Les douceurs inspirées d'Apiales

Restaurant | Au Sud de Bellecour, côté Rhône, vient d'ouvrir l'un de ces établissements mutants : coffee shop, salon de thé, bar à dessert ou néobistrot, on ne sait plus trop. Confort, chic, féminin : ça c'est certain.

Adrien Simon | Mardi 14 juin 2016

Photo : © Anne Bouillot


« Le quartier d'Ainay change », entend-on, répété, depuis quelques années. Comme pour l'excuser d'avoir été si longtemps « maussade et habité par une élite. » Côté bonnes assiettes, autour du musée des Tissus, il est vrai que ça bouge depuis un moment. On va au Troquet des Sens pour le vin nature (Ganevat, Dard et Ribo, Calek, au verre) ; chez Slika pour l'art et le café ; chez Jeannine et Suzanne pour des pâtisseries racées ; le tout autour de la flotte (resto, bouchon, bistrot, etc) de Thomas Ponson, dans la rue Laurencin.

Dans la rue Laurencin justement, vient d'apparaître Apiales. À travers ses grandes vitres on inspectera son intérieur épuré : des murs tout blanc qui se finissent en haute voûte, des meubles clairs en épais multiplis, du papier kraft en guise de nappe, pour seule déco quelques plantes et des coussins bariolés, une clientèle à 90% féminine. "Chaleureux" n'est pas le mot ; confortable et mignon, disons. À l'entrée, un grand comptoir en marbre, où sont exposées quelques douceurs en portions individuelles : tarte au citron, cheesecake, brownie.

Voilà un salon de thé aux atours branchés. On s'imagine y déjeuner des quiches et cakes salés (bingo !) et le week-end un brunch à 30 euros (c'est vrai...) que l'on arrosera de champagne (oui, du Ruinart !). Sauf que l'endroit propose aussi de vrais bons plats le midi. Il y a des assiettes format régime : tartine de saumon, labneh, radis, citron et mesclun ; magret séché maison, patate douce rôtie, épeautre et betterave ; ou ceviche du jour, recette équatorienne — comme la chef, Camilla. Mais aussi une formule déjeuner.

inter

Cette semaine (la carte change régulièrement) elle commençait par une soupe de carottes et pois chiches, cumin et chapelure au café. Suivait un filet de pintade de Bresse de chez Mérial : parfaitement cuit, moelleux et juteux, posé sur une purée de carottes, un gâteau de semoule aux noix de macadamia, des pois gourmands au combava, le tout relevé par un jus de volaille émulsionné au saté. Enfin, pour finir, un mignon et bon (quoique léger) dessert à base de framboises (grosses, charnues, françaises et sucrées), toute petite couche de crème à l'estragon, tuile aux amandes et guimauve amande amère. Et que boit-on ? De la ginger beer Belvoir, un Minervois bio, Laguzelle de Taillandier et le café du néotorrefacteur parisien Coutume.

Tout cela est plutôt bon, on a des assiettes sérieuses ; polies même. Et envoyées avec gentillesse par Adrian, ancien danseur initié à la restauration au Danemark et Angelina, exfiltrée de la presse magazine. On passera sur les petits problèmes à mettre sur le compte de la nouveauté (ils ont ouvert il y a un mois) ; mais il y en a un qui passe moins bien : c'est cher si l'on n'a pas un appétit de moineau ! Compter trois billets de dix pour un repas complet ; et sept euros le verre de vin qui va bien. Pour rappel, les Lyonnais sont déjà fans d'un autre "bar-à-desserts-avec-menu-du-midi-inspiré" : le Kitchen Café. Le menu y est à 22 euros. Mais il est vrai que nous sommes alors de l'autre côté du Rhône. Et que nous avons donc quitté le quartier d'Ainay...

Apiales
11 rue Laurencin, 69002 Lyon
Tél. 09 81 90 28 90
Du mardi au vendredi de 9h00 à 18h00, le samedi de 11h00 à 18h00
Menu 30€ ; pâtisseries autour de 5€ ; verre de vin 7€ ; café allongé 3€

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Quais du Polar : Cantaloube Island

Série Noire | Héritier de la veine politique et sociale qui a marqué le polar français moderne, Thomas Cantaloube, désormais entièrement tourné vers la fiction, publie une seconde Série Noire scotchante, Frakas.

Sébastien Broquet | Vendredi 2 juillet 2021

Quais du Polar : Cantaloube Island

Deux romans seulement. Mais c'est une nouvelle voix qui compte dans le polar français, tendance politico-sociale, héritage Pouy-Daeninckx, où l'on explore les tréfonds de la politique et creuse du côté des officines style SAC, tout en scrutant l'arrière-cour des grands faits historiques du pays — comme dans Meurtres pour mémoire du suscité Didier Daeninckx, car ici aussi, Maurice Papon traîne dans le paysage de Requiem pour une république. Et c'est Jacques Foccard, le monsieur Afrique du général De Gaulle, qui prend la lumière sur ce second volet, suite habile baptisée Frakas, tableau forcément sombre d'une Françafrique tordue, manipulatrice, meurtrière, alors naissante dans la foulée des indépendances qui se succédent sur le grand continent. Cette voix, c'est celle de Thomas Cantaloube. Ancien grand reporter ayant œuvré pour les Cahiers du Cinéma comme pour L'Humanité, dont il fût longtemps le correspondant aux États-Unis avant d'aller enquêter un peu partout sur la planète, il quitta le journal communiste en 2001, participa à la

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Regain : on dirait le sud

Restaurant | Après la fermeture il y a plus d’un an d’A la piscine, Thomas Rolland et Benjamin Sanchez rebondissent près des Terreaux avec Regain. Dans un espace presque chic, ils envoient un menu déjeuner bien roulé.

Adrien Simon | Lundi 5 juillet 2021

Regain : on dirait le sud

2018. Le festival Attable, co-organisé par Arty Farty (Nuits Sonores) devait envoyer le signal au reste du monde d’une cuisine lyonnaise à nouveau « dans le coup ». L’événement désignait le 7e arrondissement comme l’épicentre d'un tremblement gastronomique en cours. La Piscine du Rhône abritait alors un superbe spot accueillant de jeunes chefs étrangers qui dépotent, souvent à peine extirpés de restos bien placés au 50 Best (classement mondial, dont Andrea Petrini, l’ancien sélectionneur de À la Piscine fut l’un des chairman). Au quotidien, la bouffe était envoyée par Benjamin Sanchez (étudiant en relations internationales, reconverti cuistot, passé par le Café Sillon — décidément !) et Thomas Rolland

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Kevin Costner dans "L'un des nôtres" : très chère chair de notre chair

Thriller | Un thriller de Thomas Bezucha, avec Kevin Costner et Diane Lane, qui pourrait figurer dans les filmographies de Clint Eastwood ou John Cassavetes.

Vincent Raymond | Mercredi 16 juin 2021

Kevin Costner dans

Montana, fin des années 1950. Après la mort accidentelle de leur fils, Margaret et George voient leur bru épouser le très discret Donnie, et quitter la ville du jour au lendemain avec leur petit-fils Jimmy. Bien décidés à le récupérer, ils partent à sa recherche, sans imaginer le calvaire à venir… Signé par un réalisateur n’ayant jamais connu la gloire et doté d'un titre français bancal, L’un des nôtres sort presque en catimini, mais ne vous y trompez pas : il pourrait figurer dans la filmographie de Clint Eastwood ou de Cassavetes. Avec son couple formé d’un shérif retraité mutique (Kevin Costner, parfait dans la mesure et le non-dit) et d’une cow-girl obstinée (Diane Lane, nouvelle Gena Rowlands), ce néo western glissant d’un déchirant drame familial vers un glaçant thriller ne cesse de surprendre par la richesse de ses motifs secondaires et de sa justesse. Sobriété d’interpré

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À voir cul sec : "Drunk" de Thomas Vinterberg

Comédie | Thomas Vinterberg s’empare d’une théorie tordue pour s’attaquer à un nouveau “pilier culturel“ scandinave : la surconsommation d’alcool. Une fausse comédie et une vraie étude de mœurs à voir cul sec.

Vincent Raymond | Jeudi 8 octobre 2020

À voir cul sec :

Ils sont quatre potes, au bas mot quadragénaires et profs dans le même lycée. Quatre à ressentir une lassitude personnelle et/ou professionnelle. Quatre à se lancer, « au nom de la science » dans une étude secrète : tester la validité de la théorie d’un chercheur norvégien postulant qu’un humain doit atteindre une alcoolémie de 0, 5 g/l pour être dans son état normal : désinhibé et créatif. Commence alors une longue descente — et pas qu’aux enfers… Drunk se décapsule sur une séquence qu’on croirait documentaire, montrant ce qui ressemble à une soirée d’intégration entre étudiants (en réalité, il s’agit d’élèves de terminale), en train de se livrer à une sorte de compétition sportive. Sauf qu’ici, l’enjeu pour les participants n’est point tant de courir vite, mais pour chacun d’engloutir le contenu d’une caisse de bière, de le vomir, avant d’aller semer sa “bonne humeur“ éthylique dans les rues de la ville et ses transports en commun. Ce ne sont pas tant les débordements (somme toute minimes et potaches) causés par ces lycéens bien peignés qui choquent ; pl

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Thomas Flahaut : les dernières nuits de la classe ouvrière

Littérature | Après Ostwald et son apocalypse nucléaire, l'écrivain doubiste Thomas Flahaut nous emmène avec Les Nuits d'été sous les derniers feux d'un monde ouvrier, ici transfrontalier, qu'on n'en finit plus de dépecer. Et en tire un grand roman du désenchantement.

Stéphane Duchêne | Vendredi 11 septembre 2020

Thomas Flahaut : les dernières nuits de la classe ouvrière

Le tropisme de Thomas Flahaut : la fin des mondes. Qui souvent en France se lève dans ce qu'on appelle, sans ironie, le Grand Est et qu'on peut élargir à l'ancienne Franche-Comté. On a lu cela chez Nicolas Mathieu, Maria Pourchet, Aurélie Fillipetti, Pierrick Bailly, en sociologie Didier Eribon, on peut même y voir un genre littéraire clandestin, mu par le complexe du transfuge de classe refusant de piétiner ses racines. Dans Ostwald, son premier roman, Flahaut, doubiste exilé à Bienne en Suisse, contait l'errance alsacienne de deux frères après l'explosion, sur fond de fermeture d'usine, d'un crypto-Fessenheim. Dans Les Nuits d'été, il éclaire son texte à la lueur des dernières braises de feux industriels depuis longtemps éteints, de la veillée funèbre, encore, d'une usine. On y suit Thomas qui, ayant magistralement planté

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Veillée fatale : "The Vigil" de Keith Thomas

Horreur | Yakov, qui a rompu avec sa communauté juive orthodoxe, vit dans la précarité. Pour payer son loyer, il accepte contre rétribution d’effectuer la veillée funèbre de M. Litvak un coreligionnaire. Sans savoir que le défunt est possédé par un démon en quête d’un nouveau corps hôte…

Vincent Raymond | Mercredi 29 juillet 2020

Veillée fatale :

Distributeur du film outre-Atlantique, Blumhouse Productions poursuit son intéressant cheminement dans le cinéma de genre, investissant sans crainte des créneaux en déshérence ou ignorés. The Vigil constitue une incursion dans le registre cultuel autant qu’une percée : à de notables exceptions telles que Le Golem ou Pi, la religion juive n’est habituellement pas convoquée pour les films fantastiques ou d’épouvante — on lui préfère le catholicisme et ses possessions/exorcismes, pour le coup cinématographiquement très ritualisés. Pour son premier long-métrage, Keith Thomas réussit deux choses assez ardues. D’abord, créer une terreur a minima, froide, par la suggestion. Ensuite, asseoir son intrigue horrifique sur un substrat historico-philosophique offrant une authentique matière à réflexion. Le passé en tant qu’obsession est ici métaphoriquement représenté par un démon (le “mazik“) qu’il faut éliminer par le feu, sans quoi c’est lui qui détruit celui qu’il possède. Le propos est plutôt iconoclaste

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Ego plus ego égale imbroglio : "Cyril contre Goliath"

E-Cinéma | Il était une fois un vieux crocodile du textile, Pierre Cardin, qui voulait croquer Lacoste — pas la marque, le village du Luberon. Un presque jeune loup de la communication s’interposa avec sa caméra. Qui croyez-vous qui gagna ? Pas forcément le cinéma.

Vincent Raymond | Jeudi 14 mai 2020

Ego plus ego égale imbroglio :

Ulcéré que le couturier Pierre Cardin ait entrepris de s’accaparer l’ensemble du patrimoine immobilier du village de Lacoste, l’homme de communication Cyril Montana part en croisade pour dénoncer ce caprice de vieil oligarque et tenter de sauver le village de son enfance… On peut reprocher à Michael Moore pas mal de choses. De s’être complu avec le temps dans une forme systématique de subjectivité sarcastique visant à distraire et conforter les membres de son camp sans ébranler ceux d’en face — en somme, d’avoir transformé en rente l’étincelle de Roger et moi. Et, surtout, d’avoir lancé l’ère du documentaire engagé gonzoïde, où le cinéaste fait de sa caméra à la fois une arme et l’instrument relatant sa propre geste chevaleresque. Lorsque le combat est épique et disproportionné, donquichottesque, le résultat donne parfois des résultats stupéfiants. Souvenons-nous de l’odyssée au cœur de la malbouffe de Morgan Sp

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Fondus au monde

Photographie | Le Réverbère réunit quatre photographes qui ont le voyage dans le sang de leur création : Thomas Chable, Serge Clément, Jacques Damez et Bernard Plossu.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 février 2020

Fondus au monde

Il est cinq heures du matin à New York, à Dakar, Mumbai, Istanbul, Bangkok... Aux pays des ombres, la vie doucement s'éveille : au pied d'un pont, en bordure de plage, à l'intérieur d'une voiture, ou au reflet d'une vitrine... Et, dans cette montée timide de la lumière, le photographe canadien Serge Clément capte le lent remuement de silhouettes sombres à l'orée du jour. L'accrochage, au Réverbère, de ses images prises aux quatre coins du monde, toujours à la même heure, nous saisit par sa dominante de noirs, cette sorte de brume sombre et flottante d'humanité, parmi laquelle, peu à peu, les images comme les corps se dessinent, se précisent. Ce fondu des formes, cet entre-deux du flou et du réel nous renvoie à l'image d'un autre photographe, Bernard Plossu, métamorphosant un car touristique à Rome en présence fantomatique. Comme si chez l'un et chez l'autre de ces photographes voyageurs, le

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J’avais deux camarades : "Jojo Rabbit"

Burlesque | Un garçonnet dont le confident imaginaire est Hitler, se retrouve à sauver des nazis une orpheline juive. Taika Waititi s’essaie au burlesque dans une fable maladroite ne sachant jamais quel trait forcer. Une déception à la hauteur du potentiel du sujet.

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

J’avais deux camarades :

Allemagne, années 1940. Tête de turc de sa section des Jeunesses hitlériennes, le malingre et craintif Jojo trouve du réconfort auprès d’un ami imaginaire, Adolf en personne. Tout s’embrouille lorsqu’il découvre une adolescente juive cachée dans les murs de sa maison… L’accueil enthousiaste rencontré par Jojo à Toronto, doublé d’un Prix du Public, en a fait l’un des favoris dans la course à l’Oscar. Sur le papier, le postulat du film a de quoi susciter la curiosité tant il semble cumuler les transgressions volontaires. Résumons : Jojo conte tout de même la fin de la Seconde Guerre mondiale côté allemand du point de vue d’un jeune féal du Führer en adoptant un registre absurdo-burlesque avec des stars populaires, le tout sous la direction de Taika “Ragnarok” Waititi qui s’adjuge de surcroît le rôle d’Hitler. Ça fait beaucoup, mais pourquoi pas si une cohérence supérieure gouverne les choses. Ce n’est malheureusement pas le cas.

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Fabrice du Welz : « ma trilogie a trouvé une forme de cohérence »

Adoration | Dernière pierre ajoutée à son édifice ardennais, Adoration est le plus sauvage et solaire des éléments de la trilogie de Fabrice du Welz. Avant de s’attaquer à son nouveau projet, Inexorable, le fidèle d’Hallucinations Collectives livre quelques “adorables“ secrets…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Fabrice du Welz : « ma trilogie a trouvé une forme de cohérence »

Il vous a fallu une quinzaine d’année pour mener à son terme votre “trilogie ardennaise”. De Calvaire à Adoration, en passant par Alleluia, on peut à présent voir un double mouvement s’y dessiner : d’une part un rajeunissement progressif des protagonistes (vous commenciez dans un EHPAD pour finir avec des adolescents), de l’autre leur féminisation… Fabrice du Welz : Au départ, ce n’était pas prévu pour être une trilogie. C’est après Alleluia que je me suis un peu laissé prendre au jeu quand on m’a parlé des correspondances existant entre ce film et Calvaire. Et il est vrai qu’il y avait comme une sorte de mouvement ou de recherche vers une figure féminine, qui éclate ici avec le personnage de Gloria. Maintenant je me rends compte que je suis resté assez fidèle à un certain décor des Ardennes, mais aussi à des noms, comme Gloria ou Bartel — souvent, quand je commence un nouveau projet, je me raccroche à eux. Aujourd’hui, la trilogie trouve avec ce film une form

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Ardennes que pourra : "Adoration"

Le Film de la Semaine | « Mes jeunes années (…) / Courent dans les sentiers / Pleins d'oiseaux et de fleurs » chantait Charles Trenet. À ce tableau pastoral, Fabrice Du Welz ajoute sa touche d’intranquillité et de dérangement faisant d’une fuite enfantine une course éperdue contre (ou vers) l’âge adulte.

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Ardennes que pourra :

Adolescent d’une petite dizaine d’années, Paul vit dans l’enceinte d’un hôpital psychiatrique où sa mère travaille. Lorsque Gloria, jeune patiente de son âge est internée, Paul éprouve pour elle une fascination intense. Un acte irréversible va lier leurs destins et les entraîner dans une cavale folle… Retour aux fondamentaux pour Fabrice Du Welz, que sa parenthèse — ou la tentation ? — hollywoodienne avait sinon dispersé, du moins un peu dérouté de sa ligne originelle. Ultime volet de sa “trilogie ardennaise”, Adoration n’en est certes pas le moins sauvage ni le moins exempt de mystères non élucidés, mais il semble convertir en lumière pure la vitalité débordante de ses protagonistes. Et même s’autoriser, suprême audace, une espérance dans une conclusion en forme d’épiphanie. Le cadre lui-même s’avère propice puisque la nature dans laquelle se dissolvent ses fugitifs déborde de vie, de bienfaits estivaux ou de rencontres favorables ; quand aux poursuivants, ils demeurent à l’état de silhouettes — rien à voir avec La Nuit du chasseur !

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108 Nero : "Museo dell'Assurdo"

ARTS | Chaman de l'art abstrait et du post-graffiti, 108 Nero a présenté le 9 janvier sa seconde exposition personnelle chez Slika, fervent défenseur de l'artiste (...)

Sarah Fouassier | Mardi 14 janvier 2020

108 Nero :

Chaman de l'art abstrait et du post-graffiti, 108 Nero a présenté le 9 janvier sa seconde exposition personnelle chez Slika, fervent défenseur de l'artiste depuis son ouverture. La fascination de Nero pour Kasimir Malevitch l'a amené à édifier ce Museo dell'Assurdo (Musée de l'abstrait) en hommage à l'une des premières expositions du maître russe (Exposition 0.10). Quarante-et-une pièces constituent une sorte d'autel que l'on peut percevoir comme une célébration de l'acceptation de ses émotions, rationnelles ou irrationnelles. L'artiste a peint et extrait différents éléments de son atelier (pages de livres, esquisses, chutes, notice d'anxiolytiques, sculpture, toiles, photographie, travaux anciens) qu'il a rassemblés dans un musée de poche à l'image de son esprit : méthodique, instruit, tourmenté, mystique. Il faut percevoir chaque œuvre non seulement comme une pièce d'art à la forme esthétique, mais aussi comme une piè

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Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un vrai bonhomme | Pour son premier long-métrage, Benjamin Parent s’aventure dans un registre peu coutumier en France : le “coming at age movie“ — une sorte de film d’apprentissage adolescent. Une jolie réussite dont il dévoile quelques secrets. Attention, un mini spoiler s’y dissimule…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un thème commun se dégage de votre film Un vrai bonhomme et de Mon inconnue que vous avez co-écrit avec Hugo Gélin : l’uchronie, ou l’idée de permettre à des personnages d’accomplir des destinées alternatives. Est-ce délibéré ? Benjamin Parent : Pas du tout. Dans Mon Inconnue, l’idée d’uchronie vient d’Hugo ; j’ai essayé de développer la dramaturgie sur l’uchronie “la plus intéressante“. Je trouve que l’uchronie permet de raconter l’histoire d’une manière extrêmement drastique, avec ce truc d’inversion absolue des choses : “et si“ on pouvait rencontrer ses parents et qu’on se rendait compte que son père était un blaireau et que sa mère voulait nous choper, qu’est-ce qu’on ferait ? L’uchronie, finalement, c’est un pitch radical, qui permet plein de possibilités et un déploiement de l’imaginaire. Un vrai bonhomme, où le personnage de Léo est une extension de celui de Tom, permet également le déploiement de

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Je mets mes pas dans les pas de mon frère : "Un vrai bonhomme"

Comédie Dramatique | Un adolescent solitaire s’appuie sur le fantôme de son aîné pour s’affirmer aux yeux de ses camarades, de la fille qu’il convoite et de son père qui l’ignorait, perdu dans le deuil de son fils préféré. Une brillante première réalisation signée par le coscénariste de Mon Inconnue.

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Je mets mes pas dans les pas de mon frère :

Ado introverti ayant toujours subi l’aura solaire de de son frère Léo, Tom fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Heureusement, Léo est là pour lui prodiguer encouragements et conseils. Sauf que depuis un accident de la route fatal à Léo, celui-ci n’existe plus que dans la tête de Tom… On ne divulgâche rien en dévoilant d’entrée le fait que Léo est ici un personnage imaginaire, puisque Benjamin Parent s’arrange pour lever toute ambiguïté à ce sujet dès la minute 18. Tout l’enjeu de son film n’est pas de fabriquer un mystère à la Shyamalan pour le public, mais d’inclure ce dernier dans la névrose de son héros ; de lui faire partager les affects d’un adolescent mal remis d'un traumatisme et croyant trouver par cet expédient le chemin de la résilience. Mon frère, ce halo Comédie, drame ? Disons dramédie bien tempérée, ce qui constitue un tour de force : rares sont en effet les films hexagonaux capables d’aborder la question adolescente sans s’abandonner à des récits d’amourettes (La Boum), à des pitret

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Archi réussite : "Notre dame"

Le Film de la Semaine | Pâques au tison, Noël au balcon… des cinés. Grâce à Valérie Donzelli, la cathédrale de Paris revit à l’écran, personnage secondaire d’une délicieuse fantaisie sentimentale burlesque et fantastique. Où il est aussi question de la place des femmes au travail et en amour…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Archi réussite :

Architecte tyrannisée par son patron, maman séparée d’un ex un brin crampon, Maud Crayon mène plusieurs vies complexes en une. Et voici que par un étrange coup du sort, elle remporte sans avoir concouru le réaménagement de Notre-Dame et se retrouve enceinte. Alléluia ? Les méchantes gens et autres mauvaises langues trouveront une corrélation entre la non-présence de Jérémie Elkaïm au générique et la réussite du cinquième long-métrage de Valérie Donzelli ; bornons-nous à pointer cet amusant détail, sans en tirer de perfides conclusions. Charmant bijou de joliesse, Notre dame est une irrésistible comédie sentimentale sérieusement drôlement et drôlement sérieuse s'accommodant d'une once de magie — le fameux “réalisme magique“ tant prisé par les romanciers de García Márquez à Murakami, qui n'est rien d'autre qu'un habit poétique ou métaphorique du fatum à l'intérieur d'une fiction. On croit rêver Au reste, la singularité surnaturelle n’en est plus une dès lors que l’on considèr

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Un vrai bonhomme au Pathé

Avant-Première | Scénariste de Mon inconnue de Hugo Gélin, Thomas Parent est aussi l’auteur et réalisateur d’un premier long-métrage attendu pour le début 2020 sur les écrans, Un (...)

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Un vrai bonhomme au Pathé

Scénariste de Mon inconnue de Hugo Gélin, Thomas Parent est aussi l’auteur et réalisateur d’un premier long-métrage attendu pour le début 2020 sur les écrans, Un vrai bonhomme, dans lequel jouent Thomas Guy, Benjamin Voisin et Isabelle Carré. Enfin, cette échéance n’est pas valable pour les Lyonnais qui auront le privilège de découvrir en avant-première (et en présence de l’équipe) ce film sur l’adolescence. Un vrai bonhomme Au Pathé Bellecour le mardi 10 décembre à 20h

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Muscler son cerveau à Mode d'Emploi

Réfléchir | Mode d'Emploi fait son retour dans la programmation de la Villa Gillet : festival des idées regroupant penseurs, économistes, journalistes et auteurs, l'événement accueille Thomas Piketty en guise de headliner. Voici trois conférences qui feront du bien à vos idées.

Sébastien Broquet | Mardi 12 novembre 2019

Muscler son cerveau à Mode d'Emploi

Avant les Municipales Question très intéressante : à quoi doit ressembler un programme politique ? Est-ce une liste de mesures immédiatement applicables, que l'on coche au fur et à mesure de l'avancée du mandat ? Ou bien une utopie qui nous aspire vers un monde plus beau, mais irréalisable en l'état ? C'est à cette interrogation que vont se confronter Vincent Peillon, ancien ministre de l’Éducation nationale et député européen, et Catherine Audard, autrice de plusieurs ouvrages de philosophie politique et traductrice de John Rawls. Pour mieux comprendre la campagne électorale qui s'annonce. La promesse plutôt que le contrat ? À la Villa Gillet le samedi 16 novembre à 16h Avant la Présidentielle Droite et gauche n'existeraient plus, les partis traditionnels seraient dissous dans une baignoire d'acide et seuls resteraient dans le paysage le progressisme et le conservatisme, nous dit-on. Vraiment ? Le journaliste du Figaro Alexandre Devecchio, l'historien Pascal Ory et la docteure en science politique Agathe Cagé

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Thomas VDB : « il y a un effet miroir dans le stand-up »

Humour | Il est journaliste, chroniqueur radio, comédien et derrière son air nonchalant se cache en vérité un chien fou. Entre l’écriture de son prochain spectacle et une chronique pour France Inter, la voix fatiguée mais passionnée, Thomas VDB nous parle de son spectacle Bon Chienchien mis en scène par Kader Aoun.

