Jusqu'ici tout va bien

Nadja Pobel | Lundi 18 mars 2013

Photo : DR


«Le plus dur, ce n'est pas la chute, c'est l'atterrissage». Les paroles de La Haine pourraient être l'incipit de TAC, texte que le prolixe auteur Philippe Minyana a tiré de la relecture de son propre texte Pièces, vieux de douze ans, à la demande du jeune metteur en scène Laurent Brethome. Pour la première fois, celui qui s'est attaqué avec folie et drôlerie à Feydeau (On purge bébé), avec une grave intelligence à Hanoch Levin (Les Souffrances de Job) et un peu moins d'inspiration à Racine (Bérénice), ose se confronter au récit d'un auteur vivant. Et il en profite pour interroger sans détour la pauvreté et la question plus que jamais fondamentale du logement.

La figure centrale de la pièce, jouée par le comédien Philippe Sire, à l'origine de la rencontre entre le dramaturge et le metteur en scène, vient de se faire expulser par son propriétaire. Il accumulait des tonnes de journaux depuis des décennies, le sol penchait. Exit. Aucune considération. Quand la société le zappe à grande vitesse, Gérard Tac se met à ralentir, reculer même, en recroisant d'anciennes connaissances, à rebours de la marche du monde, entre fantasmagorie et réalisme. Dans un climat poisseux et humide très justement traduit par la scénographie de Julien Massé (il pleut beaucoup, il fait souvent sombre, la maison se casse la figure...), cette pièce colle aux basques du spectateur et ne le laisse pas tranquille. Et c'est une bonne nouvelle.

Nadja Pobel

TAC
au Radiant-Bellevue, mercredi 20 mars


TAC

De Philippe Minyana, ms Laurent Brethome, 130. Série de faits-divers qui conduisent à la dégringolade d'un homme
Radiant-Bellevue 1 rue Jean Moulin Caluire
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Dom Juan, bloqué dans l’ascenseur social

Théâtre | Mais qui est-il, ce Dom Juan ? Le colérique et survitaminé Nicolas Bouchaud chez Sivadier ? Le rationaliste de Vilar, le jouisseur en proie au doute (...)

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2020

Dom Juan, bloqué dans l’ascenseur social

Mais qui est-il, ce Dom Juan ? Le colérique et survitaminé Nicolas Bouchaud chez Sivadier ? Le rationaliste de Vilar, le jouisseur en proie au doute de Lassalle... ou encore l'agnostique qu’Olivier Maurin a récemment présenté au TNP ? Pour Laurent Brethome et Philippe Sire, directeurs des conservatoires de La Roche-sur-Yon et de Lyon, il est un déclassé social, vivant sans le sou comme un étudiant dépendant des alloc', malgré un paternel blindé, rêvant de paillettes et de son quart d’heure de célébrité. Alors, il ne va cesser de s’imaginer plus beau et grand qu’il n’est ; comme le révèlera le quatrième acte, dans un container de fortune qui lui sert de logement au sein duquel il se cogne à tous les angles. Au premier abord, ce n’est pas cela qu’incarne Laurent Brethome, mais un Dom Juan volontairement agaçant, p’tit gars qui roule les mécaniques dans un décor presque vernis sur lequel rien n’adhère ; il dragouil

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Massive Attack à Vienne en juin 2020

Trip Hop | Alors que l'on approche doucement des trente ans de leur inaugural Blue Lines (ce sera pour 2021), le groupe Massive Attack, réduit depuis un moment à son (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 10 décembre 2019

Massive Attack à Vienne en juin 2020

Alors que l'on approche doucement des trente ans de leur inaugural Blue Lines (ce sera pour 2021), le groupe Massive Attack, réduit depuis un moment à son hydre à deux têtes Daddy G et 3D, prépare pour 2020 une tournée éco-responsable. « Nous annonçons la mise en service du célèbre Centre Tyndall pour la recherche sur le changement climatique, afin de cartographier l’empreinte carbone totale des cycles de tournée typiques et d’examiner plus particulièrement les domaines clés générant des émissions de CO2 dans notre secteur » énonce dans un communiqué de presse des plus graves, Robert Del Naja aka 3D. Tout ça pour dire quoi ? Eh bien que ces pères fondateurs livreront notamment trois dates en France dont une au Théâtre Antique de Vienne qui les avait déjà accueilli en 2006. Ce sera le 2 juin prochain pour la modique somme de 65 euros et la billetterie ouvre le 11 décembre.

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Clap de fin pour À la Piscine, qui devient Pistache

Restaurant | Le restaurant lancé initialement par Arty Farty et le Café Cousu, À La Piscine, change de nom et de concept et devient Pistache, désormais géré au quotidien par l'équipe de Darwin, déjà à la tête de la Maison Mère.

Sébastien Broquet | Lundi 21 octobre 2019

Clap de fin pour À la Piscine, qui devient Pistache

C'est fini pour la formule initiale du restaurant À La Piscine, dont le chef Benjamin Sanchez a cuisiné son dernier repas il y a quelques jours. C'est désormais sous le nom de Pistache que ce lieu à la magnifique terrasse en bordure du Rhône va continuer à vivre. Ce changement de nom est concomitant à une réorganisation et à un ajustement de l'actionnariat : la société Swimming Poule, exploitant originel du spot, est rejointe (et non remplacée) par le groupe Darwin (gérant déjà la Maison Mère, le Monkey Club, le Soda Bar et Solal) qui va désormais en assurer l'exploitation. Avec une nouvelle carte, des horaires aménagés et un nouveau chef : ouverture prévue ce jeudi 24 octobre. Le nouveau chef se nomme Jonathan Alvarez et il a été formé chez Piège, Pic et Rostang avant de créer son restaurant à Annecy. On l'a aussi vu par ici du côté du Café Arsène. Si du côté de Pistache on déclare que l'on « s’inscrit dans la continuité du lieu pensé par Swimming Poule, distillant une cuisine de partage, inventive et urbaine », il est à noter que c'est une petite et rare décepti

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Présumé coupable : "Une part d'ombre"

Thriller | De Samuel Tilman (Bel, 1h30) avec Fabrizio Rongione, Natacha Régnier, Baptiste Lalieu…

Vincent Raymond | Mardi 21 mai 2019

Présumé coupable :

Père et mari comblé, professeur apprécié, David peut compter sur sa bande d’amis. Du moins, c’est ce qu’il croyait : entendu comme témoin puis suspect dans une affaire de meurtre, il voit ses fidèles potes s’éloigner quand une facette de son existence qu’ils ignoraient est mise au jour… N’y aurait-il pas comme une once d’inspiration simenonesque dans ce thriller aussi belge que l’était le créateur de Maigret ? C’est ici en effet moins l’enquête (et ses rebondissements portant sur les dessous ou les recoins de la vie de David) qui importent que l’étude psychologique des personnages — de la dynamique du groupe — et la morale que l’on peut en tirer. Une morale évidemment peu réjouissante quant à la valeur des relations humaines et le potentiel hypocrisie que chacun peut recéler. En accentuant le plus possible la subjectivité, Tilman accroît le sentiment de malaise, voire de paranoïa, de son protagoniste admirablement servi par l’ambigu Fabrizio Rongione. Le comédien, malheureusement trop rare, dégage un je-ne-sais-quoi de trouble et d’inquiétant rendant crédible l’h

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Vincent Lindon : « on fait ce métier pour s’oublier »

Dernier Amour | Passionné comme toujours et comme toujours passionnant, Vincent Lindon évoque sa nouvelle collaboration avec l’un de ses metteurs en scène fétiche. De l’approche d’un rôle historique et de la philosophie de l’interprétation des personnages…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Vincent Lindon : « on fait ce métier pour s’oublier »

Comment avez-vous convaincu Benoît Jacquot, avec qui vous avez une longue complicité, de vous confier ce rôle de Casanova ? Vincent Lindon : Au départ, je venais le chercher pour déjeuner, il était dans son bureau et il parlait de son prochain film avec ses producteurs. Il m’a annoncé : « je vais faire Casanova ». Et j’ai aussitôt répondu : « Non, c’est moi qui vais faire Casanova. — Non, il a 26 ans, c’est l’histoire d’un jeune Casanova avec une dame plus âgée. — Ben, c’est plus ça. Il y a bien un moment où il est vieux ? — Tu plaisantes ? — Non, non, je suis très sérieux. — Fais attention, Vincent : si je te prends au mot, tu vas être bien embêté — Pas du tout : prends-moi au mot ! — Il y a bien un épisode avec la Charpillon… » Et ils ont bifurqué sur cette histoire. Qu’est-ce qui vous a séduit à ce point dans ce personnage ? Casanova, quand même ! Il n’y a pas beaucoup de personnages de cette dimension. J’ai fait Rodin, le professeur Charcot. Si demain on me demande de jouer Enzo Ferrari je vais

