Ciné O'clock, 22e prise

Julien Homère | Mardi 7 février 2017

Photo : © DR



Moi, Daniel Blake

De Ken Loach (Angl-Fr, 1h39) avec Dave Johns, Hayley Squires... Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l'obligation d'une recherche d'emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d'accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider…
Le Zola 117 cours Émile Zola Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Sing Street

De John Carney (Irl-Angl-EU, 1h46) avec Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boynton... Dublin, années 80. La pop, le rock, le métal, la new wave passent en boucle sur les lecteurs K7. Conor, un lycéen dont les parents sont au bord du divorce, est obligé à contrecœur de rejoindre les bancs de l’école publique dont les règles d’éducation diffèrent de celles de l’école privée qu’il avait l’habitude de fréquenter. Pour impressionner la mystérieuse Raphina. Il décide de monter un groupe et de se lancer dans la musique, univers dans lequel il ne connait rien ni personne,
Le Zola 117 cours Émile Zola Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Room

De Lenny Abrahamson (ÉU, 1h58) avec Brie Larson, Jacob Tremblay...
Jack, 5 ans, vit seul avec sa mère, Ma. Elle lui apprend à jouer, à rire et à comprendre le monde qui l’entoure. Un monde qui commence et s’arrête aux murs de leur chambre, où ils sont retenus prisonniers, le seul endroit que Jack ait jamais connu. Le Zola 117 cours Émile Zola Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Cinq Boiler Room pour transformer votre salon en club

Clubbing | En quête d’un bon set pour vous lâcher tout seul ou seule dans votre salon ? C’est encore mieux en images grâce aux mythiques Boiler Room. Vous serez moins seuls sur ce tapis muté en dancefloor frénétique : sélection des cinq meilleures.

Gary Ka | Lundi 23 mars 2020

Cinq Boiler Room pour transformer votre salon en club

SAMA On n’a jamais vu des gens aussi heureux avec une telle énergie dans une Boiler. Mais tout ça, c’est grâce au set parfait de la Palestinienne Sama ! KAYTRANADA Sûrement la Boiler la plus vue au monde, avec son lot de danseurs devenus de vrais memes sur Internet. Kaytranada nous offre la Boiler la plus groovy ! REGAL Une Boiler parmi les plus énervées de toutes avec le maître de l’acid techno actuelle. MEZIGUE Si vous portez un masque, vous vous sentirez moins seul avec le DJ masqué ! RED AXES Bon ok ce n’est pas une Boiler Room, mais les Israéliens de Red Axes sont aujourd’hui les boss

Continuer à lire

Quand l’Europe tentait le régime sans Grèce : "Adults in the Room"

Thriller | Comment la Grèce a tenté de résister, grâce à Yánis Varoufákis, au chantage de l’Eurogroupe et à l’intrusion humiliante des technocrates dans son économie… Costa-Gavras revient en force avec un thriller économico-politique constatant un déni de démocratie ordinaire.

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Quand l’Europe tentait le régime sans Grèce :

Grèce, janvier 2015. Syriza, parti de gauche radicale, remporte les législatives. Élu député, l’économiste Yánis Varoufákis est nommé aux Finances et s’emploie à convaincre les instances européennes de renégocier la dette, sans nouveaux sacrifices. Une mission quasi impossible… La Providence aurait-elle un goût pervers pour l’ironie ? Aurait-elle ourdi cette tragédie grecque 2.0 que constitue la crise de la dette publique ayant frappé la République hellénique à partir de 2008, pour qu’au terme d’un infernal sirtaki dans les hautes sphères, Costa-Gavras puisse signer ce thriller économico-politico-diplomatique, retrouvant le mordant combatif faisant défaut à sa dernière réalisation en date, Le Capital (2012) — promenade dans l’univers de la haute finance plus désabusée qu’à l’accoutumée ? À l’instar des précieux Z, L’Aveu ou Missing, Adults in the Room relate le parcours d’un individu contre une machine étatique que sa puissance bureaucratique et sa doctrine économique ou politique ont transformée en monstr

Continuer à lire

Misère UBER alles : "Sorry We Missed You"

Le Film de la Semaine | Pour s’en sortir, un intérimaire se lance dans l’entrepreneuriat franchisé avec l’espoir de s’en sortir… précipitant sa chute et celle de sa famille. Par cette chronique noire de l’ère des GAFA, Ken Loach dézingue toujours plus l’anthropophagie libérale. En compétition à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Misère UBER alles :

Newcastle, de nos jours. Abby et Ricky s’en sortent tout juste avec la paie de l’une et les intérims de l’autre. Alors, Ricky convainc son épouse de vendre leur voiture pour acheter un utilitaire afin de devenir livreur “indépendant“. Le mirage d’une vie meilleure s’offre à eux. Le début de l’enfer. D’aucuns pourraient reprocher — c’est une figure de style : en fait, ils le font — à Ken Loach de rabâcher sous toutes les formes sa détestation du modèle capitaliste. Ou d’avoir joué depuis trente ans les prophètes de mauvais augure en dénonçant avec constance les ravages de la politique thatchéro-reagano-libérale qui, ayant désagrégé le tissu socio-économique britannique, n’en finit plus de saper ce qu’il reste de classe moyenne, après avoir laminé les classes populaires, au nom de la “libre“ entreprise, “libre“ concurrence… bref de toute cette belle liberté octroyée au haut de la pyramide pour essorer le lumpenprolétariat. Trente ans que Loach essuie les mêmes remarques condescendantes des partisans du marché (qui le voient

Continuer à lire

Les bons plans de la semaine #1

Un jour, une sortie | On débute avec Jean-Louis Aubert et on conclue avec une toile sous les étoiles : voici nos propositions de la semaine.

La rédaction | Mercredi 26 juin 2019

Les bons plans de la semaine #1

Mercredi 26 juin – Rock téléphoné Mise Aubert « Voilà, c'est fini », comme le chantait Jean-Louis lui-même, fin de saison, rideau, dernier numéro de saison pour le Petit Bulletin et ouverture ou presque des vacances et de la saison des festivals. Les festivals, Jean-Louis Aubert les a beaucoup fréquentés ces derniers étés avec sa version reformée de Téléphone, les Insus(portables). Sans doute fatigué de tout ce cirque, Aubert a choisi de calmer le jeu en solo et en acoustique. Idéal pour entamer la mise au vert estivale ? Sinon, il y a toujours un nouvel épisode du Village préféré des Français sur France 3. À la Bourse du Travail à 20h30 Jeudi 27 juin – Blues Summer blues Avec une régularité métronomique, le duo Hill country blues Left Lane Cruiser enchaîne les albums (à raison d'un par an, grosso merdo) et les concerts en terre lyonnaise (quasiment au même rythme). Les revoici avec sous l'aisselle, Shake & Bake, leur sortie annuelle aussi rutilante au dehors que poisseuse en dedans.

