Et voici les 20 concerts de l'automne

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Une sélection à base de stars de la chanson, de rock qui déménage ou encore de surprises musicales bienvenues.

La rédaction | Mercredi 13 septembre 2017

A-Wa

Les trois sœurs Haim n'en finissent plus de passer près de chez nous – ce sera leur cinquième date dans la région en tout juste deux ans. Et de s'ouvrir toutes les portes depuis la parution de leur Habib Galbi, transformé en hit au fil des mois (y compris en Israël, chose très rare pour un morceau chanté en arabe) et flanqué d'un album tout aussi réjouissant baptisé du même nom. Soit des chansons issues du répertoire traditionnel yéménite qu'elles ont souhaité s'approprier, le malaxant de leurs multiples influences allant des Beach Boys (ah, les harmonies vocales !) à Kendrick Lamar. On est fans, surtout en concert.

À la Rampe mardi 26 septembre


Amadou et Mariam

Ils sont loin les Dimanche à Bamako (15 ans déjà) qui ont mis Amadou et Mariam sur la carte de la musique internationale (après 15 ans d'une première carrière) et ont permis de démontrer que la musique malienne allait bien au-delà de la kora traditionnelle et des clichés alimentés récemment par cet enfonceur de portes ouvertes de -M- (voilà, c'est dit). Plus que des musiciens maliens, Amadou et Mariam sont des rock stars tout court, demandés sur toutes les scènes du monde et prisés des remixeurs les plus pointus. Les voilà de retour avec un nouvel album annoncé par les redoutables singles Bofou Safou et La Confusion, et sur scène toujours aussi vibrants.

À la Belle électrique mercredi 27 septembre


Albin de la Simone

Depuis son premier album en 2003, et depuis son duo romantico-comique avec Feist (Elle aime), on aime la singularité d'Albin de la Simone, ses mélodies douces-amères, son timbre voilé-désabusé, ses textes en jeux de maux. Avec Un Homme en 2013, on pensait que De la Simone avait mis la barre très haute, lui qui disait n'avoir pas « les épaules ». C'était sans compter sur L'un de nous, paru cette année, qui parvient plus que jamais à faire sautiller les petites et les grandes avanies de la vie. C'est sûr, Albin de la Simone est l'un de nous. Peut-être même le meilleur.

À la Source (Fontaine) vendredi 6 octobre


Stand High Patrol

« Welcome to our new musical landscape (…) we're out of the map » raconte les très dub Stand Hugh Patrol sur le (très jazzy) morceau News from 2083 qui ouvre leur dernier album The Shift (« le changement »). De fait, ces « Dubadub muskateers » n'ont cessé au fil des années de renouveler leurs influences et d'ajuster leur style, ici orienté hip-hop, parfois friand d'électro, tout en restant fidèles aux canons qui font la saveur de leur tambouille über-dub. Car l'essentiel reste : un groove proprement irrésistible de nonchalance, un flow unique. Bref, la patrouille bretonne (car ils sont français) se tient vraiment très haut dans sa catégorie.

À la Belle électrique vendredi 13 octobre


Abou Diarra

De la musique malienne, on connaît surtout la kora, dont on aurait presque tendance à dire qu'elle est à la mode ; moins le n'goni, cette guitare-harpe mandingue dont le vénérable Vieux Kanté a appris le maniement à Abou Diarra. Lequel, en trafiquant quelque peu l'instrument ancestral, le tire (et sa vibrante voix avec) vers le blues et le jazz, jamais bien loin évidemment du blues mandingue traditionnel.

À la MC2 jeudi 19 octobre


Cannibale + Villejuif Underground

Ce sont à peu près les deux dernières trouvailles du label français Born Bad Records : d'abord le Villejuif Underground qui, comme son nom l'indique, revisite, depuis Villejuif, et en se mordant les joues, la manière d'un certain Velvet. Ceci sous la férule d'un Australien exilé dans le Val-de-Marne. Et puis Cannibale, l'une des claques du printemps 2017, formation pratiquant, depuis le fin fond de sa province, le psychédélisme tropicale mange-cervelle. Un voyage mental et musical tout autant nourri des compiles garage nuggets que du cinéma d'exploitation des 70's. À découvrir absolument.

À la Bobine vendredi 20 octobre


Camille

Il est agaçant OUÏ, le dernier album de Camille sorti il y a quelques mois. Agaçant car la chanteuse semble donner raison à tous ses contempteurs, se renfermant dans une sorte de musique trop intellectualisée et donneuse de leçons (notamment sur l'écologie). N'empêche, se glissent ici et là quelques morceaux magnifiques, comme le single Fontaine de lait à l'érotisme décalé ou le très beau Seeds tout en anglais, confirmant ainsi que Camille est bien la plus grande chanteuse française de ces dernières années. Et même qu'elle restera dans l'histoire de la chanson française – les draps avec lesquels elle joue en concert sur cette tournée moins.

À la Belle électrique mercredi 8 et jeudi 9 novembre


Nashville Pussy

Si Nashville est surnommé Music City, c'est avant tout parce que la cité du Tennessee est la capitale mondiale de la country. Mais ici, il convient d'avertir : en dépit de leur nom, ne pas attendre des Nashville Pussy (soit « la chatte de Nashville ») quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à du Garth Brooks ou du George Strait (des cadors de la country). Le quatuor (deux hommes, deux femmes – enfin c'est ce qu'il semble) s'adonne lui sans retenue (mais alors aucune) à un genre de hard rock sudiste bas du front, vulgaire et sexy (selon les critères que l'on a de ces deux notions) mais ô combien spectaculaire, efficace et (parfois) drôle.

À l'Ilyade (Seyssinet-Pariset) samedi 11 novembre


IAM

Petit frère qui « n'a qu'un souhait devenir grand » ; Nés sous la même étoile déplorant que « personne ne joue avec les mêmes cartes » ; le morceau fleuve Demain, c'est loin… L'École du micro d'argent, troisième album du groupe marseillais IAM sorti en mars 1997, est une véritable référence dans le monde du rap français (et l'une des meilleures ventes), grâce notamment à des textes puissants qui ont parfaitement cerné l'époque dans laquelle ils s'inscrivaient – et s'inscrivent toujours pour certains. Depuis 20 ans, l'image de cette réussite colle à la peau du groupe, comme si jamais il ne pourrait faire mieux. Qu'Akhenaton, Shurik'n et les autres célèbrent l'anniversaire de la sortie de l'album par une grande tournée nationale n'est donc pas une surprise.

Au Summum dimanche 12 novembre


Black Rebel Motorcycle Club

Alors que revoilà des loubards à blousons noirs. Ceux-là viennent de San Francisco où le leader du groupe Peter Hayes a quelque temps fricoté (comme beaucoup) avec Anton Newcombe au sein du Brian Jonestown Massacre. Jamais contre le retournement de veste, fut-elle en cuir, le BRMC a livré depuis ses débuts un savant mélange de shoegazing envapé, de garage rock urticant, de blues lourd comme un cercueil et de punk nonchalant. Son album Live in Paris de 2015 en était un beau témoignage. Comme chacun de ses concerts, à l'intensité vrombissante.

À la Belle électrique mardi 14 novembre


Calypso Rose

Le temps qui passe semble n'avoir aucun effet sur Calypso Rose, 77 ans. Reine incontestée du genre depuis des décennies, la native de Tobago a, dans sa besace, plus de vingt albums et quelque 800 chansons écrites selon la légende. C'est beau, et ça fonctionne toujours autant, grâce à sa chaleur et sa bonne humeur communicative – regardez le clip Far from home pour vous en convaincre !

Au Grand Angle (Voiron) mardi 14 novembre


Fishbach

On a vu poindre cette dernière année, jusqu'à la sortie d'un album valant diplôme, la figure un peu hautaine de cette drôle de fille nommée Fishbach, directement intronisée petite fiancée (revêche) de la chanson française : à peine un quart de siècle et la voix déjà jaunie par le tabac, le regard effronté et rimbaldien (elle est de Charleville-Mézières et sait manier les mots). Il y a quelque chose de Patti Smith, de Catherine Ringer, de Desireless (eh oui!) mais aussi de Ian Curtis (et pas forcément dans cet ordre) sur cet À ta merci qui lui sert d'album. À force de chercher l'arnaque, on a fini par se faire prendre et devenir complice.

À la Source vendredi 17 novembre


Rone

Déjà largement adoubé par le public et la critique au fur et à mesure qu'il distillait ses galettes (la quatrième, Mirapolis, est prévu pour octobre) et multipliait les collaborations (François Atlas, Gaspar Claus, Bryce Dessner, Étienne Daho…), Rone a fini également par être célébré à l'aune de ses lives, impressionnants sons et lumières en symbiose avec cette musique électronique cotonneuse.

À la Belle électrique mercredi 22 novembre


Mountain Men

« Les montagnards sont là » comme dirait le film. Le plus atypique des groupes de blues, formé par hasard par le Grenoblois Mat Guillou et l'Australien Ian Giddey, harmoniciste qui traînait dans le coin (et sans doute le seul à avoir repris du Brassens ET du Nirvana), est désormais bien installé dans le paysage, aux frontières avec le rock et la chanson française. La preuve : eux qui ont longtemps œuvré dans l'ombre des premières parties remplissent désormais le Summum comme qui rigolent.

Au Summum le 25 novembre


The Residents

Attention événement. Ils ne sont pas légion (dans nos contrées surtout) les concerts des Residents, ces hérauts d'une musique qui n'a de rock'n'roll que le nom et le masque pour profession de foi. Qui sont les Residents ? On l'ignore toujours après 50 ans. Que font-ils ? Ce n'est guère plus évident. Quelque chose qui tient de l'avant-garde (conceptualisation ou déconstruction de la pop dans un esprit punk), du pastiche parfois et de la création théâtrale et multimédias. Malgré ou grâce à toutes ces inconnues, la chose, un peu flippante, est cultissime.

Aux Abattoirs (Bourgoin-Jallieu) samedi 25 novembre


Mathieu Boogaerts

En 2016, 20 ans après Super, l'album qui l'a révélé, l'« Ondulé » Mathieu Boogaerts publiait Promeneur, son 7e album enregistré seul à la montagne puis arrangé en mille-feuilles. Et prouvait qu'il était toujours tel qu'en lui-même : le sautillant orfèvre d'une pop douce amère qui n'appartient qu'à lui. Et qui ne vieillit pas. Toujours Super !

