Hallucinations Collectives : « partager des films dans une salle, c'est un élément constitutif du festival »

Festival | Depuis dix ans que l’Étrange Festival lyonnais est devenu Hallucinations Collectives, il n’a jamais fait faux bond aux amateurs d’“autre cinéma” — et ce, malgré la pandémie. À la veille d’une 14e édition des Hallus adaptée aux circonstances, mais tout aussi alléchante, conversation avec deux des membres du collectif aux manettes, Cyril Despontins et Benjamin Leroy.

Vincent Raymond | Mercredi 25 août 2021

Photo : © Xavier Tschudi


Commençons par une boutade. Si l'on considère que l'actualité internationale de ces dernières semaines est trustée par les crises climatique, sanitaire, économique, politique et sociale, que Titane a remporté la Palme d'Or ; bref que le monde semble glisser dans une zone bis, doit-on désormais considérer les Hallus comme un festival du cinéma du réel ?
Cyril Despontin
: Merde ! On s'est fait avoir. Du coup, va falloir faire un autre type de programmation, maintenant (rires). Les gens disent souvent que le fantastique prophétise le futur — dans les films, il est rarement joyeux, donc on espère qu'il n'ira pas toujours dans ce sens là, mais finalement la réalité nous donne tort, mais au moins, on est préparés…

Quand il y a eu le premier confinement, les amateurs de fantastique étaient un peu plus préparés à des trucs bizarres… À force de voir ces films, finalement ça arrive et tu dis : « bon bah c'était plus ou moins ce qu'on avait prévu en regardant des films depuis 20, 30 ans». On a peut être été un peu moins choqué parce qu'on était habitué à voir des images bizarres d'un futur incertain, des rues vides, des gens masqués…

Benjamin Leroy : On passe parfois des films classés moins de 16 ans, un peu violents, mais ça reste de la fiction. C'est là que tu vois que même une fiction un peu dure fait réfléchir et c'est toujours mieux que la réalité. Une fiction de zombie, ce n'est pas aussi dur qu'un an de pandémie ; cela fait relativiser les gens qui peuvent dire que c'est trop violent. Ça remet un peu de distance : finalement, c'est pas méchant, et moins méchant que la réalité.

Et pour le moment, on est encore épargné par les zombies ou les aliens…
BL :
Pour l'instant ; on a de l'avance…

CD : Oh, les zombies je les vois manifester tous les samedis… (rires)

Il y a tellement de films dans les vingt dernières années qui mériteraient une sortie

Pour la deuxième année, le vent du boulet est passé très près et vous a obligés à vous reporter de Pâques à la rentrée. Avec en sus de nouvelles règles, liées aux réductions de jauges et au passe sanitaire. Quelles conséquences cela a-t-il eu sur cette édition ?
CD
: L'année dernière à la même époque, j'étais fébrile en regardant les infos tous les jours, pour voir si on n'allait pas à nouveau être confinés. Les jours avant, on essaie de voir ce qui va se passer d'un point de vue des annonces du gouvernement ; pendant le festival, on n'est même pas sûrs… Je disais à Benjamin : « chaque jour qui passe est un jour de gagné ». Quand ça commence à s'accélérer au niveau de la pandémie, on espère réussir à passer à travers les mailles du filet. Une des forces du festival cette année : on n'a pas trop d'avant-premières et on peut facilement décaler, qu'on passe un film de 1935 maintenant ou dans six mois, ça restera un film non lié à une actualité. Pour les festivals qui font beaucoup d'avant-premières, c'est compliqué, les films ne seront plus disponibles six mois plus tard ou seront un peu vieux…

D'où cette fameuse thématique “Privés de sortie” qui justement transforme des films récents en film de patrimoine et nous permet de les passer plus tard sans que personne nous dise « Cold Fish, tout le monde l'a vu ».  En fait, non : c'est un film ancien mais nouveau.

BL : Et surtout, qui n'est pas sorti en salles. Dans “Privés de sortie”, il y a des films qui peuvent être plus ou moins connus mais que très peu de gens auront vu sur grand écran.

CD : Au départ on avait pensé passer Sorry to Bother you qui a connu une très faible exposition, mais on s'est dit qu'on allait carrément choisir les films qui ne sont pas sortis du tout, qui ont eu droit directement à une sortie vidéo. Ça fait souvent écho avec des discussions de cinéphiles à propos de Netflix. Quand Roma a été annoncé, les gens étaient contents de le voir en salles, dans les rares projections publiques, parce que c'était sur un grand écran. Mais le direct to vidéo, c'est un peu le lot quotidien des fans de cinéma fantastique. Et depuis toujours ! Souvent, la case festival, c'est le seul moyen de les voir en salle, et là on rattrape un peu le passé ; on va chercher dans les années précédentes, où le festival n'était pas forcément installé, pour montrer les films qui auraient un intérêt d'être vus en salle. Et il y a de quoi faire une saison 2, 3 ou 4 si jamais une nouvelle pandémie nous tombe dessus (rires). Il y a tellement de films dans les vingt dernières années qui mériteraient une sortie…

On pourrait même dire dans les derniers mois, au vu du nombre de reports effectués sur les plateformes…
BL :
Le confinement et la pandémie on dû mettre un petit boost sur la VOD. Moi qui n'étais pas spécialement branché VOD ou Netflix, j'ai retrouvé ce côté vidéo-club. Comme tu ne peux pas aller en salle, t'es chez toi, tu fouilles dans les étagères virtuelles du vidéo-club. Il y avait un peu ce charme.

Vous avez dû renoncer à quelques rendez-vous emblématiques…
BL
: D'habitude on a toujours une Carte blanche à un ou une invitée qui choisit trois films et qui vient les présenter ; là, on avait calé quelque chose qui marchait pour avril mais lui n'était plus disponible en septembre. Et ça aurait été trop aléatoire de faire des projections de Carte blanche sans son programmateur. L'an dernier, on s'était adaptés avec Xavier Gens qui nous avait fait des vidéos de présentation, mais ce n'était pas la même chose…

Vous n'évoquez même pas la possibilité de vidéo-conférence. Pas plus que l'hypothèse d'un festival en ligne, dont le principe semble incompatible avec les Hallus…
CD
: On charbonne bénévolement pendant un an sur le festival ; ce n'est pas pour au finale faire une page Web avec des liens où tu cliques pour voir des films ! C'est nul, tout le monde peut le faire soi-même… Nous, ce qu'on aime, c'est le fait qu'on se retrouve tous à un instant t pour voir un film en même temps dans une énorme salle avec un son qui tabasse. Et après, en sortant, en parler, échanger, enchaîner les films dans la journée, ne pas avoir le choix de faire “pause“…

BL : Il y a des événements qui y ont été contraints, ils n'avaient pas d'autres solutions : ils avaient des enjeux financiers et de programmation. Ce qui nous intéresse quand on passe Dementia, c'est de le passer en salle. Si c'est pour le voir tout seul dans son coin, il suffit d'aller sur le Net ou d'acheter le Bluray. Il pourrait y avoir le côté prescription : c'est-à-dire suggérer des films, mais les spectateurs n'ont pas besoin de nous pour les voir sur leur écran d'ordinateur. Là où on apporte un plus, c'est en salle. Quand on décrit le festival, un des trucs importants, c'est que l'on « propose des films dans une salle de cinéma ». C'est notre côté un peu snob, vieux con, mais c'est vraiment un élément constitutif. Il y a le côté humain d'être tous ensemble et, plus prosaïquement, le côté technique d'avoir des films qui ont été faits pour le grand écran d'une salle de cinéma et qui sont projetés dans les meilleures conditions possibles.

CD : On ne s'est pas trompé parce que la première édition qu'on a faite post confinement, à part la jauge qui nous empêchait de remplir la salle, tout était quasi complet à chaque fois : les gens avaient envie de se retrouver. Les films en VOD chez soi, ça va cinq minutes, mais les spectateurs ont envie de communier. C'est une passion, le cinéma ; pas juste voir un film. Il y a un côté fédérateur et festif de se retrouver.

