IAM what IAM

MUSIQUES | Dans l'histoire du rap français, le groupe IAM fait figure de légende. Après la sortie de leurs supposés deux derniers albums ("Arts martiens" et"...IAM"), les cinq Marseillais ont entamé une gigantesque tournée qui les emmènera jusqu'à début 2015. Shurik'n et Imhotep, de passage avec le groupe au Radiant ce jeudi, ont pris le temps de répondre à quelques questions. Propos recueillis par Nicolas Bros.

Benjamin Mialot | Mardi 26 novembre 2013

Votre dernier album...IAM sorti en novembre 2013 a été enregistré en même temps qu'Arts martiens. Est-il son jumeau ?

Shurik'n : Ces deux disques ont en effet été enregistrés à la même période mais ils ne sont pourtant pas "jumeaux" car chacun a un caractère complètement différent. Mais il y a derrière ces deux albums le même état d'esprit.

Quelles caractéristiques les distinguent justement ?

Imhotep : Avec un peu de recul, il y a des textes plus engagés, plus mordants sur...IAM ainsi qu'une musique plus uptempo. Au départ, ce n'était absolument pas calculé. Cela vient simplement du fait que lorsque l'on monte un tracklisting pour un album, au-delà de la qualité des morceaux et des titres que l'on apprécie ou pas, il faut trouver une unité et une cohérence. Nous sommes parfois obligés de faire des sélections et d'éliminer certains morceaux qui nous plaisent malgré tout énormément.

A travers vos textes engagés, vous parlez de l'actualité en France qui n'est malheureusement pas souvent très réjouissante. Quel est votre point de vue sur ce que l'on vit depuis plusieurs années ?

Imhotep : On parle souvent de crise, nous préférons parler de braquage orchestré par les banquiers et les traders. La situation va très mal. Nous sommes dans un système économique cruel. A un moment donné, on espérait que les politiques pourraient changer les choses mais on s'aperçoit aujourd'hui que les politiciens changent et que le système reste le même. On a perdu nos illusions et compris que les hommes politiques ne sont que des marionnettes aux mains des grandes entreprises qui nous gouvernent.

Est-ce que selon vous, le rap doit continuer à dénoncer ce qui ne va pas et appuyer les bonnes initiatives ?

Shurik'n : Bien sûr. Mais ce que nous demandons surtout, c'est un droit à la diversité et à une certaine nuance. Demande que les autres courants musicaux n'ont pas ou plus à faire. Nous sommes malheureusement en quête d'une place et d'une considération plus grande pour notre musique.

On a lu un peu de partout que ce dernier album pourrait être votre dernier disque. Est-ce que vous pourriez nous parler de votre relation au disque désormais ?

Imhotep : Les maisons de disques, malgré les changements de technologie et de consommation de la musique, ont voulu préserver leur marge. Ce ne sont pas des philanthropes, ils sont là pour faire de l'argent. Partant de là, moins on vend, moins on investit. Il est vrai qu'avec IAM, nous nous sommes habitués à un certain confort de travail. Non pas que nous ne pourrions pas faire ce que nous faisons avec moins de moyens mais si l'on veut continuer à faire rêver les gens et à rêver nous-même, il faut pouvoir continuer à réaliser des clips, être présents en promo lors de la sortie d'album, que le public puisse être au courant de ce que l'on fait... Avec un groupe comme IAM, toutes ces choses demandes certains moyens. Aujourd'hui, retrouver une maison de disques prête à nous suivre avec les conditions dans lesquelles nous avons l'habitude de travailler, il est vrai que c'est compliqué.

D'ailleurs, l'album...IAM n'était pas sûr de sortir. Sa publication dépendait des chiffres d'Arts Martiens ?

Shurik'n : Il était conditionné par les résultats d'Arts Martiens. Même si les titres présents sur...IAM ont été enregistrés au même moment et qu'une dizaine de morceaux avaient été mixés avec ceux présents sur Arts Martiens, c'est vrai que nous étions dans l'incertitude. Mais c'était déjà arrivé pour certains de nos albums précédents. A l'époque, il y avait des maxis et nous pouvions offrir des bonus, des versions inédites que nous estimions de qualité mais qui n'allaient pas se trouver sur l'album.

Donc aujourd'hui, la scène est devenue primordiale pour IAM ?

Shurik'n : Elle l'a toujours été. Avant même de signer notre premier contrat en maison de disques, on avait déjà 200 concerts au compteur. On a commencé par là et c'est resté notre fil conducteur. La scène, la rencontre avec les gens et le feed-back immédiat restent ce que l'on a fait de mieux en matière de réseau social.

Lors de votre passage au Radiant, qu'allez-vous proposer au public ?

Imhotep : Ce sera le même show que sur les autres dates de la tournée. Même tarif pour tout le monde ! (rires) Nous n'avons pas l'habitude de faire de différence entre les salles. A Caluire, le public partira pour plus de deux heures de show avec nous, le même qu'à l'Olympia ou à Marseille. Nous allons voyager à travers le temps avec des classiques et des nouveaux titres. Bien sûr, ceux qui nous connaissent savent qu'il y a toujours quelques petites différences, parfois des petites exclus mais il n'y a jamais de grands changements.

Quelle est votre vision de la scène hip hop française actuelle. Est-elle encore créative ?

Shurik'n : Oui, elle reste vivace. Il ne faut pas confondre la partie émergée de l'iceberg et ce qu'elle est réellement. Ça a toujours été fluctuant. Le rap, comme nous l'appelons, qui est redevenu mainstream aujourd'hui, c'est le rap qui dans les années 90 était underground. Le rap français reste aujourd'hui très diversifié et créatif. On le voit avec l'arrivée d'artistes comme Orelsan, très créatif autant au niveau visuel que musical, 1995 qui ont un esprit très « culture hip hop », Youssoupha qui est un auteur de talent, etc. Il y a du très bon. Il faut juste une plus grande médiatisation de ces artistes.

Imhotep : Il faut que les radios de service public passent du rap. Ce serait pas mal qu'au bout de 25 ans, elles commencent à diffuser du rap français qui est la musique la plus écoutée dans leur pays... Mais également qu'il y ait plus de radios privées qui diffuse du rap car pour l'instant, il n'y en a qu'une, ce qui permet aux autres de se décharger de leurs responsabilités. Il y a encore du travail dans la reconnaissance de l'importance du rap en France.

Shurik'n : On le voit d'ailleurs dans la difficultés d'organiser de gros événements musicaux rap par rapport à d'autres pays comme l'Allemagne. Le paradoxe est que la France est le second marché hip hop mais en ce qui concerne les possibilités de développement de cette culture, nous sommes en milieu de tableau.

Certains de vos textes sont désormais utilisés par des professeurs de français. Est-ce une fierté pour vous ?

Shurik'n : Déjà, ça ferait rire mes anciens profs de français. Ça les estomaquerait même ! (rires)
Imhotep : Cela nous fait extrêmement plaisir, bien entendu. Cela montre que ces profs qui prennent ces initiatives ont pris le temps d'écouter ou de lire nos textes. Ils ont saisi le parti que l'on pouvait en tirer. J'ai été moi-même enseignant et j'avais compris que pour qu'il apprenne, il faut d'abord éveiller le centre d'intérêt chez élève. Pour faire apprécier la poésie aujourd'hui, je ne vois pas d'autre moyen aussi fédérateur que le rap.

Shurik'n : Le rap est un outil conséquent. On peut amener certains jeunes à prendre goût à l'écriture et à l'utilisation des mots.

Imhotep : La prochaine étape consistera en la possibilité pour les profs de musique de créer des mixtapes et des albums avec les élèves et enfin remplacer la flûte à bec. J'ai bon espoir pour que dans une trentaine d'années on y arrive...

IAM [+ Eska]
Au Radiant-Bellevue, Caluire, jeudi 28 novembre


IAM + Eska


Radiant-Bellevue 1 rue Jean Moulin Caluire
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Les Nouveaux Mutants", un Marvel pas comme les autres

Action | Seule survivante de l’attaque de sa réserve indienne, la jeune Danielle Moonstar se réveille au sein d’une étrange institution où la Dr Reyes retient captifs de jeunes mutants jusqu’à ce qu’ils sachent canaliser leurs nouveaux pouvoirs. Mais de violents phénomènes vont survenir…

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À celles et ceux qui en douteraient face à l’affiche déviant de codes de la “maison”, le logo d’entrée le confirme : il s’agit bien d’un film Marvel. Mais quelle différence par rapport aux opéras habituels ! Avec sa poignée d’interprètes, son décor quasi unique, l’absence de tenues moulantes bariolées pour les héros, Les Nouveaux Mutants fait preuve d’un minimalisme plus coutumier des productions indé. D’ailleurs, sa noirceur appuyée lorgnant autant du côté Del Toro, Shyamalan que Buffy contre les vampires (explicitement citée) évoque comme une tentation de diversification vers le style Blumhouse, qui renouvelle l’épouvante par la série B de prestige. Une petite chose pyrotechnique par rapport aux X-Men ou aux Avengers, mais aussi un film plus recentré sur la part traumatique de l’adolescence, cet âge des changements (ce que Raimi avait développé dans son Spider-Man) où les souvenirs de l’enfance commencent à disparaître face au gouffre béant de l’avenir et de ses incertitudes ;

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Nuits de Fourvière | À l'approche du printemps tombe le programme de l'été, du moins du côté de Fourvière dont les Nuits vont une fois de plus occuper nos soirées de juin et juillet. Revue d'effectif du casting musical de cette édition 2020, toujours enrichi du programme parallèle des Salons de musique.

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John Williams vs. Hans Zimmer

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Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

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Cinq Oscar d’un côté, un seul en face ; le cinéma de Spielberg, Lucas, mais aussi l’univers d’Harry Potter ou de Superman d’une part, de l’autre celui de Christopher Nolan (donc Batman), de Gladiator ou du Roi Lion… en attendant celui de James Bond dont il va signer la B.O. du prochain film, Mourir peut attendre. John Williams et Hans Zimmer comptant parmi les “monstres“ de la composition cinématographique, les musiciens du Yellow Socks Orchestra dirigés par Nicolas Simon jouent sur du velours en reprenant leurs thèmes en version symphonique… et en faisant croire qu’il s’agit d’un fight. John Williams vs. Hans Zimmer À l'Amphi 3000 les samedi 18 et dimanche 19 janvier

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Catherine Dérioz nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

Décoration | Cela fait rien moins que trente-huit ans que Catherine Dérioz (et son complice et compagnon le photographe Jacques Damez) défendent dans leur galerie Le (...)

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 9 novembre 2019

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Cela fait rien moins que trente-huit ans que Catherine Dérioz (et son complice et compagnon le photographe Jacques Damez) défendent dans leur galerie Le Réverbère à Lyon une photographie exigeante et de grande qualité (William Klein, Denis Roche, Bernard Plossu et beaucoup d’autres artistes). Catherine Dérioz a été nommée, le 16 septembre dernier, par le Ministère de la Culture, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Une reconnaissance qui fait chaud au cœur à l’intéressée et aux amateurs de création photographique !

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Le réel déminé

Théâtre de la Croix-Rousse | S’inspirant d’un fait divers américain des années 70 (l’enlèvement de Patricia Hearst), la jeune autrice Myriam Boudenia trace le parcours d’une adulte d’aujourd’hui naissant à elle-même dans la contestation de l’ordre établi. Parfois fragile, souvent très affirmé.

Nadja Pobel | Mardi 12 novembre 2019

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C’est une meute qui vient attaquer une jeune fille en fleur. En deux trois mouvements, la voilà pliée dans une cage. « Toute ressemblance avec le réel n’est absolument pas fortuite » est-il écrit sur des panneaux. La trame est claire. Cette Patricia Hearst – que l’écrivaine Lola Lafon avait décrit récemment dans le très alambiqué Mercy Mary Patty – est ici Héloïse. Elle a 19 ans également. Son père est un très riche magnat de la presse mais les ravisseurs ne demandent aucune rançon. Si cela évacue une des questions intéressantes qui minera la vraie Patricia (à combien son père estime-t-il sa libération et donc son existence ?), cela ouvre d’autres perspectives plus retorses mais passionnantes : quel est l’idéal de société que dessinent ces révolutionnaires ? Où et comment agissent les mécanismes de domination et de soumission ? RAID Parfois trop bavard (avec des références explicites à la présidence Macron, au syndrome de Stockholm ou des descriptions trop détaillées de

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Là-haut, y a pas débat : "Debout sur la montagne"

Comédie Dramatique | Quinze après leur enfance montagnarde, trois amis se retrouvent dans leur village d’origine à l’occasion des funérailles du grand frère de l’un d’entre eux. Leurs rêves de jeunesse disloqués, ils constatent que la vie d’adulte donne plus souvent des raisons de pleurer que de rire…

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Là-haut, y a pas débat :

Sébastien Betbeder a de la constance, il faut le lui reconnaître. N’aimant rien tant que les histoires de copains en quête d’une forme de retrouvailles dans un milieu plutôt hostile, le prolifique cinéaste décline son thème chéri dans tous les environnements et avec toutes les configurations possibles. Après l’île de Marie et les Naufragés, le grand Nord enneigé du Voyage au Groenland, la bourgade d’altitude constitue ici une suite logique pour le sympathique trio. Quant à la réunion entre potes, si elle est entravée par le poids d’un passé commun traumatique alourdi par les blessures intimes de chacun, son issue offre une délivrance générale façon absolution. Jonglant avec les peurs de l’enfance, les secrets enfouis, l’onirisme, le réalisme premier degré et une sorte d’humour surréaliste, Betbeder nous offre ce qui s’apparenterait à une version abrégée et suédée de Ça transposée dans les Alpes. Mais sans clown qui fait peur ni beaucoup d’intérêt malgré sa charmante troupe de comédiens. Il est peut-être temps de se renouve

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Consumée d’amour : "Portrait de la jeune fille en feu"

Le Film de la Semaine | Sur fond de dissimulation artistique, Céline Sciamma filme le rapprochement intellectuel et intime de deux femmes à l’époque des Lumières. Une œuvre marquée par la présence invisible des hommes, le poids indélébile des amours perdues et le duo Merlant/Haenel.

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Consumée d’amour :

Fin XVIIIe. Officiellement embauchée comme dame de compagnie auprès d’Héloïse, Marianne a en réalité la mission de peindre la jeune femme qui, tout juste arrachée au couvent pour convoler, refuse de poser car elle refuse ce mariage. Une relation profonde, faite de contemplation et de dialogues, va naître entre elles… Il est courant de dire des romanciers qu’ils n’écrivent jamais qu’un seul livre, ou des cinéastes qu’ils ne tournent qu’un film. Non que leur inspiration soit irrémédiablement tarie au bout d’un opus, mais l’inconscient de leur créativité fait ressurgir à leur corps défendant des figures communes ; des obsessions ou manies constitutives d’un style, formant in fine les caractéristiques d’une œuvre. Et de leur singularité d’artiste. Ainsi ce duo Héloïse-Marianne, autour duquel gravite une troisième partenaire (la soubrette), rappelle-t-il le noyau matriciel de Naissance des pieuvres (2007) premier long-métrage de Céline Sciamma : même contemplation fascinée p

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Benoît Forgeard : « à force de laisser entrer les IA dans le quotidien, il va devenir de difficile de leur résister »

Yves | Quand le cinéaste montre le frigo qui fait du rap, le spectateur peut rire mais aussi s’inquiéter. Benoît Forgeard grime en comédie ses inquiétude devant l’avénement des intelligences artificielles destinées aux consommateurs superficiels.

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Benoît Forgeard : « à force de laisser entrer les IA dans le quotidien, il va devenir de difficile de leur résister »

Après Gaz de France, vous continuez avec un scénario racontant une sorte de fin de monde… Benoît Forgeard : Oui c’est vrai : c’est ça la définition d’apocalypse d’ailleurs : pas forcément la destruction de la planète, plutôt le début d’un nouveau monde. Comment Yves a-t-il germé dans votre esprit ? Pendant plusieurs années, je faisais des pitchs de films imaginaires pour la revue So Film, et j’avais pour habitude de les écrire de façon assez poétique, sans trop me soucier de leur faisabilité. Là, j’étais allé à une conférence sur la domotique au Collège de France ; un spécialiste parlait des IA domestiques qui allaient arriver dans les maisons, notamment de la voiture automatique de demain qui lorsqu’elle percevra l’abaissement de vos paupières, prendra le contrôle du véhicule, se mettra sur le côté et appellera un proche (rires). Quand j’ai entendu ça, je me suis dit qu’il y avait une possibilité de faire une comédie : le potentiel burlesque est important dans cette idée que les IA prennent des initiatives.

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Robot après tous : "Yves"

ECRANS | Un rappeur en échec se retrouve propulsé au sommet grâce à l’aide de son réfrigérateur intelligent, qui va peu à peu exciter sa jalousie… Une fable contemporaine de Benoît Forgeard sur les périls imminents de l'intelligence artificielle, ou quand l’électroménager rompt le contrat de confiance. Grinçant.

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Robot après tous :

En galère personnelle et artistique, Jérem (William Lebghil) s’est installé chez sa feue grand-mère pour composer son album. Mentant sur sa situation, il s’inscrit pour devenir testeur d’un réfrigérateur tellement intelligent baptisé Yves qu'il va devenir son valet, son confident, son inspirateur et finalement son rival… Mieux vaut rire, sans doute, de la menace que constituent les progrès de l’intelligence artificielle et le déploiement – l’invasion – des objets connectés dans l’espace intime. D’un rire couleur beurre rance, quand chaque jour apporte son lot "d’innovations" dans le secteur du numérique et des assistants personnels ou de l’agilité des robots androïdes. Sans virer dans le catastrophisme ni prophétiser pour demain le soulèvement des machines décrit par la saga Terminator, mais en envisageant un après-demain qui déchante lié à l’omniprésence de ces technologies ou à notre tendance à tout leur déléguer inconditionnellement. Mister Freezer Yves n’es

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Surface de séparation : "Just Charlie"

Drame | De Rebekah Fortune (G-B, 1h39) avec Harry Gilby, Karen Bryson, Scot Williams…

Vincent Raymond | Mardi 14 mai 2019

Surface de séparation :

Jeune footballeur doué, Charlie Lindsay est repéré dans son club par un recruteur, au grand bonheur de son père qui aurait aimé être pro. Mais Charlie se sent mal dans sa peau : au plus profond de lui, il se sait femme. Quand son entourage l’apprend, les réactions divergent… Il en va du football comme d’un culte en Angleterre (et tout particulièrement à Manchester) : on s’y consacre avec dévotion, on entre dans un centre de formation comme dans les ordres avec, outre l’ambition de faire triompher les couleurs de son Église/club, la promesse d’un paradis bien terrestre. Ce prérequis semble nécessaire pour comprendre pourquoi la “confession“ courageuse — en réalité, l’affirmation de son identité — de Charlie est perçue par certains proches comme la trahison d’un apostat. Pour son père, qui fantasmait une carrière par procuration, c’est une double peine : croyant perdre un fils et un futur glorieux, son rejet égoïste est aussi violent que celui des homophobes excluant Charlie… ou lui cassant la figure. Girl de Lukas Dhont avait déjà l’an dernier, on s’en so

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Fils de Pan

L'Histoire | C'est une musique – faite de flûte, de haut-bois marocain, de percussions et de gambri (un luth à trois cordes) – dont on dit qu'elle peut guérir et que (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 23 avril 2019

Fils de Pan

C'est une musique – faite de flûte, de haut-bois marocain, de percussions et de gambri (un luth à trois cordes) – dont on dit qu'elle peut guérir et que l'ont vient écouter comme on vient recevoir une bénédiction. Cette bénédiction, les Master Musicians of Jajouka, du moins leurs ancêtres, la reçurent eux-mêmes de Sidi Ahmed Sheik, venu de l'Est pour répandre l'Islam au Maghreb aux alentours de l'an 800. L'origine de leur art remonte pourtant à une légende racontant qu'il fut révélé à un ancêtre des Attar par le Dieu Pan, autrement appelé Boujeloud. Et c'est bien à la croisée de la musique religieuse et du paganisme ; du folklore berbère et des traditions arabes d'influence égyptienne ; de la mystique soufi et de rites chamaniques que le mythe Jajouka a traversé les siècles et, à l'époque moderne, les genres, tradition ancestrale se fondant dans l'avant-garde. C'est d'ailleurs d'une avant-garde qu'est né dans les années 50 l'intérêt pour Jajouka, sous l'égide des grands amateurs d'états seconds qu'étaient les beatniks William Burroughs et Brion Gysin, lorsqu'i

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Brian de Palma à Quais du Polar

Quais du Polar | [Moment vieux con] Aux jeunes publics qui pensent que Freddie Mercury et Queen ont tout inventé avec Bohemian Rhapsody, on recommande chaudement d’aller (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Brian de Palma à Quais du Polar

[Moment vieux con] Aux jeunes publics qui pensent que Freddie Mercury et Queen ont tout inventé avec Bohemian Rhapsody, on recommande chaudement d’aller faire un tour à l’Institut Lumière pour découvrir en grand Phantom of the Paradise (1974) pour tant de raisons que cette page n’y suffirait pas. Essayons tout de même. Il s’agit d’abord d’une relecture-réactualisation du classique Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux — déjà porté à l’écran avec Lon Chaney —, mâtinée de références au Faust de Gœthe comme à l’indispensable figure matricielle du cinéma de Brian De Palma, Alfred Hitchcock. S’il reçoit un très mérité Grand Prix au festival d’Avoriaz en 1975, c’est en tant que comédie musicale rock innovante qu’il marque autant les yeux et les oreilles, s’inscrivant automatiquement comme un marqueur de son temps et un classique du 7e art. Paul Williams, qui compose en sus le méphistophélique Swan, signe une bande-originale magistrale, enchaînement de tubes pop-rock, du dia

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Lotringer, éditeur explosif

Littérature | La revue Initiales retrace les aventures de Semiotext(e) et de l’éditeur-passeur Sylvère Lotringer. Où la french theory croise la scène punk new-yorkaise à grands coups d'écrits, de riffs de guitares et de rats décapités.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 novembre 2018

Lotringer, éditeur explosif

Casquette, sweet à capuche, barbe de trois jours… Tout est dit ou presque sur le portrait photographique qui ouvre le nouveau numéro de la revue Initiales consacré à l’éditeur américain Sylvère Lotringer. Cette "cool attitude" n’est pas chez lui seulement une coquetterie, mais une approche de la vie en générale et de l’édition en particulier. Au début des années 1970, l’universitaire sémiologue globe-trotter (et quelques autres) lance une revue devenue mythique, Semiotext(e) (et maison d’édition à partir des années 1980), qui réunira dans ses colonnes des philosophes, écrivains et artistes de tous horizons : les penseurs français de l’après-1968 (Deleuze, Guattari, Baudrillard, Virillio, Lyotard…), les post-modernes américains (John Cage, Kathy Acker, John Giorno, Philippe Glass…), et d’innombrables inclassables. En novembre 1978, Semiotext(e) redonne aussi à l’écrivain William S. Burroughs toute son importance, largement dénigrée, alors, dans son propre pays. Pendant quelques jours l'év

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ß-footballeur : "Diamantino"

Comédie | de Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt (Por-Fr-Bré, 1h32) avec Carloto Cotta, Cleo Tavares, Anabela Moreira…

Vincent Raymond | Mardi 27 novembre 2018

ß-footballeur :

Star de l’équipe portugaise de football, Diamantino manque sa finale de la Coupe du Monde. Désespéré, désorienté, cet esprit simple instrumentalisé par les siens craint d’avoir perdu sa vista. Un parti souverainiste europhobe essaie alors de le cloner mais, ouf, les services secrets veillent… Inutile d’être spécialiste du ballon rond pour deviner à travers le personnage de Diamantino, surdoué se transcendant sur le gazon, incapable de la moindre réflexion construite à l’extérieur du stade, un “hommage“ à CR7. Postulant que son héros doit son talent (génie ?) à des visions psychédéliques d’espèces de bichons bondissant dans des vapeurs roses, ce film s’inscrit clairement dans un registre décalé ; une sorte de conte bizarroïde où la princesse aurait des crampons, le prince serait un faux-migrant travesti (mais vraie membre des services secrets) et la marâtre deux sœurs jumelles obsédées par la fortune du frangin débile, prêtes à le vendre à la découpe. Émaillé de flashes proto-organico-fantastiques

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Le club des cinq au Réverbère

Photographie | Cinq des photographes défendus par la galerie Le Réverbère ont fait paraître récemment un livre : Beatrix Von Conta, Denis Roche (1937-2015), Géraldine Lay, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 novembre 2018

Le club des cinq au Réverbère

Cinq des photographes défendus par la galerie Le Réverbère ont fait paraître récemment un livre : Beatrix Von Conta, Denis Roche (1937-2015), Géraldine Lay, Philippe Pétremant, William Klein. William Klein, rappelons-le, a d'ailleurs non seulement secoué les codes de la photographie avec ses images coups de poing prises parmi le flux spontané des rues, mais il a fait aussi éclater le cadre habituel des ouvrages de photographies, et ce dès 1956 avec la publication de son journal photographique New York. L'occasion était donc idoine pour le Réverbère de « rendre hommage aux éditeurs » et aux ouvrages de photographie, d'autant plus que la galerie est connue plus largement pour son goût pour le livre et la littérature (deux de ses photographes sont aussi des écrivains : Denis Roche et Alain Fleischer). L'accroch

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Thomas Lilti : « un film de boxe où on remplace les combats par les concours et les entrainements par les révisions »

Première année | "Première année" sort à la rentrée universitaire, mais aussi au moment où la PACES — Première année commune aux études de santé — et le numerus clausus sont sur la sellette. Thomas Lilti a du flair et des choses à dire…

Vincent Raymond | Dimanche 9 septembre 2018

Thomas Lilti : « un film de boxe où on remplace les combats par les concours et les entrainements par les révisions »