À la Source mercredi 13 décembre


PoiL + VioleTT Pi

On ne présente plus aux amateurs de rock déglingué et expérimental les hurluberlus de PoiL, ensemble tripartite rock noise punk dont les abords drus cachent mal une liberté de mouvement total. Car PoiL ne se manifeste jamais vraiment là où on l'attend (rock donc, mais aussi musique de chambre ou répétitive), comme un certain Zappa en son temps (auquel on peut les comparer sans que la comparaison ne tienne plus de cinq secondes avec eux). Pour se faire une idée le mieux est encore d'aller voil PoiL là où il pousse le plus facilement : sur scène.

À la Source jeudi 14 décembre


Gaspar Claus et François Olislaeger

Ceux qui le connaissent le savent, les autres auront l'occasion de le découvrir : le violoncelliste Gaspar Claus est un peu plus que cela (plus qu'un violoncelliste donc). Il défriche et arpente avec son instrument tous les territoires musicaux, au gré des collaborations et des projets toujours d'une originalité qui n'appartient qu'à lui, entre pop, musique savante, flamenco, musique improvisée, classique revisité et on en passe... Ici, Claus croisera l'archet avec le crayon du dessinateur franco-belge François Olislaeger pour un concert-dessiné qui devrait, connaissant les deux protagonistes, être un peu plus que ça.

À l'Hexagone (Meylan) mardi 19 décembre


Peter Von Poehl

Peut-être est-ce parce qu'il est un peu magicien que le plus français des songwriter suédois (il vit en France depuis plusieurs années) Peter Von Poehl a intitulé son dernier album Sympathetic Magic, faux ami signifiant « magie noire ». Toujours est-il que la magie blonde du natif de Malmö opère toujours autant, à sa manière impressionniste, entre amplifications de miniatures pop à coups d'orchestrations cinématographiques ou de miniaturisation d'atmosphères 60's et 70's en petites perles baroques. Le tout rehaussé de cette voix qui claque, se perd dans ses hauteurs jusqu'au silence. Plus dépouillé en concert, que ce soit en duo ou en groupe, le grand blond avec une magie noire n'en est pas moins systématiquement bouleversant.

À la Source jeudi 21 décembre


Mendelson

2017, année électorale, Mendelson publie Sciences Politiques, une œuvre au noir sociétale (comme souvent avec la formation de Pascal Bouaziz) dont chaque morceau plaque sur une reprise de classiques de Bruce Springsteen, Marvin Gaye, The Jam, Leonard Cohen, Lou Reed, The Stooges & co un texte en français à la terrible résonance sociétale (Les Peuples, Le Soulèvement, La Guerre) et à la poésie toute mendelsonienne. Un projet à part auquel le live devrait donner une saveur particulière.

À la Source vendredi 19 janvier

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

“Possessor” de Brandon Cronenberg : de la mort des marionnettes

VOD | Possessor aurait pu constituer l’Easter Egg idéal du festival Hallucinations Collectives si… Mais avec des si, les cinémas seraient ouverts et on ne serait pas obligé de voir le Grand Prix de Gérardmer signé Brandon Cronenberg en direct to DVD en espérant qu’il sorte enfin sur grand écran…

Vincent Raymond | Mardi 13 avril 2021

“Possessor” de Brandon Cronenberg : de la mort des marionnettes

Dans un monde parallèle, une firme hi-tech vend à ses très fortunés clients ses “talents“ consistant à téléguider neurologiqument des individus afin qu’ils commettent des meurtres ciblés. Tasya Vos, l’une de ces marionnettistes du subconscient, éprouve de plus en plus de difficultés à sortir de ses missions. Et la dernière qu’elle accepte pourrait bien lui être également fatale… En d’autres circonstances, on aurait été embarrassé d’évoquer le père à travers le fils. Mais ici tout, du thème au style organique choisis par Brandon, renvoie au cinéma de David Cronenberg et tend à démontrer par l’exemple (et l’hémoglobine) la maxime « bon sang ne saurait mentir ». Non qu’il s’agisse d’un film par procuration, plutôt de la perpétuation logique d’un esprit, de la manifestation d’un atavisme cinématographique. Avant que le concept soit énoncé et surtout banalisé dans toutes gazettes, l’idée de l’Humain augmenté — quel que soit le moyen choisi (hybridation vidéo, amélioration psychique,

Continuer à lire

Viggo Mortensen passe derrière la caméra, on en a parlé avec lui pendant le Festival Lumière

Falling | Le comédien aux mille talents vient de signer son premier long-métrage en tant que cinéaste, qu’il a présenté en première française durant le Festival Lumière à Lyon. Une histoire de famille où l’attachement et l’oubli se livrent un duel sans ménagement. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 4 novembre 2020

Viggo Mortensen passe derrière la caméra, on en a parlé avec lui pendant le Festival Lumière

Comment se fait-il que ce soit cette histoire en particulier que vous ayez racontée pour votre premier film — car vous avez écrit plusieurs scénarios avant de réaliser Falling ? Viggo Mortensen : Je suppose que je voulais me souvenir de mes parents — de ma mère, pour commencer —, pour le meilleur et pour le pire comme tout le monde. Même si c’est devenu une histoire père/fils, l’inconscient de leur combat repose sur une différence d’opinion autour de leurs souvenir de leur femme et mère. Elle reste, à mon avis, le centre moral de l’histoire. Et c’est très important pour moi le casting de la mère, Gwen. Hannah Gross était parfaite, géniale : même si elle n’est pas là tout le temps, elle est là. Mais la raison pour laquelle j’ai fait mes débuts comme réalisateur et scénariste avec cette histoire, c’est parce que j’ai trouvé l’argent (sourire). J’avais essayé plusieurs fois, il y a 23-24 ans, avec un autre scénario, au Danemark, j’avais 20-30% du budget, mais pas davantage. Au bout du compte, je pense que c’était mieux que j’attende,

Continuer à lire

"Les Nouveaux Mutants", un Marvel pas comme les autres

Action | Seule survivante de l’attaque de sa réserve indienne, la jeune Danielle Moonstar se réveille au sein d’une étrange institution où la Dr Reyes retient captifs de jeunes mutants jusqu’à ce qu’ils sachent canaliser leurs nouveaux pouvoirs. Mais de violents phénomènes vont survenir…

Vincent Raymond | Mercredi 26 août 2020

À celles et ceux qui en douteraient face à l’affiche déviant de codes de la “maison”, le logo d’entrée le confirme : il s’agit bien d’un film Marvel. Mais quelle différence par rapport aux opéras habituels ! Avec sa poignée d’interprètes, son décor quasi unique, l’absence de tenues moulantes bariolées pour les héros, Les Nouveaux Mutants fait preuve d’un minimalisme plus coutumier des productions indé. D’ailleurs, sa noirceur appuyée lorgnant autant du côté Del Toro, Shyamalan que Buffy contre les vampires (explicitement citée) évoque comme une tentation de diversification vers le style Blumhouse, qui renouvelle l’épouvante par la série B de prestige. Une petite chose pyrotechnique par rapport aux X-Men ou aux Avengers, mais aussi un film plus recentré sur la part traumatique de l’adolescence, cet âge des changements (ce que Raimi avait développé dans son Spider-Man) où les souvenirs de l’enfance commencent à disparaître face au gouffre béant de l’avenir et de ses incertitudes ;

Continuer à lire

Camille de Toledo : « un temps autre s’est ouvert »

Podcast | Camille de Toledo, écrivain et chercheur, repense sa résidence croisée initiée à Lyon en un rendez-vous de conversations à distance, chaque mardi. Toujours sous l'égide de l’École Urbaine de Lyon, la Fête du Livre de Bron et l’European Lab. Il nous explique.

Sébastien Broquet | Mardi 9 juin 2020

Camille de Toledo : « un temps autre s’est ouvert »

Vous remodelez votre cycle de résidence et de rencontres à Lyon en une forme nouvelle, des conversations nocturnes chaque dimanche soir : pouvez-vous nous présenter ce concept et comment il va se dérouler ? Camille de Toledo : Je crois ardemment aux vertus d’une conversation croisée entre les arts et les sciences humaines, entre une poétique et une politique, entre thérapeutique et savoir. C’est à cette intersection que nous avons lancé avec l’École Urbaine de Lyon, la Fête du Livre de Bron et l’European Lab, en janvier dernier, le cycle "Enquêter, enquêter, mais pour élucider quel crime ?". Nous vivons aujourd’hui à l’heure d’une très vaste révélation d'un "crime terrestre", ce qu’on nomme également en droit un écocide, même si la notion n’est pas encore, hélas, reconnue pénalement. Quand nos affaires humaines, à l’échelle planétaire, ont été interrompues par cet

Continuer à lire

Avec "Pinocchio", Matteo Garrone signe le billot-pic d’une tête de bois

Sur Amazon Prime Video | Cela se voyait comme le nez au milieu la figure : le "Pinocchio" de Matteo Garrone allait être le grand film d’art et d’essai familial des vacances de Pâques au cinéma. Les événements auront fait mentir cette prédiction : il sera celui de la rentrée de mai. Dans votre salon, via Amazon Prime Video…

Vincent Raymond | Mardi 12 mai 2020

Avec

Italie, dans un XIXe siècle parallèle. Geppetto, brave et pauvre menuisier, sculpte dans une bûche magique un pantin turbulent qu’il baptise Pinocchio. Celui-ci va s’animer, accumulant les bêtises, avant de s’enfuir, incapable de céder à ses envies naïves. Mais sa bonne fée veille… Transposer Pinocchio pour un cinéaste italien revient de notre côté des Alpes à porter à l’écran Les Misérables : au prestige du roman dans la culture nationale et internationale s’ajoute le poids des devanciers ayant voulu donner leurs vision et images d’un texte aussi emblématique. Difficile, donc, de se ménager une place. Sauf si l’on a les arguments et la légitimité. Il n’échappera à personne que Matteo Garrone dispose des arguments artistiques et techniques, autant que de légitimité pour entreprendre un conte dont le protagoniste est, une fois encore après Dogman ou Reality, un candide. Un être simple à la croisée de deux mondes ;

Continuer à lire

Liam Gallagher, Thom Yorke et Woodkid seront à Fourvière cet été

Nuits de Fourvière | À l'approche du printemps tombe le programme de l'été, du moins du côté de Fourvière dont les Nuits vont une fois de plus occuper nos soirées de juin et juillet. Revue d'effectif du casting musical de cette édition 2020, toujours enrichi du programme parallèle des Salons de musique.

