Micro Mondes, un festival de théâtre pour soi

SCENES | Il y a six ans, Céline Le Roux inventait Micro Mondes, un festival dédié aux arts immersifs, c'est-à-dire aux propositions qui permettent de vivre le théâtre autrement. Devenue co-directrice du TNG, "son" événement s’adosse logiquement à ce lieu en plein renouvellement identitaire.

Nadja Pobel | Mardi 24 novembre 2015

Seul spectateur d'une représentation dont vous êtes partie prenante, vous déambulez dans un labyrinthe de six pièces et êtes amené, rideau après rideau, à réfléchir sur votre identité. Voilà le genre d'expérience troublante, intitulée A Game of You, à laquelle vous convie le festival Micro Monde par l'entremise des Belges de Ontroerend Goed.

Avec Danbé, place à une forme en plein développement : un spectacle à écouter au casque où deux musiciens et une récitante donnent à entendre un texte co-écrit par Marie Desplechin et Aya Cissoko. Cette dernière, à travers la voix tout en nuances d'Olivia Kryger, raconte sa vie de gamine née à Ménilmontant dans la fin des années 70 qui va exprimer sur un ring la peine et la rage d'avoir perdu son père et sa sœur dans un incendie. Dans une ambiance intimiste, assis sur des coussins, les auditeurs sont ainsi touchés individuellement.

Si ces deux créations s'adressent aux grands, les enfants constituent bien évidement un public très adapté à ces formes, des installations et jeux à leur hauteur conçus par les graphistes ibériques de Milimbo à Escargopolis, une déambulation plastique, sonore et visuelle faisant office de prélude à un spectacle en plein air à venir en juin.

Qu'est-ce qu'il y a à l'intérieur ?

Rarement montré en France (car assez coûteux, étant donné la petitesse des jauges qu'il implique), le théâtre immersif est pourtant, selon Céline Le Roux, travaillé dans de nombreux pays comme l'Italie, l'Espagne, l'Angleterre (voir l'auto-teatro d'Ant Hampton, pièce qui ne s'actionne que par les gestes des spectateurs) ou en Allemagne avec les Rimini Protokoll, adeptes des balades plus ou moins urbaines. Être sensoriel n'est pas «une fin en soi, la finalité doit être celle du sens» poursuit la directrice. «Et cela n'exclut pas le texte» dit-elle encore, comme le démontre Joris Mathieu avec son Livre In Room, cabine où chacun, individuellement, peut entendre un extrait d'un classique de la littérature.

Pour autant, l'immersion n'est pas nécessairement ludique et dépendante la technologie. Quand elle est pertinente, c'est une façon de changer son rapport à l'œuvre, aux côtés d'un artiste qui choisit de proposer une véritable expérience. Ne reste plus qu'à s'y "risquer" !

Micro Mondes
Au TNG, au Toboggan et aux Ateliers jusqu'au dimanche 29 novembre

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