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Plaire, aimer, éconduire vite : "Dernier Amour", avec Vincent Lindon

Drame | De Benoît Jacquot (Fr, 1h38) avec Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino…

Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

Plaire, aimer, éconduire vite :

Au soir de sa vie, Casanova évoque à une confidente un épisode de sa vie aventureuse se déroulant à Londres, où il vivait alors en exil ; un souvenir douloureux lié à une femme dont il s’est épris, qui jamais n’a cédé à sa cour : la Charpillon, une courtisane au corps et à l’esprit bien faits… Comment diable éprouver de l’empathie pour la personne de Casanova, l’aventurier qui épousa le XVIIIe siècle en triomphant des geôles, des duels et des revers de fortune ; l’infaillible séducteur que sa réputation en tout lieux précédait et qui, de surcroît taquina la muse pour composer en sus de ses mémoires, quelques ouvrages réputés ? En le dépeignant dépourvu de ses talents et mérites, chevalier à la triste figure confronté au doute, à l’échec et à la déchéance. En rendant, en fait, à ce héros hors normes sa qualité d’humain. Le Casanova façonné par Benoît Jacquot pour Vincent Lindon (et réciproquement) apparaît ainsi comme une montagne de fragilité et de doute, au moment où la certitude de son prestige commence à s’effiloche

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Maîtresse-carte : "Joueurs"

Polar | de Marie Monge (Fr, 1h45) avec Tahar Rahim, Stacy Martin, Karim Leklou…

Vincent Raymond | Mardi 3 juillet 2018

Maîtresse-carte :

Serveuse dans le restaurant familial, Ella embauche Abel pour un extra. Celui-ci l’embobine et lui inocule aussitôt sa passion ravageuse pour le jeu pratiqué dans des bouges clandestins. Fascinée par cet univers interlope autant que par le charme maléfique d’Abel, Ella bascule… C’est presque un exercice de style ou en genre en soi. Wong Kar-Wai, entre autres cinéastes asiatiques, s’y est souvent frotté : décrire l’atmosphère nocturne badigeonnée de néons des cercles de jeu occultes et surtout, la fièvre de celles et ceux qui les fréquentent… À leurs risques et périls : la sanction de la déchéance et du musculeux recouvreur de dettes plane inéluctablement sur les poissards, sans qui il n’est pas d’histoire qui tienne. Pour son premier long métrage, Marie Monge revisite à son tour cette ambiance et signe un film respectueux du cahier des charges, sans maladresse, mais sans étincelle particulière non plus. Disposer d’atouts forts dans son jeu (comme une distribution solide) ne suffit pas ; il en faut davantage pour faire sauter la banque.

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Margot aux Célestins

Théâtre | Elle « avance vers nous depuis sa nuit » et Laurent Brethome lui rend la lumière. Margot, adapté de Marlowe, est la pièce avec laquelle le metteur en scène synthétise tout ce qu'il a approché jusque-là : un goût assumé du spectacle au profit d'un texte coriace.

Nadja Pobel | Lundi 22 janvier 2018

Margot aux Célestins

On pourrait lui en faire le reproche mais, à bien réfléchir, il n'y a rien là d'incohérent. Dans le Margot de Laurent Brethome, il y a un peu de l'air du temps théâtral : une pincée de Thomas Jolly (pour une esthétique noire-rouge-blanche et les breloques pas forcément nécessaires en accompagnement de costumes très justes : contemporains et a-temporels), du Julien Gosselin (personnages déclamatoires micro en main – en très courtes séquences il faut le reconnaître), parfois même du Joël Pommerat (ah, la séduisante scène de fiesta post couronnement d'Henri III qui rappelle les images de Ma Chambre froide ! ). Mais il y a, in fine, entièrement Laurent Brethome. En mettant en scène, dans une version délicatement décalée de Dorothée Zumstein, Le Massacre à Paris de Christopher Marlowe qui avait ouvert le TNP villeurbannais en 1972 sous la direction de Chéreau et dans les décors du grand Peduzzi, le Vendéen n'est jamais poseur et d'une fidélité épatante à ce qu'il fut : les corps

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Dans les pas de Margot

Théâtre | C'est sa pièce totale. Seize comédiens pour environ soixante rôles. Laurent Brethome a créé Margot en novembre, après l'avoir déjà esquissé en 2014 avec les (...)

Nadja Pobel | Mardi 9 janvier 2018

Dans les pas de Margot

C'est sa pièce totale. Seize comédiens pour environ soixante rôles. Laurent Brethome a créé Margot en novembre, après l'avoir déjà esquissé en 2014 avec les élèves du Conservatoire de Lyon. Sans moyen, il revisitait déjà la pièce de Marlowe de façon forte et efficace, une montagne de chaussures exprimant la nuit de la Saint-Barthélémy. Là, en 2h35, et avec notamment la dernière des pépites du Cons', Savannah Rol, il donne la pleine mesure de son savoir-faire. Pièce emblématique du TNP (c'est avec l’adaptation de Chéreau que le théâtre ouvrait ainsi ses portes à Villeurbanne en 1972), Margot sera cette fois-ci aux Célestins, du 17 au 23 janvier.

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Vu de l'intérieur

Théâtre | C'était il y a tout juste deux ans. Un siècle en réalité. Attentats. Bataclan. État d'urgence. Il n'en parvient que des balbutiements sur un poste de radio, (...)

Nadja Pobel | Mardi 14 novembre 2017

Vu de l'intérieur

C'était il y a tout juste deux ans. Un siècle en réalité. Attentats. Bataclan. État d'urgence. Il n'en parvient que des balbutiements sur un poste de radio, quelques intonations d'un président qui semble ne pas avoir existé, François Hollande. De tout cet enfer, il ne reste donc que cela : un couple plongé dans les volutes de cigarettes, adossé à un canapé bien propre. Pourtant, tout se fissure à l'intérieur, au point plus tard que l'un et l'autre s'opposent sur l'utilité des caméras de surveillance dans la copropriété, ou que s’égrenne la liste des petites contraintes du quotidien façon Benjamin Biolay et son Brandt rhapsodie. En interstice, Meissoune Majri et Audric Chapus (qui a initié ce projet à la sortie de cette grande école d'acteurs qu'est l'ESACT de Liège), composent avec Irène Berruyer des séquences tantôt réalistes (heureuses "reconstitutions" de ces interviews télé politique volontairement anxiogènes) et plus fantaisistes (une sorte de prince machiavélique distillant le mal façon Richard III, micro-lumière qu'on dirait emprunté à la mise en scène de Thomas Ostermeier, mais les artistes nous ont co

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JLG, portrait chinois : "Le Redoutable" de Michel Hazanavicius

Le Film de la Semaine | Une année à part dans la vie de Godard, quand les sentiments et la politique plongent un fer de lance de la Nouvelle Vague dans le vague à l’âme. Une évocation fidèle au personnage, à son style, à son esprit potache ou mesquin. Pas du cinéma juste ; juste du cinéma.

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

JLG, portrait chinois :

1967. Au sommet de sa gloire, Jean-Luc n’est pas à une contradiction près : s’il provoque en public en professant des slogans marxistes ou égalitaristes, il aspire en privé à une union conformiste de petit-bourgeois jaloux avec la jeune Anne. Tiraillé entre son Mao et son Moi, le cinéaste passe de l’idéologie au hideux au logis. L’insuccès de La Chinoise ne va rien arranger… Toutes proportions gardées, la vision du Redoutable rappelle celle de AI (2001), cette étonnante symbiose entre les univers et manière de deux cinéastes (l’un inspirateur, l’autre réalisateur), où Spielberg n’était jamais étouffé par le spectre de Kubrick. L’enjeu est différent pour Hazanavicius, à qui il a fallu de la témérité pour se frotter à un Commandeur bien vivant — certes reclus et discret, mais toujours prompt à la sentence lapidaire ou la vacherie définitive. Hommage et dessert En savant théoricien-praticien de l’art du détournement, Hazanavicius a extrait du récit autobiographique d’Anne Wiazemsky

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Du théâtre pour panser

L'essentiel de la saison | Au vu des programmations hétéroclites (trop) touffues et qui confèrent aux différents théâtres des identités de plus en plus floues, émerge une vague de trentenaires qui, au travers de faits historiques, ou simplement d’histoires d’aujourd’hui, livrent un travail précis, exigeant pour panser nos plaies intimes ou universelles.

Nadja Pobel | Mardi 5 septembre 2017

Du théâtre pour panser

Laïka. Avec l’évocation de cette petite chienne jamais revenue de l’espace et de la guerre froide spatiale russo-US, c’est tout un pan d’un monde bien amoché que déploie David Murgia, celui de maintenant, en relatant la vie d'un clochard, de vieilles dames ou d'une prostituée. Il retrouvera le Théâtre de la Croix-Rousse (du 17 au 21 octobre) où il est passé récemment seul (Discours à la nation) ou en collectif avec ses amis du Raoul (Le Signal du promeneur et Rumeurs et petit jour). À nouveau, il travaille en binôme avec Ascanio Celestini et donne à ce texte puissant une fulgurante densité, ajoutant à la pertinence du propos une véritable performance de comédien. Et pour s’intéresser aux gens de peu, que Macron, dans son propos le plus détestable depuis son élection, a qualifié de « ceux qui ne sont rien » en opposition

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Le siècle de Kirk Douglas

ECRANS | C’est peu dire qu’Issur Danielovitch Demsky, dit Kirk Douglas, a marqué le cinéma mondial de sa célèbre fossette, en dépassant le — déjà vaste — domaine de (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Le siècle de Kirk Douglas

C’est peu dire qu’Issur Danielovitch Demsky, dit Kirk Douglas, a marqué le cinéma mondial de sa célèbre fossette, en dépassant le — déjà vaste — domaine de l’interprétation. Star adulée depuis le milieu du XXe siècle, l’acteur aura aussi été tout au long de sa carrière un authentique activiste du 7e art ; un producteur influent et créatif davantage intéressé par le sens de ses films et leur valeur artistique que par la superficialité hollywoodienne, ou leur rentabilité immédiate. Un citoyen impliqué également, n’hésitant pas à briser l’hypocrite embargo instauré par le maccarthysme à l’encontre des scénaristes soupçonnés de communisme. Ainsi que l’auteur récent d’une lettre vibrante à l’adresse de ses compatriotes, les exhortant à faire obstacle au candidat républicain, au nom de l’avenir — en vain. Malgré ses innombrables mérites et plusieurs occasions, la profession ne s’est guère montrée reconnaissante à son égard, ne lui décernant qu’un seul Oscar, à titre honorifique… en 1996 (!) Le 9 décembre, Kirk Douglas soufflera 100 bougies sur son gâteau d’anniversaire. Pour célébrer ce doyen de l’Âge d’or des

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L'Appel de la liberté

Clochards célestes | Générique de début, de fin, panneaux intermédiaires scandant les chapitres, la version de L’Appel de la forêt par le jeune ensemble TaCTuS est une séance de (...)

Nadja Pobel | Mardi 18 octobre 2016

L'Appel de la liberté

Générique de début, de fin, panneaux intermédiaires scandant les chapitres, la version de L’Appel de la forêt par le jeune ensemble TaCTuS est une séance de cinéma (au théâtre des Clochards célestes, jusqu’au 23 octobre). Sans dolby surround mais en acoustique et avec sa livraison d’effets spéciaux à l’ancienne. Ce fin travail repose sur un trio de percussionnistes et le talent de la dessinatrice Marion Cluzel. En live, attablée, elle signe une trentaine de croquis au crayon ou donne couleurs et nuances à des canevas déjà prêts. Par le jeu de calques, elle fait apparaître puis disparaître les animaux sauvages de la forêt que Buck vient de retrouver. Ce récit, adapté de Jack London, est une métaphore intemporelle de la liberté : vendu à des trafiquants de chiens de traîneaux, le domestique Buck résiste, rencontre un maître aimant, John Thornton avant d’être aimanté par la nature et de se fondre avec les loups. Alliant les voix-off à l’intermède parlé face au public, le collectif ne choisit pas son mode de narration et freine parfois un peu la fluidité du déroulé du spectacle à trop vo

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Tacocat : chromosome XX Files

Pop | Le féminisme toujours en bandoulière, les filles (et le garçon) de Tacocat reviennent en mode rouleau compresseur bubble-gum avec Lost Time, album porté par la figure pop de l'agent Dana Scully. Tremble Périscope, les filles sont de retour en ville.

Stéphane Duchêne | Mercredi 4 mai 2016

Tacocat : chromosome XX Files

Quelque chose fascine les rockeuses dans la figure de Dana Scully (la rousse sceptique d'X-Files). On se souvient par exemple de Cerys Matthews de Catatonia invoquant l'agent du FBI chargée des "affaires classées" et son paranoïaque de partenaire, Fox Mulder ; chanson qui était en fait le récit d'une histoire d'amour qui eut méritée d'être démêlée par Mulder & Scully, en fait. Mais ce qui plaît sans doute aux filles de Tacocat qui lui dressent carrément un autel avec le single Dana Catherine Scully sur leur dernier album Lost Time, c'est l'indépendance d'esprit de l'enquêteuse. De même que cette particularité, rare dans les séries américaines, de ne pas s'offrir à son partenaire masculin dès le deuxième épisode, jusqu'à faire de la question de cet amour platonique un enjeu de tension du récit. Mais surtout, d'être une girl next door et une femme accomplie regardant le monde pour ce qu'il est en dépit de cette croyance en forme de croix qui lui pend autour du coup. Une sceptique qui croit, une croyante qui doute, et surtout une femme qui ne cherche pas à être ce qu'elle n'est pas pour briller dans le regard de l'autre — l'autre ét

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Le Fils de Joseph

ECRANS | de Eugène Green (Fr/Bel, 1h55) avec Victor Ezenfis, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Le Fils de Joseph

En acclimatant au 7e art son obsession viscérale pour la prononciation baroque, Eugène Green est devenu l’auteur d’une œuvre anticonformiste, unique car identifiable dès la première réplique. Il exige de ses interprètes l’usage de la liaison systématique et appuyée, telle que codifiée par son courant de prédilection — au risque de créer des impressions (fautives) de cuirs en cascades. Inscrite dans un dialogue déclamé d’une voix blanche par des comédiens semblant avoir reçu pour consigne d’adopter le plus désincarné des jeux possibles, cette particularité participe donc d’un ensemble singulier : son style, auquel on peut souscrire comme à une convention ou à un dogme religieux. Un intégrisme bien inoffensif, s’il prête à sourire : à côté d’Eugène Green, le rigoriste Rohmer passerait pour un cuistre barbarisant la langue française ! Tous deux ont cependant en commun la fascination pour les lettres classiques et la jeunesse, ainsi que l’art d’attirer à eux les acteurs — au point d’en faire des apôtres. Déjà convoqués par le passé, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione et Mathieu Amalric sont ainsi réunis autour de ce Fils de Joseph. Si le titre lorgne im

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Vendanges graphiques : c’est à voir, à voir, à voir !

CONNAITRE | Il va y avoir des bulles dans le condrieu ! Ce qui ressemble à une hérésie pour l’œnologue moyen résonne comme un cri de joie chez l’amateur de bandes (...)

Vincent Raymond | Jeudi 10 mars 2016

Vendanges graphiques : c’est à voir, à voir, à voir !

Il va y avoir des bulles dans le condrieu ! Ce qui ressemble à une hérésie pour l’œnologue moyen résonne comme un cri de joie chez l’amateur de bandes dessinées. Chaque année depuis 2013, la fin de l’hiver (ordinairement réservée à la taille des ceps) est illuminée par une récolte supplémentaire : Vendanges graphiques. Une manifestation qui, si elle réjouit les chais, convertit également les abstinents aux charmes condriots en réunissant la quintessence des illustrateurs amateurs de bonnes choses. Ce quatrième millésime s’annonce particulièrement gouleyant, avec la participation de Baudoin (monument vivant, auteur notamment de Tu ne mourras pas) ou celle de Marion Montaigne alias Professeur Moustache (qui signe la série Tu mourras moins bête… mais tu mourras quand même). Fred Campoy (sa Vie avec Alexandra David-Néel vient de paraître), EFA (Kia Ora, Alter Ego…), les incontournables frères Jouvray (l’immarcesible et immortel Lincoln), Émile Bravo (à qui l’on doit Le Journal d’un ingénu, tome essentiel des aventures de Spirou) seront également du voyage. Une

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L'errance en compagnie de Bach

MUSIQUES | Le premier festival international Cross Opéra, proposé par le Toboggan de Décines et le Concert Impromptu, retient par avance notre attention : en cinq (...)

