Chanteur Total

MUSIQUES | Musique / Alain Bashung s’arrête à l’Auditorium cette semaine pour y chanter son dernier album, l’apaisé «Bleu pétrole», un disque entre bonne santé et crépuscule, où il reprend plaisir (communicatif !) à chanter. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 avril 2008

Photo : Ludovic Carème


Parce qu'il a enregistré un chef-d'œuvre du rock en français (Fantaisie militaire), puis un disque-monstre, complexe et d'une ambition inégalée (L'Imprudence) ; parce que ces prestations sur scène, même au prix de quelques maladresses, ont toujours été de sublimes moments d'émotion ; et parce qu'il est aujourd'hui une figure révérée mais jamais distante de la scène hexagonale, on ne peut que se réjouir du retour d'Alain Bashung. Bleu pétrole, son nouvel album, est une passe en retrait, un geste de beau jeu après des buts historiques marqués contre le cours du match musical. Adieu les longs poèmes obscurs, labyrinthiques et fascinants de Jean Fauque ; terminés les arrangements complexes, novateurs et audacieux de Jean Lamoot : ce disque est une œuvre simple, facile d'accès, ne cherchant pas le détour mais la ligne droite entre le chanteur et l'auditeur. L'arc textuel de l'album a été confié à Gaétan Roussel de Louise Attaque, qui n'est pas connu pour écrire des chansons de trois pages cherchant à éclaircir une énigme métaphysique ; de fait, ces morceaux-là sont surtout pour Bashung l'occasion de retrouver un plaisir qu'il ne s'offrait plus depuis longtemps : chanter. Et on redécouvre à quel point il est encore une voix d'exception, et pas seulement un aventurier de la musique perdue, qui aime prendre des sentiers encore vierges et les marquer de son empreinte.L'éternité et un jourIl voyage en solitaire. C'est sur cette reprise de Manset que s'achève le disque, et Bashung montre encore à quel point il peut transcender les chansons des autres, se les approprier sans pour autant les «bashunguiser». De toute façon, Bashung n'a jamais fait du Bashung, il s'est toujours tenu loin des caricatures, a sans arrêt remis l'ouvrage sur le métier, changé de directions, de directeurs et d'auteurs. Le point culminant de Bleu pétrole est ainsi un texte épique et bouleversant écrit par Manset, Comme un légo. Dire que Bashung le chante avec les tripes est un euphémisme ; il l'arrache de ses entrailles, au bord du sanglot, dans un lamento presque religieux qui magnifie cette observation à la loupe des fourmis humaines qui s'agitent à la surface d'une terre promise à la destruction. «Assis devant le restant d'une portion de frites» dit-il, comme une réponse contemporaine à «l'infini à hauteur de caniche» de Céline. Minuscule et immense à la fois. Minable et sublime en même temps. Un avant-goût d'éternité s'offre alors à Alain Bashung ; qu'il y ait goûtée sur un disque par ailleurs léger et apaisé dit à quel point l'homme et le chanteur sont unis dans une même inconditionnelle liberté.Alain BashungÀ l'Auditorium, mercredi 14 mai (Complet)«Bleu Pétrole» (Barclay/Universal)

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter