Pierre Hémon : « depuis 2010, la pratique du vélo a été multipliée par 2, 5 »

Dans la ville / Les cyclistes sont de plus en plus nombreux, les Vélo'v ont la côte, les trottinettes agacent... Pierre Hémon, élu métropolitain EELV en charge des déplacements et voiries fait le point.

En 2004, quand sont lancés les Vélo’v, il y avait peu de pistes cyclables. Est-ce que les utilisateurs vous ont mis la pression pour en construire ?
Pierre Hémon : En quelque sorte, oui. Depuis quinze ans, la progression de la pratique et des aménagements cyclables ont des courbes qui se suivent. Il y a des comptages précis maintenant. Et on voit que depuis 2010, la pratique du vélo a été multipliée par 2, 5 dans l'agglomération.

Combien de pistes cyclables y a-t-il ?
On était à 540 km au début du mandat en 2014. Aujourd’hui, on en est à 860 km et on devrait arriver à 1000 fin 2020. Cet aspect est important, mais il n’y a vraiment pas que ça. Les services comme Velo’v comptent 77 000 abonnés, 8.5 millions de passages par an. Et il y a un énorme travail afin de résorber les coupures urbaines. On va engager des travaux sur le pont de Cusset à Villeurbanne. En vélo, aujourd’hui, il faut serrer les fesses si je puis me permettre car on passe au-dessus d’une autoroute et au-dessus du canal ; de plus les ponts sont un espace très contraint donc c’est compliqué. Ce sera fait dans l’année. Ça coûte cher mais on le fait pour une continuité entre Vaulx-en-Velin, Villeurbanne et Lyon. Ce n’est pas forcément très visible mais c’est essentiel. On a beaucoup travaillé tous les franchissements de ponts, sur la SNCF, le Rhône, la Saône, etc.

L'un de vos objectifs est de désenclaver la première, la deuxième couronne de l’hyper-centre ?
C’est exactement ça. C’est vraiment l’objectif. Sur la première couronne, ça marche bien. Ensuite, il faut convaincre aussi certains élus de cette nécessité mais ce qui nous a beaucoup aidé et  poussé, c’est l’exposition du vélo à assistance électrique. Grâce à ça, il n’y a plus de frein pour faire du vélo dans l’est lyonnais, vers les collines...

Concernant l’électrique, à quand les Vélo’v électriques ?
C’est prévu pour 2020. Pour l’instant on est sur l’extension du parc de Vélo'v pour passer de 4000 à 5000 vélos et élargir à plus de vingt communes concernées. En 2020, la moitié du parc sera possiblement électrique. On va équiper la moitié des Vélo’v pour qu’ils puissent supporter une petite batterie électrique à 700 ou 800 grammes. Vous la louerez un mois ou un an. Vous la chargerez chez vous, l’enclencherez sur le vélo et vous démarrerez !

Concernant les pistes cyclables, quelles vont être les prochaines créées en plein centre ?
Le quai Fulchiron. Ça représente du travail, car il y a des contraintes non pas de voitures mais de trottoirs, d’arbres, de cheminement piéton. Il n’est pas question de prendre là-dessus.

Concernant les doubles sens cyclistes sur des rues à sens unique pour les voitures, avez-vous des retours d’usagers ?
Ce n’est pas évident de s’engager dans ces voies en vélo quand on n’a pas l’habitude d’en faire, mais tous ceux qui font fréquemment du vélo vont au plus court. De fait, ils s’engagent. Mais c’est quelque chose de contre-intuitif. L’avantage majeur est que la voiture vous voit car vous êtes en face donc elle va ralentir, même si elle râle un peu. Vous aussi vous allez ralentir au moment de la croiser, alors que si elle vous double, vous ne la voyez pas forcément. Donc ça marche bien. Ça fait dix ans que c’est autorisé. À Lyon, cela a pris du temps car le maire ne voulait pas le mettre en place. Mais dans toutes les villes où ça existe, ce n’est pas du tout accidentogène et surtout ça apaise la vitesse des voitures.

Concernant la sécurité des cyclistes, trouvez-vous dangereux parfois leur comportement ?
On a fait des études sur le port du casque et on a constaté que ça n’a aucune incidence sur l’accidentologie. On dira même que le port du casque rassure l’automobiliste. Donc je ne pousse pas au port du casque, sauf quand on arrive à un certain âge (comme moi !) et qu’on a moins de réflexes. Mais on n’oblige pas, sauf pour les enfants. Le danger vient des voitures (et des motos) qui tuent les piétons. Ce ne sont pas les vélos. On l’oublie trop souvent. Bien sûr, il y a toujours des cyclistes qui roulent sur les trottoirs mais plus on fait d’aménagements cyclables, moins il y a de vélos sur les trottoirs. Ces deux dernières années, en valeur absolue, le nombre d’accidents de cyclistes diminue alors que le nombre de pratiquants augmente de 15% par an. C’est l’effet peloton. Quand il y a beaucoup de vélos, les voitures font beaucoup plus attention. Surtout quand il y en a dans tous les sens. Les gens se disent qu’ils ne vont peut-être pas prendre leur voiture pour faire un kilomètre avec tous ces vélos.

Concernant la taxe votée à Paris pour les opérateurs de vélos et trottinettes, quel est le point de vue de la Métropole ? Comment réguler ces flottes volantes ?
Pour réguler, on pourrait délivrer des licences d’autorisation si les gens répondaient à certains critères, mais il faudrait que ce soit inscrit dans la prochaine loi d’orientation des mobilités – LOM (NdlR, en cours d’examen au Parlement). La Ville de Lyon pourrait prendre un arrêté et faire payer l’occupation de l’espace public comme le fait Paris. Je les trouve un peu frileux là-dessus. Ceci dit, je ne sais pas si les trottinettes vont durer longtemps mais la Métropole voulait nous obliger à se garer proprement sur les trottoirs. Il a fallu que les élus écologistes posent un amendement pour dire qu’il faut les garer sur la voirie, sur des places de parking, car effectivement les trottoirs sont réservés aux seuls piétons (et aux gamins qui roulent en vélo avec leurs parents). Mais ce qui me parait tout aussi important à réguler, ce sont les scooters électriques et toutes ces voitures qui se garent n’importe comment, qui nous coûtent extrêmement cher et qu’on a tendance à oublier de verbaliser.

Il y a certes de moins en moins de voitures dans le centre de Lyon mais il faudrait qu’il y en ai encore moins. Ça diminue environ de 6 % par an.

Cela vous paraît utopiste qu’un jour la Presqu’île soit totalement piétonne ?
Je le demande depuis dix ans sans succès. Ça ne me paraîtrait pas utopique qu’on soit dans la norme des principales capitales d’Europe. Toutes les villes italiennes ont des zones à trafic limité qui interdisent dans la journée de circuler dans les centres-villes. Bien sûr, que la Presqu’île devrait être piétonne.

Concernant les vélos flottants, les Vélo'v vont eux-mêmes adapter un système sans raccrochage à la borne, le Overflow prévu à la rentrée de septembre…
Oui, on va le tester dans des zones à forte tension pendulaire (facs, gares…). Bien qu’on fasse  en sorte de rajouter beaucoup de bornettes, on va créer au sol une zone délimitée où, si la station est pleine, les gens peuvent déposer leur Vélo’v et le verrouiller grâce à un système électronique. Mais le principe général restera le vélo avec station.

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