Elliott Aubin | Mardi 12 novembre 2019

Thomas VDB : « il y a un effet miroir dans le stand-up »

« Est-ce qu’un bébé ça doit manger tous les jours ? Est-ce grave d’avoir un survêtement qui sent le tabac ? Attend-on une réponse quand on demande à son chien "c’est qui le pépère" ? ». Que de questions existentielles ! Vous n’abordez donc pas ici l’actualité, avec la fougue que l’on vous connaît ? Thomas VDB : C’est un stand-up classique. Non, je n’évoque presque pas de sujets d’actu. Ça, je le fais sur Inter. Ici j’essaye de donner mon regard sur le monde. C’est plus intemporel que le traitement de l'actualité. Je parle de sujets divers… de ma patience affectée par mon addiction à Internet. Des efforts de concentration que je dois faire pour lire un livre jusqu’au bout ou rester tout au long d’un concert. Je parle aussi de ma paternité nouvelle. De ma quarantaine passée. Je parle de moi, oui, mais au travers de sujets du quotidien dans lesquels les gens se retrouvent. Il y a, pour le public, forcément un effet miroir dans le stand-up. Vous jouez ici, à Lyon, salle Victor Hugo. Que vous évoque cette ville ? Lyon, c’est d’abord pour moi le tunnel de Fourvière, la route des vacances ! J’adore c

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Conte à pâte de velours : "La Fameuse invasion des ours en Sicile"

Animation - dès 6 ans | En ce temps où les ours et les humains vivaient en paix, le jeune Tonio, fils du roi des ours, se fit capturer par des chasseurs en Sicile. Aidé par un magicien, son père envahit la plaine des Hommes et remporta la victoire. Commença alors une cohabitation entre les deux espèces…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Conte à pâte de velours :

Depuis le temps que l’univers de Mattotti taquinait le cinéma, il fallait bien qu’il franchisse pleinement le pas ; cela aura été par l’entremise d’un roman du génial Dino Buzatti. De par sa structure de conte, cette histoire se prêtait à ses somptueuses fantaisies graphiques (aplats texturés, couleurs chaudes, formes stylisées…) comme aux extensions lui étant ici offertes. En somme, le film accomplit un double travail “d’enluminure“ du texte original en proposant d’une part l’adaptation visuelle par Mattotti et en développant de l’autre le propos philosophique par un enchâssement de récits — lequel fait également écho à la tradition orale du conte. Au scénario, si l’on n’est guère étonné de trouver la présence de Fromental, grand habitué de la transposition de la BD à l’écran — l’homme appartient aux deux mondes —, on se réjouit de découvrir que Thomas Bidegain, brillant auteur et habile cinéaste, a non seulement contribué à l’écriture, mais aussi prêté sa voix à l’un des personnages. Ce faisant, il côtoie au générique son aîné Jean-Claude Carrière, dessinan

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Quand on arrive en Villa

CONNAITRE | Bientôt nantie d'une directrice toute neuve pour succéder à Guy Walter, la Villa Gillet attaque la saison pied au plancher entre littérature, sciences humaines et réflexion contemporaine. En attendant l'avènement des deux navires-amiraux, Mode d'emploi en novembre et les AIR en mai.

Stéphane Duchêne | Mardi 1 octobre 2019

Quand on arrive en Villa

En attendant l'arrivée de sa nouvelle directrice Lucie Campos, début novembre, la Villa Gillet a d'ores et déjà un agenda bien chargé. La saison des rencontres d'automne s'ouvrira le 2 octobre sur le thème À la lisière des Villes pris en main par deux primo romanciers. Moins d'une semaine plus tard, on décortiquera, le 8 octobre, à l'Amphi Fugier de Lyon 2, Le mythe de la virilité autour des derniers ouvrages d'Ivan Jablonka (Des hommes justes, très acclamé) et de la philosophe marocaine Nadia Tazi (Le Genre intraitable. Politiques de la virilité dans le monde musulman). Le l

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Mario Vargas Llosa aux Assises du Roman, Thomas Piketty à Mode d'Emploi

Villa Gillet | Pour davantage de détails sur la programmation, il faudra patienter un peu (jusqu'à notre numéro "rentrée littéraire" le 2 octobre) mais on peut d'ores et (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 12 septembre 2019

Mario Vargas Llosa aux Assises du Roman, Thomas Piketty à Mode d'Emploi

Pour davantage de détails sur la programmation, il faudra patienter un peu (jusqu'à notre numéro "rentrée littéraire" le 2 octobre) mais on peut d'ores et déjà annoncer que les Assises internationales du Roman débuteront le 11 mai 2020 avec l'immense écrivain péruvien Mario Vargas Llosa, le festival renouant ainsi avec la tradition d'un prestigieux grand entretien d'ouverture. Plus proche de nous, du 13 au 20 novembre 2019, Mode d'Emploi, le festival des idées de la Villa Gillet, revient avec en guise d'introduction la venue de l'économiste Thomas Piketty qui fait actuellement l'actualité avec son ouvrage Capital et idéologie (Seuil).

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Quand les plateaux deviennent chaînes d'info

Théâtre | Cette saison, les artistes s'attachent à malaxer (au mieux) ou à commenter (au pire) l'actualité immédiate. Cette lame de fond du théâtre contemporain se vérifiera tout au long des prochains mois dans les salles et sera ponctuée par l'indispensable festival Sens interdits qui accueille l’immense Milo Rau.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Quand les plateaux deviennent chaînes d'info

Dans quelques mois, sur les scènes de théâtre, peut-être sera-t-il question du rapport à sens unique de l'IGPN sur la mort de Steve Maia Caniço et alors ce fait sociétal et politique deviendra œuvre de théâtre. Et si le militant antifa Antonin Bernanos, qui a écopé de quatre mois supplémentaire de détention provisoire au cœur de l'été, avait bientôt un avatar scénique ? Si le théâtre a toujours épongé et transformé les soubresauts du monde, force est de constater qu'il le fait de plus en plus immédiatement et frontalement. Cette saison vont débouler sur les plateaux de Lyon et de la métropole des récits récents ayant fait la Une des médias ces derniers mois. Parfois en les devançant et les fictionnant de façon uchronique : c’est le cas de Olivier Masson doit-il mourir ? (aux Célestins en janvier, et à La Mouche en mars), une variation sur l’affaire Vincent Lambert qui a connu son épilogue cet été. Le jeune auteur et metteur en scène François Hien traite le procès de l’aide-soignant où se confrontent la mère et l’épouse du

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Planche de salut : "La Source"

Comédie | Désœuvré, vivant comme une malédiction la nécessité de reprendre l’entreprise de plomberie familiale de son père défunt, Samir s’imagine un autre avenir loin de la cité, en devenant surfeur pro. Même s’il n’a jamais mis les pieds sur une planche de sa vie. Et qu’il ne sait pas nager…

Vincent Raymond | Jeudi 25 juillet 2019

Planche de salut :

Du parcours “éclaboussant“ de Karim Braire, le réalisateur (et surfeur) Rodolphe Lauga a ôté toute l’écume sulfureuse et le ressac saumâtre : Samir en constitue une version à la fois épurée et fictionnalisée dans le bon sens du terme, puisque seul compte le récit initiatique d’un ado refusant le déterminisme socio-familial pour s’accomplir dans une inexplicable passion, en suivant son instinct. On objectera que le schéma est classique, mais le film l’est moins, qui déroge à tous les clichés du cinéma de banlieue ou du cinéma de glisse : l’une et l’autre sont en effet considérés ici comme des éléments contextuels, non comme des prétextes à images chocs ou spectaculaires. Par ailleurs scénariste (notamment des deux derniers Canet), Lauga déploie une écriture plus resserrée, disséminant çà et là quantité de petites trouvailles dynamisant sa mise en scène. À mettre à son crédit également, le choix du débutant Amine “Sneazzy” Khemissa issu du groupe 1995 (dont le premier EP se nommait ju

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Le renouveau brassicole français

Lyon Bière Festival | La consommation annuelle de bière par habitant en France est aujourd’hui proche de 33 litres. Après 36 ans de recul, la consommation de la bière dans l'hexagone croît désormais en termes de volume et valeur, et ce depuis trois ans. État des lieux du renouveau brassicole en France.

Julie Hainaut | Mercredi 20 mars 2019

Le renouveau brassicole français

Il existe 1550 brasseries en activité aujourd’hui en France. Le pays en comptait 3360 en 1903. Près de 2000 disparurent après la Première guerre mondiale, et entre 850 et 900 après la Seconde guerre mondiale. « À l’issue de ces deux conflits, les entreprises n’avaient plus assez de ressources pour passer le cap de la reconstruction et de la relance commerciale. Dans les années 50, des moyens de transport autorisent une plus grande concurrence entre les régions de France. Mais le principal impact viendra de l’étranger, avec l’avènement des bières de fermentation basse, du type Pils, dont le berceau se situe à Plzeñ, en République tchèque1. Pour produire en fermentation basse, les investissements à consentir sont énormes : nouveaux équipements, nécessité de maîtrise du froid industriel… » analyse Emmanuel Gillard, biérologue et auteur du site Projet Amertume, dans son livre La bière en France. C’est en 1985 qu’on assistera à la renaissance d’une première microbrasserie en France, dans le Finistère. Le mouvement est lancé. Aujourd’hui, une brasserie ouvre environ tou

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Cap à l'Est

Lyon Bière Festival | Avec la volonté de « marquer les esprits et ancrer l’événement sur le plan national et européen », la quatrième édition du Lyon Bière Festival se veut pleine de surprises. À commencer par la mise à l’honneur de quelques territoires brassicoles d’Europe Centrale, étonnants et en plein essor.