Continuer à lire

Seul au monde, Deutschland : "In My Room"

Et aussi | De Ulrich Köhler (All, 2h) avec Hans Löw, Elena Radonicich, Michael Wittenborn…

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Seul au monde, Deutschland :

Cadreur un brin irascible et je-m’en-foutiste, sans attaches amoureuses, Armin semble avoir prolongé son adolescence. Un lendemain de cuite, il s’éveille dans un monde où l’humanité s’est étrangement évanouie. Il va devoir vivre en étant le dernier des hommes. Mais pas des Hommes. Largement repris depuis Defoe, le thème du naufragé a donné lieu à bien des variations insulaires, la taille de l’île variant de l’atoll à la planète — coucou, Matt Damon. Si d’ordinaire la question de la survie du malheureux survivant se pose comme la priorité cardinale, elle s’évacue ici très rapidement dès lors que l’on a intégré que ledit survivant se trouve tout sauf malheureux du sort qui lui est échu : l’éradication de ses congénères tient davantage pour ce misanthrope inavoué d’un rêve libératoire ou d’un accomplissement que d’une punition. Quant à sa subsistance, elle est assurée par les ressources désormais surabondantes d’une Terre édénique, même pas convoitées par quelque zombie ou opposant à cet idéal rousseauiste. En clair, Armin se trouve

Continuer à lire

Ciné O’Clock : Absolutely villeurbannous !

Festival | Jusqu’ici, tout va bien pour la production cinématographique anglo-saxonne : elle bénéfice pour quelques mois encore des subsides européens. Son public peut (...)

Vincent Raymond | Mardi 30 janvier 2018

Ciné O’Clock : Absolutely villeurbannous !

Jusqu’ici, tout va bien pour la production cinématographique anglo-saxonne : elle bénéfice pour quelques mois encore des subsides européens. Son public peut donc espérer trouver une réelle diversité de genres sur ses écrans. Et, par voie de conséquence, celui de Ciné O’Clock également. Irremplaçable rendez-vous du cinéma britannique et irlandais, ce festival villeurbannais mêle avec bonheur œuvres du patrimoine (A Taste of Honey et Samedi soir et dimanche matin, pour le côté free cinéma ainsi que Le Crime de l’Orient-Express de Lumet, immanquables), sorties récentes (The Party), avant-premières (Cro Man) et, c’est l’une des singularités de sa judicieuse programmation, ses inédits. Une belle rencontre de Lone Scherfig en fait ainsi partie, tout comme Patrick’s Day ou A Date for mad Mary. On guettera aussi, avec une certaine curiosité, la projection de Une femme heureuse (The Escape)

Continuer à lire

Groom : le nouveau dandy de la nuit

Club | Salle de concert, club et bar à cocktails : une formule trois en un pour le Groom, nouveau lieu noctambule qui ouvre ses portes ce samedi 13 mai.

Lisa Dumoulin | Mardi 9 mai 2017

Groom : le nouveau dandy de la nuit

La scène locale est au coeur de la programmation du Groom, porté par l’équipe de l’Away hostel (à deux pas) et du Slo Living hostel (à Guillotière). Côté concerts, la prog’ est confiée à AFX, plus précisément à Jean Brice Lacombe, également directeur du Riddim Collision Festival et Francis Richert, programmateur du festival Changez d’Air. A raison de deux à trois concerts par mois, les jeunes découvertes de la pop/folk/rock française seront invitées à fouler la scène. A commencer par Therapie Taxi et Eddy de Pretto le 4 juin et Inüit, six nantais trempés de pop électronique, le 23 juillet (sous réserve). Côté club, c’est l’équipe d’Encore qui prend les manettes. Soit Bertrand Fontana, Jacques Antoine Granjon et Clément Ruspil, également actifs chez Totaal Rez, Polaar, De Beaux Crâneurs, Courtship ou Enover. Une belle brochette hyperactive, à l’image de l’effervescence de la scène lyonnaise, qu’ils mettent un point d’honneur à défendre. C’est donc principalement les labels et collectifs lyonnais (tels La Chinerie,

Continuer à lire

Ken Loach : « Rien ne changera tant qu’on n’aura pas changé le modèle économique »

Entretien | Force tranquille toujours aussi déterminée, Ken Loach s’attaque à la tyrannie inhumaine des Job Centers, vitupère les Conservateurs qui l’ont organisée… et cite Lénine pour l’analyser. Ouf, les honneurs ne l’ont pas changé !

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Ken Loach : « Rien ne changera tant qu’on n’aura pas changé le modèle économique »

Comment ce nouveau film est-il né ? Ken Loach : Quand Paul Laverty, le scénariste, et moi, avons commencé à échanger les histoires que nous entendions autour de nous, lui en Écosse et moi en Angleterre — entre deux réflexions sur les scores de foot. Des histoires de personnes piégées dans cette bureaucratie d’État, et qui deviennent de plus en plus extrêmes. Je pourrais vous donner des tonnes d’exemples, comme cet homme qui avait téléphoné au Job Center — le Pôle Emploi britannique — pour prévenir qu’il ne pourrait pas honorer un rendez-vous car il assistait aux funérailles de son père. Il est allé à l’enterrement… et on lui a arrêté ses allocations ! Durant nos recherches, on a traversé le pays, et on en a entendu plein d’autres identiques. Alors on s’est dit qu’on devrait en raconter une, pour essayer de faire comprendre aux gens ce qu’ils endurent. Paul a écrit les deux personnages principaux de Dan et Katie et voilà, c’était parti. Pourquoi l’avoir situé à Newcastle ? C’était une ville que l’on n’avait pas encore filmée, elle est la plus au nord de toutes les grandes villes britanniques

