«Faire le 8 au lieu du 2»

ECRANS | Entretien / Michel Hazanavicius, réalisateur d’OSS 117, Rio ne répond plus. Propos recueillis par CC

Christophe Chabert | Lundi 6 avril 2009

Photo : © Gaumont 2009


Petit Bulletin : Quand avez-vous décidé de dater l'action de ce nouvel OSS 117 en 1967 ?
Michel Hazanavicius :Très vite. J'avais d'abord la hantise de faire un film trop proche du premier. En gros, il fallait faire le 8 au lieu de faire le 2 ! Le choix de 1967 permettait de faire référence à un cinéma visuellement différent de celui auquel on se référait dans Le Caire nid d'espions. Faire un deuxième volet, c'était prendre rendez-vous avec le spectateur. On a juste changé l'heure du rendez-vous : le monde a changé, on est passé du monde de nos grands-pères à celui de nos pères.Ce qui a changé, c'est aussi le regard que l'on porte sur lui : il est nettement moins sympathique que dans le premier…
On a choisi de détourner notre propre héros, de le salir, de le faire vaciller. C'est l'inverse de la série James Bond : on n'attend pas trente ans pour lui taper dans les genoux. C'est un plaisir sado-masochiste, et c'est possible car on sait qu'on n'en tournera pas douze.Dans une scène, vous repoussez les limites de ce que l'on peut faire dans une comédie populaire en couvrant les dialogues par l'environnement sonore.
Je ne suis pas capable de théoriser cela. Quand je suis arrivé en repérages dans le décor, je n'entendais rien. J'ai donc juste respecté la vérité du lieu, ce que j'ai fait est plus simple que ce que ferait un réalisateur qui minimiserait l'ambiance sonore au profit des dialogues. Il faut mettre plusieurs niveaux d'ambition dans un film. J'aimerais qu'un gamin de dix ans voit le film, l'aime, puis le revoit cinq ans plus tard et y découvre autre chose. Quand il deviendra galeriste d'art contemporain, il se marrera peut-être à cette scène…

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter