Cuivres en Dombes

David Sala et sa splendide créature

Publié Vendredi 19 juin 2026

Bande dessinée / On avait raté son premier passage en avril dernier, voilà qu'il revient à la fin du mois de juin : David Sala présentera à Lyon son dernier ouvrage "Frankenstein", prouesse graphique et bijou de poésie visuelle.

Photo : Frankenstein, d'après Mary Shelley (aux éditions Casterman)

Il est loin d'être prolifique en matière de parutions, et chacune de ses publications fait l'effet d'une petite bombe dans le monde de la bande dessinée. David Sala revient neuf ans après son remarqué Joueur d'échecs, adaptation de l'ultime nouvelle de Stefan Zweig, plaçant au cœur de son récit la lutte intérieure, l'isolement et la folie. Cette fois-ci, il s'est attaqué au monument gothique de Mary Shelley, Frankenstein, mêlant des thématiques proches de celles explorées précédemment. On peut y ajouter les notions de rejet et de marginalité, elles aussi récurrentes dans le travail de l'artiste d'origine décinoise. Tout comme pour la nouvelle de Stefan Zweig, il n'a pas cherché à altérer ou à déplacer le roman déjà maintes et maintes fois repris sur tous les supports (livres, cinéma, série TV...). Non, David Sala a choisi de parfaitement coller à l'histoire, pour laisser émerger, par sa mise en scène et son dessin, quelque chose de la de la substantifique moelle de Frankenstein. 

Frankenstein, d'après Mary Shelley (aux éditions Casterman) ; 35 €

Peinture et démesure

Voilà une œuvre qui a ingéré de très nombreuses références picturales de la fin du XXe siècle à aujourd'hui pour accoucher de son récit. Et cela, sans geste superflu. La silhouette de l'immense et malheureuse créature semble tout droit sortie d'un tableau d'Egon Schiele. Une fois vêtue d'une sorte de plaid en patchwork par son aimée, nous voilà dans une composition de Gustav Klimt. On retrouve aussi l'univers grotesque empreint de symbolisme de James Ensor, puis presque entremêlé, l'onirisme de Marc Chagall. Plus étonnant, et nous rappelant à un ouvrage à la fois plus vieux et plus intime de David Sala (Le poids des héros, 2002) on discerne, dans les rares moments de liesse, de soulagement ou d'espoir, quelque chose du fauvisme ou du « Poussin sur nature » de Paul Cézanne. De rares images chatoyantes qui nous explosent au visage, laissant soupeser la fragilité d'un moment heureux. Si les influences picturales sont nombreuses, on en devine aussi quelques-unes inspirées du 7e art, à l'instar de la bande dessinée Detroit Roma d'Elene Usdin et Boni que nous vous évoquions dans le précédent numéro. Dans ce Frankenstein, on pense notamment à l'influence d'Anselm Kiefer sur le cinéma, tant sur le plan des paysages aux échelles monumentales que sur celui des textures et des perspectives déformées, que le film de Wim Wenders Anselm - le bruit du temps (2023) célèbre. Il faut ajouter à toutes ces références un sens de la mise en scène aigu, porté à son paroxysme par une vingtaine de pages sans aucune parole et pourtant chargées d'affect et de symboliques. On ne vous fera pas l'affront de vous retracer les funestes destins de Victor, de sa créature, d'Elizabeth Lavenza, de Robert Walton, d'Alphonse Frankenstein... tous précipités dans l'abîme par l'hubris d'un seul. On insiste cependant ; si le récit est tout à fait connu - presque un peu trop -, son expression graphique sous le crayon de David Sala mérite tout de même de s'y replonger.

Frankenstein, d'après Mary Shelley de David Sala (aux éditions Casterman) ; 35 €
Dédicace 25 juin 2026 à 16h à la librairie Esprit livre (Lyon 3e)
Dédicace 26 juin 2026 à 16h à la librairie Expérience (Lyon 2e)

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