30), Documentaire

salles et horaires du film


Charlotte Gainsbourg a commencé à filmer sa mère, Jane Birkin, pour la regarder comme elle ne l’avait jamais fait. La pudeur de l’une face à l’autre n’avait jamais permis un tel rapprochement. Mais par l’entremise de la caméra, la glace se brise pour faire émerger un échange inédit, sur plusieurs années, qui efface peu à peu les deux artistes et les met à nu.

Jane par Charlotte est à  l'affiche dans 3 salles le mercredi 12 janvier

Lumière Bellecour

12 rue de la Barre 69002 Lyon
Mer-ven-dim-mar 16h25-20h35, jeu-sam-lun 14h15-18h30

UGC Ciné-Cité Internationale

80 quai Charles de Gaulle 69006 Lyon
Mer-sam-dim 10h55-14h-16h-20h, jeu-ven-lun-mar 14h-16h-20h

Comoedia

13 Av. Berthelot 69007 Lyon
Mer-sam-mar 13h20-15h20-19h15, jeu-ven-lun 10h55-13h20-15h20-19h15, dim 13h20-15h20-19h15-20h35
Jane par Charlotte est à  l'affiche dans 3 salles le jeudi 13 janvier

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Jane par Charlotte est à  l'affiche dans 3 salles le vendredi 14 janvier

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Jane par Charlotte est à  l'affiche dans 3 salles le samedi 15 janvier

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Jane par Charlotte est à  l'affiche dans 3 salles le dimanche 16 janvier

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Jane par Charlotte est à  l'affiche dans 3 salles le lundi 17 janvier

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Jane par Charlotte est à  l'affiche dans 3 salles le mardi 18 janvier

Lumière Bellecour

12 rue de la Barre 69002 Lyon
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Mer-sam-dim 10h55-14h-16h-20h, jeu-ven-lun-mar 14h-16h-20h

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Mer-sam-mar 13h20-15h20-19h15, jeu-ven-lun 10h55-13h20-15h20-19h15, dim 13h20-15h20-19h15-20h35

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ECRANS | De Michel Spinosa (Fr, 1h47) avec Yvan Attal, Janagi, Charlotte Gainsbourg…

Christophe Chabert | Mardi 11 mars 2014

Son épouse

Curieux film, aussi téméraire que raté, Son épouse tranche avec l’ordinaire du cinéma français. Cela tient autant à son sujet aux accents fantastiques qu’au dépaysement de l’action, démarrée dans la grisaille d’une campagne française avant de s’expatrier vers une Inde inédite, celle des asiles où sont enfermées des femmes "possédées". C’est Joseph (un Attal fantomatique) qui effectue le voyage, sur les traces de sa défunte épouse Catherine (une Gainsbourg fantôme), ex-junkie disparue dans des conditions troubles du côté de Madras. Une jeune Tamoule, Gracie, prétend être habitée par son esprit, ébranlant le cartésianisme de Joseph. Comme Corneau dans Nocturne indien il y a vingt-cinq ans, ce choc des cultures et des croyances se traduit dans la mise en scène de Michel Spinosa (auteur du très bon Anna M.) par une certaine langueur hébétée, le rythme du film se calquant sur celui de son protagoniste, errant dans un monde dont il ne comprend ni la langue, ni les traditions, ni les valeurs. Belle idée, que le film saborde par sa construction dramatique en flashbacks, ramenant à intervalles réguliers l’action vers un laborieux psychodrame conjugal do

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Jacky au royaume des filles

ECRANS | Après "Les Beaux gosses", Riad Sattouf élève d’un cran son ambition de cinéaste avec cette comédie sophistiquée, aussi hilarante que gonflée, où il invente une dictature militaire féminine qu’il rend crédible par des moments de mise en scène très inspirés… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 24 janvier 2014