Pascale Clavel | Mercredi 10 février 2016

L'errance en compagnie de Bach

Le premier festival international Cross Opéra, proposé par le Toboggan de Décines et le Concert Impromptu, retient par avance notre attention : en cinq moments musicaux décoiffés, les musiques classique, jazz et contemporaine s’affrontent, discutent, se frottent les unes aux autres dans un joyeux capharnaüm. L’idée n’est certes pas nouvelle, mais finement tricotée. L’Ensemble de percussions TaCTuS, le Concert Impromptu, le Piano Ambulant et l’ensemble Tarka sont les premiers à s’y engager. L’ensemble TaCTuS et le comédien Jacques Bonnaffé ouvrent le Festival avec Dédales, sorte de petite balade littéraire et musicale au coeur de la ville avec les Variations Goldberg sous le bras. Cette déambulation urbaine magnifie l’errance, surexpose Jean-Sébastien Bach, musicien architecte des sons et s’empare des textes de Baudelaire et Calvino. Pour bousculer encore les codes et les genres, le lendemain un Allemagne - Brésil est rejoué en un match/concert scénographié sur rectangle vert. La musique est ballon et au milieu du gazon, on se demande qui de Jean-Sébastien Bach ou de la samba va gagner... PASCALE CLAVEL

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Riddim Collision 2015 : la tournée des Barbars

MUSIQUES | Vous aimez le Circuit ? Alors vous aimerez la Soirée Barbars. Bien que circonscrit aux pentes de la Croix-Rousse, le coup d'envoi du Riddim (...)

Benjamin Mialot | Mardi 3 novembre 2015

Riddim Collision 2015 : la tournée des Barbars

Vous aimez le Circuit ? Alors vous aimerez la Soirée Barbars. Bien que circonscrit aux pentes de la Croix-Rousse, le coup d'envoi du Riddim Collision est en effet articulé autour de la même intention que le ramdam hors-la-Confluence de Nuits Sonores : donner carte blanche à une partie des structures qui, semaine après semaine, se décarcassent pour améliorer vos conditions de vie nocturne – non sans nous accabler de dilemmes éditoriaux, merci les gars – et fédérer tout ce petit monde autour d'une offre tarifaire du genre qui ne se refuse pas – en l'occurrence un pass all access à 6€. C'est par exemple le cas d'Orbit, jeune collectif de beatmakers qui entend importer à La Clé de Voûte l'étonnant mélange d'obstination et de langueur propre à Flying Lotus, Daedelus, Nosaj Thing, TOKiMONSTA et au reste de la scène de Los Angeles, la capitale mondiale du toying rythmique et textural – où le prometteur Kuna Maze, auteur d'un premier EP d'electronica claudicante plein de caractère, se sentirait comme chez lui. C'est aussi celui de Merci Bonsoir, très actif fournisseur d'électricité qui reçoit au Trokson le trio Go!Zilla

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Avec "Riquet", Laurent Brethome a tout d'un grand

SCENES | Tendre et cruel, fourmillant d’inventions, le "Riquet" version Laurent Brethome est un conte pour petits et grands bouleversant de sincérité et de foi en la force naïve et sublime de l’art théâtral. Après avoir ouvert le In d’Avignon, le voici au Toboggan. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 27 octobre 2015

Avec

Il était une fois… rien du tout, en fait. Déjà chez Charles Perrault, rien ne se passait comme prévu. La fable enfantine avait du plomb dans l’aile, même si elle était empreinte d’un amour courtois et phallocrate, fatalement phallocrate. Le prince moche avait le choix d’épouser une princesse laide et intelligente ou sa sœur, belle et bête. Laurent Brethome, alors gosse vendéen suractif, en lutte contre tout et d’abord lui-même et ses tics nerveux (des "mouvements" comme disent alors joliment les médecins), y avait trouvé un miroir de son monde, pas bien sous tous rapports et dans lequel l’enfance, puisqu'elle déraille, n'a rien de sanctuarisé. Devenu trentenaire et adoubé par la critique, les programmateurs et les spectateurs (un prix Impatience du public pour Les Souffrances de Job, une longue tournée des Fourberies de Scapin qui passera d’ailleurs par Saint-Priest en décembre), Brethome n’a pas oublié sa rencontre avec cette histoire-là et a confié à son complice Antoine Herniotte le soin d’une réécriture qui s’avère piquante, drôle, directe, crue et empreinte d’une constante tendresse. Car quoi ? Quelle est donc l’histoire dans l

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La scène locale investit les médiathèques

MUSIQUES | Bon, du rififi peut-être pas, mais de la musique oui, grâce à cette initiative qui voit les médiathèques du Lyonnais accueillir en leur sein, durant tout (...)

Stéphane Duchêne | Mercredi 30 septembre 2015

La scène locale investit les médiathèques

Bon, du rififi peut-être pas, mais de la musique oui, grâce à cette initiative qui voit les médiathèques du Lyonnais accueillir en leur sein, durant tout le mois d'octobre (du 3 au 31), «la crème de la scène locale». Soit une vingatine de concerts tous genres confondus. Cela va en effet des magnifiques Odessey & Oracle, le vent en pleine poupe en ce moment, au ukulélé (bien pratique en médiathèque) de Nazca ; du jazz étrange (car pratiqué à la vielle) des Fuzzing Cats au post-punk de Blackthread ; en passant par les chelous La Fabrique des Boucles et Kcidy (fabrique de boucles et trip hop énigmatique, respectivement). On croisera aussi quelques valeurs devenues sûres dans leur domaine, qu'il s'agisse d'Yvan Marc, de Tachka ou de Faïk (l'ancien chanteur de Fake Oddity, passé en mode solo et folk). Enfin, quelques paris seront à prendre sur de jeunes pousses en pleine poussée justement comme Pomme, Satellite Jockey ou The Black Lilys. Bonne occasio

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Les reprises de 2015/2016

SCENES | Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans (...)

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Les reprises de 2015/2016

Si vous les avez raté, un rattrapage s’impose. D'abord Bigre! (Croix-Rousse, 29 septembre au 3 octobre), hilarante comédie sans paroles sur l’ultra moderne solitude. Au même endroit Jean Lacornerie reprend ce qui est (avec Roméo et Juliette) sa comédie musicale la plus aboutie, Mesdames de la Halle (11 au 28 décembre). De son côté, au milieu d’une saison presque entièrement dédiée au langage, le TNP fait place aux délicats balbutiements de En courant, dormez par Olivier Maurin (6 au 15 avril), alors que la Renaissance reprend la foutraque Visite de la vieille dame (23 au 2

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Laurent Brethome donne le ton de la saison jeune public

SCENES | Des spectacles à venir, "Riquet" (délesté de sa houppe) est sans conteste le plus émouvant et le plus abouti. Retour sur ce travail de Laurent Brethome qui passera par le Toboggan et tour d’horizon des propositions jeune public de la saison. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 9 septembre 2015

Laurent Brethome donne le ton de la saison jeune public

C’est quoi être différent ? Comment faire avec ce qui manque ? La beauté pour cette fille laide mais intelligente, la jugeote pour sa ravissante sœur, que leur père fatigué de porter la couronne veut marier à un prince repoussant ? De toutes ces aspérités handicapantes, il émane une humanité qu’Antoine Herniotte a su magnifiquement retranscrire dans son adaptation de Riquet et que Laurent Brethome a transposé sur le plateau en éléments très concrets. Les robes de princesse sont en papier froissé, le château se dessine en direct, les baguettes magiques sont des brosses à WC... À cette apparente économie de moyens correspond une débauche de créativité et, surtout, un goût pour une forme artisanale de théâtre qui ramène à des émotions très enfantines. Invité à ouvrir rien moins que le In d’Avignon cet été, Brethome a une nouvelle fois livré un spectacle très organique (la peinture dans Les Souffrances de Job, l'eau dans

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Tale of Tales

ECRANS | De Matteo Garrone (It-Fr-Ang, 2h13) avec Salma Hayek, Vincent Cassel, Toby Jones…

Christophe Chabert | Mercredi 1 juillet 2015

Tale of Tales

Que Matteo Garrone n’ait pas souhaité s’enfermer dans le réalisme suite au succès de Gomorra est une bonne chose ; d’ailleurs, lorsqu’il osait la stylisation dans Reality, il parvenait à déborder l’hommage à l’âge d’or de la comédie italienne pour en retrouver l’esprit esthétique. Avec Tale of Tales, les choses se compliquent : abordant un genre en vogue — les contes et l’heroic fantasy — via l’adaptation d’un classique de la littérature italienne, il tente le grand pont vers l’imaginaire pur, entrecroisant plusieurs récits où l’on retrouve des monstres, des sorcières, un roi, des reines et des princesses. Or, le style Garrone s’avère assez vite à la remorque de son ambition : jamais la mise en scène ne parvient à donner le souffle nécessaire pour nous faire pénétrer cet univers baroque et fantastique. D’où une suite d’hésitations fatales : entre le sérieux et la dérision, l’auteurisme et le divertissement, le film à sketchs et le film choral… Mal construit — l’épisode des faux jumeaux est de loin le plus faible, et le scénario le traîne comme

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L'humour extra large de Greg Romano

SCENES | Traditionnellement, le stand-up consiste à habiller d'oripeaux pas piqués des vers des situations tout ce qu'il y a de plus triviales : session (...)