Vous disiez qu'il n'y avait presque pas d'avant-première. Il y a quand même une sacrée locomotive, Belle de Mamoru Hosoda tout droit venu de Cannes et une queue de train qui est pas négligeable non plus : Shin Godzilla… Deux belles prises.
CD
: Ce n'est pas qu'on est meilleurs, mais au point de vue du calendrier, on était les premiers (le film sort en décembre) et Wild Bunch est plutôt pro-festival. Si d'autres avait demandé  Belle cet été, je pense qu'ils l'auraient eu aussi. Le film est énorme, il est parfait pour une ouverture : il file la patate. Dans la projection où je l'ai découvert, on a tous adoré ; les techniciens qui étaient là pour, à la base, vérifier le film, ils étaient à fond dedans. Quand il est passé à Cannes, tout le monde est vraiment sorti avec la patate. Donc, il est parfait pour démarrer une édition. Quant à Shin Godzilla, c'est inespéré. Je l'avais passé il y a longtemps dans un autre festival et ça avait été une galère sans nom pour les droits parce que la Toho c'est un mastodonte — comme Godzilla. Et l'année dernière, on a passé deux films de chez eux dans une soirée manga et on a eu un nouvel interlocuteur, beaucoup plus accessible, compréhensif et tourné vers l'international. Il y avait un coup à jouer pour Shin Godzilla, j'ai demandé, et c'était bon… même s'il a fallu s'entendre sur le prix. On aura donc la troisième projection publique du film, après la Cinémathèque française — et Saint-Étienne pendant le Festival. On est content de l'amener en France, c'est vraiment l'un des plus grands films de ces dix dernières années dont beaucoup de gens se demandent pourquoi il n'est pas sorti en France. Bon, c'est pas fédérateur comme Les Tuche, et comme ça fera un petit score et que ça coûte très cher, pas grand monde n'a voulu se laisser tenter. Pour un festival c'est parfait en projection unique : sur une seule séance, c'est viable financièrement. Pour un distributeur salles, c'est déjà un peu plus compliqué. C'est quand même un film de niche, que je trouve dément.

BL : On a toujours le souhait d'avoir pour l'ouverture un truc qui claque, qui fait parler, qui fait évènement. Et aussi, dans la programmation, à la fois les avant-premières — là, des films un peu plus récents — et l'aspect patrimoine. Ces deux faces n'intéressent pas forcément le même public, mais l'idée c'est justement de pouvoir faire des passerelles : les avant-premières et les films récents amènent un public plus jeune et différent du patrimoine, qui a davantage le profil “rat de cinémathèque” — ce n'est pas péjoratif (rires). L'idée c'est que les petits jeunes fans de manga et d'anime qui viennent voir Belle se disent : « tiens, je vais aller voir Sur le globe d'argent ». Bon, ça m'étonnerait que ça arrive beaucoup.

Si on peut programmer le documentaire sur Burroughs un mercredi à 14h30 — on va avoir une une salle qui sera loin d'être d'être pleine —, c'est parce que le lendemain on passe un Christopher Smith à 19h30, qui va blinder et qui équilibre. Ça permet de ne pas être que tourné vers le passé. Ça reflète notre équipe de programmation : Cyril adore le Godzilla, d'autres sont plus réservés et aiment les films en costume avec des mecs en collants en noir et blanc… Tout ce qu'on aime est reflété dans la prog, et on se dit que ça va parler à un public différent.

Nos films ont besoin d'être accompagnés et présentés

Ce qui va aller de Sono Sion jusqu'à Jason Statham en passant par Mascara…
BL
: Ouais, grave. C'est l'idée d'une cinéphilie où tu n'as pas d'œillères.

CD : C'est ce que fait la Cinémathèque Française, plaçant sur le même plan Renoir et Jess Franco ; c'est du cinéma, il n'y a pas de hiérarchie. Je crois qu'on l'a toujours fait sans vraiment théoriser parce qu'on a des goûts pluriels et qu'on aime le cinéma dans son ensemble — même si globalement, la constante de nos programmations, c'est quand même plus du cinéma indépendant. Passer le film ultra attendu que tout le monde peut voir facilement, ça ne sert à rien. Mais les trucs rares, c'est beaucoup de boulot. Par exemple, j'aurais pu demander Malignant de James Wan, qui sort le lendemain de l'ouverture, et ça aurait été sûrement une très belle chose. De Wan, on avait passé il y a très longtemps Insidious, quand il était dans sa période indé, mais maintenant c'est un très gros truc et Warner n'a pas besoin de nous pour faire sa promotion. On préfère montrer des films plus en marge dans leurs circuits de fabrication et de production.

BL : Un des critères, c'est que le film ne soit pas accessible. Si c'est quelque chose qui est sorti en salles en France — sauf s'il est sorti il y a 50 ou 60 ans en catimini — ou s'il existe en vidéo en France, l'expression qu'on emploie souvent, c'est : « est-ce que le film a besoin de nous ? ». On préfère passer un film plus difficile d'accès.

CD : Il y a aussi le côté kiff de voir ça en salle. On a déjà passé des films de studios comme L'Invasion des profanateurs de sépultures l'an dernier, L'Exorciste 2, mais ce sont des films qu'on ne voit plus en salle. Ils sont dans cette zone grise : trop anciens pour être montrés dans les rétrospectives de films récents, mais pas assez vieux pour être montrés dans les cinémathèques. C'est une zone un peu bizarre où se trouvent des films que plein de gens n'ont pas forcément vus, parce qu'ils étaient trop jeunes à l'époque ou qu'ils l'ont loupé en salles, et qui ne sont pas encore célébrés. C'est cette zone qu'on aime bien explorer.

Malgré les circonstances, vous avez quand même réussi à programmer des séances avec des invités. Notamment autour du film de Zulawski…
BL
: On ne courait pas après les invités parce que l'an dernier, ça avait été un peu décevant de pas avoir Xavier Gens. On avait fait une séance spéciale sur le réalisateur de court-métrage en animation Robert Morgan qui est à Londres, qui n'avait pas pas pu venir et c'était frustrant. Donc cette année, on a fait notre prog, on s'est dit : tiens, il y a peut être cette opportunité, cette carte à jouer, le mec est en France. C'est toujours bien d'avoir ce plus, surtout que nos films ont besoin d'être accompagnés et présentés. On fait toujours des présentations nous-mêmes au minimum, mais si on peut avoir un spécialiste, voire quelqu'un qui soit partie-prenante de la conception du film, c'est encore mieux.

Un fidèle du festival, Pascal Laugier, vient de signer pour M6 une série adaptée d'Agatha Christie, Ils étaient dix. Cela peut-il vous donner envie d'ouvrir les Hallus aux séries ?
CD
: On y a déjà pensé l'année dernière, même si on ne l'a jamais annoncé, en bossant sur la possibilité de passer Gangs of London en une nuit et faire venir Gareth Evans. Personne ne connaissait la série, j'avais vu des bouts, je savais que ça allait être mortel… C'était bien avant la pandémie. Mais ça n'a pas été possible parce que le diffuseur était incertain en France à l'époque — la preuve, il n'y a toujours pas de diffuseur. On a passé à la place la soirée Bobbypills avec trois séries d'animation : Vermin, Crisis Jung et des bouts de Peepoodo.

BL : En plus, c'est compliqué au niveau des droits pour un programme de télévision. Ça nous est arrivé de passer un film produit par la BBC mais il ne fallait pas qu'elle soit payante.

CD : Il fallait un complément de programme et les gens ont payé pour le court-métrage avant.