Continuer à lire

"Moi, Daniel Blake" : une couronne pour le Royaume des démunis

Moi, Daniel Blake de Ken Loach | Lorsqu'un État fait des économies en étouffant les plus démunis, ceux-ci s’unissent pour survivre en palliant sa criminelle négligence. Telle pourrait être la morale de cette nouvelle fable dramatique emplie de réalisme et d’espérance, qui vaut à Ken Loach sa seconde — méritée — Palme d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Avec sa bouille de Michel Bouquet novocastrien, Daniel Blake a tout du brave type. En arrêt maladie après un accident cardiaque, il doit sacrifier aux interrogatoires infantilisants et formatés de l’Administration, menés par des prestataires incompétents — l’État ayant libéralisé les services sociaux —, pour pouvoir reprendre son boulot ou bénéficier d'une allocation. Assistant à la détresse de Katie, mère de famille paumée rabrouée par une bureaucrate perversement tatillonne, Daniel s’attache à elle et l’épaule dans sa galère, cependant que son cas ne s’améliore pas. Tout épouvantable qu’il soit dans ce qu’il dévoile de la situation sociale calamiteuse des plus démunis au Royaume-Uni (merci à l’administration Cameron pour ses récentes mesures en leur défaveur), Moi, Daniel Blake se distingue par sa formidable énergie revendicative positive, en montrant que les “assistés” n’ont rien de ces profiteurs cynique mis à l’index et enfoncés par les Tories. Ils font preuve d’une admirable dignité face à l’incurie volontaire de l’État, refusant le piège de la haine envers le plus faibles qu’eux — le facile pis-aller de la discrimination à l’in

Continuer à lire

"Sing Street" : band de jeunes

ECRANS | de John Carney (Irl, G-B, E-U, 1h46) avec Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boynton, Jack Reynor…

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Dublin, 1985. Espérant s’attirer les faveurs de la splendide Raphina, Conor décide de monter un groupe avec ses (rares) camarades de lycée. Une manière de s’évader de la crise économique omniprésente lui valant une relégation dans un établissement public et précipitant le divorce de ses parents… Ex-fans des eighties, directeurs de salles de concert, préparez-vous à pleurer des larmes de vinyle devant cette charmante romance à l’accent rugueux fleurant la douce nostalgie du jukebox d’une époque musicalement magique — autant qu’elle empeste l’haleine nicotinée du skin. À elle-seule, la BO de Sing Street justifie le déplacement : Joe Jackson (Steppin’ Out), Daryl Hall & John Oates (l’imparable Maneater), Duran Duran, The Cure (In Between Days, tudieu !), sans parler des compos du groupe Sing Street, pas déshonorantes… Un concentré de la diversité bouillonnante des années new wave, en perpétuelle réinvention culturelle, mélodique, vestimentaire ; une période métamorphique en écho aux mutations inhérentes à l’adolescence. John Carney a su miraculeusement rendre tangible non seulement ce jaillissemen

Continuer à lire

Sorties cinema de la rentrée 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Un semestre en salles | Un Harry Potter, un Star Wars, un Marvel, un Loach Palme d’Or… Non non, nous ne sommes pas victimes d’un sortilège nous faisant revivre en boucle la dernière décennie. Regardez d’un peu plus près : c’est dans les détails que se nichent les nuances…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Sorties cinema de la rentrée 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Après un gros premier semestre dévolu aux blockbusters, la fin de l’année accueille traditionnellement le cinéma d’auteur — exception faite des incontournables marteaux-pilons de Thanksgiving et Noël, conçus pour vider une bonne fois pour toutes les goussets des familles. Les candidats 2016 sont, dans l’ordre, Les Animaux fantastiques de David Yates (16 novembre), spin off de la franchise Harry Potter et Rogue One : A Star Wars Story de Gareth Edwards (14 décembre). Qui de Warner ou Disney l’emportera ? Un peu avant (26 octobre), Benedict Cumberbatch tentera de déployer la bannière Marvel dans le film de Scott Derrickson, Doctor Strange — un second couteau parmi les superhéros. Cette impression d’avoir à faire des versions alternatives ou dégraissées de vieilles connaissances se retrouve aussi chez Tim Burton qui signe avec Miss Peregrine et les enfants particuliers (5 octobre) un nouveau conte fantastique sans Helena Bonham Carter, ni Johnny Depp, ni son compositeur fétiche Danny Elfman ! Au moins, on peut espére

Continuer à lire

Jean Labadie, ou le 7e art délicat de la distribution

Festival de Cannes | Sa société Le Pacte présentait cette année douze films à Cannes, dont la Palme d'Or, Moi, Daniel Blake de Ken Loach. Distributeur de Desplechin, Jarmusch, Kervern & Delépine, Jean Labadie est un professionnel discret mais loquace. Parcours d’un franc-tireur farouchement attaché à son indépendance.

Vincent Raymond | Dimanche 22 mai 2016

Jean Labadie, ou le 7e art délicat de la distribution

N’était l’affiche de Médecin de campagne, le dernier succès maison placardé sur le seul bout de mur disponible — les autres étant recouverts de bibliothèques — on jurerait la salle de réunion d’un éditeur. Rangées dans un désordre amoureux et un total éclectisme, des dizaines de livres s’offrent à la convoitise du visiteur : ici les BD (Jean Graton, Hergé, Larcenet…), là Péguy et Zola côtoyant Hammett et des essais historiques ; ailleurs Tomber sept fois se relever huit de Philippe Labro… « Une fois que j’ai fini des livres, je les amène ici. J’aime l’idée que les gens peuvent se servir », explique le maître des lieux, Jean Labadie. La soixantaine fringante, le patron de la société de distribution Le Pacte confesse « passer aujourd’hui davantage de temps à lire qu’à voir des films. » À voir. Animé d’une curiosité isotrope et d’une énergie peu commune dissimulée sous la bonace, l’homme suit avec acuité l’actualité et la commente, pince-sans-rire, sur son très actif compte twitter

Continuer à lire

Green Room : no future

ECRANS | Un groupe punk à la dérive vérifie à ses dépens la réalité du slogan No Future en se produisant devant un public de fachos. S’ensuit un huis clos surprenant, avec larsen et acouphènes modulés par Jeremy Saulnier. Prix du Petit Bulletin lors du dernier festival Hallucinations Collectives.

