Fête du cinéma : les meilleurs

Nos films préférés à l'affiche de la fête.

Valse avec Bachir
d’Ari Folman (Fr-Ang-All-Israël, 1h27) documentaire d’animation
Un choc : avec un courage proportionnel à l’audace de son dispositif, Ari Folman a réalisé un film puissant qui est appelé à marquer les esprits cinéphiles. Simple soldat pendant la guerre du Liban, et témoin du massacre de Sabra et Chatila où des partisans du leader assassiné Bachir Gemayel ont exécuté des femmes et des enfants palestiniens sous les yeux d’Israëliens complices par leur inaction, Folman prend comme point de départ son propre oubli des événements. Transposition cinématographique immédiate : l’infilmable ne sera pas filmé, mais seulement évoqué par le procédé de l’animation, qui autorise le cinéaste à faire surgir ce souvenir qu’il a volontairement refoulé. Que ce soit quand il interroge ses anciens compagnons d’arme, ou quand il se lance dans une vision onirique et fantasmée de la guerre, cette liberté de représentation donne une force peu commune à la démarche du cinéaste. Liberté de faire entrer le rock’n’roll, le fantasme ou même la comédie (très noire) dans une œuvre grave, unique dans son dispositif et qui pourtant rappelle tout un pan de l’histoire du cinéma. Les temps morts de ces troufions immatures ressemblent à ceux des Américains désœuvrés dans Apocalypse now ; l’instant magnifique où un soldat perdu se laisse emporter par la mer pour échapper aux balles ennemies évoque La Ligne rouge ; la permission de Folman et son incapacité à se laisser aller au plaisir et au désir font écho à une scène similaire dans L’Armée des ombres de Melville. Enfin, l’ultime mouvement du film, bouleversant, reprend la figure des cercles concentriques dans Salo de Pasolini, où les bourreaux sont autant ceux qui regardent sans rien faire que ceux qui agissent. Ce qui conduit à parler du courage politique dont fait preuve Folman : voilà un Israëlien qui ose assumer le parallèle troublant mais ici légitime entre les massacres nazis et ceux perpétrés par Tsahal. Les parents du cinéaste sont morts dans les camps de concentration, et pourtant il dit ouvertement dans son film sa crainte d’affronter «le nazi en lui». Ce regard-là va en déranger beaucoup, mais il fait preuve d’une honnêteté intellectuelle et morale indiscutable. Christophe ChabertUn conte de noël
d’Arnaud Desplechin (Fr, 2h23) avec Catherine Deneuve, Matthieu Amalric…
À Roubaix, une famille se réunit autour de la mère, en attente d’un donneur compatible pour une transplantation de moelle osseuse. Mais c’est Henri, le fils mal-aimé et banni, qui s’avère être le sauveur potentiel… À l’énergie et avec un incroyable appétit de récit, Desplechin fait se croiser le rire et le drame, le réel et la fable, la mythologie et le trivial. La richesse d’Un conte de Noël est telle qu’à la deuxième vision, on se surprend à y déceler des faiblesses évidentes (le jeu sur les statistiques) et des mystères cachés (la femme morte d’Amalric, figure fantomatique et essentielle), mais on se laisse surtout emporté à nouveau par ce grand souffle romanesque et cette inventivité de tous les plans. CCLa graine et le mulet
d’Abdellatif Kechiche (Fr, 2h31) avec Habib Boufares, Hafsia Herzi…
Le plébiscite du film d’Abdellatif Kechiche aux derniers Césars n’était que justice : d’une beauté formelle discrète mais avérée, d’une émotion palpable dès les premiers plans, d’une intégrité inédite dans le paysage sinistrement normalisé du cinéma français, La Graine et le Mulet vous transporte, vous révolte, vous émeut, vous fait rire. Le genre de film qui n’appelle que le silence déférent une fois la lumière rallumée. FCWallace et Gromit et le mystère du lapin-garou
De Nick Park et Steve Box (EU/GB, 1h25) animation
À quoi peut-on reconnaître la perfection d’un film d’animation ? Au travail d’orfèvre accompli visuellement, à l’efficacité létale de son rythme, à la saveur de son humour définitivement à part, et surtout, à sa propension à vous faire croire que vous avez de nouveau 5 ans. FCRec
de Jaume Balaguero et Paco Plaza (Esp, 1h20) avec Manuela Velasco, Ferran Terraza…
Avec 750 000 euros de budget et des partis pris de mise en scène systématiquement pertinents, Balaguero et Plaza en remontrent à tout le landernau mondial du cinéma horrifique. Non content d’être une expérience de cinéma extrêmement jouissive (pour peu qu’on aime se faire peur, s’entend), Rec se pose également en réflexion poussée et dérangeante sur le genre. Autant de raisons de boycotter (voire d’insulter) le remake américain, stupide copier-coller (allez voir la bande-annonce, c’est flagrant) tourné à l’arrache et programmé sur nos écrans dès la fin de cette année… FCLa visite de la fanfare
D’Eran Kolirin (Israël, 1h26) avec Sasson Gabai, Ronit Elkabetz…
Une fanfare de la police égyptienne se trompe de destination, et se retrouve coincée dans une bourgade israélienne paumée. L’accueil chaleureux des habitants va abattre les barrières séparant a priori ces individus, et révéler chacun humainement. Un tour de force sensible, drôle et émouvant, avec en bonus le plus beau couple de cinéma (Sasson Gabai et Ronit Elkabetz) vu depuis une éternité. FCLa Zona
De Rodrigo Pla (Mexique, 1h38) avec Daniel Gimenez Cacho, Maribel Verdu…
Pour sa première réalisation, Rodrigo Pla signe une œuvre coup de poing sur les dérives sécuritaires et les scissions indépassables entre classes. La maestria de la mise en scène nous embarque dans une montée crescendo de la violence, opérant la fusion parfaite entre film de genre extrêmement efficace et réflexion désenchantée aux échos assourdissants. Un choc. FC

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