Jacky au royaume des filles

Il était une fois la République Démocratique de Bubune, où les femmes ont le pouvoir qu’elles exercent par la force, où les hommes sont réduits à porter une proto-Burka (la «voilerie»), où les pauvres mangent une bouillie immonde plutôt que des «plantins»… L’autarcie de cette dictature militaire et féminine est aussi un principe de mise en scène pour Riad Sattouf : pas de contrechamp sur l’extérieur (simplement appelé «l’étranger»), mais une immersion dans ce monde créé de toutes pièces, où l’on s’amusera à pister les éléments prélevés dans des pays existants. Il y a donc un peu de Corée du Nord, d’Iran façon Ahmadinejad et de Russie poutinienne, ou encore d’Inde à travers les castes et les vaches sacrées ici transformées en «chevallins». L’environnement de cette comédie hallucinante et hallucinée est tenue d’un bout à l’autre avec sa calligraphie, son Histoire, son langage, et il n’y a qu’à y propulser un héros sans qualité, Jacky (Vincent Lacoste, le Bernard Menez des années 2000), qui se masturbe en pensant à la Colonel promise à prendre le pouvoir (Charlotte Gainsbourg, aussi géniale et troublante ici que chez von Trier), et dont e

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Nymphomaniac volume 2

ECRANS | Fin du diptyque de Lars von Trier, qui propulse très haut sa logique de feuilleton philosophique en complexifiant dispositif, enjeux, références et discours, avec d’incroyables audaces jusqu’à un ultime et sublime vertige. On ose : chef-d’œuvre ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 23 janvier 2014

Nymphomaniac volume 2

5+3. Cette addition, qui lançait la vie sexuelle de Joe dans le premier volume de Nymphomaniac, est aussi la répartition choisie par Lars von Trier entre les chapitres de chaque partie. 5 pour le coït vaginal et le volume 1 ; 3 pour la sodomie et le volume 2 qui, de facto, fait un peu plus mal que le précédent… Après nous avoir laissé sur un climax diabolique, où la nymphomane hurlait : «Je ne sens plus rien !», von Trier reprend les choses là où elles en étaient : dans la chambre de Seligman, qui ne va pas tarder à expliquer les raisons de sa chaste attitude face au(x) récit(s) de débauche de Joe-Gainsbourg ; et dans celle de Joe-Martin et de Jerome, premier amant, grand amour idéalisé, compagnon et père de son enfant. Mais avant d’embrayer sur un nouveau chapitre et un nouvel épisode entre fantasme (romanesque) et fantasme (sexuel), le voilà qui digresse déjà en flashback sur Joe-enfant et son premier orgasme, où lui apparaissent deux icônes qu’elle prend pour des visions de la vierge Marie, mais que

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Nymphomaniac, volume 1

ECRANS | Censuré ? Remonté ? Qu’importe les nombreuses anecdotes et vicissitudes qui entourent le dernier film de Lars von Trier. Avec cette confession en huit chapitres d’une nymphomane — dont voici les cinq premiers —, le cinéaste est toujours aussi provocateur, mais dans une tonalité légère, drôle et ludique qui lui va plutôt bien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

Nymphomaniac, volume 1

On avait laissé Lars von Trier sur la fulgurante dernière image de Melancholia, parvenu au bout de sa dépression et affirmant que le meilleur moyen d’apaiser ses tourments, c’était encore de voir le monde voler en éclats. Au début de Nymphomaniac, après avoir plongé longuement le spectateur dans le noir et une suite de bruits anxiogènes, il révèle le corps de Joe — Charlotte Gainsbourg, réduite dans ce premier volet au statut de narratrice des exploits de son alter ego adolescente, la troublante Stacy Martin — dans une ruelle sombre, ensanglantée et amochée. Passe par là un brave bougre nommé Selligman — Stellan Skarsgard — qui la recueille chez lui et lui demande ce qui s’est passé. «Ça va être une longue histoire» dit-elle, après avoir affirmé qu’elle était une «nymphomane»… En fait, l’histoire tient en deux films décomposés en huit chapitres comme autant de récits obéissant à des règles esthétiques propres, utilisant une panoplie d’artifices — ralentis, split screen, retours en arrière — et changeant sans cesse de formats — pellicule e