Vincent Raymond | Mardi 26 avril 2016

Green Room : no future

On le sait depuis Psychose d’Hitchcock : les films qui bifurquent sans crier gare dans l’hémoglobine méritent toujours qu’on consente un détour en leur direction. Faisant mine de nous emmener dans des contrées connues, ils se plaisent à nous projeter au milieu d’un ailleurs terrifiant confinant parfois au nulle part — cette terra incognita cinématographique qui se réduit comme une peau de chagrin. Green Room appartient à cette race bénie d’œuvres maléfiques se payant même le luxe de changer plusieurs fois de directions. Conservant le spectateur pantelant, dans un état d’incertitude en accord avec l’intranquillité seyant à des personnages de survival. Et ourlant ses massacres de ponts rock (ou plutôt punk) du plus bel effet. Haches tendres et battes de bois Partant d’un chaos dérisoire, de la situation minable d’un groupe tirant le diable par la queue, Green Room semble brandir l’étendard d’une comédie ingénue, laissant entrevoir de fines plaisanteries sur les musiciens à cheveux gras, leur combi pourri ou les parquets en bois norvégien. On s’attend à une succession de mésaventures anecdotiques — tendanc

Continuer à lire

Room

ECRANS | de Lenny Abrahamson (Can/Irl, 1h58) avec Brie Larson, Jacob Tremblay, Joan Allen…

Vincent Raymond | Mardi 8 mars 2016

Room

Étonnante symétrie que celle de ce film, construit en diptyque : deux volets successifs sur l’enfermement. Au mitan de Room intervient la libération (haletante) de la mère et du fils qu’elle a eu en captivité. Au huis clos entre ces deux êtres fusionnels succède alors le traumatisme… de la gestion post-traumatique : le fils découvre un monde infini et s’épanouit, sa génitrice se claquemure en elle-même. Un concentré d’Œdipe qui se résoudra dans la séquence finale. Malgré quelques lourdeurs — le pesant accent porté sur le fiston, sur lequel il faudrait qu’on s’extasie — Room s’en sort plutôt bien dans la catégorie enlèvement-réclusion : une vision du très mitigé À moi seule (2012) de Frédéric Videau, inspiré de l’affaire Natascha Kampusch, permet de s’en convaincre… Il est à plus d’un titre intéressant que les votants de l’Académie des Oscars aient salué l’interprétation de la comédienne principale de Room. Une fois n’est pas coutume, ils ne se sont pas fait embobiner par la prestation de l’enfant (le critère “mignon” biaise toujours le jugement critique), m

Continuer à lire

Bang Gang

ECRANS | Des lycéens comblent le désert de leur existence en se prenant en main, c’est-à-dire les uns avec les autres et dans tous les sens… Inspirée par un fait divers, Eva Husson n’a pas froid aux yeux pour son premier long métrage qui, sans être bégueule, se révèle plus stuporeux que stupreux…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Bang Gang

Identifié par ses pom-pom girls aux pectoraux avantageux, ses capitaines d’équipe de football athlétiques mais bas du front, ainsi que par ses forts en thème malingres, myopes, boutonneux et polycomplexés, le film de lycée (high school movie) est un genre à part entière outre-Atlantique. Cette catégorie de comédies plus ou moins émoustillantes destinées à être consommées avec popcorn et boy/girlfriend sort rarement de l’ornière, à moins d’un miracle ou d’une volonté de pervertir les codes — voir Carrie (1977) de De Palma ou Retour vers le futur (1985) de Zemeckis. Si le cinéma français s’adonne parfois à ces bluettes sucrées (La Boum, LOL), il propose aussi des traitements alternatifs de l’âge “ingrat” — ou “des possibles”. Dans des œuvres saisissant l’adolescence comme un état mystérieux ou inquiétant, et ceux qui la traversent pareils à une tribu autonome, abandonnée à elle-même ; des œuvres valant parfois davantage pour les ambiances construites, nimbées d’interdits et de tabous transgressés que les histoires racontées. De par son climat d’étrangeté diffuse, son goût pour l’architectur

Continuer à lire

Igor de la Cuesta, un attachant imposteur

SCENES | Il a inspiré à Fitzgerald Gatsby le Magnifique, soufflé à l'oreille de Churchill l'idée d'une coalition internationale, offert à Anne Frank son livre (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 26 novembre 2015

Igor de la Cuesta, un attachant imposteur

Il a inspiré à Fitzgerald Gatsby le Magnifique, soufflé à l'oreille de Churchill l'idée d'une coalition internationale, offert à Anne Frank son livre d'autographe... Dandy échappé d'une chanson du quatuor post-yéyé La Position du Tireur Couché («élégant, distingué, séduisant, cultivé», il a un faible pour les femmes mariées) Igor de la Cuesta fut de toutes les grandes entreprises artistiques et politiques du XXe siècle. Mais l'Histoire n'a pas retenu son nom, forcée à l'oubli par la rancœur de maris jaloux et l'invraisemblance de son parcours, succession de naufrages dont il fut systématiquement l'un des rares survivants. C'est du moins ce qu'il raconte, en toute fausse modestie et avec la complicité de Boris, son fidèle claviériste attifé comme un amuseur de croisière, dans Life is a bathroom and I am a boat. Un spectacle étonnant, à mi-chemin du tour de chant made in Broadway (de Cheek to Cheek à Fly Me to the Moon en passant par un mashed potatoes avec Michel Debré) et de l'aparté mythomane, qu'Ivan Gouillon, improvisateur d'expérience et présentateur à rouflaquettes bien connu des habitués du

Continuer à lire

Cannes 2015, jour 5. Oh ! Carol…

ECRANS | "Carol" de Todd Haynes. "Mon roi" de Maïwenn. "Plus fort que les bombes" de Joachim Trier. "Green Room" de Jeremy Saulnier.

Christophe Chabert | Lundi 18 mai 2015

Cannes 2015, jour 5. Oh ! Carol…

Il fait beau et chaud sur Cannes, et tandis que les plagistes ont les pieds dans l’eau, les festivaliers continuent de macérer dans une mare de sueur, brûlant au soleil de files d’attente désespérées, rabrouant les resquilleurs, espérant secrètement découvrir de beaux films. À la mi-temps du festival, on est encore dans l’expectative. Il faut dire que des films, on n’en voit moins que les années précédentes, et surtout que l’on se concentre sur les films événements. A perdre chaque jour entre trois et cinq heures à attendre, on doit forcément sacrifier la part de découverte pourtant essentielle à la manifestation. D’où l’impression d’assister à une grande preview des films importants de l’automne, plus qu’à une compétition en bonne et due forme. Carol : Tood Haynes sublime le mélodrame Si toutefois on devait jouer le jeu des pronostics, on dirait que Carol de Todd Haynes ferait une très belle Palme d’or. Ce n’est pas ce qu’on a vu de mieux dans ladite compétition — Le Fils de Saul a notre préférence — mais il marque une étape décisive dans la carrière d’un cinéaste plutôt rare, dont chaque œuvre était jusqu’ici pétrie de contradic

Continuer à lire

Frank

ECRANS | De Lenny Abrahmson (Irl, 1h35) avec Michael Fassbender, Domhnall Gleeson, Maggie Gyllenhaal…