BL : Ça ne nous empêcherait pas de faire des séances gratuites, d'autant qu'il y a des trucs de plus en plus intéressants…

Hallucinations Collectives
Au Comœdia du mardi 31 août au lundi 6 septembre

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Isabelle Huppert : « au cinéma, on ment par définition »

Comment choisissez vous vos rôles ? En fonction de ce que vous auriez envie de voir ou en rupture par rapport à ce que vous avez fait auparavant ? Isabelle Huppert : C’est peut-être plus une question que se pose le metteur en scène que l’acteur. Parce qu’au fond, un acteur a peu de pouvoir sur la possibilité d'un film. Sinon, un peu tout dans la genèse m’attire : entrer dans un personnage, travailler avec un metteur en scène, le dialogue, une phrase qui vous reste dans la tête et qu’on se redit et rien que pour cette phrase on a envie de faire le film… C’est mystérieux de le définir précisément, parce que c’est un processus particulier qui vous amène chaque fois à faire un film. C'est à chaque fois une aventure un peu existentielle : il y a tout un chemin qui vous y mène et qui n’est jamais le même… Quel a été le point de départ de La Daronne ? Le livre, que j’ai lu avant de savoir que Jean-Paul Salomé voulait faire le film. J’ai entendu Anne-Laure Cayre [l’autrice et coscénariste, NdlR] à la radio et, tout de suite, j’ai été très intéressée par ce qu’elle rac

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Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans "La Daronne"

Son film à l'affiche | ★★★☆☆ De Jean-Paul Salomé (Fr, 1h30) avec Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani…

Vincent Raymond | Mercredi 9 septembre 2020

Shit et chut : Isabelle Huppert rayonne dans

Interprète cachetonnant à la traduction d'écoutes policières, Patience Portefeux trouve un moyen de régler ses ardoises : écouler une cargaison de shit subtilisée à ses propriétaires et devenir fournisseuse en gros. La police va s’escrimer à identifier cette mystérieuse nouvelle “Daronne“… Bardée de slogans qui claquent et d’un logo du festival de l’Alpe-d’Huez, l’affiche mettant en valeur une Isabelle Huppert voilée comme une riche Émiratie tend à faire passer La Daronne pour une comédie. En réalité, il s’agit là, comme pour le personnage de Patience, d’un déguisement dissimulant sa vraie nature de film noir à la croisée des mafias marocaines et chinoises et reposant sur des impératifs sociaux (payer l’EHPAD de sa mère, rembourser les dettes de son défunt mari, aider ses filles) : c’est la nécessité qui fait la hors-la-loi. Et sous cet épiderme de polar affleure un autre film encore, à la tonalité étonnamment mélancolique, nostalgique, où Patience (prénom décidément bien trouvé) peut enfin renouer avec son passé. Celle qui propose dans un langage fleuri mi argotique, mi arabe, à de petites

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Vous ne rêvez pas : Hallucinations Collectives va commencer !

Cinéma | La treizième édition du festival de cinéma de genre, prévue au printemps, aura bien lieu et commence finalement aujourd'hui. Rendez-vous au Comœdia dès aujourd'hui.

Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2020

Vous ne rêvez pas : Hallucinations Collectives va commencer !

En leur for intérieur, les amateurs de cinéma de genre triskaïdékaphobes doivent se demander s’ils doivent jubiler ou être ravagés par l’angoisse : la treizième édition du festival Hallucinations Collectives qui n’a pas eu lieu à Pâques ressuscite… treize semaines pile après la Trinité. Coïncidence ? À mettre au crédit de quelque esprit fort, démoniaque ou fort démoniaque, alors. Et par une ironie encore plus mordante, la programmation intègre parmi ses thématiques une rétrospective en quatre films baptisée “Vaudou : Walking with the Zombies”, complétée par l’adaptation d’un manga, I am a Hero, par Shinsuke Sato. En ces temps de Covid-19 — qui, outre le décalage de la manifestions, influe évidemment sur son organisation en supprimant les votes du public pour les films en compétition — on ne s’étonnera pas de voir d’autres productions anticiper des problématiques de contamination. C’est le cas avec le film d’ouverture, Colour Out of Space, du revenant Richard Stanley, interprété par le non-moins miraculé Nicolas Cage : dans cette adaptation de Lovecraft la maladie

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François Ozon : « il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Retenu dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, Été 85 séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Vendredi 10 juillet 2020

François Ozon : « il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

La réalisation de ce film a-t-elle été pour une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers https://fr.wikipedia.org/wiki/Aidan_Chambers? François Ozon : Quand j’ai lu le livre, je n’étais pas encore cinéaste, c’est vrai, j’étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j’adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j’avais presque plus envie d’en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n’aurais pas été capable de raconter l’histoire. J’étais quasiment sûr qu’un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s’en emparer et faire un teen movie à l’américaine. Mais ça ne s’est jamais fait. Quand j’en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd’hui, il m’a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l’adapter pendant toute cette période, sans succès. Après

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Plus belle la prophétie

Télévision | Le mot a été balancé comme ça, à l'heure où M. Macron se faisait solennel quoi qu'il en coûte : "coronavirus". Incroyable ! Plus belle la vie, le feuilleton populaire de France 3, avait anticipé la pandémie. On vous raconte.

Nadja Pobel | Lundi 23 mars 2020

Plus belle la prophétie

Jeudi 12 mars. L'épisode 4014 de Plus belle la vie est en ligne depuis le matin même et quand sa diffusion commence sur France 3, à 20h15, Emmanuel Macron prend la parole sur toutes les autres chaînes pour sa première allocution de crise. Rien à voir ? Si ! La série de 26' cause de la même chose que le Président. Un nouveau personnage, quadra, est dans la salle d'attente des urgences de l'hôpital de Marseille-Est : « j'ai mal à la tête, je me sens vraiment pas bien » dit-il entre deux quintes de toux et un crachat de sang. Le lendemain, il est décédé. Entre-temps, en clôture de l'épisode de jeudi, la médecin dialogue avec sa mère infirmière : « il souffre d'une pneumopathie très violente et il revient tout juste de chine – Tu penses au SRAS ? - Quoi d'autre ? Les agences sanitaires ont toujours cru à un retour du coronavirus et vu les symptômes et la provenance du patient, y'a pas trop de doutes – Depuis quand il est arrivé aux urgences ? - Il est arrivé à 5h du matin, ça fait 15h – 15h ?! Si c'est vraiment le SRAS on est foutu ! » Voilà comment les scénaristes ont introduit le sujet. Un raccro de dernière mi

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Les mamans et les putains : "Filles de joie"

Drame | Axelle, Dominique et Conso, trois voisines du Nord de la France, franchissent la frontière belge chaque jour pour proposer leurs faveurs en maison close afin d’améliorer un ordinaire misérable. Les rêves en berne, l’usure morale le dispute à la déchéance physique et au mépris des proches…

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

Les mamans et les putains :

Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent/Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich ne s’y adonne pas par plaisir. Ce qu’il révèle surtout d’un point de vue sociologique, c’est que le recours au commerce de son corps, jadis réservé aux plus pauvres des plus pauvres, à ce quart-

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Sorties de leur réserve : "Une belle équipe"

Comédie | Un seul point. C’est ce qu’il manque à l’équipe de foot de Clourrières pour assurer son maintien. Sauf que les joueurs ont tous été suspendus après une bagarre. Alors, l’entraîneur monte une équipe féminine pour les trois ultimes rencontres. Et se heurte à l’hostilité machiste du village…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Sorties de leur réserve :

Alors qu’il s’apprêtait à en débuter le tournage en 2018, Kad Merad prévenait que ce film n’aurait rien à voir avec Comme des garçons, cette comédie-fiction bâtie sur l’histoire de la première équipe de France de football féminine. On le confirme : Mohamed Hamidi ne s’intéresse ni à la romance ni à la reconstitution historique, mais au — difficile — basculement des mentalités vers une société paritaire, le football étant le symptôme (ou le déclencheur) d'une prise de conscience : troquer le ballon contre la charge domestique ordinairement dévolue à leurs épouses équivaut à une castration pour ces messieurs. Le réalisateur (qui, au passage, remercie ses six sœurs au générique) s’amuse à montrer à quel point la sensibilité masculine est asymétrique : chatouilleux sur leurs “privilèges“ envolés, les hommes sont aveugles au fait que les affiches publicitaires utilisent des corps de femmes afin de vendre n’importe quoi à n’importe qui. Bien

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Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un vrai bonhomme | Pour son premier long-métrage, Benjamin Parent s’aventure dans un registre peu coutumier en France : le “coming at age movie“ — une sorte de film d’apprentissage adolescent. Une jolie réussite dont il dévoile quelques secrets. Attention, un mini spoiler s’y dissimule…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un thème commun se dégage de votre film Un vrai bonhomme et de Mon inconnue que vous avez co-écrit avec Hugo Gélin : l’uchronie, ou l’idée de permettre à des personnages d’accomplir des destinées alternatives. Est-ce délibéré ? Benjamin Parent : Pas du tout. Dans Mon Inconnue, l’idée d’uchronie vient d’Hugo ; j’ai essayé de développer la dramaturgie sur l’uchronie “la plus intéressante“. Je trouve que l’uchronie permet de raconter l’histoire d’une manière extrêmement drastique, avec ce truc d’inversion absolue des choses : “et si“ on pouvait rencontrer ses parents et qu’on se rendait compte que son père était un blaireau et que sa mère voulait nous choper, qu’est-ce qu’on ferait ? L’uchronie, finalement, c’est un pitch radical, qui permet plein de possibilités et un déploiement de l’imaginaire. Un vrai bonhomme, où le personnage de Léo est une extension de celui de Tom, permet également le déploiement de

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Je mets mes pas dans les pas de mon frère : "Un vrai bonhomme"

Comédie Dramatique | Un adolescent solitaire s’appuie sur le fantôme de son aîné pour s’affirmer aux yeux de ses camarades, de la fille qu’il convoite et de son père qui l’ignorait, perdu dans le deuil de son fils préféré. Une brillante première réalisation signée par le coscénariste de Mon Inconnue.