Benjamin Mialot | Mardi 21 avril 2015

L'humour extra large de Greg Romano

Traditionnellement, le stand-up consiste à habiller d'oripeaux pas piqués des vers des situations tout ce qu'il y a de plus triviales : session shopping, rencard, trajet en métro, réunion de travail et tutti quanti. Greg Romano est un cas particulier : sa vie est si extraordinairement merdique (crise de tétanie au moment de son dépucelage, refus malgré lui d'un rôle clef dans Bref, carrière de DJ cantonnée aux clubs libertins...) qu'il n'a qu'à se pencher dessus pour trouver l'inspiration. Au risque de s'effondrer tel un frêne fraîchement tronçonné... Car Romano est un beau bébé zézayant d'1m93 pour 115 kilos, qui plus est atteint du syndrome de Marfan, une maladie génétique provoquant une élasticité excessive et potentiellement mortelle des tissus conjonctifs – «pour les fans de Street Fighter, c'est comme si j'avais les pouvoirs de Dhalsim, le corps de Honda et la tête de Zangief» résume-t-il avec cet à-propos geek caractéristique du webcollectif Golden Moustache, auquel il appartient. Des ennuis dont cet homme de radio niçois narre depuis quatre ans les implications intimes et sociales avec une résignation d'un

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Aux Célestins, de bouleversants "Serments"

SCENES | En s’inspirant du cultissime et grandiose "La Maman et la putain", la toute jeune Julie Duclos signe avec "Nos serments" une pièce triste et drôle, troublante, parfois lente, vindicative aussi, pour raconter l’essentiel : comment on s’aime, comment on se quitte. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Jeudi 2 avril 2015

Aux Célestins, de bouleversants

Dans un appartement parisien un peu impersonnel et habilement encadré d’un arsenal de projecteurs de cinéma, Mathilde ne veut pas que son homme sorte se promener une nouvelle fois à la nuit tombée. Le dialogue, entamé par un banal «ça va ?», vire au drame : il fuit alors qu’elle voudrait juste qu’ils soient «ensemble». Entre phrases nunuches (personne n’est un Nobel à chaque instant) et vérités déchirantes, colères et espoirs fou, la vie surgit. «Je veux être heureuse, je suis heureuse normalement» tente-t-elle de se convaincre. Mais François fout le camp et son ex disparaît des radars : le prologue est shunté par un écran où l’on suit l’homme instable au dehors. Julie Duclos trouve ainsi la parade pour faire respirer son huis-clos, ouvrant sur l’extérieur comme le faisait La Maman et la putain de Jean Eustache dont elle s’est très librement inspirée – «je suis partie du film comme on part : pour le quitter» dit-elle magnifiquement. Quand François revient, il est chez Esther, sa nouvelle compagne, qui tolère ses écarts avec son amante Oliwia. Alors quoi ? Il se nouerait ici un simple vaudeville chez les bobos ?

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Jazz à Vienne 2015 : la programmation

ACTUS | La programmation de Jazz à Vienne ? Du classique jamais trop classique, des habitués qui prennent le temps de se changer, des têtes d'affiches de tous ordres. Bref, Vienne tel qu'en lui même : ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 24 mars 2015

Jazz à Vienne 2015 : la programmation

Après un premier vrai-faux départ sous forme d'Extra Night avec Pharrell Williams, c'est en mode pas moins happy que va débuter cette année Jazz à Vienne le 26 juin avec un week-end aux accents carnavalesques de la Nouvelle Orléans : de la légendaire figure locale Allen Toussaint au Dirty Dozen Brass Band et à la fascinante et prometteuse Leyla McCalla. En passant, on serait tenté de dire "bien sûr", par Dee Dee Bridgewater qui, après avoir gratifié Vienne de tout le spectre esthétique de la black music, revient en compagnie du New Orleans Jazz Orchestra. Et puisqu'on en est à parler des habitués du festival – ceux dont on a l'impression qu'ils sont là même quand ils ne le sont pas, comme Jean-Jacques Milteau, Éric Bibb, Didier Lockwood ou Éric Truffaz – on ne peut faire l'économie d'un Marcus Miller qui, en compagnie de l'ONL, dirigé pour l'occasion par Damon Gupton, retourne aux sources musicales et géographiques du jazz – un projet au départ discographique baptisé Afrodeezia et première in

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Doc en packs au Toboggan

ECRANS | Pour sa cinquième édition, Les Écrans du doc se fraie un chemin entre les festivals de cinéma lyonnais du moment — Les Reflets au Zola, qui continuent cette (...)

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Doc en packs au Toboggan

Pour sa cinquième édition, Les Écrans du doc se fraie un chemin entre les festivals de cinéma lyonnais du moment — Les Reflets au Zola, qui continuent cette semaine, le Festival du cinéma européen, qui débute ce vendredi à Meyzieu — et tire largement son épingle du jeu. L’idée étant de monter des doubles programmes thématisés pour mettre en perspective la production documentaire actuelle, plutôt foisonnante. Ainsi, Mehran Tamadon sera mis à l’honneur ce mercredi avec ses deux films, Bassidji et Iranien, où lui, l’athée, se confronte coup sur coup aux défenseurs extrêmes de la République islamiste et à quatre mollahs, dans un dialogue de sourds qui serait drôle s’il n’était aussi tragique dans ses conséquences — Tamadon ne peut désormais plus retourner en Iran. Il sera présent pour débattre avec les spectateurs au cours de la soirée. Complémentaires aussi, les deux documentaires projetés le jeudi 19 qui montrent le calvaire des demandeurs d’emploi : côté pile, l’enfer bureaucratique de Pôle e

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L'Œil du Petit Bulletin #3

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous recommande ses coups de cœur cinéma ! Au sommaire de ce troisième numéro (...)

Christophe Chabert | Lundi 2 février 2015

L'Œil du Petit Bulletin #3

Chaque mois, Le Petit Bulletin vous recommande ses coups de cœur cinéma ! Au sommaire de ce troisième numéro : Spartacus et Cassandra de Ioanis Nuguet Réalité de Quentin Dupieux Vincent n'a pas d'écailles de Thomas Salvador Birdman d'Alejandro Gonzalez Iñarritu Hungry hearts de Saverio Costanzo

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Spartacus et Cassandra

ECRANS | Deux enfants roms tiraillés entre leur famille naturelle et la possibilité d’une vie en France sous l’aile protectrice d’une jeune acrobate de cirque : un documentaire exceptionnel de Ioanis Nuguet, aussi fort dans son propos qu’ambitieux dans sa forme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 février 2015

Spartacus et Cassandra

Jusqu’au 7 janvier, les Roms étaient le sujet polémique numéro un, cristallisant l’opinion, entraînant déclarations politiques enflammées, expéditives et démagogiques. Aujourd’hui, la doxa médiatique et populaire s’est trouvé une nouvelle cible et les Roms sont retournés dans l’anonymat de la misère. Heureusement, le cinéma est là pour œuvrer à contre-courant et maintenir vives des questions contemporaines, sans oublier évidemment de tordre le cou aux idées reçues. Rien de tel pour cela que de sortir des généralités et de braquer sa caméra sur des individus qui, au départ, ne représentent qu’eux-mêmes. Spartacus et Cassandra sont donc deux enfants roms arrivés de Roumanie avec leurs parents, traînant de camps en camps avant d’atterrir dans un squat chapiteau où ils sont pris en charge par Camille, acrobate qui, même du haut de son trapèze, garde les pieds sur terre. Comprenant que les deux enfants ont un potentiel et une envie de trouver leur place dans la France d’aujourd’hui, elle rentre donc dans un combat avec le père, alcoolique et totalement irresponsable — il reproche à la France de ne l’avoir jamais aidé et pense que l’Espagne va lui offrir une maison — pour leur

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Cap au nord pour les Rencontres

ECRANS | Pour sa 24e édition, Drôle d’endroit pour des rencontres met à nouveau en lumière le cinéma français avec un programme de grande qualité et un événement : la diffusion dans son intégralité et sur grand écran de la série "P’tit quinquin" signée Bruno Dumont. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 27 janvier 2015