Votre film sort à point nommé, alors que l’on fait état d’une probable réforme de l’examen sanctionnant la première année de médecine… Thomas Lilti : Et pourtant, il y a quelques jours, j’ai fait une émission sur France Culture avec Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement Supérieur, on a évoqué la PACES mais à aucun moment elle n’a dit clairement qu’ils étaient en train d’y réfléchir. C’est assez surprenant. On se demande s’ils n’ont pas sorti du chapeau une réforme pour quelque chose qui n’a pas bougé depuis 45 ans — à part l’intégration en 2010 des étudiants en pharmacie, des sage-femmes, des kinés dans le concours, ce qui fait qu’il y a encore plus de monde. Je suis ravi qu’on parle d’une réforme. Tout le monde constate que cette première année est une catastrophe, je ne suis pas le seul. La violence des enseignements et des concours était d’ailleurs dénoncée en août dernier par Clara De Bort, une ancienne directrice d’hôpital, dans une tribune parue dans la revue Prescrire… Thomas Lilti : J’avoue qu’elle m’a échap

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Toubib or not toubib ? : "Première année"

Conventionné | de Thomas Lilti (Fr, 1h32) avec Vincent Lacoste, William Lebghil, Alexandre Blazy…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Toubib or not toubib ? :

Par conformisme familial, Benjamin entre en première année de médecine où il est vite pris sous l’aile d’Antoine, un sympathique triplant acharné à réussir. Quant à l’issue du premier semestre, le nonchalant bleu se trouve mieux classé que son besogneux aîné, leurs rapports changent… Poursuivant son examen du monde médical, Thomas Lilti s’attaque concomitamment dans cette comédie acide à plusieurs gros dossiers. D’abord, ce fameux couperet du concours sanctionnant la PACES — première année commune aux études de santé — mais aussi l’incontournable question de l’inégalité profonde face aux études supérieures. La fracture sociale ne se réduit pas en médecine, bien au contraire : construite sur la sélectivité et l’excellence, cette filière est un vase-clos favorisant la reproduction des élites — et de celles et ceux en maîtrisant les codes. Enfant du sérail ayant déjà pas mal étudié la question, Lilti juge avec clairvoyance cette période plus dévastatrice qu’épanouissante pour les futurs carabins : est-il raisonnable de faire perdre la raison à des aspirants médecins ? Coupable, l’in

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Cinq expos photo à voir en septembre

Bons Plans | Septembre sera un mois particulièrement photographique à Lyon, avec notamment la nouvelle édition du Festival 9 PH dans plusieurs galeries. Notre sélection est, ce mois-ci, 100 % photo.

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Cinq expos photo à voir en septembre

Un "Passager" nommé Arnaud Brihay Avions, chambres d'hôtels, forêts, no man's land, rétroviseurs d'automobiles... Tout est occasion pour le globe-trotteur Arnaud Brihay (né en 1972 en Belgique et résidant à Lyon) de petites ou de grandes fulgurances sensuelles et poétiques, parfois même inquiétantes. Entre son regard subjectif et le monde réel, ses images tissent un entre-deux tramé d'effets de flou, de saturation, de reflets et d'échos formels. À L'Abat-Jour du 8 septembre au 17 novembre Une passagère nommée Sylvie Bonnot En 2014, Sylvie Bonnot a traversé la Russie en train, empruntant notamment le fameux Transibérien. Elle en a ramené beaucoup d'images : certaines représentant assez directement des paysages et des personnes rencontrées lors de son périple, et d'autres qu'elle a retravaillées à sa façon, en atelier, pour les disposer sur des volumes, sur une surface de soie, ou sur des plaques gravées... Sa Russie, oscillant entre grandeur et frayeur, est donc aussi un voyage matériel de l'image photographique elle

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La Malédiction : "L’Homme qui tua Don Quichotte"

Enfin ? | Pendant un quart de siècle, Terry Gilliam a quasiment fait don de sa vie au Don de Cervantès. Un dévouement aveugle, à la mesure des obsessions du personnage et aussi vaste que son monde intérieur. Mais l’histoire du film n’est-elle pas plus grande que le film lui-même ?

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

La Malédiction :

De retour en Espagne, où il avait tourné son film d’études inspiré de Cervantès, un réalisateur de pubs en panne créative retrouve le cordonnier à qui il avait confié le rôle de Don Quichotte. Mais celui-ci se prend désormais pour le Chevalier à la triste figure et l’entraîne dans sa quête… À un moment, il faut savoir terminer un rêve. Même quand il a tourné en cauchemar. L’histoire de la conception de L’Homme qui tua Don Quichotte est l’une des plus épiques du cinéma contemporain, bien davantage que celle racontée par ce film aux visées picaresques. Palpitante et dramatique, même, jusque dans ses ultimes et rocambolesques rebondissements. Idéalisée par son auteur pendant un quart de siècle, cette œuvre a gagné au fil de ses avanies de production une nimbe de poisse à côté de laquelle la malédiction de Toutankhamon passe pour un rappel à la loi du garde-champêtre. Elle a aussi suscité une attente démesurée auprès du public, sa

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Villain garçon

Blues | Il vit aux États-Unis, dans le Wisconsin, mais semble venir d'une autre planète. Il a 26 ans, mais « en années humaines » précise-t-il, ce qui indique (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 17 avril 2018

Villain garçon

Il vit aux États-Unis, dans le Wisconsin, mais semble venir d'une autre planète. Il a 26 ans, mais « en années humaines » précise-t-il, ce qui indique quelque origine extraterrestre. Il se nomme Benjamin Bill mais se fait appeler William Z. Villain, soit quelque chose comme "Guillaume le Méchant". Il est maraîcher mais est parvenu à notre connaissance pour la bizarrerie de ces étranges fruits blues poussés sur un premier album aussi déviant que fascinant. Un ovni enregistré en solo, à la va-comme-je-balance-sur-mon-siège, et avec les moyens du bord (une guitare National Resonator blanche), en présence d'un chat. D'ailleurs son chant même, quand il se dédouble en voix de fausset, évoque la personnalité duplice et parfois inquiétante des félins. Elle caresse autant qu'elle hérisse et prend autant de liberté que la musique qui l'accompagne. Comme sur Anybody Gonna Move, un reggae aux airs de blues, petite musique de nuits "lycanthropicales". C'est à cela que ressemble la musique de ce Villain qui semble courir après son âme et

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Partir ! : "Tesnota – Une vie à l’étroit"

ECRANS | de Kantemir Balagov (Rus, int-12 ans avec avert., 1h58) avec Darya Zhovner, Veniamin Kats, Olga Dragunova…

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Partir ! :

Russie, 1998. Ilana vit avec ses parents dans une petite congrégation juive plus ou moins intégrée dans le Nord Caucase. Un soir, après le célébration des fiançailles de son frère, celui-ci et sa future femme sont kidnappés et une rançon réclamée. À quels sacrifices consentir pour réunir les fonds ? S’inspirant de faits avérés, Balagov décrit un contexte particulièrement pesant pour les citoyens juifs, considérés par la population locale comme des individus de seconde zone ; des butins ambulants à détrousser impunément ou des corps adaptés aux émois privés. Loin de faire le seul procès de la société russe, le cinéaste montre également l’archaïsme coutumier de cette communauté étouffant sa jeunesse, où l’on en est réduit à brader une fille pour sauver un fils. Parce qu’il se concentre sur Ilana, garçonne ayant soif d’indépendance et de l’énergie à revendre, Balagov prend le parti de la jeunesse, de la révolte et de la modernité. Elle se pose non à la place de la victime consentante, dans l’acceptation de la fatalité, mais dans un désir d’émancipation, d’ailleurs e

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Sans-papiers, sans pantalon : "Corps étranger"

DRAME NU | de Raja Amari (Fr-Tun, 1h32) avec Hiam Abbass, Sara Hanachi, Salim Kechiouche…

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Sans-papiers, sans pantalon :

Le drame des réfugiés est le sujet du moment ; il irrigue donc à des degrés divers, et avec plus ou moins d’inspiration, une part non négligeable des scénarios actuels. Parfois, on a l’impression qu’il sert de prétexte commode à des auteurs pour “faire concernant” ou donne une colonne vertébrale socio-politique à une histoire manquant d’assise. Tel Corps étranger. Bien sûr, il y a à la base l’arrivée clandestine en France de Samia, ayant fui le Maghreb et un frère fondamentaliste. Mais le cœur du film, c’est surtout la relation qu’elle va entretenir avec la femme qui lui donne un toit et du travail, Leila, ainsi qu’un jeune homme de son village, Imed. Ce ménage à trois violent et délétère, fait de trouble sensualité, de jalousies et de dominations à géométrie variable, intéresse en premier chef la réalisatrice, davantage que les misères des sans-papiers. Il ne s’agit pas là d’un jugement moral, seulement un constat. Le fait est que ses réalisations précédentes montraient déjà sa fascination pour l’érotisation des corps et le charme vénéneux qu’ils pouvaie