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Frank

Quelque part en Irlande, Jon, un jeune musicien, rêve de rock et de gloire, mais végète chez ses parents. Le hasard le met sur la route d’un groupe avant-gardiste dont le claviériste vient de devenir fou ; Jon le remplace au pied levé et découvre, médusé, que le chanteur ne se montre qu’avec une énorme tête en carton-pâte sur scène… mais aussi en privé ! Frank est-il un génie torturé ou un as du buzz post-Daft punk ? Et, par conséquent, Frank-le film est-il une comédie sarcastique ou un hommage à ces doux dingues qui ont construit la légende du rock’n’roll ? Difficile de trancher au départ, tant Abrahamson brouille les pistes, fidèle à un certain esprit de la comédie british qui force le trait de la caricature tout en l’adoucissant d’un sirop émotionnel qu’on sent souvent sincère. Mais il n’arrive jamais à résoudre cette contradiction de base : peut-on faire un film aussi calibré et normé sur des personnages à ce point en dehors des clous, refusant à tout prix de vendre leur âme au music business ? Frank pose par ailleurs une autre question, fondamentale pour quiconque s’intéresse à un si grand acteur : Michael Fassben

Continuer à lire

Jimmy’s Hall

ECRANS | Ken Loach retrouve sa meilleure veine avec ce beau film autour d’une utopie réconciliatrice dans l’Irlande du Nord encore meurtrie par la guerre civile, ruinée par les archaïsmes de l’église et l’égoïsme des possédants. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 1 juillet 2014

Jimmy’s Hall

On avait hâtivement présenté Jimmy’s Hall comme une suite au Vent se lève de la part de Ken Loach et de son fidèle scénariste Paul Laverty ; ce qu’il est sans l’être, au final, puisque s’il prolonge historiquement l’exploration de l’Irlande du Nord traumatisée par sa guerre civile, il le fait avec une humeur nouvelle. Tout tient finalement dans l’ellipse qui sert d’introduction mais aussi de parenthèse dans la vie de son héros Jimmy Gralton : ce militant communiste a passé dix ans comme ouvrier en Amérique et revient dans son Irlande natale chassé par la crise économique. La situation politique s’est en apparence pacifiée, même si les divisions au sein du peuple restent fortes. Loach choisit pourtant de montrer que cette fracture en dissimule une autre, reproduction de celle qui taraude son cinéma depuis ses débuts : c’est avant tout une question sociale, morale et culturelle. C’est à cela que va s’atteler Gralton : combler le fossé qui sépare générations, confessions et classes, à travers un lieu symbolique, un dancing abandonné qu’il transforme en foyer d’éducation populaire et de fête laïque. Jazz, whisky et lutte des classes Ji

Continuer à lire

Les belles convulsions de Breton

MUSIQUES | Connecté, curieux, autonome et débrouillard, Breton est un groupe bien de son temps. Il est surtout, avec seulement deux albums d'une pop anticonformiste et post-humaine à son actif, le groupe britannique le plus passionnant du moment. Retour sur sa jeune et déjà admirable carrière avant son concert au Kao. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 4 février 2014

Les belles convulsions de Breton

«War. War never changes». Sur ces mots, prononcés par l'acteur Ron Perlman de sa caractéristique voix de croquemitaine, s'ouvrait Fallout, mètre-étalon du jeu de rôle informatique imaginé par Black Isle Studios dans lequel le joueur prenait en main le destin d'un habitant d'un abri anti-atomique. Sa mission : explorer la côte Ouest étasunienne, devenue suite à une Troisième Guerre mondiale un wasteland où prospèrent les plus bas instincts et où se développent à grand peine les projets de refondation, à la recherche du mécanisme de purification d'eau qui permettra à sa communauté de préserver son autarcie. C'était en 1997. Dix-sept ans après l'odyssée de ce troglodyte du XXIIe siècle, la guerre n'a toujours pas changé : elle reste un formidable terreau narratif et un très précis instrument de mesure du pouls d'une époque, même quand elle n'est qu'un lointain mauvais souvenir. Comme sur War Room Stories, deuxième album du groupe britannique Breton, grand disque de pop pour terres brûlées et lendemains qui chantent faux et parfaite suite de son prédécesseur.  Le dernier club avant la fin du monde

Continuer à lire

Room 514

ECRANS | De Sharon Bar-Ziv (Israël, 1h34) avec Asia Naifield, Ohad Hall…

Christophe Chabert | Mardi 1 octobre 2013

Room 514

Étouffant au-delà du raisonnable, Room 514 l’est à au moins deux titres : d’abord par son sujet, où une enquêtrice de l’armée israélienne tente de confondre un officier gradé qui aurait fait subir des violences gratuites à un Palestinien. Le film ne sort presque jamais de la salle d’interrogatoire, sinon pour quelques trajets en bus, et ne dévie de l’enquête que pour accéder à l’intimité de l’héroïne, en l’occurrence une relation essentiellement physique avec un autre soldat. Cela ne suffit pas à donner du corps à ce dilemme moral qui n’a d’original que sa localisation géopolitique. Mais l’étouffement, c’est surtout celui que procure une mise en scène monolithique, qui ne connaît que le plan séquence, serré qui plus est. Ce mélange de claustrophobie et de temps réel est assez insupportable à l’écran, et culmine lors d’une scène de cul d’un ennui absolu, où la caméra semble secouée au rythme du coït et des râles des amants. N’y a-t-il pas mieux à montrer aujourd’hui en matière de cinéma israélien ? Christophe Chabert

Continuer à lire

Room 237

ECRANS | De Rodney Ascher (ÉU, 1h42) documentaire

Christophe Chabert | Samedi 15 juin 2013

Room 237

Peu de cinéastes ont suscité autant d’exégèses que Stanley Kubrick, et Shining est — avec 2001 — son plus grand remue-méninges. Ce documentaire part ainsi à la rencontre d’une poignée de mordus ayant disséqué le film jusqu’à son moindre photogramme, traquant faux raccords et indices pour en donner des interprétations parfois attendues — le génocide indien — parfois audacieuses — la Shoah — parfois parfaitement farfelues — le type qui y voit des images subliminales partout. Amusant au début, lassant à la longue, notamment à cause du choix d’Ascher d’illustrer ces théories par des images tirées non seulement de Shining et d’autres films de Kubrick, mais aussi d’une pléiade de classiques détournés façon La Classe américaine, Room 237 pose surtout question au cinéphile averti. Les intervenants s’appuient à de nombreuses reprises sur des scènes de la version améric

Continuer à lire

Le festival Lumière 2012 a fait le plein !