Cap au nord pour les Rencontres

Soyons honnêtes : cela faisait un bail que Drôle d’endroit pour des rencontres n’avait pas proposé d’édition aussi excitante. L’exploit est d’autant plus notable que l’année 2014 n’a pas été un grand cru pour le cinéma français, artistiquement parlant en tout cas. Est-ce à dire que l’embellie se profile ? Possible… On reparlera dès la semaine prochaine du film d’ouverture, le splendide Spartacus et Cassandra, merveille de documentaire entre Terrence Malick et Ken Loach sur deux enfants roms tiraillés entre les impasses de leur famille naturelle — un père alcoolique et irresponsable, une mère qui sombre dans la folie — et la perspective d’un futur sous l’aile bienveillante d’une jeune acrobate, Camille Brisson — qui viendra présenter le film aux spectateurs. Réussite aussi : le premier film de et avec Thomas Salvador, Vincent n’a pas d’écailles, ou comment inventer un super-héros français sans chercher la surenchère avec les écuries Marvel et DC Comics, mais en restant au plus près d’un quotidien crédible et néanmoins réenchanté. À suivre : le deuxième film d’Alix Delaporte après

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Tacocat, bonbon pour le moral

MUSIQUES | Aux tracas de l'existence relatifs au fait d'être une fille (Crimson Wave) ; aux relous s'adonnant sans relâche au "cat calling" (Hey Girl) ; aux bus qui (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 4 novembre 2014

Tacocat, bonbon pour le moral

Aux tracas de l'existence relatifs au fait d'être une fille (Crimson Wave) ; aux relous s'adonnant sans relâche au "cat calling" (Hey Girl) ; aux bus qui n'arrivent jamais – cette plaie – (F.U.#8) ou à la neige qui tombe (Snow Day); les filles (et le garçon, ce veinard) de Tacocat répondent par le sarcasme et transforment la lassitude en "la la la" avec un sens aigu de la feel-good mélodie. NVM, le titre de leur deuxième album, est une référence directe au Nevermind d'un autre groupe from Seattle, comme eux/elles – mais lequel ? C'est d'ailleurs à cette époque que Tacocat est malheureusement resté coincé, ou a été renvoyé, à la manière des adolescents du film Detention de Joseph Kahn – où l'on retrouve le même goût revendiqué pour une esthétique candy pop. Ô époque bénie où le génie de Weezer n'était pas soumis à débat, où les Papas Fritas et Fountains of Wayne nous donnaient l'impression, même pour une seconde, qu'

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Laurent Brethome mène Scapin à bon port

SCENES | On l’avait laissé ce printemps avec un épatant travail avec les élèves du Conservatoire de Lyon ("Massacre à Paris"), revoici Laurent Brethome qui rend aux "Fourberies de Scapin" leur noirceur, nous entraînant dans les bas-fonds portuaires armé d’une solide équipe de comédiens. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 7 octobre 2014

Laurent Brethome mène Scapin à bon port

Mille fois joué, vu, lu, Molière est inaltérable. Sa langue et son sens de l’intrigue subjuguent encore, en particulier dans cette comédie entre fils de bonne famille. Laurent Brethome, qui n’en est pas à sa première adaptation d'un classique (Bérénice, On purge bébé), a su en saisir la noirceur sans pour autant condamner – bien au contraire – la farce. Nous voici donc au cœur des docks (à l'origine, l'action se déroule à Naples), entre des cubes métalliques, un brouillard comme émanant d’une mer proche qu’on imagine sans peine. Un décor aux abords duquel Calais et ses camps de migrants ne dépareilleraient pas. Octave voudrait épouser Hyacinthe, mais est promis par son père à une autre. Léandre, lui aussi est empêché par son paternel de se marier à la soi-disant gitane Zerbinette. Au milieu Scapin œuvre pour la paix des ménages en maniant la batte de baseball. Surgit de leurs dialogues non pas une pantalonnade, mais bien le côté obscur de ces pères tout puissants, fussent-ils habillés comme les bandits modernes de la finance (Argante) ou, plus négligemment, comme des dandys ratés (Géronte), leur avarice et leurs petits arrangements avec la justice, corr

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Des barreaux de rire

SCENES | «En prison, pour pouvoir apprécier le bon côté de la vie, il faut parfois savoir fermer les yeux». La maxime est d'Antoine Schoumsky et elle résonne idéalement (...)

Benjamin Mialot | Mardi 22 avril 2014

Des barreaux de rire

«En prison, pour pouvoir apprécier le bon côté de la vie, il faut parfois savoir fermer les yeux». La maxime est d'Antoine Schoumsky et elle résonne idéalement avec l'ambition avouée de cet habitué des formats courts – il a notamment fait quelques panouilles pour Groland et est membre du collectif web Golden Moustache : ouvrir les nôtres en grand sur ce pur espace de fiction et catalyseur de maux (racisme, solitude, domination) qu'est le milieu carcéral, le long d'Au parloir, un seul en scène aussi cru que vraisemblable. En cela, c'est-à-dire dans cette capacité, par le biais d'une situation de départ astucieuse – il interprète un pauvre type qu'un irrépressible désir de célébrité a conduit à enfreindre la loi et qui espère obtenir un allègement de peine en suivant un stage de réinsertion par l'humour – et d'une écriture plus soutenue que la moyenne, à provoquer la réflexion autant que l'hilarité, il peut être rapproché de Cédric Chartier – qu'il a d'ailleurs précédé sur la scène de l'Espace Gerson en mars. A u

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Classe sup’

SCENES | Pétaradante, précise et inventive, la nouvelle promotion du Conservatoire présente le très casse-gueule et ambitieux "Massacre à Paris", mis en scène par un Laurent Brethome plus convaincant que jamais. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 12 mars 2014

Classe sup’

Au commencement était le COP-spé, acronyme barbare désignant le Cycle d’Orientation Professionnelle spécialisée du Conservatoire de Lyon, une classe unique en son genre. Le comédien Philippe Sire l’a imaginée il y a de cela huit ans pour des élèves qui envisagent un avenir professionnel dans le spectacle vivant. Les précédentes promotions ont accouché de La Meute, du collectif Bis – deux des toutes meilleures compagnies actuelles en Rhône-Alpes – et d’un groupe adoubé et embauché par Gwenael Morin dans son Théâtre du Point du jour. C’est dire la pression qui repose sur les épaules des douze étudiants actuels à l’heure de faire leurs premières preuves. Pari réussi haut la main cette semaine au Théâtre de l’Elysée. Non contents d’être attendus au tournant, ils devaient en plus recevoir en héritage un texte marqué à tout jamais du sceau de Patrice Chéreau qui, tout jeune, l'a mis en scène pour l'ouverture du TNP à Villeurbanne au printemps 1972 - les images de la scénographie expressionniste et démesurée de Richard Peduzzi ornent encore les murs du théâtre. Potentiellement encombrante, l’ombre du maître n’a pas effrayé la juvénile équipe, les élèves endossant avec fluidité,

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La relève

SCENES | C’est une date qui compte dans l’histoire du théâtre : en mai 1972, en montant Massacre à Paris, texte de Christopher Marlowe ancré dans la nuit de la (...)

Nadja Pobel | Mardi 11 mars 2014

La relève

C’est une date qui compte dans l’histoire du théâtre : en mai 1972, en montant Massacre à Paris, texte de Christopher Marlowe ancré dans la nuit de la Saint-Barthélémy, Patrice Chéreau ouvrait le bal de l’aventure du TNP, tout juste transféré de Chaillot dans les murs du Théâtre de la Cité à Villeurbanne, que Planchon dirigeait alors. Une pièce que la plupart d'entre nous sont trop jeunes pour avoir vue mais dont la scénographie, signée Richard Peduzzi et immortalisée en photo, imprime fortement les rétines. Cette semaine et jusqu’au samedi 15 mars, au Théâtre de l’Elysée, Laurent Brethome tisse, en reprenant ce texte, un lien filial fort entre le metteur en scène récemment disparu et la jeune promotion du cycle d’orientation professionnelle spécialisée du Conservatoire de Lyon. Des élèves passionnés, issus de formations et zones géographiques éclatées, qui personnalisent la vitalité à nulle autre pareille de cet établissement en prise directe avec le plateau : deux d’entre eux ont monté un lieu d’expérimentation dans le 8e, Le Plongeoir, tandis que La Meute et le Collectif Bis, soit ce qui se fait de plus vif en ce moment dans le jeune théâtre lyonna

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Nymphomaniac volume 2

ECRANS | Fin du diptyque de Lars von Trier, qui propulse très haut sa logique de feuilleton philosophique en complexifiant dispositif, enjeux, références et discours, avec d’incroyables audaces jusqu’à un ultime et sublime vertige. On ose : chef-d’œuvre ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 23 janvier 2014

Nymphomaniac volume 2

5+3. Cette addition, qui lançait la vie sexuelle de Joe dans le premier volume de Nymphomaniac, est aussi la répartition choisie par Lars von Trier entre les chapitres de chaque partie. 5 pour le coït vaginal et le volume 1 ; 3 pour la sodomie et le volume 2 qui, de facto, fait un peu plus mal que le précédent… Après nous avoir laissé sur un climax diabolique, où la nymphomane hurlait : «Je ne sens plus rien !», von Trier reprend les choses là où elles en étaient : dans la chambre de Seligman, qui ne va pas tarder à expliquer les raisons de sa chaste attitude face au(x) récit(s) de débauche de Joe-Gainsbourg ; et dans celle de Joe-Martin et de Jerome, premier amant, grand amour idéalisé, compagnon et père de son enfant. Mais avant d’embrayer sur un nouveau chapitre et un nouvel épisode entre fantasme (romanesque) et fantasme (sexuel), le voilà qui digresse déjà en flashback sur Joe-enfant et son premier orgasme, où lui apparaissent deux icônes qu’elle prend pour des visions de la vierge Marie, mais que

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Nymphomaniac, volume 1

ECRANS | Censuré ? Remonté ? Qu’importe les nombreuses anecdotes et vicissitudes qui entourent le dernier film de Lars von Trier. Avec cette confession en huit chapitres d’une nymphomane — dont voici les cinq premiers —, le cinéaste est toujours aussi provocateur, mais dans une tonalité légère, drôle et ludique qui lui va plutôt bien. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

Nymphomaniac, volume 1

On avait laissé Lars von Trier sur la fulgurante dernière image de Melancholia, parvenu au bout de sa dépression et affirmant que le meilleur moyen d’apaiser ses tourments, c’était encore de voir le monde voler en éclats. Au début de Nymphomaniac, après avoir plongé longuement le spectateur dans le noir et une suite de bruits anxiogènes, il révèle le corps de Joe — Charlotte Gainsbourg, réduite dans ce premier volet au statut de narratrice des exploits de son alter ego adolescente, la troublante Stacy Martin — dans une ruelle sombre, ensanglantée et amochée. Passe par là un brave bougre nommé Selligman — Stellan Skarsgard — qui la recueille chez lui et lui demande ce qui s’est passé. «Ça va être une longue histoire» dit-elle, après avoir affirmé qu’elle était une «nymphomane»… En fait, l’histoire tient en deux films décomposés en huit chapitres comme autant de récits obéissant à des règles esthétiques propres, utilisant une panoplie d’artifices — ralentis, split screen, retours en arrière — et changeant sans cesse de formats — pellicule e

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La Vie domestique

ECRANS | D’Isabelle Czajka (Fr, 1h33) avec Emmanuelle Devos, Julie Ferrier, Natacha Régnier…

Christophe Chabert | Mardi 24 septembre 2013

La Vie domestique

Version lénifiante et léthargique d’un épisode de Desperate housewives, La Vie domestique est une sorte de cauchemar qui prendrait l’allure d’une sieste tranquille dans le jardin. Claquemuré dans une banlieue bourgeoise parisienne, le film suit quatre femmes au bord de la crise de nerfs, réduites à un pesant statut d’épouses ou de mères. La plus lucide — Emmanuelle Devos — tente de s’affranchir de ce patriarcat en retrouvant un job et en dispensant des ateliers de littérature à des élèves en difficulté, mais elle finira elle aussi par rentrer résignée dans ses pénates. Les autres se traînent entre shopping, McDo, dégustation de Nespresso et considérations sur la vie, soit le Grand Chelem du placement produit et de la scène à ne pas faire — on y ajouterait bien ce moment, ahurissant, où le mari de Devos vante les mérites d’Agnès Obel, avec bio Itunes en guise d’argumentaire. Où Isabelle Czajka veut-elle en venir avec ce regard sourdement ricanant sur des personnages confits dans l’aigreur ? Aucune critique sociale ne pointe à l’horizon sinon un vague drame en lointain arrière-plan, noyé dans les d

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Un monde sans fin

MUSIQUES | Adieu world, jazz, cochon, reggae. On ne savait pas où vous mettre, ça nous a collé un sacré blues. Voilà néanmoins, pour cette saison, si ce n’est le meilleur des mondes, le meilleur de sa musique. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Jeudi 19 septembre 2013

Un monde sans fin

Oui, on l’avoue la rubrique world/jazz/blues/soul tourne vite au fourre-tout, au carrefour des incasables découlant en droite ligne de cette manie de journaliste/chef de rayon consistant à coller une étiquette sur tout ce qui bouge. N’allez pas croire qu’on relègue ici en bout de table, comme on le fait parfois dans les banquets, les amis de la famille à problèmes, les vieux oncles portés sur la bouteille, ou la mémé dont on a honte. C’est juste un problème de frontières – musicales hein, du calme – sans cesse repoussées, brouillées, de genres qui supportent de moins en moins les théories qui s’y rapportent, rien de plus.   Surtout quand il s’agit d’inclassables comme le guitariste jazz-rock-psyché John McLaughlin pour "Remember Shakti", du nom de ce projet initié dans les 70’s avec le virtuose du tabla Zakir Hussain. C’est à l’Auditorium le 9 novembre, à l’initiative plus que louable de Jazz à Vienne collection automne-hiver et carrément obligatoire. Tout comme la sortie dans un Transbo viré club de jazz à l’occasion de la venue le 10 octobre

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En plein Air

MUSIQUES | «Décrassons-nous les oreilles», prône le Festival Changez d’Air, coton-tige géant à l’appui. Mais plutôt que de s’enfoncer ledit objet jusqu’aux tréfonds de (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 16 mai 2013

En plein Air

«Décrassons-nous les oreilles», prône le Festival Changez d’Air, coton-tige géant à l’appui. Mais plutôt que de s’enfoncer ledit objet jusqu’aux tréfonds de l’oreille interne – ce qui est fortement déconseillé par l’ORL moyen, on préfèrera se caresser la touffe ciliaire – ben oui, c’est comme ça que ça s’appelle, on n’y peut rien – à l’écoute des divers invités de son édition 2013 : la douce Tachka, le très (trop ?) aérien Yan Destal, le trio folk féminin Théodore, Paul & Gabriel (oui, elles ont des prénoms de garçons, et alors ? Joni Mitchell aussi) et bien sûr notre chouchou Denis Rivet. Mais ne nous cachons pas derrière notre coton-tige, l’attraction de l’événement sera bel et bien Bertrand Belin et la découverte en avant-première du successeur de son terrible Hypernuit. La chose s’appelle Parcs et le confirme en chevalier noir de la chanson française. Comme si les fantômes de Bashung et Johnny Cash visitaient les contrées country de Bill Callahan (Smog) ou les forêts welches de Rodolphe Burger. Pétri de références qui sont autant d’infinies étendues littéraires (Cormac McCarthy,

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Great Britains

ECRANS | Le Ciné O’Clock, consacré au cinéma britannique, a longtemps été le petit festival du Zola, coincé entre les deux manifestations historiques que sont le (...)

Christophe Chabert | Lundi 28 janvier 2013

Great Britains

Le Ciné O’Clock, consacré au cinéma britannique, a longtemps été le petit festival du Zola, coincé entre les deux manifestations historiques que sont le Festival du film court et les Reflets du cinéma ibérique et latino-américain (dont la programmation, assez monstrueuse, commence à tomber). Ce n’est définitivement plus le cas : non seulement le festival dure trois jours de plus, mais la qualité et la diversité des films proposés en 2013 le place dorénavant comme un incontournable de la saison. L’ouverture proposera l’avant-première de Shadow dancer, fort bon film de James Marsh sur le terrorisme irlandais, suivant les pas d’une jeune femme (étonnante Andrea Riseborough) prise entre deux feux : ses frères, enrôlés dans l’IRA, et un agent britannique (Clive Owens), qui veut l’utiliser comme taupe. Au rayon rétrospective, Ciné O’Clock ne pouvait passer à côté de l’événement 2012 en matière de cinéma anglais : l’apparition d’un cinéaste sur lequel il va falloir compter, Ben Wheatley. En deux films aussi différents que stimulants (le thriller ésotérique Kill list, la comé

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Le Capital

ECRANS | De Costa-Gavras (Fr, 1h53) avec Gad Elmaleh, Gabriel Byrne, Natacha Régnier…

Christophe Chabert | Mercredi 7 novembre 2012

Le Capital

Incorrigible Costa-Gavras ! Il semble être le dernier à croire aux vertus du cinéma à thèse, ce rouleau compresseur de la dénonce courroucée dont l’objet varie au gré des circonstances politico-sociales. Ici, c’est le libéralisme qui en prend plein les dents, du moins en apparence. En montrant l’accession d’un énarque anonyme à la tête d’une grande banque européenne pour préparer sa reprise en main par des actionnaires avides, puis sa détermination à conserver le poste et les avantages qui vont avec, Gavras décrit un prototype de crapule que l’on devrait se plaire à détester. Conçu comme un thriller (la musique, envahissante, nous le fait bien comprendre), Le Capital s’égare toutefois dans une triple intrigue sentimentale aussi démonstrative et lourde que son propos politique. Mais là n’est pas le plus grave : par scrupule ou par paresse, Gavras invente une conscience à son anti-héros, qui se manifeste à l’écran par des flashs de violence fantasmée avant retour à la réalité. Le procédé est cinématographiquement éculé et dédouane le personnage de sa bassesse, pourtant affichée dès le départ (l’argent, l’argent, l’argent). On a oublié de parler de Gad Elma

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Sur les murs abandonnés

ARTS | Maquillage & Crustacés sème depuis dix ans des affiches à Lyon. Il n’est certes pas le seul, mais voilà qu’il a créé un corpus suffisamment dense et homogène (...)

