Le bonheur en monnaie de singe

| Mercredi 31 janvier 2007

Danse / «Parler de la bourgeoisie, c'était d'abord et avant tout parler du bonheur... Tout le monde a à se situer par rapport à ce milieu... Toutes les classes sociales éduquent à la bourgeoisie, qui est assimilée à l'art de vivre», déclare Christine Angot. À partir de ce principe (que l'on partage), le spectacle de la chorégraphe Mathilde Monnier et de l'écrivain Christine Angot, La Place du singe, dépasse l'autobiographie pour titiller nos propres corps et consciences. À Angot la lecture d'un texte sur la condition bourgeoise, à partir de sa propre expérience d'amour-haine pour ce milieu, et de celle de Monnier qui a toujours essayé quant à elle d'y échapper. Un texte vif, tranché, heurté, récurrent, comique. À Monnier son contrepoint dansé, les postures grimaçantes et singées, les mimiques de gosse rebelle, le corps entravé et insurgé, les explosions soudaines et presque folles... Une chorégraphie sur le fil, brouillée, improvisée, telle une conscience malheureuse du corps qui attend sa libération sans jamais vraiment y parvenir. La bourgeoisie reste en travers de la gorge, insiste, comme un diable ressort de sa boîte, de son entreprise... Aux côtés de la danseuse, la voix d'Angot cisaille magnifiquement sa brillante analyse freudo-marxiste de la classe bourgeoise, du rapport bourgeois à la culture, de l'œdipe bourgeois, des façons de penser et de bouger bourgeoises. Ce spectacle fort se termine sur deux séquences superbes : une révolte teintée de nostalgie camarade sur «Qu'entends-tu de moi, que je n'entends pas» de Murat, et l'inceste qu'Angot remet sur le métier... Jean-Emmanuel Denave La Place du singe Mathilde Monnier & Christine Angot Au Toboggan à Décines, les 24 et 25 janvier.

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