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Bon choc, bon genre : "4 Histoires fantastiques"

Genre | de William Laboury, Steeve Calvo, Maël le Mée, Just Philippot (Fr, 1h22) avec Sophie Breyer, Malivaï Yakou, Didier Bourguignon…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Bon choc, bon genre :

Souvent défendu aux p’tits francophones pour des raisons culturelles et de moyens, le territoire du genre demeure, en dépit des assauts asiatiques, le pré carré des Anglo-Saxons. Lancé par la société Fidélité, un label (Bee Movies) avait tourné court il y a une dizaine d’années : les productions (Un jeu d’enfants, Bloody Malory…) étaient trop fragiles et de qualité inégale — même si elles assumaient leur identité de séries B. Espérons pour la nouvelle génération que 4 Histoires fantastiques connaisse un destin plus radieux. Car ce carré de courts-métrages initié par le magazine SoFilm, Canal+ et toute une flopée d’institutions, offre un bel écrin et un joli écho à l’émergence hexagonale ayant choisi de s’illustrer dans ce registre. Totalement indépendants, ce sont quatre univers qui s’enchaînent ici. Après deux films corrects mais classiques (Chose mentale, une sortie de corps par une jeune femme électrosensible et Livraison, la longue marche d’un fermier convoyeur de zombies), Maël le Mée nous o

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Un sport qui se joue à bronze contre bronze : "Cro Man"

Animation | de Nick Park (Fr, 1h29) avec les voix (v.o./v.f.) de Eddie Redmayne/Pierre Niney, Maisie Williams/Kaycie Chase, Tom Hiddleston…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Un sport qui se joue à bronze contre bronze :

La tenue de la Coupe du Monde en juin prochain est un prétexte commode pour nous faire manger du ballon rond à toutes les sauces : en salade russe en l’honneur du pays hôte, à la française (en hommage aux vingt ans de la victoire de 1998), et même en pâte à modeler dans Cro Man grâce aux Studios Aardman — jadis mieux inspirés. A priori, rien ne laisse supposer qu’un film se déroulant à l’âge du bronze se raccroche ainsi à la grand-messe footballistique. Elle en est pourtant l’alpha et l’omega, puisque Nick Park y “dévoile” les origines accidentelles du jeu, en attribuant son invention à des hommes des cavernes pré-mancuniens. Et il montre comment leurs héritiers, menés par Doug, doivent affronter l’équipe de l’âge de Bronze dirigée par le cupide Lord Nooth, afin de conserver leur vallée. Même si les productions Aardman, référence dans le domaine du stop-motion, restent d’une constante qualité technique, Cro Man se révèle une petite déception, à l’instar de Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout

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La cité obscure de Rone au Transbordeur

Synth-Pop | Nouvel album enchanteur pour Rone, qui explore une ville imaginaire au sein de Mirapolis, disque nourri de guests : à savourer live au Transbordeur ce mercredi.

Sébastien Broquet | Mardi 30 janvier 2018

La cité obscure de Rone au Transbordeur

Patiemment, Rone se façonne son univers. Pas juste un son, mais un écosystème où naviguent d'autres explorateurs interconnectés, se nourrissant les uns des autres pour former une biomasse dont Rone serait le ferment. Avant même de jeter une oreille, on a déjà compris : le visuel de la cover est signé Michel Gondry et c'est comme une évidence, ces deux personnages totalement lunaires ne pouvaient que se reconnaître mutuellement... C'est le clippeur de Björk et Kylie Minogue qui a fait le premier pas, contactant le musicien. Le titre, ensuite, qui découle de cette pochette ébouriffée du réalisateur de Eternal Sunshine of the Spotless Mind : Mirapolis. Cinécompatible et bédéphile, assurément, tel un Fritz Lang old skool, une plongée science-fictionnesque dans une ville de

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Hugh Jackman : « Il faut donner au public une raison d'aller au cinéma »

Entretien | Hugh Jackman a posé les griffes de Logan et enfilé la tenue de Monsieur Loyal de l’inventeur du spectacle moderne, Phineas Taylor Barnum. Showtime !

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Hugh Jackman : « Il faut donner au public une raison d'aller au cinéma »

Pour quelles raisons teniez-vous à ce film et à ce que vous vouliez réussir, en tant qu’artiste et être humain ? Hugh Jackman : J’ai grandi dans l’amour des comédies musicales avec Fred Astaire et Gene Kelly — comme Chantons sous la pluie. En 2009, alors que je présentais la cérémonie des Oscars, son producteur Larry Mark m’a proposé de faire un musical. Mais à l’époque, c’était difficile de convaincre Hollywood sur un projet totalement original et neuf — l’ironie étant que La La Land était parallèlement en production, sans que nous le sachions. L’essentiel dans un musical étant le livret, c’était risqué de soumettre onze chansons originales à l’approbation du public. Lorsque Justin Paul en a écrit cinq, on a su que l’on tenait quelque chose — et le studio aussi. D’abord, le sujet “Barnum” s’adaptait parfaitement à un musical : avec ses rêves et son imagination, le personnage était plus grand que nature

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Un joyeux Barnum : "The Greatest Showman"

Musical | de Michael Gracey (E-U, 1h46) avec Hugh Jackman, Michelle Williams, Zac Efron…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Un joyeux Barnum :

Des poussières de son enfance miséreuse aux paillettes de la gloire, en passant par ses échecs, la vie romancée à la façon d’une comédie musicale de l’inventeur du spectacle moderne, l’entrepreneur Phineas Taylor Barnum (1810-1891). Créée ex nihilo pour le cinéma, sans passer par la case Broadway — une exception partagée avec La La Land —, cette comédie musicale adopte les codes du grand spectacle contemporain pour en conter la genèse, avec ce qu’il y a d’extravagance, de scintillant, mais aussi de clichés et de tape-à-l’œil façon Baz Luhrmann — la mise en abyme est de ce point de vue réussie. Et quel meilleur ambassadeur pour incarner Barnum que Hugh Jackman ? Ultime représentant de ces showmen plus qu’accomplis : absolus, conservant leur crédibilité sur toutes les scènes, il fait évidemment

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Liam Neeson : « Les personnages que j’aime jouer ne sont pas des super-héros, mais des gens de la rue »

Entretien | Regard bleu mélancolie et silhouette émaciée, Liam Neeson marque une pause pour évoquer sa nouvelle course contre la montre à grande vitesse dans The Passenger. En voiture s’il vous plaît…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Liam Neeson : « Les personnages que j’aime jouer ne sont pas des super-héros, mais des gens de la rue »

C’est la quatrième fois que vous travaillez avec Jaume Collet-Serra ; dans quelle mesure parvenez-vous à vous surprendre mutuellement ? Liam Neeson : Nous ne nous surprenons pas vraiment. En tout cas, à chaque fois c’est de plus en plus facile pour nous de travailler ensemble et nous sommes de plus en plus proches. On ne cherche pas à suranalyser chaque chose ni des motivations aux personnages ; on est tout de suite dans le concret. J’arrive sur le tournage, on regarde les mouvements de caméra, et puis on met en boîte — c’est aussi simple que cela. Sauf s’il y a une scène un peu plus complexe, auquel cas on fait une répétition. Nous aimons notre énergie mutuelle. L’équipe le perçoit ; elle sait qu’on ne va pas attendre jusqu’à la cinquième prise. Et puis, il est très inventif ; sa caméra est au service de l’histoire et j’adore ça. Après Non Stop, il m’a fait passer d’un avion à un train — j’étais curieux de savoir comment il allait filmer. Et l’on va recommencer pour notre cinquième film ensemble, dans un espace encore plus petit : un placard (sourires) Non, en fait

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Hors du train-train quotidien : "The Passenger"

Action ferroviaire | de Jaume Collet-Serra (E-U-Fr-G-B, 1h43) avec Liam Neeson, Vera Farmiga, Patrick Wilson…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Hors du train-train quotidien :

Ancien flic reconverti dans les assurances, Michael est brutalement viré. Le même jour, ce fringant sexagénaire voit sa routine chamboulée dans son train de banlieue quand une inconnue lui propose un étrange marché. À la clef, beaucoup d’argent. Mais aussi des dangers potentiels… Jaume Collet-Serra serait-il devenu pour Liam Neeson ce que J. Lee Thompson fut pour Charles Bronson — un réalisateur transmutant ad lib un type ordinaire harcelé par des malfaisants en surhomme capable de sauver la planète ? Relativisons : Neeson est moins ouvertement vigilante que Bronson, et semble plutôt pousser pour leur quatrième collaboration son personnage du côté des Tom Hanks/Harrison Ford : toute l’ouverture est une tentative en ellipses “pixariennes” pour l'ancrer dans sa monotonie consentie de banlieusard. Ensuite, la victime idéale se transforme en bourreur de pifs expert. Si Collet-Serra maîtrise son espace contraint (en un seul mot), il succombe à la tentation de la surenchère, perdant dans les vingt dernières minutes le bénéfice de l’ar

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Viens pas chez moi, j’habite avec une copine : "Ami-ami"

Comédie | Vaste famille ayant donné naissance au meilleur (L’Auberge espagnole) comme au pire (Five), la comédie-de-colocation-entre-potes s’enrichit d’un nouveau (...)

Vincent Raymond | Mercredi 17 janvier 2018

Viens pas chez moi, j’habite avec une copine :

Vaste famille ayant donné naissance au meilleur (L’Auberge espagnole) comme au pire (Five), la comédie-de-colocation-entre-potes s’enrichit d’un nouveau rejeton tentant le vaudeville contemporain sans pour autant recourir à la grivoiserie. Louable effort compensant les maladresses d’usage d’un premier film alternant potacherie classique et audaces scénaristiques. Le cœur brise par son ex-, le “héros” de ce badinage s’installe avec sa meilleure copine, en tout bien tout honneur. Une nouvelle histoire d’amour lui cause un double embarras : il n’ose avouer à sa conquête qu’il “vit“ avec une amie, laquelle se montre plus que jalouse : possessive. Si le côté “Guerre des Rose” avec saccage majuscule de l’appartement sent le réchauffé, reconnaissons que le réalisateur Victor Saint Macary surprend en renversant une situation très convenue : ici, ce n’est plus le mec qui rompt un pacte d’amitié homme-femme et en détruit l’harmonie mais bien l’amie éconduite — sortir du schéma du mâle forcément prédateur a d’ailleurs pour effet de désorienter cert

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Labels et labels

Marché de Noël | À l'initiative conjointe du Marché Gare et de la Bibliothèque de la Part-Dieu, le label market Jaquette & Diamant entend mettre en valeur les (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 5 décembre 2017

Labels et labels

À l'initiative conjointe du Marché Gare et de la Bibliothèque de la Part-Dieu, le label market Jaquette & Diamant entend mettre en valeur les principaux acteurs et labels de la scène lyonnaise ou en rapport avec la production locale, ainsi que le Département musique de la Bibliothèque Municipale, dont on ne salue pas assez souvent la qualité (voilà, c'est fait). Au programme d'une après-midi fort riche, celle du samedi 9 décembre, on retrouvera donc à la BM, un marché aux disques, peuplé de solides maisons comme Casbah Records, AB Records, Teenage Hate, Jarring Effects, Bigoût Records, SK Records et bien d'autres que nous n'avons pas la place de citer, et d'éminents disquaires du crû (Sofa,

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Amadou et Mariam : la Confusion des genres

Sono Mondiale | Avec La Confusion, Amadou et Mariam opèrent un retour clair et tranchant. Oscillant entre la profondeur de thèmes délivrés dans la plus grande naïveté d'expression et la pulsion de danse, voilà sans doute leur album le plus grave et le plus dansant. Le plus dansant, peut-être parce que le plus grave. À constater le jeudi 28 octobre au Transbordeur.

Stéphane Duchêne | Mardi 24 octobre 2017

Amadou et Mariam : la Confusion des genres

Il y a chez Amadou et Mariam comme un paradoxe permanent. D'abord, une musique des plus festives délivrée avec une sorte de stoïcisme marmoréen, conséquence peut-être de leur condition de non-voyant empêchant toute frontalité des rapports et extériorisation excessive. Ensuite, des textes d'une naïveté proverbiale qui pourtant se muent, peut-être précisément pour cette raison, en messages universalistes. Et font du duo malien l'un des ambassadeurs les plus courus non pas des musiques du monde, comme on le dit vulgairement, mais de la musique mondiale tout court. C'est que cette musique et les thèmes qui la font sont traversés par les catastrophes qui agitent notre planète et plus particulièrement l'Afrique. Et voilà un autre paradoxe : délivrer une musique dansante, contagieusement jouissive, consignant les malheurs du monde, ce qui donne une autre indication sur le pourquoi du stoïcisme évoqué plus haut. C’est chaud Composé dans le contexte de la guerre au Mali, le dernier album d'Amadou et Mariam ne pouvait trouver pour toutes ces raisons titre plus approprié : La Confusion. Celle d'un monde en pleine mu

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Les prédateurs de la nuit : "La Belle et la Meute"

ECRANS | de Kaouther Ben Hania (Tu-Fr-Sue-No-Lib-Qa-Sui, 1h40) avec Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrelli, Noomane Hamda…

Vincent Raymond | Mardi 17 octobre 2017

Les prédateurs de la nuit :

Étudiante à Tunis, Mariam participe à une soirée de bienfaisance durant laquelle elle rencontre Youssef. Leur idylle naissante est dramatiquement interrompue par une patrouille de police et Mariam violée par ces prétendus “représentants de l’ordre”. Son enfer ne fait que débuter… Révélée par le documenteur incisif Le Challat de Tunis (2015), Kaouther Ben Hania poursuit dans la même veine tranchante, dénonçant encore et toujours le sort réservé aux femmes en Tunisie — un Printemps arabe, pas plus qu’un Prix Nobel de la Paix ne suffisent hélas à balayer des années de machisme ni de patriarcat. La cinéaste use ici d’une forme de narration radicale, mais appropriée : de longs plans-séquences montrent la victime en proie à une cascade de violences psychologiques, ajoutant à son traumatisme. Chacun figure l’une des insoutenables étapes de son interminable calvaire intime, aggravé par des mentalités étriquées et une barbarie administrative (à l’hôpital, au commissariat) rappelant par instants l’excellent I am not Madame Bovary de Feng Xiaogan

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"Cherchez la femme" de Sou Abadi : cachez ce film qu’on ne saurait voir

ECRANS | de Sou Abadi (Fr, 1h28) avec Félix Moati, Camélia Jordana, William Lebghil…

Vincent Raymond | Mardi 27 juin 2017

Anne Alvaro est, décidément, une immense comédienne que son talent préserve de l’adversité — c’est-à-dire des pires des naufrages cinématographiques. Sa confondante interprétation d’une militante iranienne (accent inclus) réfugiée dans le XVIe arrondissement lui vaut de sortir sans dommage de cette épouvantable comédie sentimentale. Elle est bien la seule. La réalisatrice, par exemple, manque son coche dans ce mariage entre romance et critique sociale humoristique. Pas du fait d’une hybridation hasardeuse, ni du thème puisque l’on peut rire de tout, si c’est fait avec intelligence et talent. Car hélas, le choix d’un sujet brûlant n’exonère pas un auteur de maladresse ni de naïveté. Sou Abadi raconte ici le stratagème trouvé par un étudiant désirant continuer à voir sa copine enfermée chez elle par son grand frère revenu radicalisé d’un camp : il se couvre d’une burqa et se fait passer pour une femme. Quiproquos à l’ancienne, situations balourdes, personnage de fondamentalistes d’une bêtise profonde…

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Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 30 mai 2017

Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

02.06.17 > PARC DE GERLAND ETHNOTEK La traditionnelle soirée épicée et métissée du festival 6e Continent prend place en ce vendredi au cœur du parc de Gerland, pour un line-up alignant des valeurs sûres de l'électro-dub (Kanka), un DJ adepte du dancefloor mondialisé (Click) et surtout l'immense Imhotep, architecte sonore de la galaxie IAM, toujours efficace derrière les platines. Pluriel. 03.06.17 > TRANSBORDEUR DUB ECHO #14 Encore une belle programmation pour la soirée sound-system la plus suivie de la ville, avec le maître du stepper, Iration Steppas, fer de lance de ce dub très fortement infusé de sons électroniques depuis 1990. L'OBF sound-system est aussi annoncé avec Shanti D & Junior Roy au micro, la petite salle étant laissée aux bons soins de Bside Crew. Heavy. 04.06.17 > BELLONA LE MARIAGE Le dimanche, c'est jour de mariage à Bellona ! Célébrons celui de Tracy Gareth et Pump Up The Jam, éloge du queer et de l'amour sous l'égide de la

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"Get Out" : black out

ECRANS | de Jordan Peele (É-U, int. -12 ans, 1h44) avec Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener…

Vincent Raymond | Mardi 2 mai 2017

Chris part passer le week-end chez les parents de sa petite amie Rose. Avec appréhension : il ne les a jamais rencontrés ; ils sont blancs et lui noir. Après un accueil très (voire trop) bienveillant, Chris découvre un gros méchant loup, et qu’il est piégé comme un mouton à l’abattoir… Vous la voyez venir, la métaphore politique, sociale et raciale ? Avec ses gros sabots qui claquent, il faudrait être sourd jusqu’aux yeux pour ne pas la sentir arriver. Il y a cinquante ans et réduit à 26 minutes, Get Out aurait pu être un épisode génial de The Twilight Zone ; aujourd’hui, il manque un tantinet de fraîcheur — celle qui glace les omoplates. Le film ne manque pourtant pas de bonnes idées : engagé comme une romance indé, il est insensiblement gagné par une forme d’intranquillité galopante, entrelardé de gags à la Chris Rock, avant de s’achever dans une épouvante organique que ne dédaignerait pas Cronenberg. Las, il est pénalisé par son rythme trop lent qui condamne le spectateur à prendre de l’avance sur l’intrigue. Dommage.

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"À mon âge je me cache encore pour fumer" : no smoking

ECRANS | de Rayhana Obermeyer (Fr-Gr-Alg, 1h30) Hiam Abbass, Biyouna, Fadila Belkebla, Nadia Kaci…

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Dans l’enceinte d’un hammam algérien, pendant les années noires, des femmes se retrouvent hors de la férule et des regards des hommes. Entre complicité et solidarité, rivalités et divergences, elles se mettent à nu, au propre comme au figuré. Au départ succès sur les planches, la pièce de Rayhana s’offre ici une parcelle d’éternité grâce à la productrice engagée Michèle Ray-Gavras, séduite par sa dimension politique. Il est vrai que cette confrontation kaléidoscopique d’opinions et de vécus féminins mérite de prolonger sa vie sur grand écran aujourd’hui, alors que les fièvres islamistes des années 1990 ont contaminé d’autres pays. Certes, le message véhiculé se révèle plus marquant ou remarquable que la forme du film, mise en images plutôt sèche (un comble pour un hammam) devant beaucoup à l’intensité de ses comédiennes. La séquence finale tranche par sa profondeur métaphorique : on y voit des voiles s’envoler au-dessus de la Méditerranée, pareils à des oiseaux. Les Algériennes se sont débarrassées de l’oppressante étoffe, mais d’autres femmes su

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"The Young Lady" : corps de ferme

ECRANS | de William Oldroyd (G-B, 1h29) avec Florence Pugh, Cosmo Jarvis, Paul Hilton…

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Dans l’Angleterre rurale victorienne, une jeune oie innocente prénommée Katherine épouse un Lord brutal tyrannisé par son père. Leurs fréquentes absences engendrant l’ennui, elle se laisse séduire par un palefrenier. Les sens désormais éveillés, elle s’enhardit et tient tête aux hommes… Évoquant à la fois Loin de la foule déchaînée et Lady Chatterley (pour la sensualité animale de la relation transgressant les ordres social et patriarcal), le film de William Oldroyd est aussi sous-titré Lady Macbeth. Du personnage shakespearien, Katherine possède en effet l’inextinguible soif de pouvoir… dès lors qu’elle se découvre la capacité de l’étancher. En conquérant le domaine, c’est le plein contrôle de ses désirs et pulsions qu’elle vise. Et obtient. Puissant dans son minimalisme, The Young Lady déborde pourtant de cette intensité érotico-dramatique que tout tente de réfréner — du hors-champ aux robes à corset, en passant par la fixité glaciale des plans. Le jeu dépourvu d’intention de la brillante

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Hallucinations Collectives se dévoile

Festival | Oyez ! Oyez ! Hallucinations collectives dévoile sa 10ème programmation avec des infos juteuses… pour ne pas dire saignantes ! Sévissant du 11 au 17 avril, le festival accueillera des invités de choix et des avant-premières à la pointe de l’actualité pour le plus grand plaisir de tous les cinéphiles déviants.

Julien Homère | Vendredi 24 mars 2017

Hallucinations Collectives se dévoile

Notons la présence du phénomène Get Out de Jordan Peele, petit thriller terrifiant qui ravage le box-office US au point de rallier William Friedkin lui-même à sa cause. Le culte Fabrice Du Welz viendra présenter son polar énervé Message from the King, avec l’étoile montante Chadwick Boseman. La France aura pour représentant Xavier Gens pour la séance d’Hitcher de Robert Harmon, série B jouissive avec Rutger Hauer. Il n’y a pas qu’au rayon des exclusivités que l’association Zone Bis a marqué le coup pour cette édition anniversaire. En plus d’offrir une soirée commémorative le vendredi et une nuit Hallucinations auditives avec Joe La Noïze & Ta Gueule, le cinéma Comœdia verra s’imprimer sur ses toiles plusieurs classiques oubliés tels qu’Opéra de Dario Argento,

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13e Prix Jacques-Deray : voyez plutôt "Credo" que "Diamant Noir"

ECRANS | Quand la perle rare n’est pas où on l’attend… Un mixte de stupeur et d’incrédulité accompagne souvent la révélation du Prix Jacques-Deray, remis cette année à (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

13e Prix Jacques-Deray : voyez plutôt

Quand la perle rare n’est pas où on l’attend… Un mixte de stupeur et d’incrédulité accompagne souvent la révélation du Prix Jacques-Deray, remis cette année à Diamant noir. Aussitôt balayé, heureusement, par l’annonce du titre complétant le programme de la soirée de remise de la récompense à l’Institut Lumière : le second film est choisi dans la filmographie de Jacques Deray, grand maître du genre policier, mais aussi de la tension psychologique. Tel Credo (1983), œuvre inconnue de la plupart des spectateurs — ou plutôt des télespectateurs, car ce huis clos fut tourné pour le petit écran — mettant en scène Alexandre Lenski, un professeur de sociologie convoqué par le commissaire d’un quelconque “État frère” pour répondre de sa foi catholique et y renoncer comme l’on consent à se défaire d’une sale manie. D’une pesanteur beige glaçante, cette dramatique écrite par Jean-Claude Carrière (qui fourbit ici des arguments théologiques avant La Controverse de Valladolid

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Myriam Marzouki : dévoiler les préjugés

Théâtre Nouvelle Génération | Stigmatisé et clivant, instrumentalisé, le voile pourrait être un vêtement comme un autre. Myriam Marzouki dédramatise le port de ce bout de tissu dans une pièce délicate avec de multiples de points de vues.

Nadja Pobel | Jeudi 16 février 2017

Myriam Marzouki : dévoiler les préjugés

Dans cette France meurtrie par les attentats, l'islam est trop souvent confondu avec le fanatisme et la bêtise assassine. Un symbole de ces regards irréconciliables qui renvoie à notre européanocentrisme ? Le voile. Myriam Marzouki, franco-tunisienne, féministe et athée, comédienne et metteur en scène, interroge le poids de ce bout de tissu au travers de plusieurs personnages et saynètes avec des textes empruntés à Virginie Despentes, à Pasolini, à Saint-Paul et d'autres écrits pour cette pièce. Documentaire, politique, ce travail est également drôle et léger. Par exemple quand il s'agit pour une jeune femme d'aller essayer un voile en magasin, comme Julia Roberts entamait un défilé de mode dans des cabines d'essayages de Pretty Woman. Plutôt que de collecter la parole de celles qui le portent, Marzouki s'est penchée sur ceux qui regardent, avec colère, amusement ou condescendance. Mais aussi en montrant que ces réactions sont bien souvent dénuées de

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Martin Scorsese : « je vis toujours avec Silence »

C'est à moi que tu parles ? | Lors de son bref passage en France, Martin Scorsese a brisé le silence pour évoquer celui qui donne le titre à son nouveau film. Morceaux choisis et propos rapportés de sa conférence de presse.

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Martin Scorsese : « je vis toujours avec Silence »

Votre titre est accompagné au générique de début par un réel silence. Doit-il s’entendre comme un constat ou une injonction ? Martin Scorsese : C’est une façon d’attirer l’attention du spectateur, mais aussi une forme de méditation intime, car ce film exige une concentration du public. Nous venons tous du silence et nous allons tous y retourner ; alors autant s’y habituer et s’y sentir bien. Qu’est-ce qui vous a autant attiré dans le livre de Shūsaku Endō ? J’ai été attiré — obsédé, devrais-je dire — par l’histoire qu’il raconte. Pour moi, il parle d’une manière extraordinaire de la façon d’accepter la spiritualité qui est en nous. Sa résonance est toute particulière de nos jours, alors que le monde rencontre de grands changements technologiques et que des faits horribles se déroulent. J’espère que cette histoire — donc le film — pourra ouvrir un dialogue en montrant que la spiritualité existe, puisque qu’elle est une part intégrante de notre humanité profonde. Vous avez porté ce projet

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Deux visions de l'amour

ECRANS | On a récemment parlé du vétéran Kirk Douglas comme de l’un des derniers représentants de l’Âge d’or des studios. Mais le vénérable centenaire n’est pas l’ultime (...)

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Deux visions de l'amour

On a récemment parlé du vétéran Kirk Douglas comme de l’un des derniers représentants de l’Âge d’or des studios. Mais le vénérable centenaire n’est pas l’ultime star de caractère encore de ce monde : il se trouve même être le cadet de cinq mois de Olivia de Havilland, l’inoubliable Melanie Hamilton d’Autant en emporte le vent, par ailleurs double détentrice de l’Oscar de la meilleure actrice. L’une de ses statuettes fut conquise pour sa prestation dans un mélodrame de la plus belle eau signé William Wyler, L’Héritière (1949). Jouant mieux que personne de la paupière accablée, elle y campe Catherine, une oiselle timide et peu apprêtée, étouffée par son ladre de père la tenant à distance des coureurs de dot. Un père autoritaire allant jusqu’à la priver de celui qu’elle pense être son grand amour : Morris Townsend, un gandin empressé ayant les traits de Monty Clift. Townsend éprouve-t-il pour elle de tendres sentiments, ou bien cherche-t-il à atteindre son portefeuille à travers son cœur ? On ne révélera pas le fin mot de l’intrigue, ni son dénouement d’une noirceur sent

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"Diamond Island" : Cambodia !

ECRANS | de Davy Chou (Fr-Camb-All-Qat-Thaï, 1h39) avec Sobon Nuon, Cheanick Nov, Madeza Chhem….

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Parti de sa campagne pour travailler à Phnom Penh sur un pharaonique chantier immobilier, Bora retrouve dans la capitale cambodgienne son frère Solei, qui fraye avec une jeunesse plus favorisée. La tentation de le rejoindre dans ses affaires mystérieuses est grande… Une utopie hôtelière de luxe en plein milieu de bidonvilles. Voilà ce que bâtit la foule grouillante de petites mains aspirées par le mirage de cette ville champignon, à cheval entre l’ultra-misère et l’über-modernité. Une cité potentielle qui, la nuit venue, se pare de néons fluo lui donnant des allures de Luna Park, où toutes les classes sociales viennent se mélanger. Davy Chou rend bien l’irréalité paradoxale de ce décor pourtant bien réel — et qu’il connaît parfaitement pour s’y être intéressé dans des œuvres précédentes — saturant ses couleurs pour instiller un effet de décalage fascinant. Mais si l’on fait abstraction de cette ambiance à l’esthétique splendidement travaillée et de l’exotisme du cadre, il ne reste qu’une ligne narrative bien étique, d’une prévisibilité décevante. Davy Chou semble avoir réduit son film à un exercice formel. Dommage, car ce “

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Insomniaque

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 6 décembre 2016

Insomniaque

10>12>16 LE SUCRE DEENA ABDELWAHED Chez Infiné, l'on sait choisir avec soin les artistes que l'on signe tout en évitant soigneusement les clichés. Et avec Deena Abdelwahed, c'est peu dire que les têtes pensantes du label ont visé juste : échappée de la scène underground tunisienne, où elle a débuté comme chanteuse d'un groupe de jazz nommé So Soulfull, adepte de DJ sets et de lives électroniques épatants et novateurs, repérée aux Transmusicales, Deena s'invite au Sucre. Épicé. 10>12>16 6e CONTINENT IMHOTEP Le genre de soirée que l'on kiffe : une virée du côté de Guillotière en compagnie du maître des sons à Marseille, l'homme derrière IAM et auteur d'albums downtempo et instrumentaux renversants, dont le seul "rival" serait Doctor L... Au 6e Continent, Imhotep sortira les galettes chaudes pour ambiancer le dancefloor de suaves riddims reggae, de hip-hop non

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Davy Chou à Lyon

ECRANS | Récompensé avec sa coscénariste Claire Maugendre par le Prix SACD à Cannes, où il était sélectionné à la Semaine de la Critique, le réalisateur Davy Chou vient (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Davy Chou à Lyon

Récompensé avec sa coscénariste Claire Maugendre par le Prix SACD à Cannes, où il était sélectionné à la Semaine de la Critique, le réalisateur Davy Chou vient présenter son premier long-métrage de fiction en avant-première, Diamond Island. Tourné au Cambodge, où il a déjà plusieurs fois posé ses caméras pour des courts-métrages et documentaires, son film parle d’une jeunesse entre rêves et désillusions. Diamond Island Au Comœdia le lundi 12 décembre à 20h

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"La Sociale" : C’est la lutte initiale

ECRANS | Le documentariste Gilles Perret rappelle la paternité du ministre communiste Ambroise Croizat dans la création de l’Assurance maladie, et légitime la préservation de ce système solidaire participant du progrès social. Un film méritant d’être remboursé par le patronat.

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

En France, on a la mémoire courte et sélective en diable, surtout lorsqu’il s’agit des événements survenus entre 1936 et 1946. Ainsi la création de la Sécurité sociale se trouve-t-elle imputée à l’omnipotent de Gaulle, tandis que son inspirateur Ambroise Croizat — qui l’a organisée, structurée et mise en place — a progressivement été relégué au second plan, puis dans les oubliettes de l’Histoire. Sa qualité d’ouvrier syndicaliste CGT et de militant communiste désintéressé, devenu ministre du Travail, n’y est sans doute pas étrangère… Voulant rétablir une simple vérité (et donc dénoncer un furieux mensonge par omission), Gilles Perret retrace ici le parcours de cet individu intègre, dont la postérité se trouve aujourd’hui plus que jamais mise à mal. Toutefois, La Sociale n’a rien d’un docu muséal, ni d’un cénotaphe refermé sur un cortège d’archives ; au contraire, ce film s’ancre-t-il avec vigueur dans l’aujourd’hui, grâce à des intervenants combatifs et très contemporains… moins présents parmi le personnel politique ou syndical que parmi la société civile. On se régale ainsi à écouter les témoignages

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Gilles Perret : « Faire un film de cinéma incarné sur le créateur de la Sécu »

3 questions à... | Gilles Perret retrace la genèse de son tonique documentaire, un salutaire hommage au fondateur de la Sécu tourné dans une indépendance farouche pas totalement volontaire.

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Gilles Perret : « Faire un film de cinéma incarné sur le créateur de la Sécu »

Vous auriez pu appeler ce documentaire Vive la Sociale !, si Gérard Mordillat n’avait pas déjà utilisé le titre… Gilles Perret : (rires) Ç’aurait été totalement adapté, en effet ! On avait dans l’idée de prendre un titre positif, beau, jouissif, parce que c’est quand même une belle histoire que celle de la Sécu. La Sociale est plus modeste, mais on a pris le parti d’une affiche sans Carte Vitale, mais moderne et combative, qui donne envie aux spectateurs hésitants. Pour qu’ils ne soient pas rebutés par un côté trop noir et blanc ni militant. On ne saura jamais si c’est une bonne idée ou pas… Comment vous êtes-vous intéressé à ce personnage historique qu’était Ambroise Croizat ? J’en avais déjà parlé dans De mémoires d’ouvriers, et c’était pour moi une injustice qu’on ne le connaisse pas davantage. Je me suis donc appuyé sur le travail de Michel Étiévent — l’historien que l’on voit dans le film — qui a fait un énorme boulot pour le réhabiliter. J’avais aussi envie de faire un film de cinéma inc

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Téléactivité au Comœdia en présence de Jérôme Jouvray

Avant-Première | Prévu pour être diffusé sur Arte le 20 septembre à 20h30, le documentaire de Myriam Tonelotto [Thorium] La face gâchée du nucléaire possède l’originalité d’intégrer des (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 septembre 2016

 Téléactivité au Comœdia en présence de Jérôme Jouvray

Prévu pour être diffusé sur Arte le 20 septembre à 20h30, le documentaire de Myriam Tonelotto [Thorium] La face gâchée du nucléaire possède l’originalité d’intégrer des séquences animées signées par l’illustrateur Jérôme Jouvray et une équipe d’étudiants (Émile-Cohl, Bellecour École d’Art, EMCA). La réalisatrice et l’animateur se déplaçant pour une projection publique en avant-première au Comœdia, vous pourrez découvrir avant tout le monde le destin avorté des réacteurs à sels fondus, ce qui vous permettra de briller (dans le noir) en société. Ou de vous faire dédicacer votre programme télé… Au Comœdia le samedi 10 septembre à 11h

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Le concert de William Sheller annulé

Nuits de Fourvière | Le concert de William Sheller, prévu ce mardi 12 juillet dans le cadre des Nuits de Fourvière, est annulé : le chanteur étant toujours souffrant n'est pas en (...)

Sébastien Broquet | Lundi 11 juillet 2016

Le concert de William Sheller annulé

Le concert de William Sheller, prévu ce mardi 12 juillet dans le cadre des Nuits de Fourvière, est annulé : le chanteur étant toujours souffrant n'est pas en mesure d'assurer sa prestation. Il ne défendra donc pas à Lyon son dernier album Stylus, paru fin 2015, mais espère pouvoir reprendre la scène en septembre prochain. Les spectateurs munis d’un billet peuvent demander le remboursement à partir du vendredi 15 juillet et avant le jeudi 15 septembre 2016 sur le lieu d’achat du billet.

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