Nadja Pobel | Vendredi 4 mai 2012

Sur les murs abandonnés

Maquillage & Crustacés sème depuis dix ans des affiches à Lyon. Il n’est certes pas le seul, mais voilà qu’il a créé un corpus suffisamment dense et homogène pour être mis en boîte (un magnifique livre au format A3 regroupant 62 affiches est disponible pour 25€) et exposé sur les murs de la galerie Le Cri de l’encre (Lyon 1er) jusqu’au samedi 26 mai. Aucune prétention artistique pour son auteur qui se cache derrière un nom sixties. Thomas dit même que ses affiches sont avant toute chose un support d’informations. Il faut donner une date, une heure pour ces concerts - que parfois même il organisait - au Sonic, à Grrrd Zero, à Buffet froid ou encore à l’Epicerie Moderne. D’où une ligne simple et des affiches avec «des typos impactantes, des lignes pas trop fines et des aplats noirs pour des visuels contrastés»,  afin qu’elles puissent passer à la photocopieuse en noir et blanc. Pour l’exposition, il a pu passer une couche de couleurs sur certaines, à l’occasion d’un tirage offset. Résultat : une unité frappante entre ces affiches faites de dessins (gravures végétales, animales, organiques,

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SF ? Yo !

ECRANS | Après ses marches zombies, sa geek week et sa participation aux Épouvantables vendredis de l’Institut Lumière, AOA production dégaine un «festival (...)

Christophe Chabert | Vendredi 20 avril 2012

SF ? Yo !

Après ses marches zombies, sa geek week et sa participation aux Épouvantables vendredis de l’Institut Lumière, AOA production dégaine un «festival intergalactique de l’an 2000», intitulé ronflant et ironique pour désigner une semaine consacrée à la science-fiction. L’affaire sera surtout cinématographique, et de bonne tenue, puisqu’elle démarrera (au Cinéma opéra le mercredi 25) avec deux classiques récents du genre : l’intelligent Bienvenue à Gattaca d’Andrew Nicol et le retors, jouissif et archi-politique Starship troopers de l’immense Paul Verhoeven, qui envoyait Barbie et Ken se faire déchiqueter dans l’espace par des aliens arachnides.  Bande Annonce Starship Troopers Teaser Trailer... par FilmGeek-TV Le lendemain sera à front renversé, puisque le festival balancera deux adaptations aussi nulles l’une que l’autre de Flash Gordon 

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Detachment

ECRANS | De Tony Kaye (ÉU, 1h30) avec Adrien Brody, Marcia Gay Harden…

Dorotée Aznar | Mercredi 25 janvier 2012

Detachment

Sorte de réponse américaine à Entre les murs, le nouveau Tony Kaye démontre que le cinéaste d’American History X fait figure d’Oliver Stone du pauvre, inventant des centrifugeuses à images sans éthique ni point de vue pour rendre compte de sujets «actuels». Ici, le système scolaire américain, dont on peine à croire qu’il est aussi délabré, et qui sent surtout les clichés à plein nez — à peine rentré dans sa salle de classe, le prof a droit à des menaces de la part d’un black agressif ! Entre deux saynètes surjouées (les acteurs cabotinent comme c’est pas permis) et des fautes de goût invraisemblables (la fin, grotesque), le pauvre Adrien Brody traîne sa plus belle mine de chien battu en citant Albert Camus. Malgré cela, toutes les femmes du film finissent par l’adorer et par avoir envie de coucher avec lui. Une certaine idée du service public à l’Américaine, peut-être…Christophe Chabert

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La tragédie du dedans

SCENES | Théâtre / «Toute l’invention consiste à faire quelque chose de rien» écrivait Racine à propos de Bérénice, où le sang ne coule pas et où l’action est réduite à la (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 18 novembre 2011

La tragédie du dedans

Théâtre / «Toute l’invention consiste à faire quelque chose de rien» écrivait Racine à propos de Bérénice, où le sang ne coule pas et où l’action est réduite à la portion congrue. La déchirure est ici intérieure, au sein du corps et de l’esprit, entre l’amour et le désir d’un côté, la raison et la loi sociale de l’autre. Bérénice aime Titus, et lui de retour, mais s’il veut régner sur Rome il lui est interdit d’épouser une reine étrangère. Un troisième monarque, Antiochus, est lui partagé entre son amitié pour Titus et son amour rival et caché pour Bérénice. Ce théâtre des passions et des pulsions réfrénées est plutôt bien rendu par la mise en scène de Laurent Brethome. Il y règne notamment une tension sourde et une ambiance continuellement hantée : il utilise pour cela une musique diffusée à bas volume tout au long de la pièce et de grands voiles noirs translucides à travers lesquels apparaissent des «images» fantomatiques, ou bien entre lesquels rôdent certains personnages. Le travail du délicat chorégraphe Yan Raballand a certainement beaucoup participé à c

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Le Songe d’une nuit d’été

SCENES | Ses spectaculaires relectures rock et multimédia de Shakespeare (Hamlet et Richard III) ont fait de David Gauchard un metteur en scène important, qui ne (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 2 septembre 2011

Le Songe d’une nuit d’été

Ses spectaculaires relectures rock et multimédia de Shakespeare (Hamlet et Richard III) ont fait de David Gauchard un metteur en scène important, qui ne sacrifie pas le dramaturge anglais sur l’autel de la mode mais le resitue comme un formidable raconteur d’histoires pleines de bruit et de fureur. Changement de registre toutefois cette saison, puisque c’est le répertoire comique shakespearien qu’il adapte : André Marcowicz signe une nouvelle traduction de ce Songe, et c’est l’excellente Laetitia Shériff qui viendra lui donner de la voix en live sur scène. Lundi 23 et mardi 24 janvier au Théâtre de Villefranche ; du mardi 7 au vendredi 10 février à La Renaissance

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Super Hamlet

SCENES | La Cie La Cordonnerie de Samuel Hercule et Métilde Weyergans continue son joyeux périple cinématographico-théâtral à travers les mythologies, revues par (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 2 septembre 2011

Super Hamlet

La Cie La Cordonnerie de Samuel Hercule et Métilde Weyergans continue son joyeux périple cinématographico-théâtral à travers les mythologies, revues par l’imaginaire débridé et enfantin des acteurs-auteurs-metteurs en scène. Ici, Hamlet donne lieu à une mise en abyme où l’image révèle des mystères enfouis, où les combats rendent hommage aux films de cape et d’épée, où les héros shakespeariens deviennent des super-héros (presque) hollywoodiens… Jeudi 1er et vendredi 2 mars à La Renaissance ; samedi 12 mai à Villefranche.

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Le Poteau noir

SCENES | L’écriture de Sandrine Bauer est pleine de tact. Elle avait abordé l’affaire Audry Maupin et Florence Rey loin du romantisme Bonnie & Clyde dans lequel (...)

Nadja Pobel | Vendredi 2 septembre 2011

Le Poteau noir

L’écriture de Sandrine Bauer est pleine de tact. Elle avait abordé l’affaire Audry Maupin et Florence Rey loin du romantisme Bonnie & Clyde dans lequel les médias avaient enfermé ces deux ados et loin aussi de tout discours moralisateur. Avec Le Poteau noir, elle part dans la zone agitée, redoutée par tant de marins, le Pot-au-Noir, au large de l’Équateur. Deux femmes, réunies par le hasard d’une disparition, nouent une amitié. La mise en scène est signée André Sanfratello, directeur du lieu. À redécouvrir après sa création en janvier dernier. Du 3 au 13 novembre, à l’Espace 44

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