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Je mets mes pas dans les pas de mon frère :

Ado introverti ayant toujours subi l’aura solaire de de son frère Léo, Tom fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Heureusement, Léo est là pour lui prodiguer encouragements et conseils. Sauf que depuis un accident de la route fatal à Léo, celui-ci n’existe plus que dans la tête de Tom… On ne divulgâche rien en dévoilant d’entrée le fait que Léo est ici un personnage imaginaire, puisque Benjamin Parent s’arrange pour lever toute ambiguïté à ce sujet dès la minute 18. Tout l’enjeu de son film n’est pas de fabriquer un mystère à la Shyamalan pour le public, mais d’inclure ce dernier dans la névrose de son héros ; de lui faire partager les affects d’un adolescent mal remis d'un traumatisme et croyant trouver par cet expédient le chemin de la résilience. Mon frère, ce halo Comédie, drame ? Disons dramédie bien tempérée, ce qui constitue un tour de force : rares sont en effet les films hexagonaux capables d’aborder la question adolescente sans s’abandonner à des récits d’amourettes (La Boum), à des pitret

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Rayons les différences ! : "Zibilla ou la vie zébrée"

Animation - dès 3 ans | Un girafon de passage dans la forêt découvre qu’il n’est pas le bienvenu en tant qu’étranger ; des animaux se livrent à une course en vélo à l’approche de l’hiver ; adoptée par une famille de chevaux, Zibilla est la seule zèbre de son école et sujette à une cruelle exclusion…

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Rayons les différences ! :

Si l’on met entre parenthèses Le Dernier jour d’automne — transition poétique comme du Prévert et ayant la finesse d’un haïku —, Tout là-haut et Zibilla forment un très intelligent diptyque permettant d’évoquer avec les tout-petits la question du racisme et de la xénophobie. Pourquoi certains ont-ils des préjugés liés à la différence ? Que ressent celui ou celle que le groupe rejette ? Racontées sans mièvrerie, pouvant se transposer de manière concrète dans leur quotidien, ces historiettes sont aussi enthousiasmantes pour leur qualité d’animation et leur audace graphique — qui rappelle le goût pour les compositions asymétriques des productions DePatie-Freleng. Un programme lumineux, généreux et bien pensé, signé au passage par trois réalisatrices — tant que cela continuera à être rare, il conviendra de le souligner. Zibilla ou la vie zébrée Un film de Martina Svojikova, Marjolaine Perreten & Isabelle Favez (Fr-Sui-Bel, 0h49)

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Tout est affaire de décors : "La Belle époque"

Romance | La soixantaine dépressive, méprisé par sa femme, Victor se voit proposer par un ami de son fils de vivre une expérience immersive dans des décors reconstituant l’époque de son choix. Victor choisit de replonger dans sa jeunesse, pile la semaine où il rencontra sa future épouse…

Vincent Raymond | Mardi 5 novembre 2019

Tout est affaire de décors :

Nicolas Bedos est-il un jeune vieux ? Si Monsieur & Madame Adelman avait dans son projet l’ambition encyclopédique d’embrasser une (double) vie, La Belle Époque — et bientôt OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, semble-t-il — accréditent la thèse d’une nostalgie un peu paradoxale pour des années 1970 qu’il n’a pas connues. Se livrerait-on à la psychanalyse de comptoir (avec le personnage de Fanny Ardant, psy reconvertie dans le numérique, on se sent presque autorisé), qu’on y verrait comme un fantasme de résurrection de cette époque où son père, dont il est le clone, régnait au music-hall. Mais laissons cette hypothèse. À peine un « grand film malade » (pour reprendre le mot de Truffaut), plutôt un Leo McCarey mort-né, La Belle Époque agace parce qu’il tape à côté en gâchant une jolie idée. L’argument central, la “guérison amoureuse“ de Victor, se trouve en effet pollué par une sous-intrigue sentimentale déplaçant le centre de gravité vers l’égotique organisateur des reconstitutions — en clair, le metteur en

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Au revoir mon amour : "L'Angle Mort"

Fantastique | Dominick possède depuis l’enfance l’étrange pouvoir de se rendre invisible. Une faculté dont il fait un usage modéré — chaque “passage“ lui coûtant cher en énergie vitale — car elle suscite aussi, surtout, moult quiproquos gênants avec ses proches. Est-ce un don ou une malédiction ?

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Au revoir mon amour :

Les histoires de couples perturbés par des interférences créées par des mondes parallèles — ésotériques ou psychiques — forment “l’ordinaire fantasmatique“ du cinéma de Bernard & Trividic, collectionneurs de discordances en tous genres. Dancing (2003) et L’Autre (2009) traquaient déjà en effet des irruptions singulières dans ce que l’on nomme la normalité, en adoptant des constructions cinématographiques volontiers elliptiques, mentales ou peu linéaires. Est-ce ici l’influence d’Emmanuel Carrère, qui leur a soufflé l’argument de L’Angle Mort ? Sans déroger à leur propension au fantastique, ce film manifeste un changement de forme radical, adoptant une narration plus posée et une structure de conte contemporain à morale philosophique — comme si Rohmer s’était aventuré dans le registre du super-héros décalé, ou Alphonse Daudet au cinéma. Drame à double niveau sur la question de la disparition du corps social — ce qu’il advient de l’individu lorsque sa présence physique s’évanouit au sens propre, mais aussi lorsque son ex

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Daniel Auteuil et "La Belle Époque" pour l’ouverture du Festival Lumière

Festival Lumière | C'est le film de Nicolas Bedos qui va ouvrir cette édition du Festival Lumière.

Vincent Raymond | Jeudi 10 octobre 2019

Daniel Auteuil et

Après son passage hors compétition sur la Croisette, et avant sa sortie le 6 novembre prochain sur tous les écrans hexagonaux — il avait bénéficié d’une sortie partielle en septembre lorsqu’il était en lice pour représenter la France à l’Oscar du Meilleur film étranger, après avoir fait partie de la sélection Cannes à Lyon en mai —, le deuxième film réalisé par Nicolas Bedos, La Belle Époque fera donc l’ouverture du 11e Festival Lumière ce samedi 12 octobre. Ce choix n’est qu’une demi-surprise : non seulement le film avait été annoncé dès le mois de juin parmi la programmation officielle du Festival dans le cadre de l’invitation à Daniel Auteuil, mais il était étrangement le seul sur la page de la manifestation à ne pas être doté d’informations précises quant au lieu ou à la date de sa projection. Enfin, et c’est un argument de poids, La Belle Époque se déroule dan

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L'affaire est dans le sac : "Greta"

Thriller | de Neil Jordan (É-U-Irl, int.-12ans, 1h38) avec Isabelle Huppert, Chloë Grace Moretz, Maika Monroe…

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

L'affaire est dans le sac :

Serveuse à New York, Frances trouve un soir dans le métro un élégant sac à main. Il appartient à Greta, une excentrique vieille Française qui conquiert vite la jeune fille. Frances découvre alors combien Greta peut se montrer intrusive et inquiétante. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ? Depuis combien de temps n'avait-il pas été plaisant de voir Isabelle Huppert à l'écran ; c'est-à-dire appelée pour autre chose qu'un rôle lui donnant le prétexte d'être soit une victime à la passivité suspecte pour ne pas dire consentante, soit une épave bourgeoise — les deux n'étant pas incompatibles ? Neil Jordan a eu le nez creux en pensant à elle : d'ordinaire agaçantes, les minauderies de son jeu se révèlent ici franchement inquiétantes et servent à asseoir la dualité de son personnage de prédatrice : sous des dehors lisses et respectables, sans âge, Greta tient du vampire, auquel il ne faut jamais ouvrir sa porte si l'on veut s'en prémunir, mais qui ne vous lâchera pas si vous l'invitez chez vous. Jordan s'y connaît sur le sujet. Le terme a beau paraître galv

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La Plus Belle Vie du monde au Comœdia

Documentaire | Sarah Balounaïck, ancienne patineuse artistique de haut niveau, s’est intéressée à ce milieu exigeant, dans La Plus Belle Vie du monde, à travers l’histoire vécue (...)

Élise Lemelle | Mardi 21 mai 2019

La Plus Belle Vie du monde au Comœdia

Sarah Balounaïck, ancienne patineuse artistique de haut niveau, s’est intéressée à ce milieu exigeant, dans La Plus Belle Vie du monde, à travers l’histoire vécue d’une construction identitaire particulière, celle de Lorenza, dont elle suit le parcours pendant une saison de compétition intense. Le documentaire sera projeté en présence de la réalisatrice avec laquelle vous aurez l’occasion d’échanger sur ses aspirations et choix de réalisation. Affûtez vos questions ! La Plus Belle Vie du monde Au Comœdia ​le jeudi 23 mai à 20h

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Hallucinations Collectives : écran noir, série rose & carte blanche

Le programme | Elle claque ! Par son graphisme, sa symbolique, autant que par ce qu’elle promet de la programmation, l’affiche du festival de l’Autre cinéma est — comme toujours — une réussite. À l’image de ce que devrait être cette édition. Petit tour d’horizon du menu…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Hallucinations Collectives : écran noir, série rose & carte blanche

Subversive, l’image d’une Lady Liberty noire l’était certainement dans les années 1970 ; il se peut hélas qu’elle le soit redevenue aujourd’hui, alors que les suprémacistes blancs affichent de manière décomplexée leurs haines multicolores. Si l’époque voit les mentalités régresser, autant lui rafraîchir la mémoire. Avec leur rétrospective “Unexploited“, les Hallus rappellent que le cinéma a contribué à inscrire les Afro-Américains dans la société US et à leur donner une visibilité au-delà des clichés hollywoodiens, à les faire exister comme personnages et non comme “types sociaux“ ou alibis. En complément de l’iconique Sweet Sweetback’s Baadasssss Song (1971) de Melvin Van Peebles, on découvrira Ganja & Hess (1973) de William Gunn, Top of the Heap (1972) de Christopher St. John et une œuvre parfaitement méconnue de Jules Dassin, Point Noir (1968). À ce sujet, si vous êtes en quête de films inclassables ou ayant totalement disparu des radars, des écrans et des écrans-radars, la section “Cabinet de Curiosités“ saura sans nul doute étancher votre s

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Hélène Cattet & Bruno Forzani : « on fait ce qu'on aime, ça n'a pas de prix »

Hallucinations Collectives | Invités d’honneur d’un festival qui ne leur a jamais fait défaut — à raison : ils sont sans doute avec Mandico les plus fervents pratiquants d’un “autre“ cinéma — le duo Hélène Cattet & Bruno Forzani a composé une Carte Blanche à son image. Bref échange en guise de mise en bouche.

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Hélène Cattet & Bruno Forzani : « on fait ce qu'on aime, ça n'a pas de prix »

Le fait d’œuvrer dans un collectif — à partir de deux, vous constituez déjà un collectif, non ? — exacerbe-t-il vos penchants respectifs pour les formes et formats “hallucinatoires“ ? Hélène Cattet & Bruno Forzani : D’une certaine manière, oui, car dans la dynamique d'écriture en duo, on essaie tout temps de déstabiliser l'autre et de le faire halluciner avec des séquences auxquelles il ne s'attend pas. Irréductible à un genre, votre cinéma revendique au contraire l’hybridation et le mélange, voire cette “impureté“ que Epstein attribuerait au diable. Le territoire que vous dessinez film après film appartient-il à un Enfer perdu ? À un enfer qu'on essaie de trouver, plutôt. Il n'est pas vraiment perdu car il n'existe pas, il faut à chaque fois le créer de toutes pièces. L’hermétisme/conformisme français vis-à-vis du genre ne surmarginalise-t-il pas votre travail ? Est-ce vivable d’un point de vue artistique et économique ? C'est difficilement vivable, mais on fait ce qu'on aime, donc ça n'a pas de prix, o

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Le crime conserve : "Rebelles"

Comédie | De Allan Mauduit (Fr, avec avertissement, 1h27) avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Le crime conserve :

Une ex-reine de beauté passée du pole-danse à Pôle Emploi, tout juste embauchée dans une conserverie, tue par accident le contremaître qui tentait de l’agresser. Avec l’aide de deux collègues, elle fait disparaître le corps et découvre que le vilain cachait un sacré magot… Cette comédie sociale aux allures de de western made in Hauts-de-France possède de bons atouts dans son jeu, à commencer par son trio d’actrices, rompues à tous les registres, et souvent engagées dans des rôles où l’humanisme affleure sous l’humour. Leur alliance tient de surcroît de la synergie de caractères, rappelant ces buddy movies tels que Comment se débarrasser de son patron (1980) de Colin Higgins, usant de la blague parfois lourdingue pour promouvoir la libération féminine d’une masculinité aussi dominatrice que débile — il y a d’ailleurs ici quelques furieux spécimens d’abrutis. Allan Mauduit aurait toutefois gagné à creuser davantage vers Petits meurtres entre amis (1994), son humour noir restant encore un peu pâle, surtou

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Un musée ouvert à et vers l'extérieur

Musée d'Art Contemporain | Récemment nommée à la tête du Musée d'Art Contemporain et de la Biennale d'Art Contemporain, Isabelle Bertolotti nous fait part de ses projets et de ses grandes lignes directrices. Où l'on apprend que les anciennes usines Fagor-Brandt pourraient accueillir des expositions après la Biennale et que Nuits sonores va investir le MAC pour un concert.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 12 février 2019

Un musée ouvert à et vers l'extérieur

Début mars, le musée inaugurera un ensemble d'expositions et d'événements autour de la thématique du son. C'est votre premier acte de programmation en tant que directrice du MAC. Quels en sont les enjeux ? Isabelle Bertolotti : Je souhaite que les expositions du musée soient regroupées de manière simple et lisible pour le public autour d'une thématique. Cela permet de montrer nos collections sous un certain angle (en mars avec des œuvres de David Tudor, Terry Riley, Le Monte Young...) et d'inviter de jeunes artistes, tout en ouvrant un champ interdisciplinaire (arts plastiques, musique, performance, concerts, conférences...). Avec cette thématique du son, on peut cheminer de la méditation minimaliste expérimentale de La Monte Young à la communauté de relaxation ASMR qui se développe de manière exponentielle aujourd'hui sur le Web. Des liens se tissent entre l'art, des faits de société, de nouveaux m

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Jeunesse qui rouille fait l’andouille : "Une jeunesse dorée"

Autobiopic | De Eva Ionesco (Fr-Bel, 1h52) avec Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Galatea Bellugi…

Vincent Raymond | Lundi 14 janvier 2019

 Jeunesse qui rouille fait l’andouille :

1979. Rose quitte le foyer où elle est placée pour vivre avec son amoureux, un peintre débutant. Seule condition : suivre son apprentissage. Qu’elle va vite déserter pour se fondre dans les folles nuits d'une boîte parisienne à la mode, en compagnie d’excentriques autodestructeurs… Poursuivant ici après My Little Princess la résurrection de ses souvenirs par le cinéma, Eva Ionesco aborde à présent la stupéfiante (!) époque du Palace, hantée de noctambules vaguement arty-dandy, à qui les années 1980 réservaient de mirifiques promesses — mais aussi son lot de morts violentes. D’où le ton crépusculaire de cet opus, façon gueule de bois et cendrier froid, traversé de fantômes plus ou moins nommément cités (Pacadis, Pascale Ogier, Jacno s’y reconnaissent par flashes) et son cousinage avec les ambiances des Nuits de la pleine lune — tout de même, quel flair le vieux Rohmer avait eu en capturant en temps réel la joie triste de cette jeunesse. Mais hélas pour Ionesco, son auto-biopic décalé se trouve pénalisé par la fausseté de son interprète principale, l

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Désertions et convoitises à la tête des théâtres

Rentrée Théâtre | Étrange rentrée que celle-ci dans le domaine du théâtre. Les spectacles sont multiples, mais rien ne semble immanquable a priori, et des directeurs ou directrices quittent la Ville abruptement... Débroussaillage.

Nadja Pobel | Mardi 8 janvier 2019

Désertions et convoitises à la tête des théâtres

« Cette ville est formidable, je l'adore, mais elle n'est pas dynamisante » déclarait Cathy Bouvard à nos confrères de Lyon Capitale en novembre dernier. La directrice des Subsistances quitte précipitamment mais pas tout à fait par hasard ce navire-phare qu'elle a dirigé avec rigueur et curiosité durant quinze ans et rejoint les Ateliers-Médicis à Clichy-sous-Bois. Lyon n'a pas su garder non plus Marc Lesage, qui, à la co-direction des Célestins a fait de ce théâtre le plus audacieux des mastodontes locaux. Il a désormais les rênes du théâtre (privé) de l'Atelier à Paris. Pierre-Yves Lenoir, co-créateur du Rond-Point avec Jean-Michel Ribes administrateur de l’Odéon aux côtés d’Olivier Py, Luc Bondy et Stéphane Braunschweig le remplace. Il arrive tout droit de la toute nouvelle La Scala (ouverte en septembre dernier) où il était directeur exécutif. . Plus problémat

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Isabelle Bertolotti nommée directrice

Musée d'Art Contemporain | En remplacement de son fondateur Thierry Raspail, parti à la retraite en fin de saison dernière, le Musée d'Art Contemporain accueille à sa tête Isabelle Bertolotti, qui en était jusque-là responsable des expositions.

Sébastien Broquet | Mardi 9 octobre 2018

Isabelle Bertolotti nommée directrice

Tout ça pour ça ? C'était un peu la première pensée venant à l'esprit à l'issue de la conférence de presse annonçant la nomination d'Isabelle Bertolotti, ex responsable des expositions du Musée d'Art Contemporain depuis 1995, au poste de Thierry Raspail, ancien directeur parti à la retraite. Pas que l'heureuse élue ne réponde pas aux critères, loin de là : sa nomination fait une quasi-unanimité dans le petit milieu de l'art lyonnais où elle a su imposer ses compétences reconnues à l'international. Mais surtout, pourquoi avoir attendu si longtemps pour choisir une voie si naturelle et promouvoir les compétences internes ? Selon un élu ayant participé au processus de sélection, la candidature d'Isabelle Bertolotti s'est imposée avec le temps face à la concurrence, car elle a pris soin de présenter un projet ouvert et réfléchi. Elle a insisté sur sa volonté de développement et d'ouverture à l'international. Lors de cette conférence de presse, on a ainsi pu l'entendre affirmer que « le musée des années 80 est très différent de ce qu'est la scène aujourd'hui, il faut tenir compte du dynamisme de la Chine et de l'Afriqu

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Au Zola et au Pathé Bellecour, de nouveaux directeurs

Cinéma | Rentrée rime avec nouveautés. Dans les cinémas lyonnais également, où l’été a donné lieu à quelques métamorphoses ou modifications. Dans les salles comme en coulisses…

Vincent Raymond | Lundi 3 septembre 2018

Au Zola et au Pathé Bellecour, de nouveaux directeurs

L’arrivée de la 4DX dans la salle 10 n’est pas le seul changement d’envergure au Pathé Bellecour. Après cinq années passées à la tête du cinéma historique de la rue de la République, Candice Pelletier a été promue à Paris à la salle des Fauvettes. Et c’est Fabien Lécureuil, actuellement en poste à Rouen, qui devrait lui succéder le 17 septembre prochain. Ce directeur de 32 ans formé à la FEMIS continue d’incarner la volonté de rajeunissement des équipes du groupe, après l’arrivée de Serge Morel au Pathé Vaise début 2017. Zola repart au combat Du côté du Zola de Villeurbanne, c’est une imposante page qui s’est tournée avec le départ du directeur général du cinéma et des festivals Laurent Hugues, après un bail de 23 ans. Pour lui succéder, l’Association pour le Cinéma gérant ce monoécran municipal a choisi un professionnel à la fois jeune, expérimenté et familier des lieux. À 35 ans, Oli

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Serge Boissat, patron de Boul'Dingue, est décédé

Disparition | Figure emblématique de la scène rock lyonnaise, érudit des contre-cultures, féru de bandes dessinées, Serge Boissat est décédé dans la nuit du mercredi (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 2 août 2018

Serge Boissat, patron de Boul'Dingue, est décédé

Figure emblématique de la scène rock lyonnaise, érudit des contre-cultures, féru de bandes dessinées, Serge Boissat est décédé dans la nuit du mercredi 1er au jeudi 2 août à l'âge de 66 ans, vaincu par le cancer. Il était l'un des plus anciens bouquinistes de la ville, ayant lancé sa boutique Boul'Dingue en 1974, où l'on peut dénicher raretés et occasions. Mémoire de la scène musicale lyonnaise, ami de Choron et Cavanna, il avait marqué durablement les esprits mélomanes de la ville en assurant la direction d'antenne de Radio Bellevue de 1981 à 1986, recrutant des animateurs qui deviendront célèbres (tels Rachid Taha ou Philippe Vecchi) et donnant à la radio sa couleur musicale exigeante, curieuse et plurielle : Serge avait mis les 20 000 disques de sa collect

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Reum arrangée : "Le Monde est à toi"

Thriller | Un film de Romain Gavras (Fr, 1h34) avec Karim Leklou, Isabelle Adjani, Oulaya Amamra, Vincent Cassel…

Vincent Raymond | Lundi 20 août 2018

Reum arrangée :

Afin de réunir des fonds fissa, François accepte de superviser pour un caïd psychopathe un convoi de drogue d’Espagne vers la France. Le deal tournant au fiasco, François appelle Danny à l’aide. En plus d’être une cheffe de gang, Danny est sa mère… Connu pour sa maîtrise du format clipé (il fut l’un des initiateurs du mouvement Kourtrajmé), Romain Gavras avait fait des débuts timides dans le long-métrage avant de retourner à ses amours brèves. Symphonie ludique flashy et syncopée, Le Monde est à toi découle autant du film de genre soderberghisé que de la réunion de bras cassés guyritchiques. Ce thriller pimpé en récréation bariolée pour enfants pas sages possède, outre un rythme soutenu et une image canon, un argument de poids dans son interprétation plaçant (enfin) Karim Leklou aux avant-postes. Face à lui, Oulaya Amamra confirme que Divines n’était pas un météore, tandis que Cassel joue les hommes de main

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Tout premier concert à Lyon pour Belle & Sebastian

Nuits de Fourvière | Plus de vingt ans de carrière, dont quelques années et albums cultes, et pas un concert lyonnais pour les Écossais de Belle & Sebastian. Les amateurs de cette pop ouvragée aux accents folk et mélancoliques peuvent mourir tranquille, réparation est (enfin) faite par les Nuits de Fourvère.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 juin 2018

Tout premier concert à Lyon pour Belle & Sebastian

Si vous avez eu entre 20 et 30 ans au milieu des années 90, pratiquez la religion de la pop inventive et du rock indé anglo-saxon, et êtes un tant soit peu casanier, alors il se peut que l'annonce de la venue de Belle & Sebastian à Fourvière vous ait fait comme un petit frisson dans l'échine. Et pour cause, la troupe d'âmes sensibles de l'esthète Stuart Murdoch n'avait jamais jusque-là fait de détour par Lyon et il est probable que vous ne les ayez jamais vu en concert. Un frisson venu de loin faisant naturellement écho à celui ressenti lors de l'entrée tout en entrechats de la formation écossaise dans un paysage pop qui rugissait alors d'accords brit pop et de petites frappes au menton haut et au verbe court, dont Belle & Sebastian est l'antithèse. À l'origine du groupe, on trouve Stuart Murdoch, héros très discret et fatigué chronique (il est atteint d'encéphalomyélite myalgique, ce qui l'empêche d'étudier) se réfugiant dans une sorte d'isolement musical qui nourrira sa pratique musicale comme les thèmes de ses chansons. Lorsqu'il crée Belle & Sebastian

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Canaille Peluche : "Le Doudou"

Comédie | Employé à Roissy, Sofiane excelle dans les magouilles foireuses et le baratin. Découvrant l’avis de recherche d’un nounours perdu, il espère dans un premier (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 juin 2018

Canaille Peluche :