Julie Hainaut | Mercredi 20 mars 2019

Cap à l'Est

« C’est une édition tout terrain, hors norme » prévient Nicolas Dumortier, co-fondateur du site de vente en ligne Bieronomy.com spécialisé en bières craft et co-organisateur et programmateur du Lyon Bière Festival. Et inattendue. En témoignent les brasseries tchèques, roumaines, polonaises et slovènes représentées. Parce que, et nous imaginons déjà les déçus, la culture de la bière européenne ne se limite pas à la Belgique, l’Allemagne ou encore l’Angleterre. Quoique, pour la Belgique, les doutes sont permis. Bref. Les pays de l’Est proposent des mousses contemporaines, acides, houblonnées, aromatiques, canons. « Ce sont des bières qu’on n’attend pas forcément en France mais qui méritent d’être connues et reconnues. Elles ont beaucoup souffert et souffrent encore aujourd’hui d’une image négative, à tort, leurs recettes étant souvent très qualitatives et ultra-abouties tout en ayant un prix compétitif et un design de plus en plus réfléchi, comme les bières en canette roumaines, par exemple » poursuit Nicolas Dumortier. L’une des raisons de la méconnaissance de ce type de bières ? « Probablement le prix », ana

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The Native Nation, à la source

Café Galerie | Le concept est innovant : des résidences d’un an sur un pays, la première étant dédiée à l’Afrique du Sud. Au programme, des artistes et designers contemporains, représentants de la nouvelle génération, avec un focus renouvelé chaque mois.

Lisa Dumoulin | Mercredi 13 février 2019

The Native Nation, à la source

« On observe une montée des continents comme l’Afrique et l’Asie sur la scène de l’art et du design. La nouvelle génération veut se défaire des procédés “colonialistes” et veut avoir la mainmise sur ses œuvres et les processus de vente. Tout le monde peut se déplacer aujourd’hui, cela change complètement la donne. » analyse Thomas Petitjean, le fondateur du café-galerie, qui se positionne comme curateur, offrant une vitrine aux artistes. « Je les fais venir et participer au maximum, pour qu’ils parlent eux-mêmes de leurs œuvres. » « Les jeunes artistes et créateurs africains d'aujourd’hui sont très conscients du marché de l’art, de leur positionnement, de leur valeur. Ça ne m’arrange pas forcément côté business (rires) mais c’est beaucoup plus intéressant et plus juste comme cela. J’essaie autant que possible de représenter les minorités, même si ce n’est pas un critère que je me fixe, car je suis attiré avant tout par l’énergie que dégagent les artistes. Parmi ceux que je représente, on trouve des femmes noires, des Noirs gays, des Blancs africains… sans discrimination, toute la société sud-africaine est représentée. »

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B., comme Bistronomie

Restaurant | Plus tout à fait le même, ni tout à fait un autre, le Bistro B., dans le 6e, a été repris par un duo formé à l'Astrance et dans les cuisines de Daniel et Denise.

Adrien Simon | Mardi 5 février 2019

B., comme Bistronomie

Le 21 janvier paraissait la nouvelle édition du guide Michelin. Bibendum cette année - est-ce dû à un récent changement de direction ? - a sorti la sulfateuse. Trois établissements triple étoilés, et non des moindres, ont été déchus. Le message ? Ni les dynasties, ni les stars ne sauraient être éternellement auréolées. Ni la maison de l'Ill, plus de cinquante piges en haut du classement sous la houlette des Haeberlin père et fils, ni Marc Veyrat, le grand chef à chapeau le plus célèbre de France n'étaient donc intouchables. Ni le prodige Pascal Barbot, le plus jeune des triple étoilés, il le devint à 35 ans, le plus rapide aussi, en seulement sept ans. Il se dit que son micro-restaurant parisien ne respirait plus le renouvellement, tant dans l'assiette que dans le décor. On a demandé confirmation au Lyonnais Thomas Nicolle, qui y bossa au service, pendant sept ans tout de même : « ça fait quelques années que je n'y suis pas passé, mais je suis triste pour eux, je n'ai pas encore osé les appeler. C'est d'autant plus dommage, que c'était l'un des derniers tr

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Thyeste : noirceur et décadence

Théâtre | En montant le sanglant Thyeste, Thomas Jolly signe à nouveau une sorte d'opéra-rock mais légèrement moins nappé de la grandiloquence qui avait plombé son Richard III. Reste à vérifier comment ce gigantesque décor se transpose de la cour d'honneur d'Avignon aux Célestins.

Nadja Pobel | Mardi 5 février 2019

Thyeste : noirceur et décadence

C'est une des histoires les plus sombres des tragédies grecques que le jeune Thomas Jolly (postulant à la direction du TNP, mais semble-t-il en mauvaise posture) a osé affronter. Depuis sa sortie de l'école du Théâtre National de Bretagne, il a toutes les audaces : Marivaux, Guitry, Ravenhill puis un Henri VI en 18 heures qui valaient aux valeureux spectateurs un badge « j'ai vu Henri VI en entier » et un Richard III tellement 80's et décevant dans lequel il endossait le rôle-titre : une gageure. Ici, il se distribue dans cette fresque de (seulement) 2h30. Il est Atrée qui veut se venger de la trahison de son frère Thyeste, qui lui a volé d'un même geste épouse et bélier à la toison d'or. Le prix en sera de manger ses enfants, boire leur sang puis se trouver « enceint » d'eux, les sentant se mouvoir dans son corps. « Quand le massacre va-t-il commencer ? » Possédé « avec plaisir » par un monstre comme il le dit, « il me faut de la démesure car ma douleur est trop extraordinaire » : Atrée s'époumone sur fond de musique interprétée en direct. Et s'invective de ne pas lâc

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Thomas Szabo & Hélène Giraud : « il y a une loi intrinsèque à l’univers de Minuscules »

Minuscules 2 | Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le film qui conjugue entomologie et épopée en saluant Spielberg et Walt Disney. Il se murmure même qu’un troisième volet de Minuscules est en préparation. Conversation avec les deux auteurs de la série et des deux films…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Thomas Szabo & Hélène Giraud : « il y a une loi intrinsèque à l’univers de Minuscules »

D’où vient votre passion pour les insectes ? Thomas Szabo : On habitait à la campagne tous les deux. Tout vient de notre plaisir d’observation, qu’on a voulu faire perdurer. Le premier volet cinématographique était-il conçu pour être unique, ou l’idée du serial flottait déjà puisque Minuscules a commencé par une série ? TS : Comme un film unique. Évidemment, vu le succès et la mode de faire des suites, de fil en aiguille on nous a demandé d'en faire une ; on l’a faite. Et maintenant que c’est devenu une habitude, on a mis un petit easter egg final de manière à ce que ce soit simple pour une éventuelle suite — pour Retour vers le futur, comme ils n’avaient pas prévu de suite et qu’ils avaient une chute géniale, ils se sont arraché les cheveux pour coller à ce que raconte le personnage à la fin. Quant au le premier Minuscules, il avait été initié par le fait que la série avait eu beaucoup de succès : c'est toujours le succès qui lance. Mais il nous

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Coccinelle, bête à bon 2 : "Minuscule 2 - Les Mandibules du Bout du Monde"

Animation | De Thomas Szabo & Hélène Giraud (Fr, 1h32) avec Thierry Frémont, Bruno Salomone, Stéphane Coulon…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

 Coccinelle, bête à bon 2 :

Alors que la famille coccinelle est sur le point d’hiberner, l’enfant terrible de la famille se retrouve expédié en Guadeloupe. Suivant son instinct paternel, l’héroïne de l’opus précédent s’envole à la rescousse de sa progéniture, bénéficiant au passage de l’aide de la fourmi et de l’araignée… Il n’est pas donné à tout le monde de se renouveler en préservant ses fondamentaux. C’est pourtant ce qu’ont accompli Thomas Szabo & Hélène Giraud par deux fois, en tirant un long-métrage de leur série d’animation d’abord, puis en lui offrant cette suite — on devrait d’ailleurs plutôt parler de “continuité darwinienne“, étant donné qu’il y a évolution et amélioration techniques. Empruntant la grammaire des documentaires animaliers contemporains qui anthropomorphisent et héroïsent leurs sujets, les cinéastes la décalent d’un cran sur un mode parodico-épique ; un ton hybride (et un contraste) répondant la forme, puisque arthropodes et autres bestiaux conçus en images de synthèse sont, rappelons-le, incorporés dans des décors réalisés en prises de vues réelles. En s’inscr

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Les femmes… et leurs amants marris : "À cause des filles…?"