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À Fourvière exactement

SCENES | Emmanuel Daumas donne une seconde vie à "Anna", téléfilm culte de Pierre Koralnik diffusé en 1967. Exit Jean-Claude Brialy et Anna Karina (mais pas Serge Gainsbourg, auteur de la mythique bande son de cette histoire d'amour évitée) et place à d’anciens élèves de l’ENSATT, dont Cécile de France. En attendant de l'entendre interpréter "Sous le soleil exactement", entretien avec le metteur en scène et coup d'oeil sur les répétitions. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 20 juin 2013

À Fourvière exactement

, D’où vient cette idée d’adapter le téléfilm Anna à la scène ? C’est une commande des Nuits de Fourvière ?Emmanuel Daumas : Au départ c’est Jean-Marc Ghanassia [agent et producteur, NdlR] qui a eu l’idée. Quand il me l’a soumise, je ne connaissais pas le téléfilm, mais j’avais beaucoup écouté l'album de Gainsbourg, que j’aimais et connaissais même par cœur. Ce projet m’a donc tout de suite vraiment excité et je me le suis approprié facilement. Dans le téléfilm, les deux protagonistes ne s’adressent pas la parole, ce qui est très peu théâtral. Comment peuvent-ils tenir tous les deux sur une même scène ?C’est vrai que quand on voit le film, l’idée d'en faire un spectacle musical, une espèce de concert amélioré par ces petites histoires, peut paraître étrange. Le film est déstabilisant. En revanche, quand on lit le scénario, on se rend compte qu'il est très bien construit, que ce petit conte de personnages qui s’aiment et ne se rencontrent pas est efficace. J’ai pensé qu’on aurait beaucoup d’éléments à transformer ou de choses à ajouter mais

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"Anna" en image le 25 juin au Comœdia

SCENES | Le Comoedia s'associe aux Nuits de Fourvière et à l'INA pour présenter Anna (séance unique), de Pierre Koralnik avec Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Marianne (...)

Nadja Pobel | Mercredi 12 juin 2013

Le Comoedia s'associe aux Nuits de Fourvière et à l'INA pour présenter Anna (séance unique), de Pierre Koralnik avec Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Marianne Faithfull et Serge Gainsbourg, mardi 25 juin à 20h.Anna Karina (sous réserve) et une partie de l'équipe artistique du spectacle du même nom, mis en scène par Emmanuel Daumas avec Cécile De France et Grégoire Monsaingeon aux Nuits de Fourvière, seront présents.Anna est l'histiore d'une jeune provinciale, qui travaille depuis peu dans une agence de publicité parisienne et rêve du prince charmant. De son côté, le directeur de l'agence s'éprend d'une jeune femme dont il ne connait que la photo... qui est celle d'Anna. C'est en 1967 que Pierre Koralnik réalise ce téléfilm. Serge Gainsbourg en compose la bande originale, dont les célèbres Sous le soleil exactement et Roller girl. À cette occasion, Koralnik s’entoure de Jean-Loup Dabadie (dialogues), Marianne Faithfull, Eddy Mitchell et Anna Karina dans le rôle principal. Dans le cadre intime de l’Odéo

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Confession d’un enfant du siècle

ECRANS | De Sylvie Verheyde (Fr-All-Ang, 2h) avec Peter Doherty, Charlotte Gainsbourg…