Employé à Roissy, Sofiane excelle dans les magouilles foireuses et le baratin. Découvrant l’avis de recherche d’un nounours perdu, il espère dans un premier temps escroquer des parents aux abois. Mais finit par partager l’obsession du papa excédé : retrouver le précieux doudou. Première réalisation de Philippe Mechelen & Julien Hervé, ce buddy movie des familles se révèle bien plus sympathique que Les Tuche, la série à succès commise par le duo. Car s’y côtoient en bonne intelligence et avec rythme de l’absurde (un maître-chien psychopathe persuadé que son dogue est sa “fille“, des châtelains fin de race et hors d’âge), une pointe d’incorrection (Isabelle Sadoyan, dans son ultime rôle, campe une vieille résistante frappée d’Alzheimer révélant ses sympathies collabo) ainsi qu’une certaine tendresse de mieux en mieux assumée par Kad Merad. Paupière lourde de patriarche à l

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Il faut sauver le partisan Giorgio : "Une Questione privata"

Drame | de Paolo & Vittorio Taviani (It, 1h25) avec Luca Marinelli, Lorenzo Richelmy, Valentina Bellè…

Vincent Raymond | Mardi 5 juin 2018

Il faut sauver le partisan Giorgio :

Italie, 1943. Alors que les affrontements entre la Résistance et les fascistes font rage, Milton découvre que la belle Fulvia dont il pensait être l’amour secret, lui préfère son ami Giorgio, engagé comme lui chez les partisans. Alors, Milton part à la recherche de son camarade, arrêté par les fascistes… Sortant une poignée de jours seulement après le trépas de Vittorio Taviani, cet ultime long-métrage signé par le duo constitué avec Paolo revêt de fait une charge très symbolique : il y est tout de même question d’une inséparable amitié, d’un amour égal et partagé pour un même “objet“ (ici, un sujet prénommé Fulvia, mais qui pourrait être le cinéma), et d’un renoncement sacrificiel. Crépusculaire par son aura, il apparaît nébuleux par sa forme, à travers ces montagnes du Piémont noyées de brouillard donnant à tout une apparence spectrale. La période, enfin, dont il est question, est celle de leur adolescence, déjà approchée dans La Nuit de San Lorenzo (1982). Regard nostalgique vers une période aussi fondatrice que douloureuse, pleine de promesses et cep

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De l'usage des mots au TNP avec Lambert Wilson et Isabelle Adjani

Festival | Ode à la langue, à ceux qui l'inventent et la subliment, Les Langagières version 2018 sont de très haute tenue avec, en guest stars au TNP, Lambert Wilson et Isabelle Adjani pour les servir.

Nadja Pobel | Mardi 22 mai 2018

De l'usage des mots au TNP avec Lambert Wilson et Isabelle Adjani

Lambert Wilson et Isabelle Adjani seront au rendez-vous le 1er juin pour incarner Camus et Maria Casarès et donner voix à leur correspondance enflammée, tout juste publiée. Mais ce casting ne doit pas masquer la richesse de ces douze jours qui sont le reflet le plus net qui soit de la politique que mène Christian Schiaretti depuis son accession à la tête du TNP en 2002 et jusqu'à son départ fin 2019 : les mots. Épaulé par les élus de son cercle de création et de transmission (Baptiste Guiton met en scène Je, d'un accident ou d'amour avec Maxime Mansion, lui-même à l'origine du festival En actes) ou d'anciens acolytes de feu sa troupe (Grammaires des mammifères piloté par le toujours très intéressant Philippe Mangenot), il propose une série de spectacles, de lectures voire de récitals (consacré à Aragon, André Velter...) ou encore "séance de spiritisme" (!) autour de Victor Hugo. Toutes les paroles sont réunies

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L'envoûtante sélection d'Hallucinations Collectives

ECRANS | C'est sous le signe du pentacle et de la sorcellerie que l'association Zone Bis place cette année son festival Hallucinations Collectives, avec sa (...)

Pierre Deroudilhe | Mardi 27 mars 2018

L'envoûtante sélection d'Hallucinations Collectives

C'est sous le signe du pentacle et de la sorcellerie que l'association Zone Bis place cette année son festival Hallucinations Collectives, avec sa thématique Sabbat Mater. Séduisante (et dangereuse ?) sélection, pour laquelle nous invoquerons le cultissime Season of the Witch (1972) de George A. Romero. Le réalisateur disait de cet OVNI cinématographique : « c’est, de tous mes films, celui dont je voudrais faire un remake, car il reste toujours d’actualité. » Figure d’émancipation, de résistance, victime de l’opprobre des masses, la sorcière définit en creux la société qui l’a créée : un monde où règne la toute puissance du bon goût et la tyrannie du politiquement correct. Les organisateurs démentent toute tentative d’envoyer un message politique, Zone Bis précisant que leur seul militantisme est celui du cinéma audacieux : les films militent d’eux-mêmes. Durant tout le festival, les œuvres ne seront pas du genre "politiquement correct". Fidèle à son principe, l’association présente un cinéma délaissé par les circuits de distribution traditionnels. Une programmation complètement décalée, un dépaysement assuré. On r

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Bozon maudit : "Madame Hyde"

Pas fantastique | de Serge Bozon (Fr., 1h35) avec Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Bozon maudit :

Prof de physique dans un lycée de banlieue, Madame Géquil est chahutée par ses élèves et méprisée par ses collègues. Un jour, un choc électrique la métamorphose en une version d’elle-même plus conquérante, capable parfois de s’embraser, voire de consumer les autres… Auteur de manifestes puissamment anti-cinématographiques (La France, Tip-Top) et jouissant d’un prestige parisien aussi enviable qu’inexplicable au-delà du périphérique, le redoutable Serge Bozon confirme tout ce qu’il était permis de craindre d’une transposition du roman de Stevenson revêtue de sa signature. Substance fantastique siphonnée (forcément, ce serait convenu), interprétation plate (la stakhanoviste du mois Isabelle Huppert poursuit ici le rôle qu’elle endosse depuis environ dix ans), vision de la banlieue telle qu’elle était fantasmée au début des années 1990, on peine d’ailleurs à comprendre le “pourquoi” de ce film. Son “comment” demeure également mystérieux, avec ses séquences coupées trop tôt, son pseudo humour décalé sinistre

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Moi, en pas mieux : "La Belle et la Belle"

Encore ? | de Sophie Fillières (Fr, 1h35) avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Moi, en pas mieux :

Quand Margaux, 20 ans, rencontre Margaux, 45 ans… Chacune est l’autre à un âge différent de la vie. La surprise passée, l’aînée paumée tente de guider la cadette en l’empêchant de commettre les mêmes erreurs qu’elle. Mais qui va corriger l’existence de qui ? À l’instar de nombreux “films du milieu” tels que Camille redouble, ou Aïe de la même Sophie Fillières, il flotte dans La Belle et la Belle comme une tentation du fantastique — mais un fantastique un brin bourgeois, qui ne voudrait pas (trop) y toucher ; admettant sagement les faits disruptifs et restant à plat, en surface, sans déranger le moindre objet. Un effet de style ? Plutôt l’incapacité à créer une ambiance par la mise en scène, puisqu’ici tout se vaut. Vous qui entrez dans ce film, ne redoutez pas les atmosphères à la Ruiz, de Oliveira ou des Larrieu ; ne redoutez rien, d’ailleurs, si ce n’est le mol écoulement du temps. On a coutume de qualifier ces comédies d’auteur redondantes tournées dans des catalogues Ikéa à poutres

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Graines d’Éluard : "Liberté 13 films-poèmes de Paul Éluard"

Animation | de 13 réalisateurs (Fr, 0h42) animation avec les voix de Isabelle Carré, Denis Podalydès, Christian Pfohl

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Graines d’Éluard :

Ils sont 13 jeunes cinéastes achevant leur formation dans les plus prestigieuses écoles d’animation, et toutes et tous ont planché sur quelques vers de Paul Éluard (1895-1952), livrant leur vision originale de son univers poétique. En tout liberté, bien entendu. S’inscrivant dans la suite des programmes de courts-métrages dédiés à Prévert et Apollinaire, ce nouveau florilège de la série En sortant de l’école met en lumière l’œuvre d’un “apparenté surréaliste” dont la notoriété est souvent, hélas, réduite au seul — et incontournable — Liberté… Sa délicatesse, en amour comme en fantaisie, s’avère un combustible merveilleux pour de jeunes illustrateurs dont l’inspiration carbure à l’éclectisme. Et si le tableau final tient du coq-à-l’âne stylistique, des grandes lignes thématiques s’y répondent comme ce sentiment indicible qu’est l’attachement (moins grandiloquent que la passion et plus profond) ou la fascination pour la mer. On notera également quelques stupéfiantes réussites graphiques, tels Poisson de A

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Croisette et causettes : "La Caméra de Claire"

Sieste Cinématographique | de Sang-Soo Hong (Cor du S-Fr, 1h09) avec Isabelle Huppert, Min-Hee Kim, Jang Mi Hee…

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Croisette et causettes :

Dans les rues de Cannes, pendant un festival du film bien connu, Claire se promène avec son appareil à photo instantanées et sympathise avec Manhee, jeune Coréenne récemment virée par sa patronne. Grâce à l’entremise de Claire, les choses vont peut-être s’arranger… Le prolifique Monsieur Hong semble ne plus pouvoir se passer de la comédienne Min-Hee Kim, au centre de ses trois dernières réalisations — c’est-à-dire celles de l’année. La voici endossant le rôle d’une malheureuse promenant sa superbe mine déconfite en bord de plage ou en terrasse de café, pendant qu’Isabelle Huppert vêtue d’une robe jaune caresse des chiens gris, en sur-souriant sans montrer ses dents. Le temps s’étire en palabres, en considérations sur l’acte photographique ou la jalousie pendant que des instruments à cordes jouent une berceuse proposant une insidieuse sieste. Ne serait-ce que par courtoisie, il est inutile d’aller ronfler dans une salle.

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Benoît Jacquot : “Chacun est porteur d’un secret, d’une intimité secrète”

Entretien | Déjà porté à l’écran par Joseph Losey en 1962 avec Jeanne Moreau, le thriller psychologique Eva est à présent adapté par Benoît Jacquot avec Isabelle Huppert dans le rôle-titre. Entretien avec le réalisateur.

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 mars 2018

Benoît Jacquot : “Chacun est porteur d’un secret, d’une intimité secrète”

Qu’est-ce qui vous a plu dans cette histoire? Benoît Jacquot : J’avais lu le livre de Chase en cachette à un âge précoce, quand je devais avoir 14 ans, bien avant d’avoir vu Eva de Joseph Losey, sorti sur le grand écran autour de mes 17 ans. Ce film m’avait marqué dans la mesure où je considérais Losey comme un maître à une époque où je commençais à vouloir faire du cinéma. Lorsque j’ai pris connaissance du livre de Chase, je m’étais dit que ce serait un film que je pourrais faire un jour. Cette idée m’a poursuivi de façon régulière pendant longtemps, jusqu’à ce qu’enfin l’occasion se présente. Quant au film de Losey, je ne l’ai pas revu depuis 50 ans. J’en garde un souvenir très imprécis. Je ne peux pas dire qu’il m’ait soit inhibé, soit élancé pour le film que je faisais. Au final, je l’ai réalisé comme si celui de Losey n’existait pas. Il faut croire que c’est un exercice que j’aime bien : j’ai fait à peu près la même chose avec le Journal d’une femme de chambre, qui était encore plus marquant dans

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Clovis Cornillac : « Quel bonheur de faire des films ! »

Entretien | Après Nicolas Vanier et Christian Duguay, Clovis Cornillac signe le troisième et dernier épisode de Belle et Sébastien, adaptation grand écran de la série de Cécile Aubry. Le réalisateur y joue aussi le rôle du méchant.

Aliénor Vinçotte | Vendredi 16 février 2018

Clovis Cornillac : « Quel bonheur de faire des films ! »

Pourquoi autant de temps entre vos deux longs-métrages ? Clovis Cornillac : Entre les deux, j’ai aussi réalisé quatre épisodes de la saison 2 de Chefs, la série télévisée. Même si c’est passionnant, la réalisation demande beaucoup de temps. Belle et Sébastien 3 m’a pris un an et demi, tous les jours jusqu’à aujourd’hui. Mais quel bonheur de faire des films — c’est dément ! Qu’est-ce qui vous a amené à réaliser Belle et Sébastien 3 ? Son producteur Clément Miserez. La proposition en elle-même m’a un peu déstabilisé au début — je ne voyais pas le lien avec moi. C’est à la lecture du scénario que je me suis fait avoir, car l’histoire m’a plongé dans la littérature d’aventures, type nord-américaine comme Conrad, Steinbeck. J’ai alors réalisé que ce genre de films d’aventures n’existe plus en France. On ne nous donne plus la possibilité d’en faire. J’étais aussi très intéressé par les thématiques comme la nature, les animaux, l’enfant et la figure du grand-père. Ce qui m’amusait plus que tout, c’était l’idée de faire un conte, de pouvoir emmener ce film sur des références qu

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Chienne d’arrêt : "Belle et Sébastien 3 : le dernier chapitre"

Pour occuper les enfants pendant les vacances | de et avec Clovis Cornillac (Fr, 1h37) avec également Félix Bossuet, Tchéky Karyo…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Chienne d’arrêt :

Comme si la montagne lui tombait sur la tête ! Sébastien, qui a désormais douze ans, apprend que son père veut l’emmener au Canada, loin de ses alpages chéris. Pire que tout, Joseph, un odieux bonhomme débarqué de nulle part, revendique la propriété de Belle et de ses trois chiots… Après deux opus touristiques sentant le foin, le vieux poêle et les années cinquante, on n’attendait plus grand chose de Belle et Sébastien, si ce n’est une nouvelle collection de chandails qui grattent et de guêtres en flanelle. Pur objet de producteurs, confié de surcroît à un réalisateur différent, chaque épisode de ce reboot du feuilleton de l’ORTF a déjà l’air d’être la rediffusion de Heidi contre Totoro. Alors, quelle heureuse surprise que ce volet qui, en plus d’annoncer clairement la fin de la série, le propulse dans une direction inattendue. Comme dans Harry Potter, gagnant en noirceur au fur et à mesure que le héros-titre prend de l’âge, Sébastien s’approche de l’adolescence en se confrontant à l’arrachement et à la perte de ses référents d

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Idiocratie à la française : "Les Tuche 3"

ECRANS | de Olivier Baroux (Fr, 1h32) avec Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty, Claire Nadeau…

Vincent Raymond | Mardi 30 novembre 1999

Idiocratie à la française :

Voir un candidat au programme étique accéder à la magistrature suprême après que son adversaire s’est ridiculisé lors du débat d’entre-deux tours n’a aujourd’hui plus rien d’absurde. Pas plus que d’imaginer le dernier des clampins gouverner une super-puissance. La démocratie est cette chose prodigieuse qui donne parfois au peuple le pouvoir de faire n’importe quoi de sa voix. Prenons le cas des Tuche (2010). Gentil succès dans les salles, son audience record lors de sa diffusion télévisée a commandé la mise en chantier d’une suite désespérante…. mais triomphale au box-office. Un solide argument pour légitimer ce troisième opus — celui de la maturité ? Ah non, on ne parle pas de musique. Ici, Jeff Tuche devient donc président de la République, ce qui contrarie sa vocation de fainéant professionnel. Son épouse Cathy martyrise les cuisiniers de l’Élysée pour arriver à la frite parfaite et leur fille se fait manipuler par un écrivaillon de salon. Bref, c’est le chaos au Château… Baroux et sa troupe ne parviennent toujours pas à trancher ent

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Idiocratie à la française : Les Tuche 3

Comédie | de Olivier Baroux (Fr, 1h32) avec Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty, Claire Nadeau…

Vincent Raymond | Mardi 30 janvier 2018

Idiocratie à la française : Les Tuche 3

Voir un candidat au programme étique accéder à la magistrature suprême après que son adversaire s’est ridiculisé lors du débat d’entre-deux tours n’a aujourd’hui plus rien d’absurde. Pas plus que d’imaginer le dernier des clampins gouverner une super-puissance. La démocratie est cette chose prodigieuse qui donne parfois au peuple le pouvoir de faire n’importe quoi de sa voix. Prenons le cas des Tuche (2010). Gentil succès dans les salles, son audience record lors de sa diffusion télévisée a commandé la mise en chantier d’une suite désespérante…. mais triomphale au box-office. Un solide argument pour légitimer ce troisième opus — celui de la maturité ? Ah non, on ne parle pas de musique. Ici, Jeff Tuche devient donc président de la République, ce qui contrarie sa vocation de fainéant professionnel. Son épouse Cathy martyrise les cuisiniers de l’Élysée pour arriver à la frite parfaite et leur fille se fait manipuler par un écrivaillon de salon. Bref, c’est le chaos au Château… Baroux et sa troupe ne parviennent toujours pas à trancher ent

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