Stéphane Duchêne | Mardi 10 mars 2020

Liam Gallagher, Thom Yorke et Woodkid seront à Fourvière cet été

Passer aux Salons Commençons par Les Salons de musique des Nuits, cette extension intimiste et indoor des Nuits de Fourvière chargée de proposer une sorte de contre-programmation. La chose débutera avec un énième projet de l'intenable saxophoniste Thomas de Pourquery : Von Pourquery accompagné de chœurs du Conservatoire à Rayonnement Régional (2 juillet). Suivront le trio de multi-instrumentistes Bernard Lubat, André Minvielle et Fabrice Vieira (3 juillet), le Valetti Quintetto (5 juillet) formé par le même Minvielle, Raphaël Imbert, Beer-Demander et Serge Valtetti à la création et production ; un hommage à Henri Crolla, sorte de Django Reinhardt napolitain avec Dominic Cravic, concert suivi du film Le Bonheur est pour demain avec Crolla et Higelin (7 juillet) ; le spectacle Si oui, oui, Si non, non, où le jazz rock d'Albert Marcoeur rencontre les appétences contempora

Continuer à lire

Des débuts prometteurs : "La Dernière Vie de Simon"

Fantastique | À part Thomas et Madeleine, personne ne connaît le secret de Simon, petit orphelin capable de prendre l’apparence de ceux qu’il touche. Quand Thomas est victime d’un accident, Simon le remplace sans prévenir qui que soit. Dix ans plus tard, Simon va “ressurgir“…

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Des débuts prometteurs :

Du fantastique à la française ! C’est-à-dire héritier de la (bonne) littérature de la fin du XIXe siècle, du Horla de Maupassant, de L’Homme à l’oreille cassée d’About, de La Cafetière de Gautier — tous ces romans et nouvelles ayant profité du mouvement positivo-scientiste pour entrouvrir les volets du paranormal, pendant que Jules Verne conservait une rigueur toute cartésienne. Ici, point de pyrotechnie ni de super-héros en cape et collants, mais l’instillation perpétuelle du doute et de l’inquiétude : sur les visages, dans les regards, et même dans la douceur fluide des mouvements de caméra. Conte fantastique, La Dernière Vie de Simon tient également de l’habile réflexion identitaire, métaphorisant la dualité intérieure que peut ressentir un enfant adopté — même si l’amour qu’il reçoit de sa famille

Continuer à lire

À l'école de l'Anthropocène : Les Soucis de la terre

Réflexion | Pour sa deuxième édition, la déjà indispensable École de l'Anthropocène réinvestit les Halles du Faubourg pour passer notre ère à la question et – peut-être – sauver le monde.

Stéphane Duchêne | Mardi 21 janvier 2020

À l'école de l'Anthropocène : Les Soucis de la terre

Au vu du succès rencontré par sa première édition et du délitement toujours plus inquiétant du monde (poke l'Australie), nous voici de retour À l'école de l'Anthropocène — cette époque, la nôtre, où les activités humaines ont un impact important sur la biosphère — pour une vaste semaine de réflexion portée par l'École Urbaine de Lyon. L'idée, défendue pa son directeur Michel Lussault : « débattre des questions liées aux défis que nos sociétés vont devoir affronter en raison des effets du changement global dont les manifestations sont de plus en plus flagrantes. » « Faire école » c'est bien ici ce dont il s'agit au rythme de cours, ouverts à tous, aussi denses que passionnants, dans le sillage de spécialistes pluridisciplinaires . À celà viennent s'ajouter débats ("A-t-on eu raison d'inventer l'agriculture ?", "Faut-il attendre un post-capitalisme réparateur ?"), ateliers et

Continuer à lire

John Williams vs. Hans Zimmer

ECRANS | Cinq Oscar d’un côté, un seul en face ; le cinéma de Spielberg, Lucas, mais aussi l’univers d’Harry Potter ou de Superman d’une part, de l’autre celui de (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

John Williams vs. Hans Zimmer

Cinq Oscar d’un côté, un seul en face ; le cinéma de Spielberg, Lucas, mais aussi l’univers d’Harry Potter ou de Superman d’une part, de l’autre celui de Christopher Nolan (donc Batman), de Gladiator ou du Roi Lion… en attendant celui de James Bond dont il va signer la B.O. du prochain film, Mourir peut attendre. John Williams et Hans Zimmer comptant parmi les “monstres“ de la composition cinématographique, les musiciens du Yellow Socks Orchestra dirigés par Nicolas Simon jouent sur du velours en reprenant leurs thèmes en version symphonique… et en faisant croire qu’il s’agit d’un fight. John Williams vs. Hans Zimmer À l'Amphi 3000 les samedi 18 et dimanche 19 janvier

Continuer à lire

Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir : "Les Éblouis"

Drame | Depuis que sa famille a rejoint la communauté chrétienne de Luc-Marie, Camille a vu sa mère sortir de son apathie dépressive. Mais les règles et les rites qui lui sont imposés, ainsi qu’à ses frères, l’étouffent. Camille sent bien l’anormalité de cette aliénation souriante, au nom de la foi…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir :

Dans une semaine faste en films d’épouvante, Les Éblouis ne dépare pas. S’inspirant de ses souvenirs personnels, la comédienne Sarah Suco signe un premier long-métrage d’autant plus effrayant qu’il se passe d’effets en décrivant au jour le jour et à travers les yeux d’une adolescente, les conséquences du mécanisme d’embrigadement sectaire. Comment un loup aux allures débonnaires se déguise en berger pour attirer à lui les proies qu’il a flairées fragiles — en l’occurence, la mère de Camille, dépressive et flétrie dans son existence. Et parvient à tout obtenir d’eux grâce à un conditionnement culpabilisateur. Se revendiquant du christianisme et pratiquant une lecture très personnelle des Écritures, la “communauté“ déviante de Luc-Marie est l’un de ces trop nombreux cercles de fêlés prétendant détenir la Vérité en droite ligne et se permettant sur cette assertion les pires outrages. La preuve que tous les monothéismes peuvent produire des brebis frappadingues — sans parler des polythéismes. S’il est en revanche une vérité indubitable, c’est celle que les interprètes dégagent — sont-ils possédés par les person

Continuer à lire

Catherine Dérioz nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

Décoration | Cela fait rien moins que trente-huit ans que Catherine Dérioz (et son complice et compagnon le photographe Jacques Damez) défendent dans leur galerie Le (...)

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 9 novembre 2019

Catherine Dérioz nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

Cela fait rien moins que trente-huit ans que Catherine Dérioz (et son complice et compagnon le photographe Jacques Damez) défendent dans leur galerie Le Réverbère à Lyon une photographie exigeante et de grande qualité (William Klein, Denis Roche, Bernard Plossu et beaucoup d’autres artistes). Catherine Dérioz a été nommée, le 16 septembre dernier, par le Ministère de la Culture, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Une reconnaissance qui fait chaud au cœur à l’intéressée et aux amateurs de création photographique !

Continuer à lire

Le réel déminé

Théâtre de la Croix-Rousse | S’inspirant d’un fait divers américain des années 70 (l’enlèvement de Patricia Hearst), la jeune autrice Myriam Boudenia trace le parcours d’une adulte d’aujourd’hui naissant à elle-même dans la contestation de l’ordre établi. Parfois fragile, souvent très affirmé.

Nadja Pobel | Mardi 12 novembre 2019

Le réel déminé

C’est une meute qui vient attaquer une jeune fille en fleur. En deux trois mouvements, la voilà pliée dans une cage. « Toute ressemblance avec le réel n’est absolument pas fortuite » est-il écrit sur des panneaux. La trame est claire. Cette Patricia Hearst – que l’écrivaine Lola Lafon avait décrit récemment dans le très alambiqué Mercy Mary Patty – est ici Héloïse. Elle a 19 ans également. Son père est un très riche magnat de la presse mais les ravisseurs ne demandent aucune rançon. Si cela évacue une des questions intéressantes qui minera la vraie Patricia (à combien son père estime-t-il sa libération et donc son existence ?), cela ouvre d’autres perspectives plus retorses mais passionnantes : quel est l’idéal de société que dessinent ces révolutionnaires ? Où et comment agissent les mécanismes de domination et de soumission ? RAID Parfois trop bavard (avec des références explicites à la présidence Macron, au syndrome de Stockholm ou des descriptions trop détaillées de

Continuer à lire

Là-haut, y a pas débat : "Debout sur la montagne"

Comédie Dramatique | Quinze après leur enfance montagnarde, trois amis se retrouvent dans leur village d’origine à l’occasion des funérailles du grand frère de l’un d’entre eux. Leurs rêves de jeunesse disloqués, ils constatent que la vie d’adulte donne plus souvent des raisons de pleurer que de rire…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Là-haut, y a pas débat :

Sébastien Betbeder a de la constance, il faut le lui reconnaître. N’aimant rien tant que les histoires de copains en quête d’une forme de retrouvailles dans un milieu plutôt hostile, le prolifique cinéaste décline son thème chéri dans tous les environnements et avec toutes les configurations possibles. Après l’île de Marie et les Naufragés, le grand Nord enneigé du Voyage au Groenland, la bourgade d’altitude constitue ici une suite logique pour le sympathique trio. Quant à la réunion entre potes, si elle est entravée par le poids d’un passé commun traumatique alourdi par les blessures intimes de chacun, son issue offre une délivrance générale façon absolution. Jonglant avec les peurs de l’enfance, les secrets enfouis, l’onirisme, le réalisme premier degré et une sorte d’humour surréaliste, Betbeder nous offre ce qui s’apparenterait à une version abrégée et suédée de Ça transposée dans les Alpes. Mais sans clown qui fait peur ni beaucoup d’intérêt malgré sa charmante troupe de comédiens. Il est peut-être temps de se renouve

Continuer à lire

La femme à la caméra : "Camille"