Christophe Chabert | Vendredi 13 juillet 2012

Confession d’un enfant du siècle

On voit bien quelle idée a conduit à la réalisation de cet aberrant Confession d’un enfant du siècle : et si Peter Doherty était la version XXIe siècle des dandys décadents du XIXe décrits par Alfred De Musset ? Certes, mais confier au rockeur bedonnant le soin de porter un film entier sur ses épaules à partir de cette seule métaphore était un sacré pari, absolument perdu à l’arrivée. Inexpressif à l’écran, il faut en passer par sa récitation du texte en voix-off pour faire exister les émotions du personnage. C’est laborieux et lassant, mais la mise en scène de Sylvie Verheyde n’est pas plus inspirée : hésitant entre créer une atmosphère narcotique au prix de nombreux anachronismes ou se replier sur l’académisme de la reconstitution en costumes, elle navigue à vue en tentant de dynamiser le peu d’événements qui se produisent deux heures durant. Face à cette longue et ennuyeuse adaptation, on repense à L’Apollonide de Bonello qui avait des défauts, certes, mais était porté par un incontestable projet de cinéma. Christophe Chabert

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Annulation du concert de Jane Birkin aux Nuits de Fourvière

MUSIQUES | Le concert de Jane Birkin, «Serge Gainsbourg et Jane via Japan» initialement prévu le 28 Juin est annulé pour raisons de santé  (...)

Dorotée Aznar | Lundi 25 juin 2012

Annulation du concert de Jane Birkin aux Nuits de Fourvière

Le concert de Jane Birkin, «Serge Gainsbourg et Jane via Japan» initialement prévu le 28 Juin est annulé pour raisons de santé 

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Bonnes étoiles à Fourvière

CONNAITRE | Et voici la programmation complète (ou presque, tant elle est riche) des Nuits de Fourvière 2012 ! Certains événements étaient déjà connus, mais s’y ajoutent d’excellentes surprises, qu’elles soient musicales ou théâtrales… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 26 mars 2012

Bonnes étoiles à Fourvière

Les fuites ayant été nombreuses cette année (mais comment, à l’heure d’internet, garder sous cloche pendant trois mois les dates de tournée d’artistes que leurs fans observent comme le lait sur feu ?), on savait déjà que Les Nuits de Fourvière 2012 allaient envoyer du lourd. Cela faisait un bail que les organisateurs rêvaient d’accueillir Björk (le 30 juin), et ce sera donc chose faite cette année, après le lancement (passé un peu inaperçu) de son album concept multimédia Biophilia. Rêve aussi avec la reformation des Stone Roses (le 25 juin), groupe culte de la brit-pop flamboyante des années 90, dont le concert s’est inscrit in extremis dans la programmation. Enfin, retour en force de Bartabas, certes un habitué du festival, mais avec une de ses productions XXL, Calacas, où les cavaliers célèbrent la fête des morts mexicaine déguisés en squelettes sur leurs toujours impressionnantes montures (du 11 juin au 17 juillet au Parc de Parilly). Mais tout cela, on le savait déjà, donc. De A à Ben En revanche, deux poids lourds s’ajoutent à la liste : Ben Harper (le 17 juillet

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Melancholia

ECRANS | Versant apaisé du diptyque qu’il forme avec le torturé "Antichrist", "Melancholia" poursuit le travail psychanalytique mené par Lars Von Trier sur la dépression et le chaos, et prouve que ses concepts ne tiennent plus vraiment leurs promesses. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

Melancholia

Il est risqué de débuter un film par sa bande-annonce, l’exposé visuel d’un programme que les 120 minutes suivantes développeront à l’écran. D’autant plus risqué si ce film dans le film est d’une splendeur époustouflante, si chaque image y imprime durablement la rétine. Lars Von Trier avait déjà ouvert son précédent Antichrist, jumeau noir de ce Melancholia apaisé, par une séquence du même ordre, mais elle n’était qu’un prologue, lançant plus qu’elle ne l’anticipait le récit à venir. Dans Melancholia, tout est dit avec ces dix minutes sublimes : l’imminence de la fin du monde, qui se matérialise aussi bien par des visions cosmiques que par des focus sur une mariée flottant au-dessus d’un marais de nénuphars, connectée par des éclairs à d’autres planètes, s’arrachant à des racines qui la retiennent au sol… Après un si beau morceau de bravoure, l’excitation est de mise, mais Von Trier va vite doucher le spectateur : de tous ces tableaux fulgurants, il faut trier ce qui relève de la métaphore et ce que le cinéaste traitera dans sa littéralité. La mariée était en flammes Justine (Kirsten Dunst, pas mal)

