Man of steel

ECRANS | Remettre Superman sur la carte du blockbuster de super-héros après l’échec de la tentative Bryan Singer : telle est la mission que se sont fixés Christopher Nolan et Zack Snyder, qui donnent à la fois le meilleur et le pire de leurs cinémas respectifs dans un film en forme de bombardement massif, visuel autant qu’idéologique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 17 juin 2013

Photo : Ph : Clay Enos © 2013 WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC. AND LEGENDARY PICTURES FUNDING, LLC


Il fallait au moins ça pour faire oublier le piteux Superman returns de Bryan Singer et relancer la franchise de cet «homme d'acier» : l'alliance circonstancielle de deux poids lourds du blockbuster actuel, à savoir Christopher Nolan, tout puissant après sa trilogie Dark Knight, et Zack Snyder, loué pour ses prouesses visuelles et sa maîtrise des effets numériques. Nolan produit et livre les grandes lignes de l'intrigue, pendant que Snyder réalise, taylorisme créatif pourtant pas si évident que cela sur le papier, tant leurs personnalités sont plus opposées que vraiment complémentaires. De fait, il ne faut pas longtemps avant de savoir qui, dans ce Man of steel, tient réellement le gouvernail : l'introduction du film sur la planète Krypton, avec ses personnages taillés dans le marbre lançant de grandes sentences pseudo-shakespeariennes d'un ton pénétré pendant que la musique d'Hans Zimmer bourdonne et explose sur la bande-son, dit bien que c'est le metteur en scène d'Inception qui a clairement posé le ton de ce nouveau Superman.

Plus flagrant encore, dans la lignée d'un Batman begins, le film met la pédale douce sur les fonds verts et tente d'inscrire l'action au maximum dans des décors en dur, cherchant un réalisme qui prendra tout son sens une fois Superman arrivé sur terre, où Metropolis n'est, comme Gotham City, qu'un New York à peine relooké. Ce n'est pas tout : la déconstruction temporelle qui permet de reconstituer l'itinéraire de Clark Kent enfant sans passer par une fastidieuse exposition, conduisant à une étonnante fluidité narrative pour évoquer la découverte de son don, c'est là encore du Nolan tout craché.

Appétit de destruction

Peu à peu, Snyder va trouver sa juste place dans ce drôle de projet, qui repose les fondamentaux d'une mythologie Superman qu'on imagine partie pour durer sur le grand écran : à lui, l'illustrateur prodige, le soin de transformer la formule Nolan — un super-héros torturé, un méchant ambivalent, une noirceur siglée adulte — en un spectacle rouleau compresseur. Man of steel a donc ce côté blockbuster au carré, tentant une synthèse absolue entre les deux grands courants contemporains du genre : l'approche psychologique et réflexive d'un côté, la relecture geek et virtuose de l'autre. Le film court ainsi de morceaux de bravoure en morceaux de bravoure avec, perdu au milieu de ce délire wagnérien broyant tout sur son passage dans une hallucinante épiphanie destructrice, des personnages qui n'ont pas plus d'épaisseur que leur projection en 3D.

L'absence de quotidienneté et d'humour s'avèrent, comme souvent chez Nolan, assez ridicule : à peine Clark Kent le prolo hipster a-t-il retrouvé son vrai père que, déjà, le voici rasé de près et brushing impeccable, affublé de son costume et de sa cape, prêt à tester ses pouvoirs et à sauver l'humanité. On se demande aussi pourquoi avoir fait venir Michael Shannon pour incarner le grand méchant de l'histoire, celui-ci déployant une palette de jeu extrêmement limitée par rapport à la folie dont il est capable. Seule Lois Lane a un tant soit peu le droit d'exister au milieu du chaos mais, pour le coup, c'est essentiellement grâce à son interprète Amy Adams, qui lui apporte un assez beau mélange de détermination et de fragilité. Cet esprit de sérieux monolithique et ce manque de légèreté plombent régulièrement toutes les séquences de transition, même s'ils garantissent aussi la cohérence et l'intégrité du film, pour le coup jamais le cul entre deux chaises.

Superman from Kansas, USA

En fait, ce qui frappe le plus devant Man of steel, à part l'efficacité de sa mise en scène — même si, une semaine après le coup de force Star Trek : Into Darkness, elle paraît déjà avoir un petit train de retard — c'est à quel point le duo Nolan / Snyder finit par s'accorder sur une lecture idéologique de Superman lui-même. Le film ne cache pas la nature messianique du personnage, qui accomplit des miracles et découvre son statut de sauveur à l'âge de 33 ans ; son dilemme principal, qui lui est exposé par son père adoptif — touchante prestation, au passage, de Kevin Costner — consiste à travestir sa nature extra-terrestre et invincible pour ne pas être ostracisé par une humanité inapte à accueillir un surhomme.