Biopic | Jeune photographe fascinée par l’Afrique, Camille Lepage part en indépendante couvrir les remous en Centrafrique qui déboucheront sur la guerre civile. Sans couverture, elle va plus loin que les photo-reporters de guerre professionnels. Au risque de se perdre…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

La femme à la caméra :

C’est un double, voire un triple film que Boris Lojkine signe ici. D’abord, évidemment, un portrait de Camille Lepage (1988-2014) au cours des derniers mois de son intense existence. Le biopic d’une journaliste investie par la nécessité d’éveiller les consciences occidentales à l’imminence du drame centrafricain, mais aussi d’une jeune femme piégée par sa trop grande proximité avec son sujet. Une proximité affective se retrouvant dans sa pratique photographique, puisqu’elle cadre physiquement au plus près des événements et des gens, mais qui dénote également un manque de recul dans son approche. Ce qui conduit à l’insoluble question éthique de la photographie de guerre : celui (ou celle) qui la réalise peut-il/doit-il rester neutre lorsqu’il témoigne d’une situation ? À côté de confrères expérimentés accrédités par les grands quotidiens, se conduisant en expats hautains et désabusés pouvant partir le lendemain pour un théâtre d’opération à l’autre bout du monde, Camille possède une connaissance du terrain qui

Continuer à lire

Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Chambre 212 | Rêverie mélancolique et sensuelle dans une chambre d’un hôtel du “libre et change“, Chambre 212 est un film très sérieux sous ses airs de fantaisie sentimentale. Et vice-versa. Explications de l’auteur, le prolifique Christophe Honoré…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Christophe Honoré : « je ne suis pas sorti de ma chambre d’adolescent »

Auriez-vous le fantasme d’observer les fantômes de votre propre jeunesse ? Christophe Honoré : J’ai l’impression qu’on est toujours très peuplé par — je ne sais pas si l’on peut appeler ça des fantômes de sa jeunesse — ces “moi“ successifs que l’on a été. À certains moments de ma vie, je ne crois pas être si éloigné de la personne que j’étais quand j’avais 20 ou 30 ans. C’est ce que dit le film : on est souvent très nombreux à l’intérieur de soi ! Des gens que l’on n’a pas croisé pendant des années vous donnent souvent l’impression qu’ils vous revoient vieilli alors que vous pensez être toujours avec les mêmes aspirations, les mêmes goûts que quand vous aviez 25 ans… De la même manière, dans le milieu professionnel ou les moments amoureux plus intimes, on a des âges différents : c’est très rare que l’on soit conforme à son âge véritable. On fluctue énormément d’un âge à l’autre, et ces fantômes de la jeunesse ne sont pas tant des fantômes que des personnes bien réelles, et bien bruyantes, à l’intérieur de soi. Quel “âge intérieur“ aviez-vous lorsque vous avez commencé à écr

Continuer à lire

La clef des songes : "Chambre 212" de Christophe Honoré

Drame sentimental | Vingt ans après le début de son idylle avec Richard, Maria quitte le domicile conjugal pour faire le point dans l’hôtel d’en face, chambre 212. La nuit étant propice aux prodiges, Maria est submergée par les fantômes de ses amours du temps jadis, et ceux de son conjoint.

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

La clef des songes :

Chambre 212 est un peu une version sentimentale (et érotisée) du Christmas Carol de Dickens, où le personnage visité par des esprits du passé et se baladant dans des uchronies ne serait plus Scrooge l’avaricieux mais une quadragénaire random en plein cas de conscience. Et où les apparitions — en l’occurrence des doubles de ses amants d’antan — seraient plus désorganisées. Cette fantaisie grave oscillant entre le réalisme cru du drame sentimental et une artificialité assumée, comme elle module du cocasse au bizarre, évoque le cinéma de Blier où tous les temps et destins se superposent dans un cauchemar quantique ; où les personnages coexistent parfois sous divers âges et visages. On ne s’étonnera donc pas que le réalisateur de Merci la vie ! compte parmi les remerciements au générique. Christophe Honoré déploie ici tout son savoir-faire (qu’on sait immense) pour restituer la cotonneuse sensation d’une nuit blanche hantée par l’onirisme. Malgré son inventivité transmédiatique, malgré ses comédiens et comédiennes, malgré Apollinaire, son film laisse toutefois l’impression d’u

Continuer à lire

Consumée d’amour : "Portrait de la jeune fille en feu"

Le Film de la Semaine | Sur fond de dissimulation artistique, Céline Sciamma filme le rapprochement intellectuel et intime de deux femmes à l’époque des Lumières. Une œuvre marquée par la présence invisible des hommes, le poids indélébile des amours perdues et le duo Merlant/Haenel.

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Consumée d’amour :

Fin XVIIIe. Officiellement embauchée comme dame de compagnie auprès d’Héloïse, Marianne a en réalité la mission de peindre la jeune femme qui, tout juste arrachée au couvent pour convoler, refuse de poser car elle refuse ce mariage. Une relation profonde, faite de contemplation et de dialogues, va naître entre elles… Il est courant de dire des romanciers qu’ils n’écrivent jamais qu’un seul livre, ou des cinéastes qu’ils ne tournent qu’un film. Non que leur inspiration soit irrémédiablement tarie au bout d’un opus, mais l’inconscient de leur créativité fait ressurgir à leur corps défendant des figures communes ; des obsessions ou manies constitutives d’un style, formant in fine les caractéristiques d’une œuvre. Et de leur singularité d’artiste. Ainsi ce duo Héloïse-Marianne, autour duquel gravite une troisième partenaire (la soubrette), rappelle-t-il le noyau matriciel de Naissance des pieuvres (2007) premier long-métrage de Céline Sciamma : même contemplation fascinée p

Continuer à lire

Benoît Forgeard : « à force de laisser entrer les IA dans le quotidien, il va devenir de difficile de leur résister »

Yves | Quand le cinéaste montre le frigo qui fait du rap, le spectateur peut rire mais aussi s’inquiéter. Benoît Forgeard grime en comédie ses inquiétude devant l’avénement des intelligences artificielles destinées aux consommateurs superficiels.

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Benoît Forgeard : « à force de laisser entrer les IA dans le quotidien, il va devenir de difficile de leur résister »

Après Gaz de France, vous continuez avec un scénario racontant une sorte de fin de monde… Benoît Forgeard : Oui c’est vrai : c’est ça la définition d’apocalypse d’ailleurs : pas forcément la destruction de la planète, plutôt le début d’un nouveau monde. Comment Yves a-t-il germé dans votre esprit ? Pendant plusieurs années, je faisais des pitchs de films imaginaires pour la revue So Film, et j’avais pour habitude de les écrire de façon assez poétique, sans trop me soucier de leur faisabilité. Là, j’étais allé à une conférence sur la domotique au Collège de France ; un spécialiste parlait des IA domestiques qui allaient arriver dans les maisons, notamment de la voiture automatique de demain qui lorsqu’elle percevra l’abaissement de vos paupières, prendra le contrôle du véhicule, se mettra sur le côté et appellera un proche (rires). Quand j’ai entendu ça, je me suis dit qu’il y avait une possibilité de faire une comédie : le potentiel burlesque est important dans cette idée que les IA prennent des initiatives.

Continuer à lire

Robot après tous : "Yves"

ECRANS | Un rappeur en échec se retrouve propulsé au sommet grâce à l’aide de son réfrigérateur intelligent, qui va peu à peu exciter sa jalousie… Une fable contemporaine de Benoît Forgeard sur les périls imminents de l'intelligence artificielle, ou quand l’électroménager rompt le contrat de confiance. Grinçant.

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Robot après tous :

En galère personnelle et artistique, Jérem (William Lebghil) s’est installé chez sa feue grand-mère pour composer son album. Mentant sur sa situation, il s’inscrit pour devenir testeur d’un réfrigérateur tellement intelligent baptisé Yves qu'il va devenir son valet, son confident, son inspirateur et finalement son rival… Mieux vaut rire, sans doute, de la menace que constituent les progrès de l’intelligence artificielle et le déploiement – l’invasion – des objets connectés dans l’espace intime. D’un rire couleur beurre rance, quand chaque jour apporte son lot "d’innovations" dans le secteur du numérique et des assistants personnels ou de l’agilité des robots androïdes. Sans virer dans le catastrophisme ni prophétiser pour demain le soulèvement des machines décrit par la saga Terminator, mais en envisageant un après-demain qui déchante lié à l’omniprésence de ces technologies ou à notre tendance à tout leur déléguer inconditionnellement. Mister Freezer Yves n’es

Continuer à lire

Surface de séparation : "Just Charlie"

Drame | De Rebekah Fortune (G-B, 1h39) avec Harry Gilby, Karen Bryson, Scot Williams…

Vincent Raymond | Mardi 14 mai 2019

Surface de séparation :

Jeune footballeur doué, Charlie Lindsay est repéré dans son club par un recruteur, au grand bonheur de son père qui aurait aimé être pro. Mais Charlie se sent mal dans sa peau : au plus profond de lui, il se sait femme. Quand son entourage l’apprend, les réactions divergent… Il en va du football comme d’un culte en Angleterre (et tout particulièrement à Manchester) : on s’y consacre avec dévotion, on entre dans un centre de formation comme dans les ordres avec, outre l’ambition de faire triompher les couleurs de son Église/club, la promesse d’un paradis bien terrestre. Ce prérequis semble nécessaire pour comprendre pourquoi la “confession“ courageuse — en réalité, l’affirmation de son identité — de Charlie est perçue par certains proches comme la trahison d’un apostat. Pour son père, qui fantasmait une carrière par procuration, c’est une double peine : croyant perdre un fils et un futur glorieux, son rejet égoïste est aussi violent que celui des homophobes excluant Charlie… ou lui cassant la figure. Girl de Lukas Dhont avait déjà l’an dernier, on s’en so

Continuer à lire

Fils de Pan

L'Histoire | C'est une musique – faite de flûte, de haut-bois marocain, de percussions et de gambri (un luth à trois cordes) – dont on dit qu'elle peut guérir et que (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 23 avril 2019

