À la découverte des grondins du bord d'eau
Bloup / Alors que l'Aquarium de Lyon a inauguré deux nouveaux espaces en décembre 2025, immersion dans la structure qui entretient 42 écosystèmes dans lesquels évoluent plus de 3 500 spécimens aquatiques.
Photo : Les crabes géants des profondeurs du Japon ©LS/LePetitBulletin
« Si on veut arriver à ce que les gens protègent les océans, il faut avant tout les comprendre », a détaillé Murielle Meynard, responsable commerciale, communication et événementiel à l'Aquarium de Lyon, en préambule de notre visite. Un crédo répété à l'envi car l'aquarium revendique ne pas s'inscrire dans la cité en tant que seul espace de divertissement, mais plutôt en lieu de préservation et de monstration des espèces aquatiques et marines. Alors on en a refait le tour, parce que ça faisait longtemps. En ce mercredi des vacances scolaires, il y avait du monde, beaucoup de petites têtes courant d'une vitrine à une autre, posant leurs doigts et leurs nez sur des vitrines derrière lesquelles défilaient des petits et gros poissons, absolument flegmatiques. On a commencé par la première salle, consacrée aux cours d'eau douce du territoire, comme par exemple le Rhône et la Saône. Intéressant, mais pas très coloré. Même si on trouve toujours un plaisir un peu coupable à dévisager la silhouette inquiétante, presque "jodorowsquiesque", d'un gros silure. Ensuite, on passe par la mangrove pour atteindre l'eau salée et on touche à la star de l'établissement : un bassin sur deux étages et de 500 000 litres, restituant l'écosystème de l'Île de la Réunion. On y trouve des groupes de poissons qui traversent l'aquarium à vive allure, une raie ondulante, les deux requins léopard, le mérou dit "de Grace Kelly" tacheté, un poisson-ballon, un impressionnant poisson napoléon noir... « Il a la nageoire atrophiée car il est issu d'un sauvetage. Avant, il évoluait dans un bassin trop petit et tournait sur lui-même dans le même sens en continu », détaille Murielle Meynard qui poursuit, « on est un des aquariums qui a le moins de perte en France ». Tandis que le regard s'égare à suivre les déplacements des habitants de ce grand espace vitré, elle insiste aussi sur la vocation reproductive du site. En 2020, trois bébés requins à pointe noire sont nés à l'Aquarium de Lyon, le jour où nous sommes venus, c'étaient les hippocampes qui venaient tout juste de donner le jour à des petits.
Et la lumière flux
Les 1000 m² visitables d'espace supplémentaires inaugurés en décembre ont été séparés en deux parties. La première est une grande salle d'apparence circulaire, accueillant trois nouveaux écosystèmes : les profondeurs de la mer du Japon, avec ses gros crabes, un récif corallien de Bali et une forêt de Kelps (d'algues) bretonne. Sur le côté, un petit aquarium accueille des coraux fluorescents. De grande taille, ces trois grands aquariums baignant dans des lumières monochromes racontent toutes quelque chose des écosystèmes que les biologistes ont cherché à reproduire. Celui accueillant roussettes et langoustes est très légèrement trouble et jaune, car baigné dans la lumière. On peut voir cette espèce fascinante qu'est le grondin (aux nageoires pectorales en formes d'ailes) évoluer dans cette forêt mouvante, faite d'espaces pour se montrer, et d'autres pour se cacher. Juste en face, les crabes géants des profondeurs du Japon se déplacent lentement dans un espace si translucide, aux quelques puits de lumière si directs, qu'on n'oublierait presque qu'ils sont dans l'eau. Ce sont les poissons sangliers qui nous ramènent au réel. Sous les pattes des crabes, des bathynomes aèrent le sable, comme dans l'écosystème situé à 300 mètres de profondeur.
Le second espace inauguré en décembre dernier est consacré à une salle "immersive" de 300 m2, où une projection à 360° emmène petits et grands (mais surtout petits) dans les abysses, pour croiser cachalots, calmars géants... des espèces qu'il ne serait pas envisageable de mettre en aquarium. Malheureusement, on ne s'est pas fait cueillir par le dispositif, peut-être parce qu'il y avait trop de monde, peut-être parce qu'on a perdu notre âme d'enfant, peut-être parce qu'on en a un peu assez de voir le numérique devenir un incontournable de tous les musées, parcs, expos... On a cependant apprécié la visite, émaillée d'une petite expo d'artiste, de jeux en bois qui activent le toucher, et évidemment, de rencontres avec la faune et la flore des cours d'eau, des mers et des océans du monde.
L'Aquarium de Lyon, késaco
Fondé en 2002 par Maurice Chichportiche, également fondateur du Grand Aquarium de Saint-Malo, l'Aquarium de Lyon a ensuite été racheté à la barre du tribunal de commerce par le groupe espagnol Aspro Ocio en 2005. Précédemment aidé par le Grand Lyon, son modèle économique est alors devenu complètement privé, reposant sur la vente de billets (200 000 visiteurs par an) mais aussi la location d'espaces pour des événements privés ou d'entreprises. 21 salarié(e)s travaillent à l'année dans l'établissement qui organise aussi bon nombre de rencontres thématiques et de projections autour de la protection des espaces aquatiques, de la déconstruction des mythes...
L'Aquarium de Lyon (La Mulatière) ; de 9 à 19, 50 €