Enfin, tout est prétexte à sacrifice dans Man of steel, comme si le chemin de croix et la résurrection pouvaient seuls conduire à l'émergence de ce Christ contemporain entouré d'apôtres et de convertis. Un Christ qui se met avant tout au service de l'Amérique dans un final au patriotisme appuyé — la réplique «J'ai été élevé dans le Kansas, il n'y a pas plus américain…» pourrait faire rire, si le film avait de l'humour — qui rappelle les dérives du dernier acte de The Dark knight rises et la propagande réac de 300. On ne peut nier un certain plaisir devant les 140 minutes visuellement étourdissantes de Man of steel, même si tout le bruit et toute la fureur sur l'écran ne font pas oublier que s'y joue peut-être une inflexion décisive dans le positionnement politique du blockbuster actuel…

Man of steel
De Zack Snyder (ÉU, 2h20) avec Henry Cavill, Amy Adams, Michael Shannon…


Man of Steel

De Zack Snyder (ÉU-Cda-Ang, 2h23) avec Henry Cavill, Amy Adams...

De Zack Snyder (ÉU-Cda-Ang, 2h23) avec Henry Cavill, Amy Adams...

voir la fiche du film


Un reboot des aventures de Superman.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Au temps pour lui : "Tenet" de Christopher Nolan

Thriller | Attendu comme le Messie, le nouveau Nolan peut exploser le box-office si les spectateurs consentent à voir plusieurs fois ce "Mission : Impossible" surnaturel pour être sûr de bien le comprendre. Il y aura donc un avant et après "Tenet". Encore que…

Vincent Raymond | Mardi 25 août 2020

Au temps pour lui :

Agent travaillant pour une organisation gouvernementale, Tenet est chargé d’enquêter sur un trafic de matériaux aux propriétés physiques insolites puisqu’ils inversent le cours du temps. Derrière tout cela se cache un mafieux russe cruel, Sator, doté d’une belle femme malheureuse… Quand un concept surpasse la chair de l’intrigue… Nolan nous a habitués à manipuler — et de façon osée — les deux composantes “deleuziennes“ du cinéma : l’image-temps et l’image-mouvement. À modeler la texture de la première pour qu’elle accueille la seconde. Une démarche aussi productive qu’inventive entamée avec Inception, poursuivie avec Interstellar et étrangement Dunkerque (où le montage approfondissait différemment l’intrication d’espaces temporels disjoints et cependant parallèles). Tenet suit logiquement cette ligne, aussi sûrement qu’une obsession proustienne pour le temps perdu, avec donc ce qu’elle comp

Continuer à lire

Lumière sur Nolan !

Rétrospective | L’Institut Lumière célèbre Christopher Nolan qui, en moins de vingt ans, s’est affirmé comme l’un des auteurs qui comptent à Hollywood et ailleurs : dix (...)

Élise Lemelle | Mardi 30 avril 2019

Lumière sur Nolan !

L’Institut Lumière célèbre Christopher Nolan qui, en moins de vingt ans, s’est affirmé comme l’un des auteurs qui comptent à Hollywood et ailleurs : dix longs-métrages ont suffi à imposer sa singularité. Cette rétrospective s’ouvrira sur Memento, incarnant à lui seul l’univers Nolan, et retracera sa filmographie complète : depuis Le Suiveur (1999) jusqu’à Dunkerque (2017). Elle sera agrémentée, notamment, par une conférence de Philippe Rouyer et la projection du film fétiche du cinéaste — 2001 de Kubrick — pour achever sa saison. La trilogie Batman - The Dark Night sera aussi de la fête, mais elle donnera lieu à une programmation autonome lors d’une nuit dont la date n’a pas encore été révélée : l’Institut Lumière ayant fait valoir son… Joker. Rétrospective Christopher Nolan À l’Institut Lumière ​du 24 avril au 16 juin

Continuer à lire

Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Vice | Biopic pop d’un politicien matois peu bavard, Vice approche avec une roublarde intelligence et un judicieux second degré le parcours du terrible Dick Cheney. Nous avons rencontré son auteur à Paris, ainsi que l’interprète de Lynne Cheney. Et nous les avons fait parler…

Vincent Raymond | Mardi 19 février 2019

Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Après le 11 septembre, étiez-vous conscient de la politique manipulatrice de Cheney ? Adam McKay : Franchement, non. Ça n’a été qu’au moment de l’invasion de l’Irak que soudain il y a eu une prise de conscience que quelque chose n’allait pas, qu’une riposte n’était pas justifiée. Nous avons participé à toutes les grandes manifestations de protestation, mais il a fallu près de deux ans pour que nous puissions réagir. Adam, vous dites en ouverture du film que les renseignements sur Cheney ont été difficiles à trouver. Comment avez-vous procédé ? AMcK : Au départ, notre équipe de chercheurs à exploré tout le corpus “cheneyen“ existant : tous les livres officiels, les interviews disponibles sur sa vie et son travail politique — ça ne manquait pas ! Une fois ce travail accompli, on a recruté nos propres journalistes qui sont allés faire des enquêtes sur les coulisses, à la rencontre de toutes ces personnes qui ont eu, à un moment ou un autre, affaire à la famille Cheney, à son parcours politique, à ce qui n’était pas officiel ni établi. Avez-vous cherché à

Continuer à lire

Au cœur du pourri pouvoir : "Vice"

Biopic | En général, la fonction crée l’organe. Parfois, une disposition crée la fonction. Comme pour l’ancien vice-président des États-Unis Dick Cheney, aux prérogatives sculptées par des années de coulisses et de coups bas, racontées ici sur un mode ludique. Brillant et glaçant.

