Lyon : au Tambour, la sororité règne

Lieu d'accueil | Le premier lieu lyonnais dédié au bien-être et à l’inclusion des femmes victimes de précarité, d’isolement et de violences a ouvert ses portes le 1er juillet. L’idée ? Qu’elles puissent (re)trouver leur corps, leur identité, leur dignité, leur force. Leur place, aussi. Une initiative plus que nécessaire.

Julie Hainaut | Mercredi 9 septembre 2020

La France en général, et Lyon en particulier, est en retard sur l'accompagnement des femmes isolées et en grande précarité. « Les huit accueils de jour lyonnais sont fréquentés à 90% par des hommes. Quant aux seuls bains-douches de la ville (Paris en compte 17 !), ils ont accueilli en avril 2018 plus de 2800 personnes, dont 2075 hommes isolés, 268 femmes isolées, 93 couples et 79 familles. » explique Anne Kahlhoven, l'initiatrice et la coordinatrice du projet Au Tambour ! L'une des raisons ? L'invisibilité de ces femmes. « Se rendre invisible est une stratégie d'évitement. Par peur des agressions, du harcèlement, les femmes seules évitent les lieux mixtes dans lesquels ni leur intimité ni leur sécurité ne peut être assurée. Cette invisibilisation explique sans doute qu'on réfléchisse peu à leurs situations et que les structures d'accueil ne soient pas pensées pour les femmes. »

Au Tambour ! est donc un lieu non mixte. Un véritable cocon, un espace hors du quotidien et des difficultés qui accueille les femmes seules. Sans mari et sans enfant, donc. Et c'est une nécessité. C'est après deux années d'enquêtes et d'échanges avec les premières concernées par le projet qu'Anne en est venue à cette conclusion. « Les femmes peuvent être en couple et avoir des enfants, mais nous les accueillons seules. Aucune femme ne souhaite ou ne devrait être limitée à son rôle de mère ou de conjointe. De plus, les femmes que l'on reçoit peuvent avoir été séparées de leur enfant dans leur pays d'origine, ou simplement ne pas être maman et le vouloir, ce serait une violence inouïe de les contraindre à côtoyer ceux des autres » dit-elle, lasse des critiques sur la non-mixité.

Sororité

Elles sont ici pour (re)prendre confiance, retrouver leur intimité, s'occuper d'elles, et d'elles seulement, prendre une douche, faire le plein de produits d'hygiène, laver leurs vêtements, prendre un thé, lire un bouquin, suivre un cours de yoga, charger leur téléphone, souffler, parler librement sans jugement, être entourées, écoutées, entendues. À ce jour, une vingtaine de femmes est accueillie. Certaines viennent tous les jours, d'autres plus occasionnellement. Toutes ont été ou sont encore victimes de violences. « Elles nous disent se sentir bien, en sécurité, apaisées. On se sent utile. Elles nous remercient tout le temps, mais on les remercie tout autant : il y a une énorme sororité dans ce projet qui nous remplit, nous nourrit. »

Le projet, soutenu par les Fondations Abbé Pierre, Saint-Irénée, Caritas, Solimut, Lila Lanier, et les marques Skol et Community Cola, est participatif. Il se coconstruit au fil du temps avec les femmes accueillies. Une boîte à idées et envies a été placée au cœur de l'espace collectif. « Elle se remplit à vue d'œil : faire du canoë en Ardèche, aller au cinéma, nager, faire du karaoké, se faire coiffer, voir une pièce ce théâtre, avoir une consultation ostéo… » sourit Anne. Dès le mois d'octobre, un atelier théâtre hebdomadaire sera mis en place, tout comme des sessions bimensuelles d'art plastique et des rendez-vous ostéo deux matinées par mois. L'équipe de bénévoles grandit à vue d'œil. Des demandes de subventions à la Ville et à la Métropole ont été déposées. « On devrait avoir des réponses courant septembre, on a bon espoir. Jusqu'à présent, à Lyon, les structures proposaient au mieux un après-midi réservé aux femmes » conclut la fondatrice.

Au Tambour !
95 rue Crillon, Lyon 6e
Tél. : 06 77 08 09 15


Envie d'aider ?

L'association accepte des dons de produits d'hygiène et de beauté non périmés et non ouverts, mais plus de vêtements pour le moment. Elle recherche également régulièrement des bénévoles.

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