ECRANS | La 4e édition a été fréquentée par près de 100 000 personnes en six jours (du 15 au 21 octobre) avec 72 000 spectateurs de films, 27 000 visiteurs des villages (...)

Christophe Chabert | Jeudi 25 octobre 2012

Le festival Lumière 2012 a fait le plein !

La 4e édition a été fréquentée par près de 100 000 personnes en six jours (du 15 au 21 octobre) avec 72 000 spectateurs de films, 27 000 visiteurs des villages du festival, des expositions, de la bourse «Cinéma Monplaisir» et des animations et rencontres organisées autour des projections.Achevé devant 4000 spectateurs ayant assisté à la projection de La Porte du paradis en présence du réalisateur Michael Cimino et de l’actrice Isabelle Huppert, le festival a couronné cette année Ken Loach.Le réalisateur britannique s’est vu remettre des mains d’Eric Cantona, son acteur dans Looking for Richard, le Prix Lumière. Il succède ainsi à Clint Eastwood, Milos Forman et Gérard Depardieu.L'ex-joueur, devenu comédien, a décrit le cinéaste comme «un homme à la hauteur des convictions qu'il défend. Un des deux êtres exceptionnels rencontrés dans [sa] vie avec Alex Ferguson [entraîneur de Manchester United].» De son côté, le récipiendaire a voulu redire tout ce que la France et le Festival de Cannes avaient fait pour lui et, sou

Continuer à lire

L’esprit Loach

ECRANS | Pour avoir suivi de près les trois premières éditions de Lumière, on sait d’expérience à quel point le choix de la personnalité pour recevoir le Prix Lumière influe (...)

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

L’esprit Loach

Pour avoir suivi de près les trois premières éditions de Lumière, on sait d’expérience à quel point le choix de la personnalité pour recevoir le Prix Lumière influe sur l’esprit général du festival. La star Eastwood avait tout écrasé en 2009, et Depardieu avait laissé planer un parfum de nostalgie plombante sur l’édition 2011. En revanche, la simplicité et la vitalité de Milos Forman, son envie intacte de faire du cinéma au présent, expliquaient grandement la réussite de Lumière 2010, équilibré, joyeux et populaire. On s’avance sans doute, mais on pressent que l’édition 2012 sera du même acabit, tant Ken Loach est lui aussi un cinéaste peu enclin à regarder en arrière. C’est l’âme même de ses films, qui ne baissent jamais les bras même lorsqu’ils sondent des abîmes de noirceur et de désespoir. Mais son engagement politique et citoyen, sa passion pour le foot, son humour british, tout cela devrait irradier la fin de la manifestation. Dans la rétrospective de son œuvre, il y a de belles perles à découvrir pour toute une génération de spectateurs : Kes, bien sûr, mais aussi Raining stones, Ladybird, Land and freedom, Sweet si

Continuer à lire

Eric Cantona remettra le Prix Lumière à Ken Loach

ECRANS | Eric Cantona, l'ex-footballeur de Manchester United devenu acteur, qui fut dirigé par Ken Loach pour Looking for Eric (projeté au cours de cette soirée), a (...)

Christophe Chabert | Mardi 18 septembre 2012

Eric Cantona remettra le Prix Lumière à Ken Loach

Eric Cantona, l'ex-footballeur de Manchester United devenu acteur, qui fut dirigé par Ken Loach pour Looking for Eric (projeté au cours de cette soirée), a donc été choisi pour remettre le quatrième Prix Lumière au cinéaste britanique lors de de la soirée qui se déroulera le 20 octobre à 18h45 à la Salle 3000 de la Cité Internationale. De nombreux autres invités viendront témoigner de leur affection pour le réalisateur et son œuvre.  

Continuer à lire

Lumière est un long film fleuve tranquille

ECRANS | Plus éclatée que lors des éditions précédentes, la programmation de Lumière 2012 ménagera films monstres, raretés, classiques restaurés, muets en musique et invités de marque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 6 septembre 2012

Lumière est un long film fleuve tranquille

Elle aura tardé à arriver, mais la voici, presque définitive — manquent encore le film d’ouverture et le film choisi pour la remise du Prix Lumière à Ken Loach : la programmation du festival Lumière 2012. Autant dire tout de suite que par rapport à ce qui avait été annoncé en juin, beaucoup de choses ont changé ou se sont affinées : ainsi, la rétro Ken Loach se concentrera sur la deuxième partie de sa carrière, de Raining stones à Route Irish, avec en guise de curiosité le téléfilm Cathy Come Home. En revanche, plus de traces des raretés du cinéma américain des années 70, remplacées par l’intégrale de la saga Baby Cart, fameux sérial cinématographique hongkongais avec son samouraï promenant un bébé dans une poussette. Six films qui auront droit à une journée de projection au Cinéma opéra, ce qui marque d’ailleurs une des tendances du festival cette année : les marathons cinématographiques. Que ce soient les quinze heures de The Story of film (documentaire monstre sur l’histoire du cinéma), les 4h15 d’Il était une fois en Amérique dans sa versio

Continuer à lire

Lueurs et Lumière

ECRANS | Prix Lumière à Ken Loach, hommages à Max Ophüls, Vittorio De Sica, Dean Martin et Max Von Sydow, versions intégrales et restaurées de "La Porte du Paradis" et d’"Il était une fois en Amérique", ciné-concert autour de "Loulou" : le prochain festival Lumière a déjà ses contours, en attendant d’en remplir le centre. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 27 août 2012

Lueurs et Lumière

Tombée en plein milieu du mois de juillet, l’annonce du Prix Lumière aura donc été précédée de trois semaines de suspens et de rumeurs. C’est finalement Ken Loach qui viendra chercher le trophée à la Salle 3000 de la Cité Internationale le vendredi 19 octobre, et aura droit durant le festival à une rétrospective de son œuvre. Loach peut se réjouir : il vient de connaître un de ses plus grands succès public en France avec La Part des anges (en plus d’un très généreux Prix du jury à Cannes). Les cinéphiles semblent prêts à faire le tri dans sa filmographie, qui a avancé depuis vingt ans au pas de course, un film par an ou presque, dans des registres assez divers, avec comme dénominateur commun une vision politique de l’histoire passée et contemporaine de son pays, l’Angleterre. On s’amusera de l’ironie qui veut qu’un cinéaste d’ultra-gauche prenne la succession d’un acteur (Depardieu) qui, cette année, aura surtout fait parler de lui par son soutien tonitruant à Nicolas Sarkozy au cours de la dernière présidentielle : l’alternance, c’est aussi ce

Continuer à lire

Ken Loach : un Prix Lumière en rouge et noir

ECRANS | Après trois semaines de suspense, c’est finalement le réalisateur anglais, chef de file d’un cinéma social plus noué qu’on ne le croit, qui se verra décerner le quatrième Prix Lumière en octobre prochain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 12 juillet 2012

Ken Loach : un Prix Lumière en rouge et noir

Les rumeurs laissaient entendre que le quatrième lauréat du Prix Lumière serait à chercher du côté des États-Unis. Surprise : c’est finalement un nouveau cinéaste européen qui fait figure d’heureux élu, puisqu’il s’agit du Britannique Ken Loach, 76 ans en juin dernier, et une filmographie imposante d’une trentaine de longs-métrages, dont la production s’est accélérée à l’aube des années 90, sans doute sa période la plus incontestablement passionnante. Loach démarre, comme beaucoup de ses compatriotes cinéastes à l’époque (Frears, Mike Leigh…) à la télévision, avant de franchir le cap du grand écran en 1967 avec Poor cow (Pas de larmes pour Joy), beau mélodrame avec un formidable Terence Stamp. Dès ce premier film, Loach, à travers un réalisme synchrone avec les nouvelles vagues qui naissent un peu partout dans le monde, s’intéresse aux classes populaires anglaises et à leurs difficultés d’existence, même si le film cherche aussi à capter l’élan amoureux de la jeunesse dans un mouvement pop typique de l’Angleterre sixties. Deux ans plus tard, Kes propulse Loach dans la cour des grands. Le film e

Continuer à lire

La Part des anges

ECRANS | Décidément, la comédie n’est pas le fort de Ken Loach et de son scénariste Paul Laverty ; cette pochade à l’optimisme forcé sur les tribulations dans le monde du whisky d’une bande de petits délinquants écossais relève du bâclage paresseux et du téléfilm laborieux. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 25 juin 2012

La Part des anges

On le disait déjà à l’époque de Looking for Eric, mais La Part des anges le confirme : Ken Loach semble oublier totalement le grand cinéaste qu’il est lorsqu’il décide de faire une pure comédie. Et si le film qui avait relancé sa carrière (Raining stones) reposait sur une certaine légèreté (du moins dans sa peinture de l’Angleterre prolo), c’est bien quand il aborde la face la plus noire et désespérée de son œuvre que Loach signe ses meilleurs opus (pour nous, Family life, Ladybird, Sweet sixteen et It’s a free world). Ce qui frappe d’abord dans La Part des anges, c’est la sensation de caricature qui émane des protagonistes : des petits délinquants qui ont forcément bon fond et toujours leurs raisons d’avoir mal agi — ils sont un peu cons et n’ont pas d’instruction, la faute à vous savez qui. Cette absolution sans frais tue tout le dialectisme que Loach attache d’ordinaire à sa peinture des classes populaires. Ce premier écueil est révélateur de la suite : le cinéaste et son scé

Continuer à lire

L'impact des loups

MUSIQUES | Les frères Weaver, Nathan et Aaron de leurs prénoms, ne sont pas nés dans un coin reculé de Norvège, mais dans la verdoyante capitale de l'État de Washington, (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 25 mai 2012

L'impact des loups

Les frères Weaver, Nathan et Aaron de leurs prénoms, ne sont pas nés dans un coin reculé de Norvège, mais dans la verdoyante capitale de l'État de Washington, Olympia. Ils n'ont jamais incendié d'églises, ne se peinturlurent pas la tronche en blanc, ne se filment pas dans les bois en train de se mouvoir comme des satyres et ne s'automutilent pas sur scène. Au contraire, ils s'adonnent à l'agriculture biologique, ont des looks de rustauds lambda, n'ont aucun clip à leur actif et maudissent les pogoteurs. Pourtant, ils constituent, sous le nom de Wolves in the Throne Room, le groupe de black metal le plus stimulant des années zéro. Justement parce qu'ils sont, au contraire de trop nombreux pairs, demeurés fidèles à l'idéal de refus des normes (et par extension des clichés) qui présida à la naissance du genre à la fin des années 80. À ceci prêt qu'ils aiment à se produire à la lueur de bougies. Sera-ce le cas à l’Épicerie Moderne vendredi 1er juin ? On l'appelle de nos vœux impies. Au moins cela écarterait tout risque de blackout, tant leur musique, vortex sonore aussi radical que personnel où s'abîment blasts beats hérités de Burzu

Continuer à lire

Après les fêtes, les fêtes

CONNAITRE | Panorama / Où l’on parle pêle-mêle de rencontres citoyennes, de festivals, de littérature et de cinéma, de grands événements incontournables et de manifestations que l’on vous implore de ne pas contourner. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Lundi 2 janvier 2012

Après les fêtes, les fêtes

La bûche digérée, vous reprendrez bien un peu de pudding ? À l’image d’une rubrique qu’on qualifiera pudiquement d’éclectique (mais l’éclectisme, au Petit Bulletin, est une sorte de religion), voici que se profile en cette nouvelle année une avalanche de festivals en tout genre, aux programmes souvent prolifiques et que quelques lignes ne sauraient résumer. Prenez la Fête du livre de Bron, par exemple ; elle se tiendra cette année les 1er, 2, 3 et 4 mars, toujours à l’Hippodrome de Parilly, et elle a déjà inscrit à son menu une brochette d’auteurs impressionnante, faisant la part belle aux gloires saisonnières (dont «notre» Prix Goncourt, Alexis Jenni) mais aussi à des écrivains carrément hors-mode, tel l’increvable Philippe Djian, ou encore Anne Wiazemsky qui n’en finit plus de revisiter littérairement les rencontres marquantes de sa carrière : hier Bresson sur Au hasard Balthazar, aujourd’hui Godard durant le tournage de La Chinoise. Cinémas du monde De cinéma, il sera aussi beaucoup question avec le défilé des festivals «thématiques» : aux Alizés de Bron, Drôle d’endroit pour des rencontres fait le point sur le cinéma français, e