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Au cœur du <s>pourri</s> pouvoir :

Le fabuleux destin d’un soûlard bagarreur troquant, après une cuite de trop et les admonestations de son épouse, sa vie de patachon pour la politique. D’abord petite main dans l’administration Nixon, l’insatiable faucon parviendra à devenir le plus puissant des vice-présidents étasuniens… Reconnaissons à Hollywood ce talent que bien des alchimistes des temps anciens envieraient : transformer la pire merde en or. Ou comment rendre attractive, à la limite du grand spectacle ludique, l’existence d’un individu guidé par son intérêt personnel et son goût pour la manipulation occulte. C’est que Dick Cheney n’est pas n’importe qui : un type capable d’envoyer (sans retour) des bidasses à l’autre bout du monde lutter contre des menaces imaginaires, histoire d’offrir des concessions pétrolières à ses amis, de tordre la constitution à son profit et de déstabiliser durablement le globe peut rivaliser avec n’importe quel villain de franchise. Il est même étonnant que McKay parvienne à trouver une lueur d’humanité à ce Républicain pur mazout : en l’occurrence son ren

Continuer à lire

Redoublement en 6e pour Tom Cruise : "Mission : Impossible - Fallout"

Action | Suite directe de Rogue Nation, Fall Out revisite les fondamentaux de la franchise Mission : Impossible en passant la sixième vitesse. La rapidité, une manière comme une autre pour Tom Cruise de défier le temps qui passe…

Vincent Raymond | Mercredi 1 août 2018

Redoublement en 6e pour Tom Cruise :

Censé empêcher un groupe terroriste de s'emparer de sphères de plutonium, Ethan Hunt compromet sa mission afin de sauver un membre de son équipe. La CIA lui met alors dans les pattes l’agent Walker chargé d’évaluer l’IMF ; charge à lui de récupérer les éléments radioactifs… Pour ce sixième opus, on ne change pas une équipe qui gagne (des dollars), et encore moins l’architecture narrative de la franchise : une nouvelle fois, il est ici avéré qu’une taupe trahit l’Agence et des preuves accablantes s’accumulent contre Hunt ; lequel, placé en fragilité, doit jouer contre sa hiérarchie pour sauver le monde avant même de prouver son innocence. Voilà qui n’est pas sans rappeler la trame de l’excellent film inaugural de DePalma (1996). Impression renforcée par un finale à coup d’hélicoptères, une large inscription territoriale du film entre Paris et Londres et le démasquement grâce à un masque du traître de l’histoire. Les références à l’épisode matriciel deviennent des révérences assumées. Éternelle genèse Vingt ans plus tard, ce

Continuer à lire

Solution amoureuse en milieu aqueux : "La Forme de l'eau - The Shape of Water"

Guillermo del Toro | Synthèse entre La Belle et la Bête et un mélo de Douglas Sirk, ce conte moderne marque le triomphe de Guillermo del Toro, Lion d’Or 2017 qui signe son film le plus consensuel, sans renoncer à ses marottes arty-trashy. Une transgression homéopathique mais un spectacle impeccable.

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Solution amoureuse en milieu aqueux :

États-Unis, début des années 1960. Jeune femme muette menant une existence monotone, à peine égayée par ses caresses matinales et ses visites à son voisin homosexuel, Elisa travaille comme agent d’entretien dans un labo du gouvernement. Un jour, elle entre en contact avec un sujet d’expérience : un étrange être amphibie aux pouvoirs phénoménaux… Une créature que seuls les exclus et/ou les marginaux — les “âmes” innocentes bibliques — ont les ressources affectives pour accueillir et aider ; un méchant (irremplaçable Michael Shannon) ruisselant de cruauté, portant la haine sur son visage et la pourriture au creux du corps… rien de bien nouveau sous la lune, mais on retrouve l’excitation de l’enfant aimant entendre pour la millième fois la même histoire avant de sombrer dans les bras de Morphée. Mémoire de l’eau Guillermo del Toro possède l’art de conter, et

Continuer à lire

Take Shelter : tous aux abris !

Reprise | Tant pis pour les plus jeunes ! L’Institut Lumière n’ayant toujours pas, à l’heure où nous écrivons ces lignes, divulgué les films retenus pour ses “séances (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 décembre 2017

Take Shelter : tous aux abris !

Tant pis pour les plus jeunes ! L’Institut Lumière n’ayant toujours pas, à l’heure où nous écrivons ces lignes, divulgué les films retenus pour ses “séances famille“ des vacances, nous nous rabattons avec une joie non dissimulée sur le deuxième long-métrage de Jeff Nichols — celui qui l’a révélé au grand public en 2011 — Take Shelter. On y suit l’interprète fétiche du réalisateur de Mud, Michael Shannon, dans la peau d’un ouvrier lambda qui, brusquement, va dévisser et se persuader de l’imminence d’une catastrophe naturelle. Hanté par des rêves et des visions terrifiantes, à la lisière de basculer dans la folie, ce dénommé Curtis veut croire en une prémonition, même s’il n’exclut pas une atteinte psychiatrique. Et agit en bon père de famille, façon Noé moderne, en construisant un abri pour les siens (voire malgré eux), quitte à ce qu’on le prenne pour un dangereux illuminé. Michael Shannon pouvant afficher, même sans le vouloir, un fac

Continuer à lire

"Elvis & Nixon" : les canailles authentiques font d’épatants personnages

ECRANS | Un film de Liza Johnson (É-U, 1h26) avec Michael Shannon, Kevin Spacey, Alex Pettyfer… (sortie le 20 juillet)

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

À l’écran, les canailles authentiques et les immenses stars font d’épatants personnages : ils le sont déjà dans l’inconscient collectif. Leur aura habitant presque totalement le rôle, il ne reste souvent au comédien qu’un reliquat de job à accomplir. Certains feignants s’en accommodent, misant tout sur le seul mimétisme, à coup de grimaces et de maquillage. D’autres investissent l’intériorité de leur modèle, la personnalité davantage que le personnage. C’est le cas dans ce tête-à-tête insolite, mariage d’une carpe et d’un lapin à peine apocryphe, puisque le rockeur halluciné a bien rencontré le président revêche pour lui proposer ses services comme “agent détaché du FBI”, histoire de prémunir la jeunesse des ravages de la drogue — et d’avoir, surtout, un zouli insigne argenté. À peine grimés, Shannon et Spacey évoquent les contours d’Elvis et Nixon. Mais ce qu’ils dégagent se révèle infiniment plus précieux qu’une banale ressemblance. Cette réflexion sur les illusions des apparences, la vanité de la célébrité, du pouvoir ou de l’argent ap

Continuer à lire

Batman v Superman : L’Aube de la Justice

ECRANS | de Zack Snyder (É-U, 2h32) avec Ben Affleck, Henry Cavill, Jesse Eisenberg…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Batman v Superman : L’Aube de la Justice

Marvel ne sera plus désormais la seule “maison” à pratiquer le crossover au cinéma : très attendu par les geeks, les amateurs de gaillards en collants, mais aussi redouté par les contempteurs de Ben Affleck (choisi pour incarner le justicier de Gotham City), Batman vs Superman marque l’entrée de DC Comics dans la ronde sans fin des films additionnant les super-héros comme d’autres collectionnent des Oscars — ou des Razzie Awards. Zack Snyder conserve la maîtrise des opérations, après Man of Steel (2013), qui avait révélé Henry Carvill dans la tunique du Kryptonien. Il sera à nouveau aux manettes en 2017 pour le prochain opus intégrant Wonder Woman, Justice League, partie 1. À suivre.

Continuer à lire

Autopsy d'un film, du cinéma à la psychanalyse

ECRANS | Un nouveau rendez-vous mensuel cinématographique voit le jour, et c’est l’université Lyon 2 qui en accouche — plus précisément l’association Mise en Fil, portée (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Autopsy d'un film, du cinéma à la psychanalyse

Un nouveau rendez-vous mensuel cinématographique voit le jour, et c’est l’université Lyon 2 qui en accouche — plus précisément l’association Mise en Fil, portée par des étudiants en psychologie convaincus du potentiel d’un film dans la description d’une problématique clinique ou sociétale, ainsi que dans sa capacité à libérer la parole. User du septième art pour décrypter notre monde part d’une certaine logique analytique : ne parle-t-on pas de “séance” en cinéma comme en psychanalyse ? Voilà un signe qui ne trompe pas ! Quant aux œuvres, choisies par les intervenants, elles présentent le grand avantage d’être variées et abordables. La preuve avec la première rencontre, le mercredi 27 janvier à 18h30 dans l’amphithéâtre du campus des Berges du Rhône (4 rue de l’Université, Lyon 7e) autour de L’Armée des morts (2004) de Zack Snyder. C’est le psychologue Matthieu Garrot qui a sélectionné ce film de zombies pour amorcer un débat sur « la crise cloacale », en abordant la figure du relégué (migrant, SDF, etc) dans la société contemporaine. Prochains rendez-vous : Inception (17 février), Persona

Continuer à lire

Big Eyes

ECRANS | De Tim Burton (ÉU, 1h47) avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston…

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Big Eyes

Il n’y a pas de scandale à dire que la carrière de Tim Burton a, depuis dix ans, pris du plomb dans l’aile. Entre serment d’allégeance à l’empire Disney — Alice au pays des merveilles — et déclinaison paresseuse de son propre style — Sweeney Todd, Dark Shadows — l’ex-trublion semblait rangé des voitures, VRP d’une signature graphique vidée de sa substance subversive. La surprise de Big Eyes, c’est qu’il marque une rupture nette avec ses films récents. Il y a certes dans cette histoire certifiée Amérique des sixties, des pelouses verdoyantes devant des pavillons soigneusement alignés, des coupes de cheveux parfaitement laquées et des peintures bizarres d’enfants à gros yeux — celles que dessine Margaret Keane mais que son escroc de mari va s’approprier, et avec elles gloire, argent et carnet mondain ; ce n’est toutefois qu’une surface de convention, dict

Continuer à lire

Interstellar

ECRANS | L’espace, dernière frontière des cinéastes ambitieux ? Pour Christopher Nolan, c’est surtout l’occasion de montrer les limites de son cinéma, en quête de sens et d’émotions par-delà les mathématiques arides de ses scénarios et l’épique de ses morceaux de bravoure. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 novembre 2014