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Vertiges de l’amour

SCENES | Danse / Un Jean-Claude Gallotta inspiré donne forme aux mots de Gainsbourg interprétés par Bashung : rien que pour le plaisir intense qu’il procure, L’Homme à tête de chou s’impose déjà comme l’un des spectacles de l’année. François Cau

Dorotée Aznar | Vendredi 26 novembre 2010

Vertiges de l’amour

Impossible de faire abstraction de l’émotion entourant la création. Avec la responsabilité monumentale de devoir faire honneur à l’œuvre posthume d’Alain Bashung, Jean-Claude Gallotta est sous le coup d’une pression que bon nombre d’artistes doivent, cela dit, lui envier. Il s’en serait fallu de très peu pour que ce magnifique cadeau se transforme en héritage empoisonné, on en connaît qui auraient botté en touche, qui auraient opté pour une transposition littérale de la narration sans se poser plus de questions, s’effaçant derrière la puissance d’évocation sidérante de la bande sonore. Au fil des répétitions ayant suivi la disparition de l’icône, Gallotta a dû réviser de fond en comble ses partis pris de départ, pallier l’absence monstrueusement envahissante de son narrateur, ne pas donner à l’ineffable beauté de son enregistrement une tonalité trop sépulcrale. Gommer les aspérités, les facilités, interroger son propre style pour offrir la chorégraphie la plus harmonieuse possible. On savait le directeur du Centre Chorégraphique National de Grenoble en plein questionnement artistique, comme pouvaient en témoigner les détours théoriques de ses dernières créations, leur rapport très

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L’Arbre

ECRANS | De Julie Bertuccelli (Fr-Australie, 1h40) avec Charlotte Gainsbourg, Marton Csokas…

Christophe Chabert | Mercredi 7 juillet 2010

L’Arbre

Deux choses plombent "L’Arbre" : d’abord, sa capacité à contourner son sujet (le deuil d’un père et la difficulté pour sa femme et ses enfants à l’accepter) en se réfugiant dans un énorme symbole. L’arbre à côté de leur maison abrite, selon la benjamine de la famille, l’âme de son père, et chaque «réaction» de l’arbre est interprétée comme un signe du défunt. Non seulement cela conduit à des scènes franchement balourdes (quand les branches de l’arbre viennent ravager la maison le soir où l’épouse passe la nuit avec son nouveau mec), mais la symbolique écolo-new age à la sauce innocence enfantine est une tarte à la crème cinématographique plus qu’un véritable point de vue. Deuxième écueil : la tentation du film français délocalisé en territoire exotique (ici, l’Australie), prétexte à une succession de jolies cartes postales en cinémascope qui finissent par faire office de mise en scène. Pas de quoi s’énerver non plus : "L’Arbre" est un film inoffensif, une petite chose que l’on oublie assez vite. CC

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Thelma, Louise et Chantal

ECRANS | De Benoît Pétré (Fr, 1h30) avec Jane Birkin, Catherine Jacob, Caroline Cellier…

Christophe Chabert | Jeudi 25 février 2010

Thelma, Louise et Chantal

Ce road-movie féministe où trois quinquagénaires s’embarquent direction La Rochelle pour assister au mariage de leur ancien amour avec une inconnue est une nouvelle déconfiture de la comédie française. Le film est dévoré par un instinct publicitaire cannibale qui conceptualiste absolument tout : le titre, le générique, le pitch, les personnages, le casting, la mise en scène, la musique, les dialogues et, bien entendu, les inévitables placements produits. Benoît Pétré, dont le CV tient de l’exploit nanardesque (co-réalisateur de Foon, acteur dans Mes stars et moi, réalisateur du making of de Humains…), lutte en permanence pour imposer un semblant de sincérité, un frisson d’émotion à l’écran… Mais le sentiment que tout ici est matière à vendre, comme une suite ininterrompue d’extraits et de clips du film à venir, balaie toutes ses tentatives dans un grand vent de superficialité mal assumée. CC