Fils de Pan

C'est une musique – faite de flûte, de haut-bois marocain, de percussions et de gambri (un luth à trois cordes) – dont on dit qu'elle peut guérir et que l'ont vient écouter comme on vient recevoir une bénédiction. Cette bénédiction, les Master Musicians of Jajouka, du moins leurs ancêtres, la reçurent eux-mêmes de Sidi Ahmed Sheik, venu de l'Est pour répandre l'Islam au Maghreb aux alentours de l'an 800. L'origine de leur art remonte pourtant à une légende racontant qu'il fut révélé à un ancêtre des Attar par le Dieu Pan, autrement appelé Boujeloud. Et c'est bien à la croisée de la musique religieuse et du paganisme ; du folklore berbère et des traditions arabes d'influence égyptienne ; de la mystique soufi et de rites chamaniques que le mythe Jajouka a traversé les siècles et, à l'époque moderne, les genres, tradition ancestrale se fondant dans l'avant-garde. C'est d'ailleurs d'une avant-garde qu'est né dans les années 50 l'intérêt pour Jajouka, sous l'égide des grands amateurs d'états seconds qu'étaient les beatniks William Burroughs et Brion Gysin, lorsqu'i

Continuer à lire

Brian de Palma à Quais du Polar

Quais du Polar | [Moment vieux con] Aux jeunes publics qui pensent que Freddie Mercury et Queen ont tout inventé avec Bohemian Rhapsody, on recommande chaudement d’aller (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Brian de Palma à Quais du Polar

[Moment vieux con] Aux jeunes publics qui pensent que Freddie Mercury et Queen ont tout inventé avec Bohemian Rhapsody, on recommande chaudement d’aller faire un tour à l’Institut Lumière pour découvrir en grand Phantom of the Paradise (1974) pour tant de raisons que cette page n’y suffirait pas. Essayons tout de même. Il s’agit d’abord d’une relecture-réactualisation du classique Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux — déjà porté à l’écran avec Lon Chaney —, mâtinée de références au Faust de Gœthe comme à l’indispensable figure matricielle du cinéma de Brian De Palma, Alfred Hitchcock. S’il reçoit un très mérité Grand Prix au festival d’Avoriaz en 1975, c’est en tant que comédie musicale rock innovante qu’il marque autant les yeux et les oreilles, s’inscrivant automatiquement comme un marqueur de son temps et un classique du 7e art. Paul Williams, qui compose en sus le méphistophélique Swan, signe une bande-originale magistrale, enchaînement de tubes pop-rock, du dia

Continuer à lire

La cuisine ouverte de Cannibale au Sonic

Rock | Parce que le temps file, qu'on a dépassé les 40 ans et qu'il vaut mieux boulotter la barbaque tant qu'elle fume encore, les hurluberlus Born Badiens de (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 19 mars 2019

La cuisine ouverte de Cannibale au Sonic

Parce que le temps file, qu'on a dépassé les 40 ans et qu'il vaut mieux boulotter la barbaque tant qu'elle fume encore, les hurluberlus Born Badiens de Cannibale n'ont guère lanterné avant de donner un successeur à leur inaugural et trois étoiles No Mercy For Love. Et de livrer un nouveau modèle d'artisanat rock et d'idiosyncrasie esthétique qui inclut dans ses nombreux ingrédients son propre exotisme, en plus de tous ceux qu'il convoque aux quatre coins des genres, et une sauce résolument psychédélique dont seuls ces Bas-normands ont le secret. Si bien que l'on en vient à se dire que le titre dudit album, Not Easy to Cook, est bien mensonger, tant la décontraction et l'aisance semblent parcourir l'échine de ces onze titres électrisants oscillant entre la messe pas toujours noire et la danse de sabbat (comme sur The Ugliest Rabbit of the 70's). Comme une version, pas révolutionnaire, non, mais sans doute plus raffinée de leur précédent exercice. « It is a delicate and sweet dish » chante

Continuer à lire

Maud Lefebvre, une partie du tout

Portrait | Membre du Collectif X, Maud Lefebvre a la rigueur des grands enfants appliqués et la folie de ceux qui tentent de bousculer le quotidien. C’est comme metteure en scène de Cannibale que cette comédienne de formation nous avait épatés. Avec Maja, à la Renaissance cette semaine, elle convie l’étrange et nos peurs sur un plateau. Rare.

Nadja Pobel | Mardi 12 mars 2019

Maud Lefebvre, une partie du tout

Printemps 2016. Théâtre de l’Élysée. Semaine de vacances de Pâques, donc absence quasi abyssale de programmation dans les théâtres, un temps creux pour les "professionnels de la profession". Voir Cannibale presque par hasard. Et y trouver un phare de la création contemporaine : Maud Lefebvre met en scène un texte d’Agnès D’Halluin écrit d’après son idée originale : comment un jeune couple vit alors que la maladie incurable s’empare du corps de l’un d’eux ? Tout est là : leur cadre (les différentes pièces de l’appartement, le dehors), leurs émotions (la colère forte, l’amour fou), leur quotidien (cuisiner, se laver, s’éteindre). Avec un récit qui s’élève largement au-dessus du banal, une homosexualité jamais commentée, Maud Lefebvre signe une œuvre pleine, où aucun élément du théâtre n’est négligé au prétexte (réel) d’une économie étriquée. Alors, le travail dans l’urgence compense : « j’ai deux semaines de travail au plateau, trois au maximum » dit-elle. Et toujours, à l'observer, ce souci de rendre partageable ce qui se trame en amont. Maja, cette semaine à la Renaissance en est une nouvelle preuve. À 33 ans, Maud Lefebvre

Continuer à lire

Bruit Noir, outre-noir

Rock | Toujours pas guéri d'une sociopathie hautement justifiée, Pascal Bouaziz, leader de Mendelson, remet avec son compère Jean-Michel Pirès, le couvert de Bruit Noir. Qui coupe une nouvelle fois le monde en tranches pour en faire l'autopsie radicale, drôle et désespérée. Mais jamais tout à fait désespérante.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 mars 2019

Bruit Noir, outre-noir

À la fin d'un disque de Pascal Bouaziz, flotte toujours dans l'air cette question qui est encore du Pascal Bouaziz, comme le silence d'après-Mozart est encore du Mozart : que va-t-il bien pouvoir faire après ça ? Jusqu'où va-t-il pouvoir aller maintenant qu'il a poussé les murs des ruines du rêve occidental dans des retranchements derniers qui sont autant de tranchées infranchissables ? On lui avait posé la question après Mendelson, disque somme sorti en 2013. À cette question en suspens, Bouaziz avait répondu indirectement mais franchement – et en plusieurs temps – avec Bruit Noir I/III, projet mené avec et à l'initiative de "Mitch" Pirès (NLF3, The Married Monk), son album solo Haïkus et le

Continuer à lire

Luchini, édition très limitée : "Le Mystère Henri Pick"

Comédie | De Rémi Bezançon (Fr, 1h40) avec Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Luchini, édition très limitée :

Une éditrice découvre dans une bibliothèque pour manuscrits refusés le roman d’un pizzaïolo breton que personne n’a jamais vu écrire une ligne de son vivant. Publié, le livre est un succès et suscite les doutes d’un critique télévisuel qui mène l’enquête en compagnie de la fille de l’écrivain… Si l’on met de côté les invraisemblances en chaîne du dénouement (qu’on ne révèlera pas ici) et les revirements incessants du personnage joué par Camille Cottin — rivalisant avec le chat de Schrödinger, puisqu’elle est à la fois l’alliée et l’ennemie de l’enquêteur tentant de prouver que son père est un imposteur —, on peut trouver crédible de voir Fabrice Luchini pratiquer la dissection littéraire avec l’opiniâtreté d’un microtome et le flux verbal d’un Onfray croisé Sollers. Dommage, en revanche, que Rémi Bezançon, lui, ne semble pas croire assez à son intrigue pour oser un vrai thriller, préférant une version édulcorée pour soirée télé où le bon mot et la pirouette tranquille viennent par convention conclure chaque séquence. Un exemple

Continuer à lire

Un Brin de Folie : café de flore

Café botanique | Un lieu pour boire un thé, admirer les bouquets, goûter des pâtisseries, décider de repartir avec une plante, revenir pour un atelier floral : c’est le pari du café botanique Un Brin de Folie et c’est réussi.

Lisa Dumoulin | Lundi 14 janvier 2019

Un Brin de Folie : café de flore

À deux pas des Terreaux et de sa place tristement grise et dénuée de verdure, le café botanique Un Brin de Folie rééquilibre le paysage. À la fois café et fleuriste, le lieu est couvert de plantes du sol au plafond : des terrariums, des fleurs coupées ou séchées, des plantes en pots, des vases et des cache-pots, des couronnes et des bouquets… De quoi prendre son shoot de chlorophylle et d’oxygène, idéal toute l’année mais encore plus en cette période hivernale, histoire de commencer l’année avec un peu de soleil, fût-il légèrement contrefait. Pour une exposition maximale, privilégiez la mezzanine et son mur peint en jaune soleil : effet placebo assuré. Autre option, le fauteuil en rotin (coussins et plaids inclus) lové près d’une illustration botanique ancienne représentant un tournesol épanoui. À la tête de ce havre de paix Presqu’îlien se trouvent Marion Berger et Camille Boutleux. Marion, la fleuriste, a tenu plusieurs années son magasin de fleurs à Châtillon d’Azergues et s’est spécialisée dans la confection de terrariums. Avant de se lancer à Lyon, elle testa son activité en faisant des dépôts-vente da

Continuer à lire

Le Villejuif Underground : les mouches du Roche

Rock | Exilé de son Val-de-Marne natal, le Villejuif Underground de Nathan Roche revient (enfin) présenter son deuxième album à venir : "When will the flies in Deauville drop ?". Le retour en grande pompe d'un groupe toujours délicieusement à côté de ses pompes.

Stéphane Duchêne | Lundi 14 janvier 2019

Le Villejuif Underground : les mouches du Roche

« Quand les mouches tomberont-elles à Deauville ? ». Il y aurait presque dans le titre du deuxième album du Villejuif Underground, ici traduit en français, un côté Les oiseaux se cachent pour mourir. Une sorte d'inquiétude existentielle. Sauf qu'ici les aventures du père Ralph de Bricassart, prêtre expatrié en Australie tiraillé entre sa foi et l'amour terrestre, seraient incarnées par un expatrié dans l'autre sens : un Australien échoué dans le Vieux monde – et même carrément dans le Val-de-Marne, cet eldorado qui s'ignore mais que l'intéressé et sa bande de pieds nickelés ont désormais quitté. Une sorte de double inversé qui ne se poserait pas tant de questions, évacuant les dilemmes d'un revers de main mou. Entre la foi (ici une forme d'authenticité trop involontaire pour tenir de la pose) et les tentations plus triviales (le succès, la réussite, la promotion, ce genre de conneries), il ne fait aucun doute que le dénommé Nathan Roche a choisi la foi depuis longtemps. Et s'a

Continuer à lire

Encore : entre Rone et Saône

Clubbing | Revoici Rone, décidemment sensible au public lyonnais, qui cette fois vient fêter les six ans du promoteur Encore, l'agitateur de nuits technophiles (...)