Interstellar

Un an à peine après Gravity, au tour de Christopher Nolan de s’aventurer dans l’espace pour en donner une image scientifiquement correcte et réaliste avec Interstellar. Le futur du film est une vision à peine déformée de celui qui nous attend, marqué par la pénurie de céréales et les dérèglements climatiques, au point de pousser l’homme à chercher par-delà notre système solaire d’autres planètes habitables. Nolan centre son approche sur une famille purement américaine, dont le père décide de rejoindre une équipe d’astronautes pour s’engouffrer dans un «trou de ver» et rejoindre une autre dimension du temps et de l’espace. L’intime et le cosmos, les paradoxes liés à la relativité temporelle, les autres mondes dominés par des éléments uniques et déchaînés — l’eau, la glace ; c’est un territoire ambitieux qu’arpente Nolan, mais plutôt que d’en faire une plongée vers l’inédit, il le ramène vers sa propre maîtrise, désormais avérée, pointant toutes les limites de son cinéma. Dans l’espace, personne ne vous entend rêver Les trois grandes parti

Continuer à lire

Her

ECRANS | En racontant l’histoire d’amour entre un homme solitaire et une intelligence artificielle incorporelle, Spike Jonze réussit une fable absolument contemporaine, à la fois bouleversante et effrayante, qui fait le point sur l’humanité d’aujourd’hui du point de vue du surhumain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 mars 2014

Her

Imaginez le monolithe de 2001 l’odyssée de l’espace apparaissant de nos jours dans un Apple store et donnant naissance à des milliers d’Hal 9000 domestiques qui essaimeraient dans les processeurs de nos téléphones portables et adopteraient la voix de la femme ou de l’homme de nos rêves… C’est peu ou prou ce qui arrive dans Her, le nouveau film d’un Spike Jonze en pleine maturité créative. Son héros, Theodore Twombly — un nom sans doute choisi en référence au peintre et photographe Cy Twombly — y traîne une déprime tenace suite à une rupture amoureuse. Il travaille dans un open space dont les murs sont des aplats colorés façon Pantone où il rédige des lettres d’amour pour les autres, avant de rentrer tristement dans son appartement hi-tech jouer à des jeux vidéo et pratiquer le sexe online avec des inconnues. Jonze fait de lui le prototype de l’homme ordinaire du XXIe siècle : celui qui ne converse plus guère qu’avec son oreillette, c’est-à-dire, d’un point de vue extérieur, qui parle seul dans les rues d’une ville anonyme à l’architecture écrasante — en fait, un croisement invisible entre Los Angeles et Shanghaï. Lorsque sort

Continuer à lire

Mud

ECRANS | Dès son troisième long-métrage, Jeff Nichols s’inscrit comme un des grands cinéastes américains actuels : à la fois film d’aventures, récit d’apprentissage et conte aux accents mythologiques, "Mud" enchante de sa première à sa dernière image. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Mud

Il aura donc fallu près d’un an depuis sa présentation cannoise pour que Mud atteigne les écrans français. C’est long, certes, mais les spectateurs qui vont le découvrir — parions que, toutes générations et goûts cinématographiques confondus, ils en sortiront éblouis — verront ce que le critique pris dans la tempête festivalière ne faisait que deviner à l’époque : Jeff Nichols a signé ici une œuvre hors du temps, un film classique dans le meilleur sens du terme, qui s’inscrit dans une tradition essentielle au cinéma américain, reliant Moonfleet, La Nuit du chasseur, E.T., Un monde parfait et le True Grit des frères Coen. Des films qui parlent de l’Amérique à hauteur d’enfants, avec ce que cela implique d’émerveillement et de désillusions. Des films qui font grandir ceux qui les regardent en même temps qu’ils regardent grandir leur héros ; c’est dire l’ambition de Jeff Nichols.

Continuer à lire

The Master

ECRANS | Après «There will be blood», Paul Thomas Anderson pousse un cran plus loin son ambition de créer un cinéma total, ample et complexe, en dressant le portrait d’un maître et de son disciple dans une trouble interdépendance. Un film long en bouche mais qui fascine durablement. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

The Master

Depuis sa problématique mise en chantier, The Master était annoncé comme un film sur l’église de scientologie. Ce qui, de la part de Paul Thomas Anderson, n’aurait pas été étonnant puisque son œuvre revient comme un aimant vers la question religieuse, tantôt pour en faire un soubassement moral (Magnolia), tantôt pour la mettre en pièces (le pasteur sournois incarné par Paul Dano dans There will be blood). Or, non seulement The Master ne parle pas directement de la scientologie — le «Maître» Lancaster Dodd a bien fondé une nouvelle doctrine, mais celle-ci s’appelle «La Cause» — mais surtout, il n’en fait jamais son sujet. Ce qui intéresse Anderson est ailleurs, et c’est ce qui rend le film si complexe — ses détracteurs diront "confus" : il ne se fixe jamais sur un sujet central, ou plutôt, celui-ci semble se déplacer à mesure que le récit avance. De l’alcool contre une famille Au départ, il y a un ancien soldat revenu brisé psychologiquement du front Pacifique, Freddie. Visiblement obsédé sexuel,

Continuer à lire

The Dark knight rises

ECRANS | La très attendue conclusion de la trilogie imaginée par Christopher Nolan pour donner au personnage de Batman une ampleur sombre et contemporaine n’égale pas le deuxième volet, impressionnante dans sa part feuilletonesque, décevante sur son versant épique. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 25 juillet 2012