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Persécution

ECRANS | Passée son introduction intrigante, 'Persécution' fait figure de ratage pour un Patrice Chéreau enfermé comme ses personnages dans une logorrhée sur les impasses de l’amour, filmée avec un volontarisme irritant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 décembre 2009

Persécution

La première scène de Persécution est soufflante. C’est sans doute le morceau de cinéma le plus intense jamais filmé par Patrice Chéreau, et on pense alors que le metteur en scène va donner une suite magistrale à son précédent Gabrielle. Dans le métro, des visages anonymes attendent leur station, pendant qu’une SDF circule au milieu des usagers en leur réclamant un euro. Elle s’arrête devant une femme un peu forte et la gifle violemment, sans raison. Témoin de la scène, Daniel (Romain Duris, qui s’agite en pure perte dans le film) s’approche de la fille en pleurs ; pas vraiment pour la consoler, plutôt pour la bombarder de questions et chercher à comprendre le pourquoi de ce geste inexplicable. Ce qui a tendance à aggraver les choses… Surgit alors de nulle part un type visiblement cinglé (Anglade, bien flippant) qui, à son tour, va persécuter Daniel, lui déclarant son amour, s’introduisant chez lui en son absence, le surveillant depuis l’appartement d’en face… Ce premier quart d’heure en forme de poupées russes de l’inquiétude place les personnages dans un monde où la menace semble s’immiscer partout, et en premier lieu dans les endroits les plus quotidiens. Ché

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36 vues du Pic Saint-Loup

ECRANS | de Jacques Rivette (Fr-It, 1h24) avec Jane Birkin, Sergio Castellitto…

Christophe Chabert | Mardi 1 septembre 2009

36 vues du Pic Saint-Loup

Il serait facile de dire que Rivette signe ici son film de trop. Car, à vrai dire, depuis dix ans, chacun de ses films est en trop. Il faut être maso pour continuer à trouver passionnant ce cinéma qui n’en peut plus de réfléchir sur son impureté (un coup la littérature, un coup le théâtre, un coup la peinture ; ici le cirque), où tout passe en force théorique (sommes-nous dans la réalité du récit ou dans sa représentation ?) et où la fantaisie est non seulement sinistre mais consciente de l’être. Il y a un réel cynisme chez Rivette : on se souvient du dialogue moqueur sur la critique (qui lui assure sa survie artistique) dans Ne touchez pas à la hâche. Ici, c’est un spectacle de clowns dépressifs qui provoque un éclat de rire chez le spectateur Castellito. «Pourquoi vous avez ri ? — Je ne sais pas…» Nous non plus, car rien n’est drôle, tout est fastidieux, pesant, ennuyeux. Enfin, avec ses quatre-vingt-quatre minutes, on pourrait penser que Rivette va, cette fois, nous épargner ses longueurs habituelles. Eh non ! 36 vues du Pic Saint-Loup démontre, pour notre malheur, que son cinéma est ontologiquement chiant. CC

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Charlotte au poivre

ECRANS | En tournant le controversé (jusqu’à l’intérieur de nos colonnes) Antichrist, Lars Von Trier pensait sûrement faire son Possession. La postérité jugera si (...)