Sébastien Broquet | Mardi 8 janvier 2019

Encore : entre Rone et Saône

Revoici Rone, décidemment sensible au public lyonnais, qui cette fois vient fêter les six ans du promoteur Encore, l'agitateur de nuits technophiles déambulant entre Saône et Rhône mais aussi Paris, également connu pour apposer sa patte sur le festivals Démon d'Or. Pour l'auteur du beau Mirapolis, il s'agit d'une fin d'ère, de la queue de comète d'une tournée à rallonge qui a rempli les salles : le dernier show avant la prochaine étape, le futur album - le cinquième. Sa pop électronique et onirique a rencontré un large succès, comblant le fossé entre le mainstream et la rave, fascinant aussi bien Jean-Michel Jarre avec lequel il composa que les amateurs de petits matins moites. Erwan Castex de son vrai nom est aujourd'hui incontournable - comme Chloé, également à la même affiche, compositrice de petites merveilles électroniques (mais bien trop rares : seulement trois albums depuis 2002) et DJ implacable : nul doute que cette soirée, où figure encore Markus Gibb (signé sur Lumière Noire, le label de Chloé), s'annonce chatoyante. Ce sera au Transbordeur, ce samedi 12 janvier à 23h30.

Continuer à lire

Lotringer, éditeur explosif

Littérature | La revue Initiales retrace les aventures de Semiotext(e) et de l’éditeur-passeur Sylvère Lotringer. Où la french theory croise la scène punk new-yorkaise à grands coups d'écrits, de riffs de guitares et de rats décapités.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 novembre 2018

Lotringer, éditeur explosif

Casquette, sweet à capuche, barbe de trois jours… Tout est dit ou presque sur le portrait photographique qui ouvre le nouveau numéro de la revue Initiales consacré à l’éditeur américain Sylvère Lotringer. Cette "cool attitude" n’est pas chez lui seulement une coquetterie, mais une approche de la vie en générale et de l’édition en particulier. Au début des années 1970, l’universitaire sémiologue globe-trotter (et quelques autres) lance une revue devenue mythique, Semiotext(e) (et maison d’édition à partir des années 1980), qui réunira dans ses colonnes des philosophes, écrivains et artistes de tous horizons : les penseurs français de l’après-1968 (Deleuze, Guattari, Baudrillard, Virillio, Lyotard…), les post-modernes américains (John Cage, Kathy Acker, John Giorno, Philippe Glass…), et d’innombrables inclassables. En novembre 1978, Semiotext(e) redonne aussi à l’écrivain William S. Burroughs toute son importance, largement dénigrée, alors, dans son propre pays. Pendant quelques jours l'év

Continuer à lire

ß-footballeur : "Diamantino"

Comédie | de Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt (Por-Fr-Bré, 1h32) avec Carloto Cotta, Cleo Tavares, Anabela Moreira…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

ß-footballeur :

Star de l’équipe portugaise de football, Diamantino manque sa finale de la Coupe du Monde. Désespéré, désorienté, cet esprit simple instrumentalisé par les siens craint d’avoir perdu sa vista. Un parti souverainiste europhobe essaie alors de le cloner mais, ouf, les services secrets veillent… Inutile d’être spécialiste du ballon rond pour deviner à travers le personnage de Diamantino, surdoué se transcendant sur le gazon, incapable de la moindre réflexion construite à l’extérieur du stade, un “hommage“ à CR7. Postulant que son héros doit son talent (génie ?) à des visions psychédéliques d’espèces de bichons bondissant dans des vapeurs roses, ce film s’inscrit clairement dans un registre décalé ; une sorte de conte bizarroïde où la princesse aurait des crampons, le prince serait un faux-migrant travesti (mais vraie membre des services secrets) et la marâtre deux sœurs jumelles obsédées par la fortune du frangin débile, prêtes à le vendre à la découpe. Émaillé de flashes proto-organico-fantastiques

Continuer à lire

Le club des cinq au Réverbère

Photographie | Cinq des photographes défendus par la galerie Le Réverbère ont fait paraître récemment un livre : Beatrix Von Conta, Denis Roche (1937-2015), Géraldine Lay, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 novembre 2018

Le club des cinq au Réverbère

Cinq des photographes défendus par la galerie Le Réverbère ont fait paraître récemment un livre : Beatrix Von Conta, Denis Roche (1937-2015), Géraldine Lay, Philippe Pétremant, William Klein. William Klein, rappelons-le, a d'ailleurs non seulement secoué les codes de la photographie avec ses images coups de poing prises parmi le flux spontané des rues, mais il a fait aussi éclater le cadre habituel des ouvrages de photographies, et ce dès 1956 avec la publication de son journal photographique New York. L'occasion était donc idoine pour le Réverbère de « rendre hommage aux éditeurs » et aux ouvrages de photographie, d'autant plus que la galerie est connue plus largement pour son goût pour le livre et la littérature (deux de ses photographes sont aussi des écrivains : Denis Roche et Alain Fleischer). L'accroch

Continuer à lire

Pierre Salvadori « c’est le film où Camille me complète et comprend le mieux mon univers »

En liberté ! | L’accord entre un cinéaste et son compositeur est la clef invisible de nombreuses réussites cinématographiques. Pierre Salvadori le confirme en évoquant sa collaboration harmonieuse avec Camille Bazbaz sur En Liberté ! Avec, en prime, un solo de Pio Marmaï…

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Pierre Salvadori « c’est le film où Camille me complète et comprend le mieux mon univers »

Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec Camille Bazbaz… Pierre Salvadori : C’est le quatrième film ensemble après Comme elle respire, Les Marchands de sable, Hors de prix… Pio Marmaï (surgissant) : Quelle fripouille celui-ci. J’adore ! Il a une identité musicale ce film, c’est un chef-d’œuvre — César ou je meurs ! T’imagines, le roublard ? Je veux voir son costume ! Vous l’auriez vu, à Cannes. On avait un look… PS : Moi je m’en fous de l’avoir, mais je prie pour que Camille retire un peu de gloire. Entre nous, c’est une vieille histoire. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Par la musique, dans les années 1990. Dans le XVIIIe arrondissement, il y avait un endroit qui s’appelait l’Hôpital Éphémère, un squat, avec des peintres où il avait son studio de répétition. J’allais voir ses concerts, j’étais un peu fan. Quand j’ai appris qu’il adorait Les Apprentis, on s’est ren

Continuer à lire

Balzac au pied des lettres au Théâtre de la Renaissance

Théâtre | Aimer ou posséder ? Cette question ancestrale est au centre de l'adaptation d'Eugénie Grandet par une jeune troupe de Nouvelle Aquitaine qui se prend les pieds dans le tapis de l’adaptation romanesque.

Nadja Pobel | Mardi 2 octobre 2018

Balzac au pied des lettres au Théâtre de la Renaissance

Il l'énonce dans ses intentions : « il n'y a ici pas de distribution de rôles ». Le metteur en scène (de la compagnie Le Temps est Incertain mais on Joue Quand Même) Camille de La Guillonnière n'attribue pas de personnages à ses six comédiens faisant ainsi circuler la parole car, dit-il « c'est vraiment l'écriture de Balzac que nous voulons porter au plateau ». Finement découpée et adaptée, elle s'entend effectivement sans émouvoir toutefois, sous l'éteignoir de phrases dites simultanément par plusieurs d'entre eux, comme un chœur inutile. Eugénie, fille d'un homme avare, qui ira jusqu'à ne pas soigner son épouse car cela a un coût, se prend d'amour pour son cousin. Le père de celui-ci ayant fait faillite, le patriarche s'oppose à cette liaison. Dans un décor simple et efficace fait de fenêtres mobiles, ce récit se déroule simplement mais manque de souffle. « Nous verrons cela » D'où vient que très régulièrement, les metteurs en scène refusent de dialoguer outre mesure les textes non-théâtraux qu'ils adaptent ? Bien sûr, nulle règle n'impose cette forme mais force est de constater dans c

Continuer à lire

"L'Amour est une fête" : et le film, une défaite

Cul-cul | de Cédric Anger (Fr, 1h59) avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Camille Razat…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Vous qui entrez dans la salle, abandonnez tout espoir de tomber sur un équivalent de Boogie Night à la française. Narrant l’infiltration de deux flics dans l’univers des peep-shows et du X des années 1980 parisiens, ce pensum n’en a ni le rythme, ni la folie. Présente-t-il quelque gravité dramatique, des attraits comiques insoupçonnés ? Pas davantage. Diable… Oserait-il, alors, s’appuyer sur ce décor ou ce contexte favorable pour créer un authentique film érotique doté d’une intrigue ? Pas plus que Yann Gonzalez avec sa (dé)pantalonnade Un couteau dans le cœur : on se trouve en présence de cinéastes qui vendent hypocritement l’idée du soufre, en craignant d’en prononcer le nom, et passent leur film à moquer leurs aînés du cinéma bis ou Z, tout en les pillant et les contrefaisant (mal) à coup de néons roses et de cheveux peroxydés. Ne parlons pas hommage, puisqu'il s’agit de dérision. Il n’y a là ni amour, ni fête ; d’ailleurs, ce n’est ni fait, ni à faire… Seule lumière au tableau : la B.O. de Grégoire Hetzel, et la mélancolie mélodique de ses part

Continuer à lire

Thomas Lilti : « un film de boxe où on remplace les combats par les concours et les entrainements par les révisions »

Première année | "Première année" sort à la rentrée universitaire, mais aussi au moment où la PACES — Première année commune aux études de santé — et le numerus clausus sont sur la sellette. Thomas Lilti a du flair et des choses à dire…