The Dark knight rises

Thèse, antithèse, synthèse. En bon cinéaste cérébral qu’il est, c’est ainsi que Christopher Nolan a conçu sa trilogie du chevalier noir dont ce dernier volet, qui en montre «l’ascension», fonctionne ainsi sur un système de reprises, croisements, répétitions, boucles et rimes, tous esquissés dans les deux opus précédents. Dans Batman begins, Nolan décrivait la naissance de son héros, gosse de riche orphelin devenu nomade paumé et bastonneur, puis recruté par la ligue des ombres qui l’instrumentalisait pour en faire un justicier nettoyant les rues de Gotham city de ses criminels et chassant la corruption qui gangrène ses élites. Ayant choisi l’ordre plutôt que l’anarchie, il devait faire face dans The Dark knight à ses doubles monstrueux, jusqu’à endosser le rôle d’ennemi public numéro un pour préserver une paix chèrement acquise. Nolan avait donc fait de Batman une figure réversible mais cohérente, celle d’une justice parallèle qui vient combler tous les vides de la démocratie, en édifiant un «mensonge» utile pour garantir son fonctionnement. Voici donc The Dark knight rises qui commence huit ans plus tard, et où Bruce Wayne vit reclus,

Continuer à lire

Take shelter

ECRANS | Un Américain ordinaire est saisi par une angoisse dévorante, persuadé qu’une tornade va s’abattre sur sa maison ; à la fois littéral et métaphorique, ce deuxième film remarquable confirme que Jeff Nichols est déjà un grand cinéaste. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Mercredi 21 décembre 2011

Take shelter

Au départ, ce n’est qu’un rêve : une tornade impressionnante se forme dans le ciel et bouche l’horizon ; mais ce n’est pas de la pluie qui se met à tomber, plutôt une espèce d’huile de moteur. Quand Curtis (Michael Shannon, qui renouvelle son emploi d’individu borderline en intériorisant au maximum ses émotions) se réveille, l’angoisse est toujours là. Durant la première partie de Take shelter, ce modeste ouvrier, père attentionné d’une petite fille sourde, marié à une femme exemplaire (la splendide Jessica Chastain, encore plus convaincante ici que dans The Tree of life), va faire d’autres cauchemars : son chien se jette sur lui et le mord, des silhouettes menaçantes brisent le pare-brise de sa voiture, les meubles de son salon se soulèvent et restent en suspension… Cette inquiétude se déverse peu à peu dans son quotidien, l’amenant vers une psychose dont l’issue devient l’abri anti-tornade qu’il a découvert dans son jardin. Tempête sous un crâne La force de Take shelter

Continuer à lire

Les Immortels

ECRANS | De Tarsem Singh (ÉU, 1h50) avec Henry Cavill, Stephen Dorff, Mickey Rourke…

Dorotée Aznar | Samedi 19 novembre 2011

Les Immortels

Le revival du peplum et de l’heroïc fantasy semble avoir encore de beaux jours devant lui. Les Immortels montre que si le genre est bridé par ses codes (le scénario, où Thésée prend la tête des armées grecques pour affronter Hypérion, décidé à réveiller les titans emprisonnés par les Dieux de l’Olympe, manque sérieusement de substance), il ouvre d’infinies possibilités visuelles. Tarsem Singh, dont on avait beaucoup aimé le conte cruel et pictural The Fall, y trouve un terrain de jeu propice à son travail d’esthète, toujours à la frontière entre l’avant-gardisme et le figuratif. Le numérique lui offre ainsi la possibilité de retrouver les textures et les perspectives des préraphaélites, friands eux aussi de mythologie. Le traitement des couleurs, des matières et des costumes, traduisent une sensibilité artistique devenue rare dans ce type de blockbuster (rien à voir avec la laideur visuelle de 300). Le combat final, impressionnant, traduit toutes les directions dans lesquelles il s’engouffre : débauche d’action gore mais toujours lisible, baston sans concession entre Thésée (Henry Cavill) et Hypérion (Mickey Rourke, monstrueusement badass et génialemen

Continuer à lire

Fighter

ECRANS | Opération retour en grâce pour David O’Russell avec cette chronique de deux frères boxeurs inséparables et pourtant rivaux : un film qui, malgré quelques beaux moments de cinéma, déçoit par son conformisme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 4 mars 2011

Fighter

On n’en voudra pas à David O’Russell d’avoir cherché à sortir du bourbier dans lequel le fiasco public et critique de "J’♥ Huckabees" l’avait fourré. Opération réussie : avec quelques oscars et un beau score au box-office américain, le cinéaste s’est visiblement remis en selle — il a déjà fini un autre film depuis. "Fighter", projet longuement porté par Darren Aronofsky, n’est pas sans évoquer "The Wrestler" : son esthétique réaliste, son goût du mélodrame et son contexte sportif (la boxe remplaçant le catch), sans parler de la trajectoire de son personnage secondaire, qui va de la déchéance au rachat. Mais les choses s’arrêtent là. Alors que "The Wrestler" s’inventait au plus près de son acteur et ne quittait pas un parti-pris radical dans sa mise en scène, "Fighter" louvoie entre clichés du film à oscars et rares tentatives pour ramener le sujet vers une matière plus personnelle. Les Atrides font de la boxe O’Russell rate à peu près complètement le double parcours de Micky (Wahlberg, plutôt pas mal), dont la carrière de boxeur va de combats foireux en matchs ratés, et de son frère aîné Dicky (Christian Bale, dans un ca