Continuer à lire

Room in Rome

ECRANS | Julio Medem Wild side

Christophe Chabert | Lundi 6 juin 2011

Room in Rome

Après un film très personnel, ambitieux et complètement raté (Caotica Ana), l’excellent Julio Medem se remet en selle en reprenant les choses là où il les avait laissées avec Lucia y el sexo : l’exploration du désir féminin à travers la recherche d’un cinéma sensuel et sexuel où tout transpirerait l’érotisme décomplexé. Mais Room in Rome poursuit ce projet en mode mineur : un huis-clos dans une chambre d’hôtel, une nuit, deux femmes et basta. La théâtralité de la situation est vite évacuée par la virtuosité de Medem à embrasser l’espace par une caméra caressante et une manière très habile de creuser le temps. D’abord pris dans un présent pur — la mécanique de la séduction entre l’Espagnole Alba (Elena Anaya, bientôt remarquable dans le nouveau Almodovar), lesbienne convaincue, et la Russe Natasha (Natasha Yarovenko), qui s’apprête à se marier — le récit s’opacifie au fur et à mesure où les masques tombent et les mensonges se révèlent. Medem force un peu sur le mélodrame, ce qui affaiblit l’émotion de la dernière partie, mais il réussit les deux grands enjeux de son film : l’oubli de la nudité, donnée naturelle de la situation (les deux actrices ne sont presque

Continuer à lire

Route Irish

ECRANS | Sombre histoire de vengeance d’un ancien mercenaire anglais en Irak, "Route Irish", malgré son évident manque de moyens, s’inscrit dans la meilleure veine du cinéma de Ken Loach, comme un remake social et british de "Rambo". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 9 mars 2011

Route Irish

Il fallait se douter que Ken Loach, cinéaste politique ET britannique, aille fourrer sa caméra dans le grand fiasco des années Blair : l’engagement militaire des forces anglaises dans le bourbier irakien. Mais on ne s’attendait pas à ce qu’il prenne le sujet par l’angle qu’il adopte dans Route Irish. À savoir le rôle joué par d’anciens soldats sur le théâtre des opérations où ils deviennent des agents grassement payés par des sociétés privées pour maintenir l’ordre et faire place nette au business des entreprises anglaises. À la solde de ces multinationales, Fergus et Frankie sont partis là-bas pour se faire du blé, mais seul Fergus en est revenu. Lorsqu’il apprend la mort de son ami d’enfance et frère d’arme sur la très dangereuse Route Irish qui mène à Bagdad, il décide de confondre coûte que coûte ceux qu’il pense responsables du carnage. La Bête de guerre Dans la première moitié du film, Loach semble se cogner aux limites de son économie de cinéaste : l’évocation du sort de Frankie se fait avec un maigre enregistrement vidéo amateur, et l’enquête avance par une suite de conversations téléphoniques ou avec des écrans connectés via S

Continuer à lire

Chatroom

ECRANS | D’Hideo Nakata (Ang, 1h37) avec Aaron Johnson, Imogen Poots, Hannah Murray…

Christophe Chabert | Mercredi 7 juillet 2010

Chatroom

La fascination du cinéma pour les univers virtuels semble devenir un vrai piège dès que celui-ci se met au défi d’en faire un sujet. C’est l’impasse dans laquelle s’est engouffré Hideo Nakata avec cette production anglaise tournée avec une partie du casting de "Skins". Dès l’ouverture où le cinéaste matérialise à l’écran l’espace virtuel de la discussion on line entre un groupe d’adolescents (la chatroom du titre), ça sent le cramé : entre les poncifs (les ados sont mal dans leur peau, c’est pour ça qu’ils vont sur internet) et la pauvreté du dispositif (l’espace virtuel est coloré, la réalité est toute grise), le film sonne faux. Plus il avance, plus il s’avère en plus incroyablement moralisateur : le web, pour Nakata, n’est qu’un déversoir à pulsions destructrices, perversions, violences en tout genre, et c’est bien sûr en reprenant pied dans le réel que l’on peut retrouver les vraies valeurs humaines. Brice Hortefeux, sors de ce corps immédiatement et rends-nous le réalisateur de "Dark Water" ! CC

Continuer à lire

Looking for Éric

ECRANS | De Ken Loach (Ang-Fr, 1h57) avec Steve Nevets, Éric Cantona…

Christophe Chabert | Jeudi 21 mai 2009

Looking for Éric

D’une idée originale d’Éric Cantona, soumise sans obligation d’achat à Ken Loach et à son fidèle scénariste Paul Laverty, est sorti ce Looking for Éric, qui ressemble furieusement à son making of. Deux films y coexistent sans jamais vraiment se rencontrer : un film de Ken Loach assez banal, plus clairement orienté vers la comédie que d’habitude, où un facteur en plein marasme social et existentiel tente de reconquérir le cœur de sa femme, et un film avec Éric Cantona, où il apparaît en sphinx fantomatique prodiguant ses conseils sous forme d’aphorismes absurdes à ce supporter de Manchester qui l’adule. Le procédé, systématique, lasse très vite, mais c’est la faiblesse générale de ce feel good movie qui pose le plus question. Après un film aussi fort que It’s a free world, qui avait l’audace de briser le manichéisme loachien, le cinéaste embraye sur un recyclage sans génie de ses propres ficelles. Une chose saute aux yeux : plus il cherche à être léger, plus il est lourd. Particulièrement dans sa direction d’acteurs, puisque Steve Nevets en fait des tonnes dans le registre gueulard généreux assez monotone à l’arrivée. Même le corps de Cantona s

Continuer à lire

It's a free world

ECRANS | Ken Loach s'immerge dans le quotidien d'une jeune et jolie femme transformée en vaillant petit soldat du libéralisme sauvage, sans changer pour autant son regard empathique et réaliste. La première gifle cinématographique de 2008. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 9 janvier 2008

It's a free world

À l'époque où notre cher pays n'avait pas encore vu l'électorat FN absorbé par une droite résolument décomplexée, certains cinéastes "politiques" (si, il y en a quelques-uns...) se demandaient comment filmer cet ennemi intérieur sans le fustiger, ni lui accorder de circonstances atténuantes. Aujourd'hui, la question ressurgit tandis que, mondialisation économique oblige, les méfaits d'un libéralisme sauvage masqué se font durement sentir. La Question humaine, récent essai de Nicolas Klotz, fournissait une réponse à moitié probante à ce délicat problème. Ken Loach, avec It's a free world, surprend son monde en filmant au plus près un petit soldat de l'esclavagisme économique moderne, d'autant plus dangereux qu'il prend les traits d'une blonde décolorée à forte poitrine et au minois séduisant. Une fille d'à côté qui pourrait tout à fait bosser comme secrétaire ou comme barmaid, si elle n'avait aussi bien retenu la leçon ambiante : pour être libre (comprenez, avoir du pognon), il faut asservir son prochain (entendez, exploiter plus faible que soi). Sa petite entreprise Rappelons qu'on avait laissé le cinéaste anglais avec une palme d'or sur les b

Continuer à lire