Vincent Raymond | Dimanche 9 septembre 2018

Thomas Lilti : « un film de boxe où on remplace les combats par les concours et les entrainements par les révisions »

Votre film sort à point nommé, alors que l’on fait état d’une probable réforme de l’examen sanctionnant la première année de médecine… Thomas Lilti : Et pourtant, il y a quelques jours, j’ai fait une émission sur France Culture avec Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement Supérieur, on a évoqué la PACES mais à aucun moment elle n’a dit clairement qu’ils étaient en train d’y réfléchir. C’est assez surprenant. On se demande s’ils n’ont pas sorti du chapeau une réforme pour quelque chose qui n’a pas bougé depuis 45 ans — à part l’intégration en 2010 des étudiants en pharmacie, des sage-femmes, des kinés dans le concours, ce qui fait qu’il y a encore plus de monde. Je suis ravi qu’on parle d’une réforme. Tout le monde constate que cette première année est une catastrophe, je ne suis pas le seul. La violence des enseignements et des concours était d’ailleurs dénoncée en août dernier par Clara De Bort, une ancienne directrice d’hôpital, dans une tribune parue dans la revue Prescrire… Thomas Lilti : J’avoue qu’elle m’a échap

Continuer à lire

Toubib or not toubib ? : "Première année"

Conventionné | de Thomas Lilti (Fr, 1h32) avec Vincent Lacoste, William Lebghil, Alexandre Blazy…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Toubib or not toubib ? :

Par conformisme familial, Benjamin entre en première année de médecine où il est vite pris sous l’aile d’Antoine, un sympathique triplant acharné à réussir. Quant à l’issue du premier semestre, le nonchalant bleu se trouve mieux classé que son besogneux aîné, leurs rapports changent… Poursuivant son examen du monde médical, Thomas Lilti s’attaque concomitamment dans cette comédie acide à plusieurs gros dossiers. D’abord, ce fameux couperet du concours sanctionnant la PACES — première année commune aux études de santé — mais aussi l’incontournable question de l’inégalité profonde face aux études supérieures. La fracture sociale ne se réduit pas en médecine, bien au contraire : construite sur la sélectivité et l’excellence, cette filière est un vase-clos favorisant la reproduction des élites — et de celles et ceux en maîtrisant les codes. Enfant du sérail ayant déjà pas mal étudié la question, Lilti juge avec clairvoyance cette période plus dévastatrice qu’épanouissante pour les futurs carabins : est-il raisonnable de faire perdre la raison à des aspirants médecins ? Coupable, l’in

Continuer à lire

Maud Lefebvre nous parle de Maja

3 questions à... | Elle nous avait ébloui par sa mise en scène de Cannibale en 2016. La voici en résidence pour trois ans à la Renaissance d'Oullins. Rencontre.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

Maud Lefebvre nous parle de Maja

Comment va se dérouler cette résidence ? Maud Lefebvre : Le théâtre va co-produire les deux prochains spectacles, que je fais avec le Collectif X. Pour cette année, ils ont acheté Maja, ma deuxième création qui naîtra à Andrézieu-Bouthéon en novembre. Ensuite, je vais travailler sur une adaptation cinématographique de John Cassavetes, Une Femme sous influence, que je mettrai en scène. C'est un challenge car c'est un texte déjà écrit alors que jusque là, j'étais dans des créations pures. L'année suivante, le projet, en collaboration avec quatre auteurs, se passera dans le futur avec deux cosmonautes. Et il y aura des ateliers avec les enfants, des personnes âgées, atteintes d'Alzheimer. D'où vient le projet de Maja, premier texte en tant qu'auteur et qui s'adresse aux enfants ? Ce n'est pas vraiment pour enfants. C'est même un spectacle pour adultes, adultes-parents mais pas forcément car ça peut rappeler des choses de sa propre en

Continuer à lire

Cinq expos photo à voir en septembre

Bons Plans | Septembre sera un mois particulièrement photographique à Lyon, avec notamment la nouvelle édition du Festival 9 PH dans plusieurs galeries. Notre sélection est, ce mois-ci, 100 % photo.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 3 septembre 2018

Cinq expos photo à voir en septembre

Un "Passager" nommé Arnaud Brihay Avions, chambres d'hôtels, forêts, no man's land, rétroviseurs d'automobiles... Tout est occasion pour le globe-trotteur Arnaud Brihay (né en 1972 en Belgique et résidant à Lyon) de petites ou de grandes fulgurances sensuelles et poétiques, parfois même inquiétantes. Entre son regard subjectif et le monde réel, ses images tissent un entre-deux tramé d'effets de flou, de saturation, de reflets et d'échos formels. À L'Abat-Jour du 8 septembre au 17 novembre Une passagère nommée Sylvie Bonnot En 2014, Sylvie Bonnot a traversé la Russie en train, empruntant notamment le fameux Transibérien. Elle en a ramené beaucoup d'images : certaines représentant assez directement des paysages et des personnes rencontrées lors de son périple, et d'autres qu'elle a retravaillées à sa façon, en atelier, pour les disposer sur des volumes, sur une surface de soie, ou sur des plaques gravées... Sa Russie, oscillant entre grandeur et frayeur, est donc aussi un voyage matériel de l'image photographique elle

Continuer à lire

Matteo Garrone : « Dogman est un film darwinien »

Dogman | Un brave toiletteur pour chiens et une brute qui le traite pis qu’un chien sont au centre de "Dogman", le nouveau conte moral de Matteo Garrone. Une histoire italienne d’aujourd’hui récompensée par le Prix d’interprétation masculine à Cannes pour Marcello Fonte.

Vincent Raymond | Jeudi 12 juillet 2018

Matteo Garrone : « Dogman est un film darwinien »

Dogman est inspiré d’un fait divers ? Matteo Garrone : Oui, il s’est déroulé à la fin des années 1980, et il est très célèbre en Italie parce qu’il a été particulièrement violent. Mais on s’en est très librement inspiré : on l’a retravaillé avec notre imagination. Il n’a jamais été question de reconstruire dans le détail ce qui s’était passé. On a également changé la fin, puisque Marcello est un personnage doux, incapable de violence. Dans le film, il agit par légitime défense, non par préméditation. Je suis particulièrement content que le film soit présenté dans un pays où ce fait divers n’est absolument pas connu : le spectateur idéal, c’est celui qui le verra sans avoir cette histoire en tête et sans comparaison avec la réalité. En Italie, le film a un peu souffert de ce fait divers — en tout cas au début. Certains spectateurs se disaient « ça va être extrêmement violent, donc je n’irai pas le voir ». Ensuite, le bouche-à-oreille l’a aidé. En fait, la violence présente dans le film est surtout psychologique, et pas aus

Continuer à lire

Un chien de sa chienne : "Dogman"

Drame | de Matteo Garrone (It, int. -12 ans, 1h42) avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria…

Vincent Raymond | Mardi 10 juillet 2018

Un chien de sa chienne :

Toiletteur pour chiens dans une cité délabrée, Marcello la bonne pâte devient le larbin d’une brute toxicomane terrorisant le quartier, Simoncino, lequel ne manque pas une occasion d’abuser de sa gentillesse. Mais après une trahison humiliante de trop, le frêle Marcello réclame son dû… « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » Blaise Pascal pressentait-il le décor de Dogman en rédigeant ses Pensées ? Vaste étendue ouverte sur une non moins interminable mer, cette scène rappelle l’agora de Reality, ce microcosme dans lequel une kyrielle de drames peut éclore et se jouer aux yeux de tous ; chacun étant libre d’ouvrir ou de fermer les yeux sur ce qui se déroule sous ses fenêtres. Et de se claquemurer dans une passivité complice, surtout, quand un fou-furieux a fait du secteur son espace de jeu. Mettre au ban une de ses victimes, la plus inoffensive (en l’occurence le serviable Marcello) tient de la pensée magique ou de l’exorcisme : en se rangeant implicitement du côté du bourreau, on espère

Continuer à lire

Léo Love Caniveau : "Sauvage"

Drame | Un film de Camille Vidal-Naquet (Fr, 1h39) avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Philippe Ohrel…

Vincent Raymond | Mardi 28 août 2018

Léo Love Caniveau :

Pour se fournir sa came quotidienne, Léo se vend ici ou là à des hommes, traînant son corps délabré de SDF sur les pavés parisiens. Des occasions de s’en sortir se présentent à lui parfois, mais il préfère vivre dans l’instant présent, l’adrénaline du fix et la sueur des corps incertains… Venir après Van Sant, après Téchiné, après Chéreau, après Genet, enfin après tout le monde en somme, dans la contre-allée de la représentation des éphèbes clochardisés vendant leur corps contre au mieux une bouffée de drogue, c’est déjà risqué. Mais ensuite tomber dans le maniérisme esthétique du pseudo pris sur le vif (avec coups de zooms en veux-tu, en voilà, rattrapage de point), dérouler les clichés comme on enfile des perles (boîtes gays nids à vieux fortunés, musicien vicieux rôdant tel le vautour…) pour nous conduire à cette fin prévisible comme si elle avait été claironnée… Était-ce bien nécessaire ? L’ultime plan, en tant qu’évocation indirecte de Verlaine, a plus d’intérêt, de force et de sens que bien des simagrées précédentes. On peut également sauver une ou deux répliques, assez bien troussées — elles.

Continuer à lire

Vu dans le Vercors

Vercors Music Festival | Entre grande scène (Le Foyer) et Club (entrée libre), tête de gondoles et têtes chercheuses, le festival d'Autrans poursuit son intéressante ascension dans le grand cirque des festivals d'été. Sélection de saison.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 juin 2018

Vu dans le Vercors

Bigflo & Oli Des rappeurs formés au Conservatoire, en France ça fait mauvais genre, on se méfie. On cherche "l'authentique" d'un Eddy de Pretto greffé à son iPod, on guette le Booba en eux, Orelsan les évite. Oui, les frérots du flow toulousain Bigflo & Oli souffrent de n'avoir pas l'image de mauvais garçons élevés à Scarface ou aux mixes crasseux. C'est sans doute ce qui les a conduit au sommet des charts français, partisans d'un rap à l'ancienne où la richesse de la rime le dispute à celle des instrus (leur totem : IAM). À force de clichés, le rap hexagonal a fini par faire de la place à ceux qui n'en étaient pas, quitte à leur coller, peut-être injustement, l'étiquette commerciale. En ouverture de leur deuxième album l'an dernier, le duo toulousain règle ses comptes et clame : « le rap français choqué, il pensait pas nous trouver là / On m'écoute en Suisse, en Belgique, à La Réunion, à Nouméa (…) quand les chiffres sont sortis j'ai cru que ces fils de pute allaient s'étouffer. » Cette année, Bigflo et Oli, d'autres chiffres le disent, sont les rois incontestés des

Continuer à lire

La Malédiction : "L’Homme qui tua Don Quichotte"

Enfin ? | Pendant un quart de siècle, Terry Gilliam a quasiment fait don de sa vie au Don de Cervantès. Un dévouement aveugle, à la mesure des obsessions du personnage et aussi vaste que son monde intérieur. Mais l’histoire du film n’est-elle pas plus grande que le film lui-même ?

