«Un piédestal pour les acteurs»

Rencontre avec Morgan Simon, auteur et réalisateur d’"American football", un premier court d’une grande maîtrise et d’une belle intelligence qui renouvelle habilement le genre classique du "boy meets girl" à la française. Tourné à Lyon, le film a l’honneur de faire l’ouverture et d’être en compétition au festival. Propos recueillis par Christophe Chabert

American football est votre premier court…
Morgan Simon : Pas tout à fait. C’est le premier avec un vrai budget. J’ai fait la FEMIS à Paris, en section scénario, j’ai tourné des films avec l’école et à côté, dans toutes sortes de formats. Disons que c’est le premier court professionnel.

Le film est un boy meets girl classique mais inscrit dans un milieu inédit, celui du hardcore, avec des personnages très originaux… Qu’est-ce qui est venu en premier ?
J’écoutais beaucoup ce genre de musique, bien avant de m’intéresser au cinéma, et j’ai eu envie d’en parler, de la fascination pour ce milieu, pour les tatouages. Le film était censé mélanger un côté très cinéma français et un côté plus film indépendant américain, de part ce milieu décalé. Le scénario n’était pas centré sur l’histoire d’amour au début, mais le personnage de la fille est devenu de plus en plus important ; j’ai fait le choix d’aller dans cette direction. Je trouvais intéressant de parler de ce milieu par le biais de la comédie sentimentale, plutôt que de faire un film frontal sur le sujet.

On pense au départ à Larry Clark. C’est un cinéaste que vous aviez en tête ?
Je connais ses films, mais ce n’est pas forcément un cinéaste que j’adore. Ses sujets devraient m’intéresser, mais je trouve qu’il y a toujours un manque de sincérité chez lui, à part dans Kids, où il a fait un film parfait. C’est une référence que j’ai pu citer, mais je me suis vite orienté vers Gus Van Sant, où il y a une forme de finesse et de douceur.

Julien Krug, l’acteur principal, est-il proche physiquement, mais aussi psychologiquement, de ce qu’il est dans le film ?
C’est son premier film. Je lui avais écrit le rôle sans le connaître, uniquement pour son physique, car je trouvais qu’il avait un visage intéressant. Il avait un groupe que j’avais vu en concert, c’est d’ailleurs celui qui joue dans le film. Mais ce n’est pas un voleur de portefeuilles ! C’était logique de prendre quelqu’un vraiment tatoué plutôt que de lui faire de faux tatouages.

A-t-il cette même timidité en dehors des moments où il chante ?
Oui, c’est ce qui était intéressant. Il y a une contradiction entre ce qu’il fait, ce qu’il exprime dans sa musique, et sa timidité et sa douceur dans la vie. J’ai aussi l’impression que ça ressemble à ce que je suis…

Les autres acteurs sont-ils des professionnels ?
Lilly-Fleur Pointeaux est actrice depuis qu’elle est toute petite. Elle avait tourné dans la série d’Éric Judor Platane. Nathan, le tatoueur, est mon acteur fétiche, c’est le sixième film que l’on fait ensemble. Il est vraiment acteur, il donne même des cours de comédie…

Vos plans sont assez longs, avec une caméra mobile, beaucoup d’action… Avez-vous beaucoup répété avec vos acteurs ?
Je travaille beaucoup en répétition où je réécris tout le texte, où chaque ligne de dialogue est valdinguée, affinée ou conservée. J’ai répété pendant un mois et demi avec les acteurs, ce qui est beaucoup pour un court-métrage. Mais les comédiens sont pour moi le plus important dans un film. J’essaie de tout mettre à ce niveau-là, de passer du temps avec eux et au final de les connaître, de créer une énergie et de la transmettre à toute l’équipe. J’aime beaucoup les plans-séquences car c’est un piédestal pour les acteurs, un moment où tout le monde est au même rythme, comédiens, spectateurs, l’équipe, moi-même… Je ne me couvre pas en termes de découpage : je n’ai que cet axe-là et si ça ne marche pas, je suis baisé ! J’aime prendre ce risque-là et donner ce pouvoir aux acteurs.

Pourquoi avoir tourné une des séquences avec un téléphone portable ? Pour renforcer l’intimité entre les personnages ?
Oui, c’était clairement l’objectif. J’ai fait des films avec un téléphone portable, et j’ai vu qu’en étant tout seul avec les acteurs et un perchman, c’était beaucoup plus facile d’être proche des acteurs. Le film a pu se faire car j’avais gagné un prix pour un film au téléphone portable, c’était aussi un clin d’œil au festival. Cela permettait aussi d’avoir une autre image, un autre rythme dans le film…

Pourquoi avoir tourné à Lyon, alors que vous n’êtes pas lyonnais ?
On a eu une aide de la région ; il fallait une ville assez grande pour accueillir ce genre de scène musicale et je savais qu’il y avait beaucoup de concerts à Lyon. C’est une ville qui offre beaucoup de possibilités ; elle fait penser à Paris mais elle a sa propre identité, un côté ville du sud avec les arènes. C’était très inspirant. Et les gens ont été beaucoup plus ouverts que si on avait tourné à Paris.

En quoi est-ce important d’avoir votre film en compétition dans un festival comme celui de Villeurbanne ? Est-ce sa première sélection ?
Le film commence à tourner dans les festivals. Sa première sélection, c’était à Cabourg, et il va faire l’ouverture du festival de Brest. Ça fait toujours plaisir de voir que les gens sont intéressés par le film. Je pensais que personne ne s’y intéresserait, vu son sujet et son univers à part dans le cinéma français. Moi qui viens de la FEMIS, je sais concrètement ce que c’est…

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