Rachel se marie

ECRANS | Tourné à la manière d’un home movie, le nouveau Jonathan Demme tente un retour aux sources de son cinéma, pop et musical, mais lesté d’un surmoi auteuriste parfois encombrant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2009

La trajectoire de Jonathan Demme dans le cinéma américain est aussi complexe que passionnante. Entamée chez Roger Corman avec des séries B fauchées, puis marquée dans les années 80 par de petits films attachants (Dangereuse sous tous rapports, Married to the mob) et un grand film musical (Stop making sense), elle connaît un coup d'accélérateur avec Le Silence des agneaux. Triomphe planétaire multi-oscarisé, c'est à la fois le meilleur film de Demme et le moins représentatif de son œuvre ! Devenu un auteur reconnu, il enchaîne succès (Philadelphia) et douloureux échec (Beloved), avant de traverser le désert avec deux remakes sympas mais dispensables (La Vérité sur Charlie et Un crime dans la tête). Seul son retour aux affaires musicales pour filmer Neil Young dans Heart of gold sauve sa filmo de l'anonymat dans les années 2000. Rachel se marie ressemble à un quitte ou double : revenir dans le circuit des cinéastes personnels en retrouvant l'esprit léger et pop de ses débuts.Psychodrame musical
Ce grand écart, le film le réalise à travers sa forme en apparence modeste mais assez ambitieuse : enregistrer à la manière des émissions de real TV trois jours de mariage virant au grand déballage familial. L'héroïne n'est pas la Rachel du titre, mais sa sœur Kim (Anne Hathaway), autorisée à quitter sa cure de réhab' pour assister à la cérémonie. Le scénario, habile, de Jenny Lumet (fille de Sidney, ce qui crée un trouble sentiment d'autobiographie) permet de faire entrer dans ce présent pur les drames du passé (la mort de leur petit frère, les blessures narcissiques des deux sœurs), mais aussi l'actualité de l'Amérique, de la guerre en Irak au nouvel espoir pré-Obama. Ce mariage mixte (une juive blanche, un noir musulman) donne ainsi l'occasion de mélanger, assez artificiellement, toutes les races et toutes les cultures. Demme a donc la main progressiste lourde et n'est pas très à l'aise quand il filme du psychodrame. Rachel se marie convainc en revanche quand il s'appuie sur une pure énergie née de sa mise en scène sans fioriture et de l'omniprésence de la musique live. Grand brassage là aussi, du rock au hip-hop en passant par la samba brésilienne, ce concert permanent voit défiler sur l'écran Robyn Hitchcock, Cyro Batista ou Fab Five Freddy. Le casting parallèle d'une œuvre étrange, qui tient beaucoup à la générosité de son metteur en scène, même si, à l'image de l'héroïne, on sent derrière tout cela une envie de reconnaissance un brin égocentrique.Rachel se marie
De Jonathan Demme (ÉU, 1h50) avec Anne Hathaway, Rosemarie DeWitt…

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