Christophe Chabert | Mercredi 17 juin 2009

Charlotte au poivre

En tournant le controversé (jusqu’à l’intérieur de nos colonnes) Antichrist, Lars Von Trier pensait sûrement faire son Possession. La postérité jugera si effectivement cette œuvre radicale rejoindra au sommet des films cultes le chef-d’œuvre de Zulawski, mais le résultat festivalier a été équivalent : comme Adjani en 1981, Charlotte Gainsbourg a remporté le prix d’interprétation féminine à Cannes. Sur scène, elle dédia la récompense à son père, en espérant «qu’il aurait été très fier, et très choqué» par le film. Et il est vrai que ce que Charlotte fait dans Antichrist a quelque chose à voir avec le geste artistique de Serge : elle y met son âme (douloureuses séquences de deuil) et son corps (intense scène de masturbation) à nu, allant fouiller là où ça dérange et où ça choque encore. Von Trier semble d’ailleurs parfois à la traîne de l’énergie folle de son actrice, sa mise en scène hésitant entre lyrisme stylisé et réalisme post-dogme. Charlotte Gainsbourg ne s’est pas posé ce type de questions : elle a foncé tête baissée dans ce rôle dont elle sort grandie. CC

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Antichrist

ECRANS | Mélodrame psychanalytique qui vire à mi-parcours à l’ésotérisme grand-guignol, le nouveau Lars Von Trier rate le virage entamé par son auteur en voulant trop en faire sans s’en donner la rigueur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 27 mai 2009

Antichrist

De toute évidence, il y aura un avant et un après Antichrist dans la carrière de Lars Von Trier. Son précédent film, Le Direktor, semblait atteindre les limites de sa «démission» en tant que metteur en scène, laissant une caméra automatisée cadrer l’action au hasard. Le prologue d’Antichrist en est l’exact opposé et s’affirme comme une réelle reprise en main : un sommet de maîtrise où chaque plan est une merveille plastique, magnifiant la scène traumatique qui va enclencher le récit. Pendant qu’un couple fait l’amour, leur enfant tombe par la fenêtre. Eros et thanatos, deuil et culpabilité : voilà le programme des quarante minutes suivantes. Lui (Willem Daffoe) est analyste, elle (Charlotte Gainsbourg) s’enfonce dans la dépression, à la recherche de la peur fondatrice qu’il va falloir exorciser. Cette peur est une forêt, Eden, où le couple se retire pour affronter ses démons. Mais sur place, c’est un autre film qui commence, un film d’horreur faisant remonter une mythologie oubliée, le «gynocide». Messie, messie… Tout cela ne manque pas d’ambition, ni de culot ; par contre, Von Trier manque sérieusem

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Balade nocturne

MUSIQUES | Parallèlement à la venue de Léonard Cohen, une autre icône des années 60 était originellement programmée aux Nuits de Fourvière : Marianne Faithfull, ex-égérie des (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 27 juin 2008

Balade nocturne

Parallèlement à la venue de Léonard Cohen, une autre icône des années 60 était originellement programmée aux Nuits de Fourvière : Marianne Faithfull, ex-égérie des Stones et d’à peu près tous les gars ayant tenté de coucher avec à l’époque, attirés qu’ils étaient par une certaine grâce aristocratique et une poitrine affolante. Mais les ex-fans des 60’s devront se passer de la mamie branchée du rock : Marianne est forfait. Fort heureusement, il est des moments où la vie est bien faite et les Nuits de Fourvière sont parvenues à remplacer l’icône ultime des 60’s par l’une de ses dauphines d’alors, également britannique : Jane Birkin. La voix est plus fluette, la présence plus discrète et la poitrine plus abstraite mais c’est presque aussi bien. Étienne Daho, prévu avec Marianne Faithfull, reste fidèle au poste quelques années après un premier passage réussi au Théâtre Antique. Autre femme de tête, bien faite et bien pleine, affolant le branchomètre, Catpower est également très attendue sur la colline. Certes son dernier album, Jukebox, n’est pas gégé mais elle a suffisamment de matériel en stock pour affoler la nuit lyonnaise de son charisme tordu. Tant qu’on y est, le dernier R.E.M.

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