Continuer à lire

Le Royaume de Ga'hoole

ECRANS | De Zack Snyder (ÉU, 1h39) animation

Christophe Chabert | Dimanche 24 octobre 2010

Le Royaume de Ga'hoole

Un film d’heroïc fantasy avec des hiboux en images de synthèse et en 3D par le réalisateur de "300" et "Watchmen" : la curiosité face à ce "Ga’Hoole" était goguenarde, mais réelle. Soit une famille de chouettes dont les deux frères sont enlevés par des hiboux fascistes : l’un deviendra soldat, l’autre refusera sa condition de travailleur forcé et s’échappera pour rallier le mythique Royaume de Ga’Hoole et y devenir un gardien, garant de la liberté et du respect des faibles. À partir de là, plusieurs conclusions s’imposent : le cinéma d’animation pour enfants a manifestement cette année des choses à dire sur le totalitarisme et le système concentrationnaire. Après "Toy story 3", "Ga’Hoole" expose quelques visions glaçantes, notamment celle de ces jeunes chouettes au regard vide qui cherchent du métal dans les pelotes rejetées par les hiboux ; l’enfant esclave de la merde fabriquée par les adultes ?. Dès que Snyder quitte cette part sombre du récit, il s’égare dans l’éternel jargon de l’heroïc fantasy, avec des dialogues indigestes que seul un geek peut entendre sans développer une grosse migraine. Il faut attendre la dernière demi-heure pour que le cinéaste retrouve sa virtuosité

Continuer à lire

Les Runaways

ECRANS | De Floria Sigismondi (ÉU, 1h45) avec Kristen Stewart, Dakota Fanning, Michael Shannon…

Christophe Chabert | Mercredi 8 septembre 2010

Les Runaways

Dans le registre souvent casse burne du biopic musical, "Les Runaways" s’en sort avec les honneurs. Certes, la mythologie rock est convoquée avec ses clichés habituels (la drogue, les groupies en transe, le succès brusque, la redescente plus brutale encore) ; mais l’odyssée de Joan Jett et de Cherie Currie, deux très jeunes rockeuses qui en 1975 inventeront avec les Runaways un pendant féminin au glam-rock de Bowie, a de solides atouts. D’abord, les images du prodige Benoît Debie, négociant un virage américain réussi après ses exploits chez Fabrice Du Welz ; ensuite, son tandem d’actrices (et une mention spéciale pour ce cinglé de Michael Shannon, ici en producteur odieusement mégalo). Le film est alors passionnant : il est beau de voir Kristen Stewart salir son image de pucelle vampirisée en roulant de grosses galoches à sa partenaire, en sautant en culotte noire sur son lit ou en sniffant de la colle dans les rues de L.A. Mais plus forte encore est la métamorphose de Dakota Fanning… L’ex enfant-star de "La Guerre des mondes" incarne un personnage lui aussi arraché à l’adolescence par l’appât de la célébrité, et qui cherche en vain à exister par-delà son image dévorante. C’est

Continuer à lire

Inception

ECRANS | L’ambitieux projet de blockbuster onirico-philosophique de Christopher Nolan débouche sur un film protoype, qui passe du temps à expliquer son mode d’emploi avant de se lancer dans une pratique ébouriffante du cinéma comme montagne russe spatio-temporelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Dimanche 11 juillet 2010

Inception

Inception part d’une idée magnifique : si le cinéma est une fabrique de rêves, aucun film n’avait jusque-là osé montrer des personnages dont c’était littéralement le métier. Des architectes, un scénariste, un technicien, un metteur en scène et des acteurs, toute une équipe qui ressemble à une équipe de tournage cachée derrière une bande de malfrats sophistiqués dont le but est de voler des secrets enfouis dans le subconscient de leurs victimes (les spectateurs ?). Christopher Nolan dans Le Prestige avait déjà prouvé que la réussite d’une illusion cinématographique reposait sur l’envie du public d’être dupé ; la suspension d’incrédulité devenait l’enjeu, la théorie et la matière scénaristique du film. Inception va plus loin : dès l’ouverture, impressionnante, le cinéaste plonge les personnages dans un labyrinthe de rêves encastrés les uns dans les autres, les secousses du réel (la plongée dans une baignoire d’eau froide) devenant des séismes dans le monde onirique (une vague gigantesque qui vient dévaster le décor). Quant à la mort, elle n’est que le plus court chemin vers le retour à la réalité. Rien n’est vrai, tout est simulé, imaginé, façonné par un

Continuer à lire

Watchmen

CONNAITRE | Zach Snyder Paramount Home video

Christophe Chabert | Dimanche 27 septembre 2009

Watchmen

À sa sortie, 'Watchmen' a suscité (y compris chez nous) des réactions opposées. Difficile de se mettre d’accord en effet, tant le film peut être regardé sous des angles très divers : fidélité ou trahison à l’esprit du comics d’Alan Moore ? Travail servile de reproduction des cases sur grand écran ou réappropriation visuelle de la BD par la mise en scène ? Quant à la personnalité de son cinéaste, il est aussi sujet à débats : Snyder est-il un républicain réac’ ou un geek doué mais déconnecté du propos de ses films ? Il est en tout cas troublant de le voir, après cet incontestable monument de bêtise conservatrice qu’était '300', s’attaquer à son exact opposé avec 'Watchmen'. Car le film raconte justement comment une révolution conservatrice réussie plonge l’Amérique dans la peur et l’obscurantisme. Les super-héros ayant servi la «cause» ont donc été mis au rencard. L’ironie mordante de Moore passe, contre toute attente, fort bien le cap de l’adaptation — le générique est en cela un chef-d’œuvre à lui tout seul — et Snyder surprend par son choix de la mélancolie et ses nombreux emprunts au film noir. Peu spectaculaire (quand il l’est, c’est carrément le hors sujet), splendide visuelle

Continuer à lire

Sunshine cleaning

ECRANS | De Christine Jeffs (ÉU, 1h20) avec Amy Adams, Emily Blunt…

Dorotée Aznar | Lundi 8 juin 2009

Sunshine cleaning

Sunshine cleaning tente de répondre à une question qui hante bon nombre d’esprits plus ou moins équilibrés : que deviennent donc les pom-pom girls après leur gloire lycéenne ? Rose, par exemple, égérie adolescente aux succès indécents, regarde désormais sa trentaine froidement dans les yeux. Entourée de sympathiques losers lui tenant lieu de famille, elle se met en tête de créer une entreprise de nettoyage de scènes de crime ; d’où gags, quiproquos, et résurgences dramatiques de traumas originels. Depuis que des petits malins ont cracké le code de la nouvelle comédie US indépendante, on peine un peu à trouver notre compte dans des œuvres reproduisant les mêmes schémas sans jamais les renouveler cinématographiquement. Un zeste de cellule familiale gentiment branque (on retrouve même Alan Arkin dans un rôle rappelant de façon tenace son personnage dans Little Miss Sunshine), une pincée de fausse provocation se faisant en fait l’expression d’un désir de retour à la norme (dans l’exacte lignée de Juno), des situations décalées mais pas trop… Le résultat n’est pas forcément désagréable à regarder, si ce n’est qu’on est à ce point en territoire connu que la résolution de l’in

Continuer à lire

Watchmen - Les gardiens

ECRANS | De Zack Snyder (ÉU, 2h40) avec Billy Crudup, Patrick Wilson…

Christophe Chabert | Jeudi 26 février 2009

Watchmen - Les gardiens

Après le saccage du 300 de Frank Miller, la question était de savoir comment Zack Snyder allait mutiler l’un des plus grands romans graphiques de l’histoire — la terrifiante uchronie d’un monde décati, dans l’attente d’un conflit nucléaire entre les deux blocs de la Guerre Froide, où d’anciens vengeurs masqués deviennent les garants de l’avenir incertain de l’humanité. À vrai dire, la première partie du récit (consacrée au personnage du Comédien) surprend par son respect du matériau de base, comme par son ambition narrative relativement bien canalisée. On fait fi des fautes de goût habituelles de Snyder (son incapacité à inclure les scènes d’action dans une logique dramatique, ses foutus ralentis tape-à-l’œil, le caractère très lourdement illustratif de sa bande-son…), sans trop se douter que ces scories participent de la réinterprétation purement formaliste de l’histoire originale. Si le comics était un véritable brûlot socio-politique déguisé en serial lambda, le film suit quant à lui la stratégie inverse. Après tout, pourquoi pas, c’est une façon comme une autre de botter en touche. Encore eut-il fallu que la mise en scène et le script aient été à la hauteur de ce parti pris...

Continuer à lire

Les Noces rebelles

ECRANS | Cinéma / De Sam Mendes (ÉU, 2h05) avec Leonardo Di Caprio, Kate Winslet, Michael Shannon…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2009

Les Noces rebelles

Ben Stiller a décidemment joué un mauvais tour au cinéma américain avec son dévastateur Tonnerre sous les tropiques. En voyant Les Noces rebelles, on pense sans arrêt à Satan’s alley, le faux film dont on voyait la vraie bande-annonce au début : du cinéma à oscars balisé, où clignote sans arrêt dans le coin du cadre «Attention sérieux», où les acteurs tirent en permanence la tronche sur une musique dramatique et dans une lumière chiadée. C’est très beau tout cela, mais aussi terriblement ennuyeux, surtout quand le propos du film, progressiste à souhait, vire constamment au pontifiant. Dans les années 50, un jeune couple veut casser la routine du «papa travaille pendant que maman brique la baraque» en partant pour l’Europe accomplir ses rêves de bohème. Mais le poids des conventions sera plus fort, et Les Noces rebelles tourne à la scène de ménage façon Qui a peur de Virginia Woolf. Théâtrale au possible, la mise en scène de Sam Mendes coule tout dans un béton infernal, à commencer par les deux comédiens principaux, en roue libre de grimaces et d’émotions surjouées. Pénible spectacle, mais qu’on prend l’habitude de voir en début d’année cinémat

Continuer à lire