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

La Malédiction :

De retour en Espagne, où il avait tourné son film d’études inspiré de Cervantès, un réalisateur de pubs en panne créative retrouve le cordonnier à qui il avait confié le rôle de Don Quichotte. Mais celui-ci se prend désormais pour le Chevalier à la triste figure et l’entraîne dans sa quête… À un moment, il faut savoir terminer un rêve. Même quand il a tourné en cauchemar. L’histoire de la conception de L’Homme qui tua Don Quichotte est l’une des plus épiques du cinéma contemporain, bien davantage que celle racontée par ce film aux visées picaresques. Palpitante et dramatique, même, jusque dans ses ultimes et rocambolesques rebondissements. Idéalisée par son auteur pendant un quart de siècle, cette œuvre a gagné au fil de ses avanies de production une nimbe de poisse à côté de laquelle la malédiction de Toutankhamon passe pour un rappel à la loi du garde-champêtre. Elle a aussi suscité une attente démesurée auprès du public, sa

Continuer à lire

Nuit de folie : "Le Ciel étoilé au-dessus de ma tête"

Comédie | de Ilan Klipper (Fr, 1h17) avec Laurent Poitrenaux, Camille Chamoux, Marilyne Canto…

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

Nuit de folie :

Jamais remis d’avoir publié un roman encensé voilà vingt ans, Bruno traîne sa dépression, vivant en peignoir dans une colocation, lutinant sa voisine à l’occasion. Quand un jour débarquent à l’improviste famille, ami et une demoiselle, il n’imagine pas qu’on veut l’interner… Pour son bien. Inégale dans son rythme et dans sa forme — peut-être pour restituer le tempérament bipolaire de son héros — cette comédie a des allures de film court s’étant doté d’un prologue pour devenir un (tout juste) long-métrage. Ici chez lui comme sur scène, Laurent Poitrenaux s’y dénude volontiers pour meubler l’espace en soliloquant, se montrant tour à tour fragile, extraverti et inquiétant face à cet envahissement inquisitorial orchestré par une mère juive assez gratinée. On sombrerait dans l’anecdotique simple si Ilan Klipper n’avait l’idée avant le dénouement de dynamiter la structure de son récit en disséminant des flashes proleptiques, rappelant les éclats pulsatiles des étoiles de son

Continuer à lire

Miou-Miou : « L’époque est à l’autocensure »

Larguées | La moindre des choses, quand on a eu 18 ans en 1968, est d’entretenir vivace l’impertinence de l’esprit. Miou-Miou ne s’est jamais conformée aux règles. Ce n’est pas aujourd’hui qu’elle va commencer. Entretien à l’occasion de la sortie de Larguées d’Éloïse Lang.

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Miou-Miou : « L’époque est à l’autocensure »

Eloïse Lang affirme que vous êtes d’une liberté totale. C’est la liberté de Françoise, le personnage qu’elle vous a offert, qui vous a décidée à accepter le film ? Miou-Miou : Alors non ce n’est pas que pour ça ; c’est l’ensemble : l’histoire, l’écriture… Il y a des phrases que je n’avais jamais entendues, des tirades lapidaires, formidables, vraiment superbes. Et je me suis aperçue en lisant le scénario et en voyant le film que je pratiquais, moi, une autocensure inconsciente. De quelle nature ? Si j’avais fait un film, je n’aurais pas mis de la drogue, des clopes, du rhum, de la baise… Des trucs libres et naturels, finalement. C’est là que je me suis rendue compte que je pratiquais une autocensure inhérente à l’époque, aux réactions incroyables, aux interdictions, aux choses procédurières… Sans m’en rendre compte, inconsciemment, comme nous tous, j’ai l’impression. C’est dans le sens où : pas fumer, pas boire, toutes ces choses où on se dit que ça va être interdit au moins de 12 ans, etc. Toutes ces choses qu’elle a mis avec fluidité, et c’est là où je me suis rendu

Continuer à lire

Villain garçon

Blues | Il vit aux États-Unis, dans le Wisconsin, mais semble venir d'une autre planète. Il a 26 ans, mais « en années humaines » précise-t-il, ce qui indique (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 17 avril 2018

Villain garçon

Il vit aux États-Unis, dans le Wisconsin, mais semble venir d'une autre planète. Il a 26 ans, mais « en années humaines » précise-t-il, ce qui indique quelque origine extraterrestre. Il se nomme Benjamin Bill mais se fait appeler William Z. Villain, soit quelque chose comme "Guillaume le Méchant". Il est maraîcher mais est parvenu à notre connaissance pour la bizarrerie de ces étranges fruits blues poussés sur un premier album aussi déviant que fascinant. Un ovni enregistré en solo, à la va-comme-je-balance-sur-mon-siège, et avec les moyens du bord (une guitare National Resonator blanche), en présence d'un chat. D'ailleurs son chant même, quand il se dédouble en voix de fausset, évoque la personnalité duplice et parfois inquiétante des félins. Elle caresse autant qu'elle hérisse et prend autant de liberté que la musique qui l'accompagne. Comme sur Anybody Gonna Move, un reggae aux airs de blues, petite musique de nuits "lycanthropicales". C'est à cela que ressemble la musique de ce Villain qui semble courir après son âme et

Continuer à lire

Réunion de Famille : "Larguées"

Comédie | de Éloïse Lang (Fr, 1h32), avec Miou-Miou, Camille Chamoux, Camille Cottin…

Aliénor Vinçotte | Mardi 17 avril 2018

Réunion de Famille :

Le scénario tient en une phrase : deux sœurs, Rose et Alice, l’une célibataire déjantée et sans-gêne, l’autre mariée responsable et sage, organisent un voyage à La Réunion pour tenter de remonter le moral de leur mère, Françoise, délaissée par son mari pour une trentenaire. Pas besoin d’éruption volcanique pour mettre le feu aux poudres... Même si, au premier abord, le synopsis manque d’originalité, avec ses personnages caricaturaux, on se laisse séduire par le cocktail étonnant formé par Miou-Miou et Camille Cottin — la première signant au passage son retour sur grand écran, avec pas moins de trois films cette année. Ici, les répliques fusent, les situations burlesques s’enchaînent grâce aux plans foireux de Rose, qui va devoir assumer de voir sa mère flirter avec l’animateur belge du club de vacances. Les deux actrices brisent les tabous du célibat et abordent sous un regard humoristique des sujets plus graves traversant toute vie. Comme celle de Félix, gamin venant de perdre sa mère, que Rose va prendre sous son aile — mention au jeune interprète, au jeu d’acteur touc

Continuer à lire

Savoureuse dévoration

Théâtre | Depuis sa création il y a tout juste deux ans, Cannibale a fait du chemin passant notamment par le remarquable festival Théâtre en Mai de Dijon l'an (...)

Nadja Pobel | Mardi 17 avril 2018

Savoureuse dévoration

Depuis sa création il y a tout juste deux ans, Cannibale a fait du chemin passant notamment par le remarquable festival Théâtre en Mai de Dijon l'an dernier. Ce n'est que justice que ce spectacle fasse encore escale par ici (au Théâtre de la Renaissance, Oullins, du 25 avril au 4 mai). Un couple amoureux (deux garçons) dissertent autour du repas du soir confectionné sous nos yeux de ce qu'il adviendra d'eux, de celui qui reste quand la maladie dont est atteint l'autre l'aura irrémédiablement fait passer par dessus bord. Physique, brutal, à vif mais toujours tendre, ce texte d'Agnès D'halluin mis en scène par Maud Lefevre est ambitieux. Les deux jeunes femmes ont su le déployer pleinement (décor représentant toutes les pièces d'un appartement, extérieur, vidéo...) et s'appuyer sur deux comédiens impeccables rencontrés à l’école de la Comédie de Saint-Étienne dont ils sont issus, Martin Sève et Arthur Fourcade. Certains membres de ce Collectif X seront, dans un tout autre genre, présents aux Ateliers Frappaz, le 29 juin, à l'issue d'un long travail mené sur le territoire de Villeurbanne avec la

Continuer à lire

Gaspar Claus & Casper Clausen : de l'autre côté du miroir

Pop | Tout semblait les opposer mais tous les a ramenés l'un vers l'autre, à commencer par une troublante histoire familiale aux ramifications portugaises. Le violoncelliste Gaspar Claus et le chanteur danois d'Efterklang Casper Clausen en ont tiré un étonnant projet, enregistré à Lisbonne et publié il y a deux ans qu'ils viennent présenter à l'Épicerie Moderne.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 avril 2018

Gaspar Claus & Casper Clausen : de l'autre côté du miroir

La carpe, le lapin, on connaît l'histoire. C'est un peu celle de Gaspar Claus et Casper Clausen, deux quasi homonymes dont les personnalités semblent se regarder en miroir. L'un, Gaspar Claus, est français et né en 1983, « un jour d'été harassant ». L'autre, Casper Clausen, est danois, il a vu le jour un an plus tôt « une nuit d'hiver glacé. » L'un vit le jour, l'autre la nuit. L'un est un violoncelliste aux pouvoirs de Protée, l'autre est le chanteur d'un groupe caméléon, Efterklang. Mais l'histoire dans l'histoire ne s'arrête pas là quand il s'agit d'envisager une collaboration pour un peu plus que la blague : leurs grand-pères respectifs Hans-Gert Claus et Helmer Clausen, ont tous deux fréquenté à l'hiver 1954 le Bairro Alto, le mythique "quartier haut" de Lisbonne, y viva

Continuer à lire