Comédie | À la fois désuète et très contemporaine, cette imbrication de sketches parlant de l’éternel jeu de chat et chien que se jouent femmes et hommes signe le retour de Pascal Thomas dans son genre de prédilection : la comédie de mœurs chorale. Sous le satin, le papier de verre…

Vincent Raymond | Mardi 29 janvier 2019

Les femmes… et leurs amants marris :

Sortant de l’église où elle vient de convoler, une mariée voit avec stupeur son époux s’enfuir avec une autre femme. Lors de la noce qui s’ensuit, invités et témoins de ce coup de théâtre rivalisent d’anecdotes illustrant l’insondable versatilité de la vie conjugale… Les plus vénérables se souviendront de La Vie à deux (1958) un florilège d’histoires de couples glanées dans les œuvres de Guitry, dessinant une mosaïque du tandem conjugal à l’époque du vieux maître. Pascal Thomas nous offre une réactualisation de ce portrait de plus en plus abstrait, de sa touche alerte et fantaisiste. Défauts inclus : on ne le reprendra plus sur ses post-synchro hasardeuses qui, avec le temps, confinent à la marque de fabrique autant que ses distributions d’habitués (Christian Morin, Bernad Ménez, Victoria Lafaury) ou ses aphorismes. Celles qui nous ont bien eus Parmi cette collection de sketches, certains semblent adaptés de ces histoires insolites (et pourtant authentiques) jadis racontées par Pierre Bellemare — telle celle du cha

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Thomas Hauert : une traversée du chaos

Moi de la Danse | Chorégraphe suisse établi en Belgique, Thomas Hauert travaille depuis vingt ans au bord du chaos et de l'informe. Pièce fragile et libre, pour huit interprètes, How to proceed se veut l'écho d'un état du monde contemporain, comme l'explique Thomas Hauert dans cet entretien. La pièce est présentée cette semaine aux Subsistances dans le cadre du festival Moi de la Danse.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 29 janvier 2019

Thomas Hauert : une traversée du chaos

Votre nouvelle création How to proceed marque les vingt ans de votre compagnie ZOO, et l'idée de collectif y semble importante ? Thomas Hauert : Oui, quatre danseurs travaillent avec moi depuis vingt ans, les autres depuis une dizaine d'années, et la compagnie a fonctionné pour cette pièce de manière particulièrement forte en collectif de création. Chacun a apporté son regard, sa matière, ses idées... Ici - d'autant plus qu'au moment de cette création je traversais personnellement une phase dépressive et de crise d'inspiration - la cohésion du collectif, la confiance, une forme d'amour ont permis d'aboutir à cette pièce. Quel est son point de départ ? C'est une forte inquiétude face à notre époque. Journaux et reportages nous bombardent chaque jour de mauvaises nouvelles sur le climat, les injustices sociales, les guerres... Cela provoque un grand nombre d'émotions concrètes de l'ordre du sentiment d'impuissance, de la frustration, de la colère... Ces émotions hétérogènes constituent la base de la pièce et elles sont aussi le moteur de so

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Copper Roots, le cocktail passe à table

Restaurant | Que boire avec le foie gras ? Un Sauternes ? Trop classique. Un Champagne ? Trop chic. Un Médoc ? Trop lourdingue. Pourquoi pas un cocktail ? Chez le tout beau, tout cuivré Copper Roots, c'est possible.

Adrien Simon | Mardi 8 janvier 2019

Copper Roots, le cocktail passe à table

Les fêtes passées, avouez : vous avez lutté pour choisir les nectars adéquats pour la pintade ou le tofu, le saumon ou le faux-gras. Rassurez-vous, « accorder le boire au manger est un art subtil », né en France « entre le XVIIIe et le XIXe siècle » d’abord à la Cour, comme le rappelait un colloque de 2017 consacré au sujet. Dans le monde de la haute-gastronomie, la précision de l’accord entre mets et vins a certainement atteint son paroxysme avec Alain Sanderens, à la fin des années 1980. Le chef du Lucas Carton allait jusqu’à adapter ses plats aux bouteilles les accompagnant, les modifiant en fonction des millésimes. Surtout, il propose le premier, avec chacune de ses assiettes un verre de vin adéquat. Plus besoin de chercher la bouteille qui accompagnera aussi bien la langoustine que le chevreuil. Le succès du menu dégustation et de son accord vineux n’a depuis cessé de croître, jusqu’à aujourd’hui... Le journal Le Monde raconte les derniers instants de Senderens, le 25 juin 2017. Invité chez une amie, il remettait en ca

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Naissance d’un nouveau nez : "Edmond"

Pif parade | De et avec Alexis Michalik (Fr, 1h50) avec également Thomas Solivérès, Olivier Gourmet, Mathilde Seigner…

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Naissance d’un nouveau nez :

Malgré la présence de Sarah Bernhardt, la dernière pièce d’Edmond Rostand a été un four cuisant. Deux ans plus tard, il a l’occasion de se refaire… s’il signe en trois semaines une comédie épique pour l’illustre comédien Coquelin. Seul le titre est trouvé : Cyrano de Bergerac… Éloge de la mise en abyme : la pièce racontant l’histoire du plus grand succès théâtral de l’Histoire a connu un tel succès qu’elle a été transposée au cinéma. L’heureux jeune dramaturge de ce triomphe contemporain, Alexis Michalik, s’est même vu confier le soin de signer la réalisation de ce qui ce trouve être son premier long-métrage. À l’auteur, l’industrie cinématographique confiante — en attendant d’être reconnaissante ? Sans minimiser leur investissement, reconnaissons que les producteurs jouent sur du velours : le prestige des planches est double (grâce à la référence patrimoine et la tournée toujours en cours), la distribution extra-large et le style de nature à n’effrayer personne : non point une qualité française, mais une facture charentaise - puisqu’il a été en compétition au festival d

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Galerie Slika, le retour

Street Art | La galerie Slika revient secouer le paysage artistique lyonnais dans un espace deluxe et avec une exposition collective flamboyante.

Lisa Dumoulin | Mardi 18 décembre 2018

Galerie Slika, le retour

Après s’être fait la malle en juin de leur écrin de la rue des remparts d’Ainay, le fondateur de la galerie Slika Jérémie Masurel et son acolyte Félix Baezner annonçaient un retour à l’automne. Nous y sommes : la galerie a déménagé quelques pâtés de maison plus loin, au numéro 25 de la prestigieuse rue Auguste Comte. Dans un lieu incroyable : un ancien atelier de 280 mètres carrés (l’ancienne galerie en faisait 60) au fond d’une cour, cachée au public depuis 1985. Six mois de travaux plus tard, avec le concours de l’architecte Thibaut Ressy, de l’architecte d’intérieur Anne-Laure Aliaga et de la styliste d’intérieur Nathalie Rives, l’espace prend forme. Sous une verrière de cinq mètres de hauteur et des poutres apparentes, le lieu est pensé comme un espace d’exposition - doté d’un éclairage exceptionnel - mais aussi comme résidence d’artistes, territoire d’expérimentations et d’échanges lors d’évènements, et toujours de lieu de vie avec la continuité du café, déjà présent depuis l’inauguration de la galerie Slika en 2014. ADN Pour son “grand opening”, Slika tape fort et propose une exposition collective en lien di

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Fais ce que doigts… : "Au bout des doigts"

De concert | De Ludovic Bernard (Fr, 1h45) avec Jules Benchetrit, Lambert Wilson, Kristin Scott Thomas…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Fais ce que doigts… :

Pianiste virtuose et quasi-autodidacte, Mathieu Malinski est repéré dans une gare par le directeur du Conservatoire de Paris qui veut l’intégrer à son école. Mais le jeune banlieusard est indocile, de surcroît piégé par un passif de petite délinquance. Un lent apprentissage s’engage… Massifs himalayens, gammes chromatiques… Ludovic Bernard semble affectionner tout ce qui monte. Après L’Ascension, il opte ici toutefois pour un décor plus classique — même si la trame de base reste identique : cela demeure l’histoire d’un djeun’s s’extrayant de sa banlieue au prix d’un exploit, faisant mentir conjointement le déterminisme social et les préjugés. Accessoirement, il triomphe aussi de son orgueil et de ses préjugés. Réglé comme du papier à musique, mais Jules Benchetrit a un telle mine de Rod Paradot qu’on y croirait. N’oublions pas Lambert Wilson : en Richard Descoings du Conservatoire, doté d’une faille intime mais résolu à révéler les talents d’où qu’ils proviennent, il est criant de vérité — à croire qu’il

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De profondis sous-marin russe : "Kursk"

Drame | de Thomas Vinterberg (Bel-Lux, 1h57) avec Matthias Schoenaerts, Léa Seydoux, Colin Firth…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

De profondis sous-marin russe :

Août 2000. Victime d’une avarie grave, le sous-marin nucléaire russe Kursk gît par le fond en mer de Barents avec quelques survivants en sursis. Les tentatives de sauvetage par la flotte nationale ayant échoué, la Royal Navy propose son aide. Mais Moscou, vexé, fait la sourde oreille… On avait quitté Thomas Vinterberg évoquant ses souvenirs d’enfance dans La Communauté, récit fourmillant de personnages centré sur une maison agrégeant une famille très élargie. Le réalisateur de Submarino — faut-il qu’il soit prédestiné ? — persiste d’une certaine manière dans le huis clos avec cette tragédie héroïque en usant à bon escient des “armes“ que le langage cinématographique lui octroie. Sobrement efficace (l’excès en la matière eût été obscène), cette superproduction internationale travaille avec une enviable finesse les formats d’image pour modifier le rapport hauteur/largeur et ainsi renforcer l’impression d’enfermement, comme elle dilate le tem

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Une saison à la Villa

Villa Gillet | Toujours aussi éclectique dans ses choix littéraires et scientifiques et exigeante dans ses thématiques, la Villa Gillet inaugure une saison de rencontres qui s'annonce aussi dense que passionnante.

Stéphane Duchêne | Mardi 2 octobre 2018

Une saison à la Villa

Entre sciences humaines, sciences tout court et bien sûr littérature, c'est à un automne bien chargé que nous invite la Villa Gillet pour ses rencontres de saison – comprendre, hors Assises Internationales du Roman et La Chose Publique. Cela avait débuté avec un prolongement haïtien du Festival America et se poursuit dès ce mercredi 3 octobre avec le premier volet de rencontres intitulées Le Temps de... On commence donc avec Le Temps du temps à l'Institution des Chartreux le 9 octobre où les toujours passionnants physicien et historien Étienne Klein et Patrick Boucheron, qu'on ne présente plus, se demanderont, en compagnie de la femme rabbin Delphine Horvilleur, directrice de la revue Tenov'a, ce qu'est le temps et si simplement nous en avons la moindre idée. Le cycle se poursuivra le 9 novembre au Grand Amphi de l'Université Lyon 2 avec les écrivains Philippe Sands (Retour à Lemberg, Albin Michel) et Javier Cercas (Le Monarque des Ombres, Actes Sud) pour Le Temps de la Mémoire sur les liens qu'entretienne

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Thomas Lilti : « un film de boxe où on remplace les combats par les concours et les entrainements par les révisions »

Première année | "Première année" sort à la rentrée universitaire, mais aussi au moment où la PACES — Première année commune aux études de santé — et le numerus clausus sont sur la sellette. Thomas Lilti a du flair et des choses à dire…

Vincent Raymond | Dimanche 9 septembre 2018

Thomas Lilti : « un film de boxe où on remplace les combats par les concours et les entrainements par les révisions »

Votre film sort à point nommé, alors que l’on fait état d’une probable réforme de l’examen sanctionnant la première année de médecine… Thomas Lilti : Et pourtant, il y a quelques jours, j’ai fait une émission sur France Culture avec Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement Supérieur, on a évoqué la PACES mais à aucun moment elle n’a dit clairement qu’ils étaient en train d’y réfléchir. C’est assez surprenant. On se demande s’ils n’ont pas sorti du chapeau une réforme pour quelque chose qui n’a pas bougé depuis 45 ans — à part l’intégration en 2010 des étudiants en pharmacie, des sage-femmes, des kinés dans le concours, ce qui fait qu’il y a encore plus de monde. Je suis ravi qu’on parle d’une réforme. Tout le monde constate que cette première année est une catastrophe, je ne suis pas le seul. La violence des enseignements et des concours était d’ailleurs dénoncée en août dernier par Clara De Bort, une ancienne directrice d’hôpital, dans une tribune parue dans la revue Prescrire… Thomas Lilti : J’avoue qu’elle m’a échap

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Toubib or not toubib ? : "Première année"

Conventionné | de Thomas Lilti (Fr, 1h32) avec Vincent Lacoste, William Lebghil, Alexandre Blazy…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Toubib or not toubib ? :

Par conformisme familial, Benjamin entre en première année de médecine où il est vite pris sous l’aile d’Antoine, un sympathique triplant acharné à réussir. Quant à l’issue du premier semestre, le nonchalant bleu se trouve mieux classé que son besogneux aîné, leurs rapports changent… Poursuivant son examen du monde médical, Thomas Lilti s’attaque concomitamment dans cette comédie acide à plusieurs gros dossiers. D’abord, ce fameux couperet du concours sanctionnant la PACES — première année commune aux études de santé — mais aussi l’incontournable question de l’inégalité profonde face aux études supérieures. La fracture sociale ne se réduit pas en médecine, bien au contraire : construite sur la sélectivité et l’excellence, cette filière est un vase-clos favorisant la reproduction des élites — et de celles et ceux en maîtrisant les codes. Enfant du sérail ayant déjà pas mal étudié la question, Lilti juge avec clairvoyance cette période plus dévastatrice qu’épanouissante pour les futurs carabins : est-il raisonnable de faire perdre la raison à des aspirants médecins ? Coupable, l’in

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À la Mutinerie, on promet de faire sauter (de joie) les palais

Restaurant | Le resto qui fait causer en cette rentrée ? Un bistrot chic ouvert avant l'été, jouant les rebelles du 6e. Ses tenanciers ont passé les vacances à se rôder. À voir s'ils ont encore la niaque et l'envie de faire se soulever les papilles lyonnaises.

Adrien Simon | Lundi 3 septembre 2018

À la Mutinerie, on promet de faire sauter (de joie) les palais

La rentrée, des classes et politique, judiciaire et médiatique, draguant mille raisons de déprimer ou de se réjouir, offre ainsi mille raisons de remettre le couvert. Or, en ce début septembre, avant l'inévitable vague d'ouvertures annuelle, il n'y a pas à tortiller : c'est à La Mutinerie qu'il faut aller. Le jeune chef, Nicolas Seibold, a (déjà !) roulé sa bosse chez les meilleurs (Anne-Sophie Pic ou Yannick Alléno) et même à la télé (Top Chef, of course). Pour sa première affaire le voilà en plus adoubé par Christian Têtedoie, l'étoilé de la colline de Fourvière, devenu THE parrain des jeunes chefs créatifs. Le point commun des cuistots à la mode - citons ceux de La Bijouterie, Monsieur P, l'Établi ou Les Apothica

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Têtes de gondole : "Une valse dans les allées"

Chronique | de Thomas Stuber (All, 2h) avec Sandra Hüller, Franz Rogowski, Peter Kurth…

Vincent Raymond | Lundi 13 août 2018

Têtes de gondole :

Embauché comme manutentionnaire de nuit dans un hyper, le taciturne et tatoué Christian est adopté par Bruno, le chef du rayon “boissons“ qui lui enseigne les petits secrets du métier, la pratique du charriot-élévateur et remarque qu’il flashe sur leur collègue Marion, des “sucreries“… De la vie, des amours et de la mort des invisibles… Ce portrait d’un groupe d’employés d’un “géant“ (au sens de Le Clezio) en raconte autant sur le monstre vorace où se situe l’action — un puits sans fond dont il faut inlassablement charger les rayonnages et les étals, dévorés par des meutes de clients ; où il faut purger vers les poubelles les produits menacés de péremption — que sur les protagonistes chargés de ces besognes. Petite collectivité avec ses territoires organisés, ses prérogatives, ses alliances et ses routines, le monde de l’arrière-boutique apparaît malgré tout comme un royaume apaisé et bienveillant ; une enclave où des individus cabossés viennent se réchauffer ou se raccommoder : pas (ou peu) de pression hiérarchique, pas (ou peu) de contact avec la clientèle, pas (ou peu) de que

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Mes frères

Avant-Première | Mes frères ne sortira que le 4 juillet sur les écrans français, mais il peut déjà s’enorgueillir d’un joli parcours à travers le monde : primé pour son scénario et (...)

Vincent Raymond | Vendredi 1 juin 2018

Mes frères

Mes frères ne sortira que le 4 juillet sur les écrans français, mais il peut déjà s’enorgueillir d’un joli parcours à travers le monde : primé pour son scénario et distribution à Richmond, présenté à Cannes (Écran Juniors), à Karlsruhe, en Autriche et au Danemark. Contant le parcours de deux frères, anciennes gloires du rock, retrouvés par leur sœur, ce film évoque également un combat contre la fibrodysplasie ossifiante progressive, une maladie orpheline aussi connue sous le nom de “maladie de l’homme de pierre“. Il s’agit par ailleurs du premier long-métrage d’un ex- premier assistant reconnu, Bertrand Guerry, qui dirige ici son propre frère, Thomas Guerry lui-même ancien du CNSMD. Ajoutons qu’une partie de la musique a été composée par les Black Lilys, représentants de la scène locale, et vous comprenez que cette avant-première se déroule à Lyon. Mes frères Au Pathé Vaise le lundi 4 juin à 19h30

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Samuel Collardey : « je m’inspire de tranches de vie pour fabriquer des histoires »

Une année polaire | Grand écart climatique pour Samuel Collardey, qui a présenté en primeur aux Rencontres du Sud d’Avignon son nouveau film tourné aux confins de l’hémisphère boréal, Une année polaire. Une expérience inuite et inouïe.

Vincent Raymond | Mardi 29 mai 2018

Samuel Collardey : « je m’inspire de tranches de vie pour fabriquer des histoires »

Une année polaire s’achève avec une phrase précisant qu’Anders est toujours instituteur au Groenland. Ce que l’on a vu tient donc davantage du documentaire que de la fiction ? Samuel Collardey : Pour aller très vite, le film a été écrit : le scénario est très documenté, tout vient de témoignages que j’ai reçus d’anciens instituteurs ou de choses que moi-même j’ai vécues, ou que Anders a vécues ; je n’ai rien inventé. Tout ce qui est dans le film est documentaire, mais il est effectivement mis en scène comme une fiction. C’est-à-dire que tout le monde joue son propre rôle. Cela donne en effet un registre un peu hybride entre le documentaire et la fiction. Mais c’est un petit peu ma façon de faire — la question s’était déjà posée sur L’Apprenti, Tempête. J’aime travailler avec des non-professionnels sur des effets de réel très forts, et je m’inspire de leurs tranches de vie pour fabriquer des histoires. Est-ce que ce cela vous complexifie ou vous simplifie le travail de procéder ainsi ? Je ne sais pas si c’est plus fa

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Île est des nôtres : "Une année polaire"

Docu-fiction | de Samuel Collardey (Fr, 1h34) avec Anders Hvidegaard, Asser Boassen, Thomasine Jonathansen…

Vincent Raymond | Mardi 29 mai 2018

Île est des nôtres :

Danemark, de nos jours. Destiné à reprendre la ferme familiale, Anders a préféré faire des études d’enseignant. Afin de montrer la force de sa détermination à ses parents, il postule pour un village du Groenland, Tiniteqilaaq, où il devra passer une année scolaire en immersion complète… Y aurait-il chez les cinéastes français une tentation groenlandaise comparable à celle qu’exerce la Cité des Doges sur les maires de Bordeaux ? Le hasard, sans doute, a placé Collardey dans la trace de Sébastien Betbeder lequel avait d'abord tourné autour, puis sur l’île danoise. Mais Le Voyage au Groenland (2016) de ce dernier était davantage un roman d’apprentissage et de retrouvailles père-fils ayant la particularité de se dérouler au Groenland — il eût été sensiblement identique sous d’autres latitudes — qu’une œuvre cherchant à comprendre, partager et défendre l’âme inuite. C’est ce que fait avec audace, malice et rythme Samuel Collardey, qui de film en f

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Le corps en déraison de Thomas Foucher à la Demeure du Chaos

Peinture | Depuis onze ans, Thomas Foucher abreuve les murs de la Demeure du Chaos de portraits. Aujourd’hui, son fondateur Thierry Ehrmann lui a confié l’exposition annuelle du musée, lui permettant de dévoiler des travaux personnels hautement sensitifs et vertigineux.

Sarah Fouassier | Mardi 22 mai 2018

Le corps en déraison de Thomas Foucher à la Demeure du Chaos

Dans le ventre de l'imprenable Demeure de Saint-Romain-au-Mont-d’Or, se tisse la petite histoire d’un peintre dans les interstices de murs qui se risquent à nommer une humanité au bord du précipice. L’inintelligibilité du monde, ou plutôt sa déraison, fascine et traverse le corps de Thomas Foucher. Si le monde a peur du précipice, lui le regarde de biais et poursuit sa quête de sens de l’existence. « En haut, en bas, partout, la profondeur, la grève, / Le silence, l’espace affreux et captivant… / Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant / Dessine un cauchemar multiforme et sans rêve » (C. Baudelaire, Le Gouffre, vers 4 à 8). De ce cauchemar baudelairien pour l'abîme, l’on ne vacille point au regard des peintures grand format enfoncées dans les chapelles du jardin de la Demeure du Chaos. Elles triomphent. Pas d’une façon suffisante. Elles triomphent dans la modestie et se délectent de ses images que l’on a forcément vues sur un journal, un vieux livre de photographies ou rencontrées dans la nature. Le cor

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Ma nuit chez Rohmer

Théâtre | La théâtralité de l’œuvre d'Éric Rohmer nous a parfois laissé à la porte de ses films. Contre toute attente mais, en toute logique, l’adaptation théâtrale que fait Thomas Quillardet des Nuits de la pleine lune et du Rayon vert est d'une épatante vitalité.

Nadja Pobel | Mardi 15 mai 2018

Ma nuit chez Rohmer

Deux longs-métrages qui se succèdent dans la filmographie de Rohmer comme sur la scène de Quillardet : Les Nuits de la peine lune, très écrit, 1984, puis Le Rayon vert basé sur l’improvisation, 1986, qui remporta le Lion d'Or à Venise. Dans les deux cas, une femme qui questionne son désir. Soit, dans le premier film, en vivant avec un homme en banlieue parisienne mais en gardant une indépendance (en tout sens) avec une chambre de bonne à Paris, soit en traînant une solitude encombrante et en cherchant l'amour avec la peur de s'y dissoudre. Naïve parfois mais absolument intemporelle, cette réflexion sur la place qu'on s'accorde à soi-même est infiniment séduisante au théâtre car le metteur en scène a totalement intégré l'aspect ludique de ces films inscrits dans la série des Comédies et proverbes du réalisateur décédé en 2010. « Tu me plais mais tu m'attires pas » Le terrain de jeu de Quillardet le plus évident est son décor pop-up, simple (feuille de papier blanc) que ses acteurs découpent pour en faire un tipi, un lit, qu'ils peignent aussi (une grande trace bleue et nous voil

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Il leur manque des cases : "Les Aventures de Spirou et Fantasio"

BD BRADÉE | de Alexandre Coffre (Fr, 1h29) avec Thomas Solivérès, Alex Lutz, Ramzy Bedia…

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Il leur manque des cases :

Un rat d’hôtel roux déguisé en groom et un journaliste frustré en quête de scoop partent à la recherche d’un inventeur de génie enlevé par un atrabilaire maléfique, désireux de dominer le moooonde. Et voilà comment déboulent des bulles Spirou, Fantasio, Champignac et Zorglub… Réussir l’adaptation d’une bédé au cinéma tient de l’exploit, surtout lorsqu’il s’agit de l’école franco-belge : seul Alain Chabat s’en est tiré sans trop de dégâts (et encore, au risque de défriser la doxa, avec plus de réussite dans Le Marsupilami que dans Mission Cléopâtre). Les raisons expliquant qu’Alexandre Coffre achoppe sont obvies à la vision de ce film d’aventures bon marché. Par exemple, gratifier ses personnages principaux d’un air ahuri permanent et faire jouer à Alex Lutz — qui

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Toxic Affair : "Phantom Thread"

Paul Thomas Anderson | Derrière le voile d’un classicisme savamment chantourné, l’immense Paul Thomas Anderson renoue avec le thème du “ni avec toi, ni sans toi” si cher à Truffaut de La Sirène du Mississippi à La Femme d’à côté. Un (ultime) rôle sur mesure pour l’élégant Daniel Day-Lewis.

Vincent Raymond | Lundi 12 février 2018

Toxic Affair :

Il y a quelque malice à sortir le nouvel opus de Paul Thomas Anderson le jour de la Saint-Valentin. Car si l’amour et la passion sont au centre de Phantom Thread, ils ne sont en rien conventionnels ni réductibles au chromo du couple de tourtereaux roucoulant ses vœux sucrés sur fond de cœur rose. La relation ici dépeinte — ou plutôt brodée — tiendrait plutôt d’un ménage à quatre où Éros partagerait sa couche enfiévrée avec Thanatos ; où les corps à corps psychologiques supplanteraient les cabrioles et le climax du plaisir serait atteint en habillant plutôt qu’en dévêtant ses partenaires. Rien d’étonnant, au demeurant, étant donné le contexte… Couturier britannique, le réservé Reynolds Woodcock règne sur la haute société de l’après-guerre grâce à son génie créatif, sa prévenante séduction et la main de maîtresse de sa sœur Cyril, en charge du business comme de la “gestion” des muses qu’il consomme. Un jour d’errance, son attention est captée par une serveuse, Alma, dont il fait sa nouvelle égérie, mais qu’il ne pourra pas jeter comme les autres… Paul Estomac Anderson

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Thomas Lebrun : « comment séduire en dansant »

Danse | Thomas Lebrun est danseur et chorégraphe, il est aussi l’actuel directeur du CCN de Tours. Jeu de ping-pong avec cet habitué des Subsistances (il y a créé en 2009 le déjanté Itinéraire d’un danseur grassouillet) qui revient avec sa dernière pièce Les Rois de la piste.

Anne Huguet | Mercredi 17 janvier 2018

Thomas Lebrun : « comment séduire en dansant »

Avec Les Rois de la piste, proposition joyeuse et burlesque mais pas que, il convoque sur la piste de danse (cet endroit qui concentre les énergies et rapproche les corps) une sacrée galerie de personnages. Une heure quinze durant, Thomas Lebrun et ses quatre danseurs incarnent une multitude de "gens" qui s’abandonnent, à tour de rôle et sans retenue, au démon de la danse, se déhanchent, s’exhibent, se libèrent, se dévergondent, laissant libre cours à leurs fantasmes, leurs délires et leurs pensées les plus intimes. Une plongée jouissive dans les gestuelles à travers les styles musicaux (funk, house, disco, techno...) mais qui, en filigrane, questionne des sujets plus sérieux comme le désir de séduction, le besoin d’être vu ou l’affreuse solitude qui entoure beaucoup de gens. De quoi parle Les rois de la piste ? Thomas Lebrun : C’est un spectacle sur les danses populaires ou plutôt les danses de "tout le monde". On a aussi cherché à s’intéresser aux danses dites de séduction, ou comment séduire en dansant. Du coup, on

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